07 novembre 2011
Le Peuple, Cette Mauvaise Graisse
Hier encore, il n’en était pas question. Vous pensez ! Si la Grèce sortait de l’euro, mais c’est toute l’Europe qu’en pâtirait. Pis : on en crèverait. Tous ! Comme dans un film de Steven Soderbergh, nous assisterions, impuissants, à la « contagion ». L’effet domino. Après la Grèce, ce serait l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et rien, ni personne, alors, ne pourrait l’endiguer. Jusqu’à ce que…
Jusqu’à ce que cet homme, Papandréou [1] sans, dit-on, en avertir ses partenaires européens, émit une idée : consulter son peuple, les Grecs... A propos de quoi ? Personne ne le savait, mais d’emblée ce fut une levée de boucliers. D'irresponsable, de traître même, on le rebaptisa. Et, ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il le fût et par les politiques, et par les médias-laquais !
Non mais rendez-vous compte ! A son pays souffreteux, étranglé, à la dérive, « on » (Europe, FMI et tutti) venait au secours, en échange, faut-il le préciser, de réformes et autres mesures que même un Reagan, une Thatcher, jadis, n’auraient jamais osé mettre en place, tant ils se seraient attirés noises, courroux (une révolution sans doute, du genre grand format), et ce Grec, fade, si ce n’est insignifiant, nous chiait dans les bottes en voulant s’enquérir du fait si, par hasard, son peuple, aurait un avis sur la question ! Mais quel ingrat ! Mais quel salaud !
Alors, d’un coup, net, les discours changèrent.
La Grèce ? Mais on peut s’en passer ! Et je vous dirais même mieux : si elle sortait de la zone euro, ce serait pas plus mal. Tellement c’est un boulet…
Non mais, vous savez combien ça pèse, la Grèce, Madame ? 2% du PIB de la zone euro !
Ah, ce 2% du PIB, il fit le tour des plateaux de TV, de radio, « ils » s’étaient refilé le mot. Politiques, économistes, éditorialistes, s’en donnaient à cœur joie. Cette Grèce qui, hier encore, était essentielle, cruciale, devint en une journée, un misérable petit pays de merde, un pays de tricheurs, de fraudeurs, de truqueurs, de fainéants même.
Les Grecs veulent la jouer solo, quitter la zone euro, revenir à leur monnaie ridicule ? Eh bien, soit ! Qu’ils crèvent, entendait-on ! D’autant que nos peuples n’y seraient pas opposés. Vous les avez entendus, n’est-ce pas, les Français, les Allemands, rouspéter, c’est chose connue, ils le disent, et tous les jours : « Pourquoi devrions-nous payer pour sauver la Grèce ? ». Et comme ce sont, les Grecs – je vous l’ai dit, à desseins – des tricheurs, des truqueurs, des fainéants, pensez ! Là, pas besoin d’avoir recours à quelconque référendum, la cause est entendue.
Ah, les malfrats ! Les gros dégueulasses. Certes, on les sentait un tantinet gênés aux entournures. C’est que, voyez, consulter le peuple, ça à voir avec ce qu’on nomme : démocratie. C’est embêtant, tout de même... Cette outrée levée de boucliers pourrait faire passer l’idée que cette entité, l’Europe, serait comme qui dirait l’ennemie des peuples, soit : antidémocratique. Confère ce qu’il advint du 29 mai 2005. Comme on te l’a gravement niqué le peuple français.
Comment faire pour contrecarrer cette idée, la noyer ? Faire vite, très vite oublier, que consulter le peuple, « c’est irrationnel et dangereux » !
Facile ! On va te refourguer la même rhétorique que l’on déverse en temps de grèves syndicales. Même que c’est de la rhétorique qui fonctionne très bien auprès de la masse. Y’a qu’à voir chez Pernaut (en fait, chez tout le monde)
Or donc :
« 11 millions de Grecs qui prennent en otage 320 millions d’européens, vous trouvez ça démocratique ? » [2].
Et les journalistes, ces valets, d’acquiescer, bien sûr. En boucle, qu’il est passé cet argument. Une merveille ! Du bel ouvrage, vraiment. Bravo messieurs !
Oh bien sûr, un homme sensé, sage, posé, bref celui qu’on n’invite surtout pas dans les médias (dont le métier est de dramatiser un fait jusqu’à l’excès, non de faire preuve de pédagogie) aurait eu vite fait d’expliquer que de référendum Grec, il n’y aurait pas. Jamais. Qu’il s’agissait, là, de politique intérieure grecque. Mais qui se soucie de ce qui se passe, réellement, en Grèce ?
Personne !
Ces journaux français qui se croient malin, ils titrent « le chaos », mais le chaos, en Grèce, bande de rigolos, ça fait belle lurette qu’il existe pour de vrai. C’est un bordel sans nom, la Grèce. Et nous n’y sommes pas pour rien. Ah ça non !
Nous subirions le même traitement, nous, les Français, salaires abaissés, retraites divisées, tout bradé, sacrifices toujours, mais je donnerais cher pour voir, alors, dans quel état, il serait notre pays. Et dans les rues, et à l’Assemblée ! Si nous ne crierions pas à l’injustice !
Et si, par-dessus le marché, on nous traitait de tricheurs, de fraudeurs, de fainéants, ah oui, je voudrais bien voir, tiens, si nous laisserions dire et faire. Peut-être que oui, finalement, tellement nous ne sommes plus rien. Que des loquedus. Des sans-couilles. Avec, nonobstant, 8 millions de pauvres, dont, pour bonne partie, des travailleurs. Mais là itou (comme quoi, y’a pas de hasard) tout le monde s’en fout. Chacun pour sa gueule. Y’a pas que les Grecs qui peuvent crever, nos pauvres aussi. C’est pareil. Ça participe du même esprit. Lamentable. C’est pas nous, c’est les autres. Toujours les autres.
Mais quelle mascarade, quand on y pense ! Un jour la Grèce, essentielle à la zone euro, le lendemain, une chiure. Du balai ! On peut s’en passer. Alors que, ce sont les mêmes, exactement les mêmes qui nous assuraient que, mon Dieu, si la Grèce tombait, alors ce serait horrible, grosse catastrophe, car ensuite, oyez, oyez, patatras l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et donc, un jour, inévitablement, argh ! La France. Comme pour le H1N1, nous allions tous mourir.
D’un sens, on comprend mieux. Ce qui nous permet de survivre par temps de crise mondiale « sans précédent », de nous en tirer (pour l’instant), ce sont ces petits pays, n’est-ce pas, sur lesquels on se fait la cerise, via prêts assortis de taux d’intérêts aux pourcentages cetelemisés. On les revolvent à crédit. Ils font rempart en quelque sorte, bouclier, contribuent à nous épargner. Or donc, ils doivent, c’est un ordre, une injonction, se sacrifier, pour nous. Coûte que coûte. Pour pas qu’on vive, un jour, ce qu’ils subissent.
C’est ça, mon pote, la solidarité européenne.
C’est comme une guerre, en fait. Les pauvres, au front. Les riches, non.
Organise-t-on un référendum pour demander aux pauvres s’ils veulent y rester, au front ? Non, bien sûr que non !...
Eh bien voilà, t’as compris pourquoi, ça leur faisait si peur, cette histoire de référendum. A « eux », et (paraît-il)… aux Marchés. Qu’il ne faudrait surtout pas oublier. Mais comment le pourrait-on, puisqu’on nous le dit, répète : « Désormais l’Italie est dans le collimateur des spéculateurs » ?
Les spéculateurs, ceux qu'ont contribué, très activement, à couler la Grèce. Certes, elle était bien endettée, et donc vulnérable, cette Grèce. Mais quel pays (de la zone euro, en l’occurrence) ne l’est pas ?
Reste à savoir quel est l’intérêt – c’est le cas de le dire – de s’attaquer ainsi, et violemment (c’est une guerre, je le redis) aux pays endettés. Quel est le but recherché ? Et pourquoi il ne faut surtout pas que les peuples s’en mêlassent… Hormis pour payer la facture, il va sans dire.
Le peuple, ce coupable idéal, cette mauvaise graisse, qu'il convient de tondre, et plus encore, au mépris de tout, y compris de la démocratie.
Or donc, aujourd'hui les Grecs, et demain, bientôt, tous les européens. Tous !
[1] Doit-on rappeler que, comme Zapatero, Papandréou est ... socialiste. Et que, comme TOUS les socialistes européens, il aura, sans moufter, mis en place des réformes d'une dureté rarement égalée, et dictées, avant tout, par les Marchés et pour la gloire des Marchés.
Nous assistons donc, aussi, à une déroute (et une trahison, surtout) totale des différents partis socialistes européens (le PS français, y compris) qui courbent l'échine, comme des lâches, devant le diktat néolibéral.
[2] Pitoyable diatribe entendue lors d'une édition de C Dans L'Air, et tenue par un dénommé Christian Saint-Étienne. Cet ennemi du peuple, et grand adorateur d'un néolibéralisme plus qu'effréné, est professeur titulaire de la Chaire d'Economie industrielle au Conservatoire National des Arts & Métiers.
11:32 Écrit par Philippe Sage dans Crise Financière, Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grèce, papandréou, zone euro, sortie de l'euro, référendum grec, effet domino, contagion, europe, fmi, bce, merkozy, moteur franco-allemand, les marchés ont gagné, austérité, rigueur, récession, crise européenne, crise mondiale, 29 mai 2005, la capitulation des socialistes européens, peuple grec, peuple européen, le peuple va payer, l'europe n'est pas une démocratie |
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13 septembre 2011
D’Un Effondrement, L’Autre
Or donc, nous fûmes pilonnés. Ce dimanche 11 septembre 2011. Commémorations ici, commémorations là, partout, impossible d’y échapper.
Un flot d’images insupportables. Des analyses et des commentaires assommants.
Avec, comme de bien entendu, la sempiternelle question, crétine, inutile, futile :
« Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ? » et des cons finis pour oser y répondre !
Et je vous fais grâce des conspirationnistes et autres complotistes. Dont on se fout comme de l’an 40. L’essentiel, comme toujours, étant ailleurs.
Car, tout de même, c’est extravagant, n’est-ce pas ? Ahurissant, au point que ça en deviendrait hautement comique, pour qui serait d’un cynisme sans bornes.
Non mais, vous rendez-vous compte ? Nous avons revécu, parfois en temps réel (cf : France Info) les attentats du 11 septembre, nous avons revu ces tours s’effondrer, en long, en large, en travers, pendant toute une journée. Ces tours qui symbolisaient la toute-puissance des Etats-Unis d’Amérique, la finance, le capitalisme décomplexé.
Ça ne vous gratte pas un peu, là ?
Vous ne vous dites pas, tiens, c’est curieux, mais y’a quelque chose qui coïncide, qui fait écho ?
Ah ! Mais non pardi, voyez, non ! C’est une commémoration ! On cherche pas, on diffuse ! En boucle. Et vas-y que je t’annonce, dix ans après, l’échec d’Al Qaïda, mais que, gaffe, le terrorisme n’est pas vaincu, il ne faut pas la baisser, la garde !
Baisser la garde, non, mais diffuser encore, toujours, ces tours s’écroulant, ça oui ! Et sans rien voir, sans rien comprendre, sans faire un rapprochement, osé, certes, mais tout de même !
Et nous voilà terrassés par tant d’aveuglement, je dirai même, par tant de nombrilisme. D’auto-soi.
Ah ! L'Occident, c’est formidable ! D’infantilisme (et de vanité).
Pourtant, ça crève les yeux, non ?
D’un côté, ces tours s’effondrant, commémorations ; et de l’autre, un système agonisant, présentement.
Rien à voir ?
Va savoir !
On commémore, et dans le même temps, ça s’effondre encore, toujours. Les banques, le CAC, la finance, la zone euro et tutti, tout un système qui part en sucette, et personne pour arrêter, freiner, cette chute continue, cet autre effondrement. Qu’ils appellent, ces impuissants pyromanes : la crise !
Mais remballe-là, ta crise ! Ce n’est pas une crise ! C’est bien plus grave que ça !
Et d’ailleurs, de ta crise, en France, on en a pas encore vue la couleur, pas vraiment.
A part quelques exposés, des malchanceux, dont la majorité se branle, tant qu’elle peut conserver son iPhone, son iPad, son iMac. Allons ! Si nous connaissions la crise, ça se saurait ! Y’aurait du monde dans les rues ! 15% de chômage TTC ! TVA au carré ! Ca gueulerait, ça geindrait, peut-être même que ça s’écharperait. Déjà qu’en temps de blocage de raffineries, on sort le knife à la station du coin pour un petit litre d’essence, alors tu penses, si tu crevais la dalle, qu’on te sucrât tes prestations sociales et tout le toutim, qu’on te réservât le même sort de chiens galeux qu’aux Grecs, ça y ferait un sacré ramdam !
Non, on n’a pas vu. Rien. La crise, elle ne nous a pas touchés. Mais ça vient. L’effondrement est en marche, permanent. Les tours jumelles, à côté, c’est de la roupie de sansonnet. Tant les victimes se compteront par millions. Peu seront épargnés…
Et vois-tu, c’est assez extraordinaire, d’en faire des caisses de ce 11 septembre, du gospel et des larmes, (à l’émotion les occidentaux, rien qu’à l’émotion !) et ne pas voir que, dans le même temps, c’est tout un monde qui s’effondre. En direct ! Tous les jours !
Ah, ça par exemple ! Mais, nom de Dieu, ce qu’il faut être aveugle, sourd, ou fou complet ! Pour ne pas dire : salopards, incapables, cyniques véritables.
L’Occident, cette chose suffisante, arrogante, peuplé d’égoïstes, de citoyens gâtés, indifférents et insensibles à la pauvreté qui la cerne, cette pauvreté qu’elle a générée, l’Occident s’écroule, comme dix ans auparavant, deux foutues tours.
Il y a, là, dans cet aveuglement commémoratif, j’avoue, quelque chose de fascinant.
Dimanche, j’ai vu autre chose que des tours s’effondrer. J’ai vu tout un système, une idéologie, une économie, s’écrouler.
Dix ans après.
Et ça ne fait que commencer…
14:01 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde ! | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 11 septembre 2001, 11 septembre 2011, système capitaliste, effondrement du capitalisme, commémorations, le début de la fin, zone euro, krach boursier, fin de l'euro, chute du dollar, crise mondiale, faillite de la grèce, dettes, déficits, politique d'austérité, plans de rigueur, tours jumelles, wtc, ground zero, la mort du capilatisme, nouvel ordre mondial, les dix ans du 11 septembre |
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07 août 2011
Refais Le Monde Sur « Le Plus »
Y’a moins de points. De suspension. Encore moins, d’exclamation.
Moins de phrases, aussi. D’épanchements. De tiguidis égocentrés.
C’est un autre exercice. Auquel j’ai pas dit non.
Or donc, je fournis, depuis juillet, quelques articles (entre 4 et 6 au mois) pour le site « Le Plus » du Nouvel Observateur.
Ceci expliquant que, depuis quelques paires de semaines, par ici, ça roupille un tantinet.
Les articles proposés pour ce « Plus » devant être des originaux (condition non négociable) comprendre : pas un copié/collé de ceusses postés sur ce blog.
Ceci dit, le temps de prendre une vitesse dite de croisière, et y’aura à becqueter ici comme avant. 7 à 8 articles le mois, au bas mot. D’autant que la campagne présidentielle, que je pressens redoutable (négativement j’entends), va très certainement inspirer moult billets tapageurs, saignants, voire déprimants, quand ce n'est pas inutiles, que je réserve savoureusement pour Refais Le Monde Avant Que...
Non pas que pour « Le Plus » ce serait olé-olé, ou hors des clous, ceux de la bienséance, mais tant qu’à faire, autant jouer le jeu. Ce qui ne signifie pas que sur « Le Plus », j’en dis moins. Simplement n’appartenant, au fond et tout bien pesé, à aucune chapelle, aucun clan, aucun réseau, aucune droite, aucune gauche, je peux jouir de cela : trouver de l’épatant chez une Royal, de l’étonnant chez un Sarkozy, et l’écrire.
Je ne suis définitivement pas un militant, pas même un électeur. Un observateur, à la rigueur. Et qui trouve ça, cette position, drôlement amusante.
A la limite, c’est un temps, maussade, quasi médiocre, où il ferait bon, tiens donc, de se faire anarchiste. Et basta !
Bref, si le cœur t’en dit, ces autres publications sont perchées à cette adresse.
Dans un premier temps, au moins (ou tout au « Plus ») jusqu’au 31 décembre de cette belle foutue d’année.
Au menu – à ce jour dit du dimanche 7 août 2011 – Marie-Ségolène par deux fois, Sarkozy dans les pas d’un certain François (du moins, l’espère-t-il) Le Pen ça va de soi, itou un danger dont je parlais ici-même y’a deux ans et qu’a frappé la Norvège récemment, et à suivre, si tout va bien, un billet sur cette crise qu’en peut plus de rebondir, ce qui semble surprendre bon nombre de nos politiques, alors que, s’il y avait bien quelque chose de prévisible, d’inévitable, c’était que cette crise ne nous lâcherait pas comme ça. Même qu’on n’a pas fini de voir l’euro miné.
Mais de la crise, des marchés, et de comment ça nous est transmis et traité, j’y reviendrai cette semaine dans Refais Le Monde Avant Que…
Et je vous cause pas de la primaire, qu’était censée être celle de toute la gauche, et qui, à l’arrivée, ressemble plutôt à un indigeste congrès de libéraux déguisés en socialistes. Voilà qui ne vaut, en effet, pas plus d’un euro de participation.
C’est dire si je vais encore me faire des « amis » dans les jours prochains.
Mais, comme je m’en « lol », d’avance, tu le devines !
Sur ce : bonne chance !
20:12 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le plus, nouvel observateur, refais le monde, ségolène royal, nicolas sarkozy, anders breivik, jean-marie le pen, nouvelle chute des marchés, zone euro, crise mondiale, euro miné |
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16 mai 2010
Comme Ton Gouvernement, Le Salaire, Tu Baisseras
Ce qu’il y a d’épatant avec ce gouvernement, ce qu’on le voit venir de loin. Toujours, il utilise les mêmes ficelles. Les plus grosses, de préférence. Paraît que plus elles le sont, mieux ça passe (Dixit : Chirac).
Or donc, voilà que certains ministres annoncent que, “par solidarité”, ils sont prêts, les braves gens, à accepter une baisse de leurs émoluments.
Ami fonctionnaire (ou pas), ne vois-tu rien venir ?
Qui se souvient de cette réunion, incroyable, de notre gouvernement, à Versailles, un 28 juin de l’année 2009 ?
Ah, qu’elle était belle, la photo, ensoleillée, de cette fine équipe, bûchant un .. dimanche !
Oh bien sûr, il était question de plancher sur le Grand Emprunt annoncé par M. Sarkozy quelques jours plus tôt, n’est-ce pas, mais, nous, qui ne sommes en aucun cas des benêts de compétition, on l’a bien vu, le truc, énorme, tellement il crevait l’œil : le dimanche ! Ton gouvernement taffe un dimanche ! Tiens donc ! Un hasard, sans doute ! Au moment pile, où ce même gouvernement bataillait ferme, via son ministre du Travail de l’époque, l’auvergnat Brice Hortefeux, pour autoriser le citoyen à .. travailler le dimanche (sur la base, comme de bien entendu, du volontariat qui n’existe que dans la tête d’un ministre, tant dans la “vraie vie” ça ne se danse pas du tout ainsi !)
Et donc, rebelote cette semaine, alors que le mot de rigueur ne doit surtout pas être prononcé [*] et que dans le même temps, la Grèce vient d’annoncer – entre autres - un gel de toutes les retraites sur 3 ans ainsi que celui des salaires des fonctionnaires, suivie par l’Espagne où là, ce n’est pas un gel, mais une baisse de 5% du salaire des fonctionnaires (à partir du 1er juin, suivi, cependant, d’un gel en 2011) et du Portugal avec, là encore, une baisse des hauts salaires dans la fonction publique, des élus et des membres du gouvernement de 5%, notre bon gouvernement prépare la même douloureuse, mais en prenant soin, en amont, de “donner l’exemple”. Baissons nos rémunérations (13 471€ mensuels bruts pour un ministre, 12 124 pour un secrétaire d’Etat – je vous fais fi des divers frais, dits de fonctions, remboursés, et plafonnés, généreusement à 5837€/mois) ensuite de quoi, ma foi, comment se pourrait-il que "notre ami" le fonctionnaire ne suive pas le mouvement ? Hein ? Enfin quoi, ce serait bien le diable, si ce fonctionnaire ne se mettait pas, et fissa, au diapason ! Et par esprit de "solidarité", bien sûr ...
Finaud, non ?
Cela dit, ne soyons pas trop sévère, ou injuste, ce gouvernement montre moins l’exemple qu’il suit celui de ses voisins (qui rappelons-le, s’en sortiraient moins bien que nous).
Soit la Grande-Bretagne, avec un Cameron qui, allez hop, décrète un gel (décidément, c’est LE mot tendance du moment) des salaires des membres de son gouvernement pendant 5 longues années.
Soit, itou, l’Espagne, ou Zapatero a décidé, ce mercredi 12 mai, une baisse de 15% du salaire de ses ministres.
Or, comme je l’ai rappelé, cela s’accompagne, très souvent, du même traitement pour les fonctionnaires.
Or donc, pourquoi cela se passerait-il différemment en France ? “Au nom de quoi ?” comme aime à le dire M. Sarkozy, notre bon président, qui rappelons-le, lui, tel le Proglio (ou le Pérol) de base, à peine arrivé au pouvoir, s’est copieusement augmenté de 172% bruts, alors que, quelques semaines auparavant, le 21 septembre 2007 à Calvi, François Fillon déclarait que la France était “en situation de faillite” (comme quoi, ça ne date pas d’hier, comprendre : la crise a bon dos, parfois ..).
Cette proposition indécente, baisse de salaire des fonctionnaires, mais également dans le privé, n’est pas nouvelle. En février 2009, Le Figaro tâtait déjà le terrain. Et dans les faits, on pouvait l’observer, notamment en mai 2009, chez Hertz (ce qui ne choqua aucunement, Brice Hortefeux, bien au contraire, là encore, il s'agissait de "solidarité" autre mot-clé avec "gel" !)
Alors, je sais, certains parleront de populisme, de démagogie, voire d’irresponsabilités, mais je le dis et le maintiens : pourquoi serait-ce aux salariés de Grèce, d’Espagne, du Portugal, de France, et bientôt d’Italie, voire d’Allemagne et de Grande-Bretagne de payer pour des erreurs – et le mot est bien faible – dont ils ne sont en rien responsables ?
Comment peut-on oser nous dire que “la crise ne nous a pas coûté, un centime d’euro”, vu que, si il y a "gel" – ou baisse – des salaires, et que dans le même temps, augmentent taxes diverses et variées, électricité, gaz, carburants, etc., il est évident que nous sommes plus que perdants, que notre portefeuille sera moins gaillard ?
Encore une fois, pourquoi est-ce à nous de consentir à des sacrifices, toujours nous, et pas ceux qui sont les vrais responsables de cette crise ?
Combien de temps, encore, allons-nous accepter l’intolérable ?
Quoi qu’il en soit, l’affaire semble pliée, la douloureuse n’en finit plus de tomber, ces fonctionnaires qui devaient être “moins nombreux mais mieux payés”, vont devoir se serrer la ceinture, voire plus.
Et dans le privé, itou.
Même que, ça ne fait que commencer.
Bienvenue, citoyens et contribuables, dans une “République irréprochable” !
[*] Le 6 mai, François Fillon annonçait un “gel” des dépenses de l’Etat sur trois ans [2011/2013]. Le même homme qui, donc, nous avait avertis que la France était “en faillite”, le 21 septembre 2007.
D’où cette question à 1000€ :
Pourquoi ne pas avoir gelé ces mêmes dépenses dès 2007, ami sarthois ? “Au nom de quoi” ?
17:23 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (56) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : rigueur, austérité, gel des dépenses, gel des salaires, baisse des salaires, les cocus de la crise, zone euro, prenez-nous pour des cons ! |
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08 mai 2010
... J'ai Cru Voir L'Euro Miné ...
Ils sont ensemble. Marchent ensemble. Droit devant. Pâles. Mais ils marchent.
Or donc, ils sont en mouvement.
Ils font corps. A distance. Respectable. Protocolaire. Mais, cependant, ils font corps.
Et derrière eux, gardes. De ce corps ..
Tel est le message. Union. Corps. Droit devant. Mouvement.
Sauf que ..
... Leurs regards.
Ne vont pas dans la même direction.
02:01 Écrit par Philippe Sage dans Le Choc Des Photos | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : zone euro, zone noire, eurogroupe, sommet extraordinaire, angela merkel, nicolas sarkozy, crise financière, grèce, espagne, portugal |
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