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18 février 2012

Sarkozy : Plutôt Mitterrand Que Giscard

A peine le slogan du « candidat sortant » était-il dévoilé que d’aucuns, des morts de faim, se précipitaient dans les archives et, fiers comme Artaban, nous en extirpaient, avec grande gourmandise, une breloque issue de la campagne présidentielle 1981 sur laquelle trônait un certain Giscard, et la signature suivante :
« Il faut une France forte ».
Ah, mais ça par exemple ! Ne trouvez-vous point que ce slogan ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de notre désormais président-candidat : « Une France forte » ?

Sauf que, on peut aisément trouver moult autres prétendants qui, dans un passé plus ou moins récent, firent appel à cette image de la « France forte ».
Ainsi Ségolène Royal (« Plus juste, la France sera plus forte ») et François Bayrou en 2007 (« La France de toutes nos forces ») ; Jean-Marie Le Pen en 2002 (« Une force pour la France ») ; ou encore… François Mitterrand en 1981 avec dans un premier temps « La Force tranquille » puis dans un second : « De toutes les forces de la France ».

Alors pourquoi Giscard ?

Sans doute, par paresse. Car, ma foi, quoi de moins fatiguant que d’établir un parallèle entre Sarkozy et Giscard ? Et se saisir avec hâte et obstination de tout élément tendant à le valider d’autant. Comme si d’aucuns voulaient inscrire, mordicus, Sarkozy dans un destin giscardien. Cela voulant signifier que, comme Giscard, il sera défait, et deviendra donc, Sarkozy, le second président de la Ve République à échouer dans la sollicitation d’un second mandat.
Il est vrai que, sur le papier, c’est assez jouissif.

Seulement voilà, je doute fort que Sarkozy s’inscrive dans ce schéma. Tant c’est pas le genre à (re)partir en campagne avec l’idée (saugrenue) de la perdre.
En d’autres termes, je ne crois pas, mais alors pas du tout, que son slogan fasse directement, ou même indirectement, écho à celui de l’infortuné Giscard.

Non, encore une fois, c’est du côté de Mitterrand qu’il faut chercher.

Encore une fois, car t’en souvient-il, en 2007, l’affiche de campagne du candidat Sarkozy ci-dessous...

Ensemble.jpg


... Avait comme des airs de … « Force tranquille » :

Tranquille.jpg


Certes, dans la version sarkozyste, le petit village avait disparu, ainsi que son clocher ; en lieu et place, une sorte de vallée verdoyante où virevoltait, dans sa partie droite, un oiseau bienveillant.
Mais c’eut été assez grossier, avouez, de donner dans le copié-collé. Et puis, la France de 2007 n’est pas la même que la France de 1981. Il fallait que ce soit visible.
Nonobstant, vous imaginez, dans un même plan, Sarkozy et un clocher ? Ah j’en connais qu’aurait sacrément jasé. Tant l’homme n’a pas son pareil pour exalter, dès que possible, les valeurs chrétiennes de la France.

Non, c’est le format, l’ambiance, ce qui se dégage de ces deux affiches. Il y a manifestement des similitudes. Et c’est habilement fait. Car ça joue sur le subliminal.

Regardez bien les visages, les expressions. Visez-moi un peu les regards, les sourires. La place que l’homme occupe dans ces deux affiches. Sarkozy y étant – mais c’est logique – un peu plus à droite.
Et la pose ! Matez-le bien, ce Sarkozy ! Ne se dégage-t-il pas de lui comme une… « Force tranquille » ? N’est-ce pas cela qu’il était, avant tout, donné à voir ?

Toujours est-il qu’en 2007, et comme je m’en rappelle ! ils furent bien nombreux à les noter, ces similitudes.

Eh bien, il en va de même avec « La France Forte » que voici :

Forte.jpg


Qui renvoie, selon les mêmes principes, subliminaux, à cette affiche de 1988 :

Unie.jpg


Ce qui frappe, d’emblée, ce sont les slogans.
Tous les deux sont composés d’un article, d’un nom propre et d’un adjectif.
Avec en commun, les deux premiers (« La France »).
Seul l’adjectif diffère.
En apparence.
Car qu’est-ce qui fait la force, sinon : l’union ?

Alors bien sûr, nous avons un Mitterrand totalement de profil. Alors que Sarkozy, lui, est de trois-quarts.
Pourquoi ?

Eh bien parce qu’en 1988, Mitterrand est archi-favori. Il plane dans les sondages. Tout le monde sait qu’il va être réélu. Il peut donc se permettre ce que personne, à ma connaissance, n’a osé faire, ni avant, ni après lui : poser de profil ! En vainqueur, quoi !

Sarkozy n’est pas dans la même position. Depuis fin 2010, tous les sondages le donnent perdant. Ecrasé par DSK, désormais par François Hollande, et même battu (55/45) par Martine Aubry. Du jamais vu dans la Ve pour un président en exercice.
Il ne peut donc prendre la même pose que Mitterrand, celle de la statue du Commandeur.
Mais il ne peut pas non plus réitérer celle de 2007, soit se présenter de face. On pose de face quand on est candidat, pour se faire reconnaître. Mais pas quand on est président (ce que, au passage, Giscard, en 1981, n’a pas compris).

Alors, très habilement, il choisit l’intermédiaire : de trois-quarts. De fait, il ne nous regarde pas. Comme Mitterrand en 1988, il scrute. Un horizon. Avec la même sérénité ; avec confiance et assurance.
Peut-être, oui, y a-t-il quelque chose de plus dans le regard de Mitterrand. Mais c’est dû au fait qu’il était le vainqueur certain. Et il le montrait fort bien !

Vous noterez itou, et encore une fois, des similitudes dans les expressions : à commencer par le même sourire. Pas trop marqué. Juste ce qu’il faut… Les mêmes petites rides aux coins des yeux, fortement mis en évidence. C’est le signe de l’homme qui a bien vécu, sachant apprécier les plaisirs de l’existence, un jouisseur ; un homme qui n’est point hanté par quelques tourments ou regrets ; un homme rassurant ; bref : un protecteur.

Reste le fond. Qui là encore, comme pour les deux affiches précédentes (le village qu’a laissé place à une vallée) ne peut être identique, et pour la même raison : la France de 2012 n’est pas la même que celle de 1988. Celle de 2012 traverse une crise…
Alors, d’un côté, on fait simple, juste une couleur unie. Qui va comme un gant avec le slogan (« La France unie »).
De l’autre, la mer. Bleue, de toutes les façons. La mer, parce qu’il l’a dit, le soir où il s’est déclaré : il est le capitaine qui n’abandonne pas le navire en pleine tempête. Et ce qu’on voit, c’est le résultat, si nous reconduisons cet homme à la barre du navire France : plus de tempête, mais en lieu et place, une mer calme et tranquille. Et hop, ni une, ni deux, on en revient à … « La Force tranquille » !

Oui, c’est bien du côté de Mitterrand qu’il fallait chercher. Les mêmes codes. La même symbolique.
Mitterrand encore et toujours, comme en 2007, parce que c’est le seul président qui fût réélu sans la moindre discussion (ce qui n’a pas été le cas de Chirac en 2002, victoire entachée, ou biaisée, par le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002).
C’est donc LE modèle. LA référence. Il n’y en a pas d’autre !

Pourquoi voulez-donc que ce fût Giscard ? Pourquoi voulez-vous qu’un homme tel que Sarkozy, si ambitieux, prenne pour référence ou modèle le seul président à avoir échoué dans la sollicitation d’un second mandat ?

Quand bien même irait-il, tout l'indiquant, vers ce destin-là...

 

27 octobre 2011

Eléments De Langage Destinés Au Candidat Du Parti Socialiste Souhaitant Vaincre Le Candidat Sortant Par Temps De Crise(s)

16-Mars-1981.jpg« A quoi sert une élection, sinon à juger le bilan d’une politique, et, puisqu’il s’agit d’une élection présidentielle, à juger le bilan d’un homme (…) Juger ce bilan, du candidat sortant, je le ferai honnêtement ».

« Pouvait-il faire mieux ? Ne le pouvait-il pas ?... Était-il entraîné dans un cycle de crises économiques qui frappent toutes les sociétés capitalistes, et particulièrement l’Occident ? Il n’y pouvait peut-être rien ! »

« Simplement, je me poserai la question : est-ce qu’il va recommencer ? »

« La hausse de prix ! Ça frappe beaucoup de gens, hein ! Des gens simples qui n'ont pas beaucoup de moyens (…) Un million sept cent mille chômeurs, c’est-à-dire : un million trois cent mille de plus qu’au jour de son élection ; c’est beaucoup !... Un commerce extérieur en déficit de 60 milliards (…) Un déficit budgétaire accumulé, pendant ces sept ans, de 211 milliards (…) Une dette extérieure de 120 milliards ; c’est beaucoup !... 100 000 entreprises disparues récemment (...) Je veux dire simplement que ce n’est pas contestable, ça : c’est vrai ! »

« [Je lui dirai :] Est-ce que vous ne pouviez pas faire autrement pour défendre les intérêts de la France à l’extérieur ? (…) Êtes-vous sûr que la France, qui est un grand pays, a toujours rempli son rôle ? »

« Ce qui est évident c’est que, élu Président de la République, je changerai un certain nombre de choses. En particulier dans le cadre des relations du Président de la République, du gouvernement, du Parlement ; dans les relations du Président de la République et des citoyens ; tout en étant très volontaire pour préserver la charge de la fonction et la remplir entièrement. Je voudrais qu’on en revienne à des mœurs, disons plus … Un peu plus démocratiques ! »





[François Mitterrand, Cartes Sur Table, 16 mars 1981]

11 juillet 2011

Souvenirs De Présidents [Elus Neuf Mois Avant...]

Ah, l’été ! C’est comme qui dirait : relâche. Et c’est pas de refus, n’est-ce pas, après toutes ces péripéties. Petites ou grandes. Toutes ces bisbilles, ces rumeurs, voire : ces calembredaines... Et, quand bien même pour des raisons économiques, comme 45% de mes compatriotes, je ne partirais au Porge ou à Messanges bouffer du sel, défier quelques baïnes, ou crawler magnifique dans une eau gorgée de résidus en plastique, il n’empêche que, période estivale oblige, je rêvasse, me délasse... Et c’est ainsi que me reviennent, ces hommes et cette femme qui, neuf mois avant le scrutin, étaient consacrés, et comment ! par des scientifiques d’une opinion triée sur le volet.

La-Présidente-de-2006.jpgJuillet 1980, je devrais être content... Comment ne pas l’être quand, déjouant tous les pronostics, vous décrochez votre diplôme, un baccalauréat classé scientifique grâce aux épreuves de Français ? Et que, par-dessus le marché, pillant votre Livret A, patiemment alimenté par des parents durs mais prévoyants, vous vous offrez vos premières vacances d’été, dans les Landes, à Mimizan... Vacances d’ouvrier. A faire les trois huit... Engranger de l’artiche pour raquer la future université. Un été de prolétaire, avec casse-graine en plein milieu de la nuit… La plage, j’y dormais, vidé que j’étais... Mais c’était rudement chouette quand même, parce que, vois-tu, enfin, et curieusement, je me sentais libre. Pour la première fois de ma petite vie...
Pourtant, j’avais (donc) comme de la mélancolie. Du vague à l’âme. A cause d’un type. Un dénommé Giscard. Valéry de son prénom. Président de nous autres depuis 1974. Et qu’allait en reprendre pour sept ans... Sérieux, j'vous assure ! Même que c’était marqué dans les journaux. En gras. Ou lettres capitales. Il balayait Rocard, il écrasait Mitterrand.
Avec mes copains, qu’avaient tous plein de cheveux, ça nous rendait malade. Sept ans de plus avec Giscard, on n’arrivait pas à s’y faire... A ce point, qu’on a boycotté les JO de Moscou... Tout juste si Coluche arrivait à nous dérider la couenne quand dans sa drôle de chanson intitulée Misère, il balançait faussement menaçant :
« Attendez que la gauche passe, vous allez voir, en 2012 ! ».
2012 ! Mais quel enfer ! 32 ans de plus à vivre dans un pays de droite. Dont sept avec Giscard... On se disait que c’était inhumain. On a même pensé à alerter la Convention de Genève ou la Ligue des Droits de l’Homme.

Eté 1987, c’est pas une bonne période, dis, pour les anciens nazis. T’as le Barbie qui prend perpète, et le Hess qui se pend, dans sa geôle de Spandau...
Moi, je m’apprête à découvrir Pantruche, comme bonnit San-A... J’ai un peu le traczir. Me dis que j’suis pas équipé pour. Que ça va pas faire un pli. Et que, dans moins de deux, je vais la retrouver, ma grise province. Mon Limoges. Et sa porcelaine agonisante… De toutes les façons, vivre à Paris ou Limoges avec Raymond Barre comme président, qu’est-ce que ça changerait ? L’ennui serait le même. Considérable.
Y’a bien Michel, le Rocard, qui frémit, titille le Raymond dans les sondages. Ça laisse un quignon d’espoir… Rocard, après Mitterrand, ce tonton flingueur de la gauche, ça y remettrait les pendules à leurs places… Mais les observateurs, les Duhamel et consorts, ils n'y croient pas trop. Ils supputent fort un coup de Jarnac. De la part du parrain de la rue de Bièvre... Du coup, c’est Barre qu’est en pôle... Vous dire que ça nous met le bourdon, serait un euphémisme. Premier ministre, passe encore, mais Président de la République, Raymond Barre ? On arrive pas à y croire. Tellement c’est triste… Pourtant, c’est écrit. Le 8 mai 1988, il prendra l’Elysée. Vous avez dit Misère ?

Ceusses qu’aiment le football de compétition ont encore les glandes. Tu m’étonnes ! Voir la Bulgarie frôler le podium, la même Bulgarie qui nous avait privés de cette Coupe du Monde étasunienne de football, un maudit soir de novembre 1993, forcément, ça vous fiche des regrets…
Mais y’a pire, en cet été 1994. Et ce pire se prénomme Edouard.
Flanqué d’un mec surexcité, un certain Sarkozy, Monsieur Edouard écrase la concurrence. Delors, y compris... Ah, et puis faut voir, comment il se la pète, Edouard ! Comme il est sûr de son fait. De sa victoire… En même temps, avec une telle avance dans les sondages, comment ne pas faire preuve de suffisance ?.. Nous, on est ratatinés. De savoir que, pour sept longues années, on va becqueter du Balladur matins et soirs. On se dit que décidément, la Mitterrandie ne nous aura apporté que du malheur. Jusqu’à, donc, son successeur.
C’est pire encore que cet été 1980, avec Giscard triomphalement réélu. Tellement Balladur, c’est pas possible ! Ça fait trop France des années 70 avec ses chocs pétroliers, ses R12 TL et sa chasse au gaspi... Ah, je vous certifie, c’est assurément le pire été d’avant le scrutin qu’il m’ait été donné de vivre... A ce point qu’avec les copains, on a bu tout ce qu’on pouvait. Ah ça ! on a pas mégoté sur les litrons ! J'crois même qu’on a pris quelques stupéfiants de catégorie une... Je sais, c’est pas bon pour la santé, mais Balladur, président de la République, vous croyez que c’est bon pour le foie, la rate et les poumons ? Et j'vous passe le cardio-vasculaire !... Du coup, perdu pour perdu, on a pris de l’avance. Tant Balladur nous donnait envie de fuir toutes choses de l’existence. Même les plus douces...

On ne savait pas. En juillet 2001... On pouvait pas savoir que deux mois plus tard, deux Tours allaient s’effondrer, percutées par des avions de ligne. Et que ça allait changer la donne... On pensait, pour l’été, aller paresser quelques jours en Grèce. Pas pour le paysage, non, pour la monnaie. Qui serait bientôt la même que la nôtre : l’euro… Là itou, on ne pouvait pas deviner que, moins de dix ans plus tard, ce beau pays en souffrirait plus que de raison…
En revanche, s’il y a un truc dont on était sûr, c’est que pour Chirac, les carottes étaient cuites. Tellement il avait de casseroles. Qui faisaient la joie du juge Alphen... Ah oui, y’avait pas à tortiller, l’affaire était comme qui dirait bien engagée... Et d’ailleurs, les sondages nous le confirmaient : Jospin était favori pour la présidentielle de l’an prochain…
Bon, j'vous cache pas qu’avec les copains, nous étions divisés. Sur le cas Jospin... D’aucuns disaient que pour un trotskiste, il était quand même un peu mou du genou. Quand d’autres vantaient son socialisme pragmatique. Ce à quoi, je rétorquais qu’il était, Lionel, beaucoup plus pragmatique que socialiste... Mais, là où nous étions tous d’accord, c’est que Lionel, tout de même, il était considérablement austère... Du coup, nous ne nous sommes pas barrés en Grèce, mais en Haute-Garonne. On a fait une sorte de pèlerinage pédestre avec halte à Cintegabelle. Un été protestant, quoi... A picorer. Plus frugal, c’est pas possible...
Mais bon, malgré nos divergences, voire notre scepticisme sur le socialisme jospinien, on se disait qu’après sept ans de Chirac, on aurait bien tort de cracher dans la soupe... Même austère, pas sexy pour deux sous, Jospin c’était quand même mieux que Supermenteur.
Et puis, c’était que pour cinq ans. Alors, nous étions contents.

Qui aurait parié un kopek sur elle ?... Personne, je crois. Qui prétendrait aujourd’hui le contraire serait un fieffé menteur ! Allons, soyez honnêtes ! Vous ne pensiez tout de même pas que cette équipe de France de Raymond Domenech parviendrait en finale de la Coupe du Monde de football, ce 9 juillet 2006 ? Comme Raymond l’avait d’ailleurs prédit ! Même que tout le monde, qu’a la mémoire courte (cf : Aimé Jacquet), se foutait de lui. Et copieusement… Ah ! Si Zidane n’avait pas pété un câble, qui sait ? Peut-être qu’on l’aurait gagnée, notre deuxième Coupe du Monde !...
Mais bon, la déception fut de courte durée, car nous avions notre championne. Et c’est pas peu dire qu’on était fiers comme Artaban.
C’est que dites, comme évènement, c’était pas du banal ! Une femme à l’Elysée ! Vous me la copierez !... Certes, nous ne serions pas des précurseurs en la matière, d’autres ayant eu l’idée avant. A commencer par l’Islande, un 1er août 1980, avec Vigdís Finnbogadóttir... Mais tout de même, ça par exemple ! une femme, présidente de la République Française, ça faisait causer… Oh, pas toujours positivement. Y compris entre nous, les copains... Comme disait ce pauvre Lieutenant Columbo, y’avait chez Ségolène Royal quelques petits détails qui nous chiffonnaient... A commencer par son socialisme. Qu’on trouvait fort peu catholique, pour reprendre une expression de feu Georges Frêche. Et pourtant, Dieu sait, dans un pays laïc, que sur ce sujet, elle ne laissait planer le moindre doute... Autant Jospin était protestant, autant Ségolène, c’était la Cène tous les jours. Du catéchisme en veux-tu, en voilà... Mais justement, c’est ça qui nous hérissait un tantinet. A ce point qu’on se demandait si la Ségolène, elle serait pas, dès fois, une socialiste de droite. Comme il avait dit, Pierre Bourdieu...
Mais bon, quand vous avez Sarkozy en face, vous arrêtez de vous poser des questions. Et vous vous dites que, après douze ans de chiraquisme, ma foi, cinq ans avec Ségolène Royal, ça peut pas faire de mal... Et puis, encore une fois, une femme à l’Elysée ! Nous, on demandait qu’à voir... Et les sondeurs, visiblement, aussi. Ils la donnaient (presque tous) victorieuse, en cet été 2006.
Alors, le coup de boule de Zidane, vous comprenez, on l’a vite oublié…

Juillet 2011. Comme disent les journalistes d’aujourd’hui, c’est « sans précédent ». Et pour une fois, c’est pas des menteries… De mémoire d’homme, de sondages, jamais j’ai vu un truc pareil…
Déjà, le gars qu’était élu, et haut la main, il a fini en prison... A Rikers Island... Avant d’être libéré sur parole. Sidérant !... Quand vous pensez que ce type écrasait Sarkozy dès le mois de novembre 2010, y’a de quoi avoir quelques regrets… Enfin, lui, il doit avoir des regrets. Les Français, j’en suis moins sûr… Bref…
Mais la suite est tout aussi inédite. Je sais pas si vous êtes au jus, mais c’est pas UN président qu’on a, là, mais DEUX :

Martine Aubry et François Hollande.

C’est la première fois que ça arrive ! C’est peut-être mieux, qu’il y en ait deux .. Quand on se souvient de ceusses qu’étaient élus, neuf mois avant l’échéance : Giscard en 1980, Barre en 1987, Balladur en 1994, Jospin en 2001 et Royal en 2006. Comment qu'ça a mal fini pour eux (surtout pour Barre, Balladur et Jospin qui, incompréhensiblement, n’ont même pas passé le 1er tour !).
Peut-être que s’ils sont deux, y’en a bien UN qui passera, cette fois... Ou pas…
Ou pas, because quand on regarde dans le rétro, parce que c’est l’été, qu’on a le temps, on s’aperçoit que les présidents élus neuf mois avant l’élection ne le sont plus le jour dit du scrutin...
Notez bien que je ne suis pas là pour gâcher votre bel été, ni celui de Madame Aubry et de Monsieur Hollande, mais qu’est-ce que j’y peux, moi, si les chiffres me donnent raison, et à eux, Martine & François, bien peu de chances de conquérir l’Elysée, le 6 mai 2012 ?

Or donc, voilà ENCORE un sale été en perspective.
Car, entre nous, partir ou pas, à Messanges ou au Porge, avec dans le cassis, l’idée que Sarkozy va en reprendre pour cinq ans, forcément, ça vous les rend amères ; les vacances.

 
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