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05 septembre 2011

Pourquoi Taxer Les Riches « C’est idiot et nul ! » ?

Or donc, Serge Dassault, « un très grand industriel (…) qui crée des emplois (…) de l’activité » [1], aura marqué le Campus UMP, en estimant, haut et fort, que taxer les riches « ça ne sert à rien, ce n’est pas comme ça qu’on va régler le problème du déficit. C’est idiot et nul ! ».
Voilà qui pourrait, en ces temps de crise(s), heurter le néophyte. Celui qui ne sait pas comment ça se danse, l’hypra-libéralisme.
D’où ce décryptage qui a pour noble ambition d’expliquer une bonne fois pour toutes aux laborieux de ce pays, à quel point Serge Dassault est un homme éclairé, voire : notre ami.

Serge_Dassault.jpgPrenons un riche. Peu importe lequel. Quelle est sa particularité ? Ce qui fait sa différence ?
La réponse est simple comme bonjour : sa richesse. Autrement dit : son pognon. Sans lui, il n’est plus rien. C’est sa seule raison de vivre (et de jouir, de préférence, en Josas...).
Vous comprenez, dès lors, que si l’on touche à son trésor, ne serait-ce qu’à hauteur de 3%, le riche est atteint dans son identité. Son intime. Avec une conséquence que chacun peut aisément deviner : la souffrance.
Or, que fait un être humain, quel qu’il soit, quand il souffre ?
Il consulte. Afin d’atténuer, voire éradiquer, la douleur qui le dévore.

Mais ce n’est pas un médecin lambda que le riche s’en va trouver, comme nous autres les vilains.
Ce sont des conseillers, des consultants, des collaborateurs. Des experts de la finance. Ceci étant, ils n’ont rien à envier à nos carabins, tant leurs prescriptions sont efficaces. Il faut voir les ordonnances qu’ils délivrent ! Défiscalisation, délocalisation, optimisation, évasion, et j’en passe ! Toutes les options possibles et inimaginables, pour soulager le riche de sa souffrance, sont passées au scanner. Ainsi, certains seront invités à délocaliser, qui en Roumanie, qui au Pakistan, voire même, en Chine ; d’autres à "placer" leur oseille au Luxembourg, en Suisse ou aux Caïmans ; ceci n’étant qu’un maigre aperçu des remèdes proposés. [2]
Ce qu’il faut retenir, c’est que ça marche ! Taux de rémission : 100% !

Seulement voilà, à tout traitement – ici, de cheval – correspond des effets secondaires.
Et ils sont, présentement, tout aussi redoutables qu’inattendus.

En effet, ce soulagement du riche, qui se traduit donc par une fuite massive des capitaux, contribue à appauvrir notre pays. Logique ! Le pognon se barrant « ailleurs », c’est moins de recettes escomptées pour notre pays. Ce qui, donc, alourdit et sa dette, et son déficit.
Du coup, nous commençons à comprendre pourquoi Serge Dassault nous dit que ce n’est pas en taxant les riches « qu’on va régler le problème du déficit ». Au contraire !
Premier effet secondaire.
Premier, car il y en a un second (sinon, c’est pas drôle).

Le déficit s’alourdissant, que va-t-il se passer ?
Angoissé à l’idée de voir la France perdre son Triple A, le gouvernement va prendre des mesures, qu’il qualifiera de «difficiles, mais nécessaires», comme par exemple, au hasard : une taxe sur les sodas, les cigarettes, les mutuelles, etc.
Ceci constituant la première étape d’un plan de rigueur qui ne veut pas dire son nom ; la seconde étant prévue pour le second semestre de l’année 2012, avec – liste non exhaustive – augmentation substantielle des franchises médicales, suppression de certaines aides ou prestations sociales, baisse conséquente des allocations chômage (et pas seulement pour les cadres), réduction accélérée des effectifs dans la fonction publique (jusqu’à liquidation totale), hausse de la CSG, création d’une TVA dite « sociale », bref, toute une batterie de mesures qui touchera de plein fouet, non les riches (puisqu’ils sont – lapalissade –  riches), mais les classes moyennes et populaires.
D’autant plus si la croissance reste égale à zéro. Ou approchant.

Nous entrevoyons à présent et très clairement, quelles dramatiques conséquences, une simple taxe sur les riches aurait sur les plus modestes d’entre nous. Même un auditeur de Sud Radio serait à même de le comprendre !
Nous assisterions, impuissants, à un effet d’un type « dominos », un truc infernal, qui pourrait se résumer de cette façon :
Taxe sur les riches = fuite des capitaux = appauvrissement de notre pays = pauvres et autres laborieux, nous en sommes bien marris, mais il faut que vous passiez à la casserole afin de ramener le déficit dans les clous de Maastricht [3] ; il en va de l’avenir de vos enfants et de la France, Amen !

Or donc, Serge Dassault a raison : taxer les riches « c’est idiot et nul ! » étant donné qu’au final, ce sont les pauvres salariés qui payeront l’addition.
CQFD.

Nonobstant, il n’est pas interdit de penser, haut et fort, que Serge Dassault se fout ouvertement de notre gueule ; que ce « très grand industriel (…) qui crée des emplois (…) de l’activité » [1] est d’un mépris et d’une arrogance insupportables ; un homme qui, de surcroît, se moque éperdument de la démocratie, à commencer par celle sortie des urnes ; qu’il est un héritier qui jalousement n’engendre que des héritiers ; que son attitude, détestable, démontre qu’il refuse, quoi qu’il arrive, d’aider son pays [4] ; bref, il n’est pas interdit de lui dire merde, et de lui promettre que demain, c’est bien lui qui va payer, et pas nous.


[1] Jean-François Copé, lundi 5 septembre 2011, sur France Inter.

[2] C’est ainsi que par tous ces subterfuges, une entreprise comme Total ne s’acquitte plus, bon an comme mal an, que de peanuts d’impôt sur le territoire français.
Alors, elle est pas belle, la vie ?

[3] Maastricht, pour qui, je te le rappelle, tu as dit oui, en 1992. Pauvre de toi !

[4] En revanche, ça ne lui pose aucun problème, à Serge Dassault, de proposer des Rafale à Kadhafi. Celui-là même qu’on honnit et pilonne, aujourd’hui.

04 septembre 2011

Pauvres De Nous !

Passionnant, non, la chamaillerie entre Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy à propos de cette taxe sur les parcs à thème ? Et bienvenue, surtout. Tant ladite taxe était un sujet majeur. Sur lequel, il convenait de débattre « sans tabou, ni a priori ».
Comment ne pas remercier chaleureusement Jean-Pierre Raffarin d’être monté au créneau, d’avoir bravé avec verve, pugnacité, courage, et son propre camp, et l’autorité présidentielle ?
D’autant qu’il aurait triomphé, et avec quel talent !

Tignous-Charlie-Hebdo.jpgL’Histoire se souviendra-t-elle de ce moment-là, de ce jour où un seigneur déchu du Poitou fit plier le suzerain impopulaire de l’Elysée qui, sous prétexte d’austérité, s’apprêtait à taxer les maigres loisirs des vilains que nous sommes ?
Ou, retiendra-t-elle la ficelle, celle qui dans nos souvenirs immémoriaux, se doit d’être la plus grosse possible afin que plus facilement ça passe ?

Parions sur le bon sens, celui de nous autres, celui qu’on vante en haut lieu, pour de suite affirmer, que c’est la ficelle qui l’emportera.
Car de toutes les gabelles, celle sur les parcs à thème n’était assurément pas la plus douloureuse. La dénoncer, commedia dell’arte, c’était pour, en vérité, mieux cacher la forêt, or donc l’essentiel.

Il faut reprendre la liste des taxes pour bien mesurer la gabegie, l’entourloupe, dont nous venons d’être les premières victimes.
Ainsi, celle sur les sodas.

L’éminent « collaborateur » du suzerain nous expliqua, paternaliste, que c’est pour des raisons de santé publique, qu’il décidait d’instaurer une telle taxe. Il est vrai que ces boissons, hautement chargées en sucre, affectent, avec le temps, notre petit métabolisme. En consommer immodérément provoquerait, dit-on, des dysfonctionnements ô combien désagréables (diabète, obésité, problèmes cardio-vasculaires, etc.). Or, qui prend en charge les dysfonctionnés, sinon notre régime d’assurance maladie, ce système solidaire devenu, lui aussi, déficitaire ?

Or donc, voyez, tout se tient.
En apparences.
On taxe ce qui fait du mal à notre corps, autrement dit : on ne nous taxe pas, on nous protège ! Et, en même temps, on épargne notre sacro-sainte Sécurité Sociale d’un éventuel trou supplémentaire !
Comment ne pas applaudir à tant de sollicitudes, de prévoyance ?
Comment ne pas saluer cette gestion de bon père de famille ?

Ce serait oublier la gabelle touchant les complémentaires de santé.
Une taxe autrement plus rémunératrice que celle sur les sodas et les boissons sucrées (gains : 120 millions d’euros en 2012), ou celles sur les alcools forts (340 millions) le tabac (600 millions) et les fameux parcs à thème (90 millions) puisqu’elle devrait rapporter à l’Etat la coquette somme de 1,1 milliard d’euros en 2012, soit près de la moitié du total estimé des taxes devant peser sur la consommation des ménages (dans le cadre de ce plan d'austérité).

Ainsi, on nous annonce que c’est pour notre santé que l’on gabellise ici et là, mais dans le même temps, on taxe, et copieusement, les mutuelles.
Belle incohérence ! Fantastique fumisterie !

Croyez-vous que les classes moyennes, les plus modestes d'entre nous, aient les moyens de supporter ce coût supplémentaire ? Nonobstant, quand on sait pertinemment que bon nombre d’entre eux n’a déjà pas les moyens financiers d’en contracter une ? Or, si vous n’avez pas de mutuelle, vous renoncez à quelques soins primordiaux, comme les dents, par exemple. Ou la vue. Et je ne vous parle pas des divers frais d’hôpitaux.

Comment peut-on, dès lors, avancer un argument de santé publique pour justifier de taxes, quand parallèlement, vous éloignez une partie de la population, celle-là même que vous prétendez vouloir protéger, de l’accès aux soins ?

Etonnant, n’est-ce pas, qu’aucun Raffarin n’ait pensé à monter au créneau, à braver l’autorité présidentielle, sur ce sujet, cette incohérence. Que ça n’ait pas provoqué un débat, voire une chamaillerie. Que ça n’ait pas fait les gros titres, non plus.

Pourtant, quelqu’un s’est indigné.
A demandé (le 29 août dernier) « solennellement » au président de la République d'abandonner cette idée d’alourdir la taxation des complémentaires de santé, en développant l’argument suivant : « Cet alourdissement (…) contraindra les familles modestes à renoncer, pour des raisons financières, à une couverture complémentaire-santé ou, comme nous le constatons déjà, à choisir des garanties beaucoup moins protectrices » [*].
Cet homme, c’est Etienne Caniard, le président de la Mutualité française.
Il aura eu moins de succès que Jean-Pierre Raffarin.
Et surtout, on aura donné que peu d’écho à son appel « solennel ».

Or donc, nous voyons mieux, désormais, comment se danse cette histoire.

On met en avant une taxounette, celle touchant les parcs à thème. On en fait un sujet de dispute ; en réalité, une mise en scène. De fait, on occupe l’espace médiatiquement. Ah mon dieu, on se déchire dans le parti majoritaire ! C’est bon ça, coco, pour le buzz.
Et puis, finalement, tout s’arrange. Bon comme le pain, le président finit par céder à celui qui fut son Premier ministre. Et l’on a l’impression que le gouvernement a lâché du lest, mieux : qu’il nous a fait une faveur. Soyez heureux, les gueux, vos attractions restent au même tarif ! Dans ce déluge de mauvaises nouvelles, forcément, ça ne passe pas inaperçu. Mais c’est fait pour…
… Pour cacher la forêt. La vraie taxe. Celle qui fait mal. Qu'est injuste. Celle qui nous touche vraiment.

Voilà pourquoi Raffarin a faussement titillé Sarkozy sur une taxe dont, franchement, nous nous foutions comme de notre première chemise : pour mieux en taire une autre ; la douloureuse.
Pauvres de nous !


NB : Plutôt que d’accabler les ménages moyens et populaires de ce pays, sous prétexte de crise, d’austérité, d’unité nationale et tout le merdier habituel, le gouvernement aurait pu mettre à contribution les plus riches. Qui, eux, n’ont aucun problème pour s’équiper sport en matière de mutuelles.
D’aucuns me diront que c’est le cas ! Enfin, messire ! Une taxe de 3% concernant les revenus supérieurs à 500 000 euros annuels (gains estimés : 200 millions d’euros en 2012) c’est pas grand-chose, mais ce n’est peut-être qu’un début !
Le début de la fin, plutôt.
Etant donné que la voix de son maître, le dénommé Serge Dassault, a claironné ce week-end, lors du Campus UMP, que taxer les riches  « ça ne sert à rien, ce n’est pas comme ça que l’on va régler le problème du déficit. C’est idiot et c’est nul ! »

Gageons qu’il sera plus entendu qu’Etienne Caniard.
C’est que, voyez-vous, la 89ème fortune du monde, qui plus est propriétaire du journal censé assurer la réélection du suzerain, ça a quand même autrement plus de poids qu’un petit président de mutuelle.

[*] Le Monde – mercredi 31 août 2011

 
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