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28 mai 2009

Je Ne Marche Pas à La Susan Boyle

Susan Boyle [Source : Pure People]

On dit qu’elle a le physique ingrat, Susan Boyle. C’est vrai …
Elle est grosse, elle est moche et plutôt du genre velu, Susan Boyle.

On a tous connu, une Susan Boyle. A l’école. Au collège. Au lycée. Au boulot. Et … on lui en a fait baver, tu te souviens ? Et pas qu’un peu, nom de Dieu !
C’est bien d’elle, non, dont on se moquait et sans compter ?
Allons, ne fais pas celui qui ne se souvient pas ! Tu sais très bien, que c’est elle qu’on a rejetée, sifflée, brimée même. C’est elle que nous ne n’invitions jamais à nos soirées. Et aujourd’hui, voilà que .. nous l’applaudissons ? … Tiens donc ! …. Voilà qu’on s’ébaubit, qu’on s’émeut même de – comment dire ? – son ..  “incroyable destin”.
Comme une revanche sur la vie qui jusqu’ici ne l’avait pas gâtée. Faut dire aussi, qu’on ne l’a pas vraiment aidée, notre Susan Boyle personnelle. Ou alors, un jour, comme ça, en passant, à peine mité par je ne sais quel sentiment de culpabilité, des remords à pas cher et passagers, une curiosité mal placée, on est allé vers elle, pour très vite, s’en débarrasser. Retourner à la meute. A nouveau, se gausser.

Mais aujourd’hui, on l’applaudit.
Aujourd’hui, c’est notre Susan à nous. Oui, à nous ! … Car elle nous appartient, tu comprends ? C’est NOTRE copine, désormais ! Alors qu’elle est toujours aussi moche, grosse, velue et sapée comme un sac ! Mais … MAGiiiiiE ! ça ne nous dérange plus ! On trouverait même que, finalement, ça a du style ! … Et tu sais quoi ? … J’te fiche mon billet, qu’y a des sagouins, des qui s’emmerdent pas, des pas gênés, qui doivent clamer haut et fort qu’ils le savaient bien, tiens ! qu’elle avait du talent, qu’elle était exceptionnelle, la Boyle ! Même qu’ils l’avaient toujours dit. Et ne crois pas qu’elle est, cette attitude, britannique. NooOOOon ! C’est juste la nature humaine qu’est ainsi faite.
La saloperie, vois-tu, ça n’a pas de nationalité. L’être humain est un sale type. Moi, le premier.
Et toi, avec.

Nonobstant, je dois te faire un aveu : je n’applaudis pas. Je ne m’ébaubis pas. Je ne m’émeus point. Je ne marche pas à la Susan Boyle.
Et tu sais pourquoi ?
Parce que c’est un attrape-cons comme sait si bien et quasi quotidiennement nous fabriquer cette machine à broyer qu’est cette pute, cette femme, cette salope : la télévision !
L’on me rétorquera que, dans ce genre d’émission, un télé-crochet, c’est le public qui vote, qu’a le pouvoir, celui de désigner la star, et qu’elle est là, la victoire, parce que le public ne suit pas les "critères", ceusses qu’on lui impose chaque jour dans les médias via la publicité, tu sais ces "critères" qui disent que pour réussir il faut être comme ci, comme ça, belle, élancée, lookée, rebelle, minaudante ou mystérieuse, écervelée ou sophistiquée, sans oublier le milieu social bien sûr ! pas trop bas, pas trop haut non plus, faut pas déconner - à moins d’être la fille ou le fils de, là, c’est différent, t’as ton ticket dès la sortie vaginale - oui, ces critères, eh bien le public les envoie péter en consacrant une Susan Boyle, celle-là même dont il se moquait hier, celle-là même qu’il rejetait, il décide d’en faire un symbole. SON symbole ! Car ce n’est pas Susan Boyle qui prend sa revanche, mais le public ! Contre les critères qu’on lui impose, qu'il subit. Il fait de Susan, SA chose !
Or, ce n’est pas la sienne.
Mais celle de la télévision.
Et des publicitaires.
Comme l’était Magalie Vaé, notre grosse à nous de la Star Academy. Celle que tu as élue, pour la même raison que le public anglo-saxon va élire Susan Boyle, parce que, elle aussi, Magalie, ne correspondait pas aux "critères".
Et une fois élue, tu l’as acheté son disque ?
Bien sûr que non !
Une fois élue, tu l’as oubliée.
Car ta nature est ainsi faite.
Et la télévision le sait bien.

La télévision se sert de Susan Boyle, car elle te connait. Elle te connait bien. Elle sait que tu vas marcher. A fond les ballons. Et d'ailleurs, vas-y que je te "buzz" l’affaire sur Internet, comme si c’est TOI qui l’avais découverte, Susan Boyle !

La question, la seule qui vaille, est la suivante : pourquoi ?
Pourquoi la télévision te propose-t-elle ce qu’elle sait pertinemment être "ton" futur vainqueur ?
La réponse est simple : parce qu’elle veut te vendre quelque chose.
Ici, elle te vend un conte de fées. Clés en mains. Il est tout "pipeauté", ce conte de fées, mais peu importe ! L’important c’est que le public y adhère. Y croit. Et tout est fait, organisé, pensé, pour que ce soit le cas. Et C’EST le cas !
La télévision se sert de Susan Boyle pour te faire passer ce message : si Susan y arrive, alors toi aussi, tu peux y arriver ! Toi qui ne corresponds pas aux “critères”. Toi qui pensais que tu n’avais aucune chance, eh bien tu vois, regarde, c’est possible ! Toi aussi, tu peux, dans ce monde, vivre un contre de fées !

C’est fantastique comme message, non ?

C’est dégueulasse, surtout. Au sens Léo Ferré, du terme.

Parce que c’est un mensonge, un ignoble mensonge.
A quoi sert-il ?
A te mentir demain.
Qui sert-il ?
Ceux qui te mentent tous les jours : les décideurs, les industriels, les publicitaires. Les faiseurs de "critères".
Et même, les politiques.
Oui, les politiques !
Tu n’imagines pas quelle était leur joie quand ils constatèrent le succès rencontré par le “Loft” ... Alors comme ça, ça ne nous posait aucun problème, ou si peu, de mater, via des caméras, des jeunes évoluer dans leur intimité ? … Tiens donc ! … Comme c’est intéressant ! ... Non parce que, avant le “Loft”, fallait voir les réactions outrées quand un maire installait dans sa ville des caméras de vidéosurveillance ! Atteinte à la vie privée et tout le tralala ! Mais après le “Loft” que tu as consacré, validé, cet argument ne tient plus. Tu comprends ?
La télévision ce n’est pas innocent. Jamais !
La télévision est un immense laboratoire dont nous sommes les grenouilles. Elle teste sur nous de nouveaux produits (et toujours plus dangereux, notamment pour la démocratie) et selon notre réaction, le politique en tire des conclusions.
Mais pas que lui.
Les publicitaires, aussi. Surtout.

Or donc, concernant Susan Boyle, il ne s’agit que de mensonge. De voir, si ça mord. Encore. Si c’est oui, et c’est le cas, alors ça veut dire qu’ils peuvent te mentir demain. Tout va bien !
Tu crois aux contes de fées ? Génial !
Eh ben on va t’en servir un bien joli demain, mon pote ! Un bien gratiné !
Comme par exemple, te faire croire qu’ensemble, tout est possible ! Tu te souviens, hein, de ce slogan publicitaire

C’est elle, la publicité, les publicitaires, qui énoncent et font les "critères". Ce ne sera jamais toi. Ni moi. Et surtout pas Susan Boyle. Dont ils se servent. Et se moquent !
Ces gens-là, les faiseurs de "critères", tu ne les connais pas, et tant mieux pour toi ! Ils vendraient leurs mères. Ils écorcheraient un chat, juste pour le plaisir. Celui de le voir saigner.
C’est eux qui font danser le monde. Et le monde n’est pas un conte de fées. Parce que, justement, c’est eux qui le font. Et le défont. Où ils le veulent. Et quand ils le veulent.

Susan Boyle n’est qu’un appât. Rien d’autre. Et toi, tu mords.

Au mieux, elle profitera un peu de cette gloire éphémère, puis doucement, retrouvera l’anonymat. La solitude. Et tout le monde s’en foutra. Nous les premiers.
Au pire, elle sera broyée. Détruite. Ce ne sera pas la première. Mais là encore, personne ne s’en préoccupera. On s’en battra les couilles comme de notre première Loana.

Et puis, dans cinq ans, ou dix, les médias iront la voir, faire du reportage, de l’audience, et donc des écrans publicitaires.
Ils iront la voir dans sa petite maison tranquille, seule et triste, ils iront la voir comme ce chômeur qu’a gagné au loto, et qui ne sachant pas gérer l’argent, le trop d’argent – mais comment le pourrait-il ? – a tout perdu.
Elle aime bien ça, la télé, les gens qui rentrent dans le rang. Qui retrouvent leur milieu social.
Après t’avoir fait croire aux contes de fées, elle remet les pendules à l’heure, la télé, pour mieux te vendre via les publicitaires, demain, un autre mensonge, une autre Susan Boyle.

Celle dont tu te moquais hier - tu te souviens ? - celle que tu applaudis aujourd’hui, et que tu oublieras demain.





Musique n’ayant rien rien à voir avec ce billet. C’est juste comme ça. Pour oublier. Oublier ce qui est laid, la télévision, les publicitaires, la nature humaine ..


podcast

[Nina Hagen Band : "Naturtrane" - 1978]

 
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