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14 mai 2011

Un Politique Doit-Il Dire Tout Haut Ce Que Certains Français Pensent Tout Bas ?

C’est une professionnelle. De l’argent, des placements. Ce monde que je connais mal, elle parvient à m’y faire entrer. C’est extraordinaire, je pige tout. Bref… Et puis, voilà qu’elle évoque la « sortie de crise ». Et je sors du rôle que je devais tenir [1]. En l’occurrence, je lui demande à qui elle pense quand elle parle de « sortie de crise ». Précisant que pour le citoyen de tous les jours, ça n’est pas très concret, cette « sortie de crise ». Elle rebondit. Reconnaît que ladite « sortie » concerne, en premier lieu et avant tout, les grandes entreprises françaises et… les banques. Puis ajoute : « Vous savez, il y a toujours eu de la misère. Et il y aura toujours des gens qui resteront sur le bord de la route. On n’y peut rien ».

Hortefire-Walk-With-Me.jpgOr donc, voilà, j’avais ma réponse. La « sortie de crise » ne concerne, peu ou prou, que les plus fortunés. Et les forces vives de la nation. C’est le re-moment de boursicoter, toi qu’à un peu d’artiches de côté, de pépettes placées sur un PEA. Je t’assure… Pour les autres, la grande majorité, fins de mois ric-rac, revenus à peine médians, ou plus problématique, chômeurs, bénéficiaires du RSA, etc., faut s’accrocher. Mais à qui ?… Sûrement pas à Laurent Wauquiez.

Je sais, il s’est fait recadrer, le député-maire-ministre, à deux doigts de se faire « virer »... Mais, dès le lendemain, jeudi, dans le quotidien Le Progrès, il en remettait une louchée. Se justifiait : « J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ». Phrase faisant écho à celle prononcée par Michèle Alliot-Marie : « Ce que dit Laurent, c’est ce que disent nos électeurs » [Le Canard Enchaîné n° 4724 – 11 mai 2011].
Voilà qu’est fort intéressant. Et, en même temps, assez terrifiant.

Terrifiant, tant ce genre de saillie dévalue le politique. Et sa fonction.
Terrifiant, car Laurent Wauquiez qui est tout, sauf un crétin [2], sait pertinemment que nous – les classes moyennes et en deçà – ne sommes pas sortis de la crise (hormis, donc, les grandes entreprises et les banques, dixit la « professionnelle ») et que si « la France a mieux résisté [à la crise] que ses voisins [Européens] » ainsi qu’on nous l’a seriné, c’est en grande partie dû à notre système de protection sociale. Unique au monde.
Les « Français » et autres « électeurs » conspuant, vilipendant, ou se plaignant « tout bas » de ce « bouclier social » ne se rendent pas compte à quel point il nous a protégés. Que s’il n’existait pas, ce serait des milliers et des milliers (des millions, en fait) de citoyens qui se retrouveraient, aujourd’hui, non pas « au bord de la route » mais carrément « hors de la société », dans la misère la plus totale.
Dois-je rappeler ce que disait Nicolas Sarkozy le jeudi 25 septembre 2008 à Toulon ? [3]
Un discours, nonobstant, salué aussi bien à droite qu’à gauche…

Oh bien sûr, de ce discours, il ne reste plus grand-chose. Dans les faits. La moralisation du capitalisme a échoué – mais était-elle vraiment voulue, je veux dire mue par une volonté véritable ?
Nous savons très bien quels sont ceux qui sont sortis « plus forts » de la crise qu’ils n’y sont entrés. Si tant est qu’ils y sont entrés un jour… Vu que tout a été fait pour les « sauver ».
Seulement voilà, une élection se radine. Une majeure, puisque présidentielle. Pour le « sortant », et son parti, elle s’annonce mal. Les sondages sont mauvais, la côte de popularité est dramatiquement basse et les résultats en matière de pouvoir d’achat, de salaires et d’emplois sont calamiteux. Qui plus est, le Front National est de retour. Il capitalise, lui. Sur la misère. Le désarroi. Comme toujours... Car n’est-ce pas le Front National qui, depuis toujours, se vante de « dire tout haut ce que les français pensent tout bas » ?... « Dire », oui, mais sans jamais rien proposer. Sinon, un suicide économique et social.

D’aucuns diront : « Mais, c’est ça la démocratie ! C’est entendre le peuple ! »
L’entendre oui, mais de là à l’écouter, y’a une marge…
Et c’est justement cette marge qu’est garante et de la démocratie et de la République. A condition que le politique – le garant ultime – la respecte. Scrupuleusement… Vous souvenez-vous, d’avoir jamais entendu un de Gaulle ou un Mitterrand « dire tout haut ce que certains français pensent tout bas ». Non ?... Alors posez-vous la question du pourquoi ?... Ces hommes-là avaient une haute estime de la fonction (du politique), de la démocratie et de la République. Quoiqu’on en dise... Ils savaient les limites, le danger, la chienlit.

La fonction première d’un politique n’est pas de relayer, approuver et/ou réaliser « les fantasmes des citoyens ».
Il ne doit, en aucun cas – puisque l’on parle de devoir – se faire le porte-parole des ressentiments, des rancœurs, des aigreurs, des mesquineries, des étroitesses d’esprits... La seule (mauvaise) raison qui pourrait le pousser à le faire est la peur. De perdre… Un poste ministériel. Un mandat (de député)… De voir, son parti exploser… Oh ! ils ont beau nous dire qu’à un an des élections, les sondages se sont toujours trompés, ils fouettent, c’est évident, et copieux... La question – elle est aigüe, essentielle – est de savoir, avec cette peur chevillée au corps, jusqu’à quel point ils iront. Jusqu’où ils se renieront. Car, et de quelque bord que l’on soit, les œillères toujours il faut ôter, et convenir, être conscient, que cette droite dite traditionnelle, a des valeurs (sociales, économiques, etc.)... Qu’en restera-t-il si elle se laisse, ainsi, de Guéant à Wauquiez, gagner par la peur ?

Dans une démocratie véritable, une République « irréprochable », un homme politique ne peut pas se laisser aller à « dire tout haut ce que ses électeurs pensent tout bas ». Sinon, il liquide la politique. La démocratie. La République.
Il doit au contraire – c’est un impératif – faire preuve de courage, de pédagogie, et oser dire la vérité.
Or la vérité ne sort pas, jamais, de la rancœur, de la jalousie ou de l’aigreur.
La vérité, c’est que la crise a touché, avant tout, les plus « vulnérables » [3]… C’est intéressant, d’ailleurs, de constater que ceusses qu’en causent n’ont jamais connu la précarité. La vraie. La solitude. Totale…
Il faut savoir une chose simple : si vous n’êtes pas bien entouré (famille, amis, etc.) vous sombrez ! Et gravement. Personne ne vous aidera. Sachez-le… Et surtout pas ceux qui « pensent tout bas »… Nous ne vivons pas dans un monde qui prend le temps des autres (pas même sur Internet). Mais dans un monde (ultra) compétitif… L’égalité des chances, c’est de la foutaise. Un slogan. Et ce monde-là, nous l’approuvons ! C’est un fait. Sinon, nous nous révolterions.
Ce que je veux dire, c’est que, si nous l’approuvons – même tacitement – nous devons en accepter le prix... Et quel est ce prix ? Sa nature ? Eh bien, elle est collatérale et humaine... Il est évident que dans un tel monde, ceux qui « resteront sur le bord de la route » seront moult.
Voilà le prix de ce monde. Le prix à payer. Sans barguigner.
Et voilà pourquoi accuser le pauvre, le laissé pour compte, le décroché, de nos maux sociaux-économiques, est une immense saloperie.
Est-ce le pauvre, première victime de la « crise », qui gonfle la dette ?
Est-ce lui qui met en péril notre économie ?
Ou est-ce quelqu’un(s) d’autre(s) que – pour être bien clair – nous n’avons pas le courage de frontalement accuser, jusqu'à terme ?
Est-ce un(e) bénéficiaire du RSA et de quelques minima sociaux qu’est responsable du mal-être d’une société ?
Est-ce lui qui menace notre sécurité ?
Ou celui qui joue avec notre fric et par milliards au carré ?... A ce dernier, on ne s’attaque pas, parce que sans lui, plus de crédit, plus de maison, plus de petit confort, étroit, le confort, mesquin, mais confort quand même, n’est-ce pas ?… Le pauvre, citoyen sous perfusions, lui, il nous encombre, tant il est un témoin gênant de notre lâcheté. Pas vrai ?

Ah, c’est formidable ! Suite à « une crise sans précédent » il était question de moraliser le capitalisme, et puis, élection majeure se profilant, et certains – nombreux, faut croire, pactole électoral – « pensant tout bas », on va, finalement, chasser le gueux. C’est plus simple…
Un paradis fiscal, tu peux toujours t’accrocher, tu l’auras pas comme ça, d’autant plus qu’il t’est utile ; mais un pauvre, ça sert à quoi ? N’est-ce pas plutôt un « cancer » qu’il faudrait éradiquer ?... Et si je disais, moi, qu’un paradis fiscal, un parachute doré, un bonus indécent, c’était de l’ordre de l’Ebola ? La cause de tous les maux. Premiers responsables des laissés sur « le bord de la route »… « On n’y peut rien ! » disait la professionnelle. Mais, « on n’y peut rien » parce qu’on ne fait « rien ». Enfin, si… On chasse le gueux. C’est moins compliqué. Et ça fait jouir les crétins. Les mesquins. Les lâches... Et comme ils sont nombreux, hein, M. Wauquiez ?

Ah c’est pas le courage qui nous étouffe ! Ça non ! C’est la médiocrité. La saloperie. La bassesse. Et de voir des politiques, des élites de la Nation [2], s’en faire l’écho, c’est au-delà de la démission. C’est sans nom.
Non, le peuple qui « pense tout bas » n’est pas une référence. Il n’a aucune compétence. En rien. Il est ignorance.
Il n’est que ressentiments et crasse d’esprit. Un aviné, un parasite, si on l’écoute et le relaie. Un véritable ennemi de la démocratie et de la République. Un sale type. A qui, l’on ne souhaite même pas d’être pauvre, nu, et rongé par la honte... De toutes les façons, c’est impossible. La honte, il ne connaît pas. Puisqu’il ne sait même pas ce que c’est. Ce qu’elle signifie.
Ce qui n’est pas le cas de Wauquiez... Lui, au moins, a idée de ce que c’est. Sinon, il ne se serait jamais justifié ainsi :
« J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ».
Une phrase qui pue la honte ; itou une phrase terrible, tant elle est la négation du politique, d’un parcours, de valeurs (républicaines et démocratiques), mais aussi le summum du pathétique.

Or donc, voilà !... « Dire tout haut ce que certains français pensent tout bas », nonobstant le fait que c’est une démission du politique, c’est vertigineusement pathétique.


[1] Actuellement au chômage, je prends ce qui vient. Des « petits boulots » à la pelle. Là, pour 13€ TTC je testais une banque. Une de prestige. Avec un scénario très précis, borduré copieux. Bref, je n’étais pas là pour faire la causette, parler crise ou « sortie de crise »…

[2] Beau parcours que celui de Wauquiez. Brillant même. Louis-le-Grand, Henri IV, Ecole Normale Supérieure d’où il sort major (via une agrégation d’histoire), Institut d’Etudes Politiques ensuite, puis Ecole Normale d’Administration dont il sortira premier de sa promotion.
Bref, il représente clairement l’élite de ce pays. Il est donc passablement consternant de l’entendre tenir des propos assez indignes, indigents, carrément populistes. Ça relève de l’insulte à sa propre intelligence (et à la nôtre). Nous ne sommes pas loin de la honte totale et d’un déni, j’entends par déni, celles des valeurs qui l’animaient, et ce en quoi il croit.

[3] « Il faut bien sûr d’abord penser aux plus vulnérables dont la vie devient trop dure et qui souffrent. C’est dans les moments de crise que la solidarité avec ceux qui sont en difficulté doit être la plus forte. C’est la raison pour laquelle, j’ai pris la décision de créer le RSA, d’augmenter le minimum vieillesse, les pensions de réversion les plus modestes et pour les titulaires de minima sociaux (…] J’assume donc la décision de financer le RSA en taxant légèrement les revenus financiers qui depuis des années augmentent plus vite que les revenus du travail. C’est une décision juste et raisonnable » [Nicolas Sarkozy – Discours de Toulon – Jeudi 25 septembre 2008]

30 avril 2011

Entrée Dans La Précarité

Ce qui marque, durement, ce sont les visages. Cette fatigue, et tant d’autres choses, comme le poids, celui du temps qui passe et passe, et rien qui vient... Je me demande s’il en est de même pour moi. Je veux dire : est-ce qu’elle est pareille qu’eux, ma gueule ; aussi ravagée. Au bout de dix-huit mois… Comment savoir ?... Je la connais ma sale tronche, je me la fade tous les jours…

Dessin-de-Charb.jpgJe pourrais, je crois, décrire le parcours de ceux qui m’entourent. A l’œil nu, ça se devine, ces choses-là. Comme cette femme d’un âge certain, juste devant moi, par exemple. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C’est – c’était, plutôt – une professionnelle. De l’édition... Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Dans cette sélection…
J’en vois deux ou trois autres qu’ont le même profil ou approchant… Ce qui les unit et les trahit ce sont leurs regards. Y’a de la résignation. Entre autres… Sinon, un peu de tout : jeunes, moins jeunes, égarés, silencieux, anxieux ; la routine, quoi.
En face de nous, un trio. Un tableau. Et des marqueurs de toutes les couleurs.
On s’enquiert du fait de savoir si tout le monde est là. Apparemment, il manque quelqu’un… Il ne viendra pas. Tant pis… L’exposé commence.

Ce qui est assez désagréable, pour dire franchement les choses, c’est le ton sur lequel on s’adresse à nous. Oh, il n’est pas méprisant, non, du tout même, mais pourquoi nous parler comme si nous étions alités, malades ou je-ne-sais-quoi ? C’est peut-être nos gueules, me dis-je, cette lassitude qui se lit, trop bien.
Bref…
On nous explique en quoi ça consiste, ce « travail ». On nous le vend. Puis, on nous demande s’il y a des questions.
Il y en a.

- Est-il possible de faire plus de 20 heures par semaine ?

La réponse est non… Les visages se ferment. Déjà qu’ils n’étaient pas brillants…
La femme, celle qu’a dû marner dans l’édition pendant des années, elle insiste. Vu le tarif (entre 11 et 13€ de l’heure, et c’est du brut !) je comprends. Suffit de multiplier par vingt et les comptes sont vite faits. Le quotidien, avec ça, tu l’assures pas. D’autant plus que rien ne dit que tu les feras, les vingt heures. Vu que c'est un plafond.
C’est typiquement ce qu’on appelle un « job d’appoint ». Mais qui te prend du temps, ça, je peux en témoigner… L’heure, c’est juste un repère. C’est pour entrer dans les critères. De Pôle Emploi. En vérité, t’es payé au contrat [1]. Et c’est le contrat qui vaut entre 11 et 13€ [2]. Ce qui signifie que tu peux en décrocher - maximum - 80 au mois (mais ça n'arrive jamais), plus de 800 sur une année. C’est légal, paraît-il...

On a tous accepté. Pas le choix. Quand faut croûter…

Des sélections, comme celle-ci, j’en ai fait d’autres. Et c’était le même type de contrats. Les mêmes tarifs. Les mêmes candidats. Demandeurs d’emploi depuis lustres. Qu’acceptent le « job ».
Qui s’assoient surtout. Sur leurs expériences, leurs compétences, leurs acquis, et bien sûr, sur toute prétention salariale.
Tous, nous savons que ça ne nous mènera nulle part. Mais c’est tout ce qu’il y a.
Oh ! bien sûr, si Pôle Emploi proposait des formations, de celles qui permettent, ciblées, de vous diversifier, vous améliorer en tel domaine, compléter un parcours, l’enrichir, ça se passerait différemment. Du moins, faut-il l’espérer… Mais Pôle Emploi n’en propose pas. Pourtant sur les dépliants, très chouettes, en couleur, il est bien écrit que Pôle Emploi mobilisera « tous les moyens nécessaires pour faciliter votre insertion professionnelle (formations, aides à la mobilité..) ».
Mais peut-être que c’est réservé aux plus jeunes. Ceux qu’ont un avenir.
Passés quarante ans, tu « poses problème ». Visiblement... Même pour un simple bilan de compétences.

C’est pas pour verser dans le « c’était mieux avant ! » mais du temps de l’ANPE, des formations, on vous en proposait. Assez rapidement. C’est vrai, aussi, que l’âge n’était pas le même. Le parcours moins lourd. Le visage plus avenant. Plus avenant parce que, quand tu perds ton travail à 25 ou 30 ans, même 35, tu te dis que tu peux rebondir. Vu le temps. Celui qui reste. Mais après quarante ou cinquante ans, le temps qui reste devient comme un handicap. Voire : un inaccessible.

Or donc : et alors ?

Alors, quand je lis dans le Figaro, Xavier Bertrand asséner qu’il « préfère qu’un demandeur d’emploi reprenne une activité réduite que pas d’activité du tout » parce que, ajoute-t-il, « à la fin du mois, une fiche de paie vaut toujours mieux qu’une allocation » je me demande dans quel monde vit-il.
Vous voulez les voir, mes fiches de paie, M. Bertrand ?

2.75€, 13.75€, 27.50€, 56€, 72€, 102€, 129.25€ – et, tadaaaaam ! – 657.25€.

Faut-il préciser que, lorsque vous reprenez « une activité réduite », comme le dit si joliment M. Bertrand, vous sortez des chiffres du chômage (tout en restant inscrit). Plus précisément vous ne faites plus partie de la fameuse catégorie A… Bref, vous contribuez à faire baisser le taux de chômage en France (à ce compte-là, vous pouvez annoncer, fiérot, qu’il sera de 9%, en Métropole, à la fin de l’année).
On comprend mieux, dès lors, que M. Bertrand nous pousse à « l’activité réduite », même si elle ne vaut – pour ce mois-ci – que 56€ bruts.
Nonobstant, je ne suis pas certain que cela constitue un progrès social. Ni humain... Une bonne nouvelle, quoi !

Je précise, en outre, que je ne suis pas attentiste ; je veux dire que, comme au temps de l’ANPE, je ne me repose pas sur Pôle Emploi. Quand bien même M. Sarkozy et Mme Lagarde nous auraient vanté que ce serait, Pôle Emploi, une véritable révolution. Qu’on allait voir ce qu’on allait voir !
Moi ce que j’ai vu, et assez vite, c’est que les conseillers Pôle Emploi n’étaient pas assez nombreux pour remplir leur mission. Et, sans doute, que le budget alloué n’était pas à la hauteur du « projet » (sinon, des formations, on nous en proposerait).

J’ajoute que, quand j’entends parler à tire-larigot de « sortie de crise », je me demande qui ça concerne, hormis les entreprises du CAC et la Bourse en général... Pour nous, les demandeurs d’emploi, la « sortie de crise » c’est l’ « entrée dans la précarité ». Ce sont des petits contrats à la journée, à la semaine, payés une misère. La crise est passée par là, doit y avoir un rapport, je présume...

Bien évidemment, je passerai sous silence les récentes saillies de M. Sarkozy sur les « chômeurs ». Si ça n’est pas de l’indécence, je ne sais pas ce que c’est. Mais tout de même, faudrait songer à arrêter de nous traiter comme des « assistés », des « profiteurs » ou – comme décrit plus haut – comme des « alités ». Et, si ça existe, je veux dire « les profiteurs », ils ne feront JAMAIS une majorité. Parce que l’immense majorité, elle se bat. Elle accepte tout. Déclassement compris. Et TTC.
Notre fierté, notre dignité, nos prétentions diverses et variées, on les oublie. Pas sûr que ceux qui nous emploient en soient bien conscients. Encore moins ceux qui nous gouvernent. Eux, qui jamais n’ont connu la précarité. Pas plus que la crise... Mais ce qui est sûr, c’est que leur rutilant : « Nous sortirons de la crise plus forts que nous y sommes entrés » c’était des conneries ! Un slogan (publicitaire) de plus.
La vérité est autre. Et elle se voit à l’œil nu. Mais qui s’en soucie, puisque le chômage baisse pour le troisième mois consécutif ?
Au moins, ayez l’élégance de nous remercier, parce que sans nous, les précaires, il ne baisserait sûrement pas.


[1] Les contrats en question sont des Contrats à Durée Déterminée d’Usage. Le pire du CDD !

[2] Encore que !... Vous signez pour un contrat de 11€. Mais il dépend du temps estimé par l’employeur pour le réaliser.
Si le temps estimé est d’une heure, vous touchez effectivement 11€ bruts.
Mais si – et c’est du vécu ! – le temps est estimé à un ¼ d’heure, vous ne palperez que 2.75€ bruts.
Cependant – ô joie ! – si vous devez vous déplacer pour exécuter ledit contrat, vos frais de transport vous seront remboursés. Encore heureux ! Sinon, vous perdriez de l’argent (vu le prix d’un ticket de métro ou de RER aller-retour, c’est vite vu !).

 
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