24 novembre 2010
Lettre D’Un Demandeur D’Emploi Aux Employeurs
J’imagine bien, ah ça oui, alors que ça « Karachi des bulles » au sommet de la République dite Irréprochable, en « In » comme en « Off », que le parcours du combattant d’un demandeur d’emploi (autrefois : un chômeur) peut paraître insignifiant.
Crise ou pas crise, ça ne fera pas le buzz, la Une, à croire que tout le monde s’en tape le coquillard.
A commencer par les employeurs.
Peu importe que vous soyez, à l’origine, licencié économique, victime d’un plan dit de restructuration, non-reconduit suite à un CDD (ou le fin du fin : un CDDU) démissionnaire ou viré pour faute, le résultat est le même : vous voilà sur le carreau, exclu, en dehors, out !
Peu importe, itou, ce que l’on pense d’un chômeur, on l’a assez entendu, ça va de feignasse à profiteur, quand ce n’est pas fraudeur, même qu’on se demande s’il l’aurait pas un peu cherché, dites, sans oublier le sempiternel : « Du travail, y’en a ! » … Oh ! certes, crise aidant, ce dernier argument bat comme de l’aile, encore que, je puis vous assurer que dans certains Cafés du Commerce, il conserve une meilleure cote que le pire canasson dans la troisième à Chantilly.
Il est à noter, cependant, que ceusses qui bavent sur les chômeurs n’ont jamais connu L’ANPE et les ASSEDIC ni son présumé rutilant successeur, Pôle Emploi.
Ils ne savent pas de quoi ils parlent.
Mais là n’est pas mon propos. Tout comme je ne tenterai pas d’établir un profil-type du chômeur, tant, c’est vrai, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Ni même de vous décrire ce qu’il endure, par où il passe, et ce qu’il accepte. Mais quand bien même : le parcours, lui, sans donner dans Le Couperet de Costa-Gavras, se ressemble, qu’on fût cadre ou simple employé, jeune ou proche de la retraite, homme ou femme.
Or donc, entrons dans le vif.
Oui, et comme ça va en étonner plus d’un, le but premier d’un chômeur n’est pas de se la couler douce en se gavant de programmes télévisuels lobotomisant, pas même de miser une partie de ses indemnités (auxquelles il a droit, rappelons-le ; et pourquoi ? Parce qu’en trimant, il a cotisé pour !) sur le tocard de la fameuse troisième course à Chantilly pour les dilapider ensuite dans un Rapido, non ! Le but de ce « parasite » est de retrouver, et fissa, le monde du travail ; un monde joyeux, gratifiant, épanouissant, il va sans dire, mais peu importe, c’est ainsi, il veut le retrouver, ce monde-là … Et que fait-il pour ? ... Il envoie des candidatures assorties d’un CV. Mais attention ! Pas des candidatures torchées à la va-vite avec un CV dégueulasse ! Non ! … Le chômeur, il a bien étudié le dossier, à savoir ce qu’il faut y mettre dans une lettre de motivation, soignant les termes et la présentation, grammaire et orthographe comprises ; aux petits oignons, la lettre. Quant au CV, idem, il te l’a mitonné impeccable, d’une lisibilité à toute épreuve, du velours. Et il est enthousiaste, le chômeur. Il y croit. Ça va finir par payer.
Mais le temps passe, et rien.
Quand je dis rien, j’exagère à peine, car voilà, c’est le point, c’est donc là où je voulais en venir : un employeur sur quatre (et encore, j’arrondis généreusement) prend la peine de (lui) répondre.
Un sur quatre.
Alors, on pourrait se dire – j’ironise – que par temps de crise, ma foi, un timbre c’est du luxe, pour nos entreprises françaises ! Elles vont pas grever leur budget chancelant pour un chômeur multiplié par X au carré ! Sans blagues ! Ça leur reviendrait bonbon en timbres, n’est-ce pas ? … Mais même pas ! Car aujourd’hui, on ne passe quasiment plus par le courrier postal, mais par le mail. Or donc, ça ne leur coûterait pas un rouble de prendre la peine de répondre à la candidature spontanée (ou pas) d’un demandeur d’emploi. Simplement un peu de temps, et j’oserai dire : un minimum de correction.
On me rétorquera, peut-être : et alors ?
Eh bien alors, quand vous cherchez du taf, que vous y mettez les formes, que, de surcroît, vous acceptez, sans barguigner, de candidater à des postes où, croyez-le, vous vous asseyez sur toute prétention salariale, tout diplôme, toute expérience, bref, que sans faire de simagrées, vous consentez à vous déclassifier – à vous brader, diraient d’aucuns – mais, nonobstant, en exprimant votre désir, votre envie, un volontarisme affiché, haut et fort, et que pour toute réponse, c’est le néant, vient le moment où : merde ! … Parfaitement : merde !
Parce que ne pas répondre, même en deux phrases, même de façon lapidaire, peu importe ! c’est bien considérer le chômeur comme de la merde, non ? Ou comme quantité moins qu’insignifiante.
C’est du sale mépris, en vérité.
Alors même qu’on nous bassine avec le « vivre ensemble », le « respect de l’autre » et tout le toutim ! Que le saint-MEDEF jure, ô grand dieu, que nos employeurs français ne sont pas (tous) des cochons, des « c’qu’on croit » et tout le tralala.
« Vivre ensemble » mon cul, oui !
« Le respect de l’autre » balle-peau ! Y’a pas !
Un sur quatre qui prend la peine de répondre, en temps de crise, alors même que ça leur coûte nib', c’est même pas misère, c’est scandaleux ! Et l’on voudrait quoi ? Que le chômeur, il prenne sur lui, et continue sans moufter ce parcours devenu humiliant ?
Il faut savoir que lors des rendez-vous mensuels à Pôle Emploi, on vous demande de fournir des preuves de votre bonne volonté, à savoir du concret, des recherches effectives d’emploi, mais qu’est-ce qui pourrait empêcher un conseiller plus zélé qu’un autre, de vous signifier que vos belles lettres et vos CV à peine trafiqués, c’est bien joli, mais qui dit que vous les avez réellement envoyés ?
La seule preuve, indubitable et incontestable, de vos recherches ce sont les réponses des entreprises à vos candidatures. Or, comme elles ne répondent pas, eh bien, comment pouvez-vous, auprès de Pôle Emploi, prouver votre bonne foi ? Sur votre bonne gueule ?
Passent les premiers mois, où ça se montre compréhensif, mais le temps filant, la fin de droits s’approchant, et – surtout – la courbe du chômage augmentant, on aurait comme tendance à jouer du ciseau, voyez-vous, à donner dans la radiation temporaire ou définitive ! Ça n’y fera pas des chômeurs de moins, ah ça non, simplement des malheureux en plus. Comme une double-peine. Et vas-y que je t’enfonce, hein, encore et toujours. Mais qui s’en soucie ?
Ah oui, pardonnez-moi, y’a plus important : Karachi, les Primaires socialistes, DSK qu’écrase Sarkozy, bref, du spectacle, du show, du buzz.
Mais tant pis, allez, même si cette bafouille, elle aussi, je le crains, restera lettre morte, je voudrais simplement dire aux employeurs qui reçoivent des milliers de candidatures de demandeurs d’emploi, que de leur répondre, ce n’est pas une obligation, non ! c’est un devoir.
Le minimum.
Ou plus précisément : le service minimum.
Ça vous parle, ça non ? Le service minimum !
Il serait juste qu’il fonctionnât dans les deux sens.
Veuillez agréer, comme de bien entendu, les politesses d’usage.
17:07 Écrit par Philippe Sage dans Ma Vie Au Pôle Emploi | Lien permanent | Commentaires (32) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pôle emploi, la vie d'un chômeur, lettre de motivation, cv, fin de droits, chercher du travail, candidature spontanée, offres d'emploi, le mépris, le vivre ensemble, service minimum, ma vie au pôle emploi, déclassification |
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08 septembre 2010
1 à 3 Millions Et Puis … S’En Vont !
Voilà, c’est fait. Ils ont défilé. Et puis après ? Rien ! Ou presque. Ça hésite copieux chez les « camarades » de l’intersyndicale ; peut-être bien le 15, on verra, ou alors le 18, tiens ! c’est-y pas chouette le 18 ? Ça tombe un samedi, en plus ! Hein François ? T’en penses quoi ? Ce serait familial, on ferait péter les merguez, les moutards y seraient bien contents ? Non ?
Ah, quelle misère ! Les grèves .. Pardon .. Les manifs ! c’est plus ce que c’était. Z’ont beau s’moquer, charrier le Sarko en lui ressortant, à chaque coup, sa fanfaronnade : « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ! » [*] y se trouve qu’il avait raison, notre camelot de président. Et sais-tu pourquoi ? Parce qu’avec le « service minimum » ta grève, elle vaut zéro. C’est juste de la promenade, un défilé de majorettes, c’est pisser dans un violon.
Qu’est-ce que tu veux qu’il cède et sur quoi, ce gouvernement, puisque la France, elle roule, elle SNCF, elle usine, comme si de rien n’était ?
Quand on pense que 6 français sur 10, à en croire un sondage, soutenaient cette journée dite « d’action » du 7 septembre, c’est à pleurer !
Alors ainsi, « camarade » tu crois vraiment qu’en marchant dans les rues armé de quelques banderoles et slogans, tu vas faire plier le gouvernement ? Non, mais tu plaisantes ! Automne 1995, t’en souvient-il, c’était quand même autre chose, ç’avait de la gueule, bon sang ! Le message était clair, il disait : non, non et NON ! Trois semaines et demi de grèves, de manifs, avec paralysie partielle de l’économie : pas de train, pas de métro. Gros ramdam, itou, à La Poste, dans l’Education Nationale, chez France Télécom, et même au fisc ! Du 24 novembre au 14 décembre 1995, n’ont rien lâché, ça n’a pas débandé, et résultat : le 15 décembre le gouvernement Juppé battait en « retraite ». Gagné !
Mais là, c’est de la roupie de sansonnet ! C’est de l’ordre du carnaval ! T’auras que dalle avec tes journées à la petite semaine. Et qu’on ne vienne pas me dire que paralyser un pays c’est de la dictature, de la « prise d’otage » et tout le tralala à Pernaut ! Foutaises ! Car c’est oublier, justement et encore, cet automne 1995 où dans une « France paralysée », les salariés s’entraidaient. Edgar Morin, lui-même, l’avait noté et, noir sur blanc, l’écrivait dans une tribune (« L’Avenir En Marche Vers Le Passé ») en date du mardi 19 décembre 1995 publiée par le quotidien Libération :
« Le métro suspendu, le boulot chahuté et le dodo raccourci ont soudain suscité des proliférations de débrouillardises, ingéniosités et solidarités, le réveil généralisé et multiple de la solidarité, entre travailleurs d’un même centre ou dépôt, entre ces travailleurs, leurs familles, leurs amis et voisins, et la naissance de communications et entraides entre voisins d’habitation ou de travail montrent que la paralysie de la grève a provoqué comme une régénération spontanée du tissu social et a fait retrouver la santé psychique minimale qui comporte l’ouverture à autrui. »
Faut dire qu’à cette époque, les syndicats, ça chouinait pas ! Ça mobilisait comme il faut, et quand assez vite la CFDT - comme d’habitude - se rangeait, pas grave ! les journées « d’action » se poursuivaient, même qu’on y mettait le turbo ! Mais aussi, et surtout, chez les « gueux », comme d’aucuns les nomment, on se serrait les coudes ... Et pour quelle raison ? Oh, elle est simple : parce qu’il était inacceptable que ce soit encore et toujours les mêmes qui trinquent, qui payent, qui fassent des sacrifices, autrement dit, la classe moyenne. Or, qui va trinquer, payer, faire des sacrifices avec cette nouvelle, énième réforme des retraites ? Les classes moyennes ! Oui, « les » car désormais, elles sont plusieurs, larges, mais surtout, dispersées, et personne, pas même les syndicats, pour les unir, les rassembler vers, et sur, un objectif commun. A croire, finalement, et tout bien pesé, comme nous le serinent les médias, que les français sont « résignés ».
Mais d’où vient-elle cette résignation ? De la crise « sans précédent » ? Considéreraient-ils, les français, qu’il n’y a (plus) rien à faire, sinon courber l’échine ? Or donc, verseraient-ils dans la fatalité ? Amusant (et désolant) .. Quand on songe que l’homme que ce pays a porté au pouvoir les invite régulièrement à « refuser la fatalité » ! Que ne l’écoutent-ils pas ! D’autant plus que nous ne sommes pas en crise depuis l’automne 2008. En 1995, nous y étions aussi (« N’est-ce pas de la France, qui vit si intensément la crise de fin siècle, que pourrait venir ce que j’appelle une politique de civilisation ? » écrivait encore Edgar Morin). Ce n’est donc pas un problème de crise, mais de volonté. De solidarité. Il s’agit de savoir si c’est « oui » ou « non ». Pas : on va voir, peut-être, faut qu’on réfléchisse, le 15, le 18, ça dépend, sait-on jamais, si l’espérance de vie des français venait à s’écrouler d’ici le vote au Sénat, alors, j’vous dis pas qu’on la ferait pas cette grève générale, mais le dimanche, hein, histoire de pas déranger ! … Jean-foutre, va ! … Imposteurs et compagnie ! … Continuez comme ça, avec vos défilés-promenades, votre carnaval, votre « service minimum », vos grève(tte)s - non reconductibles - dont réellement personne ne s’aperçoit tant elles sont vaines, sans espoirs, sans éclats ni panache. Mais ne venez pas nous dire, demain, que nous aurions gagné sur je ne sais quel point, je ne sais quelle pénibilité, ah non ! Ne venez surtout pas nous dire que youpi, on a vaincu ! Y’a quand même des limites, présumés « camarades », au foutage de gueule !
Manquerait plus que Woerth vous recommande pour la légion d’honneur, ce qui, soi-dit en passant, ne serait pas immérité, au regard de votre aimable collaboration avec ce gouvernement d’ultra-droite.
[*] C'était le samedi 5 juillet 2008 lors d'un Conseil National de L'UMP.
16:42 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, manifestations du 7 septembre, mouvement social, grève générale, service minimum, lutte syndicale, edgar morin, politique de civilisation, sans solidarité point de salut, grèves de 1995, prenez-nous pour des cons, le syndicalisme est mort, espérance de vie des français |
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