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08 août 2010

« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté ... »

Etre Libre.jpgAlors comme ça, un sondage estival ferait comme du chambard, non mais regardez-moi ça, une (grande, immense) majorité de français approuverait les différentes « mesures de lutte contre l’insécurité » déroulées ces dernières semaines par ceusses dont « la seule ambition est d’assurer la protection des honnêtes gens » [Brice Hortefeux, Le Parisien/Aujourd’hui En France, dimanche 1er août 2010] par ceusses, itou, qui sont en charge dudit dossier, celui de « notre sécurité » depuis juin 2002, soit huit bonnes années pleines ! Diantre ! Mais est-ce véritablement une surprise ?

Oh bien sûr, on peut jaser sur la méthodologie, tout comme sur les items, plus orientés, directifs, ce serait bien difficile ! Quand tu veux les faire cracher au bassinet, m’sieur le sondeur (indépendant, cela va de soi, n’est-ce paaaas …) tu mets le paquet, mon saligaud ! … Nonobstant, qui s’est penché sur les détails du sondage en question ? M’est avis qu’ils sont peu nombreux ! Tiens donc ! Auraient-ils comme les j’tons d’y trouver une vérité qui dérange ? Quelque chose qu’il faudrait taire ? Pourtant, c’est bigrement intéressant ces « détails » …
Ah, j’en conviens, ça fait mal au cœur et au cul ! Mais c’est écrit, là, noir sur blanc, y’a pas à tortiller tellement ça jure, allez donc voir, faites l’effort ! Ces français qui sont encore plus majoritaires que les autres à approuver des deux mains, déchéance de nationalité, vidéosurveillance à tirelarigot, démantèlement de camps illégaux (quand je te disais que l’affaire était orientée, balisée) de Roms, répression au carré si ce n’est au cube et autres réjouissances d’un autre temps, ce sont des ouvriers, des artisans, des commerçants, des employés et des chefs d’entreprises (PME), bref, ce que l’on nomme les « classes moyennes » !
Et personne ne le dit ? Comment se fait-il ? …
Oh oui, là encore j’en conviens, ce n’est pas un scoop ! Ça fait belle lurette que nous le savons, même qu’on n’a pas attendu un 21 avril, ni le prochain, ah ça non ! Et Sarkozy en a bien (in)conscience [*] ! Alors vlan, il remet le couvert ! Oyez, oyez, « honnêtes gens » je vous ai compris ! Vous en aurez pour votre argent ! C’est moi, le gars de la Marine, ne vous y trompez pas ! Et Rocard a beau dire qu’il le « paiera cher » c’est même pas sûr tant ce troupeau, tu l’enfarines et copieux, avant de le tondre par le pouvoir d’achat, lui vanter les vertus du travail ! Facile ! C’est un électorat que tu trimballes à ta guise ! Suffit de sortir l’artillerie lourde, et le voilà qui exulte ! Pis : il se défoule, libération de la parole comme jamais, la honte, c’est pas ça qui l’étouffe, du moment que tu lui promets la sécurité ! Quand bien même cela ferait huit ans - je l’ai bien précisé - que tu lui chanterais le même refrain, les mêmes lois et décrets, c’est kif-kif, il en redemande ! Pourquoi s’en priverait-il, alors, ce président ? Qu’est-ce qu’il en a faire des conséquences, du bruit, des odeurs ? Rien ! Du moment que la gauche, enfin, ce qu’il en reste, est de nouveau kaput, infoutue de réagir, de contrer, gauche mollassonne, sans relief ..

Reste à savoir, jusqu’où il ira, cet homme-là ! C’est que, dis, la recette est bonne ! A merveille, elle fonctionne ! Alors pourquoi pas, demain, allez hop, quitte à ratisser dans les grandes largeurs, un référendum sur le code de la nationalité ou sur l’immigration ! N’est-ce paaaaaaas ? Pourquoi pas, non plus, en finir avec le regroupement familial ? Quant au droit du sol, ma foi, faut voir ! Le droit du sang, si ça se trouve, ça leur irait très bien, à ces « braves gens » ? Ou la peine de mort pour les pédophiles ! C’est bon ça ! Ça ramène du bétail, bon sang ! Voyez, c’est pas les propositions à venir qui manquent, y’aurait même plutôt l’embarras du choix ! Et peu nous chaut que le New York Times nous fasse la leçon ! Ces cochons d’américains ! Mais qu’ils balayent donc devant leur porte ! C’est bien ça, que j’ai cru entendre ? C’est pas que je sois pro-américain primaire, ah ça non ! Faut pas pousser, non plus ! Mais tout de même, cette phrase, celle de Thomas Jefferson, je la donnerais à réciter chaque jour à tous les citoyens de France et d’ailleurs :

« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une, ni l’autre. »

Vous m’en ferez cent lignes. A la main. Et au quotidien. Vos prières et autres foutaises, vous me les remisez au diable, en lieu et place, vous méditerez chaque soir, sur cette phrase, ce qu’elle veut dire, son sens.

Ah, mais non, vous vous trompez, ce n’est pas notre liberté que nous sacrifions qu’ils disent, les « braves gens » ! Non ! Mais la liberté de quelques Roms, de sales polygames, de délinquants « d’origine étrangère » de la pire espèce ! Des tueurs de flics, messire ! De véritables parasites prêts « à égorger nos fils et nos compagnes » ! … Ah, mais quelle misère ! ... J’ai le regret d’écrire qu’il avait raison, le Général, quelle bande de veaux ! …
Mais leur liberté, c’est aussi la tienne, sagouin ! Assassin de la République ! Si tu la sacrifies, rien, tu ne mérites rien ! Ni liberté ! Ni sécurité ! Que dalle ! Sinon des camps, de travail ! Oui ! Tu verras ! On y viendra !

Enfin quoi ! Ouvriers, artisans, commerçants, employés et (petits) chefs, qu’avez-vous dans la caboche ? Ne voyez-vous pas qu’on vous entourloupe, gruge et balade ? Relisez donc le Code Pénal, tout y est, tout est là, croyez-moi, y’a de quoi turbiner ! Pas besoin de doubler les lois, tout ça, c’est que de l’effet d’annonce(s) ! … Tu veux quoi ? … Le port d’armes ? … Vivre dans une société fermée, cadenassée, filmée ? Et vivre, tout simplement vivre, t’y as pensé ? ….
Et qu’on ne me parle pas du Front National et son « candidat anti-système » ! « Anti-système », mon cul ! Ça marche avec, et comment ! Le Front National, c’est qu’un parti de bourgeois, que de la posture, n’en a rien à faire de ta misère, de tes tracas ! Jamais ce parti-là n’a pris la défense des « classes moyennes », jamais ! Jamais à ses côtés, quand elles se font remercier, jeter, délocaliser. Pas un mot, rien ! Que des gredins ! Du balai ! Allez ouste ! …
Non, c’est la gauche, qu’il faut réinventer, c’est elle qu’il faut ressusciter, la vraie, la généreuse, même si, c’est vrai, des Jaurès, des Blum, des Mendès, y’en a plus, fini, terminé, mais qu’importe ! Faut la secouer cette mollasse de gauche, la pousser au train, c’est à nous de le faire, en vertu du fait qu’il ne faut rien attendre, il faut prendre les devants, toujours, anticiper, bref, se comporter en citoyen, actif, volontaire, pugnace, et non en troupeau de vaches à sonder. L’heure a sonné ! Celle de regagner notre honneur et notre dignité !
Ne laissons pas des camelots, carriéristes et autres bonimenteurs (pathétiques, grotesques) nous berner à seules fins électorales ! Ne laissons pas ces « gens-là » petit à petit, insidieusement, nous confisquer au nom de sécurité (mais qu’est-ce donc, hein, que la sécurité ?) ce que nous avons de plus précieux : notre liberté ! Ne les laissons pas assassiner la République !


[*] Au fait, monsieur le président, elle est où, votre « politique de civilisation » ? Celle qui devait « remettre l'homme au coeur de la société » ? Cette politique promise qui devait « réhumaniser notre société » ? Et « mettre le changement indispensable au service de l'homme » ?

Nonobstant, n'avez-vous pas déclaré, le 6 mai 2007, soir de votre élection, que vous seriez le « président de TOUS les français » ? Or, donc, celui qui les rassemble, les unit, et non, celui qui les divise.
Souvenez-vous de votre allocution télévisée du mercredi 18 février 2009 où vous nous proposiez « le seul chemin qui vaille (...) celui du refus de la facilité ». Or, encore une fois, il n'y a rien de plus facile que de dresser les gens les uns contre les autres, rien de plus facile que de les opposer, les diviser. A contrario, il est bien plus difficile, mais bien plus noble, de les rassembler. C'est même le devoir d'un Chef d'Etat ... Auriez-vous finalement décidé de changer de « chemin », opter pour celui de vos prédécesseurs (dont vous n'avez cesse de nous démontrer leurs présumées insuffisances) soit celui de la « facilité » dans le seul but de servir, non votre pays, mais vos ambitions personnelles ?

 

30 décembre 2009

Chapeau L'Artiste ! Bravo, M'sieur Sarkozy !

Le Roi.jpgAh oui, bien sûr, la taxe carbone, la fameuse, zigouillée par le Conseil constitutionnel, le Debré, allez hop ! prends-toi ça dans les dents, et si en plus, ça pouvait te les gâcher, tes vacances, les marocaines, et ta fin d’année par dessus le marché, celui qui reprend poil, ce serait toujours ça de gagné !
Ah, comme ça y va, n’est-ce pas, de sa petite satisfaction, comme ça fait le coq, le fiérot, comme ça s’attribue, sans vergogne aucune, la victoire. Mais quelle victoire ?
Des victoires comme ça, au rabiot, par défaut, c’est pas la gloire, mais faut croire que c’est tout ce qui leur reste à becqueter, bien peu à se contenter. C’est foutue misère, moi j’dis ! Vaudrait mieux, pas trop la ramener. Profil bas. Parce que, au fond, et tout bien pesé, taxe carbone ou pas, le petit Roi, le Sarko, il est là, toujours, bel et bien, et c’est pas demain qu’il va la lâcher, l’affaire.

Oui, au fond, et tout bien pesé, il faut, de bonne ou mauvaise grâce, et alors, quelle importance ! lui reconnaître du talent, à cet homme-là ! Du génie même ! Faut-il en avoir pour réduire à rien, et en deux temps, trois mouvements, toute forme d’opposition. Au néant, l’opposition ! Bernique, l’opposition ! Laminée, comme jamais. Du grand art ! Un chef-d’œuvre véritable ! Il a quadrillé le secteur, le bonhomme ! Tout bouclé ! Et c’est grand modèle. Les Aubry, les Buffet, les Besancenot, c’est bien simple, peuvent plus respirer, cuisinés qu’ils sont, à l’étouffée, travaillés jusqu’à la moelle, valdingués, brinquebalés, à ce point qu’ils nous paraissent fadasses, dépassés, à côté, définitivement largués. Pourtant, c’est pas la place qui manquait. Ah ça ! Y’avait même comme un boulevard, énorme, une crise, une vraie, une majuscule, celle qui t’envoie le populo pointer en masse chez chomdu, une crise de compétition, du genre “sans précédent” comme ânonnent les perroquets accrédités, hommes-tronc du jité et autres gougnafiers, télégraphistes de l’AFP et tout ce sacro-saint merdier ! Une crise providence qui jadis t’aurait fait tanguer le premier gouvernement venu, dès la première mesure à la noix, l’impopulaire, la discriminante, dès le premier bouclier fiscal voté, et ton dimanche sacrifié, mais non ! Des incapables, voilà ce qu’ils sont ! Infoutus de prendre la balle au bond. Même le Mélenchon ! Il pérore, et alors ? Et l’autre, qu’a maquillé sa LCR en NPA, comme si d’un coup, l’avait honte d’être révolutionnaire, honte du communisme, où qu’il est ? Avec son porte-voix ? Balayé, voilà ce qu’il est ! A la baille, comme les autres ! Comme ces pitoyables socialistes, ce parti de bourgeois, oui, de bourgeois, et jusqu’à la gueule, vendu au libéralisme ! ... Quoi encore ? Bayrou ? Laissez-moi donc en rire ! Et copieux ! Quant aux Verts, est-il vraiment utile d’en dire quoi que ce soit ? Et j’te parle même pas des syndicats ! Ah les saligauds ! Comme ils ont retourné, et fissa, leur veste, comme ils lui font des ronds de jambes, à sa majesté, faut dire qu’à 8% de syndiqués, tu fais moins le mariole avec un type pareil. Z’ont beau dire et beau faire, se gausser, pourtant, c’est que vérité : aujourd’hui, mon poteau, quand y’a grève, plus personne s’en aperçoit. Normal ! C’est que de la petite grève, de la timide, à la petite semaine, chacun dans son petit coin, à l’égoïsme ; qu’est-ce que tu veux faire avec ça ? Après, viens pas chialer que ça se suicide ici ou . Si ça se suicide, c’est que quelque part, mon syndicat, t’as failli. Le boulot, tu l’as pas fait. Et puis c’est tout ! T’es out. Aucune excuse. Rien. C’est minable. Et ne viens pas, non plus, me dire, que les gars, ils veulent pas, que c’est pas une sinécure que de les rameuter, les faire bouger. A d’autres ! La grève, camarade, j’ai donné. Vrai, c’est pas de la tarte. Faut œuvrer. Et pas qu’un peu. Sinon, ça se barre. Ca se délite, en moins de deux. Ceusses qui ne l’ont jamais connue, la grève, ils bavent n’importe quoi, des teigneux, des mauvais coucheurs, toujours à râler, mais vois-tu, c’est eux, aujourd’hui, les vainqueurs. Eux qu’ont jamais rien fait de leur vie, ou pas grand chose, serviles, couchés, à dire toujours oui, merci monsieur, mais bien sûr monsieur, je vous en prie monsieur, et ça te palpe l’oseille, la mensuelle, sans moufter en reluquant à l’envi les acquis sociaux du voisin.

Oui, même si ça fait mal, et jusqu’aux chicots, l’année s’achevant, faut le dire, pas faire son bégueule, sa mijaurée, mais l’homme, celui qu’on dit du Château, l’a bien du talent. Et tu peux l’accuser de tous les maux, de pétainisme rampant même, il n’en a cure. C’est lui le boss. Lui et lui seul. Les autres, les Bertrand, Copé, Lefebvre, c’est de la roupie de sansonnet. Du menu fretin. Ca amuse la galerie, et puis c’est tout. Et le reste du reste, c’est ahurissant de bêtise ou de vulgarité. De mesquinerie ou de bassesses. C’est de la Morano. De l’Estrosi. Du gratiné comme jamais. L’inculture au sommet. Quant au Besson, c’est le ponpon ! Là, j’avoue, cet homme-là, qu’on le prenne de l’amont ou de l’aval, c’est kif-kif ! C’est du félon cousu main. Du traître de catégorie une. Il faudra bien, un jour, au temps des comptes, se souvenir que le zigue, il a quitté un navire en pleine guerre, il a déserté son camp pour lui cracher dessus le semaine suivante. Y’a rien à faire, tu peux torcher l’affaire dans le sens que tu veux, c’est inqualifiable. Ca inspire le dégout. Pas un centigramme d’honneur. Pas un sou de dignité. Rien ! Et ça viendrait couiner, de surcroit, et en justice s’il vous plait, parce qu’on lui trouverait de la détestation ? Jusqu’au bout de l’âme, il est rongé, le malfrin !
Des branquignoles, te dis-je, et à desseins ! C’est que le bonhomme, le Sarko, il a assez morflé pour savoir comment s’entourer ! Surtout pas de cadors, ça pourrait lui causer tort. Que de l’incompétence. De la Bachelot ou de la Fadela Amara. Ou du transparent comme le Morin ou le Darcos. Du tape-à-l’œil, du m’as-tu-vu comme le Kouchner. Du bon chien-chien comme le Hirsch. Du risible comme le Woerth, la Pécresse ou le Wauquiez. De la fausse rebelle, comme la Rama Yade. Tout à l’avenant ! Exception faite, de Lagarde, quoiqu’on en dise. Et, bien sûr, toujours, un homme de main, un homme sûr, un œil de Moscou pour surveiller tout ce petit, petit monde : Brice Hortefeux.
Et voilà, le tour est joué ! Tout est ficelé ! Verrouillé ! Et pas qu’un peu !
Fillon ? … Comment ? … J’aurais oublié Fillon ? … Etes-vous sûr ? … Ne serait-ce pas plutôt Fillon, lui-même, qui s’est oublié ? ..
Ah, la belle équipe que vl’à ! Ah, les baltringues magnifiques ! Juste bon à se trémousser, ridicules pantins, et jusqu’au pathétique, dans un clip terrifiant de conneries.

Oui, il faut le dire : bravo l’artiste ! Bravo m'sieur Sarkozy ! N’en déplaise au peuple numérique de la Sarkofrance !
Ah Sarkofrance ! Mais quelle ténacité ! Vrai, ça force le respect. Tous les jours, et pas un manquant, trouver des poux au Sarko, c’est de l’ordre de la performance. Ca mérite décoration. Et compassion. Parce que le luron, il est bon pour huit années supplémentaires. C’est plus une mission, c’est du Fleury, du Fresnes, c’est de la prison ferme. Qu’il s’impose à lui-même.
Sarko, c’est pas ma tasse de thé, ses idées, sa vision de la France, son identité nationale, ses devoirs qu’il accole aux droits, ceux dont l’homme hérite de fait, ainsi qu’il est inscrit dans notre Constitution, sa France d’Après qui sent la vidéosurveillance et les clochers, ça me fait pas bander. Mais de là à lui tomber sur la paletot chaque jour laïc que Dieu fait, non ! J’en suis marri, la Sarkofrance, vraiment, mais ce n’est pas de la sorte qu’il faut (le) combattre. C’est perdu d’avance ! C’est nourrir la défaite !
Combattre un homme c’est aussi savoir reconnaître ses qualités. Sans cela, point de salut !

Alors oui, bravo monsieur ! Bravo pour ce grand numéro ! Qui débute en 2004. Lorsque vous prîtes le parti de votre meilleur ennemi. Celui destiné au Juppé. C’est là que tout commence. A toute berzingue. C’est à partir de là, que vous mettez l’affaire en branle. Avec un objectif : tous les niquer ! A droite, comme à gauche. Il n’y aura que vous. Vous, et vous seul ! Les autres, à la soupe, à la ramasse ou à la dérive ! Tous retournés. Comme des flans. Après, c’est que du velours. Et vas-y que je te fais tout passer ! Lois comme décrets. Couvre-feu. Fichiers. Peines planchers. Et vas-y que je jacte comme le peuple, avec les mêmes mots, les mêmes arrière-pensées ! Même les moins ragoutantes. Et vas-y que je te chante de beaux couplets, contes et fééries pour nigauds, comme la moralisation du capitalisme. La disparition des paradis fiscaux. Et nous sortirons de la crise plus forts que nous y sommes entrés. Que des fadaises ! De l’attrape-bourrique. Mais joliment envoyées. Rudement assénées. Quant à la crise économique ? Contournée … Quoi ? Par le H1N1 ? Non ! Par une autre crise ! Une crise identitaire. Nous, français, nous souffririons d’une crise d’identité ! Nationale ! Nous ne le savions pas, mais puisque vous le dites, ma foi, c’est que ce doit être vrai ! La preuve, ça marche ! Et du tonnerre ! Oh, c’est pas d’un grand niveau, mais ça vous est égal. Ce qui importe, c’est gagner du temps ! Dans l’art du jouer la montre, vous êtes champion ! Après tout, de la crise économique, nous finirons bien par sortir, mécaniquement s’entend ! Alors, en attendant, masquons les souffrances, la précarité insupportable, le désarroi avec une crise identitaire ! Ah, comme c’est finement joué ! C’est de la belle ouvrage ! Vous touchez juste ! Le point sensible, comme toujours ! Vous appuyez là où ça fait mal. Et si y’a dommage collatéral, ici le musulman, vous jouez les pompiers. Mais pour combien de temps ? Car à vrai dire, c’est mal embarqué votre bastringue. Vous pouvez bien pleurnicher que certaines comparaisons vous font peine, il n’en reste pas moins que ça vire à la curée. Quand on désigne au peuple ce qui serait le “bon musulman” (quand ce n’est pas le “bon arabe”), comment voulez-vous qu’on n’en soit pas effrayé ? C’est que, oui, comment le nier, ça refoule du bec, ça rappelle une certaine France, voyez-vous ! La vichyste ! A ce train-là, monsieur, et il est d’enfer, il est de carnage, à quand, au Grand Palais, une exposition du “bon musulman”, dessins à l’appui ?
A trop faire diversion, à trop jouer la montre, elle risque fort de vous péter à la gueule. Et salement.

Nonobstant, ce point plus que fâcheux, infiniment périlleux pour notre nation, et dont vous porterez l’entière responsabilité, vous avez réussi l’impensable : 
Désosser l’opposition et pour longtemps !
Assujettir votre cour jusqu’au ridicule !
Mais aussi, affadir tout un peuple ! Le congeler, le liquéfier, le ratatiner par la peur. Celle de l’autre. Vous avez poussé le curseur, celui de la peur, comme jamais, avant vous, quiconque n’avait osé le faire. Vous avez compris qu’il est là, le moteur. C’est idiot, non, le peuple ? Et dire que c’est à lui, ce trouillard, enfant pourtant de la Révolution et des Lumières, qu’on a refilé le suffrage universel ! De la confiture à des cochons ! Pourquoi n’en profiteriez-vous pas, après tout ? .. Même si c’est la France qui doit en pâtir.
Ce n’est pas en Terminale S, n’est-ce pas, qu’on l’étudiera cette histoire. Celle qui vit tout un pays accepter de voir unes à unes, ses libertés, celles que l’on qualifie d’individuelles, tomber. Sous la Loi. Votre joug. Celle qui vit tout un peuple renoncer, sans mots dire, au plus sacré, au nom d’une illusion, sa sécurité. C’est ça, l’Histoire que vous êtes en train de nous tricoter. Et c’est parce que ça me paraissait impossible, parce que jamais je n’aurais cru que ce peuple puisse renoncer à son bien le plus précieux, et aussi vite, sans même manifester (ou alors sur Facebook, par le biais de groupes, c’est vous dire si nous sommes tombés bien bas) que je vous dis : Bravo !

Je vous le dis avec cynisme, tristesse et désolation.


Un jour, il y a bientôt deux ans, je bourlinguais sur le Net et tombais sur un blog. Un de ceux qui savent se tenir. Un de ceux que jamais la peur ne bouffera. Une merveille. Un auteur. Bénédicte Desforges.
Sur ce blog, tout en haut, il était (et il est toujours) inscrit ceci :

Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une, ni l’autre” [Thomas Jefferson]

C’est fait.

 
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