20 février 2009
“ … C’Est Le Difficile Qui Est Le Chemin !”
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Au fond, il y a peu de différences entre les vœux à la Nation de Nicolas Sarkozy (31 décembre 2008, 20 heures) et son allocution de mercredi soir (18 février 2009, 20 heures).
On retrouve, peu ou prou, les même termes :
- Travail
- Effort
- Mérite
- Récompense
- Justice
- Solidarité
- Devoir
Les mêmes phrases :
- “Nous allons sortir renforcés de cette crise ..”
- “Mon devoir est de soutenir les classes moyennes/Je ne laisserai pas les plus fragiles d’entre nous ..”
- “J’ai été élu pour moderniser le pays/pour réformer notre pays (hôpital, lycées, universités, Etat lourd et coûteux) …”
- “Il est essentiel de garder notre sang-froid …”
Et la même attitude :
Debout derrière un pupitre, tel l’Empereur de la "Guerre Des Etoiles" ; ou debout sans pupitre, tel un roi nu.
Debout face à la crise.
Seul.
Même termes, mêmes phrases, même attitude, Il n’y a donc aucun virage, aucun changement de cap.
Peu importe que cette crise soit “sans précédent”, Nicolas Sarkozy ne bouge pas.
Et les quelques mesures annoncées mercredi soir ne sont que des rustines, des pansements destinés à calmer “les plus fragiles d’entre nous” en espérant qu’ainsi ils n’investiront pas la rue.
Car tel est son but : éviter (au pire, différer) un mouvement social d’envergure (et “sans précédent”) qui lui pend au nez !
En clair, Nicolas Sarkozy joue la montre, gagne du temps, avec l’espoir un peu fou qu’à la fin de cette année, il y aurait comme les signes d’un début d’embellie, une amorce - quand bien même fut-elle infime - de descente de crise, ce qui lui permettrait, lors des vœux prochains, d’enfumer le concitoyen avec le talent qu’on lui connaît, soit en procédant par sophismes et quelques raccourcis mathématiques (Sarkozy gère notre pays comme un comptable .. En cela, il donne raison à François Mitterrand qui disait : “Après moi, il n’y aura que des comptables !”).
Il y a, cela dit, deux différences (de petites tailles) entre le discours du 31 décembre 2008 et l’allocution du mercredi 18 février 2009.
Tout d’abord, un terme a disparu :
Immobilisme.
Ce terme ne visait pas seulement les syndicats, l’opposition (traitée souvent d’archaïque) mais aussi, et surtout, les fonctionnaires.
Nicolas Sarkozy a enfin compris qu’à défaut de les convaincre ou de les mettre dans sa poche, il fallait peut-être cesser de les déconsidérer, quand ce n’est pas les insulter (comme les chercheurs, par exemple ..)
Ensuite - mais d’une certaine façon, c’est un remplacement habile du terme “immobilisme” - Nicolas Sarkozy a introduit une nouvelle notion :
Le refus de la facilité ! (“Je vous propose le seul chemin qui vaille : celui de l’effort, celui de la justice, celui du refus de la facilité !”)
En cela, et toutes proportions gardées (pour ceusses qui connaissent son manque de culture) il reprend la formule de Kierkegaard qui disait :
”Ce n’est pas le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin !”
On pourrait passer des heures sur ce que signifie dans les six cerveaux en état de marche de Nicolas Sarkozy, ce “refus de la facilité”.
D’autant plus dans une période, où comme il le dit lui-même, “les difficultés qui nous attendent (…) seront grandes !” [31 décembre 2008]
On peut néanmoins, s’autoriser à penser que dans son esprit, et selon sa logique purement comptable, la facilité consisterait à embaucher plus de fonctionnaires, interdire les licenciements et augmenter le SMIC.
Quoi qu’il en soit, il est un point sur lequel, on ne peut lui faire de reproches.
Avant son élection, il avait promis que c’en était fini d’un président qui se cache derrière ses ministres, qu’il serait, lui, en première ligne.
Il l’est.
Peut-être trop (il va même jusqu’à annoncer les réformes à la place des ministres concernés - en qui il n’a jamais fait confiance ...) mais il l’est.
Il l’est à tel point, qu’on a peine à trouver un ministre, même mauvais, qui ne soit pas devant lui en terme de popularité dans les enquêtes d’opinion.
Il l’est, debout, mais – forcément - de plus en plus seul.
Sur ce point-là, il ne nous a pas mentis.
Pour le reste, ça se discute … (“Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je ne vous abandonnerai pas !” – 6 Mai 2007]
S’il y a un (vrai) reproche à faire (hormis le non-changement de cap et les rustines-pansements annoncées mercredi soir) c’est son silence.
Pas un mot sur ce syndicaliste, mort dans la semaine, en Guadeloupe.
Et ce silence (gênant) chez cet homme qui n’a eu cesse de nous dire qu’il serait toujours du côté des victimes, quitte à bâtir une justice rien que pour elles, me conforte dans l’idée qu’en "Sarkozie", il y a bien deux sortes de victimes : les bonnes (les innocentes ?) et les mauvaises (les coupables ?).
Celles que l’on plaint et celles que l’on tait.
Or, quand on fait de la justice une priorité (“La justice doit être une priorité en ce moment” – Nicolas Sarkozy, mercredi 18 février 2009 – on pourrait se demander : pourquoi en ce moment ? La justice ne doit-elle pas être une priorité permanente ?) en d’autres termes quand on se place du côté de l’équité, on se doit (lui qui aime tant ce mot : devoir) de ne point faire quelques distinctions que ce soit en matière de victimes.
Je conçois que pour Nicolas Sarkozy ce soit difficile.
Mais, comme il l’a dit lui-même :
“Je vous propose le seul chemin qui vaille : celui de l’effort, celui de la justice, celui du refus de la facilité !”
Encore un effort, Monsieur le Président, tant être juste, c’est d’abord refuser la facilité.
Celle que vous ne nous accordez pas.
[Sur ce je m’éclipse une semaine, à moins que dans ce laps de temps, la grippe aviaire revienne, le réchauffement climatique s’accélère ou .. le peuple, enfin, se révolte ..]
13:35 Écrit par Philippe Sage dans Crise Financière, Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, crise financière, refus de la facilité, justice, effort, jacques bino, enfumage, mesurettes |
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