09 février 2012
France Lepénisée
Quand je me mis, mercredi, à la rédaction du billet linké en queue de ce cliché rendu noir & blanc, je ne pouvais décemment pas imaginer que le lendemain, le site d’un quotidien en ligne allait, dans le seul souci de faire le buzz – buzz uniquement destiné à écouler le maximum, si ce n’est la totalité de son édition-papier version magazine – allait disais-je, lever le voile sur deux immondes saloperies, deux propositions d’un « personnage » que, le 6 mai 2007, le peuple français eût grand tort de désigner, par la voie du suffrage universel, président de notre République.
Je répugne tant à citer son nom que oui, je m’empare du mot gaullien de « personnage ». C’est en effet par ce terme, afin de ne jamais le nommer, que, six jours avant le second tour de la présidentielle 1965, le Général de Gaulle qualifiait celui que les électeurs de ce pays avaient choisi de lui opposer, via le scrutin du 5 décembre.
Bref.
Jamais donc, je n’aurais pu imaginer que cet autre « personnage » irait jusqu’à braconner sur des terres si peu républicaines, ô combien extrêmes, de natures à mettre en péril la paix sociale, voire même la paix civile, en proposant aux citoyens de ce pays, en cas de réélection, un premier référendum sur les chômeurs et un second sur le droit des étrangers.
Cependant, une fois passé le choc et sa nausée, je dois en convenir : ces deux propositions ne sont, en définitive, qu’une suite affreusement logique, au billet que je rédigeais hier.
En fait, c’est juste une épouvantable accélération. Due à un phénomène électoral.
C’est en quelque sorte une validation complète, assumée, revendiquée, de la lepénisation.
La lepénisation, ce n’est ni un mythe, ni une chimère. C’est une réalité. Ou, pour reprendre le terme exact employé par la candidate de ce parti d’extrême-droite qu’est le Front national, c’est :
« structurel ».
De fait, puisque c'est devenu structurel, et que de surcroît tout le démontre, le temps n’a plus vraiment d’importance. 2012, 2017 ?
A moins que…
Ce « à moins que » sur lequel je m’attelais mercredi.
Je vous en soumets la lecture, tout en y ajoutant deux commentaires qui me sont venus en découvrant les malodorantes propositions référendaires dudit « personnage » :
1 – Le 22 mars 1988, quand François Mitterrand annonça que « Oui ! », il était candidat à sa propre succession, il justifia, en ces termes, sa décision :
« J’aperçois un risque pour le pays ».
Vingt et quatre années plus tard, ce risque est monstrueusement de retour. Et vous en connaissez parfaitement le nom.
2 – Je ne suis pas sûr que chacun se rende bien compte vers quelle effrayante campagne nous nous dirigeons désormais.
Sur ce, le billet en question est, comme je l’indiquais en liminaire, en lien sous ce noir & blanc.
22:31 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : front national, lepénisation, france lepénisée, claude guéant, nadine morano, brice hortefeux, christian vanneste, andré valentin, chantal brunel, brigitte barèges, droite populaire, jean-marie le pen, marine le pen, extrême droite française, 28 ans du fn, petites phrases, dérapages, racisme ordinaire, propos de comptoir, qui va se lever ?, référendum sur les chômeurs, référendum sur le droit des étrangers |
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26 avril 2011
Douce France
Il a raison, Ménard. Y’a des choses qu’on ne peut plus dire... Sinon, c’est la curée. Voilà qu’on te tombe dessus, recta. Voire pis... Mais j’en ai cure, suis une tête brûlée, le « Pappy » Boyington certifié du Net… Or donc, moi itou, je vais donner dans la parole libérée, décomplexée. Même pas honte. Ni peur… Puisque nous voici au point où nous pouvons TOUT DIRE, au nom du sacro-saint « sans tabou », permettez que je me joigne derechef au concert.
Il a 19 ans. Se prénomme Haythem. Vit à Zarzis, dans le sud de la Tunisie... Il a un « rêve ». Que la journaliste [1] qualifie d’« obstiné » : quitter son pays, gagner la France. Et quand on lui demande pourquoi, il répond que « Tout est bien là-bas (…) le travail » tout ça… Alors qu’ici, à Zarzis, y’a rien. Que du chômage [2]. Pas d’avenir. Ou alors, la prison. Un mot de trop, un geste de travers, et hop, t’es bon pour le zonzon. A l’entendre.
Mais… la révolution, p’tit gars, celle qui vient d’avoir lieu ?
Il y croit pas, à la révolution, Haythem : « Rien ne changera » qu’il dit, « Le système restera aussi pourri qu’avant »... Alors, y’a pas d’autre choix, que celui de partir. Pour « vivre », enfin. Et… « Gagner de l’argent ». En France où « tout est bien ».
J’suis ballot. J’aurais dû faire comme Ménard. Lui donner un titre bien plus provo à cet article. Par exemple : « Vive Haythem ! » ou « Vive Les Clandestins ! ». Tant ce sont – apparemment – les derniers au monde à lui trouver du charme, à notre pays.
A croire qu’ils sont pas au courant : Guéant, Hortefeux, mâme Brunel, Le Pen, Raoult, et quelques Valls (qu’on laisse aller – oui, c’est une blague à balles deux, mais c’est pour détendre), ils doivent pas connaître.
« Quand il y en a un ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes » n’a donc pas traversé la Méditerranée. Pas plus que : « Il faut les remettre dans les bateaux ». Ni : « Les français » qui ne se sentiraient « plus chez eux ». Envahis – ne jamais hésiter à utiliser des termes bien guerriers pour faire « super » peur – par toute cette horde de mahométans « occupant » nos rues (moins d’une dizaine) par la prière.
Et je vous passe les saillies récurrentes du multirécidiviste Eric Zemmour. Ou tout autre propos qui, il y a à peine dix ans, en aurait révulsé plus d'un...
Avouez, que ça réconforte de l’apprendre. On aurait pu craindre que l’image de notre beau pays en fût écornée, pour longtemps. Grâce à Dieu – par chez nous judéo-chrétien dans un pays ô combien laïc – il n’en est rien.
Mieux encore : Haythem et ses compagnons sont persuadés qu’en France, il y a du « travail », or donc, qu’on peut « gagner de l’argent ». Bref, que la France est un paradis, la terre idéale, celle de liberté. Entre autres…
C’est rassérénant, n’est-ce pas ? D’être désiré, d’une certaine façon. Qu’il y ait encore, quelque part dans le monde, des êtres humains qui considèrent ainsi notre pays. Aussi haut, aussi beau… Ah ! je vous avoue que je suis tenté par la grandiloquence, tant je suis heureux, fier même – la voilà, la grandiloquence – fier d’être Français !
Car comment pourrait-on l’être si nous étions honnis, détestés, que de nous ET de la France, on disait pis que pendre… C’est que, ça compte ; l’image !... Et ça fait chaud dans le cœur, et même ailleurs, de constater, via Haythem, que ni Zemmour, ni Guéant, ni Hortefeux, ni personne, pas même Sarkozy, ne l’auront abimée… Malgré eux, la France conserve son aura. Son attrait…
Imaginez, un instant, que ce ne fût plus le cas. Que la France soit vue comme un repoussoir. Peuplée d’êtres apeurés, recroquevillés, méfiants, trouvant mille maux et autres torts à celui – l’étranger – qu’aurait le toupet de ne point lui ressembler, qui nieraient toute richesse autre que la petite sienne, un peuple coupé du monde, reclus, étroit, d’une mesquinerie sans égale ; mais nous serions, n’est-ce pas, les premiers à prendre un bateau, fût-il radeau, pour la quitter !
Ce qui fait que nous soyons fier de notre pays, ce n’est pas un drapeau, ce n’est pas une armée, à peine son économie, c’est sa grandeur. D’âme… La voilà, la richesse, la seule qui vaille et compte, dans un monde où les salariés de base sont dissous par les lois du marché, essorés par le néo-libéralisme.
Mais dire cela, en 2011, parler de « générosité », de « fierté », de « grandeur d’âme », d’Amour même, c’est prêter le flan. C’est, à coup sûr, déclencher la haine, une curée monumentale.
Haythem, ne le sait pas, mais va le découvrir, plus souvent qu’à son tour, cette France dont il a conservé une image enfantine, une du passé, pas si lointain – et puisse que cela continue chez de futurs Haythem – a été prise d’assaut, dans la presse, dans la télé, dans la radio, un peu partout, par d’étranges personnages fustigeant (en échange de juteux émoluments) la – je cite – « bien-pensance » et le « politiquement correct ». Termes putassiers, définitifs, propres à salement couper tout débat digne de ce nom – si tant est qu’il en restât encore.
Si j’osais, je dirais qu’ils « occupent » la France, ces « gens-là ». Leur résister, avec du cœur, de l’Amour, mais aussi, de la force, de la fermeté, de la « détermination » comme l’on dit, c’est se voir, d’emblée, et méprisamment, ô combien, reléguer dans l’univers des Bisounours.
Ces bourgeois, ces « bobos » (car ils en sont, ce sont les premiers d’entre eux ; voyez comme ils vivent grassement, et si loin du peuple) s’ingénient quasi quotidiennement à nous faire la leçon, la Morale, à grands coups de : « Vous n’avez qu’à en prendre un chez vous », « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », et comme la « gauche » - ou supposée – renonce, petit à petit, de plus en plus, à tous ses idéaux, l’idiote ! les voilà qui fanfaronnent d’autant. Vulgairement : ils se la pètent. Et dans la soie…
Ils sont la « nouvelle pensée unique », en vérité, les fossoyeurs de notre pays, de ses valeurs, celles d’humanisme, allant même jusqu’à taire ses errances (ce serait « repentance », qu’ils assènent), glorifiant le colonialisme et tutti.
Et pourtant, malgré eux, toute leur rancœur, tout le moisi, il se trouve encore, dans le monde, des Haythem pour la trouver belle, la France. Et je m’en réjouis. Oh que oui !
Ils ont beau éructer, les Zemmour & Cie, pignon sur rue médiatique qu’ils ont ; prendre la roue des idées de l’extrême-droite, nos politiques de papier obsédés qu’ils sont, et uniquement, à conserver leurs postes de députés, de ministres, de lèche-bottes ; rien n’y fait.
Au fond, seuls sont touchés – et salement – ceux qui vivent ici... C’est que, à force de les entendre baver, on finirait, oui, par croire que nous habitons un petit pays sans envergure, tout miné, tout étriqué, sans âme, un pays à la merci de.
Ce n’est pas ce que pense Haythem. Pas encore… Mais nous devrions l’aider à faire en sorte qu’il continue de le penser. Et longtemps…
Penser que douce est la France, accueillante, ouverte, humaine, et qu’au Diable aillent se faire pendre ses curés de la « nouvelle pensée unique » ! [3]
[1] La journaliste en question, c’est Alexandra Deniau.
Pendant trois semaines, elle a suivi le « périple » de Haytem et de ses compagnons.
A l’arrivée, un reportage intitulé « Les Naufragés De La Révolution » et diffusé en ouverture d’Envoyé Spécial, jeudi 21 avril, sur France 2.
[2] A Zarzis « une personne sur quatre est au chômage » nous apprend Alexandra Deniau, au cours du reportage.
[3] Qui – c’est assez cocasse – se plaignent qu’on ne peut plus rien dire et n’ont cesse, cependant, de dire ce qu’ils pensent. Une pensée rance. Sale image de la France.
18:01 Écrit par Philippe Sage dans Politiquement Très Incorrect | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, pensée unique, révolutions arabes, espace schengen, france terre d'accueil, zarzis, la nouvelle pensée unique, racisme ordinaire, lepénisation des esprits, immigration clandestine, les valeurs de la france, lampedusa, populisme |
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17 août 2010
Les Céfrans
J’avais dû mettre « ça » sur le compte des guerres, la Première, la Seconde et les coloniales. Toutes ces chairs à canon. C’était foutu, pensais-je, râpé, inutile de parler, tenter de convaincre, il n’y avait rien à faire. C’était des générations entières qu’étaient perdues pour toujours.
Je me disais qu’avec le temps, ça passerait parce que d’autres viendraient, moins abîmées, plus généreuses aussi.
Je me suis trompé.
Nous dînions assez tôt, vers dix-neuf heures. Dans mon dos, un téléviseur crachait les dernières nouvelles. C’est là, autour d’une soupe ou de quelques artichauts que j’entendis pour la première fois les termes de « ratons », « bougnoules » ou « négros ». J’étais petit garçon, je ne savais pas, je ne savais rien, et pourtant, je me souviens très bien que ces mots-là ne me plaisaient pas. Je ne sais pas pourquoi, comment l’expliquer ... Peut-être était-ce dû à un instituteur, une leçon d’instruction civique, cette résistance précoce, ce refus total, ou cela venait-il de plus loin encore … Toujours est-il que ça n’eût pas de prise sur moi, au contraire, j’avais envie de fuir, foutre le camp tellement je n’en pouvais plus d’entendre ces mots. D’autant plus partir que, comme je l’ai dit, il n’y avait rien à faire ni à convaincre, c’était ainsi, ça ne bougerait pas, quels que furent les arguments.
A quinze ans, je me tirai, découvris un autre univers, une pension qui, bien que militaire, m’épargnait ce genre de termes. Du moins, est-ce ainsi que je le voyais. Or, je ne voyais que la surface. Si je m’y penche vraiment, là, maintenant, je sais, je les retrouverais. Ils étaient là. Moins francs, moins directs, mais ils y étaient. Sinon comment expliquer cette colère, cette rage qui plus d’une fois prirent cet élève, ô combien brillant, cet élève noir prénommé Cherif ?
Alors, à nouveau, je partis, convaincu qu’il existait un endroit où jamais plus je n’entendrais « sale nègre », « pédés ! » ou « bicot ». Curieusement, je pensais que ce territoire serait féminin. Mais là encore, je me trompais. Le sexe n’a rien à voir. Je ne sais pourquoi, de le découvrir, m’a autant attristé … Peut-être pensais-je comme le poète que « la femme était l’avenir de l’homme ». Quelle fadaise ! La femme est un être humain comme les autres, ni plus, ni moins. Capable de vous dire : « Aucune noire ne passera la porte de chez moi ! » .. Eh bien soit, ma mère ! N’ayez crainte, je ne vous la présenterai pas ! … Ce fut une telle déconvenue, déjà, une douleur, quand me voyant « traîner » avec Mehdi, vous me disiez : « Méfie-toi ! Tu ne les connais pas, ces gens-là ! A la première occasion, il te plantera un couteau dans le dos ! ». Ce qui n’est jamais arrivé. Au contraire ! Il m’a sauvé de bien des choses, de l’inavouable ... Ah, comme c’est étrange, n’est-ce pas l’amitié ! On se croit arrivé, ça y est ! On les a trouvés, les rivages de paix, de tranquillité. Et puis, non … Voilà que ça recommence, que ça vous rattrape, et vous êtes assommé, comme jamais. Il suffit d’une compétition sportive, un match de football en l’occurrence, et là, vous n’en croyez pas vos oreilles, pourtant c’est bien lui, cet ami qui dit « con de nègre » ou « putain de ritals » lui avec qui vous fîtes les quatre cents coups, des soirées inoubliables, comment aurais-je pu me douter que … ?
Partir, encore, toujours, avec cet espoir enfantin - oui, je crois, malheureusement, que c’est le terme qui convient : enfantin – de le trouver, enfin, l’endroit. Et j’en écumais pas mal. Ne saurais dire quel et le pire : Sud-Ouest, Sud-Est, Centre, Ile-de-France, Bretagne, Normandie ? … Des années et tant de familles … Ah, les familles ! Ça vous laisse entrer, ça vous renifle, poliment, et puis, le temps passant, ça se lâche, à table, toujours à table ! Et v’là des termes que je ne connaissais pas qui surgissent, plus horribles encore, comme « gris » ou « crouilles ». De les écrire, ça me met mal à l’aise ... Si vous saviez le nombre de fois où je me suis tu ou terré, déçu, désolé, à pleurer, me demandant comment il était possible que celle-ci ou celui-là, si jeune, si confortable, sans problèmes aigus puissent se vautrer dans une prose pareille ! Des familles de bien des milieux, peu importe, y’a pas de profil-type, pas de règles, c’est insoupçonnable… Alors de deux choses l’une : soit je ne suis pas chanceux, soit … Mais c’est un fait ! UNE réalité.
Faut-il ajouter que toutes ces personnes que je croisai, d’horizons si différents, ne votaient pas forcément Front National ! Ah non ! Ça vote à droite, souvent, mais aussi à gauche, ça je peux le certifier ! Je l’ai dit, ça n’a pas de profil-type, ni de règles, c’est insoupçonnable !
Et moi qui pensais, bêtement, que ça passerait, avec le temps, de nouvelles générations ; oui, je pensais vraiment qu’avec le temps on foutrait tous ces mots, ceusses de nos parents, à la baille, eh bien non ! Ça s’est transmis, comme un virus, mais du genre mutant, j’entends par là, qu’il me semble aujourd’hui plus virulent, plus violent encore qu’autrefois. Même que, je crois, ça rêve d’en découdre. D’en finir.
Or, donc, cela fait des décennies et des décennies, oui, cela fait si longtemps, qu’une partie non négligeable de la population de ce pays utilise des termes tels que « bougnoules », « ratons », « crouilles », « gris », « sales nègres » ou « négros », et, pour l’avoir bien observée, il se trouve que c’est cette même population qui, depuis quelques années, se plaint d’être victime d’un racisme anti-français.
18:18 Écrit par Philippe Sage dans La Tristesse, Opinion, Politiquement Très Incorrect | Lien permanent | Commentaires (99) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les céfrans, racisme ordinaire, bougnoules, ratons, négros, générations perdues, termes racistes, injures racistes, racisme anti-français, la france moisie, guerre civile, état de guerre, front national |
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15 décembre 2009
Nadine Morano, Dégoulinante De Bêtise, De Préjugés Et D’Ignorance
Ce que j’attends d’un ministre, d’un secrétaire d’État, c’est qu’il fasse preuve de sagesse, de pertinence, d’intelligence. De finesse, aussi. C’est qu’il élève le débat. Qu’il le sorte de l’ornière, le cas échéant. Ou des latrines.
Ce que j’attends d’un ministre, d’un secrétaire d’État, c’est qu’il ne tire pas mon pays vers le (plus) bas. Qu’il ait ce souci-là. Toujours. De la tenue, bon sang ! De l’exigence, que diable ! De la grandeur, du panache, de la beauté même, et du verbe, ah oui, du verbe ! Celui flamboyant qui raisonnant et tombant juste vous ravigote les synapses, et quelques neurones ressuscite.
Ce que j’attends d’un ministre, d’un secrétaire d’État, c’est qu’il aime la France (cela va de soi), qu’il travaille (cela va sans dire), qu’il ne parle pas à tort et à travers, le cerveau monté à l’envers. Ce qui est, malheureusement, le cas de Nadine Morano, secrétaire d’État à la famille, à qui nous ne devons rien, sinon cette saillie venue des Vosges, cette chose proférée lors d’un débat autour de l’identité nationale :
“Ce que je veux d’un jeune musulman français, c’est qu’il aime la France, qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers.” [*]
A-t-on déjà entendu phrase et propos plus cons – y’a pas d’autres mots - que ceux-ci ? C’est tellement atterrant, terrifiant de bêtise, ça suinte à ce point l’ignorance et les pires préjugés, qu’on ne sait que dire, que ça nous laisse quasiment coi ; oui coi, parce que cette phrase-là ne sort pas de la bouche d’un anonyme voisin (auquel cas il se ferait huer, moquer, même on lui jetterait des cailloux tellement c’est trop con) mais d’un membre du gouvernement. Oh certes, ce n’est pas la première fois que madame Morano exhibe son inculture, et qu’elle l’exhibe fièrement, ce qui fait d’elle, de sa personne, un sommet rarement atteint de vulgarité(s). Et pourtant, Dieu sait si dans ce pays laïc, on en a connu durant cette Vè République, des vulgaires, et des salement copieux, mais là, ça dépasse tout. C’est même plus le fond qu’on attaque. Même plus les latrines qu’on récure. Ni les limites qu’on repousse. Eric Raoult, Brice Hortefeux, André Valentin et consorts, Morano les enfonce tous ! Alors à quoi bon gloser, tenter de comprendre, d’analyser cette phrase inepte, pour quoi faire, puisque il n’y a rien, plus rien à faire. La bêtise, c’est pas vaccinable. La connerie, y’a pas de remède contre. Tu peux mobiliser l’armée, le GIGN, le RAID, réquisitionner des gymnases et des internes, Joséphine Ange-Gardien ou le Grand Frère, ça ne changera rien de rien.
Que veux-tu dire ou penser quand tu entends – et ça fait peine à entendre, vraiment - qu’un "jeune musulman", c’est quelqu’un qui parlerait "verlan" et qui mettrait sa "casquette à l’envers" – par exemple ? Même un comique, un Guillon ou autre chansonnier, il ne dirait pas une chose pareille. Je veux dire : même pour rire, ça ne marche pas !
Et même si, allez, on prenait sur soi, qu’on fit un effort et qu’on s’arrêtât sur cette phrase, nous pourrions peut-être, je sais pas, avancer l’hypothèse – mais tout bas, sans se vanter surtout - qu’elle mélange tout, absolument tout, Morano, mais même pas ! Car ce serait chercher à prêter un sens à ses propos, alors qu’il n’y en a aucun ! Même à l’envers, y’en a pas ! Ni sens, ni intelligence, ni pertinence. Que de la bêtise et de l’ignorance. Et les préjugés les plus rances. Ce serait également chercher à l’excuser, alors que ce n’est pas, à ce niveau-là, ministre, secrétaire d’État, excusable. Et qu’on ne vienne pas me parler de dérapage ! Nous sommes, là, dans le cas, sombre et terminal, de la récidive.
Alors quoi ?
Eh bien alors, M. le président, vous qui vous vantez d’être le DRH de ces pauvres socialistes, d’y extirper leurs meilleurs talents, il serait grand temps que vous redeveniez celui de votre propre camp. Que vous passiez, pour reprendre votre funeste expression, un coup de Kärcher dans vos rangs où ça jacte à tort et à travers, le cerveau monté à l’envers.
NB : Nadine Morano promet de publier la vidéo dudit débat afin de démontrer que ses propos (qu'elle ne dément pas) ont été sortis de leur contexte (!?!) ... What contexte, madame ? ... Il me semble que contexte ou pas, votre saillie, aussi inepte soit-elle, se suffit à elle-même. [La vidéo]
[*] Après visionnage de la vidéo, voici la phrase exacte prononcée par Madame Morano :
"On ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente Français lorsqu'il est Français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers".
Or donc, il y a bien cette idiotie, cette énormité : "jeune musulman = jeune qui parle le verlan et qui met sa casquette à l'envers".
Point barre.
15:31 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nadine morano et le jeune musulman, verlan et casquette à l'envers, racisme ordinaire, préjugés, bêtise, ignorance, incompétence, identité nationale |
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