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26 janvier 2011

Du Chiffre ! [De L’Indignation Et Du Nouvel Ordre Mondial]

[1ère Partie] … A l’ancienne ! Voilà comment j’ai été élevé : à l’ancienne. Travaille, mon petit. Travaille ! ... Ah, j’en ai entendu, ça oui, que ça me tomberait pas tout cuit dans l’auge. Qu’il fallait trimarder. Et pas qu’un peu. Au mérite qu’on serait reconnu, au mérite et rien d’autre … A les entendre, le travail, le labeur, c’était la panacée, le sésame, mais gaffe ! Pas du littéraire, ah non ! Du matheux ! Assurance pour la vie … J’avais pas le choix, comme qui dirait. Mais qu’importe … Le travail ! C’est de ça dont je voulais vous entretenir. Il est barré. Y’a plus. Défiguré. On s’est fait mettre sévère. Pis : on n’a rien dit.

Ta_Place_Dans_Le_Camembert.jpgQue je passe pour réac, j’en ai cure. Je n’écris ni pour l’audience, ni pour me faire plaisir. La subjectivité, je veux bien, mais la vulgarité, je m’y refuse …
Or donc, y'a lurette, le travail, il avait un sens, même si c’était chagrin, ce qu’il a toujours été, peu ou prou. Mais on savait pour quoi, comment et . Affirmatif ! Même à Boulogne-Billancourt, chez Renault. Y’avait de l’humain, nom de Dieu, un minimum ! On prenait compte, quoi qu’on dise ... Mais aujourd’hui, pauvret, t’es rien. Un numéro. Un matricule. Comme à l’armée. De la chair à canon du Nouvel Ordre Mondial. Une variable ajustable
… Quelqu’un sait-y pour quoi il taffe, de nos jours ? Et pour qui ?
Répondre tout de go pour le Grand Capital, les actionnaires, ça n’est pas suffisant. Et pis c’est pas nouveau.
Las, faut que j’entre dans le vif …

On ne travaille plus, on « fait » du chiffre ! Partout ! Dans tous les secteurs. Public comme Privé ... Oui, Public itou ! renseignez-vous, des hôpitaux à la police en passant par l’Education Nationale ; non-sens absolu, dérive, saloperie … Je pourrais contremultiplier les exemples précis et concrets, mais à quoi bon .. Vous les trouverez vous-mêmes… Penchez-vous donc sur votre condition de laborieux, votre propre expérience, vous verrez, c’est l’évidence.
Et alors, me direz-vous ? Où qu’il est le problème ? N’est-ce pas ...
Mais c’est LE problème, justement … Quand il s’agissait de travailler, bon an mal an, on vous reconnaissait une compétence, un savoir-faire, mais dès lors qu’il s’agit de « faire » du chiffre, de l’audience (car c’est bien ce que l’on nous demande, au fond) y’a plus de compétences, plus de savoir-faire qu’entrent en ligne de compte. Abolis ! Y’a plus que de la roublardise, de la biaiserie, de la tricherie en veux-tu, en voilà, voire de l’escroquerie à la Tapie, à la Séguéla, à la Messier. Des consultants, des conseillers, des commerciaux, partout. Payés rubis sur l’ongle … Bref, c’est la prime à l’incompétence, le fameux Principe de Peter. En plein dedans, nous sommes. Et depuis lustres.

Ceusses qui, aujourd’hui, sont « récompensés » pour grande majorité, sont des imposteurs.
Pour pas dire : des voleurs.

Comment pouvons-nous défendre un pouvoir d’achat, un salaire, des conditions de travail, une compétence, un savoir-faire, revendiquer quoi que ce soit, si nous sommes réduits à produire du chiffre ? Tant d’automobiles, tant de procès-verbaux, tant d’auditeurs, tant de bacheliers. C’est impossible ! Car c’est le chiffre qui commande. Toujours. Nous en sommes dépendants, totalement esclaves. C’est l’arbitraire-roi.
Vous pourrez arguer que vous avez sué sang et eau, justifier, démontrer, que tout, vous avez tout fait comme il était prévu, ordonné, planifié, vous serez perdants. Il est là, LE problème ... Bon sang, mais c’est pourtant (et, encore une fois) l’évidence ! …
Le mérite, celui qu’on nous vend et vante, c’est de l’attrape-couillons ! Car dans une affaire où SEUL le chiffre compte, le mérite véritable n’a plus sa place …

Ne nous étonnons point qu’on cause désormais d’un salarié, quel qu’il soit, comme d’une « variable d’ajustement » car c’est réellement ce qu’il est devenu, et ainsi qu’on le considère. Or donc, plus comme un humain. Juste un matricule.
Où avez-vous vu qu’un matricule était « récompensé » au « mérite » ?
Qui avons-nous cru pour que cela devienne possible ?
Quelle indignation, M. Hessel, est désormais envisageable, puisque nous avons accepté de n’être plus des salariés, mais des matricules ? Une variable …
Ce qui, de fait, rend obsolète ou risible tout syndicat, de la CGT à FO, en passant par SUD (oui, même eux) et la CFDT. Du folklore, voilà ce que c’est, le syndicalisme de maintenant. Que peuvent-ils donc défendre en ces conditions, sinon gérer, comme de vulgaires comptables ? C’est bien ce qu’ils sont, non, au demeurant : des comptables ? .. Voyez l’histoire des retraites, c’est parlant. Prenez un cégétiste de l’an mil neuf cent dix, mais aujourd’hui, on le traiterait de « terroriste ». Sûr ! ..

Il faut comprendre cette chose simple : dès lors qu’il n’y a plus que des matricules, producteurs de chiffres, il n’y a plus de travail. Ni de droit du travail. C’est là, le grand ouvrage patiemment élaboré par le Nouvel Ordre Mondial : supprimer le salarié. Le réduire à une variable. Un numéro. De la chair à camemberts PowerPoint. De la matière à statistiques. Ainsi, plus d’obstacle à la marchandisation à outrance, à la robotisation, plus de résistance, plus rien. Que du rentable ... J’avoue, c’est du grand art ! … Nous n’existons plus QUE quantifiés dans et par les instituts de sondages. Des chiffres bruts. Tant de ceci, tant de cela ... Va pleurer des droits, de la considération, du salaire dans cette configuration saloparde ! Allez donc crier aux injustices, on ne vous entendra point. Ni Aubry, ni Mélenchon, ni personne. Faut-il être embrigadé du cerveau pour ne pas le comprendre … Au moins, le tunisien, lui, il l’a pigée, l’entourloupe. Mais pour combien de temps ? Qui le vendra comme on nous a vendus (avec, nous concernant, notre lâche consentement) ? …

De fait, chacun saisira, aisément, que le premier camelot promettant de « réhabiliter le travail » sera élu. Et d’ailleurs, il l’a été à 53,06% des suffrages exprimés ! Mais sur méprise … Le salarié, qu’avait-il entendu ? Qu’enfin, le travail, le vrai, celui reconnaissant compétences, savoir-faire, je dirais même honnêteté, serait avec ce matamore, de retour. Et, cerise sur le gâteau, il lui était de surcroît annoncé que s’il « travaillait plus, il gagnerait plus » ! ... Comment vouliez-vous qu’il refusât cette « offre » ? Sauf que ..
… Il n’était nullement question de réhabiliter « compétences », « savoir-faire », ni même « honnêteté », mais …. de (continuer à) « faire » du chiffre. Plus encore qu’avant. Toujours plus. Et d’en être « récompensé » … Foutaises ! C’est impossible ! Seuls les roublards, les avides, les tricheurs, dans ce schéma, sont vainqueurs. Pis : ils nous sont désignés comme des modèles de « réussite ». Des exemples à suivre … En réalité, ils préservent le haut de la pyramide. Ils sont les arbres cachant la forêt. Celle d’injustices. Ecarts obscènes de salaires. Avantages fiscaux démentiels. Prospérité assurée. Des Servier, récompensés, médaillés. Sur le dos des matricules que nous sommes.

Le seul programme politique acceptable, demain, viendra de celui qui affirmera clairement qu’il mettra fin à cette abjection, ce non-sens, cette dictature du chiffre.
J’ai beau chercher, éplucher, écouter, lire, je ne vois toujours pas cet homme ET ce programme. Ils n’existent pas.
M'assurer du contraire, serait mentir. Ou pire encore.

.../...

 

30 mars 2009

Hourrah, Glop-Glop Et Rhââ Lovely, Voilà Qu’Enfin Je Bénéficie D’Une Augmentation !

Si y’en a qu’ça les démange de bénéficier d’une augmentation, c’est pas compliqué, suffit de suivre mon exemple : faire du lundi au vendredi sonner le réveil à 4h32 pour aller taffer.
Eh ouais, mon pote, la France qui s’lève tôt, c’est moi !
Il était donc juste, j’irais même jusqu’à dire “moral”, que mes efforts soient … récompensés.
Car, nous sommes bien d’accord, c’est ainsi qu’il conçoit le travail, Nicolas Sarkozy : en terme de récompense.
Combien de fois nous l’a-t-il rabâché que ceusses qui travailleraient plus, dimanches compris, ils (en) seraient récompensés.


Kiki Travaille Plus, Gagagne Un Truc En Bois ..

Certes, nous pourrions chipoter sur ce terme, celui de récompense, d’habitude réservé aux animaux domestiques  :

Et ki c’est ka ramené le bâton ? Mais c’est Kiki ! Ah bon chien, ça, le Kiki !
Et l’a droit à quoi, le Kiki, pour avoir ramené le bâton à son "maîmaître" ? L’a droit à un gros “nonosse” en plastique, le Kiki ! Mais y va donner la “papatte”, avant ! Hein ? La “papatte”, j’ai dit, Kiki ! Voilààààà .... ! Tiens, il est pour toi le bon gros “nonosse” en plastoc ! Tu l’as bien mérité, mon Kiki !

C’est bien ça, non, le travail vu par Nicolas Sarkozy ?

Je sais, c’est humiliant.

Mais bon, on a tellement besoin de pognon, on croule tellement sous les crédits, qu’on n’y fait même plus attention, à cette façon détestable qu’il a, Nicolas Sarkozy, de s’adresser à nous.
On n’y fait plus attention, au fait que ce mec, il nous parle comme à des chiens. Et en roulant des épaules, de surcroît. Comme un Tony Montana de niveau moins 3.
Parfois, tout de même, on a comme un haut-le-cœur, un vague sursaut, comme envie de lui dire, lui crier “Tais-toi pov’con !”, ou juste lui rappeler, plus ou moins aimablement, que le travail, c’est pas Kiki et son “nonosse”, c’est une tâche qui t’es confiée, en "échange" de quoi, comme spécifié dans le contrat (précaire, il va de soi) tu es rémunéré.
Une rémunération, ce n’est pas un “nonosse”, Monsieur, ce n’est pas une récompense.
C’est un dû.
C'est un droit.

Or donc, je bénéficie d’une augmentation.
De 2,83%.
Soit 13,81€ par mois.
Tu rigoles, mais attends ! Mine de rien, on frôle comme qui dirait les cent balles par mois !
En ces temps de crise, c’est plutôt bienvenu, non ? ... Enfin, j’veux dire qu’on n’va pas y cracher dessus !
Et puis, comme me le rappelle souvent et très justement ma pov’ mère, c’est à l’année qu’il faut voir ! On se rend mieux compte ! Et à l’année, ça nous y fait 165,72€ (1087 francs) ! Soit un aller-retour Toulouse-Paris en avion pris trois semaines en amont, et 9 paquets de Benson & Hedges.

Sauf que, la fête s’arrête là, car cette augmentation n’est malheureusement pas celle de mes émoluments, mais celle … de mon loyer, réévalué - comme le précise le document qui m’est gracieusement adressé - “en fonction de la variation moyenne des quatre derniers indices du coût de la construction publié par l’I.N.SE.E.
Et ça commence – tu vas rire … – mercredi.
Le 1er avril, donc ...

Alors je pensais à notre chef de l’entreprise de l’État, avec son discours de St-Quentin. Les classes moyennes et tout le tralala. Ceusses qui regardent, très au-dessus de leur tête, planer le bouclier fiscal et s’envoler des parachutes dorés.
Je repensais notamment à cette phrase : “Jusque là, nous n’avons pas commis d’erreurs !
Et puis aussi, à cette maxime, sage : “Gouverner c’est prévoir.

Eh bien tu vois, dans un pays qui en deux mois vient d’enregistrer 170 100 demandeurs d’emplois (de catégorie une) en plus, qui voit de semaine en semaine des citoyens affluer de plus en plus nombreux à la C.A.F., dans des associations, dans leur mairie de proximité, aux "Resto Du Cœur", ne sachant plus comment s’en sortir, quémandant des reports de prélèvements, ceux de leurs crédits, de leurs impôts, de leurs charges diverses, il m’aurait semblé judicieux, que pour cette année, le gouvernement décréta un gel total des loyers.
Ça me semblait aller de soi en ces temps non de crise, mais de dépression.
Mais pour notre gouvernement, non.
Alors que, pourtant, la semaine dernière, le 24 mars, à 19h20, au cœur de Saint-Quentin dans l’Aisne, son chef fanfaronnait, affirmant que : “pour la première fois dans l'histoire de la République, [le gouvernement allait] faire un geste pour les ménages des classes moyennes.
Foutaises !
Preuve éclatante qu’il ne nous comprend pas, qu’il n’entend pas, comme il le prétendait, ceux qui ne manifestent pas, ceux qui se taisent, ceux qui ont cru qu’au bout de leur labeur, il y avait une récompense.
Un “nonosse” en plastoc.

Mais viendra le jour, où nous, les chiens, nous montreront les crocs plutôt que d’aller chercher, une nouvelle fois, celle de trop, vos maudits bâtons.
Et ce jour-là, il est pour bientôt.
Comme dirait un chien, justement, ce sera PLUTÔT

… Que vous ne le pensez.

En vertu du fait, et pour paraphraser le chef de l’État - Saint-Quentin, 24 mars 2009, 19h08 - en vertu du fait, disais-je, que s’il y en a tellement un qui a le devoir d’agir, il faut bien qu’il y ait une meute qui ait le devoir de la ramener …

 
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