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21 mai 2011

Primaires Socialistes : La Grande Entourloupe

Parfois, on prend sur soi. Et on achète Marianne. Pourquoi ? Parce que l’hebdomadaire (n°735 - semaine du 21 au 27 mai 2011) claironne en Une qu’il a rencontré Dominique Strauss-Kahn. Une conversation « off » en date du 29 avril 2011 [1]. Mazette ! Si ça se trouve, il y a dans ces « offs » des éléments, enfin quelque chose qui pourrait nous aider à comprendre ce qui s’est passé trois semaines plus tard…. Du tout. Pourtant, c’est loin d’être inintéressant.

Ce-Que-DSK-Nous-A-Dit.jpgOh, je vous avoue que sur trois pages entières, l’intéressant prend en tout et pour tout, un petit paragraphe... Où il est question de « Martine » de « François » et de « Ségolène » .
Il va sans dire que DSK tresse (et non : trousse) des lauriers à la première secrétaire du PS.
Ségolène Royal ? Ce n'est « plus un obstacle »…
Quant à « François », alors là, c’est du velu.
Il « reconnaît les qualités d’Hollande » mais… « s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet » DSK confie que : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ». Ce qui signifie ?… Pour comprendre, il faut revenir à la présidentielle 2007.

En 2004, le PS – à l’en croire – « lave l’affront » du 21 avril 2002 en triomphant aux Régionales. Dans ce triomphe, un emblème, un symbole : Ségolène Royal. Elle a bouté hors de la présidence de la région Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin alors… Premier ministre. Personne alors, au Parti Socialiste, ne peut se douter que la « dame de Melle » va faire de cette victoire un incroyable tremplin. Véritablement, personne, dans ce qu’on appelle « l’appareil » du Parti ne l’a vue venir. Et pour cause : elle ne bénéficie d’aucun réseau. Elle n’incarne aucun courant.

Pourtant, elle va réussir l’impensable (même Duhamel ne l'avait pas envisagé, c'est dire !j'ironise, bien sûr).

On peut ne pas apprécier, pour diverses raisons, Ségolène Royal – ce n’est pas ma tasse de thé, non plus – mais ce qu’elle a fait entre 2004 et 2007, est un vrai tour de force. Elle est parvenue à rendre sa candidature à la présidentielle incontournable. Or, l’appareil du PS n’en voulait pas... Qui ne le sait pas, aujourd’hui ? Ce n’était pas leur candidate. Le « Tout Sauf Ségolène » n’était pas une invention, un fantasme, c’était réel.
Seulement voilà, les sondages (en 2006) étaient avec elle. Ils disaient que c’était la seule qui pouvait battre Sarkozy. De fait, pourquoi vouliez-vous que les militants fassent un autre choix ?... Pour avoir assisté à la dernière réunion des Primaires 2006 (le 9 novembre à Toulouse-Labège), et quand bien même étions-nous dans un fief plutôt « fabiusien », je peux vous certifier que lorsqu’elle prît la parole, les quolibets fusaient. Mais, quand j’interrogeais les rieurs, ils m’avouaient qu’ils voteraient pour elle. Parce que les sondages... Ce n’était vraiment pas leur choix de cœur.
Je ne vais pas refaire ici la liste de toutes les peaux de banane que l’appareil a glissées sur le parcours de Royal. Mais rien, rien ne lui a été épargné. Et, durant sa campagne, celle de 2007, l’appareil ne l’a pas soutenue. Pas d’enthousiasme, frilosité à la défendre quand elle s’est retrouvée en difficulté, etc. ; bref, le strict minimum.
Certes, si elle avait gagné, « ils » se seraient rangés derrière elle, mais « ils » n’y croyaient pas. Pis : « ils » espéraient qu’elle se ramasse, et pourquoi pas, dès le premier tour [2].
On connaît l’issue, c’est une défaite.

C’est là, que débute ce que l’appareil appelle « la rénovation », mais qui en réalité, est une « reprise en main » du Parti en vue de 2012.
Elle commence(ra) avec l’élection du premier secrétaire (novembre 2008).
DSK est alors Washington. Mais ses lieutenants (Cambadelis, Moscovici, etc.) sont « aux ordres », et donc, à la manœuvre. Le nom du premier secrétaire est validé, ce sera Martine Aubry. Point barre. Seulement voilà, Ségolène Royal ne l’entend pas de cette oreille. Encore une fois, elle étonne son monde. Sa motion est majoritaire. Vous connaissez la suite… Tricherie ou pas ? Bourrage des urnes ou pas ? Quoi qu’il en soit, comme prévu, c’est Martine Aubry qu’est élue.
Fin du premier acte.

A partir de là, une stratégie se met en place. Elle est simple : « on » va verrouiller les Primaires. Pas question de se faire « doubler » comme en 2006. C’est le fameux « pacte de Marrakech ». Un pacte, qui, on le voit bien, a été conclu bien avant !... Mais bon, restons sur ledit pacte de Marrakech... Il se contracte entre quels protagonistes ? Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Intéressant, non ? Oh que si ! Car dans ce pacte on retrouve les deux vaincus de la Primaire 2006 : DSK et Fabius. Que le monde du PS est petit, n’est-ce pas ?...
On connaît la nature du pacte. DSK sera le candidat du Parti, l’appareil, pour 2012, mais, si jamais, pour une raison X, il ne pouvait se présenter, alors « tout le monde se rangera derrière Martine »... Mais qu’est-ce qui pourrait empêcher DSK « d’y aller » ? Vu que tout est borduré. N’est-ce pas le tout-puissant Directeur Général du FMI, qui pendant la « crise » aura fait « un excellent travail » ? Un homme dont la stature est clairement « internationale » !

Certes, il y aura une « alerte » en octobre 2008. La fameuse « affaire Piroska Nagy ».
Il ne faut, à ce propos, jamais oublier que concernant cette « affaire » les médias américains ont été particulièrement sévères et virulents avec DSK. Bien plus que nos « complaisants» médias français… Mais qu’en disaient les socialistes à l’époque ? Eh bien ils étaient tous derrière DSK. Y compris, à droite... Il faut relire les déclarations, elles sont éloquentes. En voici une d’un strauss-kahnien :
« S’il est blanchi, on se dira juste qu’il est incorrigible. S’il est contraint de quitter le FMI (…) c’est un gâchis » [Libération20 octobre 2008].
« Incorrigible »... Que voilà un terme qui résonne particulièrement aujourd’hui !
Tout comme celui de « gâchis »…
Un autre de ses proches (toujours dans le quotidien Libération du 20 octobre 2008) déclarait que :
« Son seul schéma pour 2012, c’est sa réussite au FMI. Une démission lui fermerait les portes »...
Et que dire de cette phrase :
« Il est important qu’il sorte du FMI proprement »…
Mais l’affaire se tasse puis se résout, DSK reste en place, tout le monde oublie, le voilà intronisé « sauveur de l’Europe » et, cerise sur le gâteau, coucou, voilà les sondages. Ils ne le donnent pas vainqueur pour 2012, mais triomphateur. DSK « écrase » Sarkozy.
Fin du deuxième acte.

Le troisième acte, on le connaît, il est « sidérant ».

Mais que ce troisième acte ne nous fasse pas oublier les deux premiers. Tant ils en disent long sur les Primaires 2011. Un simulacre, en vérité.
Reprenons ce que dit en « off » DSK dans Marianne :
« s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet (…) sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ».
Que nous dit cette phrase (qui sonne comme une menace et qui est, de surcroît, particulièrement violente : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ») ?... Sinon que DSK est persuadé de remporter les Primaires !... Tout est fait, organisé, planifié, pour qu’il soit le vainqueur (et les sondages sont avec lui, comme ils l’étaient en 2006 avec Ségolène Royal). Il ne peut pas y en avoir d’autre(s).
Et quand il dit : « il n’aura rien », il est déjà Président de la République ! « Rien » ça veut dire : aucun ministère. Pas même un poste de sous-secrétaire d’Etat !
Or donc, ce sera « la fin de sa vie politique » (vu son âge). Ainsi, en a décidé « l’appareil » du PS : si François Hollande se « maintient », il sera châtié...
Mais quel aveu ! La preuve (en creux) que ces Primaires ne sont qu’une vaste entourloupe.
Oh oui, il y aurait eu un vote, mais l’affaire, vous le voyez bien, était pliée... Ce n’est pas tricher, nous sommes d’accord, c’est juste de la politique politicienne, ou comment rendre évident un choix (ou : forcer un scrutin). Aussi évident que celui (contraint) de 2006.
J’en suis fort marri, mais je dois reconnaître que sur ce coup-là, c’est le triste Zemmour qu’avait vu juste quand il assénait que « ces Primaires n’étaient que du pipeau ». Tu m’étonnes ! Elles sont (étaient, plutôt) « verrouillées ».

Mais voici le quatrième acte. DSK est « out ». François Hollande (tiens donc !) devient le nouveau favori... des sondages. Or, l'appareil n'en veut pas. C'était « Dominique » ou « Martine ». Personne d'autre(s)...
Et l’on voit bien ce qui est train de se passer.
Et qui ne fait que confirmer la thèse des Primaires « bidons ».

Bartolone, lieutenant de Fabius (un des trois du pacte) demande à ce qu’on annule les Primaires et que les socialistes se rangent derrière la première secrétaire. Il n’est pas le seul. Même si tous ne parlent pas de liquider les Primaires. Mais on voit, et très clairement, que les uns, les autres, activent les courants, les réseaux, font pression sur, pour qu’au final, il y ait un vaste mouvement, quasiment une vague, en faveur de Martine Aubry. Parce qu’elle est est LA « candidate (par défaut ou de substitution) » de l’appareil. Et qu’il est hors de question que des « urnes » sorte un autre nom que celui validé par le Parti. Il n’est pas question de revivre 2007.
CQFD.

Mine de rien, cette « petite phrase » de DSK, dans ce numéro de Marianne, est un autre « (petit) coup de tonnerre ».
Décidément, cet homme a(vait) bien des « failles ». Bien trop de certitudes. Péché de vanité. D’orgueil.
Mais par lui, et à travers lui, on parvient à tout démêler. Petit à petit. Et ce n’est pas fini…

Quant aux Primaires, « sympathisants de gauche » vous savez désormais ce qu’elles valent. C’est à vous de jouer.
Si, bien sûr, elles ont lieu…


[1] L’entretien s'est tenu le vendredi 29 avril 2011, dès 13 heures, dans un salon particulier d’un restaurant du XVIIème arrondissement parisien. Etaient présents, outre DSK, les journalistes Maurice Szafran, Jacques Julliard, Nicolas Domenach, Denis Jeambar, et Anne Hommel, chargée des relations de DSK avec la presse française.

[2] A quelques jours du premier tour de la présidentielle 2007, le 19 avril, nous (Sud Radio) recevions François Hollande. Et là encore, ce fut ce qu’il nous confia en « off » (pendant les coupures pub) qui nous intrigua... Plusieurs fois, il nous demanda si nous pensions que Ségolène Royal pouvait passer le premier tour. Insistant sur le score « sondagier » de Jean-Marie Le Pen, peut-être « sous-évalué » d’après lui.
Bref, il craignait, manifestement, un autre « 21-avril ».

19 mai 2011

Où L’on Comprend Mieux Ce Que Voulait Signifier François Hollande

Ah ! Comme ça a intrigué. Ou fait rire. Rire, plutôt… Mais qu’est-ce qu’il raconte, encore, ce François Hollande ! C’est quoi cette histoire de « candidat normal » ? C’est assez ridicule, non, comme axe, voire : comme slogan. Allons, se présenter comme un « candidat normal » pour être, demain, « un président normal », c’est une boutade, que sais-je ? Une farce (tranquille) ! Eh bien non. C’en était pas.

Un-Mec-Normal.jpgCar ce qu’il faut savoir – et ce n’est pas faute de l’avoir écrit – c’est que François Hollande n’est ni un Flanby, ni un rigolo. Chaque terme qu’il emploie est mesuré, pesé. Rien n’est gratuit. Tout fait sens... Certes, c’est à tiroir, peut-être trop fin (il va falloir travailler ce point, d’ailleurs) mais derrière ce « candidat normal », il y avait quelque chose à entendre.
Alors, beaucoup ont pensé à Sarkozy ; qu’il était visé par ce « normal ». Pour des tas de raisons...
N’est-ce pas l’hebdomadaire Marianne (et surtout, Jean-François Kahn) qui, une semaine avant le premier tour de la présidentielle de 2007, s’était fendu de moult pages nous expliquant que oh-là-là, réfléchissez bien, car cet homme, Nicolas Sarkozy, n’est pas « fou » mais tout de même, il est curieux (et « brutal »). Ceci étant, le terme « fou » avait été mentionné.
Ce numéro de Marianne portait un titre qui promettait bien des révélations : « Le Vrai Sarkozy ». Un vrai « Pschiiiitt » en réalité. Qui n’aura aucune incidence sur le scrutin. L’affaire étant pliée depuis le 14 janvier 2007, jour d’intronisation du candidat Nicolas Sarkozy avec son fameux et répété « J’ai changé ». A partir de cette date, plus aucun sondage ne donnera Ségolène Royal vainqueur…

Or donc, dans ce « candidat normal » ayant vocation à être un « président normal », tout aussi étrange que cela paraisse de se présenter ainsi aux électeurs, on aura pu voir, entendre, comprendre, une allusion à un « style », un comportement, celui de Sarkozy. Et, comme durant son quinquennat, il aura, par quelques saillies (« Casse-toi pauvre con ! » « Descends un peu le dire si t’es un homme... », etc.) bien inhabituelles chez un président de la République, et autres fantaisies (Fouquet’s, yacht, Rolex, pipolisation…) qu’effectivement, d’une certaine façon, il n’y avait pas là une « anormalité » mais quelque chose qui dénotait... Qui n'était pas dans la "norme"... Bref, ce n’était l’image d’un président ("on" a même dit qu’il n’habitait pas la fonction)... Et si l’on ajoute d’autres considérations, comme « c’est le président des riches » (alors que théoriquement, ce doit être le président de TOUS les français) oui, on pouvait penser que Hollande se présentait comme étant l’antithèse de Nicolas Sarkozy.

Mais c’était oublier qu’avant de pouvoir affronter Nicolas Sarkozy, François Hollande devrait d’abord en passer par les Primaires et battre le favori des sondages (et des médias) soit : Dominique Strauss-Kahn… Oui, je sais, ça fout le vertige. Mais je l’ai dit, chaque mot, chaque terme de François Hollande est pesé, mesuré.
Cela dit, entendons-nous bien. Ce que voulait signifier, sous-entendre Hollande, c’est que pour une grande partie des français, des électeurs (et n’oublions jamais que ce sont ceux de plus de 65 ans qui ont fait la différence en 2007) le « style de vie » de DSK, franchement libertin, aurait été incompatible avec leurs critères – pardonnez-moi – de « normalité » (pas dans "la norme" tolérée)... Or il était clair, évident, que « ce style de vie » aurait été au cœur, ou du moins abordé, lors de la campagne présidentielle... Ce n’est pas le « train de vie » de DSK qui aurait posé problème. D’autant qu’il paye ce qu’il consomme. Il ne le fait pas « au frais de ». Mais son « style de vie »... Le « style », encore une fois… Que reproche-t-on, souvent, à Sarkozy, sinon son « style » ?

Comprenez que je me place du côté de l’électeur (ce que fait aussi François Hollande, c’est à lui qu’il s’adresse). Importante précision. Et si je la fais, c’est parce que : c’est ce « style de vie » qui est en question, aujourd’hui. Et comme bien des amalgames, assez dégueulasses, je dois dire, sont faits. Comme on en tire, si hâtivement, de sales conclusions. Mais dans un pays, voire un monde, où d’aucuns pensent qu’un homosexuel est un pédophile, je ne m’étonne même pas que certains puissent penser que : parce que DSK est un libertin, alors c’est un harceleur, ou pis : un violeur. Il était facile – si je puis me permettre – connaissant ce « talon d’Achille » de DSK, de le « piéger ». Ceci dit, il faudra le démontrer. C’est pas gagné. Mais là n’est pas le sujet.

Le sujet c’est : « Qu’est-ce qu’un président normal ? » pour l’électeur. Autrement dit, ce qu’il considère comme compatible avec la fonction. A tort ou à raison. Dans un pays laïc, mais dont on nous rappelle et rabâche, et pas innocemment, les racines chrétiennes.
Voilà ce que signifie « normal ». Ou du moins, est-ce ainsi que François Hollande l’entendait : la compatibilité (selon l’électeur ; ses critères moraux avant tout) avec la fonction… Soit : ce qui lui apparaît être dans la norme.
Sarkozy, on a vu. Mais DSK ?...
Hollande, comme la grande majorité des socialistes, connaissait le « style de vie » de « Dominique ». Sarkozy, aussi. Il lui promettait d’ailleurs, et s’en réjouissait d’avance, une « lessiveuse médiatique ». Sauf que, pour les socialistes, orphelins de victoire présidentielle depuis François Mitterrand, on s’est fixé QUE sur les sondages (cette démocratie d’opinion qui, en réalité, est une manipulation de l’opinion par les médias). Et comme ils étaient écrasants. Enfin ! Ils avaient une vraie chance de reconquérir l’Elysée.

Leur cador sera tombé avant même le début des Primaires.
Et de la façon la plus terrible, « sidérante »…

Mais, de toutes les façons, comment ont-ils pu penser que « ça passerait », que l’on n’attaquerait pas, à droite (et même à gauche) DSK sur son « style de vie » ? Quand on connaît la violence d’une campagne présidentielle, où tous les coups sont permis (il n’y a que guère qu’un Jospin pour refuser d’enfoncer Chirac, en 2002, sur les « affaires ») !

Alors, voulu ou non, inconscient qui parle ou pas, dans ce « candidat normal » de François Hollande aspirant à devenir un « président normal », il y avait (et il y a toujours) un sens. Il est très spécifiquement destiné à l’électeur. Car c’est lui qui, selon ses critères, encore une fois très souvent moraux, décide de ce qui lui apparaît « normal » (dans la norme) ou pas. Compatible ou pas avec la fonction [*]…
François Hollande connaît DSK, je ne peux pas imaginer « une seule seconde » qu’il ne pensait pas à lui, aussi, quand il a décidé de se présenter aux électeurs comme un « candidat normal » (ne devait-il pas le battre avant de pouvoir en découdre avec Sarkozy ?). Tant cet homme n’a pas pour habitude d’employer des termes (aussi précis dans ce cas, et de surcroît) au hasard, à la légère, pour faire slogan ou amuser la galerie médiatique. Croyez-moi, ce type ne rigole pas. Et sait ce qu’il fait et dit.


[*] Soyons concret : en 2006/2007, Sarkozy (prie) demande à Cécila de rester à ses côtés pour la campagne. Il en va de l'avenir de cet homme. Or, nous savons, désormais, que ce couple était mort.
Et Ségolène Royal ? Lorsqu'elle entre (16 novembre 2006) en campagne (bien avant, en réalité) son couple avec François Hollande n'existe plus. Nous le savons aussi.
Pourquoi agir ainsi, taire la "vérité" ?
Parce qu'ils connaissent les "critères", les "normes" des électeurs. Jamais une majorité ne votera pour un candidat en instance de divorce, de séparation. Vous la voyez ? La "norme" ? En gardant à l'esprit qu'il s'agit d'élire celui qui va être garant des institutions de ce pays... Il dépend alors de son image sociale, familiale, rassurante. Voilà tout. C'est cela la "norme" (le "normal").
A ce propos, le fait que Carla Bruni soit enceinte, aura des conséquences. C'est une évidence. L'homme Sarkozy ne peut pas ne pas en tirer profit. De "normalité". Il le fera. Habilement. Car c'est une "image" rassurante, d'autant plus, en des temps de crise. Une image, qui plus est, de bonheur. Bref, il est en passe d'être possiblement réélu. Cet homme connaît (trop) les "codes"...


NB : Va donc lire ceci : In Bed With DSK

09 mars 2011

La Peur Du « 21 Avril » Ou L’Impuissance Révélée De Notre Classe Politique

Et voilà ! Ça vacille, cède à la panique, déjà que ça n’allait pas fort dans les états-majors. Il aura suffi de quelques sondages et bam ! On appelle au « rassemblement » à gauche, au « vote utile » ; on petit-déjeune à droite avec le honni d’hier, on dragouille le centriste, et allez donc ! … La raison de toute cette agitation : la peur. Celle d’un « 21 avril » à l’envers, à l’endroit, total, définitif.
La peur, cette mauvaise conseillère.

CharlieHebdo-28mars2007.jpgIl est, à ce propos, intéressant, ô combien édifiant, de constater que cet argument, ce chiffon qu’on agite, la peur, est utilisé pour tout, ou à peu près tout. C’est assez révélateur de la société dans laquelle nous vivons. Cette peur est tellement présente, quotidienne, que désormais le seul projet politique qui nous est proposé c’est : nous protéger.
Nous protéger des « flux migratoires », nous protéger de la « mondialisation » , nous protéger de la « violence », nous protéger du « chômage », nous protéger de tout en fait ...
Fut un temps, l’on nous proposait plutôt un avenir, des perspectives, un chemin, des solutions. Bref, de quoi s’enthousiasmer, se projeter. Et même si ces promesses (de lendemains qui chantent) n’étaient pas honorées, pas toujours, qu’elles se heurtaient à une réalité économique, à l’imprévisible, à la guerre, elles donnèrent force, espoir, volonté. Elles libéraient les énergies, comme on dit. Celles vives du pays.
En renonçant à cette voie, celle d’un projet d’avenir, véritable, pour nous proposer un programme, et un seul, consistant à nous assurer « protection », le politique nous incite à l’apathie, nous ankylose, nous enferme, mais aussi, nous infantilise.
Nonobstant, en assurant qu’il (le politique) va « nous protéger », il confirme, au fond, que nos peurs sont fondées. Et s’il nous dit : « N’ayez pas peur ! » c’est parce qu’il n'a pour seule ambition que de se présenter comme notre protecteur.
En vérité, cette attitude, démontre l’impuissance de notre classe politique. Si elle en est réduite à nous assurer « protection » et rien d’autre, c’est bien là, oui, une preuve (de plus) de son impuissance.
Ce premier constat est déjà bien inquiétant, mais si en plus, cette même classe politique cède à la peur, alors nous courons droit vers le séisme annoncé.

Or donc, cette peur qui saisit la classe politique, c’est celle d’un nouveau « 21 avril ». Peu importe dans quel sens, endroit, envers, il faut « se protéger » de cette éventualité. Non pas « nous protéger », nous le peuple, d’un « 21 avril », mais « s’en protéger elle », ne pas en être l’une des victimes. Ne pas être le cocu, le Jospin de 2012.
On aurait pu espérer que la vague sondagière (contestable ou pas dans la méthodologie, peu importe) incitât les différents partis, notamment les deux dominants, PS et UMP, à répliquer sur le plan des idées, des projets. Mais là encore, il n’en fut rien. Autre preuve de leur impuissance. Nous eûmes droit à des « petites phrases », des accusations, c’est de la faute à Sarkozy, c’est en grande partie de la responsabilité des socialistes, bref, nous eûmes droit à des gamineries. C’est à la fois indigne et désespérant. Et ça fait « peur » surtout. Cercle vicieux. Dont, bien évidemment, profitera une nouvelle fois, Marine Le Pen.

Mais comment se traduit-elle, cette peur d’un « 21 avril » ?
Par la réduction de candidats à droite comme à gauche. En « simplifiant » l’offre politique.
A droite, on prie M. de Villepin de ne pas se présenter. On appelle les centristes (Morin, Borloo) à la raison. L’argument ? Moins il y aura de candidats à droite, et plus Nicolas Sarkozy fera le plein de voix au premier tour. C’est beau, non, les mathématiques modernes ? [1]
Mais c’est exactement la même chose à gauche. François Hollande, visiblement paniqué, appelle tous les jours au rassemblement de la gauche, dès le premier tour. Il milite pour une candidature unique. Souvenez-vous, 2002, martèle-t-il, Taubira, Chevènement, et pour quel résultat ? Ne rééditons pas cette erreur. Sauf que, ce n’était pas une erreur. C’est juste que Lionel Jospin a raté sa campagne. Mais allez expliquer cela à quelqu’un qui a peur ! A ce point, qu’il en oublie les électeurs. Tout comme la droite les oublie, aussi.

Ce n’est pas en réduisant le nombre de candidats, que l’UMP et le PS, contreront le Front National. Je serais même tenté de dire : au contraire !

Certes, pléthore de candidats ne signifie pas grand-chose. Ce serait même une plaie pour la démocratie. En effet, 16 candidats pour une présidentielle, ça n’est pas sérieux. Il ne s’agit pas d’élire un député ou un maire, bon sang ! mais celui va présider le pays pendant cinq ans. 16 postulants pour une telle fonction, ça n'est pas crédible. Tout comme, au passage, il ne peut y avoir pléthore de candidats pour une Primaire, fut-elle socialiste ! Deux (voire trois) me semble être le maximum. Au-delà, ça relève plus du cirque, de la téléréalité qu’autre chose [2].

S’agissant d’une présidentielle, il est normal, me semble-t-il, que les différentes sensibilités politiques fassent entendre leurs voix. Ainsi, les centristes, les souverainistes, les écologistes, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, le PCF, le PS, l’UMP ... L’on me dira que certains sont compatibles, solubles, certes, mais ça, c’est l’étape suivante, celle du second tour.
M. Hollande et M. Sarkozy souhaiteraient-ils que nous fassions l’économie d’un premier tour, ou d’en réduire drastiquement l’offre, au seul motif que, mon dieu ! Marine Le Pen pourrait les devancer ? Est-ce ça, la démocratie ? N’est-ce pas plutôt une façon de la confisquer au peuple ? Et d’ailleurs, cette façon d’agir, que révèle-t-elle, sinon, outre la peur, une méfiance envers le peuple ? Un mépris, d’une certaine façon.
Là encore, c’est Marine Le Pen qui en tirera gros bénéfice.

Ce n’est pas par la peur qu’on vainc, c’est par le courage. C’est en proposant un avenir, un projet, un chemin. Fussent-ils difficiles.
Ce n’est pas en faisant peur, qu’on gagne le cœur du peuple, c’est en démontrant sa puissance, sa volonté.
Ce n’est pas en infantilisant « les gens » qu’on conquiert leur confiance, mais en les élevant, ou – comme ce fut dit trivialement – « en les tirant vers le haut ».
Le peuple ne veut pas d’un protecteur, il ne veut pas être protégé, il veut qu’on l’entende et qu’on le respecte.
Le peuple ne demande pas mieux qu’adhérer à un projet. La peur, n’en est pas un. A fortiori, « les peurs ». Et à trop jouer avec, il est évident, voire inéluctable, que la sanction sera terrible.

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