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09 mars 2011

La Peur Du « 21 Avril » Ou L’Impuissance Révélée De Notre Classe Politique

Et voilà ! Ça vacille, cède à la panique, déjà que ça n’allait pas fort dans les états-majors. Il aura suffi de quelques sondages et bam ! On appelle au « rassemblement » à gauche, au « vote utile » ; on petit-déjeune à droite avec le honni d’hier, on dragouille le centriste, et allez donc ! … La raison de toute cette agitation : la peur. Celle d’un « 21 avril » à l’envers, à l’endroit, total, définitif.
La peur, cette mauvaise conseillère.

CharlieHebdo-28mars2007.jpgIl est, à ce propos, intéressant, ô combien édifiant, de constater que cet argument, ce chiffon qu’on agite, la peur, est utilisé pour tout, ou à peu près tout. C’est assez révélateur de la société dans laquelle nous vivons. Cette peur est tellement présente, quotidienne, que désormais le seul projet politique qui nous est proposé c’est : nous protéger.
Nous protéger des « flux migratoires », nous protéger de la « mondialisation » , nous protéger de la « violence », nous protéger du « chômage », nous protéger de tout en fait ...
Fut un temps, l’on nous proposait plutôt un avenir, des perspectives, un chemin, des solutions. Bref, de quoi s’enthousiasmer, se projeter. Et même si ces promesses (de lendemains qui chantent) n’étaient pas honorées, pas toujours, qu’elles se heurtaient à une réalité économique, à l’imprévisible, à la guerre, elles donnèrent force, espoir, volonté. Elles libéraient les énergies, comme on dit. Celles vives du pays.
En renonçant à cette voie, celle d’un projet d’avenir, véritable, pour nous proposer un programme, et un seul, consistant à nous assurer « protection », le politique nous incite à l’apathie, nous ankylose, nous enferme, mais aussi, nous infantilise.
Nonobstant, en assurant qu’il (le politique) va « nous protéger », il confirme, au fond, que nos peurs sont fondées. Et s’il nous dit : « N’ayez pas peur ! » c’est parce qu’il n'a pour seule ambition que de se présenter comme notre protecteur.
En vérité, cette attitude, démontre l’impuissance de notre classe politique. Si elle en est réduite à nous assurer « protection » et rien d’autre, c’est bien là, oui, une preuve (de plus) de son impuissance.
Ce premier constat est déjà bien inquiétant, mais si en plus, cette même classe politique cède à la peur, alors nous courons droit vers le séisme annoncé.

Or donc, cette peur qui saisit la classe politique, c’est celle d’un nouveau « 21 avril ». Peu importe dans quel sens, endroit, envers, il faut « se protéger » de cette éventualité. Non pas « nous protéger », nous le peuple, d’un « 21 avril », mais « s’en protéger elle », ne pas en être l’une des victimes. Ne pas être le cocu, le Jospin de 2012.
On aurait pu espérer que la vague sondagière (contestable ou pas dans la méthodologie, peu importe) incitât les différents partis, notamment les deux dominants, PS et UMP, à répliquer sur le plan des idées, des projets. Mais là encore, il n’en fut rien. Autre preuve de leur impuissance. Nous eûmes droit à des « petites phrases », des accusations, c’est de la faute à Sarkozy, c’est en grande partie de la responsabilité des socialistes, bref, nous eûmes droit à des gamineries. C’est à la fois indigne et désespérant. Et ça fait « peur » surtout. Cercle vicieux. Dont, bien évidemment, profitera une nouvelle fois, Marine Le Pen.

Mais comment se traduit-elle, cette peur d’un « 21 avril » ?
Par la réduction de candidats à droite comme à gauche. En « simplifiant » l’offre politique.
A droite, on prie M. de Villepin de ne pas se présenter. On appelle les centristes (Morin, Borloo) à la raison. L’argument ? Moins il y aura de candidats à droite, et plus Nicolas Sarkozy fera le plein de voix au premier tour. C’est beau, non, les mathématiques modernes ? [1]
Mais c’est exactement la même chose à gauche. François Hollande, visiblement paniqué, appelle tous les jours au rassemblement de la gauche, dès le premier tour. Il milite pour une candidature unique. Souvenez-vous, 2002, martèle-t-il, Taubira, Chevènement, et pour quel résultat ? Ne rééditons pas cette erreur. Sauf que, ce n’était pas une erreur. C’est juste que Lionel Jospin a raté sa campagne. Mais allez expliquer cela à quelqu’un qui a peur ! A ce point, qu’il en oublie les électeurs. Tout comme la droite les oublie, aussi.

Ce n’est pas en réduisant le nombre de candidats, que l’UMP et le PS, contreront le Front National. Je serais même tenté de dire : au contraire !

Certes, pléthore de candidats ne signifie pas grand-chose. Ce serait même une plaie pour la démocratie. En effet, 16 candidats pour une présidentielle, ça n’est pas sérieux. Il ne s’agit pas d’élire un député ou un maire, bon sang ! mais celui va présider le pays pendant cinq ans. 16 postulants pour une telle fonction, ça n'est pas crédible. Tout comme, au passage, il ne peut y avoir pléthore de candidats pour une Primaire, fut-elle socialiste ! Deux (voire trois) me semble être le maximum. Au-delà, ça relève plus du cirque, de la téléréalité qu’autre chose [2].

S’agissant d’une présidentielle, il est normal, me semble-t-il, que les différentes sensibilités politiques fassent entendre leurs voix. Ainsi, les centristes, les souverainistes, les écologistes, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, le PCF, le PS, l’UMP ... L’on me dira que certains sont compatibles, solubles, certes, mais ça, c’est l’étape suivante, celle du second tour.
M. Hollande et M. Sarkozy souhaiteraient-ils que nous fassions l’économie d’un premier tour, ou d’en réduire drastiquement l’offre, au seul motif que, mon dieu ! Marine Le Pen pourrait les devancer ? Est-ce ça, la démocratie ? N’est-ce pas plutôt une façon de la confisquer au peuple ? Et d’ailleurs, cette façon d’agir, que révèle-t-elle, sinon, outre la peur, une méfiance envers le peuple ? Un mépris, d’une certaine façon.
Là encore, c’est Marine Le Pen qui en tirera gros bénéfice.

Ce n’est pas par la peur qu’on vainc, c’est par le courage. C’est en proposant un avenir, un projet, un chemin. Fussent-ils difficiles.
Ce n’est pas en faisant peur, qu’on gagne le cœur du peuple, c’est en démontrant sa puissance, sa volonté.
Ce n’est pas en infantilisant « les gens » qu’on conquiert leur confiance, mais en les élevant, ou – comme ce fut dit trivialement – « en les tirant vers le haut ».
Le peuple ne veut pas d’un protecteur, il ne veut pas être protégé, il veut qu’on l’entende et qu’on le respecte.
Le peuple ne demande pas mieux qu’adhérer à un projet. La peur, n’en est pas un. A fortiori, « les peurs ». Et à trop jouer avec, il est évident, voire inéluctable, que la sanction sera terrible.

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25 février 2011

Nicolas Sarkozy Ou La Politique De La Terre Brûlée

Oui, bien sûr, ces sondages qui se succèdent, l’un, l’autre, quotidiens, assommants, photos d’un instant, il conviendrait de ne pas y prêter attention, ou du moins, pas plus qu’ils n’en méritent, puisque, justement, ils ne sont qu’instantanés, au sens cliché du terme … Et pourtant … En s’y penchant, tête froide, reposée, on entrevoit quelques hypothèses. Et, peut-être, aussi, une incroyable stratégie.

Le-Gars-de-la-Marine.jpgOr donc, au lendemain d’une enquête TNS-Sofres/Le Nouvel Observateur/i>télé [1] nous indiquant que, si le second tour de la présidentielle avait lieu « aujourd’hui », Nicolas Sarkozy serait battu et par DSK, et par Martine Aubry, et par François Hollande, et par Ségolène Royal, voilà que l’institut CSA (avec BFMTV, RMC et 20 Minutes) complétait le tableau en nous en apprenant une bien copieuse :
Nicolas Sarkozy serait le seul, à droite, à devancer Marine Le Pen au premier tour de cette même présidentielle.
Ni Jean-Louis Borloo, ni François Fillon, pas même le candidat déclaré de 2017, Jean-François Copé, ne seraient en mesure de la distancer. Pis, en ce qui concerne Borloo et Copé, la présidente du Front National leur « mettrait » respectivement 6 et 7 points dans la vue.
Il faut aussi préciser que, dans ces deux enquêtes, Marine Le Pen oscille entre 17,5 et 19%.
Compte tenu de la marge d’erreur
(une fourchette de + ou – 3) cela nous donne 14,5% en hypothèse basse, 22% en hypothèse haute.
Comme dit le camarade journaliste, c’est « sans précédent ». Jamais, le Front National n’a été crédité, dans des sondages, et pour une présidentielle, d’un score aussi élevé. Jamais !

Alors oui, et encore une fois, ce ne sont que des instantanés. Tout peut basculer. Cela dit, tout de même … 22%, c’est inédit !
Mais allons plus loin ….
… Si l’on dissèque consciencieusement ces deux enquêtes, en y appliquant la marge d’erreur, on s'aperçoit que celui (le seul) qui laisse(rait) véritablement Marine Le Pen à distance, c’est DSK [2]. Ce qui ne doit pas ravir l’aile gauche du PS .. Mais enchanter toute la presse de droite qui, depuis des mois, nous abreuve de sondages désignant DSK comme étant, et de très loin, le meilleur candidat pour le Parti Socialiste [3].
Rien de nouveau, me direz-vous .. Non, mais ce qui l’est, ce sont (donc) les scores du Front National dans ces différents sondages
Et s'ils étaient révélateurs d'une stratégie politique ? D’un choix totalement assumé. Par un homme, et un seul : Nicolas Sarkozy.

En effet, alors que tout part à vau-l’eau (est-il vraiment utile d’y revenir ?) que « les merdes volent en escadrille », quel thème va nous être prochainement proposé pour faire l’objet d’un grand débat national :
La place de l’islam en France !
Et pourquoi ?
A priori, parce qu’on (dixit Sarkozy) ne peut laisser Marine Le Pen s’emparer, seule, de ce sujet.
Rappelons, pour les étourdis, que c’est elle qui a dégainé, en décembre dernier, en comparant « les prières de rue » des musulmans à une « occupation ».

En apprenant la tenue d’un tel débat, Marine Le Pen s’est réjouie. Et doublement, quand elle sut que ce pourrait être, aussi, un des thèmes central de la future campagne de Nicolas Sarkozy ... Cette réjouissance est compréhensible : car c’est bien suite au débat sur l’identité nationale que le Front National (qu’on nous avait présenté comme moribond après la présidentielle 2007) a repris du poil du suffrage lors des Régionales 2010.
C’est à se demander, tel Dominique de Villepin, à quoi joue Nicolas Sarkozy ? ... Même celui qui fut son conseiller politique pendant la campagne présidentielle 2007, le sieur Devedjian, se fend d’une tribune pour dénoncer un débat « inutile et dangereux ». Le même Devedjian qui, le 28 mars 2007, se gourmandait des incidents de la Gare du Nord, estimant que, je le cite :

« Cette affaire, c’est bon pour Nicolas : ça remet l’insécurité au cœur de la campagne »

Faut croire qu’à l’époque, Monsieur Devedjian ne trouvait aucun inconvénient à ce que son champion exploitât un fait divers à des fins purement électoralistes.. Faut croire, surtout, que depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts, un autre Sarkozy (Jean) s'étant radiné, mort de faim, sur le territoire de Patrick Devedjian ...
Or, c’est bien, itou, à des fins électoralistes, qu’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy veut (via Copé, placé à la tête de l'UMP) ce débat sur l’islam. Il sait (d’autant qu’il en a eu la démonstration avec les Régionales) qu’il tient là un sujet qui peut maintenir le Front National à un niveau élevé ... Mais, ça n’est pas uniquement dans le but de mettre des bâtons dans les roues du Parti Socialiste (qui sait très bien le faire tout seul). Oh non ! C’est aussi pour faire le vide dans son propre camp ! Eviter de se retrouver dans la même configuration qu’en 1995 avec un duel fratricide Balladur/Chirac.
Car, en effet, tout se délitant, et comme rarement sous une présidence, c’en est même affolant, qui nous dit qu’un ténor de l’UMP (excepté Villepin que Sarkozy méprise, au point qu'il ne le considère pas comme un concurrent direct pour 2012) ne serait pas tenté, et fort légitimement, d’y aller ? Estimant qu’il aurait plus de chances que Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2012 (François Fillon, par exemple, ou même : Alain Juppé). Ou, tout du moins, de défendre au mieux, les couleurs de son parti.
Bref, Sarkozy est-il vraiment le mieux placé à droite ?

Eh bien, voyez-vous, le sondage CSA du jeudi 24 février nous apporte une réponse : non, il n’est pas le mieux placé pour l’emporter en 2012, mais oui, il est le mieux placé, à droite, pour … battre Marine Le Pen au premier tour ! Il est le seul rempart de son camp face au Front National. Ni Fillon, ni Copé, ni Borloo, ni personne, ne seraient en mesure de le contrer sur ce terrain. De fait, cela tue dans l’œuf toute autre candidature à l’UMP !

Il est évident que Nicolas Sarkozy, même en mauvaise posture dans les sondages, y compris dans sa côte de popularité, ne renoncera pas, jamais, à briguer un second mandat. Parce qu’il croit qu’il pourra, comme en 2007, envers et contre tout, reconquérir son électorat, même ric-rac ; qu’il pourra une autre fois, allez hop, siphonner les voix du Front National. Et c’est pourquoi, il revient (et reviendra encore) chasser sur ses terres, avec ce débat sur la place de l’islam en France (et quoi d'autre, demain ?) ... Mais à la différence de la campagne précédente (qu’il commença dès juin 2002 sur le thème de la sécurité, puis en mordant, pour masquer son bilan en la matière, sur des thèmes chers aux extrêmes) il le fait AUSSI, pour écarter définitivement toute possibilité de candidature au sein de l’UMP. Cadenasser la sienne. La protéger. Tout en – mais ça va de soi – compliquant la tâche du candidat PS (hanté par le spectre du 21 avril).
C’est cela que j’appelle : la politique de la terre brûlée.

Oui, je sais, ça paraît insensé, tant ce choix politique est éminemment dangereux (et contesté – ce n’est pas un hasard – au sein même de l’UMP) mais .. C’est Nicolas Sarkozy ! Il est ainsi. Pour lui, ce serait une humiliation que de ne pas « y aller » une seconde fois, de devoir renoncer. D’aucuns, des Républicains, des Gaullistes, y verraient, du panache, mais lui non.
Alors, pour être sûr d’être LE candidat, l’incontournable, l’unique rempart de son camp contre le Front National, il détruit par le feu toute velléité, toute autre éventuelle candidature de l’UMP.
Voilà ce que nous indiquent les derniers sondages (notamment le CSA). Un billard à moult bandes. Meurtrier ... Loin, en tout cas, de ce que l’on appelle : l’intérêt général. Mais est-ce une surprise, dès lors que nous connaissons l’homme de l’Elysée (et son équipe resserrée) ? Quand, au cours de son mandat, s’est-il une fois, une seule, soucié de l’intérêt général ?

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