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09 décembre 2009

SDF, Chômeurs, Précaires : Catégories Classées “Non Prioritaires”

Vivement Mai 2009.jpgDans quelques semaines, et peut-être, va savoir, celle qui se radine, David Pujadas (ou tout autre personnage-tronc du 20 heures), mine de circonstance, ton compassé, nous parlera non pas des "pauvres", pas plus que des SDF (ou vite fait), mais des plus démunis.
C’est mignon, non, ce terme-là : les plus démunis ?
C’est abstrait. Presque poétique. Bref, c’est de la littérature (à la noix) de journaliste. Or, dans la réalité, celle des ponts et des bancs verrouillés, cadenassés, c’est une autre histoire, celle qu’on enseignera jamais en Terminale S pas plus qu’en Seconde L. Le mot “pauvre” n’est même plus une option, il est banni de notre vocabulaire. Celui du monde occidental. A ce point, que dans les JT, la presse et autres médias dits d’informations, quand on évoque l’Afrique, par exemple, elle est (re)qualifiée de continent “émergent”. Or donc, si je suis cette logique, que je la pousse jusqu’à son extrême absurdité, alors j’en viendrais à conclure que, au fond, les plus démunis ne seraient ni plus, ni moins, que des êtres “émergents”. Ah miracle de la rhétorique ! Ou comment, moins par synonymie que par terminologie issue du langage publicitaire, on en arrive à éradiquer la pauvreté. A la nier, surtout. Et si d’aucuns venaient à prétendre que traiter les pauvres de plus démunis n’étaient que pure délicatesse ou marque de tendresse, je les renvoie derechef au père Ferré qui dans Préface assénait :

On ne prend les mots qu'avec des gants: à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex. Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse !”.

Oui, Ferré parle là de poésie, mais ne l’ai-je pas dit en ouverture, parler de plus démunis, c’est quoi, sinon une abstraction, de la mauvaise littérature, de la poésie dégueulasse, dégueulasse tant elle est mal placée et mal venue, qu’elle balaie la réalité et ceux qui la souffrent.

Dans quelques semaines, disais-je, et va savoir, peut-être la prochaine, on nous parlera au JT, celui de 20 heures, de Bernard. Un SDF, un plus démuni. On le présentera comme étant la première victime d’une vague de froid. Une vague de froid, “sans précédent”, car, tu l’auras noté, aujourd’hui, dans la bouche des journalistes, tout évènement est forcément “sans précédent’. Encore faut-il, bien entendu, que le froid survienne, sinon l’on ne nous parlera pas de Bernard. Pas de froid, pas de Bernard ! C’est comme ça ! C’est ce qu’on appelle la hiérarchie de l’information. Celle qui relègue, sur le service public, les nouveaux et terrifiants chiffres du chômage à ... 20h25 ! Une manifestation de policiers (phénomène très rare) et toujours sur le service public, à une image et trois mots. Ça peut paraître bizarre, mais c’est ainsi, à croire qu’il n’y a rien de plus important que cette future maman classée prioritaire pour le vaccin contre la grippe A, rien de plus important que de savoir qu’elle aura poireauté trois heures avant de se faire piquer dans un centre interdit aux médecins généralistes. Rien de plus important, également, que le premier chat de France touché par le H1N1 ! Bien plus, en tous les cas, que les chiffres croissants du chômage ou la mort d’un plus démuni. Qui l’est déjà.
Car oui, il est mort Bernard. Comme 319 de ses congénères depuis le début de l’année 2009. C’est une information communiquée ce lundi 7 décembre par le collectif des Morts de la rue. Relayée par France Info et quelques sites de presse en ligne (Le Parisien, l’Alsace, Le Progrès, Le Télégramme ..) trop souvent par le biais d’une dépêche laconique. Or, 320 morts en moins d’un an, ce n’est pas rien. Si j’osais, je dirais que ça fait froid dans le dos. Mais apparemment pas dans celui des rédacteurs des JT. Ni dans celui de la presse à grand tirage. Non, ce n’est pas une info prioritaire, attendons que viennent les premiers frimas, car c’est bien là, non, que l’on traite des plus démunis. Le faire ailleurs, c’est hors-sujet ou hors-champ. On va tout de même pas en faire la Une, pas avant l’heure, celle du marronnier.
320 morts dans la rue, et rien !
Il serait obscène, bien sûr, de les comparer aux 118 de la grippe A (chiffres du vendredi 4 décembre) la question n’est pas là. Comme il serait déplacé, sans doute, de rappeler une parole pré-présidentielle, celle qui promettait à qui voulait le croire, "que d’ici à deux ans" (donc maintenant), "plus personne" ne serait "obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid". Simplement, je constate que le chômage, la précarité, la pauvreté, ne sont pas des priorités. Ni pour les journalistes, ni pour les politiques. Ces sujets sont évacués. Ou traités vite fait, donc maltraités. Pourquoi ? Telle est la question. Car, il doit bien y avoir une raison. Non ?
Formulée plus abruptement, la question pourrait être la suivante : pourquoi exclure de l'information, ceux qui sont déjà exclus, d'une certaine façon, de toute vie sociale ?

Quoi qu’il en soit, la semaine prochaine, ou celles qui ne manqueront pas de venir, quand l’homme-tronc revêtira son habit de chien battu pour nous annoncer la mort de Bernard, première victime du froid, nous pourrons lui demander pourquoi ne l’a-t-il pas annoncé avant ? Pourquoi ne nous aura-t-il pas informés des 320 décès “sans précédent” dans notre pays ? Au nom de quelle déontologie, de quelle sacro-sainte hiérarchie ?

Pour finir, et puisqu’il s’agit de priorités et de personnes prioritaires, voyant ces queues longues et frileuses de femmes enceintes attendant de se faire vacciner contre le H1N1, je me demandais si, dans sa grande mansuétude, madame Bachelot et son orchestre avaient jugé "bon" de classer prioritaires pour ledit vaccin les fameux plus démunis, ceux de la rue, a priori les plus exposés ; je me demandais, oui, s’ils y avaient pensé … Ou, si définitivement, ils n’étaient, comme les chômeurs et autres précaires, les “gens de la rue” classés : non prioritaires …

10 septembre 2009

Pour Le Meilleur Et Le Peer-to-peer

Good Day Sunshine Request

Or donc, pour M. Christophe Lameignère (PDG de Sony Music France et Président du SNEP – comme quoi, il n’y a pas que dans la politique qu’on trouve des “cumulards”) les opposants à loi Hadopi seraient des donneurs de leçonsn’ayant jamais rien fait pour la création”, mais ils seraient aussi, et “contrairement à l’image qu’on a du pirate romantique” des “voleurs à la petite semaine qui n’ont aucun courage” … [Voir la Vidéo]

.. Ça c’est intéressant, dis-donc ! Car cela signifie que, dans l’esprit de M. Lameignère, un opposant à la loi Hadopi est forcément un internaute qui télécharge illégalement de la musique, des films, etc.
A-t-il seulement imaginé, ce Monsieur, que l’on peut s’opposer à une loi juste parce qu’elle nous apparaît absurde, inique, liberticide, voire inapplicable ? Donc, sans être pour autant un “pirate” puisque tel est le mot (convenu et ridicule) qu’il emploie.

Nonobstant, et emporté par son élan (qui ne m’émeut guère) M. Lameignère considère comme “totalitaire” l’attitude des opposants à cette loi, les traitant même de dénonciateurs “planqués derrière” et un pseudonyme, et leur ordinateur. Et de conclure :
On ne peut pas avoir confiance en des gens qui dénoncent et refusent de s’identifier !”.
Comme quoi, les temps changent, M. Lameignère, car fut une époque, pas si lointaine, non seulement “on” faisait diablement confiance aux dénonciateurs anonymes, pire même, "on" les récompensait ! Car c’est bien à cette époque, et à ce genre de personnes malfaisantes, que vous faites, très élégamment, référence ; n’est-ce pas ?

M. Lameignère, je ne me “planque” pas derrière un ordinateur, mon nom réel est affiché en gras sur cette page dite virtuelle, comme ailleurs.

Je ne sais, qui plus est, d’où vous sortez cette image de “pirate romantique” - hormis de votre imagination pénible - ce que je sais en revanche, c’est que les romantiques, Monsieur, ils ont “branché leur destin aux abonnés absents” et que la musique, celle que vous produisez, souvent, trop souvent, au kilomètre, vous la vendez "comme du savon à barbe”.

Quant à la loi Hadopi, je m’en contrecarre le coquillard, et vous savez pourquoi ?
Parce qu’elle n’a aucune chance de passer.
Ou alors, vidée de sa substance. Et - pardonnez-moi ce jeu de mots facile - ce ne sera que justice. Son échec, vous obligera à faire preuve (enfin) d’imagination, de repenser l’industrie du disque, d’en créer une nouvelle, une plus belle, adaptée à son temps, bref, à vous sortir, et fissa, les doigts. Plutôt que de larmoyer constamment et de faire des amalgames honteux, qui de surcroit, vous dépassent.

M. Lameignère, je m’en vais vous raconter deux histoires. Vraies.

Celle d’un gosse de cinquième.
C’était un cours d’anglais. Automne 1974. Ce jour-là, pas de verbes irréguliers ni de devoirs à rendre, non, mais un documentaire en noir et blanc avec de la musique dedans. Une musique que je ne connaissais pas.
Je me souviens, ça faisait : “Gooooood day, suuuuunshine !” et je trouvais ça magique. A ce point, que je la voulais, cette musique.
Je la voulais ; je l’ai volée.
Oh, c’est pas ma faute, M. Lameignère, c’est une copine de classe (que je ne dénoncerai pas …) qui voyant ma détresse me dit que cette musique, elle l’avait, et que demain, promis, elle me l’amènerait.
Et voilà comment je me retrouvais “Revolver” à la main.
Et voilà comment, M. Lameignère, je fis ma première copie. Sur K7. Vierge.
Voilà comment, je privais Paul McCartney, John Lennon, George Harrison et Ringo Starr, de quelques précieux deniers.
Bien sûr, M. Lameignère, vous ne pouvez pas comprendre, parce que vous ne l’avez jamais fait, ça, copier un album sur une K7, tant vous les respectez, les artistes. Mais quand bien même, je dois vous avouer que bientôt, des K7 de ce genre, j’en ai eu des centaines. Et des centaines. Et des centaines. Les jaquettes, je les faisais moi-même, et je vous prie de croire que je m’appliquais.
Cela dit, quand vint le temps des premiers salaires, je ne rechignais pas à garnir ma discothèque de 45 et 33 trs en bonne et due forme. Par centaines, itou. J’en prenais tout aussi soin que les copies K7, les protégeant jalousement du temps, de la pluie et de la rouille, à l’aide d’une pochette plastique.
Je me souviens que les maisons de disques, elles n’aimaient pas trop ça, les K7 vierges. Elles disaient que ça leur portait préjudice. Qu’elles perdaient de l’argent. Et leurs artistes, aussi.
Je me souviens que sur les K7, y’avait marqué Philips, Sony .. Tout comme sur les appareils permettant de faire des copies.

Un autre jour, quand j’étais grand, un samedi en pleine après-midi, mon domicile a été cambriolé. Ils ont tout pris. Du réveil-matin à la con à la chaine stéréo toute mini en passant par l’ordinateur à crédit. Tout, sauf un CD numéroté de Gérard Manset. Les cinq cents et quelques autres CD, ils les avaient emportés.
Toute cette musique que j’aimais, cette discothèque que patiemment je m’étais construite, envolée !
J’m’en voudrais, M. Lameignère, d’être bassement matérialiste, mais tout de même, y’en avait pour du pognon, et vous savez combien, ou plutôt à quel point, les assurances, le romantisme, c’est pas leur truc ; elles le remboursent pas, le romantisme, ces salopes  !
Alors, quand bien plus tard, j’appris que sur le Net, on pouvait télécharger de la musique, vous savez quoi, m’sieur Lameignère ?
Eh bien oui, j’ai voulu retrouver "ma" discothèque. Et je l’ai retrouvée. Ça m’a fait bizarre. J’étais comme un gosse de cinquième.
Mais j’ai pas tout repris. Le temps, comme la pluie, la rouille, étaient passés par là, et certains titres me plaisaient moins. Même, je les trouvais mauvais. Alors j’en gardais quoi ? Une centaine ! Une centaine sur, à vol d’oiseau, cinq mille.
2%, si vous préférez.
Ça fait pas bézef, n’est-ce pas ?
Mais ça donne une idée de ce que produit l’industrie du disque qui ne se moque absolument pas de nous.
Oh, je ne vous cache pas que j’allais bien au-delà de ma quête des albums disparus. Par le biais du peer-to-peer, j’en découvrais de nouveaux. Des raretés oubliées. Par vous. Des pépites introuvables en CD. Nonobstant, quand je tombais sur un album renversant, vous savez quoi, M. Lameignère ? - et pardonnez-moi de possiblement vous trouer le cul : je l’achetais ! Oui, Monsieur ! J’allais chez le marchand, et je filais de l’argent pour acquérir VOTRE produit. Et pour quelles raisons ? Parce que tout simplement, je le voulais, Monsieur, tant je le trouvais bon, beau, magique, essentiel.
Mais, entre vous et moi, ces albums-là, ne sont pas légion. Le gros de votre production se limitant à du savon à barbe. Alors, de grâce, n’abusez pas du mot : artiste. Ne l’utilisez pas à tout bout de champ. Comme un alibi. Ou un parapluie. Surtout en cette époque de “désastre culturel”.

Pour conclure, “cher” M. Lameignère, je voudrais vous dire que, quand on aime la musique, quand on l’aime vraiment, passionnément, croyez-vous qu’on puisse se contenter de l’écouter en mp3 ou mp4 (formats proposés sur le peer-to-peer) soit dans un son compressé, dégueulasse, immonde ?
La réponse est : non !
Quand on aime vraiment la musique, Monsieur, et quand bien même l’aurait-on téléchargée au préalable, on court l’acheter au supermarché du disque le plus proche, pour l’avoir, la posséder dans sa version sonore, pure, totale, pour en saisir, enfin, toutes les subtilités.
Encore faut-il, Monsieur, que la musique soit bonne.
Que ce soit l’œuvre d’un artiste, pas d’un camelot.
Or, des camelots, vous en avez des gratinés, dans votre catalogue, Monsieur ! Pour à peine, 2% d’artistes.

Ce ne sont pas les artistes qu’on pille, Monsieur Lameignère, apprenez-le, c’est votre opportunisme qu’on défroque.
Votre saloperie de savon à barbe.
Vos productions “à la petite semaine”.
Et basta !


Bonus track : à votre avis, M. Lameignère, pourquoi le groupe Radiohead (que vous rêviez de signer) a décidé de se passer de maison de disques ?
Petit indice chez vous : ce n’est absolument pas à cause des “pirates” …


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