10 août 2011
Les Marchés Paniquent ? Mais Si Tu Savais Comme Je M’En Fous !
Quand pour t'offrir une semaine de vacances, tu contractes un crédit, tu peux te dire, raisonnablement, que tu viens de franchir un palier. Même si tu raques en trois fois.
C’est sale temps.
Tu te demandes comment se fait-il. Où t’as péché…
Alors quoi, trimarder, toute l’année, ne suffirait pas à prendre, l’été venu, du bon temps ?
T’aurais donc pas les moyens de te faire la belle vie, rien que sept petits jours ?
Tu reluques tes fiches de salaire, ce que tu palpes, net, le mois, et tu t’insultes !
C’est pas Dieu possible, glandu !
Mais tu te démerdes comme une brêle, ou quoi !
Enfin, ce salaire, qu’est au-dessus du SMIC, c’est quand même pas la misère !
Où qu’il passe ce pognon ?
Tu refais les comptes, consciencieusement, avec des lignes, des colonnes, stylo quatre couleurs, et très vite, ça te saute à la gueule :
l’essentiel part dans des charges dites incompressibles.
Loyer, eau, gaz, électricité, téléphone, bagnole, bouffe, impôt sur le revenu, impôts locaux…
Sinon, ces cigarettes, dont tu ne peux te passer.
Aussi, un restaurant de temps en temps ; un cinéma, rarement ; quelques DVD pour te distraire ou t’épater ; et voilà, le compte est "bon".
Et donc, rien, pas un rouble vaillant pour foutre le camp, au soleil.
Te voilà loquedu, réduit à passer par un organisme de crédit.
Je sais ce que tu vas me dire : quand on n’a pas les moyens, on prend sur soi.
Bref, les vacances, on s’en passe. Se promettant de faire mieux l’an prochain… Et pis tiens, à ce sujet, reprends-les, tes comptes, doit bien y avoir des coupes à faire.
Déjà, arrête de fumer. C’est mauvais pour ce que tu as…
Limite tes trajets en bagnole.
Consomme un peu moins.
Es-tu sûr que ton forfait internet soit bien indispensable ? N’y en a-t-il pas un de plus adapté à tes petits moyens ?
Idem pour ton téléphone portable. Et si tu passais à la carte ?
As-tu vraiment besoin d’aller au restaurant, même si c’est que deux fois le mois ; ne serait-ce pas aussi sympâââ de dîner chez soi, avec des bougies, par exemple, pour faire dimanche ?
Quant au cinéma, t’as bien des potes qui te prêteront le film, dès qu’il sortira en DVD ! Du reste, cette télévision, LCD, es-tu certain qu’il n’y avait pas moins coûteux, et tout aussi performant ?
Etc.
Oui, vu comme ça, j’aurais eu, peut-être, quelques euros disponibles, pour décarrer au soleil.
Pas très loin, or donc en France, mais c’eut été possible.
Ceci étant, et nonobstant, tu veux que je te dise ?
J’ai déjà pensé à tout ça. Et finalement, j’en ai conclu que non.
Non, je ne peux pas et ne veux pas faire de "coupes".
Je ne veux pas me faire chier, vivre comme un rat crevé pendant 358 jours pour espérer partir une minable semaine dans un endroit qui, de toutes les façons, sera gorgé de monde.
Plus question, comme une fois, une seule dans ma chienne de vie, d’appeler Monsieur Cetelem pour me barrer au soleil.
Tant pis. Des vacances, j’en prendrai pas.
Et ça fait six ans que c’est ainsi.
Avec, dans l’intervalle, ce que les gens de la télé, des sociologues, des psychologues, des intronisés spécialistes de tout poil, nomment curieusement des : « accidents de la vie ». Comprendre : du chômage. Avec ce que ça implique : des petits boulots que t’acceptes, sans moufter, ou presque, sinon, c’est radiation. Exclu de la société. Et viens pas pleurer ! Tu passerais pour un profiteur, un parasite qui vit sur le dos des autres.
Alors tu comprendras, sans nul doute et fort aisément que, quand j’apprends que la bourse dégringole, chute onze jours de rang, que paraît-il ça panique, ici et là, que des ministres sont sommés d’interrompre leurs vacances pour tenter de rassurer les investisseurs, ça ne me fait ni chaud, ni froid.
Parce que moi, ça fait six ans que je chute.
Déclassé.
Et que tout le monde s’en fout.
Tout comme le monde se fout, itou, de savoir que celui qui va (encore) payer les pots cassés de ces messieurs, c’est moi (et toi, gagnant pas des mille et des cents).
Mais au moins, c'est fini, j’ai plus, moi, un seul crédit à la noix sur le dos.
Ce qui n’est pas le cas de mon pays.
Pour qui on marne.
A ce propos, le premier, là-haut, qu'oserait me dire que ce serait ma faute s’il est en faillite, mon pays, sous-entendant, populeusement, que j’aurais pas assez turbiné, fourni, sacrifié, je lui pète sa sale gueule.
Si jamais, ça m’était reproché, même doucement, je t'assure que je ne passerai pas par la case indigné, moi. J’irai direct à l’étape suivante.
Est-ce assez clair ?
Parce que, faudrait tout de même pas, demain dit d’austérité, venir chatouiller les arpions d’un mec qui trime correct, et qui voit plus le soleil...
01:05 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde ! | Lien permanent | Commentaires (49) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, crise économique, crise sociale, crise mondiale, krach boursier, plan d'austérité, récession, le capitalisme est une saloperie, dettes des états, déficits, précarité, petites gens, tout faire péter, aux chiottes l'indignation, déclassement, petits boulots |
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03 juin 2011
Sevran, Seine-Saint-Denis, Symbole De L’Echec Du Sarkozysme
Or donc, Sevran, commune en ruine de Seine-Saint-Denis, administrée depuis dix années par le dénommé Stéphane Gatignon. Qui n’en peut plus, et depuis lustres, de réclamer de l’aide. Présentement des « casques bleus »… Faut dire que dorénavant, à Sevran, ça se canarde à l’Uzi. En plein jour. Pour des histoires de came. C’est à croire que le Plan Marshall promis par le candidat Sarkozy en mars 2007 [1] a échoué, et dans les grandes largeurs. A moins que…
A moins que, de Plan Marshall [2], il n’y a pas eu. Jamais.
Ou alors, des clopinettes. Une misère d’euros.
Et, sporadiquement, pour faire genre, épater la galerie médiatique, l’envoi d’escadrons armés jusqu’aux dents, méchamment sapés à l’américaine, le toutime survolé par un hélico – qui, va savoir, diffuse du Wagner – bref, déploiement copieux des forces dites de sécurité, coucou v’là la République, qui, comme de bien sûr, rentre au bercail une fois les caméras de télévision éteintes.
En guise de Plan Marshall, t’as donc un plan com’.
Et pis, c’est tout.
Ah bien sûr, si en 2002, le ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy, n’avait pas supprimé la police de proximité [3] peut-être – c’est pas sûr, mais tout de même : peut-être – que nous n’en serions pas là. En Seine-Saint-Denis.
Oui, si de façon permanente, des ilotiers avaient pu continuer à patrouiller dans le périmètre, mais pas que (la police c’est aussi un lien social, quand c’est bien fait) et de surcroît pas des bambins sortis de l’école, des types solides, avec une expérience du terrain, allez savoir si Sevran serait à ce point insecure.
Certes, un Plan Marshall, digne de ce nom, ne se limite pas (qu’)à une présence policière.
C’est, avant toute chose, une volonté politique, d’ordre économique ET social, dont le but est de réduire drastiquement (à défaut d’éradiquer) les inégalités (de toute nature) ; inégalités et injustices qui sont sources de tous les maux : chômage, alcoolisme, suicide, violence, délinquance, etc.
Autrement dit, c’est de l’ambitieux. Et de l’ambitieux qui coûte cher. Visiblement : trop... Que voulez-vous ! On ne peut à la fois sauver les banques, l’industrie automobile ET les banlieues. Faut bien comprendre que les retraites-chapeau, les stock-options, les parachutes dorés, les paradis fiscaux, le bouclier fiscal, c’est autrement plus rémunérateur, voyez-vous, que le devenir des gueux de tous les Sevran de l’hexagone. Que les quartiers populaires, qui ne le sont pas vraiment, populaires, dans l’opinion publique. Ceci expliquant cela.
Sauf que, le candidat Sarkozy nous avait promis la rupture.
Même qu’on allait voir ce qu’on allait voir ! Ah, ça ne se danserait pas comme lors des trente dernières années, où en matière de politique de la ville, on a fait n’importe quoi – ce qui est vrai, nonobstant ! On va t’y remettre de la République et des services publics. Des écoles, fussent-elles de la « deuxième chance ». Emplois et « formation pour tous les jeunes de nos quartiers » afin que personne « ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance ».
Sur le papier, ç’avait de l’allure. Et puis, ça répondait, d’une certaine façon, aux « évènements » de l’automne 2005.
On se disait que le gars Sarkozy avait pris la mesure.
Eh bien non. Du tout.
Mais qui ça pourrait étonner ?
Quand bien même avait-il seriné « J’ai changé... » et par onze fois lors de son discours du 14 janvier 2007.
Sarkozy n’a pas changé.
C’est toujours celui qui nous dit, fanfaron, dans une forêt de micros et de caméras :
« Vous en avez assez, hein ? Vous avez assez (sic) de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser ! ».
Non seulement il ne « les » en a pas « débarrassés » mais il a copieusement augmenté le problème par son « immobilisme ». Soit, en continuant une politique absurde et vaine. Qui ne s’attaque pas, concrètement, aux sources de la délinquance et tutti.
Qui plus est, il poursuit (via Alliot-Marie, Hortefeux puis Guéant) ce qu’il entreprit quand il était ministre de l’Intérieur, une politique bêtement répressive, ponctuelle, ô combien médiatique, de celle qu’épate les gogos, mais qui ne résout rien, bien au contraire.
Il n’y a pas de répression sans prévention. D’économique sans social. De fermeté sans générosité.
Le PS et la gauche en général seraient bien inspirés de se saisir de ce dossier. De faire la démonstration de l’inefficacité de Nicolas Sarkozy en la matière. Ce que Ségolène Royal n’avait malheureusement pas fait lors de la campagne présidentielle 2007, alors que déjà, le bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur était un échec camouflé par des coups médiatiques et des chiffres Bauerisés.
Cette fois, il conviendrait que la gauche appuie là où ça fait mal. Tant c’est un boulevard. Qu’il ne faudrait pas laisser au Front National [4]
Il est urgent que la gauche, outre la critique, le constat, fasse des propositions concrètes, chiffrées. Qu’elle nous décrive ce que sera sa politique de la ville, en formant le vœu qu’elle saura se montrer ambitieuse, ferme et généreuse.
Or donc, en s’attaquant prioritairement aux sources des maux, et non uniquement à leurs conséquences.
[1] « Si je suis élu je mettrai en œuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu'aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. » [Nicolas Sarkozy – 18 mars 2007 – Discours du Zénith]
La candidat Sarkozy promettra à nouveau un Plan Marshall pour les banlieues, le 2 avril 2007, à l’occasion d’une conférence de presse sur son projet présidentiel, puis le 13 avril 2007, à Meaux, où il interpellait Yves Jégo :
« Cher Yves Jégo, je ne veux plus une politique de la ville, je veux un plan Marshall pour les banlieues. Un plan Marshall qui s'adresse à tous ceux qui veulent créer de la richesse et des emplois, à tous ceux qui veulent bénéficier d'une formation pour trouver du travail. Parce que le plan Marshall que je propose ne concernera pas seulement les immeubles et les murs, mais aussi et surtout les hommes et les femmes de bonne volonté. »
[2] En réalité, le Plan Marshall promis fut soldé en février 2008. Soit : avant la crise.
[3] « Plus que jamais, la police de proximité fait défaut. Contrairement à ce qui est plaidé, préconisé, annoncé, vidéosurveillance, drones (!), etc, plus la situation s’envenime et plus une police de proximité serait nécessaire. Ou plus exactement l’état d’esprit qui animait cette orientation. La police, c’est par définition de la proximité. Dès lors qu’on fait une partition des missions policières, c’est de la politique.
Et c’est en partie pour cela que les relations police/population n’ont cessé de se dégrader.
La police se trouve au cœur de la réalité des effets de la férocité sociale, économique, et la délinquance. Même s’il se trouve aujourd’hui des idéologues pour affirmer qu’il n’y a pas de lien entre la délinquance et la précarité… » [Bénédicte Desforges – 13 décembre 2010]
[4] Lors des dernières cantonales (mars 2011) on a pu observer une poussée du FN dans les banlieues.
Concernant Sevran, le candidat frontiste se classa second au premier tour avec 22,92% des suffrages exprimés (abstention : 70,19%).
Il devançait les candidats du PCF (22,15%) et de l'UMP (12,38%).
20:08 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (47) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sevran, stéphane gatignon, seine-saint-denis, banlieues, quartiers populaires, police de proximité, bilan de nicolas sarkozy, plan marshall, politique de la ville, précarité, délinquance, front national |
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14 mai 2011
Un Politique Doit-Il Dire Tout Haut Ce Que Certains Français Pensent Tout Bas ?
C’est une professionnelle. De l’argent, des placements. Ce monde que je connais mal, elle parvient à m’y faire entrer. C’est extraordinaire, je pige tout. Bref… Et puis, voilà qu’elle évoque la « sortie de crise ». Et je sors du rôle que je devais tenir [1]. En l’occurrence, je lui demande à qui elle pense quand elle parle de « sortie de crise ». Précisant que pour le citoyen de tous les jours, ça n’est pas très concret, cette « sortie de crise ». Elle rebondit. Reconnaît que ladite « sortie » concerne, en premier lieu et avant tout, les grandes entreprises françaises et… les banques. Puis ajoute : « Vous savez, il y a toujours eu de la misère. Et il y aura toujours des gens qui resteront sur le bord de la route. On n’y peut rien… ».
Or donc, voilà, j’avais ma réponse. La « sortie de crise » ne concerne, peu ou prou, que les plus fortunés. Et les forces vives de la nation. C’est le re-moment de boursicoter, toi qu’à un peu d’artiches de côté, de pépettes placées sur un PEA. Je t’assure… Pour les autres, la grande majorité, fins de mois ric-rac, revenus à peine médians, ou plus problématique, chômeurs, bénéficiaires du RSA, etc., faut s’accrocher. Mais à qui ?… Sûrement pas à Laurent Wauquiez.
Je sais, il s’est fait recadrer, le député-maire-ministre, à deux doigts de se faire « virer »... Mais, dès le lendemain, jeudi, dans le quotidien Le Progrès, il en remettait une louchée. Se justifiait : « J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ». Phrase faisant écho à celle prononcée par Michèle Alliot-Marie : « Ce que dit Laurent, c’est ce que disent nos électeurs » [Le Canard Enchaîné n° 4724 – 11 mai 2011].
Voilà qu’est fort intéressant. Et, en même temps, assez terrifiant.
Terrifiant, tant ce genre de saillie dévalue le politique. Et sa fonction.
Terrifiant, car Laurent Wauquiez qui est tout, sauf un crétin [2], sait pertinemment que nous – les classes moyennes et en deçà – ne sommes pas sortis de la crise (hormis, donc, les grandes entreprises et les banques, dixit la « professionnelle ») et que si « la France a mieux résisté [à la crise] que ses voisins [Européens] » ainsi qu’on nous l’a seriné, c’est en grande partie dû à notre système de protection sociale. Unique au monde.
Les « Français » et autres « électeurs » conspuant, vilipendant, ou se plaignant « tout bas » de ce « bouclier social » ne se rendent pas compte à quel point il nous a protégés. Que s’il n’existait pas, ce serait des milliers et des milliers (des millions, en fait) de citoyens qui se retrouveraient, aujourd’hui, non pas « au bord de la route » mais carrément « hors de la société », dans la misère la plus totale.
Dois-je rappeler ce que disait Nicolas Sarkozy le jeudi 25 septembre 2008 à Toulon ? [3]
Un discours, nonobstant, salué aussi bien à droite qu’à gauche…
Oh bien sûr, de ce discours, il ne reste plus grand-chose. Dans les faits. La moralisation du capitalisme a échoué – mais était-elle vraiment voulue, je veux dire mue par une volonté véritable ?
Nous savons très bien quels sont ceux qui sont sortis « plus forts » de la crise qu’ils n’y sont entrés. Si tant est qu’ils y sont entrés un jour… Vu que tout a été fait pour les « sauver ».
Seulement voilà, une élection se radine. Une majeure, puisque présidentielle. Pour le « sortant », et son parti, elle s’annonce mal. Les sondages sont mauvais, la côte de popularité est dramatiquement basse et les résultats en matière de pouvoir d’achat, de salaires et d’emplois sont calamiteux. Qui plus est, le Front National est de retour. Il capitalise, lui. Sur la misère. Le désarroi. Comme toujours... Car n’est-ce pas le Front National qui, depuis toujours, se vante de « dire tout haut ce que les français pensent tout bas » ?... « Dire », oui, mais sans jamais rien proposer. Sinon, un suicide économique et social.
D’aucuns diront : « Mais, c’est ça la démocratie ! C’est entendre le peuple ! »
L’entendre oui, mais de là à l’écouter, y’a une marge…
Et c’est justement cette marge qu’est garante et de la démocratie et de la République. A condition que le politique – le garant ultime – la respecte. Scrupuleusement… Vous souvenez-vous, d’avoir jamais entendu un de Gaulle ou un Mitterrand « dire tout haut ce que certains français pensent tout bas ». Non ?... Alors posez-vous la question du pourquoi ?... Ces hommes-là avaient une haute estime de la fonction (du politique), de la démocratie et de la République. Quoiqu’on en dise... Ils savaient les limites, le danger, la chienlit.
La fonction première d’un politique n’est pas de relayer, approuver et/ou réaliser « les fantasmes des citoyens ».
Il ne doit, en aucun cas – puisque l’on parle de devoir – se faire le porte-parole des ressentiments, des rancœurs, des aigreurs, des mesquineries, des étroitesses d’esprits... La seule (mauvaise) raison qui pourrait le pousser à le faire est la peur. De perdre… Un poste ministériel. Un mandat (de député)… De voir, son parti exploser… Oh ! ils ont beau nous dire qu’à un an des élections, les sondages se sont toujours trompés, ils fouettent, c’est évident, et copieux... La question – elle est aigüe, essentielle – est de savoir, avec cette peur chevillée au corps, jusqu’à quel point ils iront. Jusqu’où ils se renieront. Car, et de quelque bord que l’on soit, les œillères toujours il faut ôter, et convenir, être conscient, que cette droite dite traditionnelle, a des valeurs (sociales, économiques, etc.)... Qu’en restera-t-il si elle se laisse, ainsi, de Guéant à Wauquiez, gagner par la peur ?
Dans une démocratie véritable, une République « irréprochable », un homme politique ne peut pas se laisser aller à « dire tout haut ce que ses électeurs pensent tout bas ». Sinon, il liquide la politique. La démocratie. La République.
Il doit au contraire – c’est un impératif – faire preuve de courage, de pédagogie, et oser dire la vérité.
Or la vérité ne sort pas, jamais, de la rancœur, de la jalousie ou de l’aigreur.
La vérité, c’est que la crise a touché, avant tout, les plus « vulnérables » [3]… C’est intéressant, d’ailleurs, de constater que ceusses qu’en causent n’ont jamais connu la précarité. La vraie. La solitude. Totale…
Il faut savoir une chose simple : si vous n’êtes pas bien entouré (famille, amis, etc.) vous sombrez ! Et gravement. Personne ne vous aidera. Sachez-le… Et surtout pas ceux qui « pensent tout bas »… Nous ne vivons pas dans un monde qui prend le temps des autres (pas même sur Internet). Mais dans un monde (ultra) compétitif… L’égalité des chances, c’est de la foutaise. Un slogan. Et ce monde-là, nous l’approuvons ! C’est un fait. Sinon, nous nous révolterions.
Ce que je veux dire, c’est que, si nous l’approuvons – même tacitement – nous devons en accepter le prix... Et quel est ce prix ? Sa nature ? Eh bien, elle est collatérale et humaine... Il est évident que dans un tel monde, ceux qui « resteront sur le bord de la route » seront moult.
Voilà le prix de ce monde. Le prix à payer. Sans barguigner.
Et voilà pourquoi accuser le pauvre, le laissé pour compte, le décroché, de nos maux sociaux-économiques, est une immense saloperie.
Est-ce le pauvre, première victime de la « crise », qui gonfle la dette ?
Est-ce lui qui met en péril notre économie ?
Ou est-ce quelqu’un(s) d’autre(s) que – pour être bien clair – nous n’avons pas le courage de frontalement accuser, jusqu'à terme ?
Est-ce un(e) bénéficiaire du RSA et de quelques minima sociaux qu’est responsable du mal-être d’une société ?
Est-ce lui qui menace notre sécurité ?
Ou celui qui joue avec notre fric et par milliards au carré ?... A ce dernier, on ne s’attaque pas, parce que sans lui, plus de crédit, plus de maison, plus de petit confort, étroit, le confort, mesquin, mais confort quand même, n’est-ce pas ?… Le pauvre, citoyen sous perfusions, lui, il nous encombre, tant il est un témoin gênant de notre lâcheté. Pas vrai ?
Ah, c’est formidable ! Suite à « une crise sans précédent » il était question de moraliser le capitalisme, et puis, élection majeure se profilant, et certains – nombreux, faut croire, pactole électoral – « pensant tout bas », on va, finalement, chasser le gueux. C’est plus simple…
Un paradis fiscal, tu peux toujours t’accrocher, tu l’auras pas comme ça, d’autant plus qu’il t’est utile ; mais un pauvre, ça sert à quoi ? N’est-ce pas plutôt un « cancer » qu’il faudrait éradiquer ?... Et si je disais, moi, qu’un paradis fiscal, un parachute doré, un bonus indécent, c’était de l’ordre de l’Ebola ? La cause de tous les maux. Premiers responsables des laissés sur « le bord de la route »… « On n’y peut rien ! » disait la professionnelle. Mais, « on n’y peut rien » parce qu’on ne fait « rien ». Enfin, si… On chasse le gueux. C’est moins compliqué. Et ça fait jouir les crétins. Les mesquins. Les lâches... Et comme ils sont nombreux, hein, M. Wauquiez ?
Ah c’est pas le courage qui nous étouffe ! Ça non ! C’est la médiocrité. La saloperie. La bassesse. Et de voir des politiques, des élites de la Nation [2], s’en faire l’écho, c’est au-delà de la démission. C’est sans nom.
Non, le peuple qui « pense tout bas » n’est pas une référence. Il n’a aucune compétence. En rien. Il est ignorance.
Il n’est que ressentiments et crasse d’esprit. Un aviné, un parasite, si on l’écoute et le relaie. Un véritable ennemi de la démocratie et de la République. Un sale type. A qui, l’on ne souhaite même pas d’être pauvre, nu, et rongé par la honte... De toutes les façons, c’est impossible. La honte, il ne connaît pas. Puisqu’il ne sait même pas ce que c’est. Ce qu’elle signifie.
Ce qui n’est pas le cas de Wauquiez... Lui, au moins, a idée de ce que c’est. Sinon, il ne se serait jamais justifié ainsi :
« J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ».
Une phrase qui pue la honte ; itou une phrase terrible, tant elle est la négation du politique, d’un parcours, de valeurs (républicaines et démocratiques), mais aussi le summum du pathétique.
Or donc, voilà !... « Dire tout haut ce que certains français pensent tout bas », nonobstant le fait que c’est une démission du politique, c’est vertigineusement pathétique.
[1] Actuellement au chômage, je prends ce qui vient. Des « petits boulots » à la pelle. Là, pour 13€ TTC je testais une banque. Une de prestige. Avec un scénario très précis, borduré copieux. Bref, je n’étais pas là pour faire la causette, parler crise ou « sortie de crise »…
[2] Beau parcours que celui de Wauquiez. Brillant même. Louis-le-Grand, Henri IV, Ecole Normale Supérieure d’où il sort major (via une agrégation d’histoire), Institut d’Etudes Politiques ensuite, puis Ecole Normale d’Administration dont il sortira premier de sa promotion.
Bref, il représente clairement l’élite de ce pays. Il est donc passablement consternant de l’entendre tenir des propos assez indignes, indigents, carrément populistes. Ça relève de l’insulte à sa propre intelligence (et à la nôtre). Nous ne sommes pas loin de la honte totale et d’un déni, j’entends par déni, celles des valeurs qui l’animaient, et ce en quoi il croit.
[3] « Il faut bien sûr d’abord penser aux plus vulnérables dont la vie devient trop dure et qui souffrent. C’est dans les moments de crise que la solidarité avec ceux qui sont en difficulté doit être la plus forte. C’est la raison pour laquelle, j’ai pris la décision de créer le RSA, d’augmenter le minimum vieillesse, les pensions de réversion les plus modestes et pour les titulaires de minima sociaux (…] J’assume donc la décision de financer le RSA en taxant légèrement les revenus financiers qui depuis des années augmentent plus vite que les revenus du travail. C’est une décision juste et raisonnable » [Nicolas Sarkozy – Discours de Toulon – Jeudi 25 septembre 2008]
02:07 Écrit par Philippe Sage dans Crise Financière, Je M'Excuse Mais Merde !, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (36) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent wauquiez, rsa, minima sociaux, cancer de la société, sortie de crise, observatoire des inégalités, dire tout haut, penser tout bas, populisme, moralisation du capitalisme, précarité, grande pauvreté, présidentielle 2002 |
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30 avril 2011
Entrée Dans La Précarité
Ce qui marque, durement, ce sont les visages. Cette fatigue, et tant d’autres choses, comme le poids, celui du temps qui passe et passe, et rien qui vient... Je me demande s’il en est de même pour moi. Je veux dire : est-ce qu’elle est pareille qu’eux, ma gueule ; aussi ravagée. Au bout de dix-huit mois… Comment savoir ?... Je la connais ma sale tronche, je me la fade tous les jours…
Je pourrais, je crois, décrire le parcours de ceux qui m’entourent. A l’œil nu, ça se devine, ces choses-là. Comme cette femme d’un âge certain, juste devant moi, par exemple. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C’est – c’était, plutôt – une professionnelle. De l’édition... Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Dans cette sélection…
J’en vois deux ou trois autres qu’ont le même profil ou approchant… Ce qui les unit et les trahit ce sont leurs regards. Y’a de la résignation. Entre autres… Sinon, un peu de tout : jeunes, moins jeunes, égarés, silencieux, anxieux ; la routine, quoi.
En face de nous, un trio. Un tableau. Et des marqueurs de toutes les couleurs.
On s’enquiert du fait de savoir si tout le monde est là. Apparemment, il manque quelqu’un… Il ne viendra pas. Tant pis… L’exposé commence.
Ce qui est assez désagréable, pour dire franchement les choses, c’est le ton sur lequel on s’adresse à nous. Oh, il n’est pas méprisant, non, du tout même, mais pourquoi nous parler comme si nous étions alités, malades ou je-ne-sais-quoi ? C’est peut-être nos gueules, me dis-je, cette lassitude qui se lit, trop bien.
Bref…
On nous explique en quoi ça consiste, ce « travail ». On nous le vend. Puis, on nous demande s’il y a des questions.
Il y en a.
- Est-il possible de faire plus de 20 heures par semaine ?
La réponse est non… Les visages se ferment. Déjà qu’ils n’étaient pas brillants…
La femme, celle qu’a dû marner dans l’édition pendant des années, elle insiste. Vu le tarif (entre 11 et 13€ de l’heure, et c’est du brut !) je comprends. Suffit de multiplier par vingt et les comptes sont vite faits. Le quotidien, avec ça, tu l’assures pas. D’autant plus que rien ne dit que tu les feras, les vingt heures. Vu que c'est un plafond.
C’est typiquement ce qu’on appelle un « job d’appoint ». Mais qui te prend du temps, ça, je peux en témoigner… L’heure, c’est juste un repère. C’est pour entrer dans les critères. De Pôle Emploi. En vérité, t’es payé au contrat [1]. Et c’est le contrat qui vaut entre 11 et 13€ [2]. Ce qui signifie que tu peux en décrocher - maximum - 80 au mois (mais ça n'arrive jamais), plus de 800 sur une année. C’est légal, paraît-il...
On a tous accepté. Pas le choix. Quand faut croûter…
Des sélections, comme celle-ci, j’en ai fait d’autres. Et c’était le même type de contrats. Les mêmes tarifs. Les mêmes candidats. Demandeurs d’emploi depuis lustres. Qu’acceptent le « job ».
Qui s’assoient surtout. Sur leurs expériences, leurs compétences, leurs acquis, et bien sûr, sur toute prétention salariale.
Tous, nous savons que ça ne nous mènera nulle part. Mais c’est tout ce qu’il y a.
Oh ! bien sûr, si Pôle Emploi proposait des formations, de celles qui permettent, ciblées, de vous diversifier, vous améliorer en tel domaine, compléter un parcours, l’enrichir, ça se passerait différemment. Du moins, faut-il l’espérer… Mais Pôle Emploi n’en propose pas. Pourtant sur les dépliants, très chouettes, en couleur, il est bien écrit que Pôle Emploi mobilisera « tous les moyens nécessaires pour faciliter votre insertion professionnelle (formations, aides à la mobilité..) ».
Mais peut-être que c’est réservé aux plus jeunes. Ceux qu’ont un avenir.
Passés quarante ans, tu « poses problème ». Visiblement... Même pour un simple bilan de compétences.
C’est pas pour verser dans le « c’était mieux avant ! » mais du temps de l’ANPE, des formations, on vous en proposait. Assez rapidement. C’est vrai, aussi, que l’âge n’était pas le même. Le parcours moins lourd. Le visage plus avenant. Plus avenant parce que, quand tu perds ton travail à 25 ou 30 ans, même 35, tu te dis que tu peux rebondir. Vu le temps. Celui qui reste. Mais après quarante ou cinquante ans, le temps qui reste devient comme un handicap. Voire : un inaccessible.
Or donc : et alors ?
Alors, quand je lis dans le Figaro, Xavier Bertrand asséner qu’il « préfère qu’un demandeur d’emploi reprenne une activité réduite que pas d’activité du tout » parce que, ajoute-t-il, « à la fin du mois, une fiche de paie vaut toujours mieux qu’une allocation » je me demande dans quel monde vit-il.
Vous voulez les voir, mes fiches de paie, M. Bertrand ?
2.75€, 13.75€, 27.50€, 56€, 72€, 102€, 129.25€ – et, tadaaaaam ! – 657.25€.
Faut-il préciser que, lorsque vous reprenez « une activité réduite », comme le dit si joliment M. Bertrand, vous sortez des chiffres du chômage (tout en restant inscrit). Plus précisément vous ne faites plus partie de la fameuse catégorie A… Bref, vous contribuez à faire baisser le taux de chômage en France (à ce compte-là, vous pouvez annoncer, fiérot, qu’il sera de 9%, en Métropole, à la fin de l’année).
On comprend mieux, dès lors, que M. Bertrand nous pousse à « l’activité réduite », même si elle ne vaut – pour ce mois-ci – que 56€ bruts.
Nonobstant, je ne suis pas certain que cela constitue un progrès social. Ni humain... Une bonne nouvelle, quoi !
Je précise, en outre, que je ne suis pas attentiste ; je veux dire que, comme au temps de l’ANPE, je ne me repose pas sur Pôle Emploi. Quand bien même M. Sarkozy et Mme Lagarde nous auraient vanté que ce serait, Pôle Emploi, une véritable révolution. Qu’on allait voir ce qu’on allait voir !
Moi ce que j’ai vu, et assez vite, c’est que les conseillers Pôle Emploi n’étaient pas assez nombreux pour remplir leur mission. Et, sans doute, que le budget alloué n’était pas à la hauteur du « projet » (sinon, des formations, on nous en proposerait).
J’ajoute que, quand j’entends parler à tire-larigot de « sortie de crise », je me demande qui ça concerne, hormis les entreprises du CAC et la Bourse en général... Pour nous, les demandeurs d’emploi, la « sortie de crise » c’est l’ « entrée dans la précarité ». Ce sont des petits contrats à la journée, à la semaine, payés une misère. La crise est passée par là, doit y avoir un rapport, je présume...
Bien évidemment, je passerai sous silence les récentes saillies de M. Sarkozy sur les « chômeurs ». Si ça n’est pas de l’indécence, je ne sais pas ce que c’est. Mais tout de même, faudrait songer à arrêter de nous traiter comme des « assistés », des « profiteurs » ou – comme décrit plus haut – comme des « alités ». Et, si ça existe, je veux dire « les profiteurs », ils ne feront JAMAIS une majorité. Parce que l’immense majorité, elle se bat. Elle accepte tout. Déclassement compris. Et TTC.
Notre fierté, notre dignité, nos prétentions diverses et variées, on les oublie. Pas sûr que ceux qui nous emploient en soient bien conscients. Encore moins ceux qui nous gouvernent. Eux, qui jamais n’ont connu la précarité. Pas plus que la crise... Mais ce qui est sûr, c’est que leur rutilant : « Nous sortirons de la crise plus forts que nous y sommes entrés » c’était des conneries ! Un slogan (publicitaire) de plus.
La vérité est autre. Et elle se voit à l’œil nu. Mais qui s’en soucie, puisque le chômage baisse pour le troisième mois consécutif ?
Au moins, ayez l’élégance de nous remercier, parce que sans nous, les précaires, il ne baisserait sûrement pas.
[1] Les contrats en question sont des Contrats à Durée Déterminée d’Usage. Le pire du CDD !
[2] Encore que !... Vous signez pour un contrat de 11€. Mais il dépend du temps estimé par l’employeur pour le réaliser.
Si le temps estimé est d’une heure, vous touchez effectivement 11€ bruts.
Mais si – et c’est du vécu ! – le temps est estimé à un ¼ d’heure, vous ne palperez que 2.75€ bruts.
Cependant – ô joie ! – si vous devez vous déplacer pour exécuter ledit contrat, vos frais de transport vous seront remboursés. Encore heureux ! Sinon, vous perdriez de l’argent (vu le prix d’un ticket de métro ou de RER aller-retour, c’est vite vu !).
17:31 Écrit par Philippe Sage dans Ma Vie Au Pôle Emploi | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pôle emploi, précarité, activité réduite, contrats à la journée, contrats d'usage, cddu, chômeurs de catégorie a, chiffres du chômage, baisse du chômage, politique de l'emploi, sortie de crise, déclassement, job d'appoint |
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13 février 2010
Et Si C’Etait La Guerre Qui Nous Pendait Au Nez …
Or donc la Grèce. Faillite. Panique ! Après l’Islande, ô Reykjavik que tout le monde a déjà oublié ! Et demain, qui d’autres ? L’Espagne ? Le Portugal ? Le Luxembourg ? Non, j’déconne, pas le Luxembourg, c’est là qu’elles sont, les thunes.
Ohé du bateau, où qu’elle est l’Europe, la politique, et le monde, FMI et tutti quanti ! Pourquoi diantre, je songe ainsi à Attali ? Le Jacques-qu’a-dit :
“C’est soit l’inflation, soit la guerre !”.
Pourquoi, aujourd’hui, triste, désolé, citoyen perdu, dépassé, je ne vois comme avenir, que la guerre ?
Or donc, ils défilèrent, les fonctionnaires grecs. En nombre et en colère. Quoi ? Alors comme ça, c’est eux, n’est-ce pas, qu’allaient devoir faire des sacrifices ? Eux qu’allaient devoir se serrer la ceinture ? Mais pourquoi nous, demandaient-ils ? Sommes-nous les responsables de cette bérézina, de cette déroute ? Mais bon sang, ce n’est pas à nous de payer ! Vous entendez ? Pas à nous !
Oui, je sais, on le connaît ce refrain. On les a vus, ces mêmes cortèges, ici, en France, et ailleurs. Et toujours la même question :
“Pourquoi nous ? Hein ? Pourquoi ce serait à nous de payer ?”.
L’âge de la retraite, à reculer. Le dimanche, sacrifié. Travailler, travailler .. Eponger, oui ! Ecoper, souquer, marner, turbiner encore, et toujours, et pour quoi ? Pour qui ? Qui osera leur dire que leurs interrogations ne sont pas légitimes ? Qui osera leur dire qu’ils n’ont pas raison ? Jusqu’où ira le cynisme ? Combien de temps encore, eux, nous, et tous les autres, supporteront de payer, de leur sueur, de leur temps, de leur vie, pour les erreurs, les errements, les dérives, dont ils ne sont en rien, ou si peu, responsables ? Il est où, il est quand, le point de rupture ? Celui de non-retour ? Combien de licenciements, de mises au banc de la société, de vies brisées, faudra-t-il encore souffrir au nom du “vivre ensemble”, de la solidarité (nationale), au nom d’un système qui nous broie, nous enchaîne, jamais ne nous considère, jamais ne nous élève ? Est-ce du populisme, ou que sais-je encore, que de l’écrire ? Est-ce simpliste, démagogique, boboïsant ? Ou vulgaire ?
Ce le serait, si je désignais, comme ça, en pâture, quelques traders. Non ?
L’affaire est bien plus complexe, bulles récurrentes, éclatantes, bombes économiques qui balaient, soufflent, quantité de salariés, lentement, infernal jeu de dominos, comme un virus qui se répand, patiemment, et détruit, détruit, détruit .. Quant à ceux qui restent ? … Ah, eh bien ceux-là, on leur demande d’être raisonnables, compréhensifs, d’en mettre un coup, allez quoi, les coudes il faut se serrer, ensemble, et de la crise, plus forts, nous sortirons ! Vous verrez ! Vous en serez “récompensés” ! … Comment … ? … Qu’est-ce que tu dis … ? Tu as parlé de : récompense ?
Suis-je donc un chien ? … C’est ça ? … Ou un enfant, attardé, pour que tu t’adresses à moi en ces termes ?
Je ne travaille pas pour être récompensé, Monsieur, je travaille pour vivre, je fais de mon mieux, je voudrais être heureux, je suis prêt à bien des sacrifices pour cela, ah oui, mais, et quand bien même cela pourrait-il te paraître désuet, ou comme un concept dépassé, je tiens plus que tout à ma dignité !
Travailler ne me fait pas peur, je ne veux pas, simplement, travailler la tête baissée. Je ne veux pas payer des pots que je n’ai jamais cassés ! Pourquoi moi ? Pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait ? Ou pas fait ? Avons-nous compté nos heures, y compris les supplémentaires ? Ne nous sommes-nous pas levés, chaque matin, courant à droite, à gauche, ici, ou là, écoles, crèches, et vite un train, un bus, une auto, les bouchons, que de bouchons, pour honorer notre contrat ? Que fallait-il faire de plus ? Bosser les jours fériés ? Etre plus variable d’ajustement que nous le sommes devenus ? Accepter une baisse de salaire ? Mais va donc te faire voir chez les Grecs, Monsieur, et là, oui, pour le coup, je donne dans la vulgarité !
Il est un fait, c’est pas moi qui l’invente, crise ou pas crise, c’est toujours à nous qu’on demande des efforts, du temps, des sacrifices. Mais, cette fois, ô nouveauté, l’on nous assure que ça ne nous coûtera pas un centime ! Promis ! Juré ! … Ah oui ? … Serais-tu donc magicien, Monsieur ? Ou thaumaturge ? Ou juste, un fieffé menteur ?
L’argent, il circule, on le sait, mais il prend le périphérique. Nous, on en voit pas la couleur. Nous, on nous y fait miroiter de l’Euromillion. De la loterie. Attrape-gogos, impôts déguisés, pièges à pauvres de nous. Et rien d’autres.
La vérité, c’est qu’elle ne cesse de s’abattre, petit à petit, sur les petits, la crise. Elle creuse, toujours, et encore, les inégalités. Elle (nous) divise. Tant elle fait peur. Tant on veut pas la choper ! Préserver ce qu’il nous reste. Un travail, une famille, des amis. Recroquevillés, que nous sommes, honteux, affreusement égoïstes. Désolés de l’être.
La crise appauvrit, précarise comme on dit, et c’est là, le danger. Les délaissés, les oubliés, les abandonnés, de plus en plus nombreux, bientôt (déjà ?) majoritaires, on le sait bien (et je ne parle même pas des émeutiers de la faim, des futurs réfugiés climatiques, etc.) perdu pour perdu, finissent un jour, c’est certain, par se tourner vers qui leur promet une revanche, et peu leur importent alors sa couleur, brune, rouge, orange ou religieuse. Le malheur est fédérateur, aveugle et sourd. Mais à qui la faute ? Hein ? Qui en portera la responsabilité ?
Oui, ça pue la guerre. Civile, sociale, mondiale. Elle est de plus en plus inévitable. Cette façon, nauséabonde, de désigner des boucs-émissaires, et non les coupables de notre malheur, est un signe avant-coureur.
Cette impuissance européenne. Cette inquiétude américaine. Cette paranoïa mondiale. Ce tout-sécuritaire. Tout est là. Tout est réuni. Tout est prêt. Et la Chine triomphante. En surface.
Le monde s’écroule, je veux dire : le capitaliste sauvage, le libéral effréné, l’immoralisable, car il est bien tard, trop tard, de vouloir, ou de faire mine de vouloir, le moraliser. Les dégâts sont innombrables. Pas réparables. Pourtant, c’est vers nous qu’on se tourne, une fois de plus, et allez ! Courage ! Mettez-y un coup ! Un coup de plus ! Récompense ! Récompense ! Nib, oui ! C’est foutu ! La maison brûle ! Islande, Grèce, Espagne, Portugal. Et l’Afrique ! Et tant d’autres ! Haïti ! Ils sont trop nombreux ! Trop ! Ça déborde. La misère. Le fossé. C’est pas à nous de payer. Non ! Vous vous trompez ! Une fois encore. Une fois de trop. Ça me fait mal, de l’écrire, de le dire. J’en ai froid dans le dos. Mais je ne vois pas d’autre issue que celle-ci, non, je ne vois pas comment elle pourrait être évitée, et qui voudrait ou pourrait l’éviter.
Non, je ne vois rien d’autre que la guerre. Oui, elle nous pend au nez. Comme jamais.
19:17 Écrit par Philippe Sage dans Anticipation, Crise Financière, La Tristesse | Lien permanent | Commentaires (112) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise economique mondiale, précarité, pauvreté, observatoire des inégalités, c'est pas à nous de payer, boucs-émissaires de la crise, l'inflation ou la guerre, ça pue la guerre, moralisation du capitalisme |
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