16 mai 2009
Manifeste Pour La Dissolution Des Enfoirés
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“On nous avait dit c’est pour un soir/On est encore là 20 ans plus tard/Ici, les Enfoirés/Rejoins notre armée.” [1]
Eh bien non.
Ne rejoins pas cette armée.
Déserte-là !
Et j’irai même plus loin : j’appelle à la dissolution des Enfoirés. Mais pas qu’eux. A la dissolution pure et simple de toutes les associations à but caritatif.
Et je m’en explique.
En 1985, année de création des "Restos du Coeur", il y a officiellement 600 000 personnes qui n’ont rien à bouffer. C’est ce que nous dit Coluche. Et il ajoute que, quand on demande au politique ce qu’il compte faire pour remedier à "ce problème", le politique répond qu’il ne sait pas. “Nous on sait, et on le fait !” assène-t-il.
Bien.
Voilà, se dit-on, un acte citoyen. Une bien belle action.
Nonobstant, Coluche pallie, par ses "Restos", les insuffisances des pouvoir publics, du politique lui avouant ne pas savoir comment faire pour combattre la pauvreté mais qui valide, chaque jour, une économie de marché, brutale, accepte l’idée (terrifiante) que cette économie-là fasse des victimes. Et de plus en plus.
Ce même politique qui, cynique, le moment des élections venu, vient nous dire, solennel, la main sur le cœur, qu’il n’est pas tolérable, dans un pays de droits comme la France, que nous abandonnions certains de nos concitoyens sur le bord du chemin. Qui en appelle à notre générosité. A dépasser les égoïsmes. Les nôtres, bien sûr. Jamais les siens. Et il nous présente ça sous forme de formules ou de slogans de campagne ("La fracture sociale" - Chirac en 1995) de promesses (“Zéro SDF en 2007” – Jospin en mars 2002 ; «Je veux si je suis élu président de la République que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid» – Sarkozy le 19 décembre 2006 qui, d’une certaine façon, tient parole puisqu’il envoie les CRS déloger les sans-logis de la rue …) ou de lois (Le Droit Au LOgement dit DALO, par exemple) qui ne s’appliquent pas, ou tellement peu qu’elles ne servent pas à grand chose.
Et alors ?
Et alors, rien !
Et pourquoi ?
Parce que justement le politique s’appuie, sans le dire, sur les associations caritatives qui lui assurent, au fond, l’essentiel : la paix sociale. Il lui fournit même des structures, au niveau local, pour qu’elles (les associations et la paix sociale) perdurent.
Il serait intéressant de les dénombrer. Nous nous rendrions compte, qu’en trente ans, ces associations ont pullulé. Grâce, en partie, aux pouvoirs publics, bien heureux de leur existence, vu qu’elles se substituent à leur relative impuissance.
Intéressant aussi, de les entendre ensuite nous dire, ces politiques, qu’il faut en finir avec .. l’assistanat ! Alors qu’ils ne le souhaitent pas. Et toujours pour la même raison : la garantie d’une paix sociale.
Mais à quel prix, cette paix sociale ?
Ils étaient 600 000 à n’avoir rien à bouffer en 1985, ils sont combien aujourd’hui ?
2 ?
3 ?
4 fois plus ?
Si l’on en croit le rapport de l’INSEE publié en début de cette semaine, il y aurait 8 millions de personnes qui vivraient en dessous du seuil de pauvreté en France (2006).
Soit un million de plus qu’en 2004.
Voilà le prix.
Il est insupportable.
Mais visiblement, nous l’acceptons.
Nous acceptons l’inacceptable.
Eh bien, je dis moi, qu’est venu le temps de refuser.
Et ce refus passe par la dissolution des associations à but caritatif. A commencer par les "Restos Du Coeur", qui, hormis le fait que ce soit devenu (très vite) un barnum et un show médiatique épouvantable, quand ce n’est pas une promo déguisée pour les artistes qui y participent, constituent, en réalité, un cache-misère [2]. Or, il ne faut plus la cacher. Il faut absolument que nous la voyons, que nous la sentions. Il faut qu’elle soit à nos portes, la misère. Vivante, réelle, palpable.
C’est le seul moyen pour qu’enfin il y ait une vraie prise de conscience et un changement de politique.
Une politique responsable, soucieuse de TOUS ses citoyens.
Tant qu’il y aura des associations qui pallieront à son insuffisance, il n’y aura aucun changement de cap.
Certains me diront que je prône là, le Grand Soir (que ne promettaient pas Coluche & Ses Enfoirés : “On ne vous promet pas le Grand Soir, mais juste à manger et à boire !”) ou le Chaos.
Non.
Je ne fais juste que répondre à la question posée par les (nouveaux) Enfoirés : “Et si tu trouves un jour la solution, on fêtera tous notre dissolution !”
Eh bien la solution c’est que désormais les politiques, à qui vous avez - indirectement - servi la soupe pendant 20 ans, assument leur choix, celui par exemple de l’économie de marché de type débridée, en tirent les conséquences et fassent leur boulot.
Et la seule façon d’y parvenir, c’est par la dissolution des "Restos", des Enfants de Don Quichotte, de toutes ces associations qui croyant bien faire, entretiennent paradoxalement la pauvreté (qui d’ailleurs grandit) et l’inertie des politiques.
Autrement dit : Laissez les pauvres prendre leur destin en main ! Et Basta !
[1] Extraits de ”Ici Les Enfoirés” reprise du “In The Army Now” du groupe Status Quo (elle-même reprise d’un obscur titre néerlandais). C’est parfait ! Car par ce billet, je déclare qu’il est grand temps d’y mettre fin. Au statu quo.
[2] “Parfois je me demande à quoi ça sert !” Chante Zazie dans cet “Ici, Les Enfoirés.” .. Réponse : à cacher la misère qui grandit.
Ajout du Lundi 18 Mai : On commente aussi ce billet sur Agoravox !
18:12 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Politiquement Très Incorrect | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les enfoirés ça suffit ! pour la fin des restos du coeur, a quoi servent les restos du coeur?, 8 millions de pauvres en france, pour la dissolution des enfoirés |
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