08 septembre 2010
1 à 3 Millions Et Puis … S’En Vont !
Voilà, c’est fait. Ils ont défilé. Et puis après ? Rien ! Ou presque. Ça hésite copieux chez les « camarades » de l’intersyndicale ; peut-être bien le 15, on verra, ou alors le 18, tiens ! c’est-y pas chouette le 18 ? Ça tombe un samedi, en plus ! Hein François ? T’en penses quoi ? Ce serait familial, on ferait péter les merguez, les moutards y seraient bien contents ? Non ?
Ah, quelle misère ! Les grèves .. Pardon .. Les manifs ! c’est plus ce que c’était. Z’ont beau s’moquer, charrier le Sarko en lui ressortant, à chaque coup, sa fanfaronnade : « Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ! » [*] y se trouve qu’il avait raison, notre camelot de président. Et sais-tu pourquoi ? Parce qu’avec le « service minimum » ta grève, elle vaut zéro. C’est juste de la promenade, un défilé de majorettes, c’est pisser dans un violon.
Qu’est-ce que tu veux qu’il cède et sur quoi, ce gouvernement, puisque la France, elle roule, elle SNCF, elle usine, comme si de rien n’était ?
Quand on pense que 6 français sur 10, à en croire un sondage, soutenaient cette journée dite « d’action » du 7 septembre, c’est à pleurer !
Alors ainsi, « camarade » tu crois vraiment qu’en marchant dans les rues armé de quelques banderoles et slogans, tu vas faire plier le gouvernement ? Non, mais tu plaisantes ! Automne 1995, t’en souvient-il, c’était quand même autre chose, ç’avait de la gueule, bon sang ! Le message était clair, il disait : non, non et NON ! Trois semaines et demi de grèves, de manifs, avec paralysie partielle de l’économie : pas de train, pas de métro. Gros ramdam, itou, à La Poste, dans l’Education Nationale, chez France Télécom, et même au fisc ! Du 24 novembre au 14 décembre 1995, n’ont rien lâché, ça n’a pas débandé, et résultat : le 15 décembre le gouvernement Juppé battait en « retraite ». Gagné !
Mais là, c’est de la roupie de sansonnet ! C’est de l’ordre du carnaval ! T’auras que dalle avec tes journées à la petite semaine. Et qu’on ne vienne pas me dire que paralyser un pays c’est de la dictature, de la « prise d’otage » et tout le tralala à Pernaut ! Foutaises ! Car c’est oublier, justement et encore, cet automne 1995 où dans une « France paralysée », les salariés s’entraidaient. Edgar Morin, lui-même, l’avait noté et, noir sur blanc, l’écrivait dans une tribune (« L’Avenir En Marche Vers Le Passé ») en date du mardi 19 décembre 1995 publiée par le quotidien Libération :
« Le métro suspendu, le boulot chahuté et le dodo raccourci ont soudain suscité des proliférations de débrouillardises, ingéniosités et solidarités, le réveil généralisé et multiple de la solidarité, entre travailleurs d’un même centre ou dépôt, entre ces travailleurs, leurs familles, leurs amis et voisins, et la naissance de communications et entraides entre voisins d’habitation ou de travail montrent que la paralysie de la grève a provoqué comme une régénération spontanée du tissu social et a fait retrouver la santé psychique minimale qui comporte l’ouverture à autrui. »
Faut dire qu’à cette époque, les syndicats, ça chouinait pas ! Ça mobilisait comme il faut, et quand assez vite la CFDT - comme d’habitude - se rangeait, pas grave ! les journées « d’action » se poursuivaient, même qu’on y mettait le turbo ! Mais aussi, et surtout, chez les « gueux », comme d’aucuns les nomment, on se serrait les coudes ... Et pour quelle raison ? Oh, elle est simple : parce qu’il était inacceptable que ce soit encore et toujours les mêmes qui trinquent, qui payent, qui fassent des sacrifices, autrement dit, la classe moyenne. Or, qui va trinquer, payer, faire des sacrifices avec cette nouvelle, énième réforme des retraites ? Les classes moyennes ! Oui, « les » car désormais, elles sont plusieurs, larges, mais surtout, dispersées, et personne, pas même les syndicats, pour les unir, les rassembler vers, et sur, un objectif commun. A croire, finalement, et tout bien pesé, comme nous le serinent les médias, que les français sont « résignés ».
Mais d’où vient-elle cette résignation ? De la crise « sans précédent » ? Considéreraient-ils, les français, qu’il n’y a (plus) rien à faire, sinon courber l’échine ? Or donc, verseraient-ils dans la fatalité ? Amusant (et désolant) .. Quand on songe que l’homme que ce pays a porté au pouvoir les invite régulièrement à « refuser la fatalité » ! Que ne l’écoutent-ils pas ! D’autant plus que nous ne sommes pas en crise depuis l’automne 2008. En 1995, nous y étions aussi (« N’est-ce pas de la France, qui vit si intensément la crise de fin siècle, que pourrait venir ce que j’appelle une politique de civilisation ? » écrivait encore Edgar Morin). Ce n’est donc pas un problème de crise, mais de volonté. De solidarité. Il s’agit de savoir si c’est « oui » ou « non ». Pas : on va voir, peut-être, faut qu’on réfléchisse, le 15, le 18, ça dépend, sait-on jamais, si l’espérance de vie des français venait à s’écrouler d’ici le vote au Sénat, alors, j’vous dis pas qu’on la ferait pas cette grève générale, mais le dimanche, hein, histoire de pas déranger ! … Jean-foutre, va ! … Imposteurs et compagnie ! … Continuez comme ça, avec vos défilés-promenades, votre carnaval, votre « service minimum », vos grève(tte)s - non reconductibles - dont réellement personne ne s’aperçoit tant elles sont vaines, sans espoirs, sans éclats ni panache. Mais ne venez pas nous dire, demain, que nous aurions gagné sur je ne sais quel point, je ne sais quelle pénibilité, ah non ! Ne venez surtout pas nous dire que youpi, on a vaincu ! Y’a quand même des limites, présumés « camarades », au foutage de gueule !
Manquerait plus que Woerth vous recommande pour la légion d’honneur, ce qui, soi-dit en passant, ne serait pas immérité, au regard de votre aimable collaboration avec ce gouvernement d’ultra-droite.
[*] C'était le samedi 5 juillet 2008 lors d'un Conseil National de L'UMP.
16:42 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, manifestations du 7 septembre, mouvement social, grève générale, service minimum, lutte syndicale, edgar morin, politique de civilisation, sans solidarité point de salut, grèves de 1995, prenez-nous pour des cons, le syndicalisme est mort, espérance de vie des français |
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08 août 2010
« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté ... »
Alors comme ça, un sondage estival ferait comme du chambard, non mais regardez-moi ça, une (grande, immense) majorité de français approuverait les différentes « mesures de lutte contre l’insécurité » déroulées ces dernières semaines par ceusses dont « la seule ambition est d’assurer la protection des honnêtes gens » [Brice Hortefeux, Le Parisien/Aujourd’hui En France, dimanche 1er août 2010] par ceusses, itou, qui sont en charge dudit dossier, celui de « notre sécurité » depuis juin 2002, soit huit bonnes années pleines ! Diantre ! Mais est-ce véritablement une surprise ?
Oh bien sûr, on peut jaser sur la méthodologie, tout comme sur les items, plus orientés, directifs, ce serait bien difficile ! Quand tu veux les faire cracher au bassinet, m’sieur le sondeur (indépendant, cela va de soi, n’est-ce paaaas …) tu mets le paquet, mon saligaud ! … Nonobstant, qui s’est penché sur les détails du sondage en question ? M’est avis qu’ils sont peu nombreux ! Tiens donc ! Auraient-ils comme les j’tons d’y trouver une vérité qui dérange ? Quelque chose qu’il faudrait taire ? Pourtant, c’est bigrement intéressant ces « détails » …
Ah, j’en conviens, ça fait mal au cœur et au cul ! Mais c’est écrit, là, noir sur blanc, y’a pas à tortiller tellement ça jure, allez donc voir, faites l’effort ! Ces français qui sont encore plus majoritaires que les autres à approuver des deux mains, déchéance de nationalité, vidéosurveillance à tirelarigot, démantèlement de camps illégaux (quand je te disais que l’affaire était orientée, balisée) de Roms, répression au carré si ce n’est au cube et autres réjouissances d’un autre temps, ce sont des ouvriers, des artisans, des commerçants, des employés et des chefs d’entreprises (PME), bref, ce que l’on nomme les « classes moyennes » !
Et personne ne le dit ? Comment se fait-il ? …
Oh oui, là encore j’en conviens, ce n’est pas un scoop ! Ça fait belle lurette que nous le savons, même qu’on n’a pas attendu un 21 avril, ni le prochain, ah ça non ! Et Sarkozy en a bien (in)conscience [*] ! Alors vlan, il remet le couvert ! Oyez, oyez, « honnêtes gens » je vous ai compris ! Vous en aurez pour votre argent ! C’est moi, le gars de la Marine, ne vous y trompez pas ! Et Rocard a beau dire qu’il le « paiera cher » c’est même pas sûr tant ce troupeau, tu l’enfarines et copieux, avant de le tondre par le pouvoir d’achat, lui vanter les vertus du travail ! Facile ! C’est un électorat que tu trimballes à ta guise ! Suffit de sortir l’artillerie lourde, et le voilà qui exulte ! Pis : il se défoule, libération de la parole comme jamais, la honte, c’est pas ça qui l’étouffe, du moment que tu lui promets la sécurité ! Quand bien même cela ferait huit ans - je l’ai bien précisé - que tu lui chanterais le même refrain, les mêmes lois et décrets, c’est kif-kif, il en redemande ! Pourquoi s’en priverait-il, alors, ce président ? Qu’est-ce qu’il en a faire des conséquences, du bruit, des odeurs ? Rien ! Du moment que la gauche, enfin, ce qu’il en reste, est de nouveau kaput, infoutue de réagir, de contrer, gauche mollassonne, sans relief ..
Reste à savoir, jusqu’où il ira, cet homme-là ! C’est que, dis, la recette est bonne ! A merveille, elle fonctionne ! Alors pourquoi pas, demain, allez hop, quitte à ratisser dans les grandes largeurs, un référendum sur le code de la nationalité ou sur l’immigration ! N’est-ce paaaaaaas ? Pourquoi pas, non plus, en finir avec le regroupement familial ? Quant au droit du sol, ma foi, faut voir ! Le droit du sang, si ça se trouve, ça leur irait très bien, à ces « braves gens » ? Ou la peine de mort pour les pédophiles ! C’est bon ça ! Ça ramène du bétail, bon sang ! Voyez, c’est pas les propositions à venir qui manquent, y’aurait même plutôt l’embarras du choix ! Et peu nous chaut que le New York Times nous fasse la leçon ! Ces cochons d’américains ! Mais qu’ils balayent donc devant leur porte ! C’est bien ça, que j’ai cru entendre ? C’est pas que je sois pro-américain primaire, ah ça non ! Faut pas pousser, non plus ! Mais tout de même, cette phrase, celle de Thomas Jefferson, je la donnerais à réciter chaque jour à tous les citoyens de France et d’ailleurs :
« Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une, ni l’autre. »
Vous m’en ferez cent lignes. A la main. Et au quotidien. Vos prières et autres foutaises, vous me les remisez au diable, en lieu et place, vous méditerez chaque soir, sur cette phrase, ce qu’elle veut dire, son sens.
Ah, mais non, vous vous trompez, ce n’est pas notre liberté que nous sacrifions qu’ils disent, les « braves gens » ! Non ! Mais la liberté de quelques Roms, de sales polygames, de délinquants « d’origine étrangère » de la pire espèce ! Des tueurs de flics, messire ! De véritables parasites prêts « à égorger nos fils et nos compagnes » ! … Ah, mais quelle misère ! ... J’ai le regret d’écrire qu’il avait raison, le Général, quelle bande de veaux ! …
Mais leur liberté, c’est aussi la tienne, sagouin ! Assassin de la République ! Si tu la sacrifies, rien, tu ne mérites rien ! Ni liberté ! Ni sécurité ! Que dalle ! Sinon des camps, de travail ! Oui ! Tu verras ! On y viendra !
Enfin quoi ! Ouvriers, artisans, commerçants, employés et (petits) chefs, qu’avez-vous dans la caboche ? Ne voyez-vous pas qu’on vous entourloupe, gruge et balade ? Relisez donc le Code Pénal, tout y est, tout est là, croyez-moi, y’a de quoi turbiner ! Pas besoin de doubler les lois, tout ça, c’est que de l’effet d’annonce(s) ! … Tu veux quoi ? … Le port d’armes ? … Vivre dans une société fermée, cadenassée, filmée ? Et vivre, tout simplement vivre, t’y as pensé ? ….
Et qu’on ne me parle pas du Front National et son « candidat anti-système » ! « Anti-système », mon cul ! Ça marche avec, et comment ! Le Front National, c’est qu’un parti de bourgeois, que de la posture, n’en a rien à faire de ta misère, de tes tracas ! Jamais ce parti-là n’a pris la défense des « classes moyennes », jamais ! Jamais à ses côtés, quand elles se font remercier, jeter, délocaliser. Pas un mot, rien ! Que des gredins ! Du balai ! Allez ouste ! …
Non, c’est la gauche, qu’il faut réinventer, c’est elle qu’il faut ressusciter, la vraie, la généreuse, même si, c’est vrai, des Jaurès, des Blum, des Mendès, y’en a plus, fini, terminé, mais qu’importe ! Faut la secouer cette mollasse de gauche, la pousser au train, c’est à nous de le faire, en vertu du fait qu’il ne faut rien attendre, il faut prendre les devants, toujours, anticiper, bref, se comporter en citoyen, actif, volontaire, pugnace, et non en troupeau de vaches à sonder. L’heure a sonné ! Celle de regagner notre honneur et notre dignité !
Ne laissons pas des camelots, carriéristes et autres bonimenteurs (pathétiques, grotesques) nous berner à seules fins électorales ! Ne laissons pas ces « gens-là » petit à petit, insidieusement, nous confisquer au nom de sécurité (mais qu’est-ce donc, hein, que la sécurité ?) ce que nous avons de plus précieux : notre liberté ! Ne les laissons pas assassiner la République !
[*] Au fait, monsieur le président, elle est où, votre « politique de civilisation » ? Celle qui devait « remettre l'homme au coeur de la société » ? Cette politique promise qui devait « réhumaniser notre société » ? Et « mettre le changement indispensable au service de l'homme » ?
Nonobstant, n'avez-vous pas déclaré, le 6 mai 2007, soir de votre élection, que vous seriez le « président de TOUS les français » ? Or, donc, celui qui les rassemble, les unit, et non, celui qui les divise.
Souvenez-vous de votre allocution télévisée du mercredi 18 février 2009 où vous nous proposiez « le seul chemin qui vaille (...) celui du refus de la facilité ». Or, encore une fois, il n'y a rien de plus facile que de dresser les gens les uns contre les autres, rien de plus facile que de les opposer, les diviser. A contrario, il est bien plus difficile, mais bien plus noble, de les rassembler. C'est même le devoir d'un Chef d'Etat ... Auriez-vous finalement décidé de changer de « chemin », opter pour celui de vos prédécesseurs (dont vous n'avez cesse de nous démontrer leurs présumées insuffisances) soit celui de la « facilité » dans le seul but de servir, non votre pays, mais vos ambitions personnelles ?
18:08 Écrit par Philippe Sage dans Anticipation, Devoir De Mémoire[s], Opinion | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : lutte contre l'insécurité, déchéance de nationalité, démantèlement de camps de roms, vidéosurveillance, code la nationalité, immigration, liberté, sécurité, thomas jefferson, république, politique de civilisation, sarkozysme |
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