04 octobre 2008
Où Qu'Il Est Notre Pognon ?
Or donc, badaboum, c'est la crise financière, la récession avant la dépression, adieu Pierrette et le pot au lait, les belles promesses de campagne, tel que, par exemple, au hasard, le "plein emploi" pour l'an 2012.
Si tu me le permets, j'aimerais m'arrêter sur le dernier terme, celui de "plein emploi".
Vu de ma fenêtre, le "plein emploi" - et tu vas voir comme c'est d'une impitoyable logique - c'est zéro chômeur.
"Plein emploi", pour moi, ça veut dire que tout le monde il a du boulot.
Ben non.
C'est pas ça, en fait.
Le "plein emploi" c'est 5% de chômeurs .. de demandeurs d'emploi, pardon ! - c'est plus positivement chic que chômeurs, tu comprends ! C'est comme de dire "les plus démunis" plutôt que de dire "les pauvres" ... Surtout dans un pays riche, puisque sixième puissance mondiale (à crédit) !
Ça en dit long sur le "système", non ?
Ben si.
Considérer que le "plein emploi" c'est 5% de sacrifiés, ça te donne une idée du cynisme qui nous gouverne ou nous écrase, c'est selon.
Mais à part ça, Nicolas, comme tu ne cesses de nous le répéter : "Y'a pas de fatalité !" [rires]
Précisons que ce chiffre de 5% est très relatif, je veux dire qu'il ne reflète nullement la réalité sur le terrain, puisque n'est répertoriée dans les statistiques qu'une seule catégorie de demandeurs d'emploi, ceusses qui recherchent un contrat à durée indéterminé.
Les autres ne sont pas comptabilisés.
Ce qui veut dire que tu peux doubler de moitié ce chiffre et estimer le "plein emploi" à non pas 5 mais 7,5% de la population active, et encore, je suis gentil.
Mais revenons à nos moutons, les moutons étant, comme toujours, nous autres, les citoyens.
Que nous dit-on ?
Que c'est la criiiiiise, qu'il faut sauver le "système", qu'il en va de nos emplois, de notre pouvoir d'achat, de notre avenir, celui de nos enfants, quoi ! - oui, l'enfant est souvent cité dans ces cas-là, ce que j'appelle un chantage à l'émotion, une prise d'otage ...
Et comment faire pour sauver le "système" ?
Nicolas nous l'a dit à Toulon :
Par "l'effort" et le "travail".
Bien.
Sauf que, y'a une question à laquelle personne n'a encore répondu :
Où qu'il est passé le pognon ?
Je m'explique.
A les entendre, les uns et les autres, nos banques qui, nous disaient-ils encore la semaine dernière, sont à l'abri, voire sûres - Elles le sont tellement qu'un Jérôme Kerviel peut, à lui tout seul avec la bénédiction de sa direction, faire exploser la Société Générale - pourraient bénéficier d'un plan de sauvetage, à l'image de ce qui se passe aux Etats-Unis - le Plan Paulson, qui serait inefficace d'après un Prix Nobel - plan qui ressemble farouchement à une nationalisation déguisée de type socialiste, si ce n'est quasiment Marxiste (je me marre !) et consistant à filer du blé aux établissements bancaires afin qu'ils ne mettent point la clé sous la porte ou se fassent bouffer par un concurrent étranger.
Mais comment une banque peut-elle donc se retrouver sans pépettes ?
Imaginons un truc énorme, qu'elles aient par exemple joué avec notre pognon - car c'est bien notre pognon que l'on trouve dans une banque, non ? - et qu'elles se soient plantées, les crétines !
Genre, elles auraient investi quelque part - mais où ? - et badaboum, le "quelque part" où qu'elles auraient misé le blé, se casse la margoulette.
Ou pire, se tire avec le magot ..
C'est ce qu'on appelle un mauvaix choix.
Dans une entreprise lambda, la tienne comme la mienne pour être clair, les types qui font des mauvais choix, ils deviennent quoi ?
Eh ben, ils sont virés.
Pour faute lourde.
Donc pas d'indemnités, pas d'Assedic, plus de bras, t'es chocolat !
Pas dans ce monde-là où l'on te remercie généreusement par un pot "ça comme" se concluant par un "zoli" parachute doré.
Mais passons.
Ce qui nous intéresse, c'est le pognon qui a été misé.
Il ne s'est pas envolé tout de même !
Il est bien passé "quelque part", je veux dire, quelqu'un, ou un ensemble de quelqu'un (ou de malfaiteurs - tiens ça rime avec Traders !) a raflé la mise.
Non ?
Alors il est où ce pognon ?
En Chine ?
En Inde ?
Mais il y a une autre possibilité :
Cet argent, en fait, n'existe pas.
Il est virtuel.
Pour mieux comprendre, prenons une table de Poker.
Autour de cette table, trois types (un russe, un chinois, un pakistanais ..) et un écureuil.
L'écureuil, pas de bol, c'est pas son jour.
Il perd.
Et il perd gros.
A ce point que le voilà sans thunes.
Plus rien dans ses caisses.
Que fait-il ?
Eh bien au lieu de quitter la table, il demande à ses partenaires de jeu de lui faire crédit.
Les autres se concertent et, finalement, accordent à notre écureuil puant le pigeon la possibilité de continuer la partie, mais de la continuer, donc, à crédit.
Soit de jouer avec de l'argent qu'il n'a pas.
Seulement voilà, notre écureuil continue de perdre.
Jusqu'à épuiser totalement son crédit.
Rebelote - ce qui est moyen dans une partie de Poker ...
Il demande à ses partenaires, s'il serait à nouveau possible de "se refaire".
Cette fois, la réponse est non.
Dans un film de Martin Scorsese, les types lui donneraient 48 heures pour réunir l'énorme somme qu'il a perdue, sinon, l'écureuil il se retrouvera tout décédé au fond d'un coffre de bagnole.
Sauf que nous ne sommes pas dans un film.
Mais dans un "système".
Et dans ce "système", l'écureuil se tourne vers l'Etat.
Et l'Etat que fait-il ?
Il allonge le pognon.
Mais quel pognon, vu que les caisses de l'Etat sont - parait-il - vides ?
Ben le notre de demain.
Alors que l'écureuil a déjà tout cramé celui d'hier à cette table de Poker.
Et c'est là que nous en revenons à cette bonne petite phrase de Nicolas :
Refonder le capitalisme - c'est "le système" en question, chéri(e) - passe par "l'effort" et le "travail".
C'est donc en trimant comme des malades, en nous tuant à la tâche, que nous allons sauver l'écureuil qu'a dilapidé notre fric.
Ce même écureuil qui nous a refusés un crédit de type immobilier, il y a quelque mois de cela, sous le prétexte que notre dossier n'était pas assez solide, genre t'es en CDD, va mourir, le gueux !
Ce même écureuil qui nous a noyés de recommandés, nous intimant l'ordre de combler et fissa notre découvert.
Ce même écureuil qui nous a conseillés d'investir ici ou là, afin qu'il puisse ensuite, faire son intéressant à une table de poker avec notre artiche.
Eh bien moi j'dis :
1 - Non, je ne veux pas aider cet écureuil !
2 - Je pisse à la raie de cet écureuil !
3 - Qu'il aille se faire mettre, et profond, cet écureuil !
Tu vois, on nous explique que le capitalisme connaît quelques ratés, qu'il a un peu déconné, mais qu'il est chouette au fond de lui-même ce capitalisme, car c'est LE SEUL système possible.
Eh bien moi, je dis non.
Non, ce n'est pas le seul système possible.
Doit y en avoir un autre, un qui ne serait pas une table de Poker où les gars ils s'amusent avec notre pognon, et qui l'ayant perdu, continuent à s'éclater avec du flouze qu'ils n'ont pas avant de nous en quémander via l'Etat pour remettre ça, un peu plus tard, une fois l'orage passé.
Car ils remettront ça, les renégats, vu qu'il faudra bien rembourser le créancier ; ici, l'Etat.
Voilà c'que j'dis.
Je dis qu'on nous prend pour des cons de compétition.
Et qu'en l'occurrence, on a le droit ET le devoir de dire non, et d'ajouter : allez vous faire enculer !
Sinon, juste une autre question :
Les Russes, y devaient pas quitter la Géorgie ?
Non, parce que je remarque que, crise financière aidant, plus personne n'en parle.
Et enfin, la cerise sur le pâté :
On nous prépare un retour de Dominique De Villepin au Gouvernement - en remplacement de Lagarde ?
Tu n'es pas sans savoir que Villepin, c'est pas vraiment l'ami de Sarkozy, bien au contraire.
Ne serait-ce que parce que c'est lui, Villepin, qui a dézingué copieux tous les Balladuriens après l'élection de Jacques "La Fracture Sociale"Chirac en 1995, Balladuriens dont fait toujours partie Nicolas, sans compter qu'en 2005/06, il a tenté, ce félon de Dominique, de tuer la candidature présidentielle du même Nicolas via l'affaire Clearstream - ah c'est peut-être dans ce genre d'établissement qu'il est notre blé ..
Et donc, tu te dis, c'est pas Dieu possible que Nicolas accepte cet homme-là, ce Néron, dans SON gouvernement.
Oui, mais c'est l'unité nationale, vois-tu.
Que ne ferait-on pas au nom de l'unité nationale !
Mais c'est pas tout.
Devine ce que l'on apprend en lisant la presse numérique du jour ?
Que dans l'affaire Clearstream, en c'qui concerne Dominique Galouzeau De Villepin, on s'achemine vers .. un non-lieu !
T'as compris ?
Oui, je sais, nous devions être dans une démocratie irréprochable.
Mais comme je te le disais en ouverture de ce billet, badaboum, c'est la crise financière, adieu Pierrette et le pot au lait, les belles promesses de campagne ..
Dernière minute qui va te ravir, te donner du baume au coeur, tant, je sais, tu te réjouis du bonheur d'autrui :
D'après i>télé, au salon de l'auto, les concessionnaires de voitures de luxe se frottent les mains.
Leurs caisses à 500 000€ se vendent comme des petits pains.
Tu vois qu'il est bien passé quelque part.
Notre pognon.

A lire aussi sur le même sujet : "Touche Pas Au Grisbi, Salope !"
Et dans la rubrique "Je Me La Pète Trop Grave", voilà ce que j'écrivais, il y a 407 jours, le 24 août 2007, dans Refais Le Monde, La Préface :
Après Les Cents Jours, Les Jours Sans ?
18:27 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, capitalisme, banques, plan paulson, spéculation, traders, sarkozy |
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