25 février 2011
Nicolas Sarkozy Ou La Politique De La Terre Brûlée
Oui, bien sûr, ces sondages qui se succèdent, l’un, l’autre, quotidiens, assommants, photos d’un instant, il conviendrait de ne pas y prêter attention, ou du moins, pas plus qu’ils n’en méritent, puisque, justement, ils ne sont qu’instantanés, au sens cliché du terme … Et pourtant … En s’y penchant, tête froide, reposée, on entrevoit quelques hypothèses. Et, peut-être, aussi, une incroyable stratégie.
Or donc, au lendemain d’une enquête TNS-Sofres/Le Nouvel Observateur/i>télé [1] nous indiquant que, si le second tour de la présidentielle avait lieu « aujourd’hui », Nicolas Sarkozy serait battu et par DSK, et par Martine Aubry, et par François Hollande, et par Ségolène Royal, voilà que l’institut CSA (avec BFMTV, RMC et 20 Minutes) complétait le tableau en nous en apprenant une bien copieuse :
Nicolas Sarkozy serait le seul, à droite, à devancer Marine Le Pen au premier tour de cette même présidentielle.
Ni Jean-Louis Borloo, ni François Fillon, pas même le candidat déclaré de 2017, Jean-François Copé, ne seraient en mesure de la distancer. Pis, en ce qui concerne Borloo et Copé, la présidente du Front National leur « mettrait » respectivement 6 et 7 points dans la vue.
Il faut aussi préciser que, dans ces deux enquêtes, Marine Le Pen oscille entre 17,5 et 19%.
Compte tenu de la marge d’erreur (une fourchette de + ou – 3) cela nous donne 14,5% en hypothèse basse, 22% en hypothèse haute.
Comme dit le camarade journaliste, c’est « sans précédent ». Jamais, le Front National n’a été crédité, dans des sondages, et pour une présidentielle, d’un score aussi élevé. Jamais !
Alors oui, et encore une fois, ce ne sont que des instantanés. Tout peut basculer. Cela dit, tout de même … 22%, c’est inédit !
Mais allons plus loin ….
… Si l’on dissèque consciencieusement ces deux enquêtes, en y appliquant la marge d’erreur, on s'aperçoit que celui (le seul) qui laisse(rait) véritablement Marine Le Pen à distance, c’est DSK [2]. Ce qui ne doit pas ravir l’aile gauche du PS .. Mais enchanter toute la presse de droite qui, depuis des mois, nous abreuve de sondages désignant DSK comme étant, et de très loin, le meilleur candidat pour le Parti Socialiste [3].
Rien de nouveau, me direz-vous .. Non, mais ce qui l’est, ce sont (donc) les scores du Front National dans ces différents sondages …
Et s'ils étaient révélateurs d'une stratégie politique ? D’un choix totalement assumé. Par un homme, et un seul : Nicolas Sarkozy.
En effet, alors que tout part à vau-l’eau (est-il vraiment utile d’y revenir ?) que « les merdes volent en escadrille », quel thème va nous être prochainement proposé pour faire l’objet d’un grand débat national :
La place de l’islam en France !
Et pourquoi ?
A priori, parce qu’on (dixit Sarkozy) ne peut laisser Marine Le Pen s’emparer, seule, de ce sujet.
Rappelons, pour les étourdis, que c’est elle qui a dégainé, en décembre dernier, en comparant « les prières de rue » des musulmans à une « occupation ».
En apprenant la tenue d’un tel débat, Marine Le Pen s’est réjouie. Et doublement, quand elle sut que ce pourrait être, aussi, un des thèmes central de la future campagne de Nicolas Sarkozy ... Cette réjouissance est compréhensible : car c’est bien suite au débat sur l’identité nationale que le Front National (qu’on nous avait présenté comme moribond après la présidentielle 2007) a repris du poil du suffrage lors des Régionales 2010.
C’est à se demander, tel Dominique de Villepin, à quoi joue Nicolas Sarkozy ? ... Même celui qui fut son conseiller politique pendant la campagne présidentielle 2007, le sieur Devedjian, se fend d’une tribune pour dénoncer un débat « inutile et dangereux ». Le même Devedjian qui, le 28 mars 2007, se gourmandait des incidents de la Gare du Nord, estimant que, je le cite :
« Cette affaire, c’est bon pour Nicolas : ça remet l’insécurité au cœur de la campagne »
Faut croire qu’à l’époque, Monsieur Devedjian ne trouvait aucun inconvénient à ce que son champion exploitât un fait divers à des fins purement électoralistes.. Faut croire, surtout, que depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts, un autre Sarkozy (Jean) s'étant radiné, mort de faim, sur le territoire de Patrick Devedjian ...
Or, c’est bien, itou, à des fins électoralistes, qu’aujourd’hui, Nicolas Sarkozy veut (via Copé, placé à la tête de l'UMP) ce débat sur l’islam. Il sait (d’autant qu’il en a eu la démonstration avec les Régionales) qu’il tient là un sujet qui peut maintenir le Front National à un niveau élevé ... Mais, ça n’est pas uniquement dans le but de mettre des bâtons dans les roues du Parti Socialiste (qui sait très bien le faire tout seul). Oh non ! C’est aussi pour faire le vide dans son propre camp ! Eviter de se retrouver dans la même configuration qu’en 1995 avec un duel fratricide Balladur/Chirac.
Car, en effet, tout se délitant, et comme rarement sous une présidence, c’en est même affolant, qui nous dit qu’un ténor de l’UMP (excepté Villepin que Sarkozy méprise, au point qu'il ne le considère pas comme un concurrent direct pour 2012) ne serait pas tenté, et fort légitimement, d’y aller ? Estimant qu’il aurait plus de chances que Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2012 (François Fillon, par exemple, ou même : Alain Juppé). Ou, tout du moins, de défendre au mieux, les couleurs de son parti.
Bref, Sarkozy est-il vraiment le mieux placé à droite ?
Eh bien, voyez-vous, le sondage CSA du jeudi 24 février nous apporte une réponse : non, il n’est pas le mieux placé pour l’emporter en 2012, mais oui, il est le mieux placé, à droite, pour … battre Marine Le Pen au premier tour ! Il est le seul rempart de son camp face au Front National. Ni Fillon, ni Copé, ni Borloo, ni personne, ne seraient en mesure de le contrer sur ce terrain. De fait, cela tue dans l’œuf toute autre candidature à l’UMP !
Il est évident que Nicolas Sarkozy, même en mauvaise posture dans les sondages, y compris dans sa côte de popularité, ne renoncera pas, jamais, à briguer un second mandat. Parce qu’il croit qu’il pourra, comme en 2007, envers et contre tout, reconquérir son électorat, même ric-rac ; qu’il pourra une autre fois, allez hop, siphonner les voix du Front National. Et c’est pourquoi, il revient (et reviendra encore) chasser sur ses terres, avec ce débat sur la place de l’islam en France (et quoi d'autre, demain ?) ... Mais à la différence de la campagne précédente (qu’il commença dès juin 2002 sur le thème de la sécurité, puis en mordant, pour masquer son bilan en la matière, sur des thèmes chers aux extrêmes) il le fait AUSSI, pour écarter définitivement toute possibilité de candidature au sein de l’UMP. Cadenasser la sienne. La protéger. Tout en – mais ça va de soi – compliquant la tâche du candidat PS (hanté par le spectre du 21 avril).
C’est cela que j’appelle : la politique de la terre brûlée.
Oui, je sais, ça paraît insensé, tant ce choix politique est éminemment dangereux (et contesté – ce n’est pas un hasard – au sein même de l’UMP) mais .. C’est Nicolas Sarkozy ! Il est ainsi. Pour lui, ce serait une humiliation que de ne pas « y aller » une seconde fois, de devoir renoncer. D’aucuns, des Républicains, des Gaullistes, y verraient, du panache, mais lui non.
Alors, pour être sûr d’être LE candidat, l’incontournable, l’unique rempart de son camp contre le Front National, il détruit par le feu toute velléité, toute autre éventuelle candidature de l’UMP.
Voilà ce que nous indiquent les derniers sondages (notamment le CSA). Un billard à moult bandes. Meurtrier ... Loin, en tout cas, de ce que l’on appelle : l’intérêt général. Mais est-ce une surprise, dès lors que nous connaissons l’homme de l’Elysée (et son équipe resserrée) ? Quand, au cours de son mandat, s’est-il une fois, une seule, soucié de l’intérêt général ?
00:22 Écrit par Philippe Sage dans Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (78) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, marine le pen, front national, débat sur la laïcité, place de l'islam en france, stratégie politique, présidentielles 2012, sondages 2012, politique de la terre brûlée, patrick devedjian, siphonner les voix du fn, la stratégie du fou, électoralisme |
| |
20 février 2011
Christian Jacob, Pierre Lellouche & DSK [Ou Bien Des Raisons De Se Faire Du Mouron]
Il aura suffi qu’Anne Sinclair fasse part d’un souhait "personnel" pour que deux sous-subalternes de l’UMP en déduisent presto que son mari sera candidat aux Primaires, donc à la présidentielle 2012, et tirent sans sommations et à balles réelles sur le Directeur Général du FMI. Ce qui, au passage, donne une idée du caniveau dans lequel une certaine classe politique s’apprête à nous plonger si jamais, Dominique Strauss-Kahn décidait, effectivement, de concourir.
Or donc, dimanche 13 février, Christian Jacob (président du groupe UMP à l’Assemblée nationale et député-maire de Provins) estimait, gros sabots aidant, que DSK ne correspondait pas à « l’image de la France rurale (..) la France des terroirs et des territoires ».
Et où qu’il a dit ça, notre « paysan » ? … Sur Radio J .. Une radio de la communauté juive sise à Paris.
Ah si, la précision est d’importance, car aucun animateur ou journaliste de Radio J n’aura rebondi sur cette appréciation de Jacob. Aucun ne lui aura fait remarquer, par exemple, que ce qu’il venait de dire pourrait être, ouh-là-là, considéré comme de l’antisémitisme primaire.
En revanche, les socialistes Benoît Hamon, Pierre Moscovici et Jean-Christophe Cambadélis, en ont vu, eux, de l’antisémitisme, et du « très moisi », décelant même dans les propos de Christian Jacob une « rhétorique de l’extrême-droite d’entre-deux-guerres ». Et de citer Pétain, Maurras, Déroulède et toute la clique.
C’était oublier la question posée au député-maire qu’était :
« DSK, c’est le candidat des bobos ? » !
Alors certes – mais ça n’est pas un scoop – Jacob est un balourd de première, un parfait godillot, un politique sans envergure, mais de là à lui trouver de l’antisémitisme, même sous-jacent, faudrait quand même pas pousser Jaurès et Blum dans les orties ! … Il est évident que dans sa pauvre réponse, Jacob faisait uniquement (et maladroitement) référence au statut social de DSK, et rien d’autre.
Comme le dit si bien Didier Porte dans sa tribune-vidéo du 18 février 2011 :
« Si on n’a pas le droit de faire remarquer que DSK, natif de Neuilly-sur-Seine, est pété de thunes et qu’il n’a peut-être pas le profil idéal pour nous faire oublier le quinquennat bling-bling dont la France va sortir exsangue sans se faire taxer d’antisémitisme » où va-t-on ?
Ensuite de quoi, Porte (en pleine forme) démontrera fort drôlement que les amis de Christian Jacob, soit les membres du gouvernement et son président ne sont, pas plus que DSK, des représentants de « La France des terroirs ». Et il en tirera la conclusion (que je partage) que le sieur Jacob est moins un antisémite qu’un « gros bourrin ».
Ceci étant, attention ! Car si à chaque boulet de l’UMP balargué sur DSK, le clan socialiste hurle à l’antisémitisme, non seulement ça va être particulièrement pénible, mais surtout, se révéler contreproductif. En d’autres termes, ça finira par jouer contre DSK (s’il est candidat).
C’est bien ce que pensait faire Pierre Lellouche (sous-ministre en charge du commerce extérieur qui va pas bien), lundi 14 février sur Radio Classique (et i>télé), « jouer contre DSK ». Et en utilisant, peu ou prou, le même angle d’attaque que Christian Jacob. Soit en présentant DSK comme le candidat des « bobos ».
Et de le dépeindre joyeusement comme « un grand bourgeois » incarnant « la gauche ultra-caviar ».
Ajoutant qu’il était « totalement déconnecté de la souffrance des gens dans nos usines (…) complètement déconnecté de la réalité du pays » …
... Ce que pensent, itou, certains membres du Parti Socialiste, mais aussi, le tribun de gôôôôche, Jean-Luc Mélenchon, ce Mélenchon que Lellouche, lors d’une édition de Ripostes (France 5) en date du dimanche 5 avril 2009 traitait de « pov’type » regrettant que l’on ne fût plus au XIXème siècle, auquel cas, il l’aurait « convoqué en duel » et l’aurait « flingué » … Carrément !
C’est vous dire s’il rigole pas, Lellouche.
Seulement voilà, notre belliqueux (pro-américain quoi qu’il arrive, pro-Otan, pro-guerre en Afghanistan, en Irak, etc. – nous avons donc là, un belliqueux de type aveugle) dans son flingage de DSK, a également tiré une énorme balle (un missile sol-sol plutôt) dans les deux pieds de son camp. Sans doute, parce qu’il s’est laissé emporter par son élan, ou – et c’est plus probable – parce qu’il est, comme Jacob, un politique de quatrième division [1].
Il est à ce propos, assez incroyable que personne – à ma connaissance – ne l’ait relevé ! Pourtant, c’est assez croustillant ! C’est même du … caviar !
En effet, M. Lellouche en plein milieu de son portrait au vitriol se crut finaud en ajoutant que le Directeur Général du FMI « pourrait être un parfait candidat de droite ».
Tiens donc .. Mais comme c’est intéressant.
Car, si l’on reprend les arguments de M. Lellouche, « un parfait candidat de droite » mais c’est quoi ?
Eh bien c’est « un grand bourgeois totalement déconnecté de la souffrance des gens dans nos usines (…) complètement déconnecté de la réalité du pays ».
N’hésitez pas à faire tourner. Et copieux .. C’est une information (une confirmation, plutôt). Et elle est sacrément importante.
Bien entendu, comme nous sommes bien élevés, nous remercions chaleureusement Pierre Lellouche. Tellement, il donne à la « France qui souffre » des arguments en béton (armé – puisqu'il aime ça, la guerre) pour ne voter ni Sarkozy, ni DSK, en 2012.
Blague à part, ces deux séquences politiquement pauvres (entre ad personam et ad hominem) nous donnent quelques indications, assez inquiétantes, sur la campagne présidentielle qui se radine.
Si l’on y ajoute un débat prochain sur la place de l’Islam en France, débat qui – si l’on en croit l’Elysée – devrait être un des thèmes de ladite présidentielle, plus toutes les péripéties abracadabrantes et récurrentes (Woerth, Hortefeux, Michèle Alliot-Marie ..) d’un gouvernement qu’on nous avait promis irréprochable, plus … nos 42 députés (signataires de la charte) de la Droite Populaire qui poussent au train du FN [2], je ne sais pas vous, mais moi, j’ai comme l’impression que nous courons droit vers un nouveau « séisme ». Je crains même que, si le niveau ne s’élève pas, et rapidement, les décombres soient plus importants qu’en 2002.
[1] Mais avons-nous actuellement, en France, des politiques de première division ? Pas sûr …
[2] Fut un temps, où tout membre de la droite, RPR ou UDF, prônant une alliance avec le FN, ou pis, la concluant, était exclu. Ainsi, en 1998, Jean-François Mancel (du RPR) pour avoir proposé un rapprochement avec le parti de Jean-Marie Le Pen ou – entre autres - Charles Millon (de l’UDF) pour avoir pactisé avec le FN. Ce temps-là est donc, semble-t-il, révolu.
A chacun d’en tirer ses conclusions …
14:43 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (25) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christian jacob, pierre lellouche, dominique strauss-kahn, la france des terroirs, politique du caniveau, antisémitisme, didier porte, le candidat des bobos, la gauche ultra-caviar, un parfait candidat de droite, place de l'islam en france, à quoi jouons-nous ?, le droite populaire |
| |











