16 avril 2012
L’Etonnante Inquiétude Du Citoyen Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie est «inquiet»... Et si il l’est, écrit-il le 13 de ce mois d’avril 2012, c’est parce que «cette campagne ne sert pas à grand-chose». Les grands sujets, les périls, immédiats ou lointains, qui nous menacent, les errements de nos dirigeants successifs, etc., aucun de ces points n’est sérieusement abordé, disséqué, débattu.
Quoi que l’on pense, a priori, de M. Aphatie, il me semble difficile, sur ce constat, de lui donner tort. A moins, bien sûr, d’être un partisan, un militant, un supporteur, bref un aveugle et sourd, un embrigadé jusqu’au cul. Ceci étant, il n’est pas inopportun de se demander, après lecture de cette prose lucide, à quoi il sert, Aphatie ! Et avec lui, un certain journalisme français.
Car après tout, dans cette campagne de premier tour, les candidats, grands ou petits, seront venus exposer leurs programmes, leurs idées, leurs projets ; partout. Je veux dire : dans tous les médias. N’était-ce pas l’occasion rêvée pour les placer face à leurs contradictions, leurs insuffisances, parfois même leurs mensonges ? N’était-ce pas le moment, enfin, de leur poser les bonnes questions, et de s’y tenir ? J’entends par "s’y tenir", faire fi des diversions, des sourires connivents, de la petite phrase qui noie le poisson, de ces figures de style qui ravissent les imbéciles. "S’y tenir" signifiant : faire son métier. Celui de journaliste. Vaille que vaille. Et quoi qu’il en coûte.
Seulement voilà, nonobstant le fait que cela impliquerait que ledit journaliste oubliât, le cas échéant, l’annonceur, l’actionnaire, ou l’industriel qui l’emploie, il conviendrait itou qu’il traitât d’égale façon chaque candidat. Or, et très manifestement, d’Aphatie à Elkabbach en passant par Cohen, on se complaît à être dur avec les présumés faibles, beaucoup moins avec les supposés forts. Ce qui n’est pas (bien qu’outrés, ils le nient) chose nouvelle. Au contraire ! C’est une triste constante.
Le problème, voyez-vous, c’est que, cette complaisance ça prend de la place, pour ne pas dire trop de place. De fait, il n’en reste pas lerche pour aborder l’essentiel. Comme l’avenir d’un pays. En déclin.
Alors après, venir s’étonner, comme Aphatie, que, dans cette campagne présidentielle, «les grandes choses n’y prennent pas une grande place» c’est l’hôpital qui se fout ouvertement de la charité.
Oh j’entends bien que tous ces journalistes et autres éditocrates (Duhamel, Joffrin, Barbier, etc.), pour beaucoup starifiés, militent pour une présidentielle à l’américaine. Soit : deux candidats principaux (UMP, PS) et un troisième (Modéré) pour tenir la chandelle. Pour eux, ne devraient pouvoir se présenter à ce scrutin, dit majeur, que ceux qu’ont véritablement une chance d’être élus.
Qui ne l’a pas encore compris ?
Mais dix candidats, non ; ça les emmerde. Pis : ça désacralise la présidentielle. Ca la folklorise, qu’ils disent... Doit-on comprendre que si effectivement, nous n’avions à choisir qu’entre trois candidats (et non : trois options) ces journalistes feraient alors leur métier ?
Permettez-moi d’en douter.
Oui, j’en doute, car rien, absolument rien, pas même ce temps de parole, il est vrai contraignant, ne les empêche, aujourd’hui, de mettre sur la table, les vrais enjeux, les grands périls. Avec ceux qui, demain, auront (eu) à gérer le pays. En l’occurrence, Sarkozy et Hollande. Or, ils ne le font pas. Ils pratiquent l’interview sans douleur. Prenant grand soin de ne point parler de sujets qui inquiètent, fâchent, ou tout simplement interrogent. Ils préfèrent causer de petites choses sans importance. Comme le nom du futur Premier ministre. Des conséquences éventuelles de tel fait divers sur la campagne. D’un « off », d’une rumeur, d’un ragot. Parfois, aussi, de gestuelle ou de col roulé.
Mais de la dette, des déficits, comment les résoudre, très concrètement, allez-y, expliquez-nous ! Et le chômage ? Inverser la courbe ! Fort bien ! Mais comment ? Vos mesures, quelles sont-elles ? Jamais ! Ou en survol.
A aucun moment, ils ne rebondissent. Quand bien même le candidat proférerait le plus gros mensonge, la mesure la plus irréalisable, la promesse la plus démagogique. Alors que, quand c’est Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignan, Poutou, Arthaud, Cheminade, et même Joly, alors là, c’est la curée ! Le grand jeu ! Là, ça relance, ça rebondit, et même parfois, ça fait « son » journaliste... J’en veux pour preuve Anne-Sophie Lapix. Que ne s’est-on pas ébaubi, notamment sur le Net, de la pâtée qu’elle a mise à Le Pen, en matière économique. Certes… Mais elle n’a fait, là, que son métier de journaliste. S’en ébaubir, c’est très étrange, et, à la fois, symptomatique. Cela me fait penser à ces passagers applaudissant, allez savoir pourquoi, le pilote au seul motif qu’il ait réussi à poser sur la piste, l’Airbus dans lequel ils sont sanglés... Ben là, c’est pareil ! On applaudit une journaliste qui n’a fait que son travail... Le problème, c’est qu’elle ne le fait pas avec tout le monde. Tout comme Aphatie. Et tous les autres. Ces mêmes qui se plaignent, aujourd’hui, que cette campagne n’aura pas servi à grand-chose.
Mais si elle n’a pas servi à grand-chose, c’est aussi parce que les journalistes n’ont pas fait leur boulot. Ils n’ont pas posé les bonnes questions. Ils n’ont pas abordé les vrais sujets. Ils sont restés à la surface des choses. Ils l’ont joué facile, peinard, paresseux. Car oui, c’est facile de mettre un "petit", un Poutou, en défaut, ou de le maltraiter. Mais un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, non, ils s’y refusent ! Et il y a une raison à cela. A cette évidente différence de traitement.
Imaginez un journaliste – que dis-je ! TOUS les journalistes ! – reprenant Sarkozy sur tel sujet, Hollande sur tel point (et ce ne sont pas les sujets et les points qui manquent) comme ils le font pour les autres, insistant jusqu’à obtenir une réponse, mais une vraie, ou, dans le pire des cas, un terrible embarras, un abracadabrant bafouillage, voire un silence qu’en dirait bien long ; mais alors, vers qui l’électeur se tournerait-il ? Mettre en défaut un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, allez savoir si ça ne profiterait pas au Front de Gauche, au Front national, ou à ces "petits" qu’ils méprisent au point qu’avant l’égalité totale des temps de parole, ils ne daignaient les recevoir (Ainsi Joly, scandaleusement recalée par "Des Paroles Et Des Actes").
Voyez comme tout Concorde, jusqu’à Vincennes. Parce qu’ils militent pour une cause, le bipartisme, alors ils le protègent. Jamais ne le bousculent. Alors que tout, absolument tout est disponible, notamment sur Internet : les contradictions, les mensonges, les errances, les flous, les outrances. Les programmes y sont passés au tamis, en matière de dette, de déficit, de croissance, de chômage. Sans la moindre concession. Sans l’once d’une partisanerie. Et ce ne sont pas des hurluberlus qui en font état, mais des économistes, par exemple, des philosophes, des scientifiques, et même, des journalistes ! Des journalistes, un peu moins médiatiques que M. Aphatie, c’est vrai. Beaucoup moins stars. Et moins tenus par quelques actionnaires, annonceurs ou autres richissimes industriels. Ils ne font pas le "kéké" dans une émission de divertissement ["Le Grand Journal de Canal+"] où depuis toujours, le politique est tourné en dérision, où la futilité est la règle d’or.
Le jour, M. Aphatie, où vous ferez votre métier, où, quel que soit le responsable politique qui viendra sur votre plateau, ou dans votre studio, vous poserez les bonnes questions, aborderez les vrais sujets, à l’impartialité, à la déontologie, plutôt que de les laisser roupiller dans un blog qui ne fait de mal à personne, alors, peut-être, votre inquiétude sera recevable.
Si cette campagne, comme vous l’écrivez, se situe «assez loin de la vérité», c’est aussi parce que vous vous situez délibérément, et avec une constance qui, ô combien, vous discrédite, très loin de ce que l’on nomme : le journalisme.
NB : Le billet «inquiet» de M. Aphatie
19:43 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons !, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (91) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-michel aphatie, aphatie est inquiet, aphatie se moque du monde, la défaite du journalisme français, jean-pierre elkabbach, christophe barbier, patrick cohen, anne-sophie lapix, laurent joffrin, jean daniel, nicolas demorand, alain duhamel, franz-olivier giesbert, les éditocrates, présidentielle 2012, les nouveaux chiens de garde, de qui le journalisme français est-il le nom?, ce qui est absent c'est le journalisme |
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12 janvier 2011
Le Refus [De L’Indignation Et Du Nouvel Ordre Mondial]
[1ère Partie] ...Ça n’a pas traîné. Vite, très vite, dès petiot, on m’a fait comprendre, d’où qu'y soufflait le vent, comment ça se dansait, le merdier .. On me l’a bien enfoncé dans le crâne, le refrain, celui que tutti colporte, les pauvrets surtout, les pas vernis, les laborieux. Un refrain qui tient en une phrase, définitive, briseuse de rêves, de tout, de celle qui démobilise, te fait entrer dans le rang, ad vitam.
Oh, tu la connais, cette maudite phrase, elle pue la résignation de compète, la lâcheté aussi. Elle dit : « C’est comme ça, et pis c’est tout ». Avec des add-on du genre : « On n’y peut rien », « Faut se faire une raison », « A quoi bon ! De toute façon, on n’est pas de taille », « Et puis, oh, y’a plus malheureux que nous, hein ! », « Pourquoi veux-tu que ça change ? » et j’en passe. Tellement qu’elle est longue la liste.
Voilà ce qui nous tue, petit à petit. Nous fait renoncer à tout. A tout ce qu’on croyait. Espérait. Fait de nous, des vieux machins. De tristes complices… Parfois dès vingt ans. Oui, dès cet âge-là, pour certains, c’est déjà fini … La vie.
Nous sommes vieux et faits d’hiver. Même nos musiques sont tristes. Nos hommes politiques sont tristes. Nos journalistes sont tristes. Plus de génie, plus d’éclats. Tout est formaté.
Idem, nos élites ou supposées telles ! D’ailleurs, parlons-en, tiens ! Qui sont-elles ? ... Des camelots bavardant, entre eux, et à n’en plus finir sur des plateaux télévisés, toujours les mêmes : Attali, Minc, Bernard-Henri Levy et consorts ! Ils nous parlent de misère, de souffrance, les nôtres, avec des mots, ma chère ! des phrases, faut voir, et des tronches de circonstances, bien compassées, celles des riches héritiers de la condescendance … Ils nous expliquent, nous traduisent, nous dissèquent, en direct, en différé, les Editocrates, les philosopheux, les môôôssieurs …
… Mais ça y connaît quoi ? De la souffrance et de la misère ? Rien ! Que dalle ! Tous ces gens, toilettés, qui font la leçon, la Morale, condamnent la violence, l’ouvrière en particulier, jamais qu’ils en ont bouffé de la merde, jamais qu’ils ont connu un trottoir, la faim, l’humiliation, la subordination, l’esclavage, ils ne savent pas ce que c’est, mais en causent pourtant ; ils élucubrent, exposent, prophétisent ...
Merde ! Il faut leur dire merde, les éteindre ! Bordel à chien ! ... Comment osent-ils claquer le beignet d’un Xavier Mathieu, d’un licencié dans le cul, d’un viré comme malpropre, disserter sur le quotidien d’un laborieux, eux qu’ont rien connu, que leurs salons, leur rupinitude, fricotant et frayant avec les puissants, se bâfrant d’oseille … car c’est cher payé, croyez-moi, l’avis de ces gens-là ! Ça se monnaye sec …
Merde à nouveau et ad lib ! Oui merde, et au cube, car à quelle souffrance, à quelle misère, quel désespoir ont-ils mis fin, avec leurs discours à n’en plus pouvoir, récurrents, les Minc, les Attali, les Adler ? De quelles guerres nous ont-ils débarrassées ? Mais d’aucune, de rien ! C’est de notre misère dont ils se nourrissent ! ... Ils blablatent, imbus, puis rentrent chez eux, repus, dans leurs demeures cossues, satisfaits et tranquilles, en sécurité, protégés. Pour en ressortir aussi sec et fermement s’indigner de telle dictature ou telle atrocité ô combien lointaines, les jean-foutre !
En vérité, c’est le Nouvel Ordre Mondial qu’ils nous inculquent, nous perfusionnent ; allons, soyez raisonnables, qu’ils nous disent, le communisme, le socialisme, c’est pas laïquement possible, pas viables, c’est du massacre, vous le voyez bien, c’est prouvé, avéré, c’est Staline ! ... Réduire le communisme à Staline, quelle imposture ! Quelle falsification ! ... Mais c’est pour mieux te vendre le Nouvel Ordre Mondial, mon enfant, te le visser dans la tête, ad vitam…
Résignez-vous qu’ils nous mal chantonnent, ces confortables, c’est comme ça et pis c’est tout, on n’y peut rien, faut se faire à l’idée, y’a qu’à moraliser, un suppositoire, et ça ira, vous verrez, c’est pas la panacée, nous en convenons, mais c’est le moins pire des systèmes … Le moins pire !?! Ce qu’il faut pas entendre. Serait-on venu au monde pour se contenter du moins pire ? Et vivre, vous y avez pensé ? N’y aurait-il que vous qui y auraient droit ? …
Faut plus les boire, ces loups, ces inutiles, ces Zemmour, pamphlétaires à la noix. Faut plus. Ni eux, ni les journalistes, les Elkabbach, les Demorand, les Chabot et tous les autres. Tous ou quasi .. Itou, la merde, l’ont jamais croquée, connaissent pas, mais se permettent, et comment, de nous jauger, camemberiser, statistifier, les pégreleux déontologues.
Les journalistes, sous prétexte que ça va sur le « terrain », ça croit nous connaître. Pardi ! Mais ça fait que passer. Ça prend du son, ça micro-trotte, et pis c’est tout ... La merde, la misère, la souffrance, n’en ont pas idée. Pas la moindre.
Mais eux, comme les Editocrates, pareil, de Calvi à Pujadas en passant par le grand ordonnateur, l’AFP, ça fait la morale aux Mathieu, aux délocalisés, à tous les maudits de la République ; dis, tu vas la condamner la violence, hein, tu vas te "contrir", te rependre, demander pardon, dis, que c’est déjà beau qu’on t’invite sur NOTRE plateau … Quelle bande de chacals ! Ça me dégueule … Mais qui s’offusque, s’en indigne ? Qui prend les armes, la Bastille ? Personne ! On laisse faire et dire. Comme des lâches. De vieux débris. Y’en a même qu'opineraient du sous-sous-chef, des qu’en bavent, de la classe bien moyenne, devenue mesquine, envieuse de ses frères et sœurs, tellement qu’elle est lobotomisée, apeurée, lepenisée au trognon, en demande de protection. Pour qui se prend-il ce Xavier Mathieu, qu’elle pense ! Qu’il nous foute la paix. La paix, voilà c’qu’on veut. Etre tranquilles. Qu’on nous fasse pas chier. Qu’on peut rien y faire, que c’est comme ça. Qu’y a plus malheureux que nous.
Ils avaient vingt ans. Ils étaient déjà vieux. Finis. Avant même d’avoir vécu. Rien qu’un peu.
J’en ai fait aussi, des conneries. Pas mal .. Des arrangements merdeux, de ceusses qui te poursuivent. Que t’arrives pas à oublier. Je mettais ça sur le compte de l’inexpérience, d’une éducation, d’un manque. Mais non .. C’était pas ça. C’était de la lâcheté, du renoncement. Pourvu qu’on le voye pas, que je me disais. Je suis pas comme ça. J’ai pas lâché l’affaire. Je vais me refaire ... Mais tout de même, l’éducation, ce qu’on t’enfonce dans le caberlot, tous les jours, même quand c’est fête, ça marque. Aux fers. Faut de la volonté pour s’en défaire. Coûte que coûte. Et peu importe les conséquences ... La solitude.
Quand on comprend qu’on n'est pas là pour se faire aimer, ou reconnaître, qu’on n’est pas né pour faire du chiffre, du rendement, qu’on se souvient de ses rêves d’enfant, toutes ces merveilles, ces trésors de spontanéité, alors, va, tout va bien. Et si c’est à deux, c’est heureux. Pas besoin d’être plus.
Le bonheur, l’épanouissement, passent par le refus. Net et sans concession.
Refus de se courber, de se résigner, d’obéir.
Refus de participer de quelque façon que ce soit à tout ce qui nous dépouille, nous assujettit, nous vieillit avant l’heure. Nous Attalise, nous Pujadise ou Chabotise. Nous Nouvel Ordre Mondialise
Et dire non, jusqu’à son dernier souffle à ceusses qui vous disent que « c’est comme ça, on n’y peut rien, faut se faire une raison ». Ne jamais faire sien ce refrain. Sinon, c’est mourir.
Sans avoir rien vécu.
[5ème Partie]
18:29 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : xavier mathieu, souffrance ouvrière, les editocrates, les laquais, nicolas demorand, david pujadas, arlette chabot, eric zemmour, nouvel ordre mondial, refuser, dire non, désobéissance, indignation |
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13 juin 2010
Plaidoyer Pour Les Caricaturistes Radiophoniques
Oh oui, je sais, beaucoup d’encre à coulé, tant de mots ont été prononcés, suite à la chronique de Didier Porte en date du 20 mai 2010 sur France Inter. Alors pourquoi y revenir ?
Parce que, je crois, il est essentiel, primordial, de connaître non pas l’envers du décor, mais ce que j’appellerais une réalité radiophonique qui, peut-être, échappe aux auditeurs que nous sommes.
Aucun, notez-le bien, aucun directeur de radio n’apprécie le caricaturiste. Il le redouterait, plutôt. Et pour une raison, une seule : le rire est – comme ils disent – segmentant. Autrement dit, il n’est pas fédérateur. Or, tout responsable de station radiophonique, obnubilé par l’audience, les parts de marché, n’a qu’un objectif en tête : rassembler le plus d’auditeurs, que ce soit à 7h55, 12h23 ou 17h12.
On pourrait observer, là, un arrêt-pipi, tant cet objectif, quantitatif avant tout, s’il est compréhensible, peut expliquer aussi, à quel point la radio, plus particulièrement en France, est aujourd’hui ce qu’elle est : fade, conventionnelle, aux mots choisis, toujours les mêmes, sans relief.
Il y eut pourtant, vers la moitié des années 70, un espoir, une petite révolution. Quand ces radios qualifiées de “pirates” (et qu’elles soient vertes, rouges, brunes, roses ou noires) ont bravé la loi, le monopole, en apportant aux auditeurs qui le voulaient bien, une autre information, une autre façon de penser le monde et la société.
Ce fut un feu de paille.
Car – et pour aller vite - contrairement à ce que l’on pourrait croire, la libération des ondes, soit la fin (relative) du monopole d’Etat sur la radiodiffusion avec l’autorisation (très réglementée) d’émettre "librement" (1981, puis 1982), puis de diffuser de la publicité (1983), a conduit à une triste normalisation du paysage radiophonique français. En clair, les radios leaders d’avant ladite libéralisation (RTL, RMC, Europe 1) ont tout raflé. Je veux dire que petit à petit, elles ont repris la main, en rachetant les franchises (et donc les fréquences : le Graal ..).
Une seule a pu se développer, et ce n’est pas la plus subversive, loin de là, vu que c’est un infâme robinet à musique : NRJ (soit : NRJ, Nostalgie, Chérie FM, Rire & Chansons …).
Il est important d’avoir en tête cet élément : la radio française a raté sa révolution.
Mais revenons au rire, à la caricature.
Sur les radios dites “FM”, ce qu’on appelle “les matinales” (soit une tranche, variante, allant de 5h à 10h du matin) sont grosso-modo consacrées, ou livrées, à l’humour. Mais ce n’est pas un humour subversif, engagé, politique. C’est un humour potache. De petites blagounettes d’adolescents destinées à des adolescents. Et si parfois, ça tourne mal (comme Cauet viré de Fun pour une vanne très maladroite sur les camps de concentration - 17 janvier 1995) c’est avant tout dû – à mon sens – à un manque de culture. Car, et c’est incontournable, si on peut rire de tout, avec tout, en revanche, sans la culture nécessaire, je veux dire une culture de base, c’est impossible.
Point de rire sans culture.
Ça ne se danse pas du tout pareil sur les radios dites généralistes : RTL, Europe 1, France Inter et RMC Info. Où les matinales sont entièrement consacrées à l’information. Cependant, elles ont, hormis RMC Info, à cet horaire précis, un caricaturiste. Nicolas Canteloup pour Europe 1, Laurent Gerra pour RTL et Stéphane Guillon, Didier Porte et François Morel pour Inter.
La question que l’on pourrait se poser est bien évidemment : pourquoi ?
Pourquoi mêler l’humour, la caricature et l’information ?
La réponse ne vous étonnera guère : c’est parce que – comme "on" dit dans le métier – "ça fait de l’audience". Mais une audience atypique.
Et pourquoi est-ce une audience atypique ?
Parce qu’elle constitue un “pic”. En clair, la chronique de ces caricaturistes est bien souvent plus écoutée que ce qui s’est passé avant et que ce qui se passera après.
On comprend alors mieux la raison pour laquelle les journalistes sont chafouins (quoi le rire serait plus important que NOTRE information ?).
En revanche, on comprend moins bien l’argument des directeurs d’antenne ou de stations (et des annonceurs – ne les oublions pas) celui qui consiste à dire que le rire est segmentant. Pourtant, c’est vrai. Il l’est. Dans la mesure où, c’est moins France Inter qu’on viendra écouter que Stéphane Guillon. Et aussi, et surtout, lorsque le caricaturiste livre son papier, sur dix auditeurs purs et durs (ceux qui sont là, pour l’information, si vous voulez), il en fait rire 3, 4 ou 5 ... En d’autres termes, le “rire” (ou la caricature) fait fuir l’auditeur. Si vous ne supportez pas Guillon, vous allez zapper. C’est évident.
Le “pic d’audience” s’explique donc par un apport massif d’auditeurs, mais qui, après la chronique, partiront. Pour la plupart.
Seulement voilà, cet apport massif est une bénédiction. D’autant plus pour les radios privées qui en tirent largement bénéfice(s) avec une augmentation pour le moins intéressante de leur part de marché, et il faut savoir que c’est elle, la part de marché, qui attire les annonceurs, et non l’audience brute.
De fait, même si ça déplaît aux journalistes, aux responsables radiophoniques divers, le caricaturiste est une “bonne affaire”, si j’peux m’exprimer ainsi.
Jusqu’à ce que ..
Or donc, vous comprenez désormais qu’il n’y a aucune solidarité, ni complicité possible, entre le journaliste et le caricaturiste. C’est de l’ordre de la cohabitation. Dès lors, il n’est pas étonnant de voir Thomas Legrand (chroniqueur de la matinale de France Inter) et Nicolas Demorand (journaliste-présentateur de la même matinale) se désolidariser de Didier Porte. Vu qu’ils ne l’ont jamais été : solidaires. Ils n’ont fait que le tolérer.
Certains, diront : le subir.
Il n’en reste pas moins que ce “lâchage” de Legrand et Demorand est, à mon sens, la marque de la mesquinerie, de la déloyauté, de la bassesse.
Et que dire de Jean-Marc Morandini [*], cet âne fini, brayant dans une tribune du gratuit Direct Soir (8 juin 2010) sa haine de Didier Porte, profitant qu’il fut à terre, pour l’achever, et de la façon la plus abjecte qu’il soit : en réclamant sa démission !
Ah, qu’elle est déjà loin cette année 2009, où Inter (comme RTL et Europe 1) communiquaient à tirelarigot sur ses caricaturistes ! Ah c’qu’ils en étaient fiers ! C’est que, voyez, en temps de crise, il est bon de rire, non ? Et peu importe que l’on mêle info et caricature, carottes et navets, après tout, ne sommes-nous pas au pays des Guignols de l’Info et de Yann Barthes ? Y’a bon la dérision ! Vas-y, fais nous rire, bouffon ! Mais que connaissent-ils du travail de ce qu’ils nomment : le bouffon ? Savent-ils le temps que ça prend de coucher des mots sur un papier, de les peser, toujours et encore ? Savent-ils combien de censures, il s’inflige, le caricaturiste ? Combien de fois, il retourne à l’ouvrage ? Combien il est difficile de faire rire quotidiennement ?
Et ceusses qu’ont porte au pinacle, aujourd’hui, les morts, hein, de préférence (ce qui prouve bien que pour eux, un bon caricaturiste est un caricaturiste mort) les Coluche (Europe 1, RMC, RFM), les Desproges (France Inter), savez-vous combien de fois ils se sont troués à l’antenne ? Combien de fois, ils sont passés à côté ? Vous souvenez-vous que de leur vivant, ils étaient nombreux, les pisse-vinaigre, les Legrand, les Demorand et les Morandini de l’époque, à les trouver “pas drôles” ou “vulgaires” ? Ah, c’est facile, aujourd’hui, hein, de leur trouver toutes les qualités, c’est sûr qu’ils ne viendront plus vous faire chier. Vous êtes tranquilles ! Ah, ça ! Ils peuvent être drôles, hein, maintenant qu’ils sont morts ! Qu’est-ce que ça vous coûte ?
Mais, enfin, au fait, et bordel à chien, qu’est-ce que cela veut dire : “Porte n’est pas drôle” ? Hein ?
Tenez, moi, par exemple, Gerra, il ne me fait pas rire. Du tout. Canteloup, rarement. Et alors ? Cela signifie-t-il qu’ils ne sont pas drôles pour autant, ces deux-là ? Apparemment non. Sinon, y’aurait personne pour venir se bidonner à leurs spectacles (tout comme à ceux de Porte, Morel et Guillon).
Qui décide de (ce) qui est drôle et de (ce) qui ne l’est pas ? Le nombre ? … Les journalistes ? … Eh bien, si c’est le cas, on va pas rigoler tous les jours. Et c’est bien parce qu’ils, les journalistes, se prennent pour un nombril (et j’peux en causer) du moins certains, et pas qu’un petit peu, ah ça non, que de leur coller un caricaturiste dans les pattes, est nécessaire. C’est pas pour cela qu’ils feront mieux leur métier ; faut pas rêver, non plus ! Mais ça leur rabat un tant soit peu le caquet !
Oui, parce que l’info qu'ils nous donnent à becqueter est incomplète, partiale, standard, conventionnelle, une info à 500 mots, pas plus, parfois même complaisante, pour ne pas dire obséquieuse.
Oui, c’est bien parce que le journalisme français est plat, sans la moindre percussion, et que, par-dessus le marché, il se pense incontournable, qu’il faut lui adjoindre un bouffon. C’est vital.
Tout en précisant que le caricaturiste n’est pas là QUE pour faire rire. Ce n’est pas un clown ! Le caricaturiste caricature, c’est une lapalissade, mais il est, je crois, utile de bien le rappeler.
Et qu’on les apprécie ou pas, qu’ils nous fassent rire ou pas, peu importe ! On s’en moque ! Chacun voyant l’humour à sa porte !
J’estime que ces mecs font leur boulot. Et ils le font bien. Et que nous en avons besoin.
Ne laissons pas l’information aux seuls journalistes ! Parce qu’elle est, cette information, ca-ri-ca-tu-ra-le !
Alors, continuons, oh oui, à caricaturer la caricature ! Aimons nos bouffons !
Mieux : défendons-les !
Non parce qu’ils nous vengent, non parce qu’ils sont drôles, mais parce qu’ils sont : nécessaires.
[*] Dans son billet en date du mardi 8 juin 2010, Jean-Marc Morandini, courageux comme toujours, perroquet pathétique, reprend les mots de Demorand et Legrand.
Comme eux, il parle de “vulgarité” et d’”insanités”.
Il ose même écrire, ce godillot, que “nous sommes nombreux à ne pas avoir envie que notre redevance serve à financer cette vulgarité”. Et il précise : “Dans n’importe quelle autre radio, un animateur qui hurle ainsi de telles insanités à une heure de grande écoute aurait été immédiatement remercié”.
Nonobstant le fait que je ne vois pas de quelle(s) radio(s) parle ce monsieur Morandini, qui plus est, que sa vision radiophonique m’effraie, me désole, et me semble sortir tout droit d’une dictature, il me plaît de rappeler que sur Europe 1 où “officie” ledit Morandini, Laurent Baffie (que j’apprécie beaucoup) avait tagué sur les murs de la station de la rue François 1er : “Fuck Lagardère”.
Même que ça a fait un p’tit tour sur l’Internet.
Je présume que Môssieur Morandini a été derechef, voir son cher Arnaud Lagardère, pour s’offusquer de ces “insanités” de cette “vulgarité”, et réclamer la tête de son collègue, Laurent Baffie ..
18:06 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (35) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : caricaturiste, didier porte, stéphane guillon, françois morel, nicolas canteloup, laurent gerra, thomas legrand, nicolas demorand, jean-marc morandini, j'encule sarkozy, soutien à didier porte, fuck lagardère, laurent baffie |
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