31 mai 2011
A Ce Jour, Le PS Ne Mérite Pas D’Etre Au Second Tour
On peut espérer, comme Pierre Marcelle (dernier des Mohicans au quotidien Libération) que « tout ça [soit] plutôt bon pour la (vraie) gauche ? ». Comprendre par « tout ça », la « chute de DSK ». Sauf que, la réalité est autre. Elle est impitoyable. Dévastatrice. Désespérante. Tant DSK était ô combien utile ; un arbre immense destiné à cacher une bien triste forêt.
Oui, il était bien pratique ce DSK. Le candidat idéal. Au CV impeccable. C’était LE professeur. Celui-là même qui faisait la leçon à Sarkozy en mars 2002… Qu’allait le ventiler façon puzzle en mai 2012.
DSK ! L’homme qui plaisait à la droite, au centre, un peu (moins) à gauche, aux banquiers, au MEDEF, aux économistes, enfin, à tous ceux qui veulent préserver, bec et ongle, le « système ». Soit, les mêmes qui, en 2005, et chaque jour que les descendants de Miss Thatcher faisaient, enclumaient sur tous les médias que nous devions voter « Oui » au Traité pour une Constitution Européenne.
DSK ! Un représentant de la sociale-démocratie finissante, mais, également, le « tout-puissant » Directeur Général du FMI, l’homme qui, à en croire les ceusses précités, aurait « sauvé la zone euro ». Un gestionnaire hors-pair. Or donc, une destinée toute tracée. Après tout, François Mitterrand n’a-t-il pas dit :
« Après moi, il n’y aura plus que des comptables ! ».
Comptable du « système », gestionnaire de la « crise », elle est pas belle, la vie ?
Avec un tel homme, le PS, n’avait pas besoin d’un programme ou d’un projet.
C’était lui, DSK, le programme, le projet.
C’est aussi cela que sa « chute » révèle.
Sans lui, le PS est comme mis à nu, pris en flagrant délit de vacuité.
La rénovation ? Ils l’ont zappée ! Pourquoi vouliez-vous qu’ils se rénovent « en profondeur » étant donné qu’ils avaient – dès 2007 – trouvé leur vainqueur potentiel ? L’homme, le providentiel, qu’allait les laver, enfin, et définitivement, de l’affront, celui du 21 avril 2002. Car, ce ne sont pas quelques victoriettes aux régionales, aux cantonales et autres municipales qui pouvaient effacer un tant soit peu cette humiliation, oh non ! Tant on ne soustrait pas des navets à des carottes.
Non mais regardez-les, à présent, ces zozocialistes, comme ils rament ! Leur baobab est tombé, salement, et voilà que nous la voyons, la forêt ; un terrain vague, en vérité.
Un désert d’avenir.
De fait, et d’une certaine façon, il a raison Pierre Marcelle, oui, ce « tout ça » est « plutôt » une bonne chose. Au moins, nous voici affranchis, au parfum. Sans DSK, plus rien ne tient. Ça sent la rustine, ça pue la paresse. Aucune pensée, ni idées nouvelles. Aucun socialisme. Pas la moindre réponse à la crise actuelle. Pas de souffle, pas de beauté, pas de vie.
Pourtant, ici et là, et pas n’importe où, ça se révolte, ça s’indigne, ça bouge, y’aurait de quoi en tirer des leçons, s’exalter, quitte même à surfer sur. Tirer son épingle. Se laisser porter par…
Pensez-vous !
C’est comme si le monde n’existait pas, passée (la rue de) Solferino… Peu leur chaut, Fukushima, les printemps arabes, les grecs encolérés et tutti.
Quant à la mondialisation, alors là, c’est le néant. Et qui s’en empare ? Mélenchon, Dupont-Aignan et… Marine Le Pen, même que c’est à cette dernière que ça rapporte, nous dit-on ; sur la mondialisation, elle capitalise, la souris ! Et après, ça viendrait chouiner, lansquiner, ah mon dieu, mais courons-nous vers un autre 21-avril ?
Mais dans le cas où cela se produira, qui en sera responsable ?
Qui n’aura pas entendu les souffrances du peuple ?
Qui n’en aura pas tiré les leçons ? Où sont les réponses, les idées, le projet ?
Où est l’alternative ?
A ce jour, le PS ne nous propose rien. Sinon : gagner en 2012. La belle affaire ! Mais gagner pour faire quoi ? Pour aller où ?
Pour continuer ainsi, bon an, mal an, sans aucune remise en question du « système », avec de pauvres ajustements à la marge, un peu plus de policiers par ici, de magistrats par là, quelques emplois (précaires) pour les jeunes, une égalité salariale homme/femme qu’on nous promet depuis lustres sans jamais s’y coller, une réforme fiscale faite de bric et de broc, et ainsi de suite… C’est-y pas, un tantinet de trop, nous prendre pour des beribonos de compétition ?
Quant à la cohérence, alors là, vous repasserez. Quand je vois Fabius et ses amis préparer le prochain quinquennat « socialiste », autrement dit les mêmes qui, en 2005, défendaient le « Non » au Traité pour une Constitution Européenne, ça vaut une peignée. Une belle déculottée en 2012.
On ne peut pas, ainsi, et impunément, retourner sa veste, suivant les échéances.
On ne peut pas, ainsi, se moquer constamment du monde, et du peuple de gauche, en particulier.
Or donc, à ce jour, le PS ne mérite pas d’être au second tour. A quoi et à qui cela servirait ?
Le PS n’a pas travaillé, il n’a pas pensé, il ne s’est pas rénové. Il s’est laissé vivre. C’est une coquille vide, un bateau clairement libéral sans envergure, un cimetière.
Pour quelles raisons objectives les ouvriers, les classes moyennes, les précaires, les chômeurs, les exclus de toute nature, donneraient leurs suffrages au futur candidat du PS en 2012 ?... Pour éviter cinq ans de plus avec Sarkozy ?... C’est assez maigre comme raison. C’est même très insuffisant. Le peuple réclame plus. L’exigence.
Et ce n’est pas dix mois qu’il reste, quand on sait ce que c’est qu’une campagne présidentielle. C’est à peine six. Six mois pour proposer un véritable projet de société tenant compte des souffrances, des sacrifices. Six mois pour tirer les leçons de la « crise », des « révolutions », des « indignations ».
Six petits mois pour que « la chute de DSK » s’avère « plutôt une bonne chose pour la (vraie) gauche ».
15:53 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Libéralisme De Gauche, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (69) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dsk, ps, pierre marcelle, le ps sans projet, les zozocialistes, 21 avril 2002, mondialisation, marine le pen, 29 mai 2005, présidentielle 2012, qui se soucie du peuple ?, la colère du peuple, le peuple de gauche |
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05 août 2008
Ce S'ront Donc Toujours Les Salauds Qui Nous Boufferont L'Caviar Sur L'Dos [*]
[*] Coluche dans "Misère"
Alors voilà, a y est, ils ont fini par le dire, les constructeurs automobiles :
Fabriquer une voiture hybride, celle qui préserve l'environnement - ce qui reste à démontrer - ça coûte de la thune.
Beaucoup (trop).
Et donc - je fais vite - elle seront, quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse, plus chères à l'achat que les voitures traditionnelles.
Conclusion :
Seuls les fortunés, les aisés, pourront s'offrir ce genre de véhicule.
Mais qui pourrait encore s'en étonner ?
Ne vois-tu pas que petit à petit, on renonce, ou plutôt on se fait à l'idée que dans un futur (très) proche, il y aura clairement deux offres (et demi) de consommation :
L'une pour les riches - et les vaguement aisés.
L'autre pour les pauvres - et les classes très moyennes.
Et le demi ?
C'est pour les classes moyennes "surnageantes" qui de temps en temps pourront s'offrir un produit - car tout est produit désormais, même ce qui s'écoule dans l'hideux gobelet de la machine à café, celle de ton entreprise qui te paye au lance-pierre - s'offrir, disais-je, un produit destiné aux riches (et aux vaguement aisés) TOUT en sacrifiant un de leur budget, par exemple celui des sorties et/ou des loisirs.
Mais au train d'enfer où vont les choses, il n'est pas déraisonnable ni même pessimiste - et que l'on me traite de déclinologue, sache que ça m'en touche une, sans faire bouger l'autre ! - de se demander combien de temps encore nous aurons des classes moyennes aussi éloignées des pauvres que des riches ?
Or donc oui, petit à petit, et sans que les peuples ne s'en émeuvent ni ne mouftent, un monde "bipolaire" se dessine, celui des pauvres et celui des riches.
Et ce n'est plus une question géographique, genre le Sud versus le Nord.
Non !
C'est une question mondiale.
Mondiale, comme mondialisation.
Il est déjà là, ce monde.
Il se dessine jour après jour.
Le low-cost pour le pauvre.
Le high-tech pour le riche.
Le riche roulera en voiture préservant l'environnement, résidera dans une maison à panneaux solaires, continuera à se rendre au théâtre, au cinéma, aux spectacles.
Ce sont dans les meilleures écoles (privées de préférence) qu'il enverra ses enfants étudier.
Il pourra se soigner, manger bio, manger bien.
Mais il ne sera pas nombreux.
Pas même un dixième de la Planète.
Le pauvre roulera en Logan ou équivalent, résidera dans un pavillon, le même exactement que son voisin, un logement social déguisé ; il regardera la télévision, cette chère télé qui lui vendra, par de terrifiantes "Confessions Intimes", une misère plus grande que la sienne afin qu'il ne se révolte point.
Il priera pour que l'école publique dans laquelle il inscrira son enfant soit la moins pire possible.
Il fera l'impasse sur certains soins essentiels (les dents, par exemple) faute de ne pouvoir s'offrir une mutuelle.
Il mangera de l'eau, il mangera mal, s'étonnant de se voir grossir à vue d'oeil, d'augmenter son taux de cholestérol ; mais que pouvait-il espérer d'autre(s) en faisant ses courses dans un Hard-Discount ?
Il sera nombreux.
Plus de la moitié de la Planète.
Quant aux classes moyennes, elles courent, tant elles savent que leur temps est compté : soit elles gagnent - et vite, avant deux ans - le camp des aisés, et par n'importe quel moyen quitte à arnaquer son prochain en se lançant dans un commerce plus que douteux, soit elles tombent dans le camp des pauvres, et adieu Berthe !
Tu vas me dire que ce(t) (im)monde existe déjà.
Oui.
Mais demain, ce sera pire.
Lors de mon passage à Marseille, je rencontrai celles et ceux qu'on appellent - à tort - des marginaux.
S'ils arrivent à s'en tirer, mais bien chichement, c'est parce qu'ils savent tout faire :
Le ciment, le béton, l'électricité, la peinture.
Ils te démontent un ordi, une machine à laver, un moteur, et te le remonte nickel, en état de marche.
Ils ne regardent pas la télé.
Ils préfèrent la Médiathèque pour continuer à apprendre, découvrir, s'instruire.
Ce sont les rois, les reines du système D.
Mais ils en bavent.
Ils en bavent sans se plaindre.
Sans jalouser qui que ce soit.
Pour celles et ceux qu'ont des enfants, c'est encore plus dur - quelle évidence ! - pourtant ils et elles se démerdent admirablement bien.
Ils sont riches à l'intérieur.
C'est totalement un choix de vie.
Et il est beau, il est infiniment respectable.
Ce que j'ai retenu à leurs contacts, outre leur lucidité, c'est que si tu n'es pas un touche-à-tout, si tu ne sais pas tout faire, même un peu, alors t'es mort !
Ils sont sauvages et fiers de l'être.
Et ils ont sacrément les pieds sur Terre.
Ce sont les derniers des Mohicans.
Ce que je veux dire, c'est que dans ce monde qui se dessine, avec clairement d'un côté les pauvres et de l'autre les riches, il te reste une troisième voie :
Être le dernier des Mohicans.
Dont le but n'est pas d'avoir mais d'être.
Juste Être.
Et être Juste.
Bonne chance ...
18:38 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coluche, mondialisation, riches, pauvres, classes moyennes, low-cost, high-tech |
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