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11 juillet 2011

Souvenirs De Présidents [Elus Neuf Mois Avant...]

Ah, l’été ! C’est comme qui dirait : relâche. Et c’est pas de refus, n’est-ce pas, après toutes ces péripéties. Petites ou grandes. Toutes ces bisbilles, ces rumeurs, voire : ces calembredaines... Et, quand bien même pour des raisons économiques, comme 45% de mes compatriotes, je ne partirais au Porge ou à Messanges bouffer du sel, défier quelques baïnes, ou crawler magnifique dans une eau gorgée de résidus en plastique, il n’empêche que, période estivale oblige, je rêvasse, me délasse... Et c’est ainsi que me reviennent, ces hommes et cette femme qui, neuf mois avant le scrutin, étaient consacrés, et comment ! par des scientifiques d’une opinion triée sur le volet.

La-Présidente-de-2006.jpgJuillet 1980, je devrais être content... Comment ne pas l’être quand, déjouant tous les pronostics, vous décrochez votre diplôme, un baccalauréat classé scientifique grâce aux épreuves de Français ? Et que, par-dessus le marché, pillant votre Livret A, patiemment alimenté par des parents durs mais prévoyants, vous vous offrez vos premières vacances d’été, dans les Landes, à Mimizan... Vacances d’ouvrier. A faire les trois huit... Engranger de l’artiche pour raquer la future université. Un été de prolétaire, avec casse-graine en plein milieu de la nuit… La plage, j’y dormais, vidé que j’étais... Mais c’était rudement chouette quand même, parce que, vois-tu, enfin, et curieusement, je me sentais libre. Pour la première fois de ma petite vie...
Pourtant, j’avais (donc) comme de la mélancolie. Du vague à l’âme. A cause d’un type. Un dénommé Giscard. Valéry de son prénom. Président de nous autres depuis 1974. Et qu’allait en reprendre pour sept ans... Sérieux, j'vous assure ! Même que c’était marqué dans les journaux. En gras. Ou lettres capitales. Il balayait Rocard, il écrasait Mitterrand.
Avec mes copains, qu’avaient tous plein de cheveux, ça nous rendait malade. Sept ans de plus avec Giscard, on n’arrivait pas à s’y faire... A ce point, qu’on a boycotté les JO de Moscou... Tout juste si Coluche arrivait à nous dérider la couenne quand dans sa drôle de chanson intitulée Misère, il balançait faussement menaçant :
« Attendez que la gauche passe, vous allez voir, en 2012 ! ».
2012 ! Mais quel enfer ! 32 ans de plus à vivre dans un pays de droite. Dont sept avec Giscard... On se disait que c’était inhumain. On a même pensé à alerter la Convention de Genève ou la Ligue des Droits de l’Homme.

Eté 1987, c’est pas une bonne période, dis, pour les anciens nazis. T’as le Barbie qui prend perpète, et le Hess qui se pend, dans sa geôle de Spandau...
Moi, je m’apprête à découvrir Pantruche, comme bonnit San-A... J’ai un peu le traczir. Me dis que j’suis pas équipé pour. Que ça va pas faire un pli. Et que, dans moins de deux, je vais la retrouver, ma grise province. Mon Limoges. Et sa porcelaine agonisante… De toutes les façons, vivre à Paris ou Limoges avec Raymond Barre comme président, qu’est-ce que ça changerait ? L’ennui serait le même. Considérable.
Y’a bien Michel, le Rocard, qui frémit, titille le Raymond dans les sondages. Ça laisse un quignon d’espoir… Rocard, après Mitterrand, ce tonton flingueur de la gauche, ça y remettrait les pendules à leurs places… Mais les observateurs, les Duhamel et consorts, ils n'y croient pas trop. Ils supputent fort un coup de Jarnac. De la part du parrain de la rue de Bièvre... Du coup, c’est Barre qu’est en pôle... Vous dire que ça nous met le bourdon, serait un euphémisme. Premier ministre, passe encore, mais Président de la République, Raymond Barre ? On arrive pas à y croire. Tellement c’est triste… Pourtant, c’est écrit. Le 8 mai 1988, il prendra l’Elysée. Vous avez dit Misère ?

Ceusses qu’aiment le football de compétition ont encore les glandes. Tu m’étonnes ! Voir la Bulgarie frôler le podium, la même Bulgarie qui nous avait privés de cette Coupe du Monde étasunienne de football, un maudit soir de novembre 1993, forcément, ça vous fiche des regrets…
Mais y’a pire, en cet été 1994. Et ce pire se prénomme Edouard.
Flanqué d’un mec surexcité, un certain Sarkozy, Monsieur Edouard écrase la concurrence. Delors, y compris... Ah, et puis faut voir, comment il se la pète, Edouard ! Comme il est sûr de son fait. De sa victoire… En même temps, avec une telle avance dans les sondages, comment ne pas faire preuve de suffisance ?.. Nous, on est ratatinés. De savoir que, pour sept longues années, on va becqueter du Balladur matins et soirs. On se dit que décidément, la Mitterrandie ne nous aura apporté que du malheur. Jusqu’à, donc, son successeur.
C’est pire encore que cet été 1980, avec Giscard triomphalement réélu. Tellement Balladur, c’est pas possible ! Ça fait trop France des années 70 avec ses chocs pétroliers, ses R12 TL et sa chasse au gaspi... Ah, je vous certifie, c’est assurément le pire été d’avant le scrutin qu’il m’ait été donné de vivre... A ce point qu’avec les copains, on a bu tout ce qu’on pouvait. Ah ça ! on a pas mégoté sur les litrons ! J'crois même qu’on a pris quelques stupéfiants de catégorie une... Je sais, c’est pas bon pour la santé, mais Balladur, président de la République, vous croyez que c’est bon pour le foie, la rate et les poumons ? Et j'vous passe le cardio-vasculaire !... Du coup, perdu pour perdu, on a pris de l’avance. Tant Balladur nous donnait envie de fuir toutes choses de l’existence. Même les plus douces...

On ne savait pas. En juillet 2001... On pouvait pas savoir que deux mois plus tard, deux Tours allaient s’effondrer, percutées par des avions de ligne. Et que ça allait changer la donne... On pensait, pour l’été, aller paresser quelques jours en Grèce. Pas pour le paysage, non, pour la monnaie. Qui serait bientôt la même que la nôtre : l’euro… Là itou, on ne pouvait pas deviner que, moins de dix ans plus tard, ce beau pays en souffrirait plus que de raison…
En revanche, s’il y a un truc dont on était sûr, c’est que pour Chirac, les carottes étaient cuites. Tellement il avait de casseroles. Qui faisaient la joie du juge Alphen... Ah oui, y’avait pas à tortiller, l’affaire était comme qui dirait bien engagée... Et d’ailleurs, les sondages nous le confirmaient : Jospin était favori pour la présidentielle de l’an prochain…
Bon, j'vous cache pas qu’avec les copains, nous étions divisés. Sur le cas Jospin... D’aucuns disaient que pour un trotskiste, il était quand même un peu mou du genou. Quand d’autres vantaient son socialisme pragmatique. Ce à quoi, je rétorquais qu’il était, Lionel, beaucoup plus pragmatique que socialiste... Mais, là où nous étions tous d’accord, c’est que Lionel, tout de même, il était considérablement austère... Du coup, nous ne nous sommes pas barrés en Grèce, mais en Haute-Garonne. On a fait une sorte de pèlerinage pédestre avec halte à Cintegabelle. Un été protestant, quoi... A picorer. Plus frugal, c’est pas possible...
Mais bon, malgré nos divergences, voire notre scepticisme sur le socialisme jospinien, on se disait qu’après sept ans de Chirac, on aurait bien tort de cracher dans la soupe... Même austère, pas sexy pour deux sous, Jospin c’était quand même mieux que Supermenteur.
Et puis, c’était que pour cinq ans. Alors, nous étions contents.

Qui aurait parié un kopek sur elle ?... Personne, je crois. Qui prétendrait aujourd’hui le contraire serait un fieffé menteur ! Allons, soyez honnêtes ! Vous ne pensiez tout de même pas que cette équipe de France de Raymond Domenech parviendrait en finale de la Coupe du Monde de football, ce 9 juillet 2006 ? Comme Raymond l’avait d’ailleurs prédit ! Même que tout le monde, qu’a la mémoire courte (cf : Aimé Jacquet), se foutait de lui. Et copieusement… Ah ! Si Zidane n’avait pas pété un câble, qui sait ? Peut-être qu’on l’aurait gagnée, notre deuxième Coupe du Monde !...
Mais bon, la déception fut de courte durée, car nous avions notre championne. Et c’est pas peu dire qu’on était fiers comme Artaban.
C’est que dites, comme évènement, c’était pas du banal ! Une femme à l’Elysée ! Vous me la copierez !... Certes, nous ne serions pas des précurseurs en la matière, d’autres ayant eu l’idée avant. A commencer par l’Islande, un 1er août 1980, avec Vigdís Finnbogadóttir... Mais tout de même, ça par exemple ! une femme, présidente de la République Française, ça faisait causer… Oh, pas toujours positivement. Y compris entre nous, les copains... Comme disait ce pauvre Lieutenant Columbo, y’avait chez Ségolène Royal quelques petits détails qui nous chiffonnaient... A commencer par son socialisme. Qu’on trouvait fort peu catholique, pour reprendre une expression de feu Georges Frêche. Et pourtant, Dieu sait, dans un pays laïc, que sur ce sujet, elle ne laissait planer le moindre doute... Autant Jospin était protestant, autant Ségolène, c’était la Cène tous les jours. Du catéchisme en veux-tu, en voilà... Mais justement, c’est ça qui nous hérissait un tantinet. A ce point qu’on se demandait si la Ségolène, elle serait pas, dès fois, une socialiste de droite. Comme il avait dit, Pierre Bourdieu...
Mais bon, quand vous avez Sarkozy en face, vous arrêtez de vous poser des questions. Et vous vous dites que, après douze ans de chiraquisme, ma foi, cinq ans avec Ségolène Royal, ça peut pas faire de mal... Et puis, encore une fois, une femme à l’Elysée ! Nous, on demandait qu’à voir... Et les sondeurs, visiblement, aussi. Ils la donnaient (presque tous) victorieuse, en cet été 2006.
Alors, le coup de boule de Zidane, vous comprenez, on l’a vite oublié…

Juillet 2011. Comme disent les journalistes d’aujourd’hui, c’est « sans précédent ». Et pour une fois, c’est pas des menteries… De mémoire d’homme, de sondages, jamais j’ai vu un truc pareil…
Déjà, le gars qu’était élu, et haut la main, il a fini en prison... A Rikers Island... Avant d’être libéré sur parole. Sidérant !... Quand vous pensez que ce type écrasait Sarkozy dès le mois de novembre 2010, y’a de quoi avoir quelques regrets… Enfin, lui, il doit avoir des regrets. Les Français, j’en suis moins sûr… Bref…
Mais la suite est tout aussi inédite. Je sais pas si vous êtes au jus, mais c’est pas UN président qu’on a, là, mais DEUX :

Martine Aubry et François Hollande.

C’est la première fois que ça arrive ! C’est peut-être mieux, qu’il y en ait deux .. Quand on se souvient de ceusses qu’étaient élus, neuf mois avant l’échéance : Giscard en 1980, Barre en 1987, Balladur en 1994, Jospin en 2001 et Royal en 2006. Comment qu'ça a mal fini pour eux (surtout pour Barre, Balladur et Jospin qui, incompréhensiblement, n’ont même pas passé le 1er tour !).
Peut-être que s’ils sont deux, y’en a bien UN qui passera, cette fois... Ou pas…
Ou pas, because quand on regarde dans le rétro, parce que c’est l’été, qu’on a le temps, on s’aperçoit que les présidents élus neuf mois avant l’élection ne le sont plus le jour dit du scrutin...
Notez bien que je ne suis pas là pour gâcher votre bel été, ni celui de Madame Aubry et de Monsieur Hollande, mais qu’est-ce que j’y peux, moi, si les chiffres me donnent raison, et à eux, Martine & François, bien peu de chances de conquérir l’Elysée, le 6 mai 2012 ?

Or donc, voilà ENCORE un sale été en perspective.
Car, entre nous, partir ou pas, à Messanges ou au Porge, avec dans le cassis, l’idée que Sarkozy va en reprendre pour cinq ans, forcément, ça vous les rend amères ; les vacances.

13 juin 2011

Supprimons L’Election Du Président De La République Au Suffrage Universel

Quelle est l’élection qui, en France, mobilise le plus d’électeurs ?
La présidentielle.
Hormis le second tour de 1969 (qu’opposait Alain-blanc bonnet-Poher à Georges-bonnet blanc-Pompidou) le taux de participation a toujours été supérieur à 70% [1], dépassant même, dix fois sur seize, les 80%.
On pourrait s’en réjouir, y voir, là, un signe de bonne santé de notre démocratie.
Or, ce n’est pas le cas.

La-VIe-République.jpgCar pendant que la présidentielle capte l’électorat (et les médias), les autres élections (municipales, cantonales, régionales, législatives et européennes) perdent, scrutin après scrutin, des électeurs.
Ils n’étaient que 46,33% à s’exprimer lors du premier tour des régionales 2010 (77,93% en 1986) 44,32% au premier tour des cantonales 2011 (69,95% en 1992) tout de même encore, et c'est heureux, 66,64% au premier tour des municipales 2008 (78,80% en 1978).

Quant aux législatives, la dernière fois que le taux de participation fut supérieur à 70%, c’était lors du second tour de 1997 (70,97%).
Depuis que cette législative suit la présidentielle, elle ne mobilise plus (autant) ; or donc sur la période 2002/2007, que 62,42% au premier tour, et 60,14% au second, contre respectivement 78,5% et 78,76% pour la période 1958/1978, et 70,18% et 70,85% pour la période 1981/1997 [2].
Nous observons une baisse flagrante et constante de la participation pour cette élection, pourtant majeure qu’est la législative. Majeure, car qui, hormis le maire, est le plus proche d’un citoyen, sinon son député (qui, au passage, est souvent maire de sa commune) ?

Reste les européennes, qui n’ont jamais connu un grand succès, où nous sommes passés d’un taux de participation de 60,71% (1979) à 40,63% (2009). Etrangeté, bizarritude totale, quand on sait que c’est au Parlement européen que tout se décide
En effet, est-ce le président de la République qui peut influer en quoi que ce soit sur les directives de Bruxelles, voire les caprices de l’Allemagne, ou, un tant soit peu, les députés européens ?...
Le citoyen-électeur français est assez curieux. Sa faculté à se mobiliser en masse sur une seule élection – la présidentielle – semblerait accréditer la thèse qu’il croit en « l’homme providentiel », à celui qui va le sauver (ou le protéger).
Ce qui est un leurre total. Il n’y a pas plus éloigné du peuple, et de fait, que l’homme de l’Elysée…

L’abstention (progressive) aux diverses élections intermédiaires est moins due à un désintérêt du citoyen pour la chose publique et politique qu’à une polarisation exagérée sur un seul scrutin, cette présidentielle que le média nous présente comme capitale pour la nation... La rencontre entre un homme et le peuple, nous assure-t-on... Mais quel romantisme, dites-moi ! Ce doit en être, sinon, on n’aurait pas fait de François Mitterrand, un personnage de roman... De Sarkozy (mais aussi de Chirac, Villepin, Dati, etc.), un héros de cinéma.
Mais enfin, si véritablement le citoyen se désintéressait de la politique, comment expliquer qu’il se rue sur les urnes, la présidentielle venue ? D’aucuns – et ils n’auraient sûrement pas tort – objecteront que ça n’a, au fond, pas grand-chose à voir avec la politique. Nous sommes, en effet, tout bien pesé, et de plus en plus, dans une sorte de compétition sportive, un duel de supporteurs, voire un jeu qu’aurait moins à voir avec « Que Le Meilleur Gagne » que « Le Moins Pire L’Emporte », avec comme animateurs-commentateurs, les journalistes (qui donc, de fait, ne sont plus véritablement des journalistes). Pas très loin d'une vulgaire émission de télé-réalité. Un show. Un cirque. O combien médiatique (business is business) !
C’est ainsi qu’à ce jeu du « Moins Pire » on atteignit des sommets en 2002, avec un Jacques Chirac réunissant 82,21% des suffrages exprimés alors qu’il n’en avait récolté que 19,88% au premier tour (13,75% des inscrits).
Dans un autre style, on pourrait avancer l’idée qu’une partie non négligeable des électeurs ayant voté Ségolène Royal au second tour de la présidentielle 2007, l’ont moins fait par adhésion à ses idées, que pour barrer la route à Nicolas Sarkozy.

En réalité, la dernière élection où nous eûmes à faire un choix politique clair, je veux dire à choisir véritablement entre deux projets de société, et non deux personnes, c’est l’élection présidentielle de 1974. Et non celle de 1981, où, quoi qu’on en dise, une envie d’en finir avec Giscard a été déterminante.
1981 n’a été que le début de la fin. A commencer par la disparition progressive du clivage droite/gauche (entériné par la chute du communisme, puis par la construction européenne où les différences entre PS et UMP sont faibles et... par trois cohabitations). [3]
Ce n’est pas le fait du hasard si, aujourd’hui, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et quelques autres, causent d’UMPS.
Bref, en trente ans, nous serions passés de « la bande des quatre » (RPR, PS, PCF, UDF) au (pseudo) bipartisme ; (pseudo) bipartisme que le média distrait par l’introduction d’un concept dit du troisième homme.
Mais surtout, et avant tout, nous sommes désormais dans la personnalisation
.
Nous votons plus pour (ou contre) un homme que pour un projet de société. Plus pour (ou contre) un homme que pour un programme (ou un choix) politique. Et quand il se représente devant les électeurs, qu’il remet son titre en jeu, ce n’est pas son bilan qui primera. C’est lui. Veut-on encore de lui ou pas ?
Voilà à quoi nous sommes réduits. C’est maigre. C’est rien. Rien d’autre qu’une entourloupe.

Eh bien c’est avec ce « lui » qu’il faut en finir. Or donc, en terminer avec l’élection du président de la République au suffrage universel. Ainsi que le préconisait Michel Rocard en août 2006 [4]. C’est le seul moyen de rendre le pouvoir (ou, un tant soit peu de pouvoir) au citoyen, donc de redonner du sens à notre démocratie.
Le président – ou : chef du Parlement – doit être désigné par l’Assemblée nationale. Ce qui signifie que les élections législatives deviendront un des rendez-vous majeurs de notre vie politique. Avec un mode de scrutin revu et corrigé, permettant de prendre en compte la diversité d’opinions, d’idées et d’aspirations de nos concitoyens. C’est cette Chambre (enfin !) représentative du peuple français qui, suivant la majorité qui s’en dégagera, nommera, par un vote, le Cameron ou la Merkel, chargé de constituer un gouvernement.

Il ne s’agit aucunement de revenir en arrière, à un système bancal, comme celui de la IVe République. Mais de tirer les leçons de la Ve.
Et ces leçons tirées, de proclamer une nouvelle ère, moderne, adulte, responsable, respectueuse des citoyens, plus proches d’eux, qui n’a rien à voir avec la fausse-bonne idée dite de « démocratie participative » prônée par Ségolène Royal (qui n’est, en réalité, qu’une démocratie d’opinion – laissons cela à RMC Info) ni même avec un système référendaire (très prisé par le FN), mais avec une VIe République, qu’un temps, le « socialiste » Arnaud Montebourg défendait avec un peu plus d’ardeur que présentement.
Il conviendrait, d’ailleurs, que le candidat PS issu des primaires, fasse sienne cette proposition du député de Saône-et-Loire, et la porte durant la campagne présidentielle 2012. Plus qu’il ne conviendrait, c’est une exigence.

Posons-nous les bonnes questions.
Que nous apporte, concrètement, aujourd’hui, l’élection d’un président de la République au suffrage universel ?
Est-ce par ce mode de fonctionnement que notre société peut évoluer, progresser ? Et, plus directement, à quoi sert-il ? Et qui sert-il ?
En donnant plus de pouvoir au Parlement, donc aux citoyens, nous revivifierons notre démocratie. Les enjeux seront plus clairs. Evidents. Nous redonnerons, en outre, plus de poids aux élections intermédiaires et locales, comme les régionales, les cantonales et les municipales. Nous redonnerons à la politique, sa force, son sens, et ses lettres de noblesse.
Ce faisant, ce pouvoir accordé au Parlement, déterminant, pourrait contribuer, à terme, à rendre les élections européennes plus attractives, car le citoyen aurait plus conscience que c’est là que tout se joue.

Comment peut-on croire, en 2011, que c’est un homme, un seul, qui va régler nos problèmes ?
Comment peut-on croire, en 2011, en un système monarchique, aristocratique, oligarchique, qui n’a de républicain que le nom ?


[1] Excepté le second tour opposant Alain Poher à Georges Pompidou (68,85%) les autres « tours » de présidentielle ayant le moins mobilisé d’électeurs, sont le premier tour de 2002 (71,60% de participation) le premier tour de 1969 (77,59%) le premier tour de 1995 (78,38%) et les seconds tours de 1995 (79,66%) et de 2002 (79,71%).
Concernant la présidentielle de 2007, le premier tour est le 3ème meilleur premier tour de l’histoire de la Ve République avec 83,77% de participation, le second n’étant que le 5ème (83.97%) derrière ceux de 1974 (87,33%), 1981 (85,85%), 1965 (84,32%) et 1988 (84,06%).

[2] Depuis l’inversion du calendrier décidée par le Premier ministre Lionel Jospin, jamais les législatives n’ont aussi peu mobilisé : 64,42% au 1er tour de 2002, et 60,31% au second.
C’est pire en 2007, avec 60,42% au 1er, et 59,98% (un record sous la Ve !) au second.

On aura observé, itou, un taux de participation plus faible qu’à l’accoutumée après les élections présidentielles de 1981 et de 1988, où le président – François Mitterrand dans les deux cas – fraîchement élu, décidera d’une dissolution dans le seul but de demander au peuple de lui octroyer une majorité au Parlement ; ce qui tend à démontrer que le couplage présidentielle/législatives tue les législatives, et d’une certaine façon, la « démocratie réelle »

Le dernier scrutin tutoyant les 80% de participation est celui de 1986 (78%), le seul de l’histoire de la Ve République à un tour et à la proportionnelle.

[3] Le (pathétique) : "Je voterai François Hollande" d'un Chirac très affaibli physiquement (entre autres...) n'est que la confirmation de cette disparition du clivage droite/gauche.
Clairement, ça se joue désormais ailleurs...

[4] Extraits d’un entretien accordé par Michel Rocard (ancien candidat à l'élection présidentielle, celle de 1969) au site internet LCI.fr, le 31 août 2006 :

Rocard : Il faut supprimer l'élection du président au suffrage universel. Ce scrutin est aujourd'hui dévoyé. Il n'est plus le choix du patron de la France. Il sert à mesurer l'importance de tout courant d'idée pesant plus de 2% dans l'opinion, à droite comme à gauche. Du coup, la présence au second tour ne sera permise que pour un candidat dont le camp est le moins éclaté. C'est effrayant car ça revient à réduire le choix du chef de l'Etat à un jeu de dés. Un nouveau 21 avril est possible, disent les sondages. On verra bien le résultat, je fais part ici de mon inquiétude.

LCI.fr : Quelle est votre solution ?

Rocard : Limitons les pouvoirs du chef de l'Etat à la continuité de l'Etat et la garantie des valeurs suprêmes et faisons-le élire par le Parlement. Le débordement médiatique actuel autour de l'élection d'un homme aux pleins pouvoirs fausse le jeu. Sans tout ce sacré et cette gravité accompagnant le scrutin présidentiel, les acteurs du débat seraient des professionnels expérimentés. Tous ces métiers sont difficiles. Il vaut mieux avoir quelqu'un connu pour ses fortes capacités. Or dans le système médiatique actuel, les personnalités émergent très vite. Nicolas Sarkozy n'est pas tellement plus expérimenté que Ségolène Royal. Ce n'est pas une critique mais un constat, il apprend le métier. Il n'a ainsi jamais eu de responsabilités internationales...


 
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