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10 mars 2012

N’Alimentons Pas Le Sacre Annoncé De François Hollande !

Cela fait désormais deux ans que dans tous les sondages, OpinionWay compris, Nicolas Sarkozy est battu, écrasé même, par le candidat du PS, dans les intentions de vote de second tour.
Il le fut, tour à tour, comme dans le même temps, par Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et François Hollande. C’est du jamais vu pour un président sortant. Même le Chirac de 2002, avec toutes ses casseroles, son statut Guignol de « supermenteur », n’aura pas connu de telles projections, et sur un temps aussi lourd.

Alors on peut bien nous assurer, ici où là, que non, grand Dieu, tout n’est pas fini, que les jeux ne sont pas faits, à d’autres ! Evidemment que si, elle est pliée l’affaire ; évidemment qu’il est cuit, le Sarkozy. Il n’en reste pas moins qu’il serait fort dommageable que François Hollande remportât cette élection trop facilement, soit avec un écart trop grand.

Enfariné.jpgOh, j’entends ceux qui, déjà, protestent. Je connais leur refrain ô combien lassant : les sondages se trompent toujours !... Faux, je réponds ! Comment voulez-vous qu’ils se trompent étant donné qu’ils ne sont pas prédictifs ? Ils ne nous donnent pas le résultat d’une élection, en aucun cas ! Seulement le reflet de l’opinion à un "instant T". Rien de plus.
C’est du brut. Mais quid du net ?

Eh bien parlons-en !

Le net c’est la tendance, et c’est le temps qui la détermine. Plus elle s’inscrit dans le temps, plus elle dure, sans jamais mollir, faillir ou racornir, et plus elle indique un choix. Qui n’est pas forcément celui d’un président, pas même d’un futur, mais de ce qu’on ne veut plus. Or, quand durant deux années, et d’autant plus quel que soit l’adversaire lui étant soumis, aussi différent soit-il de profil comme de face ou de sexe, le président est systématiquement laminé, ça relève moins d’un désir (de l’autre) que d’un rejet (du président).

Et d’ailleurs, il suffit d’y regarder de plus près. Ce que peu font, et comme ils ont grand tort ! Tant c’est intéressant. Ainsi dans la dernière livraison Ifop, que découvre-t-on ? Eh bien que dans le cas d’un second tour opposant François Hollande à Nicolas Sarkozy, parmi les 56,5% affirmant qu'ils voteraient pour le candidat du PS, seuls 39% le feraient parce qu’ils souhaitent vraiment que François Hollande devienne "leur" prochain président de la République ; les autres, donc l’immense majorité (61%), pour empêcher une réélection de Nicolas Sarkozy. Et vous pouvez prendre tous les instituts, à quelques pourcents près, c’est la même chose.
Il n’y a donc pas de désir d’Hollande [1]. Juste un rejet de Sarkozy. L’envie, tenace, de s’en débarrasser.

De fait, ce n’est pas une présidentielle que nous vivons. Non : c’est un référendum. Grossier et primaire. Alors je comprends que certains, fort nombreux se réjouissent à l’idée de voir, enfin, Nicolas Sarkozy mordre la poussière ; pis : qu’il disparaisse à tout jamais de nos écrans. Bref, qu’il soit zappé de la vie politique française... Oui, je comprends, après toutes ces années, où rien ne nous fut épargné, du « Kärcher » à la « racaille », du Guilvinec au Salon de l’Agriculture 2008, du Fouquet’s à l’Epad, du discours de Dakar à celui de Grenoble, de Kadhafi à Bachar al-Assad ; et tous ces mensonges, et tous ces sophismes, et toute cette vulgarité. Cette façon détestable de parler au peuple français, de lui faire gober couleuvres sur couleuvres ; et cette Droite populaire, et cette Nadine Morano, sans oublier le fin du fin : Claude Guéant... Oui, y’a matière. Même que, si on pouvait, bordel ! on les effacerait de l’Histoire ces dix années-là, cette période "post-21 avril". Tant tout est là, dans cette date-là : le 21 avril 2002. Ah, l’inconséquence de nos responsables politiques, de l’UMP comme du PS d’ailleurs ! Ah, la sale course à l’échalote frontiste… Oui, je sais, ça a commencé bien avant, mais avouez que depuis 2002, on bat des records ! On a beau dire des Autrichiens, des Hongrois, mais entre nous, on ferait mieux de ne pas trop l’ouvrir.
Des leçons, on en a plus à donner. A personne.

Or donc, il va être élu, Hollande. Et ça ne me plaît guère. Je ne m’en réjouis pas, pour être clair.
Je ne l’étais pas plus quand François Mitterrand conquit le château un 10 mai 1981. Nonobstant, je reconnais que l’homme, Mitterrand, aura su, lui, susciter le désir, l’espoir, une force, vraiment.
Je m’en souviens très bien de tous ces gens, ceux du 10 mai, comme ils y croyaient. Persuadés, qu’ils étaient, que leurs vies allaient changer. Qu’enfin, justice leur serait rendue. Justice, c’est bien un mot de gauche, non ?... Je reconnais, oui, qu’il y avait, là, une vraie joie, palpable, presque tactile, ce 10 mai. Et puis, tout de même, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés (1982), la retraite à 60 ans (1983), toutes ces réformes votées alors que la France venait de connaître « la crise la plus grave que le monde ait connue depuis 50 ans » (Valéry Giscard D’Estaing – 2 mars 1981 – extrait de sa déclaration de candidature) ç’avait de la gueule. Ça ressemblait à une politique de gauche. Mais là…

Là, nous allons porter aux responsabilités des revanchards, des morts de faim. De ceux qui ne visent qu’une chose et une seule : le pouvoir. C’est juste un parti qui va prendre la place d’un autre. Lui régler son compte par la voie des urnes. C’est juste un clan qui fera la nique à l’autre.
Et d’ailleurs, regardez-les, lisez-les, observez-les ! Cette arrogance, comme ils ont du mal à la cacher. Ils ont tellement hâte d’y être. Enfin, ils vont pouvoir laver l’affront, pensent-ils, celui du 21 avril 2002.
Et que dire de leurs militants ou de leurs soutiens, notamment sur Internet, dans la jungle des réseaux sociaux et celle de l’agonisante et désolante blogosphère ! Comme ça relaie, moutons, sans se poser la moindre question, le dernier communiqué, la prochaine action, la plus petite vidéo. Comme ça s’acharne, telles des hyènes, sur la dépouille sarkozienne. Ah, je les vois déjà hurler, vociférer, brailler, le soir du 6 mai. Ils vous le diront, retenez bien, que voilà un nouveau 10 mai ! Vous verrez ! Rien que d’y penser, j’en ai la gerbe. Ce ne sera pas un nouveau 10 mai. Mais un mensonge grand format.

Cependant, il reste une quarantaine de jours. C’est suffisant. Pour enrayer cette mécanique. Oh, pas pour l’empêcher, je l’ai dit, c’est râpé, il a gagné le rouennais de Corrèze ! Non, mais pour faire en sorte, et de toutes nos forces, que cette victoire ne soit pas un triomphe. Car imaginez, qu’elle l’emporte, cette équipe-là, par 58 à 42, mais je vous le dis : dans ce cas, ils ne vont plus se sentir, les mecs. Ils vont se croire autorisés à tout, jusqu’à son exact contraire... L’arrogance qu’ils masquent à grand peine, présentement, pour le coup, avec un tel score, un plébiscite, elle va (nous) exploser (à la gueule)…

... Moscovici
, et tous les anciens strauss-kahniens, vous allez apprendre à les connaître, quand plus aucun frein ne les retient... Et Montebourg. Ah, Montebourg ! Le nouveau Jack Lang ! Tout à fait le profil à vous sortir, grandiloquent, qu’il « est né socialiste et qu’il mourra socialiste » ! Quand je pense que des pauvres gens lui ont refilé 17 et quelques pourcents de suffrages lors de la "primaire citoyenne", c’est à pleurer ! Ils se sont fait berner, et dans les grandes largeurs ! Montebourg, l’aile gauche du PS, mais comment ? Comment on a pu en arriver là ?... Mais c’est une imposture, vous savez !... Qui s’en souvient de cet été 2006, où il trahit ses camarades du courant "Rénover Maintenant" [2] en soutenant, par pur opportunisme, la candidate des sondages, Ségolène Royal ? Et Hollande et Aubry, qui étaient soi-disant « les deux faces d’une même pièce », ô combien responsables de l’échec, celui du 21 avril. Et cette lettre ridicule adressée aux deux impétrants. Rien ne l’arrête(ra).

Oui, il reste quarante jours pour endiguer la vague. Celle qui va prendre l’Elysée, puis l’Assemblée. Après le Sénat. Les pleins pouvoirs... On parlait, naguère, d’un « Etat RPR » ? Eh bien, nous allons droit vers un « Etat PS » ! Ils étaient insupportables, les types de droite ? Soyez assurés que ceux-là, qui se prétendent de gauche, et usurpent depuis des décennies le terme de "socialiste", le seront tout autant !... Quoi, la justice sociale ? Vous rêvez ! Où est-elle dans le programme de M. Hollande ? Suffit-il, aujourd’hui, de déclarer que l’ennemi c’est la finance, pour être considéré derechef comme l’allié objectif des classes moyennes et populaires ?... Allons, ce sont des mots, ou des bons mots, qui ne valent pas bien chers en terre de Traders ; la City, par exemple…

Sarkozy défait, je suis pour ! Mais ric-rac. Histoire de leur rabattre, avant qu’il ne soit trop tard, leurs caquets. Une victoire raisonnable, et même, soyons fou ! difficile, avec pour commencer un premier tour serré. Ainsi, ils seraient au moins contraints et forcés de composer. De prendre en compte les diverses sensibilités ou aspirations exprimées par le peuple.
Parce que si c’est un sacre, alors, Adieu Berthe ! N’oubliez jamais que ce n’est pas un homme que vous portez au pouvoir, mais un appareil. Un parti. Une aberration. Avec, au perchoir, Ségolène Royal. Ça promet !

Ah, si encore ils étaient de gauche. Si y’avait dans leurs gènes, un peu de Jaurès, et même de Mendès, nous pourrions leur faire triomphe. Mais ces gens-là sont des libéraux, un peu moins brutaux, certes, que les droitards, mais des libéraux quand même, qui acceptent, et sans barguigner les lois du capitalisme, le diktat des marchés. Ceux qui s’en sortiront, on les connaît. Ce ne sont pas les travailleurs précaires, ni même les travailleurs tout-court, les besogneux j’entends. Mais ceusses de la classe assimilée supérieure. La génération des iPhone et des Ipad. Bref, celle qui ne manque de rien. Mais qui s’indigne de tout.

Alors éparpillez-vous, dispersez-vous, votez Mélenchon, Poutou, Arthaud, et même Bayrou si ça vous chante (Bayrou n’étant rien d’autre qu’un Hollande du Béarn) n’ayez pas peur, puisque de toutes les façons, c’est inscrit, dans les tendances et le temps, Sarkozy, ils n’en veulent plus, et c’est tant mieux.
Oui, parce que c’est fait, parce qu’on sait que la victoire ne peut plus leur échapper, vous qui pensiez, par peur de je ne sais quel 21 avril, par prudence ou discipline, voter comme ils disent, "utile", n’en faites rien. Faites vivre la démocratie, la diversité, la liberté d’opinion et de conscience. Ne concourrez pas au sacre annoncé. Déjouez-le ! Réduisez-le ! Humanisez-le !


[1] Comme il n’y avait pas plus un désir d’Aubry.
En revanche, c’était un tantinet différent avec DSK. Lui seul pouvait réunir sur son nom un vote d’adhésion. A tort ou à raison, une partie des citoyens le considérait comme un économiste solide, une valeur sûre. Et d’ailleurs, quand en juillet 2011, l’affaire du Sofitel présentant de plus en plus (comme il fut dit) des « zones d’ombres », à ce point que d’aucuns parlèrent de « complot » visant à écarter cet homme de la présidentielle, et qu’on évoqua alors, non sa réhabilitation, mais la possibilité d’un retour, comment alors réagit l’opinion ? Eh bien lui qui écrasait Sarkozy depuis des mois dans toutes les projections de second tour, le battait encore par 54 à 46 ! [Sondage BVA publié le 12 juillet 2011] ! Oui, malgré le Sofitel, en dépit des circonstances, deux mois après ce fameux 14 mai 2011, il était encore donné vainqueur ! 

[2] "Rénover Maintenant" était un courant créé par Arnaud de Montebourg. Courant issu du NPS. Lorsque le député de Saône-et-Loire annonça, en août 2006, qu’il soutenait la candidature de Ségolène Royal, plusieurs responsables locaux, adhérents de "Rénover Maintenant", s’en émurent.
Par voie de presse, ils dénoncèrent cet accord passé entre leur leader et la présidente de la région Poitou-Charentes :
« Nous n’acceptons pas que notre désir de Rénover Maintenant soit sacrifié au baromètre des sondages ou des arrangements entre amis ».
Et de réclamer, comme il était prévu, une candidature Montebourg (à la "primaire" des 9 et 16 novembre 2006) afin de porter leurs idées et valeurs.
Ils ne furent pas entendus. Montebourg, trop soucieux du sens du vent, n’en eut cure.
 

28 novembre 2011

Non Monsieur Hollande, Vous Ne Serez Pas Le Prochain

Et voilà. C’est reparti comme en 1995. Ou comme en 2007. Et allez savoir si ça ne finira pas comme en 2002 ; mal. Oh bien sûr, pour le moment, il ne semble pas y avoir péril en la demeure. François plane encore dans les sondages. Mais je crains que ça ne dure point. Que le soufflé retombe. Lentement. Mais sûrement. Et là : adieu Berthe. Terminus pour le PS.

Jospin II.jpgPourtant ça se présentait bien, voyez. Mais ça, c’était du temps où DSK était le champion du PS. Qu’il écrasait tout. Et la primaire. Et la présidentielle. Dans cette configuration, le député de Corrèze, il était à son aise. Dans la peau qui lui sied : celle du challenger. Il était, ce brave homme, téméraire, loser magnifique, qu’allait s’opposer au Big Boss, le grand manitou du FMI, DSK et toute sa clique. Je m’en pourléchais d’avance… Ah, me disais-je, c’est une chance ! Enfin (peut-être) nous allons y avoir droit, au socialisme. Enfin, oui, nous aurions le choix.
Hollande représentait, alors, une alternative. Une possibilité. Une île.

Oh bien sûr, je n’étais pas dupe, j’ai de la mémoire, je n’ai pas oublié que François, il a tout voté, et des deux mains, s’il vous plaît : Maastricht et tutti. Et, concernant le fameux Traité pour une Constitution Européenne, comme Jospin, comme Royal, il fut un fervent défenseur du « Oui ». Alors que Mélenchon, non... Mais, le temps passant, les alliances allant, venant, et puis aussi, la solitude, tant de paramètres, la crise notamment, la mondiale, bref, je pensais que cet homme, Hollande, avait pris la mesure. Qu’il l’avait fait, pour de vrai, cette fois, l’inventaire.

J’avoue, je me suis trompé. Et dans les grandes largeurs.

Nonobstant, qu’on ne s’y trompe pas. L’homme est brillant. Si loin de cette image que d’aucuns lui collent. Des ignorants pour la plupart. Des paresseux, il va de soi. De ceux qui gobent les images médiatiques, sans jamais en vomir. Des perroquets. Des inutiles.
Oui, je l’affirme et le maintiens, François Hollande est un homme politique de qualité. Ni Flanby. Ni transparent. Redoutable, assurément... Mais peu importe. Ce serait une perte de temps que de le démontrer par A+B. Et puis, désormais, ça ne sert plus à rien. L’affaire étant entendue. Hollande a rompu. Le socialisme, vous n’en verrez pas la queue. Rien. Zéro...
Autant le dire, c’est un gâchis. Et il est, ce gâchis, impardonnable et scandaleux.

Ce DSK, mazette ! Il nous aura bien pourri la vie. Et, si ça se trouve, c’est loin d’être fini. J'vous le dis, on n’est pas à l’abri d’une révélation bien embarrassante. Pour le PS, exclusivement. Mais n’anticipons pas. Laissons le temps, cet acide, faire son œuvre… 
Toujours est-il que, tant qu’il était là, DSK, il y avait un espoir. Et cet espoir, c’était François. Car il était l’opposant. Il était l’anti-DSK déclaré... Et puis, boum, patatras, le grand argentier se fait salement serrer... Comme disent les journalistes, ces gens qu’ont tellement d’imagination qu’ils emploient toujours les mêmes mots, toujours les mêmes expressions, « les cartes sont rebattues ».
D’une certaine façon, oui. Mais pas pour le meilleur. Non : pour le pire. Car, brutalement délesté de son adversaire, François, alors, se perd. Il erre comme une âme en peine... Que dire ? Que faire ? Qui affronter, désormais, sur le terrain des idées ?... Aubry ? Laissez-moi rire !...
C’est plus une primaire, le grand beau match pour la présidentielle, non, c’est un congrès du PS qui se dessine. Une histoire de motions. Ni plus, ni moins. Il ne reste plus qu’à habiller cette affaire, la maquiller, pour que ça ne se voie pas trop, que l’illusion soit parfaite.

DSK, ou plutôt la chute de DSK, a tué Hollande. Net. C’est à partir de ce point, mai/juin 2011, que tout part en vrille. Que l’homme se rétracte. Retrouve ses mauvais réflexes de premier secrétaire. Qu’il remise par devers lui son socialisme. Non pas qu’il était flamboyant, son socialisme, faut pas pousser non plus ; le PS, on le sait, le socialisme, c’est plus sa tasse de thé depuis lurette. C’est d’ailleurs la raison essentielle, principale, de ses échecs successifs aux dernières présidentielles. Dix-sept ans que ça dure. A croire qu’ils sont aveugles et sourds. Ou pétris de trouille.

Orphelin de l’homme qu’il rêvait d’affronter, Hollande se délite. D’une certaine façon, Aubry, n’a pas eu tort, en employant cette expression, vacharde, mais qui fit mouche, celle de « gauche molle ». Certes, c’était comme qui dirait l’hôpital qui se foutait de la charité, tant, tout bien pesé, à quelques détails insignifiants près, Aubry, c’est la même crémerie, les mêmes ficelles, la même politique : c’est du fade. Et si peu de gauche.

Or donc, voilà Hollande qui nous la joue raisonnable, crédible, et surtout : prudent. Moins je me mouille, mieux ça sera. D’autant que l’industrie sondagière est avec lui... Ah, ces sondages, mais quel cancer ! On ne dira jamais assez, à quel point, ils sont les ennemis du débat politique, des idées, de la démocratie. Mais passons… Et entrons dans le vif. C’est-à-dire, à ce qui, inéluctablement, va conduire, cet homme, François Hollande, à la défaite. Une de plus.

Pour quelle(s) raison(s), dites-moi, le peuple français, accorderait, dans sa majorité, suffrages au candidat du PS ?
Si c’est pour se débarrasser de Sarkozy, c’est trop court. Je veux dire : c’est insuffisant. Et d’ailleurs, ça ne suffira pas.
Pourquoi (pour être plus clair) le peuple enverrait-il à l’Elysée un homme qui ne représente pas une alternative, mais juste : l’alternance ?

Mais le peuple s’en moque de l’alternance, Monsieur ! Lui, ce qu’il veut, c’est une autre politique.
Ce que veut le peuple, c’est une alternative, vraie, réelle. C’est un homme, une équipe, qui se lèvent, fièrement, et disent « non » ! Non à la finance et son diktat, non aux banquiers, non à ce système injuste qui nous broie, qui fait de nous des numéros, des moins que rien.
Ce que veut le peuple, c’est le changement, et en profondeur.

Nous ne voulons pas un Zapatero, un Papandréou, de ces socialistes de pacotille qui ont plié sous la loi des marchés, ont fait subir à leurs peuples des plans d’austérité, que même un Reagan, que même une Thatcher, n’auraient jamais osé appliquer !
Nous voulons que la France soit le fer de lance du « Non » et de la Résistance !
Nous voulons que la France soit le premier pays d’Europe à proposer une autre réponse. Pour une autre vie.
Et parce que vous n’êtes pas cette réponse, Monsieur Hollande, parce que, tout comme vos camarades Zapatero, Papandréou, vous n’êtes pas socialiste, Monsieur Hollande, vous ne serez pas le prochain Président de la République Française.

Pourtant, vous aviez un boulevard devant vous. Une chance même. Elle porte un nom : la crise. Car oui, c’est une chance. C’était l’occasion, ou jamais, de porter sur le devant de la scène, haut et fort, de nouvelles idées, de nouveaux projets, une alternative.
Mais non, vous restez engoncé dans votre centre. Etriqué. Mimant Mitterrand ; François malheureusement, pas Danielle !
Mais si vous l’aviez fait, l’inventaire, alors vous sauriez !
Si vous aviez pris la mesure, alors, vous sauriez !
Mais non, vous n’avez rien travaillé, rien compris. Rien entendu.

Mais Monsieur, si Jospin a perdu en 1995, puis en 2002, ce n’est pas à cause de Chevènement, de Taubira, c’est juste que les Français n’en voulaient pas. Et vous savez pourquoi ? Parce que la politique qu’il portait, le projet qu’il défendait, n’étaient pas socialiste. Parce que, comme vous, il a joué au centre. Et Royal, c’est pareil. Dix-sept ans que ça dure. Avec une gifle, une monumentale, le fameux 21 avril... Jamais, n’est-ce pas, vous n’avez compris, véritablement, ce qu’il s’était passé cette année-là ? Le pourquoi. Or, c’est du limpide. C’était un cri. Un appel. Vous nous avez abandonnés, que ça disait…

Vous savez, les types de droite (Sarkozy, par exemple) ils sont vraiment de droite ! Et c’est pour ça qu’ils gagnent les présidentielles.
Mais vous, les socialistes, le peuple le voit bien, que vous n’êtes pas vraiment de gauche. Il sait, le peuple, du moins il a une idée, de ce que c’est le socialisme. C’est précis comme terme. Comme doctrine. Comme concept. Politiquement, économiquement, socialement, ça fait sens. Le peuple, c’est peut-être une masse, la plèbe infâme, n’est-ce pas, mais faut pas lui raconter des salades. Il préfèrera toujours voter pour un type qui est vraiment de droite que pour un type qui se dit de gauche, mais qui ne l’est pas vraiment. Logique, non ?... Eh si !... Parce que : un type de gauche qui n’est pas vraiment de gauche, c’est quand même, un peu, un type de droite, non ?
Alors autant voter pour l’original, vous ne trouvez pas ?

Le-Cauchemar-Français.jpgNon Monsieur Hollande, vous ne serez pas le prochain. Comme Jospin, comme Royal, vous ne passerez pas. Et pour les mêmes raisons. Ou quasiment... Elle est pliée, l’affaire. Il reste trop peu de temps, pour tourner casaque, se faire socialiste. Mais ce sera votre faute. Pas la nôtre. Ah, ne venez surtout pas, au printemps prochain, nous faire la leçon, la morale, ou je ne sais quoi. Ce serait bien malvenu…

C’est le petit, le Nicolas, qui va rempiler. Cinq ans de plus, et allez donc !... Que voulez-vous que j’vous dise ?... Que ça me fait plaisir ? Du tout ! J'vous prie de me croire… Ceci dit, cette nouvelle défaite sera peut-être, et enfin, la bonne. Celle qui mettra un terme à ce parti qui se dit socialiste. Ce qui est, convenez-en, une imposture grand format… Ah, si seulement vous aviez eu ce courage, ou cette honnêteté, de débaptiser votre parti, de virer ce terme que vous usurpez depuis tant d’années, celui de socialiste, alors oui, ce serait différent. Qui sait, même, si vous n’auriez pas trouvé une majorité ! Mais là, vus le contexte, les enjeux, les souffrances, le dépit, le ras-le-bol, et surtout, considérant l’imposture, Zapatero, Papandréou, cette Internationale socialiste qui n’a de socialiste que le nom, non, vous ne passerez pas ! Parce que vous n’êtes pas une alternative. Or, c’est d’une alternative que le peuple français a cruellement besoin. Et l’Europe aussi.

Vous savez, Monsieur Hollande, pour moi, la politique, ce n’est pas une affaire de supporteurs. Je n’en ai cure de crier, bêtement, le 6 mai prochain « On a gagné ! » sous prétexte que je suis de gauche. Moi, ce que je veux, c’est gagner véritablement. Avec une politique de gauche. Pas un truc à la petite semaine, qui ajuste à la marge. Autant voter Bayrou, dans ces conditions, non ? Du reste, c’est bien ce que le PS est devenu, en réalité : un MoDem bis. Une petite chose sans envergure, sans moelle, sans fierté.

Qu’est-ce qui vous distingue, au demeurant, de Sarkozy ? Hormis la personnalité, et deux ou trois détails sans grande importance ; sans grande importance parce que ça ne changera rien à notre quotidien. Nous vivrons toujours aussi chichement, voire aussi mal.
Et puis, aussi, je voulais vous dire : ce peuple, celui du bas, vous l’avez définitivement abandonné, Monsieur. Il n’est pas venu voter, d’ailleurs, pour la primaire citoyenne. Y’avait pas lerche d’ouvriers, d’employés, n’est-ce pas ? Ce sont les cadres supérieurs qui votent pour vous, désormais. Les urbains. C’est ça la gauche ? C’est ça notre avenir ? C’est Jack Lang, encore ?... Ah non ! Non Monsieur, vous ne passerez pas. Vous ne serez pas le prochain. Profitez bien de cet instant, où les sondages vous font roi. Profitez, ça ne durera pas. Vous savez, les printemps sont parfois, souvent, meurtriers…

Allez donc vous faire cuire un œuf chez Terra Nova. Chez Fouks. Chez qui vous voudrez. On s’en moque. Mais vous ne passerez pas. Vous ne serez pas le prochain. Juste le suivant. Après Jospin et Royal. Quelle tristesse… Vous aviez, crise aidant, un boulevard pour qu’enfin, le socialisme naisse. Gâcher une chance pareille, une telle opportunité, c’est vraiment impardonnable, Monsieur.
Vraiment impardonnable.

 

17 novembre 2011

Rions Avec Cécile & Martine

Lol-C-Du-Mox.jpg


Cécile - T'as vu la tête d’Éva ? [rires]
Martine - Et celle de François ! Regarde donc la tête qu'il fait ! [rires]
Cécile - Comme on te les a grave niqués "nos" candidats ! [rires]
Martine - Chante avec moi, Cécile : ♫ Il est libre, MOX
Cécile - ♫ ... Y'en a même qui disent qu'ils se sont fait voler ♫ [RIRES]


 

20 octobre 2011

Rien(s) Sur François Hollande

Or donc, François Hollande. Désigné, par les « sympathisants de gauche », candidat du PS pour concourir, l’an prochain, à la présidentielle 2012. Dernier espoir (de victoire). Après trois échecs retentissants. Deux avec Lionel Jospin, largement battu en 1995, puis humilié en 2002, et le dernier avec la rocambolesque Ségolène Royal  en 2007 [1]. Dernier espoir, car c’est Hollande lui-même qui l’a déclaré : « En 2012, le candidat socialiste devra gagner ou bien le parti [Socialiste] risque vraiment cette fois de disparaître » [2].

Gagner-Ou-Disparaître.jpgCe choix-là, celui d’Hollande, n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour l’UMP.
Plus encore pour le clan Sarkozy.
Un clan menacé par les « affaires ». Reliquats d’une guerre ancienne, fratricide, entre balladuriens et chiraquiens.
Une guerre qui, jamais, ne s’est vraiment éteinte.
Voilà qui nous promet du sanglant et bien des crocs-de-boucher.
Comme disait le balladurien Léotard, « ça va mal finir ». Mais passons…

Ce clan (car c’en est un) celui de Sarkozy, avait ses « préférés ». DSK, bien sûr.
Ah ! Il lui promettait la « lessiveuse ». S’en pourléchait d’avance. Tout était prêt. Et depuis lurette. Le DSK, il allait morfler. Copieux.
Et puis, boum patatras, voilà que le grand manitou du FMI chute.
Les théoriciens du complot y virent la main du pouvoir. En loucedé. Grotesque ! Un adversaire si faillible, on le garde précieusement, on n’y touche pas, pour mieux le dégommer en campagne présidentielle.
Oui, DSK, vraiment, était une aubaine pour Sarkozy. C’était le meilleur adversaire possible. Il n’y a que le PS qui ne s’en est pas rendu compte. Tellement sevré de victoires élyséennes, qu’il ne voyait pas la poutre.

DSK out, Sarkozy misa alors sur Aubry. Second choix, mais jouable.
D’abord, parce que c’est une femme, et que, là-haut, ils en sont convaincus, n’est pas venu le temps où les citoyens Français enverront une femme à l’Elysée. D’autant plus, celle-ci. Trop « sectaire », voire même « méchante » (François Hollande le pense aussi, soit-dit en passant). Et lestée de casseroles plus qu’identifiables, à commencer par le pacte avec DSK, éliminatoire selon eux. Mais aussi, « les 35 heures », et d’autres boulets, comme Guérini, le bourrage des urnes en novembre 2008, et j’en passe. 
Eh bien non, encore raté, la maire de Lille, bien qu’assurant représenter la « gauche forte », ne sera pas opposée à Sarkozy, l’an prochain.

C’est donc Hollande qui sera l’adversaire de Sarkozy en 2012 ; avec Marine Le Pen en embuscade. Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’UMP, car ils n’ont rien sur Hollande. Pas un dossier qui fâche, pas une déclaration suspecte, même pas de réelles différences idéologiques, rien.
Oh ! Il y a bien eu cette « affaire Tristane Banon », où l’homme, alors premier secrétaire aurait été contacté par l’écrivaine. Seulement voilà, Banon vient de lâcher l’affaire. On remarquera – mais allez savoir ! Ça n’a peut-être rien à voir – que mademoiselle Banon, nouvelle égérie ( ?) de certaines féministes, abandonne le combat, une fois son livre sorti, et… la primaire terminée. Circulez, y’a plus rien à voir. Ni à entendre…

Or donc, rien, ils n’ont rien sur Hollande. Et ça les emmerde.
Par où le prendre ? Comment le mettre en « défaut » ? Ce centriste. Que Bayrou apprécie. Cet homme du consensus. De la synthèse. Ce pragmatique qui n’a jamais caché que, concernant les retraites, « il faudra forcément cotiser davantage ». Un type qui veut réduire « les déficits, la dette » et réformer notre système fiscal. Et dont quelques « lieutenants » se nomment Rebsamen, Sapin, Moscovici, voire Valls.  Aussi, Pascal Terrasse.
Et si j’ajoute qu’Hollande est un pur deloriste, voilà qui complique sérieusement la tâche du clan Sarkozy.

Quant à l’attaquer sur les chiffres, considérant les leurs (dette, déficit, faillite en ce qui concerne le commerce extérieur, chômage, etc.), quand bien même une crise « sans précédent » serait passée par là, c’est un (très) mauvais angle. Il ne marchera pas. Du reste, l’électeur, plus il est noyé sous les chiffres, plus il décroche. Et concentre son attention ailleurs. Le tempérament, par exemple… Ne soyons pas hypocrites, c’est bien souvent la personnalité du candidat qui fait la différence. Bien plus que le programme qu’il porte. On peut le déplorer, mais c’est ainsi. Une présidentielle, désormais, ce n’est rien d’autre qu’un casting story-tellé. Nous ne sommes plus très loin d’une émission de télé-réalité.

Ceci étant, Hollande a-t-il déjà gagné pour autant ? A en croire les premiers sondages d'après primaire, oui. C’est que, dites, il a beau dire, Sarkozy, que « neuf fois et demie sur dix », ils se trompent, ces sondages, on a rarement vu un tel score (virtuel) à moins de sept mois d’une présidentielle. Le dernier à l’avoir atteint, pour info, c’était DSK

Eh bien non, Hollande n’a pas encore gagné cette présidentielle.
Non pas qu’il puisse commettre une erreur fatale, tant l’homme est bien préparé, aguerri, affuté, et surtout, déterminé, mais son parti, le présumé socialiste, lui, pourrait bien le handicaper. Ce ne serait pas la première fois, nonobstant, que ce PS se ferait hara-kiri. Sciemment.

Et la principale raison, outre les inimitiés tenaces, c’est que, comme Jospin, le programme de François Hollande « n’est pas socialiste ». Mais contrairement à Jospin, lui, il ne le dira pas. Trop futé.
Oh bien sûr, il a signé le projet du PS. Qui n’est pas très socialiste, non plus, si vous vous penchez sur l’objet. Mais il l’est un tantinet plus que ce que veut faire Hollande. Une fois élu.
Car, qu’on ne s’y trompe pas, Hollande, encore une fois, n’est pas socialiste. C’est un technocrate. Brillant, ça oui, mais il a plus à voir avec le centrisme « raisonnable » (à la Bayrou) qu’avec les grandes idéologies de gauche.

Or donc, toute la question est de savoir jusqu’où le PS acceptera et le consensus, et la synthèse. Jusqu’où il peut aller dans le renoncement au socialisme. Aux valeurs de gauche. Quand bien même, il aurait déjà fait un sacré bout de chemin dans ce sens-là.
En d’autres termes, est-ce que la victoire, je veux dire, la conquête du seul bastion qui lui manque (l’Elysée, donc)  peut suffire à, et justifier une telle politique ?
Nous verrons bien. Nous le saurons même, assez vite.

Tout dépendra, aussi, de la situation internationale, et particulièrement de l’évolution de la zone euro. C’est sur ce point que tout, ou presque, va se jouer. Parce que, ce que cette primaire a, en partie, montré, c’est que la fracture, celle du 29 mai 2005, est encore vivante. Elle est toujours source de divisions au sein même du PS. Divisions idéologiques.

En conclusion, si effectivement, le choix de Hollande est une mauvaise nouvelle pour Sarkozy, car compatible avec le « système » (médiatique, économique), anguille de surcroît, habile, rassurant aussi, il reste un imprévisible : l’attitude d’une partie du PS.
Il n’est pas dit, pas plus écrit, que l’unité sera la règle. Du moins, qu’elle tiendra jusqu’au 22 avril prochain. Tant on connaît les lascars.

J’ajoute un autre imprévisible (quoique, si l’on en croit les sondages, il ne l’est pas tant que ça) : Marine Le Pen. Qui, pour le moment, observe, avec un brin de gourmandise, ce qui se dit, ce qui se décide. Et parie, et sur un effondrement de la zone euro, et sur la colère des peuples. Qu’elle compte bien agréger, porter.
Il me semble, à cet égard, que le véritable Adversaire de François Hollande n’est pas Nicolas Sarkozy, mais bien Marine Le Pen. Face à un tel Adversaire, pas sûr, là encore, que le consensus, la synthèse, le centrisme, soient LA réponse que les électeurs attendent.

Bref, les jeux sont loin d’être faits.


[1] La désignation, le 16 novembre 2006, de Ségolène Royal par les militants du PS, n’a été, en réalité, qu’une victoire pour les instituts de sondages. C’est eux qui ont fait le match : Sarkozy/Royal.
D’une certaine façon, ils ont verrouillé le scrutin, prenant ainsi une revanche sur leur échec, avéré, en 2002.
Ceci étant, l’appareil du PS, encore traumatisé par ledit 21 avril 2002, aura très mal appréhendé cette primaire 2006. Et, au bout du compte, la victoire de Royal, c’est aussi l’échec du PS.
On remarquera que, par la suite, cet appareil aura fait payer, et très cher, à Ségolène Royal, ses propres manquements, son absence de ligne claire (éclatante concernant le référendum à propos d’une Constitution Européenne), ses divisions.
Voilà pourquoi je dis que le choix de Royal, pour 2007, était rocambolesque. Et, bien entendu, voué à l’échec. Nonobstant, quel que soit le candidat PS choisi, il n’avait aucune chance face à Sarkozy. Le PS n’étant pas prêt pour cette échéance. Du fait même de ses divisions affichées à propos du 29 mai 2005.

[2] Propos tenus par François Hollande, le mardi 21 juillet 2011, lors d’un entretien accordé au quotidien italien Il Corriere della Sera.

 

06 octobre 2011

Ce Qui Plombe Le Parti Socialiste

Passons sur la forme, debout derrière un pupitre, par le temps de parole limité, deux éléments qui concoururent à faire de ces débats quelque chose de passablement guindé. Six candidats dans un carcan. Avec pour s’en échapper, le recours au tutoiement, aux prénoms (« Je suis d’accord avec Martine », « Est-ce que François peut nous expliquer… », « Pas de coups tordus, Arnaud »…).
La forme importe peu. C’est le fond qui compte. Ce qui s’est dit. Et ce que l’on en tire. Un aveu collectif. Celui d’impuissance. Bref : plombant.

Les-Bras-Croisés.gifCe qui plombe le Parti socialiste, ce n’est pas DSK. Mais ceux qui l’ont soutenu. Avant de comprendre, un peu tard, qu’ils étaient dans l’erreur, le déni. Mais, jamais, ils ne feront amende honorable, reconnaîtront qu’ils eurent tort. Tant ils sont pétris de certitudes, d’arrogance, voire de mépris. Pour eux, toujours, « Les jeux sont faits ». Ce ne sont pas des socialistes, mais des croupiers.

Ce qui plombe le Parti socialiste, ce sont ses girouettes, ses opportunistes. Fabius, par exemple. Héraut du « non » au Traité pour une Constitution Européenne, avant, le misérable, de tourner casaque. J’appelle cela : « Trahir la confiance du peuple souverain (de gauche) ».
Plus encore, Jack Lang. Toujours prompt à se ranger dans le camp du vainqueur potentiel. Avant-hier, Royal, hier Aubry, aujourd’hui Hollande. Lang c’est le Séguélisme. L’anti-gauche. Le bobo dans toute son horreur. Langue de bois. Toujours là. Qu’on se demande comment c’est possible. Tant il est grotesque et creux. Petite sangsue. Sans envergure. Faussaire. Et fossoyeur. Une honte totale, insupportable.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est son renoncement. Aux valeurs de la gauche. C’est sa conversion au libéralisme.
Bertrand Delanoë, ce commercial, aura – et comme on l’en remercie ! – eu l’impudeur de l’affirmer, clairement : « Oui, je suis libéral ET socialiste ». Ce qui ne peut être possible. C’est l’un ou l’autre.
En vérité, cet « outing » renvoyait à icelle jospinerie : « Mon programme n’est pas socialiste ».
En bon protestant, rigoureux, austère, sincère, Jospin convenait, entre les lignes, à mots couverts, que son programme était libéral. Donc, non-socialiste.
Delanoë, sous prétexte d’audace, aura voulu réconcilier l’inconciliable. Ce n’était pas de l’audace, mais un abandon. Et les classes populaires, moyennes, ont bien entendu le message. Elles ne reviendront pas. Terra Nova a gagné le combat. En loucedé. Travail de sape.
C’est aux cadres, désormais, que ce parti s’adresse. Aux notables, et autres petits bourgeois.

S’il était honnête, ce parti changerait son nom.
Il n’a plus rien de socialiste.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est une date : le 21 avril 2002. C’est ici, qu’il s’est figé. A tout jamais.
Cette date est primordiale. Elle a tout changé. C’est à partir de là, que tout finit. C’est ici, que commence le renoncement. Que le droit d’inventer succombe au droit d’inventaire. Paradoxalement. Car, on eut pu espérer le contraire. Que justement le 21 avril 2002 réveillât le cadavre. Momifié dans son mitterrandisme. Qu’il retrouvât, alors, ce qu’il avait égaré : sa gauche. Ce souffle formidable, d’espoir, d’imagination.
Mais non. Tétanisé, il n’aura pas compris ce que signifiaient les victoires locales, s’enchaînant, régionales, municipales, européennes. Plus encore le « Non » du 29 mai 2005. Autre date. Autre échec. Dernier sursaut. Balayé par une présidentielle dictée par les seuls sondages. Et la trouille.

Terminées les convictions, les idéologies.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est la peur de revivre le 21 avril 2002. Ça l’obsède.
Il ne sait pas comment s’en défaire. Il n’a toujours pas compris pourquoi les classes moyennes et populaires l’ont déserté. Alors que la réponse est évidente. Elle crève les yeux. Les urnes, aussi.
Hollande est le représentant de cette obsession, de cette peur. Voilà qui mériterait une analyse. Psychiatrique. Tant il est complexe et paradoxal, le soi-disant « candidat normal ».
La norme pour conjurer le sort, mais quelle est-elle ? Qu’est-ce qui fait norme ? Qu’est-ce que le normal au pays du Front national ? Entre 18 et 20% dans les intentions de vote, du jamais vu, mais qui fait sens : cela dit combien le peuple souffre (de l’absence de gauche).

La réponse n’est pas une conversion au libéralisme, au centrisme, mais à la radicalité.

Ce qui plombe le Parti socialiste c’est l’absence de radicalité. La crise, pourtant, aurait dû le conduire à se radicaliser, justement.
A la colère, pas à l’indignation. Aux idées révolutionnaires, pas à la mollesse.
Mais non, ils, les candidats, ont opté pour la compétence, la crédibilité. Le PS s’est Obama-isé. C’est la droite sociale. Ni plus, ni moins.

Quant à Montebourg, comme hier Hamon, c’est l’alibi. Mais rien en lui, ne transpire la gauche. C’est un jeu. De dupes. Hier soutien de Royal, aujourd’hui démondialiste. C’est (que) de l’image. Montebourg n’a rien de Bové, moins encore de Mélenchon. C’est du côté de Valls qu’il faut plutôt chercher. La « gauche moderne ». Celle de la TVA sociale. Des quotas d’immigration. Une gauche de droite. Et ça n’est point caricature. C’est une réalité. Car c’est la logique même, la poursuite de la conversion au libéralisme du PS. Avec Hollande en synthétiseur. Comme toujours.
 
Et tant pis si Ségolène Royal, lasse, usée, désolée, finit par lâcher cette vérité, la seule entendue lors des trois débats : « Alors nous ne sommes plus socialistes ».
C’est fini. Elle le sait. Et d’ailleurs, elle soutiendra le vainqueur. Les jeux sont faits. Comme dit le croupier.

Pour tout cela, entre autres, ces débats auront été utiles. Ils auront permis une clarification. Une mise au point. Même Fillon salue la performance. C’est dire …

Nous savons, désormais, qu’il n’y a plus de gauche dans ce parti. Il (y) a renoncé.
Il aura refusé, toujours, encore, de prendre la mesure du 21 avril 2002. D’entendre les souffrances, le désarroi. La solitude.
Même la crise n’aura rien changé. C’en est terrifiant.

On aurait pu espérer une rébellion, un combat à mener contre le système régit par le marché et la finance, un combat pour la liberté, mais non ; enfermés dans leur carcan, nos six représentants à grands coups de mots-clés, d’éléments de langage, de formules, statiques, sans colère aucune, sans souffle, sans révolte, auront enterré, publiquement, Jaurès, Blum et même, Mendès-France.
En se tutoyant.

Alors je conçois que beaucoup aient hâte de voir Sarkozy partir. J’entends même que c’est une question de fierté à retrouver. Ce 21 avril 2002 qu’il faut effacer. Aussi.

Mais qu’est-ce que ça veut dire de gagner quand rien n’est grand, beau et fort ?

Qu’est-ce que ça veut dire de gagner pour gagner ? Qu’est-ce que ça va nous apporter ? Si c’est pour vivre dans le même système, les mêmes règles, si rien n’est remis en question. Si Lang est toujours là. Et Fabius. Et tous les autres.

Qu’est-ce que ça va changer au quotidien de ceux qu'en bavent, qu’on humilie chaque jour, à ceux qui espèrent, demain, avoir leur petit coin, rien qu’à eux, enfin se poser, après tant d'années de travail, de servitude ?

Qu’est-ce que ça va changer de porter au pouvoir des hommes et des femmes qui s’accommodent, peu ou prou, d’un monde où le profit, la compétition, le chiffre, passent avant toute chose, avant la vie, avant nous ?

Qu’est-ce que ça va nous apporter, à nous, les laborieux, qu’on écoute pas, des ajustements à la marge ? Sommes-nous donc que cela : une variable ? Qu’on corrige. Qu’on trimballe. Et nous devrions nous en satisfaire ? En être heureux ?

Mais non. Non, il ne faut pas. Il faut résister. Se révolter. Pousser au cul. Il faut les secouer, ces gens-là, ces notables, ces raisonnables. Si tant est que ce soit encore possible. Ou juste envisageable.

Mais quand on regarde le peuple, les bras croisés, ainsi qu’on le voit, sur l’image illustrant cet article, image strauss-kahnienne, à certains égards, avec le terme de "gauche" comme argument de vente, mensonger, que peut-on espérer, tant cette image (qui se voudrait rappel d’une force tranquille, mais qui n’est celle, en vérité, que d’une faiblesse assumée) semble nous dire : « Les jeux sont faits ». Or donc : rien ne va plus.

De ce jeu, de dupes, nous sommes les billes. Les roulés. Les refaits.
Les éternels plombés.

19 septembre 2011

Martine Aubry Disqualifiée

L’émotion que je ressentis, à quelques moments, ce dimanche soir, je ne la comprenais pas, elle m’encombrait ; alors je luttais, n’en voulant pas ; et puis, je compris qu’elle n’était pas compassion, mais colère.
Sourde.

Il faudrait pouvoir l’oublier, cet homme, Dominique Strauss-Kahn.  Cette arrogance, cette suffisance.
Je peux le dire, maintenant : je n’aime pas ce qu’il représente, politiquement. Je ne l’ai jamais aimé. Cependant, je répugnais à me joindre à la meute. Que je n’aime pas, non plus. Cette vomissante, ce tribunal populaire, summum de la bêtise ; je l’exècre.

Martine-Strauss-Kahn.jpgMaintenant que c’est fini, ou du moins l’espère-t-on, tout comme l'on voudrait que d’aucuns se taisent, à jamais (Lang, Séguéla, etc.) et considérant ce qu’il s’est dit, dimanche soir, sur TF1, il ressort assez nettement que des six candidats à la primaire, une en particulier est discréditée, si ce n’est disqualifiée.

Durant cet entretien formaté, casté et bourgeois, entretien qui, tout bien pesé, ne nous concernait pas, quand bien même nous fûmes, je le rappelle, sidérés, et ce, quelle que fût l’opinion que nous ayons, a priori comme a postériori, de cet homme, il aura été question, brièvement, de la primaire.
Et plus précisément d’un pacte.
Nié (peu ou prou) par la candidate Martine Aubry.

Dominique Strauss-Kahn n’était nullement obligé de reconnaître l’existence de ce pacte. Il aurait pu, sans aucun problème, le taire. Passer outre.
Mais il ne l’a pas fait.
Ne le faisant pas, il a torpillé la candidature de son « amie » (les guillemets s’imposant largement). Confirmant ce que moult éditorialistes – Barbier compris – claironnaient, à savoir que Martine Aubry n’était qu’une candidate par défaut, de substitution.

Dès lors, comment la maire de Lille va-t-elle désormais pouvoir convaincre, emporter la décision, les suffrages ?
Comment croire en sa volonté, son désir, sa détermination ?
Puisqu’elle n’est là que par un très fâcheux concours de circonstances.
Puisqu’elle ne devait pas y aller.

Se pose alors une question, bien embarrassante : quelles peuvent être les vraies raisons de la candidature de Martine Aubry ? Qu’est-ce qui la motive ?
Sinon, l’inimitié.
L’aversion pour celui-ci ou celle-là. Ah non, pas lui ! Ah non, pas elle ! Sus ! Sus ! Il faut leur barrer la route ! Comme ce fut le cas, n’est-ce pas, lorsque vint le moment de désigner un nouveau premier secrétaire !
On s’en souvient de ces urnes, suspectes. De cette tambouille, cuisine de barons, petits arrangements entre notables. Triste image d’un parti, infoutu de se rénover, de laisser la main à la génération suivante, or donc, vas-y que je te convoque les flingueurs, Fabius, Bartolone et consorts, ligne directe branchée sur Washington, à la manœuvre, ourdissant, et te voilà, camarade Martine, propulsée nouvelle gardienne du Temple.

Le pacte, il ne date point de Marrakech. Il fut entériné bien avant. A l’automne 2008. Lors de la désignation du premier secrétaire. Sa mission : préparer le retour de DSK. Sa récompense : un poste de Premier ministre. Voilà l’histoire.
Tout était acté, verrouillé.

Et la primaire ? Du bidon ! Elle ne pouvait échapper à DSK.

Ah, c’était du beau travail ! Et ça partait plutôt bien. Les sondages, si précoces, étaient écrasants. Le Figaro, aux anges ! Pensez, un duel DSK/Sarko, ça ne pouvait que lui seoir.
Et puis, boum, patatras, survint le « coup de tonnerre » du 14 mai 2011.

Finalement, on en viendrait presque à remercier Dominique Strauss-Kahn.
En confirmant, dimanche soir, sur une chaîne privée, qu’il y avait bien un pacte, il nous a fait pénétrer dans les coulisses, peu ragoûtantes, d’un certain Parti socialiste. Celui qu’on n’aime pas. Celui qui en 2006 et 2007, à tort ou à raison, a torpillé la campagne de Ségolène Royal. Parce que ce n’était pas la candidate que l’appareil souhaitait. Ce ne pouvait pas être elle. Et jamais, elle ne serait, un jour, leur premièr(e) secrétaire.

Fabius, DSK, Aubry, Lang, et j’en passe, toute cette clique, ces vieux machins, les mêmes qui tardent ou renâclent à exclure un Frêche, un Guérini, c’est de ceux-là dont il faut se débarrasser.
Ces ceux-là qu’il faut sanctionner. Les 9 et 16 octobre prochains.

Au bout du compte, nous avons, contre toute attente (puisque ce n’était pas prévu) une primaire ouverte. Certes imparfaite, parfois décevante, mais cela vaudra toujours mieux que le simulacre qui nous était promis. Cela vaudra toujours mieux que le sacre annoncé d’un homme dont ses « amis » persistent à mettre en avant les compétences, jamais ses inconséquences qui ne relèvent en aucune façon d’une prétendue légèreté, mais de tout autre chose, de plus grave, de plus lourd.

Quoi qu’il en soit, on ne peut être candidat à la présidence de la République par défaut.
Il serait totalement irresponsable d’envoyer à la bataille, dans la lessiveuse, quelqu’un qui n’est pas prêt. Dont les motivations posent problèmes.
De fait, cette primaire est relancée, grâce – c’est énorme ! – à Dominique Strauss-Kahn, qui mal supportant de ne plus en être le principal acteur, aura flingué la candidature de son « amie ».

Ah ! Comme ce serait drôle, tellement croustillant, que dans trois semaines, des urnes de cette primaire, sortît le second tour suivant : François Hollande et Ségolène Royal.
Si second tour, il y a...

22 août 2011

La Primaire Des Livres

Alors qu’un monde s’écroule, et que pour toute réponse, on s’apprête en haut lieu à nous raboter, et sans anesthésie, nos derniers deniers, que font nos candidats socialistes à la primaire ?
Eh bien, ♫ tous ensemble, tous ensemble, ouais ♫  ils publient (chacun de leur côté) un livre.
Indispensable, cela va de soi.

A-Se-Flinguer.jpgOn imagine déjà la ruée – que dis-je ! Le rush ! - des citoyens-électeurs de ce pays vers la librairie la plus proche, impatients de dévorer ces ouvrages passionnants, tant c’est bien connu, les politiques savent mieux que quiconque nous gratifier de bouquins renversants, éclairés et sincères... De livres évitant consciencieusement clichés, formules éculées et autres lieux communs... La bonne preuve : personne, ou quasiment, ne les achète. Pas même des collectionneurs. Ce sont d’authentiques bides certifiés.
Avant même qu’ils ne soient sortis, on baille à s’en péter les mâchoires.
J’ajoute que, les malheureux qu’ont commis la bêtise de faire l’emplette d’un de ces recueils remplis de phrases mille fois lues, invariablement plates, formatées à la virgule près, n’arrivent même pas à les refourguer ensuite sur eBay.
Et pourtant, Dieu sait dans un pays laïc, ce qu’on parvient à vendre comme breloques immondes sur ce site !
Mais les ouvrages politiques, non. Personne n’en veut. Même d’occase, bradés à 0,5€.
C’est dire ! Si ça ennuie sévèrement – et à juste titre – le citoyen, ce genre de pensum.

C’est vous dire, aussi, si nos éditeurs français ont comme la fâcheuse propension à foutre l’argent par les fenêtres (mais comme ce sont les leurs, de fenêtres, et itou leur pognon, après tout, ça les regarde – mais qu’ils ne viennent pas geindre, ensuite, comme ils le font assez régulièrement).

Nonobstant et à décharge, comment pouvez-vous refuser d’éditer les pompeuses et pompantes éculeries d’une Ségolène Royal, d’un François Hollande, d’un Jean-Michel Baylet ou d’un Manuel Valls quand, d’un autre côté, vous publiez les mémoires d’une starlette locale de 30 ans, Laëtitia Milot, les introspections pathétiques d’un Jean-Marc Morandini ou les textes radiophoniques d’un Stéphane Guillon ou d’un Guy Carlier ?
Il faut s’être rendu, au moins deux fois, dans un salon du Livre (sorte de foire aux bestiaux où l’on bâfre et médit), quel qu’il soit, pour mesurer l’ampleur du désastre. Et d’ailleurs, c’est bien simple, plus aucun auteur digne de ce nom ne s’y rend. Vous n’y trouverez, dans ces salons, que des Aznavour, des Zemmour, des Pietri et des Bogdanov. Et donc, aussi, des politiques. Qui se font damer le pion par la starlette de Plus Belle Le Vie.

Mais ce qu’il y a de plus incroyable, c’est que le politique puisse encore penser que, par ce biais, celui du livre, il va convaincre l’opinion.
Susciter – comme il dit – un élan.
Pour que cela fût possible, encore faudrait-il qu’il y ait à becqueter dans lesdits livres. Or, dans l’immense majorité des cas, il n’y a rien. Rien de lui ou d'elle. Rien qui suscite le désir. Rien qui donne envie de se lever, de se battre. Pas plus qu’on y trouve une âme. Ni même des clés pour sortir du merdier où nous sommes. 
En réalité, ces ouvrages rébarbatifs ne sont édités que dans un seul but : occuper l’espace médiatique, promouvoir le candidat-auteur (si tant est qu’ils aient, pour certains, écrit plus de trois paragraphes ou chapitres).

Non mais, honnêtement, qui a envie de se fader les discours prononcés par François Hollande entre 2009 et 2011, puisque tel est  – en partie – le contenu de son ouvrage intitulé Le Rêve Français ? [1]
N’aurait-il pas été plus judicieux, adéquat, de le proposer en téléchargement sur le Net plutôt que d’encombrer les rayons déjà surbookés de livres inutiles ?

Qui brûle d’impatience de faire l’acquisition de L’Audace A Gauche. 30 Propositions Pour La France signé par l’inamovible président du PRG, Jean-Michel Baylet ?
Baylet qui, rappelons-le, n’est candidat à la primaire que pour une seule raison : nous faire grossièrement oublier que cette primaire qui devait être celle de toute la gauche n’est, à l’arrivée, qu’une compétition entre socialistes dévorés par leurs égos et leurs haines respectives.

Qui va goulûment se précipiter sur L’Energie Du Changement vite expédié par Manuel Valls ?

Au passage, vous noterez que, déjà, rien que les titres nous donnent fissa l’envie de fuir tant on devine l’ennui considérable qui nous attend... C’est quand même extraordinaire d’arriver à dégoûter le lecteur dès le titre ! Tellement il est convenu, pauvre assortiment de mots-clés, éculés, comme :
« Energie », « Audace », « Changement », « Rêve » ou « Propositions ».

Mais je vous ai réservé le meilleur (du pire) pour la fin.
Et sans aucune surprise, c’est encore Marie-Ségolène Royal qui bat tous les records.
Visez un peu :
Lettres A Tous Les Résignés Et Indignés Qui Veulent Des Solutions.
Si tu voulais jouer au titre-le-plus-long, ô combien grandiloquent, bravo Madame, tu as gagné cette manche, haut la main et les doigts dans le nez !
Ah ! Et puis, cette double référence à François Mitterrand (Lettre A Tous Les Français) et Stéphane Hessel (Indignez-Vous !) c’est assez pertinent, non ?... Pensez !... D’un côté Mitterrand, l’homme qu’a flingué la gauche en la caviardisant, boboïsant, dévoyant (« Entre ici ! Bernard Tapie ! ») la vidant totalement de sa substance jaurésienne pour la convertir à un libéralisme irréfléchi ; et de l’autre, Papy Hessel qui, via un fascicule paresseux (qui pourtant connut un succès effarant ; preuve en est que décidément ce monde va très mal) a néanmoins titillé la jeunesse de cette planète, jeunesse qui, depuis, squatte mollement quelques places urbaines, seul signe ostensible de son indignation, avant de rentrer sagement chez elle, poster quelques photos impérissables de sa colère assise sur un réseau social lambda. [2]
Comme références, nous voilà terrifiquement édifiés.
Le seul point vaguement ségoléniste dans ce titre, c’est le terme pluriel de « Solutions », nouvelle marotte de la Royal, déjà piètre oratrice, ânonnant jusqu’à plus soif des formules creuses comme  « ordre (social) juste » ou donnant dans l’incantatoire avec, donc, ce : « Je serai la présidente des solutions ».
Alors vous imaginez, des pages entières sur ce mode-là, mais c’est à se flinguer ! Et d’ailleurs, c’est édité chez Plon.

Reste deux autres candidats : Arnaud Montebourg et Martine Aubry.
Que nous allons remercier chaleureusement.
Surtout le premier.

En effet, Montebourg ayant déjà publié, il y a peu, deux sommets d’ennui mêlant naïveté feinte, et – là encore – grandiloquence au cube (Des Idées Et Des Rêves puis Votez Pour La Démondialisation) il passe heureusement son tour, préférant mettre en ligne sur le Net un document humblement intitulé : Mon Projet Pour L’Ecole.
Effectivement, le Net est le meilleur vecteur pour ce genre de prose. Or donc, bravo mon démondialiste, et surtout merci de ne point polluer nos librairies, et autres supermarchés de la littérature low-cost.

Quant à Martine Aubry, ayant déjà été cirée par Isabelle Giordano, elle zappe également cette rentrée plus primaire que littéraire ; de fait, je serais tenté de lui filer, derechef, 1500 points S'Miles, sauf que…
Sauf que, mon petit doigt me dit qu’elle a bien un ouvrage sous le coude, comme de bien sûr profondément barbant et sans grand intérêt, mais qu’elle nous le réserve pour la fin de cette triste année. Soit après qu’elle ait été désignée candidate du PS à la présidentielle 2012.

En guise de primaire, nous allons donc avoir droit à l’indigeste promotion de ces livres-repoussoirs, à la télé, à la radio et dans la presse. [3]
Alors que, franchement, des documents pdf. auraient aussi bien fait l'affaire (surtout vu le contenu).
Parce que, vous comprenez bien que publier un livre stéréotypé, formaté, sans âme ni souffle, c’est une chose, mais ensuite, il faut le vendre !
Et ça passe par la promo.
Voilà ce qui va donc occuper nos candidats, et le terrain médiatique, pendant quelques semaines.
Ce qui éloigne d’autant plus, la tenue de débats, de confrontations et autres joutes entre nos écrivains du dimanche... Tout portant à croire, en effet, vu comme c'est barré, qu’il y en aura pas bezef.
C’est vous dire si cette primaire présentée, d’une part comme étant celle de toute la gauche, d’autre part comme un modèle démocratique, s’annonce plutôt comme étant une aimable fumisterie.
Manquerait plus que DSK, revenu du diable vauvert, nous sorte son bouquin made in Sofitel, pour que la fête soit complète.


[1] A noter que c’est l’ouvrage de François Hollande qui bénéficie du plus gros tirage :
50 000 exemplaires !
C’est pas un tantinet présomptueux, 50 000 exemplaires d’emblée, pour un candidat dit « normal » ?
S’il en vend ne serait-ce que le cinquième, ce ne sera pas si mal. D’autant – rappelons-le – qu’il ne s’agit que d’une compilation de ses « meilleurs » discours. Un DVD aurait suffi, cher monsieur...

[2] Oui, parce que, voyez-vous, cette jeunesse pense – ne riez pas ! – que la révolution (ou au minimum le changement, voire la mutation) passe par les réseaux sociaux.
Elle n’a pas compris, cette jeunesse, que c’est toujours Jean-Pierre Pernaut qui fait la loi, la pluie et le beau temps dans ce pays. Qu’elle est plutôt là, la puissance de feu.
Voyez, comme on n’est pas sorti de cette putain d’auberge gangrénée par la seule loi des Marchés.

[3] Y compris la presse people. Et peut-être même : elle, avant toutes les autres.
Car, ne sont-ce point, à la réflexion, des ouvrages moins politiques que people ?

04 août 2011

Personne Pour 2012

Le souffle.
Voilà ce qu’il manque.
Un élan.
Eux qui n’ont que ce mot à la bouche, celui de « rassemblement », y’en a pas un qui l’incarne.
De Sarkozy à Poutou en passant par Mélenchon, Joly, Aubry et tutti, pas un.
Oh, je sais, les projets, on ne les connaît pas, pas encore, mais à vue de nez, ça sent déjà le réchauffé, les rustines, quand c’est pas le suicide collectif.
On me dira itou, patience ! nous ne sommes qu’en août, tu vas voir, dès septembre, ça va se décanter, même qu’y en a qui vont sortir du bois, ou les griffes, aiguisées ; va y’avoir du sport !
Vraiment ?

A-par-Bansky.jpgNon, bien sûr que non, ça va pas se décanter.
Pas besoin d’être grand clerc ou Duhamel pour le deviner. Tout ce qu’on nous donnera à becqueter ce seront des petites phrases, de celles qui font la joie des quotidiens, et des chaînes d’informations en boucle. De la polémique à balles deux. Mais qu’a son intérêt : faire diversion. Contourner l’os. Gaffe surtout, à ne pas aborder les vrais sujets.
La vérité.

Pourtant, ils seront légions sur la ligne de départ : dix, peut-être douze, voire plus.
Mais y’en aura pas un qu’aura le feu sacré. Qu’apparaîtra comme une évidence.
Le temps des grands hommes est révolu. Comme révolues sont, les révolutions. Et peu me chaut que t’occupes je ne sais quelle place, l’indigné… Indigné, mon cul ! T’en as pas assez chié pour être crédible. Ton indignation – je parle de l’occidentale – elle est bien paresseuse. Elle se numérise, et pis voilà. Sujet suivant...
J’t’en foutrais !
Quand on est indigné, vraiment, on reste pas le cul assis par terre, non ! on montre les dents. Quitte à tout foutre en l’air... Non mais c’est quoi, ces rassemblements, pépères, à qui ça fait peur, qui ça impressionne ?... Mais personne ! Et surtout pas les politiques.
Alors, ne t’étonne pas, si rien ne bouge, que tout continue, comme avant, entourloupes, vaseline et tout le bataclan.

Après tout, pourquoi donc iraient-ils se crever la couenne, les candidats, pourquoi prendraient-ils des risques, se fendraient-ils de projets ébouriffants, quand tu vois l’étrange apathie du peuple...
Le peuple !
Ça râle, ça rouspète, ça se plaint, et puis ça rentre chez soi.
Ça veut tout casser, au coin d’un zinc, ou sur un forum à la noix du Net, nouveau défouloir de ceusses qu’ont-que-de-la-gueule, anonymes, planqués, mais dans la vie, la réelle, y’a plus personne. Que des échines courbées. Des « Oui, Monsieur ! » et des « Oui, Madame ! »… Parce que, faut le savoir, les furieux qui vous promettent le chaos sur le Net, à grands coups d’insultes (quand ils donnent pas dans le diffamatoire) dans la « vraie vie », c’est des petzouilles.
Ils valent pas chers, les loquedus.

Quant aux blogs classés politiques, voire militants, c’est de la rigolade ! Y’en a pas un sur cent qui tienne la distance. Et encore, je suis large...
Alors quand on m’affirme que cette présidentielle passera par Internet, je me marre. Pour que ce fût possible, faudrait qu’Internet soit une alternative, pas un copié/collé... Faudrait plus de chair, de profondeur, de rage aussi. Mais penses-tu !... Ça ne pense qu’à ses stats, ses followers et ses RT ; bref, qu’à engraisser son foutu réseau ; un réseau qui sert à rien, quand t’as l’honnêteté de te pencher sur son utilité supposée.

Or donc, pourquoi qu’ils se feraient beaux, nos candidats, pour 2012 ?
Pour qui ?
Pour un peuple qui, depuis lustres, avale toutes les couleuvres ?
Et, qui plus est, se jalouse, s’envie, se mesquine, pour des peccadilles ?
Qui, dès que tu lui tends un os à ronger, se jette dessus, sans même réfléchir ? Abruti qu’il est de télévision, d’idées reçues, d’a priori, de préjugés.
Hostile à tout ce qui ressemble à de l’intelligence, ou au minimum, à de la raison.
Vomissant ses élites et ses surdiplômés.
Crois-tu que pour ce peuple, le candidat de 2012 va se mettre minable ?
Mais bien sûr que non !
Aux cochons, on ne donne pas à bâfrer de la confiture.

Au fond – et c’est le cas de le dire – on a les politiques (et les candidats) qu’on mérite.
Falots, fadasses, timorés.
Avec quelques trublions pour faire le show : Mélenchon, Le Pen, et … Et ce sera tout ; vu que Sarkozy a rangé son barda bling-bling.

Oh, ne vous méprenez pas, je ne les range pas dans la même catégorie, Mélenchon et Le Pen.
Je laisse ça aux éditocrates dont la malhonnêteté intellectuelle est sans limite (car il faut l’être, malhonnête, pour nous faire croire que Mélenchon et Le Pen, c’est pareil), soit à ceux qui fricotent avec les dominants (politiques, patrons, etc.), et nous vendent, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il merde, un bon vieil affrontement droite/gauche ; comprendre : UMP/PS... Paraît que c’est le seul duel compatible avec les marchés, le CAC, les agences de notation, soit avec toute cette saloperie qu’est le capitalisme décomplexé… C’est vous dire si PS et UMP, c’est du kif… La seule différence, c’est que l’un est brut de décoffrage, quand l’autre vous fait croire qu’il est humain... Mais dans les deux cas, c’est le pragmatisme libéral qui l’emporte… Y’a vraiment que des attardés (ou des encartés) qu'ont pas encore pigé que cet affrontement-là, qu’on nous présente comme un affrontement entre la droite et la gauche, c’est une fumisterie... Non pas que la droite ne soit pas à droite, non ! C’est juste le PS qu’est plus à gauche (depuis lurette)... Le PS c’est un centre du genre mollasson... Et d’ailleurs, à en croire les sondages, Hollande en est la tête. Comme quoi, y’a pas de hasard… Oh, il a bien des talents, ce François, au demeurant, mais qu’il nous fasse pas son Jaurès ou son Blum. Qu’il s’en tienne à mimer François Mitterrand… Oui, pour ceux qui l’auraient pas encore remarqué, c’est pourtant flagrant, ce mimétisme. Et j’ajoute que c’est fait exprès. Mais ça risque d’être en pure perte. Parce que ce François-là, il passera pas la primaire… J’y reviendrai. Une autre fois.

Passés ceux-là, les François, les Martine, les Nicolas (qu’est bien parti pour redoubler) qui n’ont donc pour seule ambition QUE de gérer le pays (c’est vous dire si ça donne envie), qu’est-ce qu’on a ?

Eh bien un suicide collectif avec Marine Le Pen.
Icelle nous proposant, ni plus, ni moins, de revenir aux francs.
Elle a dû se tromper de nation... L’Allemagne, c’est un peu plus loin… Parce que s’il y a un pays, un seul en Europe, qui pourrait se permettre de sortir de l’euro, c’est l’Allemagne.
Nous, étant donné notre dette et notre déficit, on est bon comme la romaine… A moins que Madame Le Pen veuille estourbir d’autant plus les classes moyennes et populaires… Vas-y, sors-nous de l’euro, poulette, et tu vas voir combien tu vas le raquer, ton pétrole ! Et le reste. Tout ce dont la France, pays désindustrialisé, a cruellement besoin...
Exporter avec une monnaie, le franc, qui vaut que dalle, ça j’dis pas, mais pour l’import, on va souffrir. Et quand je dis « on », j’pense pas aux fortunés ; eux, c’est de la roupie de sansonnet. Qu’on soie à l’euro, au franc ou au rouble, la différence, ils la voyent pas. Mais le laborieux, lui, il va calencher.
Sinon, rien de nouveau sous le paquebot du FN, c’est toujours la patrie, la préférence nationale, l’identité, enfin-bon-bref, des concepts puant la naphtaline. L’hospice. L'agonie.

Qui d’autre alors ?

Mélenchon. Le tribun. Qui va nous faire croire que la gauche-ceci, la gauche-cela. Que la gauche, elle est vivante, quoi…
Que : nos vies valent mieux que leurs profits
Oui, parce que faut pas se leurrer, Mélenchon, il ne fait que prendre la place laissée vacante par Besancenot. Il reprend le flambeau, Méluche. Vu que la LCR s’est autodétruite… Non mais quelle connerie, ce NPA ! J’te jure... Nouveau Parti Anticapitaliste ! Grotesque !... Ligue Communiste Révolutionnaire, ç’avait un peu plus de gueule... C’était sans ambigüité possible… T’as voulu changer l’intitulé, t’as coulé, c’est bien fait… Du coup, c’est Mélenchon qu’est en pôle-position de la gauche. Parce que Poutou et Arthaud, dans le genre on n’est pas là (alors que pourtant, on est tout mité par la crise, que les banquiers se goinfrent comme avant, que le chômage est explosif) ils sont assez remarquables… On peut pas toujours dire c’est la faute des médias. A un moment, le cul, faut se le bouger... Internet, c’est pas fait QUE pour les cons. Ça peut être aussi un outil de combat. Et qui coûte pas bézef en artiches… Mais va expliquer ça à Poutou et Arthaud ! Plus résignés que ces deux-là, ça existe pas.

Or donc, Mélenchon. Qui va pousser ses petites gueulantes, brandir le poing, se prendre pour Voltaire ; les médias déjà s’en délectent, s’en pourlèchent ; ça nous promet de belles vidéos sur Dailymotion, du fight en veux-tu, en voilà, mais quant au projet, et quand bien même me dirait-on qu’il existe, je le trouve, pour ma part, un peu court... Pas très révolutionnaire, quoi…
Les mecs, les grands capitalistes, ceux qui s’en mettent plein les fouilles sur notre dos, faut vouloir les saigner. Sinon, c’est pas la peine. De se présenter. Pour quoi faire ?... Pour appeler à voter Aubry au second tour ?... T’es gentil, mais j’ai pas vocation à mettre un bulletin relou dans une urne prétendue démocratique.

Quant aux restes, Borloo, Bayrou, Boutin, Dupont-Aignan, Nihous et consorts, c’est du supplétif. Ça n’est là que pour négocier. Avec le vainqueur. Bref, ça vaut rien. En d’autres termes : ça ne nous concerne pas.
Maintenant qu’il s’en trouve pour leur filer des voix, ma foi, ça les regarde. Le vide, que voulez-vous, ça attire.

Donc non, vraiment, y’a personne.
Pour 2012, y’a rien.
Pas un grand homme.
Pas un vrai et beau projet.
Pas d’élan.
Rien qui donne envie. De voter.
Rien qui ressemble à de l’espoir. A de la vie, même.
Alors que la crise nous a plombés, ratatinés, essorés ; c’est incroyable !
Y’a même pas de colère ! Ni de rage. Chez ces prétendants-là. Aucun, vraiment, n’incarne le peuple. Aucun, réellement, n’a l’étoffe. Le souffle. C’est fini, tout ça…
C’est un gestionnaire qu’on va élire. Un comptable. Et dans ce domaine-là, perdu pour perdu, Sarkozy a une longueur d’avance. Quoi qu’ils en disent. Quoi qu’ils prédisent.
Peu importe, au fond, qu’il rempile, ou qu’il se fasse giscarder, étant donné que le choix est pauvre. Sans envergure.

Vraiment, faut être un militant, un encarté, ou un imbécile, pour trouver quelconque intérêt à cette future présidentielle. Tant les prétendants ne sont pas à la hauteur. Des enjeux. Des souffrances. Tant ils n’ont rien à nous proposer de neuf. De grand. De fort !
Ou de renversant.
Mais, encore une fois, on a les candidats qu’on mérite. Nous les culs assis. Les indignés confortables. Lorgnant sur le dernier joujou technologique. Et croyant que la révolution passera par les réseaux sociaux ! C’est vous dire à quel point on est devenus vraiment des cons. Et qu’on mérite amplement, d’être traités comme tel.

11 juillet 2011

Souvenirs De Présidents [Elus Neuf Mois Avant...]

Ah, l’été ! C’est comme qui dirait : relâche. Et c’est pas de refus, n’est-ce pas, après toutes ces péripéties. Petites ou grandes. Toutes ces bisbilles, ces rumeurs, voire : ces calembredaines... Et, quand bien même pour des raisons économiques, comme 45% de mes compatriotes, je ne partirais au Porge ou à Messanges bouffer du sel, défier quelques baïnes, ou crawler magnifique dans une eau gorgée de résidus en plastique, il n’empêche que, période estivale oblige, je rêvasse, me délasse... Et c’est ainsi que me reviennent, ces hommes et cette femme qui, neuf mois avant le scrutin, étaient consacrés, et comment ! par des scientifiques d’une opinion triée sur le volet.

La-Présidente-de-2006.jpgJuillet 1980, je devrais être content... Comment ne pas l’être quand, déjouant tous les pronostics, vous décrochez votre diplôme, un baccalauréat classé scientifique grâce aux épreuves de Français ? Et que, par-dessus le marché, pillant votre Livret A, patiemment alimenté par des parents durs mais prévoyants, vous vous offrez vos premières vacances d’été, dans les Landes, à Mimizan... Vacances d’ouvrier. A faire les trois huit... Engranger de l’artiche pour raquer la future université. Un été de prolétaire, avec casse-graine en plein milieu de la nuit… La plage, j’y dormais, vidé que j’étais... Mais c’était rudement chouette quand même, parce que, vois-tu, enfin, et curieusement, je me sentais libre. Pour la première fois de ma petite vie...
Pourtant, j’avais (donc) comme de la mélancolie. Du vague à l’âme. A cause d’un type. Un dénommé Giscard. Valéry de son prénom. Président de nous autres depuis 1974. Et qu’allait en reprendre pour sept ans... Sérieux, j'vous assure ! Même que c’était marqué dans les journaux. En gras. Ou lettres capitales. Il balayait Rocard, il écrasait Mitterrand.
Avec mes copains, qu’avaient tous plein de cheveux, ça nous rendait malade. Sept ans de plus avec Giscard, on n’arrivait pas à s’y faire... A ce point, qu’on a boycotté les JO de Moscou... Tout juste si Coluche arrivait à nous dérider la couenne quand dans sa drôle de chanson intitulée Misère, il balançait faussement menaçant :
« Attendez que la gauche passe, vous allez voir, en 2012 ! ».
2012 ! Mais quel enfer ! 32 ans de plus à vivre dans un pays de droite. Dont sept avec Giscard... On se disait que c’était inhumain. On a même pensé à alerter la Convention de Genève ou la Ligue des Droits de l’Homme.

Eté 1987, c’est pas une bonne période, dis, pour les anciens nazis. T’as le Barbie qui prend perpète, et le Hess qui se pend, dans sa geôle de Spandau...
Moi, je m’apprête à découvrir Pantruche, comme bonnit San-A... J’ai un peu le traczir. Me dis que j’suis pas équipé pour. Que ça va pas faire un pli. Et que, dans moins de deux, je vais la retrouver, ma grise province. Mon Limoges. Et sa porcelaine agonisante… De toutes les façons, vivre à Paris ou Limoges avec Raymond Barre comme président, qu’est-ce que ça changerait ? L’ennui serait le même. Considérable.
Y’a bien Michel, le Rocard, qui frémit, titille le Raymond dans les sondages. Ça laisse un quignon d’espoir… Rocard, après Mitterrand, ce tonton flingueur de la gauche, ça y remettrait les pendules à leurs places… Mais les observateurs, les Duhamel et consorts, ils n'y croient pas trop. Ils supputent fort un coup de Jarnac. De la part du parrain de la rue de Bièvre... Du coup, c’est Barre qu’est en pôle... Vous dire que ça nous met le bourdon, serait un euphémisme. Premier ministre, passe encore, mais Président de la République, Raymond Barre ? On arrive pas à y croire. Tellement c’est triste… Pourtant, c’est écrit. Le 8 mai 1988, il prendra l’Elysée. Vous avez dit Misère ?

Ceusses qu’aiment le football de compétition ont encore les glandes. Tu m’étonnes ! Voir la Bulgarie frôler le podium, la même Bulgarie qui nous avait privés de cette Coupe du Monde étasunienne de football, un maudit soir de novembre 1993, forcément, ça vous fiche des regrets…
Mais y’a pire, en cet été 1994. Et ce pire se prénomme Edouard.
Flanqué d’un mec surexcité, un certain Sarkozy, Monsieur Edouard écrase la concurrence. Delors, y compris... Ah, et puis faut voir, comment il se la pète, Edouard ! Comme il est sûr de son fait. De sa victoire… En même temps, avec une telle avance dans les sondages, comment ne pas faire preuve de suffisance ?.. Nous, on est ratatinés. De savoir que, pour sept longues années, on va becqueter du Balladur matins et soirs. On se dit que décidément, la Mitterrandie ne nous aura apporté que du malheur. Jusqu’à, donc, son successeur.
C’est pire encore que cet été 1980, avec Giscard triomphalement réélu. Tellement Balladur, c’est pas possible ! Ça fait trop France des années 70 avec ses chocs pétroliers, ses R12 TL et sa chasse au gaspi... Ah, je vous certifie, c’est assurément le pire été d’avant le scrutin qu’il m’ait été donné de vivre... A ce point qu’avec les copains, on a bu tout ce qu’on pouvait. Ah ça ! on a pas mégoté sur les litrons ! J'crois même qu’on a pris quelques stupéfiants de catégorie une... Je sais, c’est pas bon pour la santé, mais Balladur, président de la République, vous croyez que c’est bon pour le foie, la rate et les poumons ? Et j'vous passe le cardio-vasculaire !... Du coup, perdu pour perdu, on a pris de l’avance. Tant Balladur nous donnait envie de fuir toutes choses de l’existence. Même les plus douces...

On ne savait pas. En juillet 2001... On pouvait pas savoir que deux mois plus tard, deux Tours allaient s’effondrer, percutées par des avions de ligne. Et que ça allait changer la donne... On pensait, pour l’été, aller paresser quelques jours en Grèce. Pas pour le paysage, non, pour la monnaie. Qui serait bientôt la même que la nôtre : l’euro… Là itou, on ne pouvait pas deviner que, moins de dix ans plus tard, ce beau pays en souffrirait plus que de raison…
En revanche, s’il y a un truc dont on était sûr, c’est que pour Chirac, les carottes étaient cuites. Tellement il avait de casseroles. Qui faisaient la joie du juge Alphen... Ah oui, y’avait pas à tortiller, l’affaire était comme qui dirait bien engagée... Et d’ailleurs, les sondages nous le confirmaient : Jospin était favori pour la présidentielle de l’an prochain…
Bon, j'vous cache pas qu’avec les copains, nous étions divisés. Sur le cas Jospin... D’aucuns disaient que pour un trotskiste, il était quand même un peu mou du genou. Quand d’autres vantaient son socialisme pragmatique. Ce à quoi, je rétorquais qu’il était, Lionel, beaucoup plus pragmatique que socialiste... Mais, là où nous étions tous d’accord, c’est que Lionel, tout de même, il était considérablement austère... Du coup, nous ne nous sommes pas barrés en Grèce, mais en Haute-Garonne. On a fait une sorte de pèlerinage pédestre avec halte à Cintegabelle. Un été protestant, quoi... A picorer. Plus frugal, c’est pas possible...
Mais bon, malgré nos divergences, voire notre scepticisme sur le socialisme jospinien, on se disait qu’après sept ans de Chirac, on aurait bien tort de cracher dans la soupe... Même austère, pas sexy pour deux sous, Jospin c’était quand même mieux que Supermenteur.
Et puis, c’était que pour cinq ans. Alors, nous étions contents.

Qui aurait parié un kopek sur elle ?... Personne, je crois. Qui prétendrait aujourd’hui le contraire serait un fieffé menteur ! Allons, soyez honnêtes ! Vous ne pensiez tout de même pas que cette équipe de France de Raymond Domenech parviendrait en finale de la Coupe du Monde de football, ce 9 juillet 2006 ? Comme Raymond l’avait d’ailleurs prédit ! Même que tout le monde, qu’a la mémoire courte (cf : Aimé Jacquet), se foutait de lui. Et copieusement… Ah ! Si Zidane n’avait pas pété un câble, qui sait ? Peut-être qu’on l’aurait gagnée, notre deuxième Coupe du Monde !...
Mais bon, la déception fut de courte durée, car nous avions notre championne. Et c’est pas peu dire qu’on était fiers comme Artaban.
C’est que dites, comme évènement, c’était pas du banal ! Une femme à l’Elysée ! Vous me la copierez !... Certes, nous ne serions pas des précurseurs en la matière, d’autres ayant eu l’idée avant. A commencer par l’Islande, un 1er août 1980, avec Vigdís Finnbogadóttir... Mais tout de même, ça par exemple ! une femme, présidente de la République Française, ça faisait causer… Oh, pas toujours positivement. Y compris entre nous, les copains... Comme disait ce pauvre Lieutenant Columbo, y’avait chez Ségolène Royal quelques petits détails qui nous chiffonnaient... A commencer par son socialisme. Qu’on trouvait fort peu catholique, pour reprendre une expression de feu Georges Frêche. Et pourtant, Dieu sait, dans un pays laïc, que sur ce sujet, elle ne laissait planer le moindre doute... Autant Jospin était protestant, autant Ségolène, c’était la Cène tous les jours. Du catéchisme en veux-tu, en voilà... Mais justement, c’est ça qui nous hérissait un tantinet. A ce point qu’on se demandait si la Ségolène, elle serait pas, dès fois, une socialiste de droite. Comme il avait dit, Pierre Bourdieu...
Mais bon, quand vous avez Sarkozy en face, vous arrêtez de vous poser des questions. Et vous vous dites que, après douze ans de chiraquisme, ma foi, cinq ans avec Ségolène Royal, ça peut pas faire de mal... Et puis, encore une fois, une femme à l’Elysée ! Nous, on demandait qu’à voir... Et les sondeurs, visiblement, aussi. Ils la donnaient (presque tous) victorieuse, en cet été 2006.
Alors, le coup de boule de Zidane, vous comprenez, on l’a vite oublié…

Juillet 2011. Comme disent les journalistes d’aujourd’hui, c’est « sans précédent ». Et pour une fois, c’est pas des menteries… De mémoire d’homme, de sondages, jamais j’ai vu un truc pareil…
Déjà, le gars qu’était élu, et haut la main, il a fini en prison... A Rikers Island... Avant d’être libéré sur parole. Sidérant !... Quand vous pensez que ce type écrasait Sarkozy dès le mois de novembre 2010, y’a de quoi avoir quelques regrets… Enfin, lui, il doit avoir des regrets. Les Français, j’en suis moins sûr… Bref…
Mais la suite est tout aussi inédite. Je sais pas si vous êtes au jus, mais c’est pas UN président qu’on a, là, mais DEUX :

Martine Aubry et François Hollande.

C’est la première fois que ça arrive ! C’est peut-être mieux, qu’il y en ait deux .. Quand on se souvient de ceusses qu’étaient élus, neuf mois avant l’échéance : Giscard en 1980, Barre en 1987, Balladur en 1994, Jospin en 2001 et Royal en 2006. Comment qu'ça a mal fini pour eux (surtout pour Barre, Balladur et Jospin qui, incompréhensiblement, n’ont même pas passé le 1er tour !).
Peut-être que s’ils sont deux, y’en a bien UN qui passera, cette fois... Ou pas…
Ou pas, because quand on regarde dans le rétro, parce que c’est l’été, qu’on a le temps, on s’aperçoit que les présidents élus neuf mois avant l’élection ne le sont plus le jour dit du scrutin...
Notez bien que je ne suis pas là pour gâcher votre bel été, ni celui de Madame Aubry et de Monsieur Hollande, mais qu’est-ce que j’y peux, moi, si les chiffres me donnent raison, et à eux, Martine & François, bien peu de chances de conquérir l’Elysée, le 6 mai 2012 ?

Or donc, voilà ENCORE un sale été en perspective.
Car, entre nous, partir ou pas, à Messanges ou au Porge, avec dans le cassis, l’idée que Sarkozy va en reprendre pour cinq ans, forcément, ça vous les rend amères ; les vacances.

28 juin 2011

Après Le Candidat Normal, La Candidate Minimale...

Bon sang, mais quel ennui ! Cette déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Martine Aubry… De tout, ça manquait de tout : de souffle, de vie, de force. De tout ce qui pourrait vous transporter, vous faire dire que : ah mais quelle audace ! Quel panache ! Monte le son, chérie, c’est énorme ce qui se joue, là, derrière ce pupitre !
Mais non ! Au lieu de ça, une récitation, remplie de termes convenus, éculés, de mots-clés…
Diantre ! Après la bravitude, serait-il donc venu, le temps de la rebarbatitude ?

La-Mollitude.jpgOh bien sûr, nous ne sommes pas en campagne. En plein dans la bataille. Celle d’avant le premier tour... Or donc, il ne fallait point s’attendre à de grandes envolées lyriques, à des : « Ni Washington, ni Bonn, ni personne (…) Ni le grand capital, ni les multinationales (…) Aucune puissance au monde ne me fera dire autre chose que ce que je pense » [1]... Un tantinet théâtral, certes, mais la tribune, madame, c’est aussi du théâââââtre ! Vous qu’en pincez pour la culture, vous devriez le savoir !

Mais enfin, si c’est autant le désordre [2] la bérézina, le déclin, la cata, qu’elle part à vau-l’eau la France [3] un peu de colère eût été la bienvenue ! Celle qui sied au combat. Avec la voix qui porte. Tonnerre laïc ! République des « camarades » nous voilà !
Mais penses-tu !...
Ça ânonne, et pis c’est tout.
Ça dit « Je veux… » [4] et pis voilà.
De la platitude à tirelarigot.
Du basique, du primaire. Qui ne fait de mal à personne. Mais pas plus de bien, non plus.

Rien, ah mais rien dans ses mots, son ton, ses gestes même (plus statique que ça, c’est juste pas possible), rien qui pourrait soulever les foules, le peuple, celui pour qui c’est marre, celui qu’en peut plus.
C’était rien d’autre qu’une petite rédaction mal jouée, mal envoyée, mal dégauchie.
C’était misère !

Mais bon sang de bonsoir, quand on se présente à ses compatriotes pour les informer qu’on aspire à la plus haute fonction de ce pays, on incarne, on porte, on « yes I can » ! Avec force. Et poing levé... On irradie ! Même si l’heure est grave…

Quand on se déclare, au peuple on prend sa colère, son désarroi, sa rage même, et on transcende, on traduit, on exprime, haut et en couleur ; on l’envole, le peuple. On l’emmène avec soi.
On le venge, par les mots. Rien qu’une fois.

Mais là, dans cette ancienne gare de Saint-Sauveur, il reste à quai, le peuple. Comme abasourdi.
Hébété.
Assommé de mots-clés, toujours les mêmes, mille fois esgourdés, comme :
« changer/changement », « rassembler/rassemblement », « injuste/juste/justice » et tutti.
De phrases toutes faites, qu’engagent à rien, juste là pour meubler, telle que :
« Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent et permettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Les parents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants. ». [… consternitude…]

Oh, bien sûr, se déclarer, ce n’est pas énoncer un programme, des propositions ; c’est de l’esquisse, du survolage, un exercice de style ; sauf que, le style, je le cherche, et ne le trouve point.
Quant à l’espoir, pas un gramme... Et la gauche, nada, absente. Comme si c’était devenu un gros mot… Alors vous pensez, le socialisme, là, c’est même plus en rêve, c’est banni. Interdit. On oublie.

Or donc, mais quel ennui ! De l’ankylose au carré. De l’anesthésiant. De la mollitude. Rien d’habité. Rébarbatif comme rarement. Sidération à l’envers. Non-évènement terrifiant. De vacuité... Même pas le minimum syndical... Vous avez dit : anormal ?
Mais que faudrait-il alors, autre qu’une crise « sans précédent », pour que ça sorte ?
Une guerre atomique ?
Que faudrait-il pour que ça se présente devant le peuple, magnifique, scotchant, tellement renversant ?
Une apocalypse ?

Alors qui ?... Quel candidat pour le Parti prétendu socialiste ?... Après s’être fadé ce discours sans relief, sans aspérité, insuffisant au regard de la colère, du désarroi, du dégoût ?
Si ce n’est pas Aubry, alors, ce ne peut être que Hollande ! Au moins, y’a du tribun, dans cet homme-là. Comme une flamme. Pas lerche. Mais ça suffira... Un Bayrou déguisé en socialiste, mais qu’a du verbe, de la répartie, voire de la taquinerie et de l’éclat ; ma foi, pourquoi pas ?...

… Ah oui, messire, l’Arnaud, le Montebourg. Le démondialisateur... Ce serait, oui, audacieux. Et, entre nous, quitte à perdre, mieux vaudrait que ce soye avec la « nouvelle » génération. C’aurait plus de gueule. Qu’avec des connus, des qu’on a trop vus... Ah oui, c’aurait, pour l’occase, du panache.
Mais faut pas rêver. Même avec des idées.
Cette primaire se jouera entre anciens de la rue Solferino.
Entre le François et la Martine.
Et la clé, de ce match, qui la détient ?... Le militant ?... Le sympathisant encharté ?... Que nenni !... C’est la Royal, la Ségolène. C’est elle qui donnera le « la »... Après le 9 octobre… Quand elle appellera à voter pour Martine (... ou François).

Alors son fan-club, les ségolénistes ad vitam, sorte de secte la prenant pour Sītā, obtempèrera. Et bonsoir Clara !
C’est aussi simple que ça.

Aussi simple, plat et minimal qu’une déclaration de Martine Aubry.



[1] François Mitterrand, meeting de Toulouse, 25 avril 1981.

[2] « Désordre(s) » est avec :
« changer/changement », « pouvoir », « juste/injuste//justice », « rassembler/rassemblement » ainsi que : « aujourd’hui », le mot-clé de cette déclaration.
Il fut prononcé cinq fois.

[3] « France » a été le terme le plus employé par Martine Aubry : pas moins de treize fois.
Contre six pour le mot : « Europe ».
Les mots « gauche » et « socialiste » n’ont été prononcés qu’une seule fois chacun.
En revanche, trois fois Martine Aubry évoqua l’ « écologie ».
A noter que « vie » fut utilisé par quatre fois. Pourtant, c’est pas vraiment ce qui ressortait de cette déclaration ; la vie. Tellement on s’ennuyait à mourir…

[4] Martine Aubry aura dit huit fois : « Je veux… ».
Incantatoire, donc.


 
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