La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

06 octobre 2011

Ce Qui Plombe Le Parti Socialiste

Passons sur la forme, debout derrière un pupitre, par le temps de parole limité, deux éléments qui concoururent à faire de ces débats quelque chose de passablement guindé. Six candidats dans un carcan. Avec pour s’en échapper, le recours au tutoiement, aux prénoms (« Je suis d’accord avec Martine », « Est-ce que François peut nous expliquer… », « Pas de coups tordus, Arnaud »…).
La forme importe peu. C’est le fond qui compte. Ce qui s’est dit. Et ce que l’on en tire. Un aveu collectif. Celui d’impuissance. Bref : plombant.

Les-Bras-Croisés.gifCe qui plombe le Parti socialiste, ce n’est pas DSK. Mais ceux qui l’ont soutenu. Avant de comprendre, un peu tard, qu’ils étaient dans l’erreur, le déni. Mais, jamais, ils ne feront amende honorable, reconnaîtront qu’ils eurent tort. Tant ils sont pétris de certitudes, d’arrogance, voire de mépris. Pour eux, toujours, « Les jeux sont faits ». Ce ne sont pas des socialistes, mais des croupiers.

Ce qui plombe le Parti socialiste, ce sont ses girouettes, ses opportunistes. Fabius, par exemple. Héraut du « non » au Traité pour une Constitution Européenne, avant, le misérable, de tourner casaque. J’appelle cela : « Trahir la confiance du peuple souverain (de gauche) ».
Plus encore, Jack Lang. Toujours prompt à se ranger dans le camp du vainqueur potentiel. Avant-hier, Royal, hier Aubry, aujourd’hui Hollande. Lang c’est le Séguélisme. L’anti-gauche. Le bobo dans toute son horreur. Langue de bois. Toujours là. Qu’on se demande comment c’est possible. Tant il est grotesque et creux. Petite sangsue. Sans envergure. Faussaire. Et fossoyeur. Une honte totale, insupportable.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est son renoncement. Aux valeurs de la gauche. C’est sa conversion au libéralisme.
Bertrand Delanoë, ce commercial, aura – et comme on l’en remercie ! – eu l’impudeur de l’affirmer, clairement : « Oui, je suis libéral ET socialiste ». Ce qui ne peut être possible. C’est l’un ou l’autre.
En vérité, cet « outing » renvoyait à icelle jospinerie : « Mon programme n’est pas socialiste ».
En bon protestant, rigoureux, austère, sincère, Jospin convenait, entre les lignes, à mots couverts, que son programme était libéral. Donc, non-socialiste.
Delanoë, sous prétexte d’audace, aura voulu réconcilier l’inconciliable. Ce n’était pas de l’audace, mais un abandon. Et les classes populaires, moyennes, ont bien entendu le message. Elles ne reviendront pas. Terra Nova a gagné le combat. En loucedé. Travail de sape.
C’est aux cadres, désormais, que ce parti s’adresse. Aux notables, et autres petits bourgeois.

S’il était honnête, ce parti changerait son nom.
Il n’a plus rien de socialiste.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est une date : le 21 avril 2002. C’est ici, qu’il s’est figé. A tout jamais.
Cette date est primordiale. Elle a tout changé. C’est à partir de là, que tout finit. C’est ici, que commence le renoncement. Que le droit d’inventer succombe au droit d’inventaire. Paradoxalement. Car, on eut pu espérer le contraire. Que justement le 21 avril 2002 réveillât le cadavre. Momifié dans son mitterrandisme. Qu’il retrouvât, alors, ce qu’il avait égaré : sa gauche. Ce souffle formidable, d’espoir, d’imagination.
Mais non. Tétanisé, il n’aura pas compris ce que signifiaient les victoires locales, s’enchaînant, régionales, municipales, européennes. Plus encore le « Non » du 29 mai 2005. Autre date. Autre échec. Dernier sursaut. Balayé par une présidentielle dictée par les seuls sondages. Et la trouille.

Terminées les convictions, les idéologies.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est la peur de revivre le 21 avril 2002. Ça l’obsède.
Il ne sait pas comment s’en défaire. Il n’a toujours pas compris pourquoi les classes moyennes et populaires l’ont déserté. Alors que la réponse est évidente. Elle crève les yeux. Les urnes, aussi.
Hollande est le représentant de cette obsession, de cette peur. Voilà qui mériterait une analyse. Psychiatrique. Tant il est complexe et paradoxal, le soi-disant « candidat normal ».
La norme pour conjurer le sort, mais quelle est-elle ? Qu’est-ce qui fait norme ? Qu’est-ce que le normal au pays du Front national ? Entre 18 et 20% dans les intentions de vote, du jamais vu, mais qui fait sens : cela dit combien le peuple souffre (de l’absence de gauche).

La réponse n’est pas une conversion au libéralisme, au centrisme, mais à la radicalité.

Ce qui plombe le Parti socialiste c’est l’absence de radicalité. La crise, pourtant, aurait dû le conduire à se radicaliser, justement.
A la colère, pas à l’indignation. Aux idées révolutionnaires, pas à la mollesse.
Mais non, ils, les candidats, ont opté pour la compétence, la crédibilité. Le PS s’est Obama-isé. C’est la droite sociale. Ni plus, ni moins.

Quant à Montebourg, comme hier Hamon, c’est l’alibi. Mais rien en lui, ne transpire la gauche. C’est un jeu. De dupes. Hier soutien de Royal, aujourd’hui démondialiste. C’est (que) de l’image. Montebourg n’a rien de Bové, moins encore de Mélenchon. C’est du côté de Valls qu’il faut plutôt chercher. La « gauche moderne ». Celle de la TVA sociale. Des quotas d’immigration. Une gauche de droite. Et ça n’est point caricature. C’est une réalité. Car c’est la logique même, la poursuite de la conversion au libéralisme du PS. Avec Hollande en synthétiseur. Comme toujours.
 
Et tant pis si Ségolène Royal, lasse, usée, désolée, finit par lâcher cette vérité, la seule entendue lors des trois débats : « Alors nous ne sommes plus socialistes ».
C’est fini. Elle le sait. Et d’ailleurs, elle soutiendra le vainqueur. Les jeux sont faits. Comme dit le croupier.

Pour tout cela, entre autres, ces débats auront été utiles. Ils auront permis une clarification. Une mise au point. Même Fillon salue la performance. C’est dire …

Nous savons, désormais, qu’il n’y a plus de gauche dans ce parti. Il (y) a renoncé.
Il aura refusé, toujours, encore, de prendre la mesure du 21 avril 2002. D’entendre les souffrances, le désarroi. La solitude.
Même la crise n’aura rien changé. C’en est terrifiant.

On aurait pu espérer une rébellion, un combat à mener contre le système régit par le marché et la finance, un combat pour la liberté, mais non ; enfermés dans leur carcan, nos six représentants à grands coups de mots-clés, d’éléments de langage, de formules, statiques, sans colère aucune, sans souffle, sans révolte, auront enterré, publiquement, Jaurès, Blum et même, Mendès-France.
En se tutoyant.

Alors je conçois que beaucoup aient hâte de voir Sarkozy partir. J’entends même que c’est une question de fierté à retrouver. Ce 21 avril 2002 qu’il faut effacer. Aussi.

Mais qu’est-ce que ça veut dire de gagner quand rien n’est grand, beau et fort ?

Qu’est-ce que ça veut dire de gagner pour gagner ? Qu’est-ce que ça va nous apporter ? Si c’est pour vivre dans le même système, les mêmes règles, si rien n’est remis en question. Si Lang est toujours là. Et Fabius. Et tous les autres.

Qu’est-ce que ça va changer au quotidien de ceux qu'en bavent, qu’on humilie chaque jour, à ceux qui espèrent, demain, avoir leur petit coin, rien qu’à eux, enfin se poser, après tant d'années de travail, de servitude ?

Qu’est-ce que ça va changer de porter au pouvoir des hommes et des femmes qui s’accommodent, peu ou prou, d’un monde où le profit, la compétition, le chiffre, passent avant toute chose, avant la vie, avant nous ?

Qu’est-ce que ça va nous apporter, à nous, les laborieux, qu’on écoute pas, des ajustements à la marge ? Sommes-nous donc que cela : une variable ? Qu’on corrige. Qu’on trimballe. Et nous devrions nous en satisfaire ? En être heureux ?

Mais non. Non, il ne faut pas. Il faut résister. Se révolter. Pousser au cul. Il faut les secouer, ces gens-là, ces notables, ces raisonnables. Si tant est que ce soit encore possible. Ou juste envisageable.

Mais quand on regarde le peuple, les bras croisés, ainsi qu’on le voit, sur l’image illustrant cet article, image strauss-kahnienne, à certains égards, avec le terme de "gauche" comme argument de vente, mensonger, que peut-on espérer, tant cette image (qui se voudrait rappel d’une force tranquille, mais qui n’est celle, en vérité, que d’une faiblesse assumée) semble nous dire : « Les jeux sont faits ». Or donc : rien ne va plus.

De ce jeu, de dupes, nous sommes les billes. Les roulés. Les refaits.
Les éternels plombés.

22 août 2011

La Primaire Des Livres

Alors qu’un monde s’écroule, et que pour toute réponse, on s’apprête en haut lieu à nous raboter, et sans anesthésie, nos derniers deniers, que font nos candidats socialistes à la primaire ?
Eh bien, ♫ tous ensemble, tous ensemble, ouais ♫  ils publient (chacun de leur côté) un livre.
Indispensable, cela va de soi.

A-Se-Flinguer.jpgOn imagine déjà la ruée – que dis-je ! Le rush ! - des citoyens-électeurs de ce pays vers la librairie la plus proche, impatients de dévorer ces ouvrages passionnants, tant c’est bien connu, les politiques savent mieux que quiconque nous gratifier de bouquins renversants, éclairés et sincères... De livres évitant consciencieusement clichés, formules éculées et autres lieux communs... La bonne preuve : personne, ou quasiment, ne les achète. Pas même des collectionneurs. Ce sont d’authentiques bides certifiés.
Avant même qu’ils ne soient sortis, on baille à s’en péter les mâchoires.
J’ajoute que, les malheureux qu’ont commis la bêtise de faire l’emplette d’un de ces recueils remplis de phrases mille fois lues, invariablement plates, formatées à la virgule près, n’arrivent même pas à les refourguer ensuite sur eBay.
Et pourtant, Dieu sait dans un pays laïc, ce qu’on parvient à vendre comme breloques immondes sur ce site !
Mais les ouvrages politiques, non. Personne n’en veut. Même d’occase, bradés à 0,5€.
C’est dire ! Si ça ennuie sévèrement – et à juste titre – le citoyen, ce genre de pensum.

C’est vous dire, aussi, si nos éditeurs français ont comme la fâcheuse propension à foutre l’argent par les fenêtres (mais comme ce sont les leurs, de fenêtres, et itou leur pognon, après tout, ça les regarde – mais qu’ils ne viennent pas geindre, ensuite, comme ils le font assez régulièrement).

Nonobstant et à décharge, comment pouvez-vous refuser d’éditer les pompeuses et pompantes éculeries d’une Ségolène Royal, d’un François Hollande, d’un Jean-Michel Baylet ou d’un Manuel Valls quand, d’un autre côté, vous publiez les mémoires d’une starlette locale de 30 ans, Laëtitia Milot, les introspections pathétiques d’un Jean-Marc Morandini ou les textes radiophoniques d’un Stéphane Guillon ou d’un Guy Carlier ?
Il faut s’être rendu, au moins deux fois, dans un salon du Livre (sorte de foire aux bestiaux où l’on bâfre et médit), quel qu’il soit, pour mesurer l’ampleur du désastre. Et d’ailleurs, c’est bien simple, plus aucun auteur digne de ce nom ne s’y rend. Vous n’y trouverez, dans ces salons, que des Aznavour, des Zemmour, des Pietri et des Bogdanov. Et donc, aussi, des politiques. Qui se font damer le pion par la starlette de Plus Belle Le Vie.

Mais ce qu’il y a de plus incroyable, c’est que le politique puisse encore penser que, par ce biais, celui du livre, il va convaincre l’opinion.
Susciter – comme il dit – un élan.
Pour que cela fût possible, encore faudrait-il qu’il y ait à becqueter dans lesdits livres. Or, dans l’immense majorité des cas, il n’y a rien. Rien de lui ou d'elle. Rien qui suscite le désir. Rien qui donne envie de se lever, de se battre. Pas plus qu’on y trouve une âme. Ni même des clés pour sortir du merdier où nous sommes. 
En réalité, ces ouvrages rébarbatifs ne sont édités que dans un seul but : occuper l’espace médiatique, promouvoir le candidat-auteur (si tant est qu’ils aient, pour certains, écrit plus de trois paragraphes ou chapitres).

Non mais, honnêtement, qui a envie de se fader les discours prononcés par François Hollande entre 2009 et 2011, puisque tel est  – en partie – le contenu de son ouvrage intitulé Le Rêve Français ? [1]
N’aurait-il pas été plus judicieux, adéquat, de le proposer en téléchargement sur le Net plutôt que d’encombrer les rayons déjà surbookés de livres inutiles ?

Qui brûle d’impatience de faire l’acquisition de L’Audace A Gauche. 30 Propositions Pour La France signé par l’inamovible président du PRG, Jean-Michel Baylet ?
Baylet qui, rappelons-le, n’est candidat à la primaire que pour une seule raison : nous faire grossièrement oublier que cette primaire qui devait être celle de toute la gauche n’est, à l’arrivée, qu’une compétition entre socialistes dévorés par leurs égos et leurs haines respectives.

Qui va goulûment se précipiter sur L’Energie Du Changement vite expédié par Manuel Valls ?

Au passage, vous noterez que, déjà, rien que les titres nous donnent fissa l’envie de fuir tant on devine l’ennui considérable qui nous attend... C’est quand même extraordinaire d’arriver à dégoûter le lecteur dès le titre ! Tellement il est convenu, pauvre assortiment de mots-clés, éculés, comme :
« Energie », « Audace », « Changement », « Rêve » ou « Propositions ».

Mais je vous ai réservé le meilleur (du pire) pour la fin.
Et sans aucune surprise, c’est encore Marie-Ségolène Royal qui bat tous les records.
Visez un peu :
Lettres A Tous Les Résignés Et Indignés Qui Veulent Des Solutions.
Si tu voulais jouer au titre-le-plus-long, ô combien grandiloquent, bravo Madame, tu as gagné cette manche, haut la main et les doigts dans le nez !
Ah ! Et puis, cette double référence à François Mitterrand (Lettre A Tous Les Français) et Stéphane Hessel (Indignez-Vous !) c’est assez pertinent, non ?... Pensez !... D’un côté Mitterrand, l’homme qu’a flingué la gauche en la caviardisant, boboïsant, dévoyant (« Entre ici ! Bernard Tapie ! ») la vidant totalement de sa substance jaurésienne pour la convertir à un libéralisme irréfléchi ; et de l’autre, Papy Hessel qui, via un fascicule paresseux (qui pourtant connut un succès effarant ; preuve en est que décidément ce monde va très mal) a néanmoins titillé la jeunesse de cette planète, jeunesse qui, depuis, squatte mollement quelques places urbaines, seul signe ostensible de son indignation, avant de rentrer sagement chez elle, poster quelques photos impérissables de sa colère assise sur un réseau social lambda. [2]
Comme références, nous voilà terrifiquement édifiés.
Le seul point vaguement ségoléniste dans ce titre, c’est le terme pluriel de « Solutions », nouvelle marotte de la Royal, déjà piètre oratrice, ânonnant jusqu’à plus soif des formules creuses comme  « ordre (social) juste » ou donnant dans l’incantatoire avec, donc, ce : « Je serai la présidente des solutions ».
Alors vous imaginez, des pages entières sur ce mode-là, mais c’est à se flinguer ! Et d’ailleurs, c’est édité chez Plon.

Reste deux autres candidats : Arnaud Montebourg et Martine Aubry.
Que nous allons remercier chaleureusement.
Surtout le premier.

En effet, Montebourg ayant déjà publié, il y a peu, deux sommets d’ennui mêlant naïveté feinte, et – là encore – grandiloquence au cube (Des Idées Et Des Rêves puis Votez Pour La Démondialisation) il passe heureusement son tour, préférant mettre en ligne sur le Net un document humblement intitulé : Mon Projet Pour L’Ecole.
Effectivement, le Net est le meilleur vecteur pour ce genre de prose. Or donc, bravo mon démondialiste, et surtout merci de ne point polluer nos librairies, et autres supermarchés de la littérature low-cost.

Quant à Martine Aubry, ayant déjà été cirée par Isabelle Giordano, elle zappe également cette rentrée plus primaire que littéraire ; de fait, je serais tenté de lui filer, derechef, 1500 points S'Miles, sauf que…
Sauf que, mon petit doigt me dit qu’elle a bien un ouvrage sous le coude, comme de bien sûr profondément barbant et sans grand intérêt, mais qu’elle nous le réserve pour la fin de cette triste année. Soit après qu’elle ait été désignée candidate du PS à la présidentielle 2012.

En guise de primaire, nous allons donc avoir droit à l’indigeste promotion de ces livres-repoussoirs, à la télé, à la radio et dans la presse. [3]
Alors que, franchement, des documents pdf. auraient aussi bien fait l'affaire (surtout vu le contenu).
Parce que, vous comprenez bien que publier un livre stéréotypé, formaté, sans âme ni souffle, c’est une chose, mais ensuite, il faut le vendre !
Et ça passe par la promo.
Voilà ce qui va donc occuper nos candidats, et le terrain médiatique, pendant quelques semaines.
Ce qui éloigne d’autant plus, la tenue de débats, de confrontations et autres joutes entre nos écrivains du dimanche... Tout portant à croire, en effet, vu comme c'est barré, qu’il y en aura pas bezef.
C’est vous dire si cette primaire présentée, d’une part comme étant celle de toute la gauche, d’autre part comme un modèle démocratique, s’annonce plutôt comme étant une aimable fumisterie.
Manquerait plus que DSK, revenu du diable vauvert, nous sorte son bouquin made in Sofitel, pour que la fête soit complète.


[1] A noter que c’est l’ouvrage de François Hollande qui bénéficie du plus gros tirage :
50 000 exemplaires !
C’est pas un tantinet présomptueux, 50 000 exemplaires d’emblée, pour un candidat dit « normal » ?
S’il en vend ne serait-ce que le cinquième, ce ne sera pas si mal. D’autant – rappelons-le – qu’il ne s’agit que d’une compilation de ses « meilleurs » discours. Un DVD aurait suffi, cher monsieur...

[2] Oui, parce que, voyez-vous, cette jeunesse pense – ne riez pas ! – que la révolution (ou au minimum le changement, voire la mutation) passe par les réseaux sociaux.
Elle n’a pas compris, cette jeunesse, que c’est toujours Jean-Pierre Pernaut qui fait la loi, la pluie et le beau temps dans ce pays. Qu’elle est plutôt là, la puissance de feu.
Voyez, comme on n’est pas sorti de cette putain d’auberge gangrénée par la seule loi des Marchés.

[3] Y compris la presse people. Et peut-être même : elle, avant toutes les autres.
Car, ne sont-ce point, à la réflexion, des ouvrages moins politiques que people ?

28 juin 2011

Après Le Candidat Normal, La Candidate Minimale...

Bon sang, mais quel ennui ! Cette déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Martine Aubry… De tout, ça manquait de tout : de souffle, de vie, de force. De tout ce qui pourrait vous transporter, vous faire dire que : ah mais quelle audace ! Quel panache ! Monte le son, chérie, c’est énorme ce qui se joue, là, derrière ce pupitre !
Mais non ! Au lieu de ça, une récitation, remplie de termes convenus, éculés, de mots-clés…
Diantre ! Après la bravitude, serait-il donc venu, le temps de la rebarbatitude ?

La-Mollitude.jpgOh bien sûr, nous ne sommes pas en campagne. En plein dans la bataille. Celle d’avant le premier tour... Or donc, il ne fallait point s’attendre à de grandes envolées lyriques, à des : « Ni Washington, ni Bonn, ni personne (…) Ni le grand capital, ni les multinationales (…) Aucune puissance au monde ne me fera dire autre chose que ce que je pense » [1]... Un tantinet théâtral, certes, mais la tribune, madame, c’est aussi du théâââââtre ! Vous qu’en pincez pour la culture, vous devriez le savoir !

Mais enfin, si c’est autant le désordre [2] la bérézina, le déclin, la cata, qu’elle part à vau-l’eau la France [3] un peu de colère eût été la bienvenue ! Celle qui sied au combat. Avec la voix qui porte. Tonnerre laïc ! République des « camarades » nous voilà !
Mais penses-tu !...
Ça ânonne, et pis c’est tout.
Ça dit « Je veux… » [4] et pis voilà.
De la platitude à tirelarigot.
Du basique, du primaire. Qui ne fait de mal à personne. Mais pas plus de bien, non plus.

Rien, ah mais rien dans ses mots, son ton, ses gestes même (plus statique que ça, c’est juste pas possible), rien qui pourrait soulever les foules, le peuple, celui pour qui c’est marre, celui qu’en peut plus.
C’était rien d’autre qu’une petite rédaction mal jouée, mal envoyée, mal dégauchie.
C’était misère !

Mais bon sang de bonsoir, quand on se présente à ses compatriotes pour les informer qu’on aspire à la plus haute fonction de ce pays, on incarne, on porte, on « yes I can » ! Avec force. Et poing levé... On irradie ! Même si l’heure est grave…

Quand on se déclare, au peuple on prend sa colère, son désarroi, sa rage même, et on transcende, on traduit, on exprime, haut et en couleur ; on l’envole, le peuple. On l’emmène avec soi.
On le venge, par les mots. Rien qu’une fois.

Mais là, dans cette ancienne gare de Saint-Sauveur, il reste à quai, le peuple. Comme abasourdi.
Hébété.
Assommé de mots-clés, toujours les mêmes, mille fois esgourdés, comme :
« changer/changement », « rassembler/rassemblement », « injuste/juste/justice » et tutti.
De phrases toutes faites, qu’engagent à rien, juste là pour meubler, telle que :
« Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent et permettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Les parents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants. ». [… consternitude…]

Oh, bien sûr, se déclarer, ce n’est pas énoncer un programme, des propositions ; c’est de l’esquisse, du survolage, un exercice de style ; sauf que, le style, je le cherche, et ne le trouve point.
Quant à l’espoir, pas un gramme... Et la gauche, nada, absente. Comme si c’était devenu un gros mot… Alors vous pensez, le socialisme, là, c’est même plus en rêve, c’est banni. Interdit. On oublie.

Or donc, mais quel ennui ! De l’ankylose au carré. De l’anesthésiant. De la mollitude. Rien d’habité. Rébarbatif comme rarement. Sidération à l’envers. Non-évènement terrifiant. De vacuité... Même pas le minimum syndical... Vous avez dit : anormal ?
Mais que faudrait-il alors, autre qu’une crise « sans précédent », pour que ça sorte ?
Une guerre atomique ?
Que faudrait-il pour que ça se présente devant le peuple, magnifique, scotchant, tellement renversant ?
Une apocalypse ?

Alors qui ?... Quel candidat pour le Parti prétendu socialiste ?... Après s’être fadé ce discours sans relief, sans aspérité, insuffisant au regard de la colère, du désarroi, du dégoût ?
Si ce n’est pas Aubry, alors, ce ne peut être que Hollande ! Au moins, y’a du tribun, dans cet homme-là. Comme une flamme. Pas lerche. Mais ça suffira... Un Bayrou déguisé en socialiste, mais qu’a du verbe, de la répartie, voire de la taquinerie et de l’éclat ; ma foi, pourquoi pas ?...

… Ah oui, messire, l’Arnaud, le Montebourg. Le démondialisateur... Ce serait, oui, audacieux. Et, entre nous, quitte à perdre, mieux vaudrait que ce soye avec la « nouvelle » génération. C’aurait plus de gueule. Qu’avec des connus, des qu’on a trop vus... Ah oui, c’aurait, pour l’occase, du panache.
Mais faut pas rêver. Même avec des idées.
Cette primaire se jouera entre anciens de la rue Solferino.
Entre le François et la Martine.
Et la clé, de ce match, qui la détient ?... Le militant ?... Le sympathisant encharté ?... Que nenni !... C’est la Royal, la Ségolène. C’est elle qui donnera le « la »... Après le 9 octobre… Quand elle appellera à voter pour Martine (... ou François).

Alors son fan-club, les ségolénistes ad vitam, sorte de secte la prenant pour Sītā, obtempèrera. Et bonsoir Clara !
C’est aussi simple que ça.

Aussi simple, plat et minimal qu’une déclaration de Martine Aubry.



[1] François Mitterrand, meeting de Toulouse, 25 avril 1981.

[2] « Désordre(s) » est avec :
« changer/changement », « pouvoir », « juste/injuste//justice », « rassembler/rassemblement » ainsi que : « aujourd’hui », le mot-clé de cette déclaration.
Il fut prononcé cinq fois.

[3] « France » a été le terme le plus employé par Martine Aubry : pas moins de treize fois.
Contre six pour le mot : « Europe ».
Les mots « gauche » et « socialiste » n’ont été prononcés qu’une seule fois chacun.
En revanche, trois fois Martine Aubry évoqua l’ « écologie ».
A noter que « vie » fut utilisé par quatre fois. Pourtant, c’est pas vraiment ce qui ressortait de cette déclaration ; la vie. Tellement on s’ennuyait à mourir…

[4] Martine Aubry aura dit huit fois : « Je veux… ».
Incantatoire, donc.


15 février 2011

Les Zozocialistes

Ce qu’il y a de chouette avec les socialistes, c’est qu’on les voit venir de loin. De très loin.
En revanche – et c’est là le truculent – c’est que, eux, ils ne nous voient pas venir. Du tout. Ni de loin. Ni de près.
Pourtant, ils devraient commencer à se douter d’un truc, ces « socialistes » .. C’est que, dites ! Ça fait quand même depuis 1995 qu’ils nous servent et jouent la même tambouille !

Les-Compères.jpgTenez ! prenons ce … – comment dire ? – ... ce pacte (ou clause) de non-concurrence convenu entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn ... C’est cocasse, non ? Oh que si .. Parce que, sur le papier, ça donne quoi ?
Si Aubry est candidate aux Primaires, DSK ne le sera pas. Et si DSK l’était, Aubry ne le serait pas.
Merveilleux, non ! Ça, c’est de la camaraderie de compétition !
En vérité, ça ne se danse pas du tout comme ça.
Car tout dépend (donc unilatéralement), de la décision de DSK. Et non d’Aubry.
Or donc, le : « Si Aubry est candidate, DSK ne le sera pas » ça marche pas. Seul vaut : « Si DSK est candidat, Aubry ne le sera pas ».

Et alors ?

Eh bien alors, pas besoin d’être grand clerc pour deviner la suite du programme :
« Si DSK est élu président de la République, Aubry sera nommée Premier Ministre ».
Et il y a fort à parier, que l’inverse fonctionne.
Ce n’est donc pas un pacte de non-agression, mais un arrangement entre « bons amis ». En fait, il faut lire :
« Si tu es candidat(e), je serai ton (ta) Premier ministre ».
Voilà le contrat. Le « deal ».

Bon, je vous passe une autre possibilité, bien plus drôle encore :
« Si DSK n’est pas candidat alors … une bonne douzaine de socialistes (dont Pierre Moscovici et Gérard Collomb) le sera ».
Ce qui explique, dès lors, que nombre de barons et autres notââââbles – Ce qui, au passage, est un bon résumé du PS : un Parti de barons et de notâââââbles – font tout leur possible pour que « DSK y aille ». Sinon, c’est le merdier, la foire, le gros fight.

Vous me direz, oh ! mais c’est de la tambouille politicienne, de la tactique, après tout ça les regarde … Pas faux … Mais tout de même, ce qui saute aux yeux et assez violemment, c’est que cet arrangement entre Mme Aubry et M. Strauss-Kahn se fait sur le dos … des autres candidats potentiels. Une manière comme une autre de forcer le scrutin des Primaires.
Si j’osais, je dirais que nos deux compères ont décidé de bourrer les urnes avant, tant pendant, et l’on s’en souvient, ça eut posé quelques problèmes.
Oh, vrai, il n’y a rien d’illégal, ça est juste de la stratégie … N’empêche qu’elle soulève, et comment, une question que voici : et le projet, outre « 'Faisez' pas les cons, votez DSK (ou, si nous n’arrivons pas à le convaincre : Aubry) », c’est quoi donc ? Le projet pour le pays ? Où qu’il est, le projet, la substantifique moelle ?

J’ai cru comprendre – mais arrêtez-moi si je me trompe – qu’il était en cours d’écriture. Mais par qui ? … Aubry et son « équipe » ? … Cela semblerait logique puisqu’elle est Secrétaire générale du Parti … Notez que dans ce cas, c’est encore une incitation de plus à voter Aubry ou DSK. Vu que DSK et Aubry, c’est la même chose. Si ça n’était pas la même chose, ils n’auraient pas conclu cet arrangement ... De fait, pour quelles raisons étranges le « sympathisant de gauche » irait donner, en octobre prochain, son suffrage à une Royal, un Hollande (candidat non-déclaré pour le moment), un Montebourg ou un Valls ? Pour foutre la merde dans ce joli plan bien organisé par le duo DSK/Aubry ? Voilà qui ne serait pas très urbain, mon « sympathisant » !
Cela dit, s’il en avait l’intention, de mettre le boxon, on lui fait (déjà) comprendre qu’alors, il porterait l’entière responsabilité de la défaite de la gauche (en réalité : des socialistes – que « ces gens-là » soient gentils, et laissent la gauche à la gauche) aux présidentielles de 2012. Habilement, soi-dit en passant. En répétant qu’il faudra voter pour « le candidat le mieux placé ». Comprendre : celui qui a, dans les sondages, le plus de chances de battre Sarkozy.
Or, là aussi – pour le moment – les deux candidats « les mieux placés » sont : DSK et Aubry.
Avouez que ça commence à faire beaucoup. On pourrait même se demander pourquoi le PS organise des Primaires ? … Pour occuper l’espace médiatique ?

Nonobstant, cette histoire de « candidat le mieux placé » pose un autre problème.
Vous allez me dire que je suis naïf comme trois Jospin, mais le « sympathisant de gauche » n’aurait-il pas plutôt intérêt à voter pour … le « meilleur projet » ?
Oh, je comprends fort bien que le but (à peine caché) des socialistes soit de battre Sarkozy en 2012, qu’itou cela ferait super plaisir à tous ceux (de gauche ou pas) qui veulent le voir partir, mais de là à ce que ça devienne LE projet, c’est léger - mais je vais y revenir.
D’autre part, quitte à ce que ce soit une histoire de personne(s), ne vaudrait-il pas mieux voter pour la plus apte, la plus résistante (tant c’est un combat de tueurs, une présidentielle) la plus strong, celle qui déplacera la foule, la galvanisera, la conquerra, par son audace et sa fougue, plutôt que pour « la mieux placée » ? … Tant « le mieux placé » d’aujourd’hui peut être « le mal placé » de demain (ex : Royal, Jospin, Balladur, Barre, et même Giscard) en vertu du fait que, dès lors que la campagne est lancée, on voit le candidat à l’ouvrage. Et boum, patatras …

Qui plus est, compter sur le seul rejet de Sarkozy, ne sera pas suffisant.
En premier lieu, parce que cet homme est imprévisible, je veux dire qu’il est capable de tout (mais vraiment de tout !) y compris retourner la situation.
Et c’est là qu’on en revient au « projet ». Dont Sarkozy, remettant son titre en jeu [*], n’a pas à s’encombrer. Tout comme Mitterrand n’en avait pas besoin en 1988.
En revanche, les socialistes, en ont besoin, eux. Pour conquérir le pouvoir par le peuple.
Je sais, je sais, ils sont en train de l’écrire, de le peaufiner, sauf que, ça n’est pas un projet : ce n’est qu’une collection de propositions élaborées uniquement en réaction à la politique menée par le pouvoir en place. Un « projet en réaction », j’appelle ça ..
Eh bien ça ne sera pas suffisant, non plus.
Clairement oui, c’est un programme d’opposition (au sarkozysme) que nous proposent Aubry et DSK. Pas un projet pour la France. Ça manque d’imagination, d’idées, de souffle, d’innovations, de création, de jeunesse, de beauté, d’envies, de rêves même ... Bref, ça manque de tout, et a fortiori, de gauche… C’est triste et sans relief. C’est fait de rustines et de pansements.
Alors, on camoufle tout ça avec des Primaires fictives (puisque bien cadenassées, comme précédemment expliqué) ; avec cette histoire de « candidat le mieux placé » (les sondages faisant de plus en plus l'opinion et détricotant la réelle démocratie) ; l’inévitable « vous aussi, hein, vous n’avez pas envie de prendre 5 ans de plus avec Sarkozy » ; sans parler de cette vaste fumisterie de « vote utile » (qui est aux socialistes ce que la sécurité est à Sarkozy : un fond de commerce ; le même, celui de « la peur »).

Certes, on n’en peut plus de M. Sarkozy, mais quand même, le projet, c’est ..
Oh, mais le projet, on verra une fois sur place. Et puis, eh ! DSK, avec un boulot de président du FMI sur son CV, c’est pas l’assurance de s’en sortir, ça ? C’est pas un gage de sérieux ? ..
Peut-être (encore que ..) mais où qu’il est le socialisme dans votre packaging ? Où sont les idées de gauche ? Le souffle. Celui qui donne force et espoir.

Non, tout ça, c’est de la tambouille, de l’arrangement, de l’habillage : c’est Pepsi qu’on nous vend et vante pour, l’an prochain, battre Coca.
Et c’est moins un parti politique qu’une bande de zozos qui nous propose ce « deal ».
Les zozocialistes.
Ceusses qu’on voit venir de loin avec tout leur fric-frac politicien.
Mais qui, eux, sûrs de leur « produit », et confortablement installés dans leurs bureaux de barons, de notââââââbles, ne voient (encore) pas ce qui les attend : une déroute de plus.


[*] Oui, Nicolas Sarkozy sera candidat en 2012.
Comme dirait le candidat de 2017, le désopilant Jean-François Copé, « on va arrêter de se mentir », n’est-ce pas ..
On va surtout arrêter de prendre les français pour des benêts au carré avec des minauderies du style :
« Je sais pas, m’sieur Pujadas .. et puis vous savez, Président de la République, c’est un métier très difficile, mâme Ferrari … Mais bon, je me déciderai à l’automne.. » ..
A d’autres, ces salamalecs !
Car, si nous sommes passés du septennat au quinquennat, c’est justement pour permettre au président de « pouvoir faire » deux mandats consécutifs en vertu du fait que dix ans c’est moins pénible (pour le peuple) que quatorze. Et il faudrait vraiment un évènement d’une gravité extrême (haute trahison, par exemple) pour que le Président en exercice renonce à « remettre son titre en jeu ». Alors ça va, maintenant …

30 novembre 2010

L’Emmerdeuse

 

Ségolène Royal Présente ....jpg



Martine : Il dit quoi, Pignon ?
Dominique : Je sais pas ... On dirait qu’il se nettoie les doigts ..
François : Je ne me nettoie pas les doigts, je réfléchis.. Et arrêtez de m’appeler : Pignon !

[L’Emmerdeuse – Un film de Ségolène Royal, depuis hier sur vos écrans – A suivre : Le Dîner De Cons, sortie prévue : automne 2011]



"C'est toujours sympa d'avoir des petits candidats un peu farfelus qui concourent à la fonction suprême" [Ben - France Inter - 30 novembre 2010]



 

22 décembre 2009

Burqa : Interdire Ou Bannir, Il Faut Choisir

rqfch2b9a7pSeDeh376pUUVbqT574XEmQuicklook.jpgOr donc, Philippe Esnol, Aurélie Filippetti et celui que ridiculement [*] l’on surnomme le “Sarkozy de gauche”, le dénommé Manuel Valls, ont dégainé via Libération, une tribune gaillardement intitulée :

Il faut bannir la burqa de l’espace public”.

Si nous considérons que ces trois personnages ne sauraient ignorer le sens des mots, qu’ils auront donc et assurément pesé chaque terme sept fois dans leur encrier numérique avant de commettre leur tribune, on ne peut faire l’économie du verbe choisi pour illustrer le titre, qui n’est point “interdire” mais “bannir”. Car il y a grande différence, voyez-vous, entre l’interdiction et le bannissement. Entre “empêcher quelqu’un de", ou “d’user de” et … “exclure”, “chasser”, “exiler”…  
Certes, on me rétorquera derechef qu’il ne s’agit point de bannir “quelqu’un” mais un “vêtement”. C’est oublier que sous ledit "vêtement", il y a présentement "quelqu’un", et que ce "quelqu’un" (à hauteur de : “500, 1000 ou 2000 femmes” selon le tribun trio) a fait un choix – disons-le tout net – moins religieux que politique : porter la burqa. Car oui, c’est avant tout un acte politique. D’où la difficulté de possiblement légiférer.
Ceci étant, et tenant surtout compte de l’aspect politique, demander au législateur d’interdire le port le burqa en tout espace public, ne suffisait-il pas ? Pourquoi aller, quel besoin d’aller jusqu’au bannissement ? Au moment précis où l’on parle autant de République, où tant et autres s’en font les hérauts et les ardents défenseurs, tels nos trois signataires, pourquoi diable employer un verbe qui coïncide mal avec l’idée même que l’on se fait de cette République ? Bref, depuis quand “bannir” et ”République” sont-ils amicaux-compatibles ?

Je chipote ? Interdire, bannir, quelle importance, pourvu que dans l’espace public, on n’y voit plus aucune burqa ?

Eh bien écoutez, si les mots sont interchangeables, que, ma foi, peu importe celui-ci ou un autre, alors autant considérer que la langue française, dont on dit à raison qu’elle est partie intégrante de notre identité, est un merdier dont on peut user comme bon nous semble, mais dans ce cas, n’allons point reprocher à quiconque de la mal parler ou de la verlaniser.

Je vois, moi, dans le verbe “bannir” une violence que ne contient pas le verbe “interdire”.
J’y vois la notion d’exclusion, notion qui n’est point expressément contenue dans l’interdiction.
J’y vois donc une surenchère qui ne s’imposait pas, d’autant plus quand les signataires se targuent de vouloir “séparer le bon grain de l’ivraie”. Il ne faut pas être grand clerc, pour la trouver, la raison de cette surenchère ...

A vouloir ne pas utiliser le verbe “interdire”, comme s’il était propriété de la droite, nos trois socialistes parviennent, par une entourloupe rhétorique, à proposer pire encore. 

Pour le reste, les raisons invoquées (pour - donc - “bannir la burqa de l’espace public”) par Esnol, Filippetti et Valls ne sortent point de l’hypocrisie qu’ils dénoncent. A savoir qu’ils invoquent principalement le concept “d’atteinte à la dignité humaine”, ici la femme, qui serait, selon eux, par la burqa réduite “à un rang de subalterne. Car, poursuivent-ils, une femme dont on ne peut lire les expressions du visage perd de son humanité”. Outre que sociologiquement, anthropologiquement et philosophiquement, cette assertion est d’un grotesque sans nom, c’est donc encore une fois au nom de la dignité des femmes que ces trois-là réclament le bannissement de la burqa. C’est fou, non, ce qu’ils sont, d’un coup, nombreuses et nombreux à s’en soucier, de la dignité des femmes ? Vrai, j’en suis tout ébaudi ! Complètement retourné ! Mazette, mais que de grandeur d’âme subitement ! Est-ce bientôt Noël ou quoi ? Mais arrêtez-donc ces fadaises, cet hypocrite – et le mot est bien faible – argument, en réalité, prétexte. Il n’est point question de dignité des femmes (d’autant plus quand on apprend que certaines, et pas qu’un peu, ont choisi délibérément, et contre l’avis de leurs proches, de porter la burqa) mais d’un problème politique. Et cet aspect-là, vous l’évacuez, vous vous interdisez d’en parler. Pire, vous le bannissez pour l’habiller de nobles sentiments, qui ne sont point burqa, mais piteuse tenue de camouflage.
Ne venez pas vous plaindre, demain – et ce jour ne saurait tarder – que vos hypocrites arguments vous valent un nouveau et retentissant camouflet !

Quoi qu’il en soit, et ce n’est pas, je l’ai dit, jouer sur les mots (ou alors, sur les maux - mais là, ce n’est pas de mon fait, mais du fameux trio) nos trois signataires prônent la bannissement et non l’interdiction de la burqa, considérant que celles qui la portent sont “exclues, de fait, de la société et du champ public puisque cachées intégralement derrière un vêtement indifférencié” !
Voilà qui est pour le moins curieux (ou croustillant, c’est selon) car qu’est-ce que bannir sinon exclure ?
Ou comment, au nom (paraît-il) de la dignité des femmes, répondre à l’exclusion dont elles seraient victimes par … une autre exclusion. Vous me la copierez, celle-ci ! 
Alors je ne sais pas s’il faut cesser tout débat, mais il me semble qu’une trêve serait la bienvenue.
Non ? 


PS : A noter, également, cette incroyable saillie de nos trois défenseurs des droits de la femme (de et dans la société occidentale, bien sûr) :

Qu’il soit volontaire ou non, le port du voile intégral nuit à la société et à l’ordre public dans la mesure où il soustrait au regard d’autrui les femmes qu’il recouvre”.

C’est assez effrayant de lire une chose pareille. A ce point, que par pure décence laïque, je mets un voile sur les mots fort peu aimables qui, en pagaille, me viennent ; oui, je tairai certaines extravagances ou coutumes occidentales qui consistent à ne point soustraire au regard d’autrui ce qu’il nomme une femme, et que j’appelle, moi, un objet. Ou, le cas échéant, une (vulgaire) marchandise.

[*] Oui, “ridiculement”, car comparer Manuel Valls à Nicolas Sarkozy, c’est attribuer au sieur Valls, un talent politique qu’il n’a pas.
Manuel Valls n’est absolument pas un “Sarkozy de gauche” c’est juste un “homme de droite” qui, en 2012, pourrait bien rejoindre l’équipe du président confortablement réélu ... Pari tenu !

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu