11 août 2009
Le Beau Parleur Un Peu Court De Chez Causeur.fr
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D’abord, j’avais décidé de ne pas en parler. De cette histoire. De Bagnolet. Parce que c’est toujours la même histoire. Parce que c’est une histoire que l’on pense connaître. Bagnolet. Villiers-le-Bel. Et même Zyed et Bouna.
C’est une histoire qui semble se répéter. Un contrôle de police. Des jeunes qui font le choix de ne pas s’y soumettre. Et la suite, on la découvre à la télévision, on la lit dans les journaux.
La suite, c’est une version contre l’autre, de la colère, des cailloux et du feu ; un ministre, celui de l’Intérieur, promettant que "toute la lumière sera faite sur cette affaire". Mais jamais elle ne vient, la lumière. Alors on ne sait rien.
C’est une histoire que l’on pense connaître, oui, parce qu’elle se répète, mais en fait, on la connaît mal, cette histoire. On ne la connaît pas. On ne sait rien. On n’y était pas. Alors pourquoi en parler ?
Si quelqu’un y était, si quelqu’un a vu, Zyed et Bouna, Villiers-le-Bel ou Bagnolet, alors qu’il prenne la parole, qu’il écrive ce qui s’est passé, dans une lettre, un billet. Mais qu’il le fasse honnêtement, sans tricher, sans se laisser happer par son émotion. Sans prendre parti. Nu. Vrai. Mais est-ce possible ? Apparemment non, puisqu'il y a ni lettre, ni billet. Ou alors, ce qu’il y a, c’est rien que de l’émotion, justement. Donc, du vent.
Oui, j’avais décidé de ne pas en parler, de cette histoire, de Bagnolet, et puis, ce matin, très tôt, je suis tombé sur ceci :
"Si vous n’habitez pas mon département et que vous ne lisez pas la presse régionale à la rubrique faits-divers, vous ne trouverez cette info que sur causeur. Les gendarmes de mon village qui poursuivaient les auteurs d’un cambriolage ont perdu le contrôle de leur véhicule et ont renversé une dame âgée qui marchait sur le trottoir. Cette femme bien connue dans la région pour y être née et y avoir passé toute sa vie est morte dans l’accident. Les enfants et petits-enfants de la victime ont pleuré leur parente dans la plus grande discrétion. Les amis ont apporté leur soutien et présenté leurs condoléances à la famille. Les vieilles dames de sa paroisse ont assisté à une messe dans le recueillement. Les supérieurs hiérarchiques des agents responsables sont venus dans le village pour apporter des explications et exprimer leurs regrets. Ils n’ont pas été chassés par des jets de pierres. La gendarmerie n’a pas été attaquée. Les voitures des voisins n’ont pas brûlé et l’Intermarché à la sortie du village est encore debout."
[“Divers Faits” par Cyril Bennasar sur Causeur.fr – Mardi 11 Août 2009]
Je dois dire, sans doute parce qu’il était trop tôt, que sur le coup, j’ai presque marché. C’était net et court. Trop net. Trop court, surtout. Dans tous les sens du terme. Oui, c’est un peu court, jeune homme.
Mais bien à l’image de notre époque. Celle de la pensée rapide, facile. Assénée. Comme un boulet.
M. Bennasar nous torche un billet dans lequel il ne nous narre absolument pas une histoire [1] mais s’en sert à titre de démonstration, nous expliquant que chez “lui” quand un drame survient - ici une femme mortellement renversée par un véhicule de gendarmerie - on ne brûle pas des voitures (comme à Villiers-le-Bel). On ne jette pas des pierres (comme à Bagnolet). On se tait. Et si on souffre, on souffre en silence [2].
Et alors ?
Elle est où, la démonstration ? Et la démonstration de quoi ? Sinon, d’une pensée courte, malhonnête, celle de M. Bennasar.
Quel est le rapport entre le village de ce monsieur et Villiers-le-Bel ou Bagnolet ? Sont-ce les mêmes ? Y vit-on pareil ? Y souffre-t-on pareil ? Y a-t-il, dans ce village, 30 ou 40% de chômeurs ? Ce village a-t-il été, lui aussi, abandonné par la République ? Déserté par les Services Publics ?
Que sait-il de Bagnolet, M. Bennasar ? Sinon, ce qu’il en a vu à la télévision, via des micro-trottoirs à foison, ces micro-trottoirs qui sont la lie et la négation du journalisme [3] ?
Que connaît-il de Villiers-le-Bel, sinon, ce qu’il en a lu dans les journaux, soit, bien souvent, des spéculations sans fin ?
Que sait-il du quotidien de Bagnolet, de Villiers-le-Bel ? Que sait-il de la police qui y patrouille ? Qui y contrôle ?
Rien. Il ne sait rien.
Juste dans “son” village, une dame âgée est morte, renversée par un véhicule de gendarmerie qui poursuivait des cambrioleurs, et ce drame, il fut, par la population, vécu en silence, mais pas à Bagnolet, ni Villiers-le-Bel. Voilà. C’est tout. C’est tout, dans le sens où, c’est un peu court, jeune homme. C’est même très court. Intellectuellement.
Si je voulais me vautrer dans la même malhonnêteté que M. Bennasar, je dirais que “ses” villageois sont bien singuliers (ou bien cons) de considérer ce drame (car c'en est un ..) comme un banal dommage collatéral, un "accident" somme toute normal, tant ils semblent, à la lecture du billet de M. Bennasar, prendre cette triste et terrible histoire (elle est quand même morte, la dame "bien connue" et "aimée" de la “région” ; c’est pas rien, tout de même, la mort de quelqu’un qui n’y est pour rien ..) pour fatalité.
Pire, je pourrais même spéculer et de la pire des façons, par exemple en posant cette question indigne, de type poujadiste : et si ce n’était pas une vieille dame que les gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions avaient mortellement fauchée, mais une petite fille de neuf ans, la population de ce village aurait-elle accueilli la nouvelle de la même manière, dans cette même rigueur judéo-chrétienne ?
En silence …
Ah oui, mais oui, j’entends déjà la suite, du sur mesure, du cousu de fil blanc surtout, comme quoi, je les excuserais, ceusses qui caillassent, brûlent des bagnoles, attaquent des gendarmeries.
Eh bien non. Je ne les excuse pas. Je trouve qu’ils scient le reste de branche pourrie sur laquelle ils sont bien mal assis.
Simplement j'estime un peu court et bien malhonnête le raccourci de M. Bennasar. A vrai dire, je le trouve dangereux. Dangereux car dans cette société lobotomisée par la télévision et quelques autres médias, ils sont nombreux les cerveaux disponibles à la fainéantise, celle de l’esprit ; ils sont nombreux, oui, ceusses qui trouvent trop fatigant de réfléchir.
C’est à ceux-là, que M. Bennasar s’adresse. C’est cette paresse d’esprit qu’il entretient. C’est le néant de la pensée qu’il véhicule. C’est l’ignorance qu’il flatte.
En cela, il est, M. Bennasar, pas plus excusable que ceusses qui brûlent, attaquent et caillassent.
Pas plus excusable que ceusses qu’ils dénoncent.
[1] Et d’abord, qui nous dit qu’elle est “vraie”, cette histoire ? Rien. Aucun lieu cité. Et, au vu de la malhonnêteté intellectuelle de M. Bennasar, j’en suis bien marri, mais il est tout à fait permis de douter de la véracité de cette histoire …
[2] Souffrir en silence, tiens donc ! C’est aussi le vœu du premier d’entre nous, M. Sarkozy. N’est-ce pas lui, qui durant sa campagne présidentielle, se déplaçant dans une région minée par le chômage (les Ardennes) avait eu ces mots : “C'est très important de rencontrer des gens qui ne se plaignent pas et qui se battent. Ici, ce n'est pas la France qui brûle des voitures et ce n'est pas parce qu'ils ne brûlent pas de voitures qu'il ne faut pas s'occuper d'eux." ?
Mais quand les mêmes, ou leurs frères, à force de “souffrir” en vinrent à séquestrer des dirigeants ou menacer de faire sauter leur usine, on vit l’impétrant, le fanfaron, se désolidariser de cette France-qui-souffre-mais-ne-brûle-pas-de voitures, car vois-tu, il est intolérable pour sa majesté (et M. Bennasar) que l’on souffrit bruyamment.
[3] Mais qui font le succès de RMC Info. Succès grandissant, témoin de la déliquescence de la pensée. De l’absence de réflexion. La victoire des “gens”. Et de leur avis tout fait. On appelle même ça : la liberté d’expression. Moi, j’appelle ça une défaite. Celle de l’intelligence. Et à terme, de la démocratie. Si ce n’est déjà fait …
19:27 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Opinion | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : un jeune se tue à moto à bagnolet, violences urbaines, cyril bennasar, causeur.fr, divers faits, malhonnêteté intellectuelle |
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01 août 2008
Jusqu'Où Nous Emmène Guaino, Aujourd'hui ?
Pour certains c'est Philippe Val ...
... Et d'ailleurs, tiens, puisque j'y fais allusion à ce grand penseur des temps modernes qu'est Val, puis-je te recommander chaudement la lecture de ces deux articles qui enterrent - voire incinérent - définitivement l'étrange boss de Charlie Hedbo [*] :
L'Honneur Perdu De Charlie Hebdo
Quand Philippe Val, Charlie Hebdo Et BHL Maltraitent La Liberté D'Expression
Je serais Val, et surtout j'aurais un tant soit peu d'honneur, je me ferais sur le champ .. Hara-Kiri !
Or donc, disais-je, à chacun ses têtes de turc, la mienne s'appelle :
Henri Guaino.
C'est nonobstant par lui que j'ouvris cette nouvelle - et fantastique, n'est-ce pas ? - version de "Refais Le Monde" suite à la tribune qu'il s'offrît - et que nous souffrîmes - dans le quotidien
Guaino, qui soit dit en passant est tout de même un sacré numéro, nous y donnait sa grille de lecture, en bon représentant de la Française du "Je", arguant notamment qu'il n'y avait nulle trace de racisme dans "son" fameux discours dit de Dakar.
Bien.
On aurait pu en rester là - c'est-à-dire à la cave - mais non !
Car les p'tits gars de Rue89 sont allés rencontrer l'énergumène, histoire, je présume, d'en avoir le coeur net.
Et voilà c'que ça donne, en précisant que c'est environ au point 1'07" qu'Henri nous en sort une nouvelle et bien énorme.
Bon déjà, tu noteras la présomption du mec qui, sans rire - mais c'est pas vraiment le style de la maison Guaino, le rire .. - te dit que limitée en nombre de caractères, cette tribune était de fait un peu courte, que ça méritait plutôt un "livre entier" !
Et tu l'intitulerais comment ton livre de plage, Henri ?
Le "Da Guaino Code" ?
Mais, comme je te le disais en préambule de cette vidéo verdoyante, c'est grosso merdo au repère 1'07" que ça se complique gravement.
Que dit-il notre "ami" de l'Afrique ?
Eh bien il dit ceci :
"Pour pouvoir parler de l'Afrique, des Africains, euh ... Il faut avoir une couleur de peau particulière ? .. Ça veut dire que, quand on est noir on peut parler des africains, mais quand on est blanc on n'a pas le droit d'en parler ? (...) C'est totalement inacceptable l'idée que vous n'avez le droit de ne parler de certains sujets qu'en fonction de votre couleur de peau !"
No comprendo El Guaino !
Car, et comme le dirait ce cher Nicolas, je mets au défi quiconque, Mâhâme Chabot, de trouver la moindre trace d'une critique émise à l'encontre du discours de Dakar dans laquelle il serait écrit noir sur blanc, si j'peux me permettre vu le contexte, écrit noir sur blanc que ce qui posa problème c'est qu'un blanc parle des noirs, ou que, selon sa couleur de peau on n'aurait pas le droit d'aborder certains sujets !
Personne n'a dit cela !
Pas même Philippe Val - qui n'peut pas être partout en même temps, non plus ! et tant mieux ...
Et encore moins Bernard-Henri Levy !
Où Guaino a-t-il été pêcher "ça", sinon dans son esprit - limité ?
Les a-t-il lues au moins, les critiques, lui qui nous accuse de ne pas avoir lu le discours de Dakar dans son intégralité ?
Henri, personne n'a dit qu'il fallait avoir une couleur de peau particulière pour aborder certains sujets !
Sinon toi.
Et tu sais comment ça s'appelle ?
De la malhonnêteté intellectuelle, mon colon !
Non, ce qui chagrina quelques-uns, ce fut le choix des mots, et non la couleur de peau de celui qui les prononça.
Certes, ce 29 juillet, j'écrivais que c'était le discours typique de l'homme blanc, arrogant, suffisant, ignorant de la culture des autres.
Mais dans le sens de :
L'homme blanc colonisateur.
Et je maintiens que ton discours est celui d'un colon.
Et c'est moins la couleur de peau qui la polémique créa que le contenu de ta prose fleurant la nostalgie coloniale.
Capisci ?
Quelques lignes plus haut je notais que nous aurions pu en rester là, précisant que ce "là" ressemblait furieusement à une cave.
Eh bien avec cette nouvelle justification de ta part, Henri, on vient de franchir un nouveau palier :
De la cave nous voici rendu - ou vomi - aux oubliettes.
Et c'est bien ici, dans les oubliettes de l'Histoire, que se situe ta place, Monsieur Guaino !

[*] La dernière fois que j'achetai Charlie Hebdo, ce devait être en février de cette année.
Consterné par ce que j'y lu et vu, ne retrouvant absolument pas l'esprit d'impertinence et d'incorrection politique, je décidai de m'en passer, et tant que Val en sera le dirlo, ad vitam aeternam.
Ajouts du Lundi 4 Août
Siné Porte Plainte
Filoche Défend Siné
Le Blog De Siné
16:30 Écrit par Philippe Sage dans Mauvaise Foi | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri guaino, discours de dakar, couleur de peau, malhonnêteté intellectuelle, val, bhl, rue89 |
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