05 août 2008
Ce S'ront Donc Toujours Les Salauds Qui Nous Boufferont L'Caviar Sur L'Dos [*]
[*] Coluche dans "Misère"
Alors voilà, a y est, ils ont fini par le dire, les constructeurs automobiles :
Fabriquer une voiture hybride, celle qui préserve l'environnement - ce qui reste à démontrer - ça coûte de la thune.
Beaucoup (trop).
Et donc - je fais vite - elle seront, quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse, plus chères à l'achat que les voitures traditionnelles.
Conclusion :
Seuls les fortunés, les aisés, pourront s'offrir ce genre de véhicule.
Mais qui pourrait encore s'en étonner ?
Ne vois-tu pas que petit à petit, on renonce, ou plutôt on se fait à l'idée que dans un futur (très) proche, il y aura clairement deux offres (et demi) de consommation :
L'une pour les riches - et les vaguement aisés.
L'autre pour les pauvres - et les classes très moyennes.
Et le demi ?
C'est pour les classes moyennes "surnageantes" qui de temps en temps pourront s'offrir un produit - car tout est produit désormais, même ce qui s'écoule dans l'hideux gobelet de la machine à café, celle de ton entreprise qui te paye au lance-pierre - s'offrir, disais-je, un produit destiné aux riches (et aux vaguement aisés) TOUT en sacrifiant un de leur budget, par exemple celui des sorties et/ou des loisirs.
Mais au train d'enfer où vont les choses, il n'est pas déraisonnable ni même pessimiste - et que l'on me traite de déclinologue, sache que ça m'en touche une, sans faire bouger l'autre ! - de se demander combien de temps encore nous aurons des classes moyennes aussi éloignées des pauvres que des riches ?
Or donc oui, petit à petit, et sans que les peuples ne s'en émeuvent ni ne mouftent, un monde "bipolaire" se dessine, celui des pauvres et celui des riches.
Et ce n'est plus une question géographique, genre le Sud versus le Nord.
Non !
C'est une question mondiale.
Mondiale, comme mondialisation.
Il est déjà là, ce monde.
Il se dessine jour après jour.
Le low-cost pour le pauvre.
Le high-tech pour le riche.
Le riche roulera en voiture préservant l'environnement, résidera dans une maison à panneaux solaires, continuera à se rendre au théâtre, au cinéma, aux spectacles.
Ce sont dans les meilleures écoles (privées de préférence) qu'il enverra ses enfants étudier.
Il pourra se soigner, manger bio, manger bien.
Mais il ne sera pas nombreux.
Pas même un dixième de la Planète.
Le pauvre roulera en Logan ou équivalent, résidera dans un pavillon, le même exactement que son voisin, un logement social déguisé ; il regardera la télévision, cette chère télé qui lui vendra, par de terrifiantes "Confessions Intimes", une misère plus grande que la sienne afin qu'il ne se révolte point.
Il priera pour que l'école publique dans laquelle il inscrira son enfant soit la moins pire possible.
Il fera l'impasse sur certains soins essentiels (les dents, par exemple) faute de ne pouvoir s'offrir une mutuelle.
Il mangera de l'eau, il mangera mal, s'étonnant de se voir grossir à vue d'oeil, d'augmenter son taux de cholestérol ; mais que pouvait-il espérer d'autre(s) en faisant ses courses dans un Hard-Discount ?
Il sera nombreux.
Plus de la moitié de la Planète.
Quant aux classes moyennes, elles courent, tant elles savent que leur temps est compté : soit elles gagnent - et vite, avant deux ans - le camp des aisés, et par n'importe quel moyen quitte à arnaquer son prochain en se lançant dans un commerce plus que douteux, soit elles tombent dans le camp des pauvres, et adieu Berthe !
Tu vas me dire que ce(t) (im)monde existe déjà.
Oui.
Mais demain, ce sera pire.
Lors de mon passage à Marseille, je rencontrai celles et ceux qu'on appellent - à tort - des marginaux.
S'ils arrivent à s'en tirer, mais bien chichement, c'est parce qu'ils savent tout faire :
Le ciment, le béton, l'électricité, la peinture.
Ils te démontent un ordi, une machine à laver, un moteur, et te le remonte nickel, en état de marche.
Ils ne regardent pas la télé.
Ils préfèrent la Médiathèque pour continuer à apprendre, découvrir, s'instruire.
Ce sont les rois, les reines du système D.
Mais ils en bavent.
Ils en bavent sans se plaindre.
Sans jalouser qui que ce soit.
Pour celles et ceux qu'ont des enfants, c'est encore plus dur - quelle évidence ! - pourtant ils et elles se démerdent admirablement bien.
Ils sont riches à l'intérieur.
C'est totalement un choix de vie.
Et il est beau, il est infiniment respectable.
Ce que j'ai retenu à leurs contacts, outre leur lucidité, c'est que si tu n'es pas un touche-à-tout, si tu ne sais pas tout faire, même un peu, alors t'es mort !
Ils sont sauvages et fiers de l'être.
Et ils ont sacrément les pieds sur Terre.
Ce sont les derniers des Mohicans.
Ce que je veux dire, c'est que dans ce monde qui se dessine, avec clairement d'un côté les pauvres et de l'autre les riches, il te reste une troisième voie :
Être le dernier des Mohicans.
Dont le but n'est pas d'avoir mais d'être.
Juste Être.
Et être Juste.
Bonne chance ...
18:38 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coluche, mondialisation, riches, pauvres, classes moyennes, low-cost, high-tech |
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