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20 avril 2011

Skyrock N’Est Pas Une Radio Libre

Encore heureux qu’ici ou là on ne fasse pas de Pierre Bellanger le « père de la radio libre ». C’eut été malvenu... Ceci étant, clamer haut et fort, et à fortes doses, que Skyrock est une « radio libre » me fait doucement rigoler... A partir du moment où un média s’acoquine avec des annonceurs ET des actionnaires, il n’est pas libre. Oser dire le contraire relève du mensonge.

Bellanger-14-avril-2011.jpgSeulement voilà, il se trouve qu’en cette année 2011, nous fêtons les « 30 ans de la libération des ondes » soit – pour faire court – la fin du monopole d’Etat de la radiodiffusion, actée en deux temps par les lois du 9 novembre 1981 puis du 29 juillet 1982 [1].
Or donc, l’éviction du créateur de Skyrock (anciennement La Voix Du Lézard) par l’actionnaire principal (Axa Private Equity) en cette année ô combien symbolique où l’on fête la liberté (d’émettre, donc itou : d’expression) permet bien des confusions et autres égarements, habilement entretenus, soi-dit en passant, par Pierre Bellanger lui-même.
Il était, faut dire, particulièrement tentant, de mêler les deux « évènements », de les lier, en disant, peu, prou, que : mon dieu, voyez ce qu’ils font de cette liberté, que nous avons chèrement acquise, trente ans plus tard ! On vous la vole ! On vous la spolie.
C’est oublier qui est Pierre Bellanger et qu’est-ce que Skyrock.

Pierre Bellanger n’a pas participé à ce que Thierry Lefebvre nomme « La Bataille Des Radios Libres ». Il n’a jamais été un « pirate des ondes » comme Antoine Lefébure (Radio Verte) ou Patrick Van Troeyen (Radio Nid de Coucou, Radio Ivre, etc.). En d’autres termes, il n’a pas œuvré pour que tombe le monopole d’Etat de la radiodiffusion, donc pour que la radio fût libre. Hormis un émetteur qu’il fournit, à ses frais, à une station qui n’émit que peu de temps (Radio Paris 80).
En réalité, Pierre Bellanger surgit après « la bataille ». Un peu comme ces résistants de la dernière heure. Et son irruption dans ce que l’on appelle les « radios libres » est intéressante.
Assez révélatrice du personnage.

Le 10 mai 1981, à 19h28, pour fêter l’élection de François Mitterrand, il lance (à Paris) sa première radio libre : Radio Cité Future.
Et où l’installe-t-il ? Sur le 96 Mhz.
Le problème ?
Cette fréquence était alors occupée par Radio Gulliver.
Voilà comment Pierre Bellanger, chantre, faut-il l’en croire, de la « radio libre » et de la « liberté d’expression » débute son aventure radiophonique, en boutant hors de sa fréquence une (petite) radio « historique » ce qui ne va pas manquer d’exaspérer quelques « pionniers » [2].
Croustillant, non ?

La suite l’est tout autant. Car à l’époque Axa Private Equity se nomme Le Monde.
Le quotidien dit « de référence » est, en quelque sorte, l’actionnaire principal de Radio Cité Future. Et il a ses exigences.
Dont une non-négociable : que Radio Cité Future respecte scrupuleusement la loi.
Or, quand le ministre de la Communication (Georges Fillioud) du premier gouvernement Pierre Mauroy (celui qui le 9 septembre 1981, grandiloquent, s'exclama : « Non, aux radios fric ! ») fixe les premières règles, Bellanger ne va pas s’y soumettre provoquant l’embarras et la colère de son actionnaire qui va … l’évincer.
Quelles étaient ces règles ?
Interdiction formelle de faire de la publicité, ne pas utiliser un émetteur dépassant les 100 watts. Or, Radio Cité Future disposait d’un émetteur d’un bon Kilowatt. D’autre part, Bellanger n’imaginait pas que sa radio ne puisse ouvrir son antenne aux annonceurs. Car il était activement favorable à l’introduction de la publicité, donc à la commercialisation des radios libres. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il fut exclu (décidément…) en 1980, de la FNRL (Fédération Nationale des Radios Libres) qui elle, s’y opposait. Partant du fait que sujette aux annonceurs, la radio ne pourrait plus être libre.

Il est donc clair, et ce depuis le début, que le but de Bellanger n’a jamais été de promouvoir la radio libre, pas plus de défendre une quelconque liberté d’expression, mais de faire du business.
Ce qui n’est pas honteux en soi, encore faudrait-il qu’il l’admette.

Pierre Bellanger n’est rien d’autre qu’un chef d’entreprise très bien rémunéré (620 000€ à l’année) à la recherche du profit, et qui, jusqu’ici, bon an, mal an, y était parvenu en se "maquant" avec de bons gros capitalistes comme Hachette-Filipacchi, Lagardère Active, Goldman Sachs ou Axa Private Equity. Or donc, entendre des politiques défiler au micro-chevet de Skyrock fustiger l’actionnaire et le grand capital, est un grand numéro d’hypocrisie, voire de foutage de gueule total.
Nonobstant, ce qui est assez remarquable, c’est que bien qu’étant constamment l’actionnaire minoritaire (c’est la première fois qu’il était aussi haut avec 30%) Bellanger aura pu, pendant 28 ans, rester le président exécutif de La Voix Du Lézard puis de Skyrock.

Mais qu’on ne vienne surtout pas nous dire, nous seriner plutôt, que Skyrock est une radio libre. Tant c’est un mensonge.
Skyrock est un produit radiophonique formaté qui vend et promeut d’autres produits (Coca, Nike, McDonalds, etc.). Rien de plus.
Ce n’est pas Radio Libertaire, L’Eko des Garrigues ou Radio Canut, qui elles, sont de véritables radios libres (et pour lesquelles personne ne bougera le petit doigt le jour où elles seront menacées de disparition).
Quant à la liberté d’expression, de quelle nature peut-elle bien être sur un tel support ? Sinon de l’ordre du défouloir, voire : du déversoir.

Reste la musique, ici le Rap et le R’nb.
D’autres que moi ont dit vertement ce qu’ils en pensaient, et à juste titre, dans la mesure où, Skyrock a fait plus de mal au Rap que de bien.
Si vous voulez entendre du Rap (ou du Slam) qui tienne la route, ce n’est sûrement pas sur Skyrock que vous le trouverez. Même FIP fait mieux !

Ceci étant, et hormis le fait que cette histoire n’aura été, en définitive, qu’une sombre affaire de businessmen, autant dire de personnages qui n’ont rien à faire de la « liberté » (sinon, la leur) il semble cependant évident que l’éviction de Pierre Bellanger, par Axa Private Equity, n’avait pas pour autre but que de se débarrasser enfin de Skyrock, soit de vendre.
Or qui peut acheter un tel produit, sinon NextRadioTV (RMC Info, BFM...) ou Bolloré (Berteslmann, les Groupe NRJ et Lagardère ne pouvant pas en raison de la loi anti-concentration) ?
Ce qui signifie que ce réseau FM aurait pu être effectivement happé (et vraisemblablement changer de format avec, c’est inévitable, des licenciements) par un autre groupe puissant, déjà omniprésent médiatiquement.
Bref, on ne saurait s’en réjouir.

A priori, une telle opération semble s'éloigner avec la proposition du Crédit Agricole, proposition qui rendrait à Pierre Bellanger le contrôle de Skyrock.
Une banque qui viendrait mettre un terme à cette rocambolesque affaire, avouez que, ça non plus, ça ne manque pas de piquant !
Mais qu'on ne s'y méprenne pas : c'est bien Bellanger qui vient d'être sauvé, pas la « radio libre », pas plus que la « liberté d’expression ».


[1] La loi n°81-994 du 9 novembre 1981 portera un petit coup de canif au monopole en accordant des dérogations d’émettre à des associations de type 1901 (et dans un rayon maximum de 30 kilomètres)
La seconde loi, n°82-652 du 29 juillet 1982 mettra, elle, fin au monopole d’Etat de la radiodiffusion.

[2] En fait, Radio Cité Future diffusait une boucle musicale. Assez travaillée. Originale. Mais c’était tout. Rien ne s’y disait.
Bref, c’était bien peu…
Or donc, ajouté au fait que Bellanger s’était approprié – et sans rien demander à quiconque – la fréquence de Gulliver, certains pionniers de « la libération des ondes » dirent tout le mal qu’ils en pensaient.
Ainsi Guy Hocquenghem dans le quotidien Libération en date du 17 juin 1981 qui, évoquant Radio Cité Future, tint ses propos :
« On ne dit rien, mais on occupe. C’est à nous ce morceau de fréquence, puisque comme les chiens nous avons pissé dessus ».


NB : T'en veux de la zik qui rappe sa mère ? Ecoute ça [Atmosphère : Yesterday] !

podcast

29 novembre 2010

Petit Rappel Des Fondamentaux Du Sarkozysme à M. François « Oui-Oui » Baroin

« J’ai toujours pensé qu'une société transparente, c'était une société totalitaire. »
(François Baroin à propos des dernières révélations de WikileaksEurope 1 – 29 novembre 2010)

Totalitarisme.jpg


« Je veux remplacer l'opacité par la transparence. »
(Nicolas Sarkozy - 20 mars 2007)

« Notre démocratie n'a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. (…) nous devons changer radicalement nos comportements pour aller vers davantage d'impartialité, d'équité, d'honnêteté, de responsabilité, de transparence. »
(Nicolas Sarkozy - 14 janvier 2007)

« Nous devrons également rendre les relations entre les États plus transparentes. Il nous faut les débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes. »
(Nicolas Sarkozy - 28 février 2007)

« Je veux (..) changer les pratiques, les mentalités, et gouverner autrement autour de trois principes : la transparence, la culture du résultat, la concertation. »
(Nicolas Sarkozy - 2 avril 2007)

« La première conquête d'Internet, c'est l'ouverture de citadelles jusque là bien gardées. Chacun peut faire du journalisme à la place des journalistes. Chacun peut diffuser ses films à la place des majors d'Hollywood. Chacun peut mettre ses biens aux enchères, exposer ses travaux, afficher ses idées. Un nouvel espace de liberté d'expression s'est ouvert, avec la suppression de la barrière économique à la diffusion de masse des images, des textes ou des sons. Je ne le conçois pas comme une menace pour la démocratie, mais comme un avantage. »
(Nicolas Sarkozy - 12 décembre 2006)

« Cela étant dit, Internet est un extraordinaire instrument de démocratisation culturelle. »
(Nicolas Sarkozy - 4 avril 2007)


NB : nonobstant, je vous le concède, toute analyse profonde (comme une « gorge ») des notions fondamentales (dont une) de transparence ou de totalitarisme et desdites révélations de Wikileaks, révélations qui, outre leur aspect pathétiquement terrifiant, n’étonneront pas plus que ça le citoyen lambda qu’il fût du Nord, du Sud, d’Orient ou d’Occident.
Mais dois-je vous rappeler la signature de cet espace troufignollant :
L'actualité commentée
(ou pas) avec subjectivité, dérision ET mauvaise foi.

 

 

11 octobre 2010

Internet, « Le dixième cercle de l’Enfer »

Le Dxième Cercle De L'Enfer.jpgÇa a commencé par une page blanche. Ou presque. On me disait de « taper » mais je ne savais pas quoi. Et comme je ne savais pas, on s’en étonnait ; j’étais pitoyable d’impuissance, de désarroi, décevant une nouvelle fois … Si ! j’avais bien des trucs qui me passaient par le ciboulot, mais là, devant tout le monde, ça me faisait à la fois honte et chier. Au fond, j’avais pigé, dès le début. Parce que, justement, les premiers mots qui me venaient, ceux que je me refusais de « taper », là, devant témoins, gênants ; les mots.
Or donc, c’était couru d’avance, cette affaire. Devant moi, en réalité, j’avais une bombe. Tu la files au tout-venant, et boum !

Tu vois ce film de Lars Von Trier, Dogville ? Pas facile … De ceux qui rebutent. Parce que radical. L’histoire, on s’en fout. Ou quasiment. C’est un prétexte. Je crois … Ce qu’il faut voir, c’est ce qu’il n’y a plus. Autrement dit ce qui permettait l’intimité. Le secret. La nécessité. Dans Dogville, en effet, plus de cloisons, de murs. Le monde est comme une marelle. Ce qui nous sépare, c’est plus que de la craie. Il suffit de pousser plus loin l’expérience Lars Von Trier, et voilà, nous y sommes. Passées les limites, comme dirait l’autre, y’a plus de frontières. « Night And Day ». Plus de craie :
« Et ça tape, ça tape, ça tape/Ça crie, ça crie, ça crie/Ça tape, ça crie, ça gueule/Et puis ça rotative ! ». [1]

Ça n’est pas, non, « la plus grande saloperie » que l'homme ait créée, c’est l’homme qui ne change pas et ne changera jamais. Celui-ci n’est pas destiné à s’améliorer. Regarde ce qu’il fit des révolutions, ce cochon ! Pas même de la confiture. Or, je persiste et signe : il n’y a rien de plus beau, de plus grand, de plus fort que la révolution et ceux qui la font ! Et les raisons qui le poussent à la faire. Après quoi, la raison, celle des autres, reprend le dessus, le pragmatisme, la morale, tout ce qui nous encombre, ce dont on refuse de se défaire, peur du vide, de l’inconnu, d'un nouveau monde. Je veux dire que tout finit par rentrer dans l’ordre, c’est ainsi. Toute révolution est vouée à l’échec, de par la nature même de l’homme. Parce qu’il ne peut vivre sans adorer, haïr et suivre ... Détruire, le fascine. Un instant, un instant seulement. Le sang, les décombres, au minimum les barricades, ça lui explose le cerveau. Il préfère le « tranquille », le « foutez-y moi la paix », le pérenne illusoire, quitte à y perdre sa dignité ... Construire, alors. Un foyer, une société, un « vivre ensemble ». Mais cette construction est une tombe. Une autre destruction. Mais tellement plus acceptable, n’est-ce pas ? D’autant plus que tout le monde est d’accord. Tant il vaut mieux une mort organisée, lente si possible, et si tout du long, tu l’as dans le cul, et bien profond, ça vaut mieux que d’y laisser sa peau avant l’autre.
Or donc, puisque les dés sont jetés, qu’il n’y a plus que des fous, des lâches ou des terroristes, aucune révolution n’est possible, seul le chaos est désormais envisageable. Internet en est le moteur (de recherche).
Cette page blanche, ou presque, cette barre d’adresse à l’origine.

Comme toute révolution ou supposée telle, Internet promettait beaucoup. Le grand, le beau, le fort. Un nouveau monde. Mais quel nouveau monde pouvait être bâti puisque son maçon nous le connaissons et savons qu’il n’est pas destiné à s’améliorer ?
Une barre d’adresse à l’origine, un moteur de recherche, un réseau. Un tentacule. Oui, un et un seul, car la prolifération est une illusion, un leurre. On pourrait croire, effectivement, que la multiplication des pages, quasi à l’infini, aboutirait à une prolifération des idées, à une explosion de la connaissance, de l’imagination, de la jouissance ... Oh ! certes, Internet n’en est pas exempt, et tant mieux ! mais plus le tentacule prend de l’ampleur, plus le grand, le beau, le fort est balayé, relégué, noyé. Le militaire l’a emporté sur le libertaire. Car oui, il y a quelque chose de militaire. Avec pour clairon, le « buzz ». Taratata-taratata et tout le monde rapplique ! Garde-à-vous devant l’immédiateté ! Fixe devant le propagateur ! Et le réseau qu’il constitue (blogroll, followers, « amis », etc.) est en réalité, un escadron de suiveurs, un bataillon de lèche-bottes, des recruteurs, avec pour but de grimper les échelons, prendre du galon. C’est de l’ordre de « l’embrigadement » !

« La pensée mise en commun est une pensée commune ». [2]

Alors que, Internet aurait pu conduire l’homme à s’émanciper, notamment des autres et de leurs pensées, c’est au contraire auquel nous assistons. C’est assez remarquable, tant, à la réflexion, cet outil, Internet, pourrait - pouvait - nous permettre de nous passer de presque tout, des autres en particulier, de tout ce qui nous encombre. De nous extraire. De la société. De ce merdier quotidien. Tant les possibilités offertes sont immenses. Couper avec le monde tout en l’observant - ce monde qui jamais ne changera puisque fait et refait par l’homme - l’observer quand on veut, et où on veut. Depuis un écran. Se créer, se recréer, s’inventer, s’avater, s’explorer, se démultiplier. C’était ça, le virtuel. Une marelle.
Mais le réel, l’homme, a tout effacé. La craie délimitant les espaces - Dogville. Le réel a bouffé le virtuel supposé. Et tout s’est normalisé, ordonné, hiérarchisé ... Internet, désormais, c’est UNE société. Celle que nous connaissons si bien, que parfois nous combattons, à la seule différence, que les murs, les cloisons, tout ce qui nous sépare ou nous préserve, tout cela est tombé. Et nous l’avons accepté. Au nom, paraît-il, de la liberté. A commencer par celle d’expression.
En réalité, ce que nous avons accepté, c’est de transposer sur Internet les mêmes règles, le même ordre, la même chienlit, les mêmes inégalités et la médiocrité qui l’accompagne, nous l’avons vérolé, et ce qu’il y a de plus extraordinaire ou de plus monstrueux, c’est que dans ce paquet, nous avons consenti à être cookielisés, tracés, fliqués, fichés, comme si ça ne suffisait pas de l’être déjà, dans nos vies terre-à-terre, et de s’en plaindre, pourtant.
Certes, il reste ici ou là, des pirates, des hackers, des fouteurs de merde magnifiques, paraît qu’on les achète à prix d’or, qu’on leur fait les yeux doux, pour qu’ils viennent à leur tour, sécuriser, traquer, fliquer, ficher. Et s’il en reste encore des récalcitrants, ou alors des libertaires, des hors-blogroll, des révolutionnaires, qu’utilisent la toile non pour se branler, mais pour des idées, argumentées, ils sont balayés, relégués, noyés. Tout comme DANS la société. Marginalisés.
Quant au pouvoir, qu’il soit politique, économique ou militaire, celui qu’a dans l’idée de contrôler, museler, ce merdier, ce brouhaha, ça n’est point parce qu’il y trouve un autre pouvoir susceptible de déranger ou d’abattre le sien, c’est juste pour achever la normalisation que nous avons entamée. En clair, il souhaite juste finir le boulot. Et ceusses qui croient encore que l’Internet est un contre-pouvoir n’ont en réalité rien compris. C’est juste un exutoire, du moins c’est ce qu’il est devenu. Rien d’autre qu’un exutoire. Avec ses idoles, ses adorateurs, ses suiveurs.

Tout chaos est précédé d’un infâme et insupportable brouhaha. Certains appellent donc cela, ce brouhaha : la liberté d’expression. Ceux qui se prononceront contre, ou la remettront en question, seront traités au mieux de réactionnaires, au pire de fascistes. Pourtant, Internet n’est pas la voix du peuple. Mais du peuple d’Internet. Une aristocratie. Qui ne pense jamais contre elle-même. C’est un tissu de commentaires. Et si l’on y distingue, parfois, rarement, fulgurances ou folies, beautés ou cadavres exquis, ce sont déjà des vestiges.
La liberté d’expression, cela fait bien longtemps que plus personne ne sait ce que ça veut dire. C’est un totem que l’on brandit désormais pour vomir, éructer, insulter, dénigrer, tout est bon pourvu que ce soit au nom de la « liberté d’expression ». Et plus encore, si elle est anonyme, pourquoi se gêner, n’est-ce pas, puisque l’on peut en faire n’importe quoi ! Mais c’est bien ainsi que commence tout chaos. Tu la files au tout-venant, et boum !

« Mais il y avait eu Internet. Aujourd’hui, il devait faire un effort constant, pour ne pas passer ses journées à tourner en rond sur la toile, hagard et accablé. Les commentaires. Cet anonymat crapuleux, litanie d’insultes obstinées, délivrées par des incompétents. Dès qu’il les avait découverts, il avait compris qu’il pénétrait dans le dixième cercle de l’enfer. Petits discours parallèles, sourds les uns aux autres, tous mis sur le même plan, lapidaires, hostiles jusqu’à l’écœurement. La médiocrité avait une voix. Les commentaires sur la toile. » [3]

Internet n’est pas une démocratie. C’est devenu une bombe. A retardement.

« Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A. Je suis la merde dans tes yeux, petite salope radioactive, mon cœur ne comprend que le vice. Transuraniens, humains poubelles, contaminant universel. » [4]


[1] « Night & Day » [Léo Ferré]
[2] « Préface » [Léo Ferré]
[3] « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]
[4] Valentine, personnage de « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]

 
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