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02 mai 2012

Amusons-Nous Avec Les Courbes Sondagières Du Président-Candidat

Nul n’est censé ignorer l’adage, la récurrente rouspétance, ce refrain éculé de présumées vierges effarouchées : « Les sondages se trompent (toujours) ! »
Mais chacun aura noté que cette accusation provient, invariablement, du camp des vaincus, de ceusses qui l’ont dans le baba. Jamais vous n’entendrez celui des vainqueurs, d’un soir, vilipender les coquins de l’IFOP ou de l’IPSOS.

Nonobstant, il est assez croustillant, pour le moins, de constater que c’est celui qui n’aura eu cesse, durant une partie de son mandat, d’avoir recours à ces instituts pour, dit-on, prendre le pouls du peuple, qui se trouve être le premier à venir, séance tenante, les décrier et les dénigrer.
Soit cet homme est inconséquent, incompétent et incohérent, ne serait-ce qu'en juger par le volume des sommes dépensées ! (En effet, n’est-ce pas, là, de l’argent public foutu en l’air, carrément dilapidé, si ces instituts sont, comme il le prétend désormais, si peu fiables).
Soit cet homme – disons-le tout net, et sans autre forme de procès – est un fumiste avéré.
A titre personnel, je pencherais pour la deuxième option.

Toujours est-il qu’ils ont beau geindre, les uns et autres cocus, il n’en reste pas moins qu’ils ont tort. Et pour une raison simple, limpide, indubitable : les sondages, messires, ne peuvent se tromper, car ils ne sont qu’une photo, celle d’un instant donné, précis. Ni plus, ni moins. Ils ne prédisent pas. Ils évaluent. Des rapports de force(s), ô combien, mouvants. Ils ne sont donc que la possible vérité d’un moment. Si ça n’était pas le cas, alors, vous ne feriez pas, et quotidiennement, appel à leurs services.
CQFD.

Cependant, s’ils ne sont pas prédictifs, ils peuvent nous alerter sur une tendance. Et, plus elle dure dans le temps, plus elle est signifiante.
Ainsi quand un président, puis un président-candidat se trouve être, depuis deux ans, balayé quel que soit l’adversaire qui lui est opposé (DSK, puis Aubry, puis Hollande) et qu’à l’approche de l’échéance, cette tendance ne faiblit pas, alors, il n’est pas insensé de penser que, pour lui, les carottes sont cuites. Quand bien même croirait-il, ou voudrait-il nous faire croire, que non, tout est encore possible. Mais peut-être confond-il l’élection présidentielle avec une rencontre sportive, où là, effectivement, jamais aucun sondage ne vous donnera la moindre indication sur son éventuelle issue.

Quoi qu’il en soit, la tendance est bel et bien lourde. Et, tout comme en 2007, rien, ni personne, n’aura pu l’infléchir. Or nous sommes, désormais, à quelques heures du verdict. C’est dire s’il est bien tard…
Mais qu’à cela ne tienne ! Sans oublier cette tendance qui s’étire depuis deux ans déjà, voyons avec acuité, où en sont les courbes sondagières, à travers deux exemples criants.

En premier lieu, cette courbe de l’institut IPSOS :

IPSOS


Bonne nouvelle pour notre président-candidat, il est en progression ! Et son rival, fort logiquement (puisqu’ils ne sont plus que deux), en régression. Si cette dynamique se confirme, à un moment donné, youpi ! les courbes vont se croiser !

Mais quand ?


Eh bien, pour le savoir, il suffit de se munir d’un double-décimètre, et de prolonger avec application, les courbes respectives de M. Hollande et de M. Sarkozy.
Notez bien le point où elles se rejoignent et descendez ensuite jusqu’à l’abscisse afin d’estimer la date du croisement.
Si vous respectez scrupuleusement l’échelle de ce magnifique croquis, alors, vous obtiendrez comme résultat le 23 mai. Ou en tirant au max, le 22.
Le problème, voyez-vous, c’est que l’élection a lieu le 6. Et comme il m’étonnerait qu’on la reculât au 22 ou au 23, j’en suis fort marri pour notre président-candidat, mais cette progression inespérée arrive trop tard.
Bref, c’est mort.

Gardons cependant espoir avec une deuxième courbe, celle de l’institut Harris.

Harris


Un simple coup d’œil, même furtif, suffit à doucher cet hypocrite espoir que, durant une nano-seconde, nous nourrîmes. Car en effet, là, pas besoin d’un double-décimètre, chacun sachant que deux droites parallèles, jamais, ne se rejoignent ; si ce n’est, paraît-il, à l’infini. Sauf que l’infini, c’est très (très) (très) (très) loin. Et que l’élection, c’est demain.
Damned ! Encore raté ! Cette fois, c’est bien cuit. Pour ne pas dire : cramé.

Alors certes, il n’y a pas QUE ces deux instituts. Mais comme les courbes des six autres sont équivalentes à ces deux-là (Harris = TNS-Sofres ; IPSOS = BVA, CSA, IFOP, LH2 et OpinionWay), inutile d’en remplir l’écran, étant donné que nous obtiendrions, peu ou prou, les mêmes résultats.

Ceci étant, attention ! Gaffe ! Ouh-là ! Ce n’est point parce que les tendances sont là, écrasantes, qu’il faudrait en oublier, dimanche 6 mai, d’aller voter. Surtout pas ! C’est bien là, d’ailleurs, ce qu’espère Nicolas Sarkozy ! Tant il sait que c’est sa dernière chance d’être réélu : que vous n’alliez pas voter pensant que c’est gagné !
Ne faites pas ça, malheureux ! Il convient, et plus que jamais, de rester groupés ! Farouchement mobilisés !

Car, voyez-vous, s’il existe un « vrai travail », c’est bien celui-ci : aller dimanche, en masse, dans l’isoloir, voter CONTRE Sarkozy.
Puis, heureux et fier d’avoir fait son devoir, rentrer chez soi, et attendre, avec jouissance, de prendre connaissance de l’ampleur de sa défaite.
Alors, se servir un verre, doucement penser : « Enfin ! », et ne pouvoir s’empêcher d’ajouter :
« Bon débarras ! ».


05 avril 2012

Et Le Vainqueur De La Présidentielle 2012 Est ...

Babar, Pédalo
... ICI !

10 mars 2012

N’Alimentons Pas Le Sacre Annoncé De François Hollande !

Cela fait désormais deux ans que dans tous les sondages, OpinionWay compris, Nicolas Sarkozy est battu, écrasé même, par le candidat du PS, dans les intentions de vote de second tour.
Il le fut, tour à tour, comme dans le même temps, par Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et François Hollande. C’est du jamais vu pour un président sortant. Même le Chirac de 2002, avec toutes ses casseroles, son statut Guignol de « supermenteur », n’aura pas connu de telles projections, et sur un temps aussi lourd.

Alors on peut bien nous assurer, ici où là, que non, grand Dieu, tout n’est pas fini, que les jeux ne sont pas faits, à d’autres ! Evidemment que si, elle est pliée l’affaire ; évidemment qu’il est cuit, le Sarkozy. Il n’en reste pas moins qu’il serait fort dommageable que François Hollande remportât cette élection trop facilement, soit avec un écart trop grand.

Enfariné.jpgOh, j’entends ceux qui, déjà, protestent. Je connais leur refrain ô combien lassant : les sondages se trompent toujours !... Faux, je réponds ! Comment voulez-vous qu’ils se trompent étant donné qu’ils ne sont pas prédictifs ? Ils ne nous donnent pas le résultat d’une élection, en aucun cas ! Seulement le reflet de l’opinion à un "instant T". Rien de plus.
C’est du brut. Mais quid du net ?

Eh bien parlons-en !

Le net c’est la tendance, et c’est le temps qui la détermine. Plus elle s’inscrit dans le temps, plus elle dure, sans jamais mollir, faillir ou racornir, et plus elle indique un choix. Qui n’est pas forcément celui d’un président, pas même d’un futur, mais de ce qu’on ne veut plus. Or, quand durant deux années, et d’autant plus quel que soit l’adversaire lui étant soumis, aussi différent soit-il de profil comme de face ou de sexe, le président est systématiquement laminé, ça relève moins d’un désir (de l’autre) que d’un rejet (du président).

Et d’ailleurs, il suffit d’y regarder de plus près. Ce que peu font, et comme ils ont grand tort ! Tant c’est intéressant. Ainsi dans la dernière livraison Ifop, que découvre-t-on ? Eh bien que dans le cas d’un second tour opposant François Hollande à Nicolas Sarkozy, parmi les 56,5% affirmant qu'ils voteraient pour le candidat du PS, seuls 39% le feraient parce qu’ils souhaitent vraiment que François Hollande devienne "leur" prochain président de la République ; les autres, donc l’immense majorité (61%), pour empêcher une réélection de Nicolas Sarkozy. Et vous pouvez prendre tous les instituts, à quelques pourcents près, c’est la même chose.
Il n’y a donc pas de désir d’Hollande [1]. Juste un rejet de Sarkozy. L’envie, tenace, de s’en débarrasser.

De fait, ce n’est pas une présidentielle que nous vivons. Non : c’est un référendum. Grossier et primaire. Alors je comprends que certains, fort nombreux se réjouissent à l’idée de voir, enfin, Nicolas Sarkozy mordre la poussière ; pis : qu’il disparaisse à tout jamais de nos écrans. Bref, qu’il soit zappé de la vie politique française... Oui, je comprends, après toutes ces années, où rien ne nous fut épargné, du « Kärcher » à la « racaille », du Guilvinec au Salon de l’Agriculture 2008, du Fouquet’s à l’Epad, du discours de Dakar à celui de Grenoble, de Kadhafi à Bachar al-Assad ; et tous ces mensonges, et tous ces sophismes, et toute cette vulgarité. Cette façon détestable de parler au peuple français, de lui faire gober couleuvres sur couleuvres ; et cette Droite populaire, et cette Nadine Morano, sans oublier le fin du fin : Claude Guéant... Oui, y’a matière. Même que, si on pouvait, bordel ! on les effacerait de l’Histoire ces dix années-là, cette période "post-21 avril". Tant tout est là, dans cette date-là : le 21 avril 2002. Ah, l’inconséquence de nos responsables politiques, de l’UMP comme du PS d’ailleurs ! Ah, la sale course à l’échalote frontiste… Oui, je sais, ça a commencé bien avant, mais avouez que depuis 2002, on bat des records ! On a beau dire des Autrichiens, des Hongrois, mais entre nous, on ferait mieux de ne pas trop l’ouvrir.
Des leçons, on en a plus à donner. A personne.

Or donc, il va être élu, Hollande. Et ça ne me plaît guère. Je ne m’en réjouis pas, pour être clair.
Je ne l’étais pas plus quand François Mitterrand conquit le château un 10 mai 1981. Nonobstant, je reconnais que l’homme, Mitterrand, aura su, lui, susciter le désir, l’espoir, une force, vraiment.
Je m’en souviens très bien de tous ces gens, ceux du 10 mai, comme ils y croyaient. Persuadés, qu’ils étaient, que leurs vies allaient changer. Qu’enfin, justice leur serait rendue. Justice, c’est bien un mot de gauche, non ?... Je reconnais, oui, qu’il y avait, là, une vraie joie, palpable, presque tactile, ce 10 mai. Et puis, tout de même, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés (1982), la retraite à 60 ans (1983), toutes ces réformes votées alors que la France venait de connaître « la crise la plus grave que le monde ait connue depuis 50 ans » (Valéry Giscard D’Estaing – 2 mars 1981 – extrait de sa déclaration de candidature) ç’avait de la gueule. Ça ressemblait à une politique de gauche. Mais là…

Là, nous allons porter aux responsabilités des revanchards, des morts de faim. De ceux qui ne visent qu’une chose et une seule : le pouvoir. C’est juste un parti qui va prendre la place d’un autre. Lui régler son compte par la voie des urnes. C’est juste un clan qui fera la nique à l’autre.
Et d’ailleurs, regardez-les, lisez-les, observez-les ! Cette arrogance, comme ils ont du mal à la cacher. Ils ont tellement hâte d’y être. Enfin, ils vont pouvoir laver l’affront, pensent-ils, celui du 21 avril 2002.
Et que dire de leurs militants ou de leurs soutiens, notamment sur Internet, dans la jungle des réseaux sociaux et celle de l’agonisante et désolante blogosphère ! Comme ça relaie, moutons, sans se poser la moindre question, le dernier communiqué, la prochaine action, la plus petite vidéo. Comme ça s’acharne, telles des hyènes, sur la dépouille sarkozienne. Ah, je les vois déjà hurler, vociférer, brailler, le soir du 6 mai. Ils vous le diront, retenez bien, que voilà un nouveau 10 mai ! Vous verrez ! Rien que d’y penser, j’en ai la gerbe. Ce ne sera pas un nouveau 10 mai. Mais un mensonge grand format.

Cependant, il reste une quarantaine de jours. C’est suffisant. Pour enrayer cette mécanique. Oh, pas pour l’empêcher, je l’ai dit, c’est râpé, il a gagné le rouennais de Corrèze ! Non, mais pour faire en sorte, et de toutes nos forces, que cette victoire ne soit pas un triomphe. Car imaginez, qu’elle l’emporte, cette équipe-là, par 58 à 42, mais je vous le dis : dans ce cas, ils ne vont plus se sentir, les mecs. Ils vont se croire autorisés à tout, jusqu’à son exact contraire... L’arrogance qu’ils masquent à grand peine, présentement, pour le coup, avec un tel score, un plébiscite, elle va (nous) exploser (à la gueule)…

... Moscovici
, et tous les anciens strauss-kahniens, vous allez apprendre à les connaître, quand plus aucun frein ne les retient... Et Montebourg. Ah, Montebourg ! Le nouveau Jack Lang ! Tout à fait le profil à vous sortir, grandiloquent, qu’il « est né socialiste et qu’il mourra socialiste » ! Quand je pense que des pauvres gens lui ont refilé 17 et quelques pourcents de suffrages lors de la "primaire citoyenne", c’est à pleurer ! Ils se sont fait berner, et dans les grandes largeurs ! Montebourg, l’aile gauche du PS, mais comment ? Comment on a pu en arriver là ?... Mais c’est une imposture, vous savez !... Qui s’en souvient de cet été 2006, où il trahit ses camarades du courant "Rénover Maintenant" [2] en soutenant, par pur opportunisme, la candidate des sondages, Ségolène Royal ? Et Hollande et Aubry, qui étaient soi-disant « les deux faces d’une même pièce », ô combien responsables de l’échec, celui du 21 avril. Et cette lettre ridicule adressée aux deux impétrants. Rien ne l’arrête(ra).

Oui, il reste quarante jours pour endiguer la vague. Celle qui va prendre l’Elysée, puis l’Assemblée. Après le Sénat. Les pleins pouvoirs... On parlait, naguère, d’un « Etat RPR » ? Eh bien, nous allons droit vers un « Etat PS » ! Ils étaient insupportables, les types de droite ? Soyez assurés que ceux-là, qui se prétendent de gauche, et usurpent depuis des décennies le terme de "socialiste", le seront tout autant !... Quoi, la justice sociale ? Vous rêvez ! Où est-elle dans le programme de M. Hollande ? Suffit-il, aujourd’hui, de déclarer que l’ennemi c’est la finance, pour être considéré derechef comme l’allié objectif des classes moyennes et populaires ?... Allons, ce sont des mots, ou des bons mots, qui ne valent pas bien chers en terre de Traders ; la City, par exemple…

Sarkozy défait, je suis pour ! Mais ric-rac. Histoire de leur rabattre, avant qu’il ne soit trop tard, leurs caquets. Une victoire raisonnable, et même, soyons fou ! difficile, avec pour commencer un premier tour serré. Ainsi, ils seraient au moins contraints et forcés de composer. De prendre en compte les diverses sensibilités ou aspirations exprimées par le peuple.
Parce que si c’est un sacre, alors, Adieu Berthe ! N’oubliez jamais que ce n’est pas un homme que vous portez au pouvoir, mais un appareil. Un parti. Une aberration. Avec, au perchoir, Ségolène Royal. Ça promet !

Ah, si encore ils étaient de gauche. Si y’avait dans leurs gènes, un peu de Jaurès, et même de Mendès, nous pourrions leur faire triomphe. Mais ces gens-là sont des libéraux, un peu moins brutaux, certes, que les droitards, mais des libéraux quand même, qui acceptent, et sans barguigner les lois du capitalisme, le diktat des marchés. Ceux qui s’en sortiront, on les connaît. Ce ne sont pas les travailleurs précaires, ni même les travailleurs tout-court, les besogneux j’entends. Mais ceusses de la classe assimilée supérieure. La génération des iPhone et des Ipad. Bref, celle qui ne manque de rien. Mais qui s’indigne de tout.

Alors éparpillez-vous, dispersez-vous, votez Mélenchon, Poutou, Arthaud, et même Bayrou si ça vous chante (Bayrou n’étant rien d’autre qu’un Hollande du Béarn) n’ayez pas peur, puisque de toutes les façons, c’est inscrit, dans les tendances et le temps, Sarkozy, ils n’en veulent plus, et c’est tant mieux.
Oui, parce que c’est fait, parce qu’on sait que la victoire ne peut plus leur échapper, vous qui pensiez, par peur de je ne sais quel 21 avril, par prudence ou discipline, voter comme ils disent, "utile", n’en faites rien. Faites vivre la démocratie, la diversité, la liberté d’opinion et de conscience. Ne concourrez pas au sacre annoncé. Déjouez-le ! Réduisez-le ! Humanisez-le !


[1] Comme il n’y avait pas plus un désir d’Aubry.
En revanche, c’était un tantinet différent avec DSK. Lui seul pouvait réunir sur son nom un vote d’adhésion. A tort ou à raison, une partie des citoyens le considérait comme un économiste solide, une valeur sûre. Et d’ailleurs, quand en juillet 2011, l’affaire du Sofitel présentant de plus en plus (comme il fut dit) des « zones d’ombres », à ce point que d’aucuns parlèrent de « complot » visant à écarter cet homme de la présidentielle, et qu’on évoqua alors, non sa réhabilitation, mais la possibilité d’un retour, comment alors réagit l’opinion ? Eh bien lui qui écrasait Sarkozy depuis des mois dans toutes les projections de second tour, le battait encore par 54 à 46 ! [Sondage BVA publié le 12 juillet 2011] ! Oui, malgré le Sofitel, en dépit des circonstances, deux mois après ce fameux 14 mai 2011, il était encore donné vainqueur ! 

[2] "Rénover Maintenant" était un courant créé par Arnaud de Montebourg. Courant issu du NPS. Lorsque le député de Saône-et-Loire annonça, en août 2006, qu’il soutenait la candidature de Ségolène Royal, plusieurs responsables locaux, adhérents de "Rénover Maintenant", s’en émurent.
Par voie de presse, ils dénoncèrent cet accord passé entre leur leader et la présidente de la région Poitou-Charentes :
« Nous n’acceptons pas que notre désir de Rénover Maintenant soit sacrifié au baromètre des sondages ou des arrangements entre amis ».
Et de réclamer, comme il était prévu, une candidature Montebourg (à la "primaire" des 9 et 16 novembre 2006) afin de porter leurs idées et valeurs.
Ils ne furent pas entendus. Montebourg, trop soucieux du sens du vent, n’en eut cure.
 

22 février 2012

2012 : Les Jeux Sont Faits Et Tout Le Monde Le Sait !

T’en souvient-il, de ce discours rouleau-compresseur, celui du 14 janvier 2007, au Parc des Expositions de Paris ? Celui où l’impétrant osa, par onze fois, nous dire : « J’ai changé » !
Tu le revois, le film, calibré à l’image-seconde près, vendu clé en mains à des médias dociles, et ce décorum quasi obscène, cette démesure qui, fallait-il être aveugle pour ne point le voir, annonçait haut et fort, le quinquennat d’une oligarchie, et pas la moins vulgaire, soi-dit en passant.

sarkozy c'est fini,les jeux sont faits,le cirque médiatique,présidentielle 2012,la fin du sarkozysme,l'ump menacée d'un séisme en 2012,sarkozy tente de sauver les meubles,chronique d'une défaite annoncée,2012 est terminé depuis 2010,le jeu médiatique,les éditocrates,storytelling 2012C’est bien là que, ledit 14 janvier 2007, celui qui voulait « tous les niquer » a tué le match.
Tout observateur à qui on ne la fait pas le savait pertinemment [1]. Et pourtant ! On tenta, et comment, de nous faire croire que non, allons, cette présidentielle n’était pas jouée. Et d’ailleurs regardez, comme il grappille et engrange dans les sondages, le béarnais ; François Bayrou. A tel point qu’un hebdomadaire ne reculant devant rien claironna en Une grasse de caractères :
Et Si C’était Lui ?
...
Ben voyons !

Et quand, comme prévu, le centriste plafonna, englué dans une mare à 18 et quelques pourcents, que diantre nous agitèrent-ils sous le tarin ?... Mais la menace d’un autre 21 avril, bien sûr ! Je peux en témoigner, de l’effet, garanti, car trois jours avant le premier tour (19 avril 2007) c’est un Hollande inquiet qui, marinant dans le studio radiophonique, saisit l’occasion d’une pause, un écran publicitaire, pour s’enquérir du fait de savoir si nous pensions qu’il n’y aurait pas, par hasard, péril en la demeure Royal. Ce à quoi, coquins et farceurs, nous lui répondîmes : « Méfiance ! Car effectivement, on l’estime entre 13 et 15, mais qui sait s’il ne serait pas plutôt à 17, voire 18, le Jean-Marie ! ». Et devinez quoi ? C’est aussi ce que redoutait notre corrézien. [2

Ah, ce qu’on ne ferait pas, n’est-ce pas, pour garder le citoyen en haleine, quand ce n’est pas lui faire peur. Ce qu’on ne ferait pas, en vérité, pour vendre du papier, meubler l’antenne avec de faux débatteurs estampillés « experts » [3]. Mais comprenez une chose, simple :  si vous le dites, que c’est fini, que l’affaire est pliée, que le vainqueur on le connaît, et là dès janvier, mais vous salopez votre business ! Vous faites quoi pendant les trois mois qui restent ? Du canevas ? Vous mettez l’écharpe du Barbier aux enchères sur e-Bay ?

Or donc, il n’y avait pas la moindre raison qu’ils ne nous refassent pas la même et en couleur.
Passe encore le match à quatre, qui, convenons-en, était, vu le contexte, la conjoncture, le merdier quoi, assez crédible, il y a encore un gros mois. Et puis, c’était une figure inédite. Donc passionnante. Je veux dire : éminemment bankable ! Rendez-vous compte ! Qui, de François Bayrou, Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, sera choisi pour affronter François Hollande au second tour ? Mazette, mais quel suspens ! Et surtout, quel audimat ! Quel tirage ! On s’acheminait vers du « sans précédent » à tous les niveaux ! Avec du 21 avril à l’endroit comme à l’envers, n’en jetez plus, c’est trop bonnard !

Manque de bol, cette hypothèse s’éloigne. A en croire les sondages. Bayrou racornit, Le Pen rame [4] et de fait, il reste quoi, à se mettre sous la dent ? Un bon vieux match droite/"gauche". Et hop, vendu ! C’est parti, mon Kiki ! Du Hollande/Sarkozy en veux-tu, en voilà ! En suppositoire, matin, midi et soir... Et v’là qu’on les re-convoque, les fameux experts... Et si Sarkozy-ceci, et si Sarkozy-cela ! C’est que, dites, il est redoutable, cet homme-là. En campagne, c’est un guerrier ! Dieu sait, dans un pays laïc, ce dont il pourrait être capable pour, à l’arrivée, faire la nique au favori ; sur le poteau, le coiffer...
... Vous croyez que je déconne ! Du tout ! Même Attali, il le dit que, ouh-là, gaffe M’sieur Elkabbach, avec Sarkozy, on ne sait jamais, ajoutant, sans rire, qu’il a, ce candidat sortant, « de grandes chances d’être réélu » ! Oui, vous avez bien lu : « de grandes chances » !
C’est bien mon petit Attali, tu joues le jeu. Mes amitiés à toute la bande. Celle du Siècle !

Peu leur chaut que le Sarkozy qu’ils évoquent n’est plus que l’ombre de lui-même.
Peu leur importe que cet homme a, depuis lurette, intégré l’idée de la défaite et que son seul but soit, présentement, de sauver les meubles. Comprendre : éviter une explosion de l’UMP. En assurant sa place au second tour.[5]

Ils ont pourtant, comme beaucoup, noté qu’à Annecy, puis Marseille, l’homme ne parlait plus comme ce 14 janvier 2007, au futur ou au présent, mais à l’imparfait ou au passé composé... Oh non, ce n’est pas un détail, ne croyez pas cela, c’est au contraire d’importance première. Certes, l’homme n’est plus vierge d’Elysée, en la matière il a un passé, lourd et signifiant, mais de là à employer l’imparfait ! Quelle faute !... Allons ! Le peuple, aussi "sot" (le mot favori de Sarkozy) fut-il, n’accordera jamais, en majorité, suffrages à celui qui conjugue la France au passé, quand bien même en irait-il de son bilan ! C’est le futur, c’est le présent, les deux temps majoritaires d’une présidentielle. Même la référence suprême de Sarkozy, le modèle, or donc François Mitterrand, en 1988, c’est encore vers l’avenir qu’il se tournait, c’est au futur qu’il nous causait.

Mais il faut vendre du papier. Il faut maintenir l’audimat. Coûte que coûte. Deux mois encore. Deux mois à nous vendre un match, et, je vous en fais le pari, un « troisième homme » reprenant, comme par magie, du poil de la bête, et, je le suppute, dans la dernière ligne droite, la menace d’un second 21 avril. Tout faire pour ne pas tuer l’intérêt du citoyen. Le tenir. Jusqu’au bout. Avec des hypothèses à n’en plus finir. Y compris, les plus farfelues.

Pourtant qui ne le sait pas ! Qu’elle est jouée cette présidentielle. Depuis deux ans. Au bas mot. Un président sortant battu successivement par Martine Aubry, puis DSK (écrasé, je devrais dire) puis par François Hollande (laminé, serait le terme plus adéquat), un président abordant une telle échéance avec de surcroit une cote de popularité aussi faible, mais enfin, il n’a pas l’ombre de l’ombre d’une chance de gagner ce combat. Tout le monde le sait. Sarkozy compris.... Pour paraphraser Copé : on va pas se mentir, les mecs ! Et la comparaison avec Giscard ne vaut même pas. Giscard, au moins, il eut, un temps, les sondages pour lui.

A moins d’un évènement fâcheux dont la nature m’effraie d’emblée, comme un attentat, une guerre, ou une pandémie planétaire, rien, mais vraiment rien, ne peut changer la donne. Cette présidentielle est morte. Tout ce qui (nous) reste, c’est du verbe. Pas celui convenu, obséquieux, des « experts », non ! Celui de Mélenchon. Il l’aura animée, et de belle façon, cette campagne. Il mérite bien son score à deux chiffres. Il nous aura, le temps de quelques meetings, rendu fierté et dignité. Il nous aura réconciliés avec la chose politique. C’est déjà pas mal. Tant on en aura connues, des présidentielles à l’esbroufe, à la roublardise, à la « je vais tous les niquer ».  Lui, au moins, Mélenchon, il ne nous aura pas trop pris pour des cons.

Enfin bref, Sarkozy c’est fini. Et tout le monde le sait.
Le reste, c’est du show, rien qu’un petit spectacle médiatique.
Sans grand intérêt.


[1] La bonne preuve c’est que, aujourd’hui, tous autant qu’ils sont, en conviennent que c’est le 14 janvier 2007 qu'elle s’est jouée, la présidentielle précédente. Mais se sont bien gardés de le hurler sur les toits, il y a cinq ans. Pour les raisons que vous devinez.

[2] Ah les sondages à la con qui circulent sur le Net à quelques encablures d’un premier tour, à commencer par ceux des RG ou autres, ils ont beau être bidons, ils trouveront toujours preneurs. Politiques, comme citoyens-moutons.

[3] C’est-à-dire ceux, toujours les mêmes, qui élucubrent, sur les plateaux de C Dans L’Air, Mots Croisés, sur les chaînes d’infos en boucle telles i>télé, BFMTV, LCI, ou, comme de bien entendu, à la radio, de France Inter à RTL, en passant pas Europe 1 et RMC.
Pour certains, ça fait trente ans que ça dure. Si ce n’est pas quarante ! Et autant de livres inutiles.

[4] Et si elle rame, Le Pen, c’est avant tout de sa faute. Quand on pointe à 24% en mars 2011, et qu’on n’en fait rien, c’est qu’on est mauvais.
Déjà, quand on prétend représenter les « invisibles » ou les « oubliés » on parle sur un autre ton. On ne fait pas des sketches (en chanson, ou en brandissant un ridicule carton rouge) à la télévision. N’importe quel candidat à la présidentielle, même le plus petit, le comprendrait.
Un exemple : souvenez-vous du Sarkozy d’avant l’automne 2006 ! C’était un aboyeur. Il parlait fort. Et puis, tiens donc, la présidentielle approchant, il change de ton. Il s’est mis à parler doucement... Je vous cause de ses prestations médiatiques. Pas de ses meetings. Ah, là c’est différent ! Là, on peut invectiver, hausser le ton ; mais pas à la télévision.
C’est ce que n’a toujours pas compris Marine Le Pen... C’était aussi un travers de Mélenchon, jusqu’à peu. Mais vous avez noté le changement. Désormais, lui aussi, réserve ses outrances pour les meetings. Mais à la TV, il est dorénavant plus posé... Parce qu’un type qui gueule tout le temps, qui parle fort, ça épuise les gens. Et surtout : ça le discrédite. Ce n'est pas parce que le gens en ont marre qu’il faut parler comme eux. Ce n’est pas ça, les représenter. Au contraire !

[5] Lire : C’est Cuit Pour Sarkozy Et Il Le Sait

 

06 octobre 2011

Ce Qui Plombe Le Parti Socialiste

Passons sur la forme, debout derrière un pupitre, par le temps de parole limité, deux éléments qui concoururent à faire de ces débats quelque chose de passablement guindé. Six candidats dans un carcan. Avec pour s’en échapper, le recours au tutoiement, aux prénoms (« Je suis d’accord avec Martine », « Est-ce que François peut nous expliquer… », « Pas de coups tordus, Arnaud »…).
La forme importe peu. C’est le fond qui compte. Ce qui s’est dit. Et ce que l’on en tire. Un aveu collectif. Celui d’impuissance. Bref : plombant.

Les-Bras-Croisés.gifCe qui plombe le Parti socialiste, ce n’est pas DSK. Mais ceux qui l’ont soutenu. Avant de comprendre, un peu tard, qu’ils étaient dans l’erreur, le déni. Mais, jamais, ils ne feront amende honorable, reconnaîtront qu’ils eurent tort. Tant ils sont pétris de certitudes, d’arrogance, voire de mépris. Pour eux, toujours, « Les jeux sont faits ». Ce ne sont pas des socialistes, mais des croupiers.

Ce qui plombe le Parti socialiste, ce sont ses girouettes, ses opportunistes. Fabius, par exemple. Héraut du « non » au Traité pour une Constitution Européenne, avant, le misérable, de tourner casaque. J’appelle cela : « Trahir la confiance du peuple souverain (de gauche) ».
Plus encore, Jack Lang. Toujours prompt à se ranger dans le camp du vainqueur potentiel. Avant-hier, Royal, hier Aubry, aujourd’hui Hollande. Lang c’est le Séguélisme. L’anti-gauche. Le bobo dans toute son horreur. Langue de bois. Toujours là. Qu’on se demande comment c’est possible. Tant il est grotesque et creux. Petite sangsue. Sans envergure. Faussaire. Et fossoyeur. Une honte totale, insupportable.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est son renoncement. Aux valeurs de la gauche. C’est sa conversion au libéralisme.
Bertrand Delanoë, ce commercial, aura – et comme on l’en remercie ! – eu l’impudeur de l’affirmer, clairement : « Oui, je suis libéral ET socialiste ». Ce qui ne peut être possible. C’est l’un ou l’autre.
En vérité, cet « outing » renvoyait à icelle jospinerie : « Mon programme n’est pas socialiste ».
En bon protestant, rigoureux, austère, sincère, Jospin convenait, entre les lignes, à mots couverts, que son programme était libéral. Donc, non-socialiste.
Delanoë, sous prétexte d’audace, aura voulu réconcilier l’inconciliable. Ce n’était pas de l’audace, mais un abandon. Et les classes populaires, moyennes, ont bien entendu le message. Elles ne reviendront pas. Terra Nova a gagné le combat. En loucedé. Travail de sape.
C’est aux cadres, désormais, que ce parti s’adresse. Aux notables, et autres petits bourgeois.

S’il était honnête, ce parti changerait son nom.
Il n’a plus rien de socialiste.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est une date : le 21 avril 2002. C’est ici, qu’il s’est figé. A tout jamais.
Cette date est primordiale. Elle a tout changé. C’est à partir de là, que tout finit. C’est ici, que commence le renoncement. Que le droit d’inventer succombe au droit d’inventaire. Paradoxalement. Car, on eut pu espérer le contraire. Que justement le 21 avril 2002 réveillât le cadavre. Momifié dans son mitterrandisme. Qu’il retrouvât, alors, ce qu’il avait égaré : sa gauche. Ce souffle formidable, d’espoir, d’imagination.
Mais non. Tétanisé, il n’aura pas compris ce que signifiaient les victoires locales, s’enchaînant, régionales, municipales, européennes. Plus encore le « Non » du 29 mai 2005. Autre date. Autre échec. Dernier sursaut. Balayé par une présidentielle dictée par les seuls sondages. Et la trouille.

Terminées les convictions, les idéologies.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est la peur de revivre le 21 avril 2002. Ça l’obsède.
Il ne sait pas comment s’en défaire. Il n’a toujours pas compris pourquoi les classes moyennes et populaires l’ont déserté. Alors que la réponse est évidente. Elle crève les yeux. Les urnes, aussi.
Hollande est le représentant de cette obsession, de cette peur. Voilà qui mériterait une analyse. Psychiatrique. Tant il est complexe et paradoxal, le soi-disant « candidat normal ».
La norme pour conjurer le sort, mais quelle est-elle ? Qu’est-ce qui fait norme ? Qu’est-ce que le normal au pays du Front national ? Entre 18 et 20% dans les intentions de vote, du jamais vu, mais qui fait sens : cela dit combien le peuple souffre (de l’absence de gauche).

La réponse n’est pas une conversion au libéralisme, au centrisme, mais à la radicalité.

Ce qui plombe le Parti socialiste c’est l’absence de radicalité. La crise, pourtant, aurait dû le conduire à se radicaliser, justement.
A la colère, pas à l’indignation. Aux idées révolutionnaires, pas à la mollesse.
Mais non, ils, les candidats, ont opté pour la compétence, la crédibilité. Le PS s’est Obama-isé. C’est la droite sociale. Ni plus, ni moins.

Quant à Montebourg, comme hier Hamon, c’est l’alibi. Mais rien en lui, ne transpire la gauche. C’est un jeu. De dupes. Hier soutien de Royal, aujourd’hui démondialiste. C’est (que) de l’image. Montebourg n’a rien de Bové, moins encore de Mélenchon. C’est du côté de Valls qu’il faut plutôt chercher. La « gauche moderne ». Celle de la TVA sociale. Des quotas d’immigration. Une gauche de droite. Et ça n’est point caricature. C’est une réalité. Car c’est la logique même, la poursuite de la conversion au libéralisme du PS. Avec Hollande en synthétiseur. Comme toujours.
 
Et tant pis si Ségolène Royal, lasse, usée, désolée, finit par lâcher cette vérité, la seule entendue lors des trois débats : « Alors nous ne sommes plus socialistes ».
C’est fini. Elle le sait. Et d’ailleurs, elle soutiendra le vainqueur. Les jeux sont faits. Comme dit le croupier.

Pour tout cela, entre autres, ces débats auront été utiles. Ils auront permis une clarification. Une mise au point. Même Fillon salue la performance. C’est dire …

Nous savons, désormais, qu’il n’y a plus de gauche dans ce parti. Il (y) a renoncé.
Il aura refusé, toujours, encore, de prendre la mesure du 21 avril 2002. D’entendre les souffrances, le désarroi. La solitude.
Même la crise n’aura rien changé. C’en est terrifiant.

On aurait pu espérer une rébellion, un combat à mener contre le système régit par le marché et la finance, un combat pour la liberté, mais non ; enfermés dans leur carcan, nos six représentants à grands coups de mots-clés, d’éléments de langage, de formules, statiques, sans colère aucune, sans souffle, sans révolte, auront enterré, publiquement, Jaurès, Blum et même, Mendès-France.
En se tutoyant.

Alors je conçois que beaucoup aient hâte de voir Sarkozy partir. J’entends même que c’est une question de fierté à retrouver. Ce 21 avril 2002 qu’il faut effacer. Aussi.

Mais qu’est-ce que ça veut dire de gagner quand rien n’est grand, beau et fort ?

Qu’est-ce que ça veut dire de gagner pour gagner ? Qu’est-ce que ça va nous apporter ? Si c’est pour vivre dans le même système, les mêmes règles, si rien n’est remis en question. Si Lang est toujours là. Et Fabius. Et tous les autres.

Qu’est-ce que ça va changer au quotidien de ceux qu'en bavent, qu’on humilie chaque jour, à ceux qui espèrent, demain, avoir leur petit coin, rien qu’à eux, enfin se poser, après tant d'années de travail, de servitude ?

Qu’est-ce que ça va changer de porter au pouvoir des hommes et des femmes qui s’accommodent, peu ou prou, d’un monde où le profit, la compétition, le chiffre, passent avant toute chose, avant la vie, avant nous ?

Qu’est-ce que ça va nous apporter, à nous, les laborieux, qu’on écoute pas, des ajustements à la marge ? Sommes-nous donc que cela : une variable ? Qu’on corrige. Qu’on trimballe. Et nous devrions nous en satisfaire ? En être heureux ?

Mais non. Non, il ne faut pas. Il faut résister. Se révolter. Pousser au cul. Il faut les secouer, ces gens-là, ces notables, ces raisonnables. Si tant est que ce soit encore possible. Ou juste envisageable.

Mais quand on regarde le peuple, les bras croisés, ainsi qu’on le voit, sur l’image illustrant cet article, image strauss-kahnienne, à certains égards, avec le terme de "gauche" comme argument de vente, mensonger, que peut-on espérer, tant cette image (qui se voudrait rappel d’une force tranquille, mais qui n’est celle, en vérité, que d’une faiblesse assumée) semble nous dire : « Les jeux sont faits ». Or donc : rien ne va plus.

De ce jeu, de dupes, nous sommes les billes. Les roulés. Les refaits.
Les éternels plombés.

21 mai 2011

Primaires Socialistes : La Grande Entourloupe

Parfois, on prend sur soi. Et on achète Marianne. Pourquoi ? Parce que l’hebdomadaire (n°735 - semaine du 21 au 27 mai 2011) claironne en Une qu’il a rencontré Dominique Strauss-Kahn. Une conversation « off » en date du 29 avril 2011 [1]. Mazette ! Si ça se trouve, il y a dans ces « offs » des éléments, enfin quelque chose qui pourrait nous aider à comprendre ce qui s’est passé trois semaines plus tard…. Du tout. Pourtant, c’est loin d’être inintéressant.

Ce-Que-DSK-Nous-A-Dit.jpgOh, je vous avoue que sur trois pages entières, l’intéressant prend en tout et pour tout, un petit paragraphe... Où il est question de « Martine » de « François » et de « Ségolène » .
Il va sans dire que DSK tresse (et non : trousse) des lauriers à la première secrétaire du PS.
Ségolène Royal ? Ce n'est « plus un obstacle »…
Quant à « François », alors là, c’est du velu.
Il « reconnaît les qualités d’Hollande » mais… « s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet » DSK confie que : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ». Ce qui signifie ?… Pour comprendre, il faut revenir à la présidentielle 2007.

En 2004, le PS – à l’en croire – « lave l’affront » du 21 avril 2002 en triomphant aux Régionales. Dans ce triomphe, un emblème, un symbole : Ségolène Royal. Elle a bouté hors de la présidence de la région Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin alors… Premier ministre. Personne alors, au Parti Socialiste, ne peut se douter que la « dame de Melle » va faire de cette victoire un incroyable tremplin. Véritablement, personne, dans ce qu’on appelle « l’appareil » du Parti ne l’a vue venir. Et pour cause : elle ne bénéficie d’aucun réseau. Elle n’incarne aucun courant.

Pourtant, elle va réussir l’impensable (même Duhamel ne l'avait pas envisagé, c'est dire !j'ironise, bien sûr).

On peut ne pas apprécier, pour diverses raisons, Ségolène Royal – ce n’est pas ma tasse de thé, non plus – mais ce qu’elle a fait entre 2004 et 2007, est un vrai tour de force. Elle est parvenue à rendre sa candidature à la présidentielle incontournable. Or, l’appareil du PS n’en voulait pas... Qui ne le sait pas, aujourd’hui ? Ce n’était pas leur candidate. Le « Tout Sauf Ségolène » n’était pas une invention, un fantasme, c’était réel.
Seulement voilà, les sondages (en 2006) étaient avec elle. Ils disaient que c’était la seule qui pouvait battre Sarkozy. De fait, pourquoi vouliez-vous que les militants fassent un autre choix ?... Pour avoir assisté à la dernière réunion des Primaires 2006 (le 9 novembre à Toulouse-Labège), et quand bien même étions-nous dans un fief plutôt « fabiusien », je peux vous certifier que lorsqu’elle prît la parole, les quolibets fusaient. Mais, quand j’interrogeais les rieurs, ils m’avouaient qu’ils voteraient pour elle. Parce que les sondages... Ce n’était vraiment pas leur choix de cœur.
Je ne vais pas refaire ici la liste de toutes les peaux de banane que l’appareil a glissées sur le parcours de Royal. Mais rien, rien ne lui a été épargné. Et, durant sa campagne, celle de 2007, l’appareil ne l’a pas soutenue. Pas d’enthousiasme, frilosité à la défendre quand elle s’est retrouvée en difficulté, etc. ; bref, le strict minimum.
Certes, si elle avait gagné, « ils » se seraient rangés derrière elle, mais « ils » n’y croyaient pas. Pis : « ils » espéraient qu’elle se ramasse, et pourquoi pas, dès le premier tour [2].
On connaît l’issue, c’est une défaite.

C’est là, que débute ce que l’appareil appelle « la rénovation », mais qui en réalité, est une « reprise en main » du Parti en vue de 2012.
Elle commence(ra) avec l’élection du premier secrétaire (novembre 2008).
DSK est alors Washington. Mais ses lieutenants (Cambadelis, Moscovici, etc.) sont « aux ordres », et donc, à la manœuvre. Le nom du premier secrétaire est validé, ce sera Martine Aubry. Point barre. Seulement voilà, Ségolène Royal ne l’entend pas de cette oreille. Encore une fois, elle étonne son monde. Sa motion est majoritaire. Vous connaissez la suite… Tricherie ou pas ? Bourrage des urnes ou pas ? Quoi qu’il en soit, comme prévu, c’est Martine Aubry qu’est élue.
Fin du premier acte.

A partir de là, une stratégie se met en place. Elle est simple : « on » va verrouiller les Primaires. Pas question de se faire « doubler » comme en 2006. C’est le fameux « pacte de Marrakech ». Un pacte, qui, on le voit bien, a été conclu bien avant !... Mais bon, restons sur ledit pacte de Marrakech... Il se contracte entre quels protagonistes ? Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Intéressant, non ? Oh que si ! Car dans ce pacte on retrouve les deux vaincus de la Primaire 2006 : DSK et Fabius. Que le monde du PS est petit, n’est-ce pas ?...
On connaît la nature du pacte. DSK sera le candidat du Parti, l’appareil, pour 2012, mais, si jamais, pour une raison X, il ne pouvait se présenter, alors « tout le monde se rangera derrière Martine »... Mais qu’est-ce qui pourrait empêcher DSK « d’y aller » ? Vu que tout est borduré. N’est-ce pas le tout-puissant Directeur Général du FMI, qui pendant la « crise » aura fait « un excellent travail » ? Un homme dont la stature est clairement « internationale » !

Certes, il y aura une « alerte » en octobre 2008. La fameuse « affaire Piroska Nagy ».
Il ne faut, à ce propos, jamais oublier que concernant cette « affaire » les médias américains ont été particulièrement sévères et virulents avec DSK. Bien plus que nos « complaisants» médias français… Mais qu’en disaient les socialistes à l’époque ? Eh bien ils étaient tous derrière DSK. Y compris, à droite... Il faut relire les déclarations, elles sont éloquentes. En voici une d’un strauss-kahnien :
« S’il est blanchi, on se dira juste qu’il est incorrigible. S’il est contraint de quitter le FMI (…) c’est un gâchis » [Libération20 octobre 2008].
« Incorrigible »... Que voilà un terme qui résonne particulièrement aujourd’hui !
Tout comme celui de « gâchis »…
Un autre de ses proches (toujours dans le quotidien Libération du 20 octobre 2008) déclarait que :
« Son seul schéma pour 2012, c’est sa réussite au FMI. Une démission lui fermerait les portes »...
Et que dire de cette phrase :
« Il est important qu’il sorte du FMI proprement »…
Mais l’affaire se tasse puis se résout, DSK reste en place, tout le monde oublie, le voilà intronisé « sauveur de l’Europe » et, cerise sur le gâteau, coucou, voilà les sondages. Ils ne le donnent pas vainqueur pour 2012, mais triomphateur. DSK « écrase » Sarkozy.
Fin du deuxième acte.

Le troisième acte, on le connaît, il est « sidérant ».

Mais que ce troisième acte ne nous fasse pas oublier les deux premiers. Tant ils en disent long sur les Primaires 2011. Un simulacre, en vérité.
Reprenons ce que dit en « off » DSK dans Marianne :
« s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet (…) sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ».
Que nous dit cette phrase (qui sonne comme une menace et qui est, de surcroît, particulièrement violente : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ») ?... Sinon que DSK est persuadé de remporter les Primaires !... Tout est fait, organisé, planifié, pour qu’il soit le vainqueur (et les sondages sont avec lui, comme ils l’étaient en 2006 avec Ségolène Royal). Il ne peut pas y en avoir d’autre(s).
Et quand il dit : « il n’aura rien », il est déjà Président de la République ! « Rien » ça veut dire : aucun ministère. Pas même un poste de sous-secrétaire d’Etat !
Or donc, ce sera « la fin de sa vie politique » (vu son âge). Ainsi, en a décidé « l’appareil » du PS : si François Hollande se « maintient », il sera châtié...
Mais quel aveu ! La preuve (en creux) que ces Primaires ne sont qu’une vaste entourloupe.
Oh oui, il y aurait eu un vote, mais l’affaire, vous le voyez bien, était pliée... Ce n’est pas tricher, nous sommes d’accord, c’est juste de la politique politicienne, ou comment rendre évident un choix (ou : forcer un scrutin). Aussi évident que celui (contraint) de 2006.
J’en suis fort marri, mais je dois reconnaître que sur ce coup-là, c’est le triste Zemmour qu’avait vu juste quand il assénait que « ces Primaires n’étaient que du pipeau ». Tu m’étonnes ! Elles sont (étaient, plutôt) « verrouillées ».

Mais voici le quatrième acte. DSK est « out ». François Hollande (tiens donc !) devient le nouveau favori... des sondages. Or, l'appareil n'en veut pas. C'était « Dominique » ou « Martine ». Personne d'autre(s)...
Et l’on voit bien ce qui est train de se passer.
Et qui ne fait que confirmer la thèse des Primaires « bidons ».

Bartolone, lieutenant de Fabius (un des trois du pacte) demande à ce qu’on annule les Primaires et que les socialistes se rangent derrière la première secrétaire. Il n’est pas le seul. Même si tous ne parlent pas de liquider les Primaires. Mais on voit, et très clairement, que les uns, les autres, activent les courants, les réseaux, font pression sur, pour qu’au final, il y ait un vaste mouvement, quasiment une vague, en faveur de Martine Aubry. Parce qu’elle est est LA « candidate (par défaut ou de substitution) » de l’appareil. Et qu’il est hors de question que des « urnes » sorte un autre nom que celui validé par le Parti. Il n’est pas question de revivre 2007.
CQFD.

Mine de rien, cette « petite phrase » de DSK, dans ce numéro de Marianne, est un autre « (petit) coup de tonnerre ».
Décidément, cet homme a(vait) bien des « failles ». Bien trop de certitudes. Péché de vanité. D’orgueil.
Mais par lui, et à travers lui, on parvient à tout démêler. Petit à petit. Et ce n’est pas fini…

Quant aux Primaires, « sympathisants de gauche » vous savez désormais ce qu’elles valent. C’est à vous de jouer.
Si, bien sûr, elles ont lieu…


[1] L’entretien s'est tenu le vendredi 29 avril 2011, dès 13 heures, dans un salon particulier d’un restaurant du XVIIème arrondissement parisien. Etaient présents, outre DSK, les journalistes Maurice Szafran, Jacques Julliard, Nicolas Domenach, Denis Jeambar, et Anne Hommel, chargée des relations de DSK avec la presse française.

[2] A quelques jours du premier tour de la présidentielle 2007, le 19 avril, nous (Sud Radio) recevions François Hollande. Et là encore, ce fut ce qu’il nous confia en « off » (pendant les coupures pub) qui nous intrigua... Plusieurs fois, il nous demanda si nous pensions que Ségolène Royal pouvait passer le premier tour. Insistant sur le score « sondagier » de Jean-Marie Le Pen, peut-être « sous-évalué » d’après lui.
Bref, il craignait, manifestement, un autre « 21-avril ».

 
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