20 avril 2009
Les Guignols, Show Bébête Et Méchant
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Ce n’est pas la première fois que d’aucuns tancent les Guignols de l’Info de chez Canal+.
Pas la première fois que d’aucuns montent au créneau pour dire qu’ils ne sont pas ou plus drôles – ah bon, parce qu’ils l’ont été un jour ? – que si c’est de l’humour, il est soit facile, soit gratuit, soit méchant, soit débile.
Pas la première fois que d’aucuns nous expliquent que cette “institution” est devenue, avec le temps, moins une émission subversive et irrévérencieuse – ah parce qu’elle l’a été un jour ? - qu’une émission de propagande – mais au profit de qui ?
Or donc, voilà que, et finalement, les Guignols se seraient comme la drogue, de la merde, et pis c’est tout.
Un humour de bistro, purement populiste, démagogique, un poujadiste déversoir.
Quand bien même, y aurait-il, de temps en temps – pour reprendre l’expression d’Hervé Resse – “un sketch bien troussé”.
Sauf que les détracteurs des Guignols oublient – volontairement ? - un élément essentiel : le lieu de leurs pantalonnades.
Un lieu qui depuis longtemps, si ce n’est toujours (à de rares exceptions) est le symbole parfait du consensus, de la facilité, du non-segmentant, voire même de la vulgarité, quand ce n’est pas de la bêtise et de la médiocrité : la télévision.
Jamais les Guignols n’ont été subversifs parce que justement ils sont DE et DANS la télévision.
Certes, on pourrait trouver un micro poil de subversion, mais savamment dosé, bien noyé dans le show, afin qu’il n’hérisse point trop les consciences déjà bien chloroformées par trop de télévision.
Jamais une telle émission n’aurait pu durer aussi longtemps (20 ans, cette année) si elle était réellement irrévérencieuse et subversive, tout simplement parce que la télévision ne le permet pas.
Tout individu qui oserait être véritablement subversif (et/ou irrévérencieux) serait aussitôt banni du petit écran, impitoyablement blacklisté.
Comme Pierre Carles, par exemple, chassé de toutes les télévisions.
D’aucun me citera Groland, en contre-exemple.
Sauf que non.
Groland est certes une émission irrévérencieuse mais elle n’est pas subversive. Elle est dadaïste.
Ce qui est déjà pas mal pour une émission dite d’humour et passant à la télévision.
Encore faut-il préciser que cette irrévérence se présente souvent sous une forme scatologique.
Préciser encore que ce type de programme ne pourrait être proposé par France-Télévisions, ni même par une chaîne privée institutionnelle comme TF1 ou encore M6, parce que justement institutionnelle.
Groland, c’était bien le moins que Canal puisse nous offrir en produit d’appel, elle, cette chaîne à péage, qui prétendait ne pas faire de la télé, mais de la télévision (slogan ô combien cynique, quand on connaît l’outil télévisuel et les limites qu’il refuse de franchir pour des raisons politico-économiques évidentes : ne pas trop se fâcher avec le pouvoir en place et quelques gros et très influents annonceurs publicitaires).
Le problème n’est donc pas tant les Guignols que notre télévision.
Quant à savoir s’ils sont drôles ou ne le sont pas, ça n’a aucune espèce d’importance.
Ils sont plus bébêtes (de latex) qu’autre chose.
Reste l’accusation de méchanceté.
La volonté de faire mal, a même dit Roselyne Bachelot, vendredi dernier sur France 3, dans l’émission de télévision “Comme Un Vendredi” présentée par Samuel Étienne.
Alors, on aura beau tourner et retourner le sujet des centaines et des centaines de fois, y’a rien à faire et n’en déplaise aux pisses-froid, mais le rire n’est pas et ne peut être gentil.
On aura beau m’expliquer que, patati, patata, et voilà, je n’en démordrai pas, il y a dans le rire, et moquerie ET méchanceté. Et plus si affinités.
"Telle doit être la fonction du rire." écrivait Henri Bergson. "Toujours un peu humiliant pour celui qui en est l’objet, le rire est véritablement une espèce de brimade sociale."
Le lui reprocher, comme le fait Roselyne Bachelot, prenant l’argument – toujours le même, celui de la victimisation – que cela fait de la peine à son entourage, que les personnes qui l’aiment en sont blessées, parce que ça détruit une image (ah ! Bachelot, c’est donc juste cela : une image ? .. Raison de plus pour s’en moquer et copieusement, alors !) ce n’est pas seulement nier la fonction du rire (et son rôle social) c’est surtout très inquiétant. D’autant plus après les "geignardises" (grotesques) de DSK suivies de la colère présidentielle suite aux frasques de Stéphane Guillon sur France-Inter.
Ceux qui tancent les Guignols sous le prétexte qu’ils ne seraient pas drôles (et alors ?) ou méchants (et alors ?) feraient mieux de se préoccuper d’un pouvoir qui fait clairement savoir qu’il supporte de moins en moins la caricature, sans oublier qu’il montre aussi, ce pouvoir, de fâcheuses et autrement plus inquiétantes velléités, comme cadenasser un peu plus l’outil télévisuel déjà évidé de toute subversion.
19:12 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Télévision, Piège à Cons | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les guignols c'est de la merde ?, pierre carles, roselyne bachelot blessée par les guignols, groland, sarkozy n'aime pas stéphane guillon |
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