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16 avril 2012

L’Etonnante Inquiétude Du Citoyen Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie est «inquiet»... Et si il l’est, écrit-il le 13 de ce mois d’avril 2012, c’est parce que «cette campagne ne sert pas à grand-chose». Les grands sujets, les périls, immédiats ou lointains, qui nous menacent, les errements de nos dirigeants successifs, etc., aucun de ces points n’est sérieusement abordé, disséqué, débattu.

Quoi que l’on pense, a priori, de M. Aphatie, il me semble difficile, sur ce constat, de lui donner tort. A moins, bien sûr, d’être un partisan, un militant, un supporteur, bref un aveugle et sourd, un embrigadé jusqu’au cul. Ceci étant, il n’est pas inopportun de se demander, après lecture de cette prose lucide, à quoi il sert, Aphatie ! Et avec lui, un certain journalisme français.

AphatieCar après tout, dans cette campagne de premier tour, les candidats, grands ou petits, seront venus exposer leurs programmes, leurs idées, leurs projets ; partout. Je veux dire : dans tous les médias. N’était-ce pas l’occasion rêvée pour les placer face à leurs contradictions, leurs insuffisances, parfois même leurs mensonges ? N’était-ce pas le moment, enfin, de leur poser les bonnes questions, et de s’y tenir ? J’entends par "s’y tenir", faire fi des diversions, des sourires connivents, de la petite phrase qui noie le poisson, de ces figures de style qui ravissent les imbéciles. "S’y tenir" signifiant : faire son métier. Celui de journaliste. Vaille que vaille. Et quoi qu’il en coûte.

Seulement voilà, nonobstant le fait que cela impliquerait que ledit journaliste oubliât, le cas échéant, l’annonceur, l’actionnaire, ou l’industriel qui l’emploie, il conviendrait itou qu’il traitât d’égale façon chaque candidat. Or, et très manifestement, d’Aphatie à Elkabbach en passant par Cohen, on se complaît à être dur avec les présumés faibles, beaucoup moins avec les supposés forts. Ce qui n’est pas (bien qu’outrés, ils le nient) chose nouvelle. Au contraire ! C’est une triste constante.
Le problème, voyez-vous, c’est que, cette complaisance ça prend de la place, pour ne pas dire trop de place. De fait, il n’en reste pas lerche pour aborder l’essentiel. Comme l’avenir d’un pays. En déclin.
Alors après, venir s’étonner, comme Aphatie, que, dans cette campagne présidentielle, «les grandes choses n’y prennent pas une grande place» c’est l’hôpital qui se fout ouvertement de la charité.

Oh j’entends bien que tous ces journalistes et autres éditocrates (Duhamel, Joffrin, Barbier, etc.), pour beaucoup starifiés, militent pour une présidentielle à l’américaine. Soit : deux candidats principaux (UMP, PS) et un troisième (Modéré) pour tenir la chandelle. Pour eux, ne devraient pouvoir se présenter à ce scrutin, dit majeur, que ceux qu’ont véritablement une chance d’être élus.
Qui ne l’a pas encore compris ?
Mais dix candidats, non ; ça les emmerde. Pis : ça désacralise la présidentielle. Ca la folklorise, qu’ils disent... Doit-on comprendre que si effectivement, nous n’avions à choisir qu’entre trois candidats (et non : trois options) ces journalistes feraient alors leur métier ?
Permettez-moi d’en douter.

Oui, j’en doute, car rien, absolument rien, pas même ce temps de parole, il est vrai contraignant, ne les empêche, aujourd’hui, de mettre sur la table, les vrais enjeux, les grands périls. Avec ceux qui, demain, auront (eu) à gérer le pays. En l’occurrence, Sarkozy et Hollande. Or, ils ne le font pas. Ils pratiquent l’interview sans douleur. Prenant grand soin de ne point parler de sujets qui inquiètent, fâchent, ou tout simplement interrogent. Ils préfèrent causer de petites choses sans importance. Comme le nom du futur Premier ministre. Des conséquences éventuelles de tel fait divers sur la campagne. D’un « off », d’une rumeur, d’un ragot. Parfois, aussi, de gestuelle ou de col roulé.
Mais de la dette, des déficits, comment les résoudre, très concrètement, allez-y, expliquez-nous ! Et le chômage ? Inverser la courbe ! Fort bien ! Mais comment ? Vos mesures, quelles sont-elles ? Jamais ! Ou en survol.

A aucun moment, ils ne rebondissent. Quand bien même le candidat proférerait le plus gros mensonge, la mesure la plus irréalisable, la promesse la plus démagogique. Alors que, quand c’est Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignan, Poutou, Arthaud, Cheminade, et même Joly, alors là, c’est la curée ! Le grand jeu ! Là, ça relance, ça rebondit, et même parfois, ça fait « son » journaliste... J’en veux pour preuve Anne-Sophie Lapix. Que ne s’est-on pas ébaubi, notamment sur le Net, de la pâtée qu’elle a mise à Le Pen, en matière économique. Certes… Mais elle n’a fait, là, que son métier de journaliste. S’en ébaubir, c’est très étrange, et, à la fois, symptomatique. Cela me fait penser à ces passagers applaudissant, allez savoir pourquoi, le pilote au seul motif qu’il ait réussi à poser sur la piste, l’Airbus dans lequel ils sont sanglés... Ben là, c’est pareil ! On applaudit une journaliste qui n’a fait que son travail... Le problème, c’est qu’elle ne le fait pas avec tout le monde. Tout comme Aphatie. Et tous les autres. Ces mêmes qui se plaignent, aujourd’hui, que cette campagne n’aura pas servi à grand-chose.

Mais si elle n’a pas servi à grand-chose, c’est aussi parce que les journalistes n’ont pas fait leur boulot. Ils n’ont pas posé les bonnes questions. Ils n’ont pas abordé les vrais sujets. Ils sont restés à la surface des choses. Ils l’ont joué facile, peinard, paresseux. Car oui, c’est facile de mettre un "petit", un Poutou, en défaut, ou de le maltraiter. Mais un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, non, ils s’y refusent ! Et il y a une raison à cela. A cette évidente différence de traitement.
Imaginez un journaliste – que dis-je ! TOUS les journalistes ! – reprenant Sarkozy sur tel sujet, Hollande sur tel point (et ce ne sont pas les sujets et les points qui manquent) comme ils le font pour les autres, insistant jusqu’à obtenir une réponse, mais une vraie, ou, dans le pire des cas, un terrible embarras, un abracadabrant bafouillage, voire un silence qu’en dirait bien long ; mais alors, vers qui l’électeur se tournerait-il ? Mettre en défaut un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, allez savoir si ça ne profiterait pas au Front de Gauche, au Front national, ou à ces "petits" qu’ils méprisent au point qu’avant l’égalité totale des temps de parole, ils ne daignaient les recevoir (Ainsi Joly, scandaleusement recalée par "Des Paroles Et Des Actes").

Voyez comme tout Concorde, jusqu’à Vincennes. Parce qu’ils militent pour une cause, le bipartisme, alors ils le protègent. Jamais ne le bousculent. Alors que tout, absolument tout est disponible, notamment sur Internet : les contradictions, les mensonges, les errances, les flous, les outrances. Les programmes y sont passés au tamis, en matière de dette, de déficit, de croissance, de chômage. Sans la moindre concession. Sans l’once d’une partisanerie. Et ce ne sont pas des hurluberlus qui en font état, mais des économistes, par exemple, des philosophes, des scientifiques, et même, des journalistes ! Des journalistes, un peu moins médiatiques que M. Aphatie, c’est vrai. Beaucoup moins stars. Et moins tenus par quelques actionnaires, annonceurs ou autres richissimes industriels. Ils ne font pas le "kéké" dans une émission de divertissement ["Le Grand Journal de Canal+"] où depuis toujours, le politique est tourné en dérision, où la futilité est la règle d’or.

Le jour, M. Aphatie, où vous ferez votre métier, où, quel que soit le responsable politique qui viendra sur votre plateau, ou dans votre studio, vous poserez les bonnes questions, aborderez les vrais sujets, à l’impartialité, à la déontologie, plutôt que de les laisser roupiller dans un blog qui ne fait de mal à personne, alors, peut-être, votre inquiétude sera recevable.
Si cette campagne, comme vous l’écrivez, se situe «assez loin de la vérité», c’est aussi parce que vous vous situez délibérément, et avec une constance qui, ô combien, vous discrédite, très loin de ce que l’on nomme : le journalisme.


NB : Le billet «inquiet» de M. Aphatie

22 février 2012

2012 : Les Jeux Sont Faits Et Tout Le Monde Le Sait !

T’en souvient-il, de ce discours rouleau-compresseur, celui du 14 janvier 2007, au Parc des Expositions de Paris ? Celui où l’impétrant osa, par onze fois, nous dire : « J’ai changé » !
Tu le revois, le film, calibré à l’image-seconde près, vendu clé en mains à des médias dociles, et ce décorum quasi obscène, cette démesure qui, fallait-il être aveugle pour ne point le voir, annonçait haut et fort, le quinquennat d’une oligarchie, et pas la moins vulgaire, soi-dit en passant.

sarkozy c'est fini,les jeux sont faits,le cirque médiatique,présidentielle 2012,la fin du sarkozysme,l'ump menacée d'un séisme en 2012,sarkozy tente de sauver les meubles,chronique d'une défaite annoncée,2012 est terminé depuis 2010,le jeu médiatique,les éditocrates,storytelling 2012C’est bien là que, ledit 14 janvier 2007, celui qui voulait « tous les niquer » a tué le match.
Tout observateur à qui on ne la fait pas le savait pertinemment [1]. Et pourtant ! On tenta, et comment, de nous faire croire que non, allons, cette présidentielle n’était pas jouée. Et d’ailleurs regardez, comme il grappille et engrange dans les sondages, le béarnais ; François Bayrou. A tel point qu’un hebdomadaire ne reculant devant rien claironna en Une grasse de caractères :
Et Si C’était Lui ?
...
Ben voyons !

Et quand, comme prévu, le centriste plafonna, englué dans une mare à 18 et quelques pourcents, que diantre nous agitèrent-ils sous le tarin ?... Mais la menace d’un autre 21 avril, bien sûr ! Je peux en témoigner, de l’effet, garanti, car trois jours avant le premier tour (19 avril 2007) c’est un Hollande inquiet qui, marinant dans le studio radiophonique, saisit l’occasion d’une pause, un écran publicitaire, pour s’enquérir du fait de savoir si nous pensions qu’il n’y aurait pas, par hasard, péril en la demeure Royal. Ce à quoi, coquins et farceurs, nous lui répondîmes : « Méfiance ! Car effectivement, on l’estime entre 13 et 15, mais qui sait s’il ne serait pas plutôt à 17, voire 18, le Jean-Marie ! ». Et devinez quoi ? C’est aussi ce que redoutait notre corrézien. [2

Ah, ce qu’on ne ferait pas, n’est-ce pas, pour garder le citoyen en haleine, quand ce n’est pas lui faire peur. Ce qu’on ne ferait pas, en vérité, pour vendre du papier, meubler l’antenne avec de faux débatteurs estampillés « experts » [3]. Mais comprenez une chose, simple :  si vous le dites, que c’est fini, que l’affaire est pliée, que le vainqueur on le connaît, et là dès janvier, mais vous salopez votre business ! Vous faites quoi pendant les trois mois qui restent ? Du canevas ? Vous mettez l’écharpe du Barbier aux enchères sur e-Bay ?

Or donc, il n’y avait pas la moindre raison qu’ils ne nous refassent pas la même et en couleur.
Passe encore le match à quatre, qui, convenons-en, était, vu le contexte, la conjoncture, le merdier quoi, assez crédible, il y a encore un gros mois. Et puis, c’était une figure inédite. Donc passionnante. Je veux dire : éminemment bankable ! Rendez-vous compte ! Qui, de François Bayrou, Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, sera choisi pour affronter François Hollande au second tour ? Mazette, mais quel suspens ! Et surtout, quel audimat ! Quel tirage ! On s’acheminait vers du « sans précédent » à tous les niveaux ! Avec du 21 avril à l’endroit comme à l’envers, n’en jetez plus, c’est trop bonnard !

Manque de bol, cette hypothèse s’éloigne. A en croire les sondages. Bayrou racornit, Le Pen rame [4] et de fait, il reste quoi, à se mettre sous la dent ? Un bon vieux match droite/"gauche". Et hop, vendu ! C’est parti, mon Kiki ! Du Hollande/Sarkozy en veux-tu, en voilà ! En suppositoire, matin, midi et soir... Et v’là qu’on les re-convoque, les fameux experts... Et si Sarkozy-ceci, et si Sarkozy-cela ! C’est que, dites, il est redoutable, cet homme-là. En campagne, c’est un guerrier ! Dieu sait, dans un pays laïc, ce dont il pourrait être capable pour, à l’arrivée, faire la nique au favori ; sur le poteau, le coiffer...
... Vous croyez que je déconne ! Du tout ! Même Attali, il le dit que, ouh-là, gaffe M’sieur Elkabbach, avec Sarkozy, on ne sait jamais, ajoutant, sans rire, qu’il a, ce candidat sortant, « de grandes chances d’être réélu » ! Oui, vous avez bien lu : « de grandes chances » !
C’est bien mon petit Attali, tu joues le jeu. Mes amitiés à toute la bande. Celle du Siècle !

Peu leur chaut que le Sarkozy qu’ils évoquent n’est plus que l’ombre de lui-même.
Peu leur importe que cet homme a, depuis lurette, intégré l’idée de la défaite et que son seul but soit, présentement, de sauver les meubles. Comprendre : éviter une explosion de l’UMP. En assurant sa place au second tour.[5]

Ils ont pourtant, comme beaucoup, noté qu’à Annecy, puis Marseille, l’homme ne parlait plus comme ce 14 janvier 2007, au futur ou au présent, mais à l’imparfait ou au passé composé... Oh non, ce n’est pas un détail, ne croyez pas cela, c’est au contraire d’importance première. Certes, l’homme n’est plus vierge d’Elysée, en la matière il a un passé, lourd et signifiant, mais de là à employer l’imparfait ! Quelle faute !... Allons ! Le peuple, aussi "sot" (le mot favori de Sarkozy) fut-il, n’accordera jamais, en majorité, suffrages à celui qui conjugue la France au passé, quand bien même en irait-il de son bilan ! C’est le futur, c’est le présent, les deux temps majoritaires d’une présidentielle. Même la référence suprême de Sarkozy, le modèle, or donc François Mitterrand, en 1988, c’est encore vers l’avenir qu’il se tournait, c’est au futur qu’il nous causait.

Mais il faut vendre du papier. Il faut maintenir l’audimat. Coûte que coûte. Deux mois encore. Deux mois à nous vendre un match, et, je vous en fais le pari, un « troisième homme » reprenant, comme par magie, du poil de la bête, et, je le suppute, dans la dernière ligne droite, la menace d’un second 21 avril. Tout faire pour ne pas tuer l’intérêt du citoyen. Le tenir. Jusqu’au bout. Avec des hypothèses à n’en plus finir. Y compris, les plus farfelues.

Pourtant qui ne le sait pas ! Qu’elle est jouée cette présidentielle. Depuis deux ans. Au bas mot. Un président sortant battu successivement par Martine Aubry, puis DSK (écrasé, je devrais dire) puis par François Hollande (laminé, serait le terme plus adéquat), un président abordant une telle échéance avec de surcroit une cote de popularité aussi faible, mais enfin, il n’a pas l’ombre de l’ombre d’une chance de gagner ce combat. Tout le monde le sait. Sarkozy compris.... Pour paraphraser Copé : on va pas se mentir, les mecs ! Et la comparaison avec Giscard ne vaut même pas. Giscard, au moins, il eut, un temps, les sondages pour lui.

A moins d’un évènement fâcheux dont la nature m’effraie d’emblée, comme un attentat, une guerre, ou une pandémie planétaire, rien, mais vraiment rien, ne peut changer la donne. Cette présidentielle est morte. Tout ce qui (nous) reste, c’est du verbe. Pas celui convenu, obséquieux, des « experts », non ! Celui de Mélenchon. Il l’aura animée, et de belle façon, cette campagne. Il mérite bien son score à deux chiffres. Il nous aura, le temps de quelques meetings, rendu fierté et dignité. Il nous aura réconciliés avec la chose politique. C’est déjà pas mal. Tant on en aura connues, des présidentielles à l’esbroufe, à la roublardise, à la « je vais tous les niquer ».  Lui, au moins, Mélenchon, il ne nous aura pas trop pris pour des cons.

Enfin bref, Sarkozy c’est fini. Et tout le monde le sait.
Le reste, c’est du show, rien qu’un petit spectacle médiatique.
Sans grand intérêt.


[1] La bonne preuve c’est que, aujourd’hui, tous autant qu’ils sont, en conviennent que c’est le 14 janvier 2007 qu'elle s’est jouée, la présidentielle précédente. Mais se sont bien gardés de le hurler sur les toits, il y a cinq ans. Pour les raisons que vous devinez.

[2] Ah les sondages à la con qui circulent sur le Net à quelques encablures d’un premier tour, à commencer par ceux des RG ou autres, ils ont beau être bidons, ils trouveront toujours preneurs. Politiques, comme citoyens-moutons.

[3] C’est-à-dire ceux, toujours les mêmes, qui élucubrent, sur les plateaux de C Dans L’Air, Mots Croisés, sur les chaînes d’infos en boucle telles i>télé, BFMTV, LCI, ou, comme de bien entendu, à la radio, de France Inter à RTL, en passant pas Europe 1 et RMC.
Pour certains, ça fait trente ans que ça dure. Si ce n’est pas quarante ! Et autant de livres inutiles.

[4] Et si elle rame, Le Pen, c’est avant tout de sa faute. Quand on pointe à 24% en mars 2011, et qu’on n’en fait rien, c’est qu’on est mauvais.
Déjà, quand on prétend représenter les « invisibles » ou les « oubliés » on parle sur un autre ton. On ne fait pas des sketches (en chanson, ou en brandissant un ridicule carton rouge) à la télévision. N’importe quel candidat à la présidentielle, même le plus petit, le comprendrait.
Un exemple : souvenez-vous du Sarkozy d’avant l’automne 2006 ! C’était un aboyeur. Il parlait fort. Et puis, tiens donc, la présidentielle approchant, il change de ton. Il s’est mis à parler doucement... Je vous cause de ses prestations médiatiques. Pas de ses meetings. Ah, là c’est différent ! Là, on peut invectiver, hausser le ton ; mais pas à la télévision.
C’est ce que n’a toujours pas compris Marine Le Pen... C’était aussi un travers de Mélenchon, jusqu’à peu. Mais vous avez noté le changement. Désormais, lui aussi, réserve ses outrances pour les meetings. Mais à la TV, il est dorénavant plus posé... Parce qu’un type qui gueule tout le temps, qui parle fort, ça épuise les gens. Et surtout : ça le discrédite. Ce n'est pas parce que le gens en ont marre qu’il faut parler comme eux. Ce n’est pas ça, les représenter. Au contraire !

[5] Lire : C’est Cuit Pour Sarkozy Et Il Le Sait

 

05 décembre 2011

Aux Chiottes, Le Vote Utile !

Et c’est reparti. Pour le grand numéro de la pensée dominante. Ah ça ! On va en bouffer, matin, midi et soir. Faut dire qu’ils sont affutés, prêts à en découdre, limite haineux, assurément suffisants et arrogants. Ils se nomment Aphatie, Barbier, Giesbert, Duhamel, Elkabbach, et j’en passe. Pendant cinq mois, interminables, ils vont nous vendre un match, et un seul : Sarkozy/Hollande. Et tous les moyens seront bons. Même les plus mauvais. Surtout, les plus mauvais.

Commercial.jpgOr donc, l’orchestre a déjà entonné son foutu tintamarre. Crise mondiale ou pas, peu importe, la partition reste la même : le bipartisme.
Peu leur chaut, que le peuple ait des velléités, des envies, un désir, ils s’en moquent. Eux qui,  en 2005, et de concert, enclumaient pour le « Oui ».

Des laquais ? Des valets ! Non ! Des courtisans. Des qui en croquent. Et copieusement. Vous le leur signifiez, et ces impétrants s’insurgent, pathétiquement, clamant qu’ils sont journalistes, déontologues, invoquant ribambelle de mots grossiers, auxquels ils n’entravent que pouic : populisme, fascisme et tutti. On la connaît, la chanson. Des années qu’ils nous la sifflent…

… Tenez ! Cette affaire, celle du 21 avril, eh bien, ils y étaient pour nib ! Ah, c’était pas eux ! N’avaient rien fait ! Sinon, leur métier... Ils auront des mois durant, dans un élan remarquable, enchaîné éditos, sujets, débats sur un thème et un seul, l’insécurité, mais non, c’est pas eux ! Ils n’auront fait, disent-ils, que couvrir une campagne. Preuve en est pourtant, éclatante, n’est-ce pas, qu’ils se couchent, qu’ils obtempèrent, sourdement, aveuglément... Des courtisans, vous disais-je. Obséquieux. Pyromanes. Se drapant derrière un alibi, fallacieux : le journalisme. Jean-foutre, va ! Imposteurs ! Commerciaux ! Qui jamais ne s’excusent, ou reconnaissent une faute... Les avez-vous déjà entendus faire amende honorable ou quelconque mea culpa ? Mais jamais ! Ça aussi c’est signifiant. De ce qu’ils sont.

Leur credo : le vote utile. Utile pour qui ?... Le peuple ?... Pensez-vous ! Le peuple, c’est pas leurs oignons. Et puis ça sent, le peuple. Ça refoule. Ça n’a rien de raisonnable et de raisonné... Internet, ce déversoir à les en croire, en est la preuve... Oui, ces gens-là n’aiment pas Internet. Ils y sont itou, certes, mais pour une seule raison : l’investir, le coloniser, le mater. Imposer leurs idées, leurs vues, leur loi. Et que vive le Triple A ! Ça les fait jouir, ça, le « AAA ». Et la dette, alouette ! Y’a bon les réformes néolibérales… Ah ! Peuple imbécile, tu ne te rends pas compte de la chance que t’as, inouïe, de nous avoir, nous, les éditocrates, nous t’éclairons, te guidons, vers la seule voie possible, le bipartisme. La Sarkollanderie… Ce ne sont pas des journalistes, non ! Ce sont des éducateurs. De la meute, la politique bien comme il faut, celle qui dépasse pas, droite dans ses bottes, molle dans sa gauche, ils sont les chiens. De garde.
Et si nous les condamnions à la niche, les toutous de l’oligarchie, et à perpète, s’il vous plaît ? Vulgairement : et si nous leur foutions au derche pour de bon ?

Non mais c’est quoi, ces façons de traiter tout ce qui n’est point Hollande ou Sarkozy. C’est quoi ces manières de faire ? Ce mépris insupportable... Avez-vous entendu Aphatie soumettre Eva Joly à la question ? Pascale Clark se gausser de Philippe Poutou ? Les avez-vous entendus les sommer de dire, séance tenante, pour qui ils voteront au second tour ?.. Bayrou, ça ne les intéresse QUE pour cette raison : pour qui le Béarnais va-t-il appeler à voter le 6 mai ? Le reste, ils s’en caguent... Mélenchon, pareil. Alors le rebelle, tu vas te ranger derrière Hollande, hein ? Mais dis-le, bordel, que tu vas le faire ! Tu te crois malin, Voltaire, avec ton Front de Gauche ? Mais tu vas te coucher, une fois avril passé, n’est-ce pas ? Allez, crache-le, renégat !... Quant à Le Pen, avec morgue, ils te la dépiautent, et lui assènent que, petite, ne sais-tu pas que sans alliances, t’es refaite ! Car ainsi fonctionne le scrutin. Majoritaire à deux tours… Deux tours ? Merci de nous le rappeler. Tant on aurait fini par croire, à vous entendre seriner Sarkozy /Hollande, Hollande/Sarkozy, qu’il n’y en avait qu’un.

Oui, il y a deux tours. Et c’est une chance. Qu’il va falloir saisir. Cette fois... Après tout, un sondage ne nous apprend-il pas que 47% des Français ne veulent ni de Sarkozy, ni de Hollande ! Eh bien : chiche ! 53% c’est pas de la gnognotte. C’est un socle. Tenons-le ! Un premier tour c’est pas fait pour les chiens. De garde. C’est fait pour que le peuple s’exprime.

Aux chiottes, le vote utile ! Il n’est brandi que pour (nous) culpabiliser. Du reste, on nous le fait bien savoir, on nous le ressort et ressert à intervalles réguliers, la menace, celle d’un 21 avril bis ou à l’envers ! Argument à la noix ! Foutaises ! Enculerie ! Le 21 avril, c’est l’échec d’un homme : Jospin. Point barre. Sa campagne était indigente, à côté, nulle, zéro. Ce n’était point la faute des autres, de Chevènement, Taubira, non ! C’était juste Jospin, les français n’en voulaient pas, voilà tout.
Au passage, je rappelle que Le Pen avait lui aussi, un concurrent : Mégret. Ça ne l’a pas empêché d’être au second tour, que je sache ? Quant à Chirac, il avait cinq concurrents sur sa droite ! Ça ne l’a pas vraiment handicapé non plus.

Alors remballez vos 21 avril à la con. Après tout, c’est à Hollande et Sarkozy d’être les plus convaincants possibles. Si tel n’est pas le cas, c’est eux seuls qui en seront responsables. Pas le peuple. Ou alors, finissons-en avec cette élection, supprimons-là, si la voix du peuple ne vous sied pas ! Si elle vous gêne tant. Confions-là à des professionnels de la politique, des énarques, des qui savent. Pourquoi pas, après tout ! Etant donné que cette présidentielle est devenue, avec le temps, un vulgaire concours de personnalités, une affaire de supporteurs, bornés, obtus ; considérant de surcroît que c’est moins un président que nous élisons mais une image médiatique, or donc faussée, oui, débarrassons-nous de cette mascarade. Et fissa !

Mais puisque, une fois encore, nous devons y retourner, aux urnes, cette portion congrue, grotesque,  dévoyée, de la démocratie, alors votons en masse pour notre candidat(e), pour NOS idées, pour UN projet, selon notre désir, nos convictions. Sonnons la mobilisation générale pour le premier tour. Ne nous laissons pas plumer, voler. Ne cédons pas aux sirènes du vote utile que des publicitaires déguisés en journalistes nous vendent comme du Coca-Cola. N’écoutons pas ces donneurs de leçons qu’ont pignon sur rue Bayard ou François 1er. Qui vont faire les beaux chez Calvi. Qui depuis des décennies nous assomment des mêmes mots, des mêmes virgules. Du même mépris.

Non messieurs Aphatie et Compagnie, il n’y a pas que Hollande, Sarkozy. Il y a d’autres choix. D’autres voies. Choix et voies que vous traitez et recevez si mal. Avec dédain ou condescendance. Mais continuez comme ça ! Et vous l’aurez la colère, elle s’exprimera comme jamais, dans les urnes, le 22 avril prochain. Oui, ne changez rien, persistez dans cette attitude et cette courtisanerie, et ce sera un raz-de-marée. Vous serez désavoués.  Et comment !
Oh, je sais, encore vous ne ferez la leçon, car ce n’est point la dignité, l’honneur, l’éthique qui vous gouvernent, mais voyez, on s’en tamponnera copieux le coquillard. Nous serons tout à notre jouissance. Car oui, le peuple, aussi, à droit de jouissance. Ne vous en déplaise. C’est même un devoir en un tel contexte.

Au derrière qu’on va vous le mettre ! Et grand format. Pour toutes ces années où vous nous avez mal parlés, mal considérés, considérablement méprisés. Nous ferons de ce 22 avril 2012 un nouveau 29 mai 2005. Un NON retentissant.
Pour le premier tour de cette nouvelle présidentielle, cruciale, ne votons pas utile ! Ça c’est bon pour les soumis, les poltrons, les assis ! Votons selon nos convictions ! Et en masse !

 

25 juin 2011

Lettre Ouverte A Toutes Les Fourest Et Tous Les Joffrin

Il a raison le député UMP qu’est tout déboussolé. Le dénommé Yannick Favennec. Il conviendrait qu’ils « sortent un peu de leur bureau ». Certes, il causait d’Henri Guaino et de Luc Ferry, mais ça vaut itou pour Monsieur Joffrin et Mademoiselle Fourest. Tant m’est avis que ça fait lurette que ces deux-là, n’ont pas été humer l’air du dehors. Celui du populo. Même que c’est ça qui les perd.
Voire pis.

Editocrates.jpgUn journaliste qui n’y va plus, sur le terrain, c’est plus un journaliste. Et c’est pas parce que ses confrères-subordonnés y vont, qu’il en sera plus instruit.
On ne peut pas parler de ce qu’on ne connaît plus.

La souffrance, les fins de mois difficiles qui, comme Coluche disait, le sont surtout les trente derniers jours, les brimades et autres humiliations, la colère avant tout, n’en ont pas idée, les Joffrin, les Fourest.
Ça théorise, ça élucubre, ça pond des livres, mais la réalité, la vraie, ils en sont gravement déconnectés.

La crise, Joffrin, Fourest, vous l’avez pas vécue... Vous ne savez pas ce que c’est. Comment ça dévaste. Tout qui s’écroule. Jusqu’à la plus petite illusion. Plus un quignon d’espoir. La solitude… Vous n’avez pas idée, pas la moindre, de ce qu’il endure, le peuple, par où il passe. Ce qu’il sacrifie…
Vous êtes des privilégiés.

Le passage du Franc à l’Euro, vous l’avez pas senti. Indolore. Incolore. Pour vous, avant, après, c’est du kif…
Vous êtes des épargnés.

Y’aurait tant à dire, n’est-ce pas. Tant à dire... Tout ce que vous avez raté, à côté, dépassé. Enfermés dans vos certitudes. Votre suffisance. Vos dîners au Siècle. Vos congratulations mutuelles, renvois d’ascenseur, cooptations et tutti [1]... On en a soupé. Ça vous disqualifie…
Vous n’êtes pas des interlocuteurs.

Il en a marre, le peuple. Il en peut plus. Tellement qu’on l’a trimballé, cocufié. Et c’est pas Florence Aubenas qui va le consoler. Le guérir de ses plaies.
On peut bien le traiter de tous les noms, le peuple, qu’est-ce que ça peut faire, qu’est-ce que ça change ?
A son quotidien.

On peut asséner qu’il n’entrave que pouic, qu’il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, que c’est un inculte même, qu’il vote avec ses pieds, déraisonné, épidermique, et alors ?
A qui la faute ?

Tout de même, pour des gens censés être à gauche, vous êtes pour le moins curieux. Moi qui croyais que la gauche, elle s’interrogeait sur les causes, pas sur les conséquences. Qu’elle était du côté du peuple... Vous me la copierez !
Or donc, si vous n’êtes pas de son côté, que vous ne le comprenez pas, c’est que vous ne le connaissez pas. Vous ne le vivez pas. Vous en êtes à des milles et des milles.
Des années-lumière.

Lâchez votre bureau, et venez donc marner avec nous. Vous cogner notre quotidien. Vous allez voir comme c’est du gratiné. Du copieux. Du velu. Pas de la tarte… S’il vous reste quelque chose, dans le ventre, dans le cœur, ça va vous défriser... Tous ces jours à courir. Pour rien... Et le lendemain, rebelote. Et tous les autres jours... Et les discours, ceusses des politiques, ces rengaines, toujours les mêmes, depuis des années et des années, boniments sur boniments, peut-être alors, que vous en aurez comme des haut-le-cœur. Une envie de tout faire péter. De tout envoyer valser. Jusqu’à la République.
Vos théories, vos clichés, vos idées toutes faites, bien formatées, à la Minc, à la Attali, à la BHL, ceux qui comme vous ne vivent pas, ne sortent pas, n’hument pas, sinon depuis leur chez eux, confortables, aisés, faciles, elles vont s’écrouler, et recta.
Oui, alors, peut-être, vous comprendrez… Je dis bien, peut-être, tant c’est même pas sûr. Tellement vous avez du retard. Des lacunes ça comme.

Je vous entends Joffrin, Fourest, vous allez me dire : « Je ne vous permets de dire ça ».
Ainsi que vous l’avez balancé à Marine Le Pen.
Celle pour qui le peuple, celui pour qui c’est marre, va voter, ou est tenté de le faire. Et d’autant plus après vous avoir vus la travailler, et si mal, jeudi soir, le 23 de ce mois, sur France Télévisions...

... Comme vous avez été pitoyables. A côté... Et même – c’est un comble, pour qui veut dénoncer la haine – haineux !
Mais c’était couru quand on vit comme vous, loin de tout, loin du peuple, et de toute réalité.
Quand la souffrance, la solitude, le désespoir, on n’a pas un gramme d’idée de ce que c’est, de ce que ça fait.

Il a raison, et comment, Pascal Boniface ; vos arguments, Madame Fourest, étaient « mal construits », « anecdotiques », « calomnieux », « inefficaces ».
C’était déjà le cas face à Tariq Ramadam, où – pardonnez-moi – vous ne faisiez pas le poids. Tellement scolaire, vous êtes. Limitée, pour être clair.
Il avait raison, Paul Villach ; vous n’avez, Monsieur Joffrin, en bout de course, que l’injure à la bouche, aveu d’impuissance…

Héritière, Marine Le Pen ? Sans doute.
Mais vous, de qui êtes-vous les héritiers ?
Sinon de la condescendance et de la suffisance.

Elle vit dans un château, Madame Le Pen ? Assurément.
Et vous ? Dans quelle forteresse paressez-vous ? Dans quelle tour d’ivoire ?
Auriez-vous, au passage, posé la même question à François Mitterrand, Jacques Chirac et consorts, vous qui saviez, paraît-il, et n’en avez rien dit. Jamais.

Une dynastie, les Le Pen ? Certes.
Et vous ? Quelle est la votre ? Si ce n’est celle du déni. De la connivence... Nouveaux Chiens De Garde. De l’oligarchie. De l’ordre établi. D’une élite qui méprise le peuple.

Ah ! Vous n’êtes ni des Camus, ni des Foucault, pas même des Sartre ! Ah, ça non. Bourdieu s’est crevé la couenne pour des nèfles. Badiou itou. Et Halimi. Et tant d’autres. Vous n’êtes pas ce de côté-là... C’est un choix. Il ressemble à une erreur. Grossière. Considérable… Mais c’est votre choix. Votre erreur.
Or l’heure, celle des comptes, va bientôt tintinnabuler. Vous y serez pour beaucoup. Vous y aurez tant contribué, faut dire. A creuser le fossé, un abîme désormais, entre vous et le peuple.
Vous et vos amis du Siècle, des Prix qu’on se refile (il faut vous voir, dans les Salons du Livre, cul et chemise, à bâfrer avec les politiques, et ne dites pas non, je vous y ai vus !), des services qu’on se rend, et allez donc !

La déontologie, c’est pas ce qui vous étouffe.
Non plus.

Ne vous méprenez pas. Je suis têtu. Obstiné. Je reste à gauche de la gauche. Malgré la colère, celle qui m’habite, cette envie de tout envoyer valdinguer, Marine Le Pen n’aura pas ma voix. Jamais... Malgré le cocufiage grand format. Permanent. Tout ce qu’on nous a fait... Et ce PS de notables, de barons. Ce PS qui nous a trahis, abandonnés. Et qui continue, comme si de rien n’était... Ce PS, Joffrin, dont vous vous vantez de l’avoir converti au capitalisme via Libération [2]... Ne vous étonnez donc pas que Marine Le Pen, alors, occupât le terrain. Que vous avez laissé. Ou vendu.

Oh, bien sûr, Marine Le Pen prenant le parti des ouvriers, des fonctionnaires, des chômeurs, des laissés-pour-compte, de tous ceux qui trimardent et en bavent, et depuis lustres, de tous ceux qu’on a blousés, c’est de l’entourloupe au carré, un coup de bonneteau, énorme ; je vous l’accorde.
Mais à qui la faute ? Je vous le demande…

Alors poursuivez, sur ce terrain ! Celui du mépris, de la méconnaissance.
Ne travaillez surtout pas, bien calfeutrés dans vos bureaux.
Pondez des livres sur la Marine qui sont aussi profonds qu’un ouvrage d’Isabelle Giordano sur la Martine, aussi vide politiquement, et vous l’aurez, Marine Le Pen au second tour.
Voire plus que ça.

Continuez à ne rien comprendre, à vivre hors de nous, à théoriser, clichés, formatés que vous êtes, héritiers des Minc, Attali, BHL et tutti.
Et vous l’aurez, oui, l’héritière, au second tour.
Et après ? Hein ? Vous ferez quoi ?
Vous bannirez le peuple ?
Vous lui ferez la leçon, la morale ?
Mais : à quel titre ? Au nom de qui ?
De quoi ?


Vous qui préférez tutoyer le puissant, et mépriser le peuple, vous n’avez aucune leçon à nous donner.
Tant ce qui pourrait survenir l’an prochain (ou dans cinq ans) vous en serez en grande partie, responsables.
Et comment !

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12 avril 2011

Pour Un Véritable Syndicalisme Défendant Les Droits Des Salariés Européens

C’est à la base que je m’adresse, la base syndicale.
Celles de la CGT, de FO, même de la CFDT.
Or donc, à celles et ceux qui sont sur le terrain, qui les côtoient au quotidien, les salariés, les laborieux, et autres précaires.
A ceux-ci, je dis : faites-vous « tunisien », « égyptien », boutez hors de vos instances dirigeantes, les Thibault, Chérèque, Mailly et consorts.
Clairement, il faut les « dégager ! ».

Rise-Up.jpgLe syndicalisme à la papa, pantouflard, déclamant ou paradant sur le perron de l’Elysée, le syndicalisme ménageant (mal) la chèvre (le salarié) et le chou (gras des investisseurs) le syndicalisme étriqué, enfermé dans ses petites frontières, n’a aucun avenir.
Face à la mondialisation, la « globalisation », au discours rodé, rouleau-compresseur, du néo-libéralisme, aux décisions à vue courte du FMI, il convient de répondre non pas nationalement, mais solidairement... Soit avec les « camarades » polonais, estoniens, bulgares, espagnols, portugais, grecs, etc.
Ceux de la base.

La Confédération Européenne des Syndicats, c’est de la blague. Un échec total. Une trahison.
C’est la Confédération des « jaunes ».
Et d’ailleurs, qui peut me dire, où sont les avancées, les progrès, les acquis, et je ne cause même pas des luttes ?
Où et quand s’est-elle fait entendre cette Confédération, sur quels sujets ?
Quel salarié connaît, au demeurant et nonobstant, la CES ?
Il faut en finir avec cette imposture. Et créer un véritable syndicalisme européen, un fort, indépendant, un intransigeant, aussi intransigeante que la sacro-sainte loi du marché, capable de répondre avec fermeté, de mener des actions unissant et associant tous les travailleurs européens, afin que tous, sans exception, puissent bénéficier des mêmes droits, des mêmes acquis, et à terme, d’un salaire minimum européen.
Et ça n’est pas négociable.
J’entends par là, qu’il n’est pas envisageable de se caler sur les moins favorisés.
Nous avons assez payé comme ça.

Oh, je sais, on traite, et comment ! de « favorisés », de « privilégiés » même, voire de « nantis », ceusses – les fonctionnaires français, par exemple – qui s’en vont – de moins en moins, ou à la petite semaine – manifester de République à une quelconque Bastille ministérielle pour défendre leurs acquis dits sociaux ; ainsi une retraite. Hostiles qu’ils seraient à l’effort, au sacrifice, à la réforme.
Car oui, ils appellent ça : une réforme.
Mais doit-on considérer comme une amélioration, un progrès, le fait d’être contraint à travailler plus longtemps ? Soit, de revenir en arrière.
Au nom de quoi ?... Parce que nous vivrions plus longtemps ? Mais qui vivra plus longtemps ? Quelles « couches sociales » ?
La vérité, c’est que ceux qui « vivent moins longtemps » vont travailler quelques années de plus pour celles et ceux, plus confortables, moins exposés, qui « vivront plus longtemps ».
Voilà le sacrifice… Oh mais quel doux « privilège » n’est-il ! Mais quel bonheur d’être un « nanti », bon sang !... Mais de qui se moque-t-on ?
Combien de temps encore va-t-on traiter de « privilégiés » ou de « nantis » des salariés gagnant, à l’année, 10, 20, 30, voire 50 fois moins qu’un doxosophe, diffuseur de la « pensée unique », ces éditocrates qu’étaient tous, sans exception, pour le « oui » au Traité pour une Constitution Européenne, et... contre les manifestations de décembre 1995 ? Tous ces bobos (ceux-là sont certifiés véritables), vivant paisiblement, ces cumulards (radio, télévision, presse) dînant au Crillon avec leurs « amis », politiques (qu’ils tutoient copieusement), décideurs et autres investisseurs ?
Ils sont tellement à mille lieux, et plus encore, des réalités, du quotidien, de la vie même de celles et de ceux qu’ils accablent ; le peuple. Pour ceux-là qui batifolent et se goinfrent dans un monde doré, et depuis tant d’années (de Luc Ferry à BHL, en passant par Minc, Attali et consorts) le peuple est un ignorant, il est inintelligent, archaïque, arc-bouté sur ses acquis.
Or, il n’est rien de moins vrai.
Il a bien des défauts, le peuple, mais c’est lui qui trinque, lui qui raque, se serre la ceinture, c’est lui qui doit travailler plus, se plier à la flexibilité, trimer le week-end, la nuit même, à mi-temps imposé, pour une paye ridicule, toujours, tout le temps.
Que voudraient-ils de plus ?
Qu’on se réjouisse de constater qu’un plan de licenciement (habilement rebaptisé : plan de restructuration) redonnât du tonus à l’action boursière de l’entreprise qui nous a salement lourdés ?

Quant aux syndicats – j’y reviens – de la CGT à FO en passant par la CFDT, c’est un fait, ils ont lâché l’affaire.
Ah, comme nous sommes si loin de ce mois de décembre 1995
Il faut en finir avec cette mascarade syndicale. Il convient de réinventer le syndicalisme. A échelle européenne.
Oui, il faut se faire tunisien, égyptien, « dégager » les Thibault, les Chérèque, les Mailly.
Et c’est la base qui doit le faire.
Il est grand temps d’établir des passerelles, des solides, avec tous les travailleurs d’Europe, les laborieux, ceux que le FMI affame.
Il est plus qu’urgent de créer une nouvelle Internationale. Puissante. Qui puisse s’opposer au diktat néo-libéral, au capitalisme sans limite.
Il faut y inclure non seulement les travailleurs, mais itou, les chômeurs, les exclus, les laissés-pour-compte.
Il convient, aussi, que toutes les associations traitant du social et de la misère sociale se regroupent, unissant leurs forces et leurs volontés, tant il est impossible – vous le voyez bien – de contrer des décisions injustes, proprement dégueulasses.
L’heure est au combat et à la solidarité.
A l’universel.

Il paraît, n’est-ce pas, qu’une présidentielle se tient dans nos urnes démocratiques, l’an prochain. On nous la prépare aux petits oignons, en nous vendant par sondages (fossoyeurs de la démocratie) et éditoriaux (dithyrambiques), des produits du néo-libéralisme.
Ah ! ce DSK qui les écrase tous !
Comme en 2007, le Sarkozy (Royal n’était qu’un jouet médiatique), ce monsieur Thatcher des temps modernes.
De cette élection, il ne faut rien en attendre. Ce n’est point de cette urne que la victoire surgira. Mais de l’union de tous les travailleurs d’Europe. C’est avec elle, cette union inédite, que nous pourrons répondre enfin à la « pensée unique », celle « protégeant » coûte que coûte, les marchés, les banquiers, la finance, les investisseurs, le productivisme à outrance.
Car elle est bien là, LA « protection ». Ce n’est pas le laborieux qu’on protège, oh non ! Autrement, nous le saurions, nous nous en serions rendu compte, depuis lurette. Pas vrai ?

Or donc, protégeons-nous.
Et la seule voie possible, c’est la solidarité.
Solidarité entre tous les salariés d’Europe, les floués, les trahis, cocufiés par ses dirigeants politiques, syndicaux, et cet ordinateur crétin du néo-libéralisme : le FMI.

12 janvier 2011

Le Refus [De L’Indignation Et Du Nouvel Ordre Mondial]

[1ère Partie] ...Ça n’a pas traîné. Vite, très vite, dès petiot, on m’a fait comprendre, d’où qu'y soufflait le vent, comment ça se dansait, le merdier .. On me l’a bien enfoncé dans le crâne, le refrain, celui que tutti colporte, les pauvrets surtout, les pas vernis, les laborieux. Un refrain qui tient en une phrase, définitive, briseuse de rêves, de tout, de celle qui démobilise, te fait entrer dans le rang, ad vitam.
Oh, tu la connais, cette maudite phrase, elle pue la résignation de compète, la lâcheté aussi. Elle dit : « C’est comme ça, et pis c’est tout ». Avec des add-on du genre : « On n’y peut rien », « Faut se faire une raison », « A quoi bon ! De toute façon, on n’est pas de taille », « Et puis, oh, y’a plus malheureux que nous, hein ! », « Pourquoi veux-tu que ça change ? » et j’en passe. Tellement qu’elle est longue la liste.
Voilà ce qui nous tue, petit à petit. Nous fait renoncer à tout. A tout ce qu’on croyait. Espérait. Fait de nous, des vieux machins. De tristes complices… Parfois dès vingt ans. Oui, dès cet âge-là, pour certains, c’est déjà fini … La vie.

Savoir Dire Non.jpgNous sommes vieux et faits d’hiver. Même nos musiques sont tristes. Nos hommes politiques sont tristes. Nos journalistes sont tristes. Plus de génie, plus d’éclats. Tout est formaté.
Idem, nos élites ou supposées telles ! D’ailleurs, parlons-en, tiens ! Qui sont-elles ? ... Des camelots bavardant, entre eux, et à n’en plus finir sur des plateaux télévisés, toujours les mêmes : Attali, Minc, Bernard-Henri Levy et consorts ! Ils nous parlent de misère, de souffrance, les nôtres, avec des mots, ma chère ! des phrases, faut voir, et des tronches de circonstances, bien compassées, celles des riches héritiers de la condescendance … Ils nous expliquent, nous traduisent, nous dissèquent, en direct, en différé, les Editocrates, les philosopheux, les môôôssieurs …

… Mais ça y connaît quoi ? De la souffrance et de la misère ? Rien ! Que dalle ! Tous ces gens, toilettés, qui font la leçon, la Morale, condamnent la violence, l’ouvrière en particulier, jamais qu’ils en ont bouffé de la merde, jamais qu’ils ont connu un trottoir, la faim, l’humiliation, la subordination, l’esclavage, ils ne savent pas ce que c’est, mais en causent pourtant ; ils élucubrent, exposent, prophétisent ...
Merde ! Il faut leur dire merde, les éteindre ! Bordel à chien ! ... Comment osent-ils claquer le beignet d’un Xavier Mathieu, d’un licencié dans le cul, d’un viré comme malpropre, disserter sur le quotidien d’un laborieux, eux qu’ont rien connu, que leurs salons, leur rupinitude, fricotant et frayant avec les puissants, se bâfrant d’oseille … car c’est cher payé, croyez-moi, l’avis de ces gens-là ! Ça se monnaye sec …

Merde à nouveau et ad lib ! Oui merde, et au cube, car à quelle souffrance, à quelle misère, quel désespoir ont-ils mis fin, avec leurs discours à n’en plus pouvoir, récurrents, les Minc, les Attali, les Adler ? De quelles guerres nous ont-ils débarrassées ? Mais d’aucune, de rien ! C’est de notre misère dont ils se nourrissent ! ... Ils blablatent, imbus, puis rentrent chez eux, repus, dans leurs demeures cossues, satisfaits et tranquilles, en sécurité, protégés. Pour en ressortir aussi sec et fermement s’indigner de telle dictature ou telle atrocité ô combien lointaines, les jean-foutre !

En vérité, c’est le Nouvel Ordre Mondial qu’ils nous inculquent, nous perfusionnent ; allons, soyez raisonnables, qu’ils nous disent, le communisme, le socialisme, c’est pas laïquement possible, pas viables, c’est du massacre, vous le voyez bien, c’est prouvé, avéré, c’est Staline ! ... Réduire le communisme à Staline, quelle imposture ! Quelle falsification ! ... Mais c’est pour mieux te vendre le Nouvel Ordre Mondial, mon enfant, te le visser dans la tête, ad vitam
Résignez-vous qu’ils nous mal chantonnent, ces confortables, c’est comme ça et pis c’est tout, on n’y peut rien, faut se faire à l’idée, y’a qu’à moraliser, un suppositoire, et ça ira, vous verrez, c’est pas la panacée, nous en convenons, mais c’est le moins pire des systèmesLe moins pire !?! Ce qu’il faut pas entendre. Serait-on venu au monde pour se contenter du moins pire ? Et vivre, vous y avez pensé ? N’y aurait-il que vous qui y auraient droit ? …

Faut plus les boire, ces loups, ces inutiles, ces Zemmour, pamphlétaires à la noix. Faut plus. Ni eux, ni les journalistes, les Elkabbach, les Demorand, les Chabot et tous les autres. Tous ou quasi .. Itou, la merde, l’ont jamais croquée, connaissent pas, mais se permettent, et comment, de nous jauger, camemberiser, statistifier, les pégreleux déontologues.
Les journalistes, sous prétexte que ça va sur le « terrain », ça croit nous connaître. Pardi ! Mais ça fait que passer. Ça prend du son, ça micro-trotte, et pis c’est tout ... La merde, la misère, la souffrance, n’en ont pas idée. Pas la moindre.
Mais eux, comme les Editocrates, pareil, de Calvi à Pujadas en passant par le grand ordonnateur, l’AFP, ça fait la morale aux Mathieu, aux délocalisés, à tous les maudits de la République ; dis, tu vas la condamner la violence, hein, tu vas te "contrir", te rependre, demander pardon, dis, que c’est déjà beau qu’on t’invite sur NOTRE plateau … Quelle bande de chacals ! Ça me dégueule … Mais qui s’offusque, s’en indigne ? Qui prend les armes, la Bastille ? Personne ! On laisse faire et dire. Comme des lâches. De vieux débris. Y’en a même qu'opineraient du sous-sous-chef, des qu’en bavent, de la classe bien moyenne, devenue mesquine, envieuse de ses frères et sœurs, tellement qu’elle est lobotomisée, apeurée, lepenisée au trognon, en demande de protection. Pour qui se prend-il ce Xavier Mathieu, qu’elle pense ! Qu’il nous foute la paix. La paix, voilà c’qu’on veut. Etre tranquilles. Qu’on nous fasse pas chier. Qu’on peut rien y faire, que c’est comme ça. Qu’y a plus malheureux que nous.

Ils avaient vingt ans. Ils étaient déjà vieux. Finis. Avant même d’avoir vécu. Rien qu’un peu.

J’en ai fait aussi, des conneries. Pas mal .. Des arrangements merdeux, de ceusses qui te poursuivent. Que t’arrives pas à oublier. Je mettais ça sur le compte de l’inexpérience, d’une éducation, d’un manque. Mais non .. C’était pas ça. C’était de la lâcheté, du renoncement. Pourvu qu’on le voye pas, que je me disais. Je suis pas comme ça. J’ai pas lâché l’affaire. Je vais me refaire ... Mais tout de même, l’éducation, ce qu’on t’enfonce dans le caberlot, tous les jours, même quand c’est fête, ça marque. Aux fers. Faut de la volonté pour s’en défaire. Coûte que coûte. Et peu importe les conséquences ... La solitude.
Quand on comprend qu’on n'est pas là pour se faire aimer, ou reconnaître, qu’on n’est pas né pour faire du chiffre, du rendement, qu’on se souvient de ses rêves d’enfant, toutes ces merveilles, ces trésors de spontanéité, alors, va, tout va bien. Et si c’est à deux, c’est heureux. Pas besoin d’être plus.
Le bonheur, l’épanouissement, passent par le refus. Net et sans concession.
Refus de se courber, de se résigner, d’obéir.
Refus de participer de quelque façon que ce soit à tout ce qui nous dépouille, nous assujettit, nous vieillit avant l’heure. Nous Attalise, nous Pujadise ou Chabotise. Nous Nouvel Ordre Mondialise
Et dire non, jusqu’à son dernier souffle à ceusses qui vous disent que « c’est comme ça, on n’y peut rien, faut se faire une raison ». Ne jamais faire sien ce refrain. Sinon, c’est mourir.
Sans avoir rien vécu.

[5ème Partie]

18 novembre 2009

C’Est Maintenant Ou … Patrick Sébastien !

Le Chanteur Masqué.jpgA force, noyés, ou se laissant noyer, par les flux et les flots contradictoires des infos, des avis, rien, on ne remarque plus rien. On accepterait même l’impensable, sans moufter. Comme ça.
Toutes ces images, tous ces mots, ce brouhaha permanent, partout, dans la radio, sur nos écrans, tout le temps, il faudrait s’en défaire, s’extraire, se dire que, ça n’est pas important, non ça ne l’est pas tant que ça ! A quoi bon, après tout ? Avec ou sans moi, ça tournera aussi mal que pire, et d’ailleurs pourquoi avec moi ? Hein ? Qui suis-je, ou serais-je, pour penser que ce pourrait être avec moi ? … Quoi, dans l’urne … ? Ma voix dans l’urne, c’est ça ? Elle compte, cette voix ? Et si je disais non, je ne crois pas, elle ne compte pas plus que les autres, que la tienne, elle est insignifiante, relativement insignifiante ! Le génie, pervers, mais génial, c’est de nous avoir fait croire que cette voix, mais bien sûr qu’elle compte, il ne faut pas y renoncer, ne renonce pas, vote, exprime-toi, alléluia, après quoi

… Après quoi, Zemmour, Giesbert, Duhamel, Barbier et tous les autres - TOUS les autres ! - et comme ils sont nombreux, et de plus en plus, et toujours les mêmes, je veux dire, pensant pareil, parlant sur le même mode, viendront t’expliquer, flux, flots, pourquoi, et comment elle marche mal, la société ; viendront t’expliquer, flux, flots, que les gens pensent que, que les gens voudraient que, qu’ils ne sont pas, les gens, contents parce que ; mais les gens, c’est qui ?
C’est eux ?
C’est effrayant, non, toutes ces personnes, oh certes brillantes pour quelques-unes, toutes ces personnes dans la radio, la télé, la presse, partout, qui, à intervalles réguliers, parlent de nous, des qui chôment, qui sont seuls, ne savent plus, des qui sont prêts à tomber, tout lâcher, ou qui votent mal, et d’ailleurs, s’ils votent mal, Front National, c’est bien parce qu’ils souffrent, qu’ils sont seuls, ne savent plus … Ah ! C’était donc ça ? ...
Toutes ces personnes, confortablement assises, gracieusement rémunérées, qui désossent, parfois entre deux salves d’applaudissements - les nôtres - le mal-être qui nous ronge, la colère, légitime disent-ils, qui nous tente mais jamais n’éclate, vraiment.
Et ça fait des années que ça dure, des années qu’ils parlent, comme ça, de nous, du voisin, et pourquoi pas de son chien, celui qu’a la rage, de notre façon de vivre même, de nous habiller, de boire, de bâfrer. Ça fait des années qu’ils nous donnent la leçon. Qu’ils nous font la morale.

Et nous ?

Oh nous, on existe à peine, mis en scène, grotesques dans des jeux de cirque télévisés, furtifs dans un micro-trottoir ou pathétiques figurants de reportages, montés, coupés, mixés, "floutés". Sans droit de regard.
Nous, nous sommes au bout d’un fil, celui numérique d’un standard radiophonique, mais vite fait, faudrait pas déranger, tu comprends - la pensée, la dominante ? Et si jamais, le temps d’antenne tu dépasses, tu t’épanches, on passe au suivant, on enchaîne, on te zappe, non sans t’avoir soigneusement fiché. Les fichiers, sais-tu, ça existe, en radio, comme en télé ! Nous y sommes, après notre passage, répertoriés comme “bon” ou “mauvais client”. Avec toutes nos personnelles coordonnées.
Nous sommes, au mieux, de la chair à canon d’audimat, une variable d’ajustement ; au pire, mais à vrai dire et pour eux, du bétail, un troupeau qui fait “meuh”, qui fait méééé” (68, parfois ..)
Puis, comme nous nous sommes exprimés, ils reviennent, Barbier, Bacqué Reynié, et TOUS les autres, les revoilà autour d’une table ou n’importe quelle autre table de n’importe quelle autre émission, télé, radio, peu importe, ce sont toutes les mêmes, car ce sont toujours les mêmes personnes qui y sont conviées, et s’il y en a une nouvelle, de personne, c’est encore la même, puisqu’elle pense et s’exprime, flux, flots, comme ses pairs, ses glorieux et médiatiques aînés.
Encore ils parlent de nous, de ce que l’on veut, de ce que l’on pense, et même quand nous ne disons rien, c’est pas grave ! Il y a des sondages qui disent que nous pensons ceci, nous voulons cela ; alors c’est reparti, ça continue, et pourquoi diable sommes-nous ainsi, volatiles, versatiles, j’entends même ingouvernables ! Ah, mais c’est ça, la France ! Les français ! Voyez-vous, nous sommes formidables, nous, les français ! Oui, formidables, parce que, au fond, même ingouvernables, elle tourne encore et toujours la République, et pas si mal que ça ! Elles passent les réformes, mêmes les plus liberticides ! Oui, on râle, on geint, on se plaint, on trépigne et parfois manifeste, mais finalement, hein, ça tient ! Mais ..

… Mais comment est-ce possible ?

Je veux dire, comment en est-on arrivé là, à laisser parler ces gens-là, à notre place ? A penser pour nous, et parait-il - tu vas pas le croire ! - pour notre bien ?
Qui sont-ils ces consultants, ces analystes, ces éditorialistes, pour que nous leur accordions tant d’importance ? Que vivent-ils, au quotidien, pour savoir ce que je suis, ce que je souffre, ce que je veux ou ne veux plus ? Par quel miracle ou falsification de la pensée, peuvent-ils, ainsi, nous décrypter, comme des grenouilles nous disséquer ? Du haut de leurs plateaux, radio, télé, oui, de là-haut, sauraient-ils, infailliblement, ce que nous sommes ?
Vraiment ?
S’ils le savaient, mais avant tout, s’ils nous considéraient un peu, rien qu’un tout petit peu, alors pourquoi, hein, quand quelqu’un, un autre qu’eux, ose venir, là-haut, les interpeller ou les contredire, avec des mots de presque tous les jours, des pas conventionnels, des hésitants, alors ils le traitent avec condescendance ou net, de … bobo ! Oui, tu m’as bien entendu, de bobo ! Parce que, eux, bien sûr, ils n’en sont pas ! Oh non, ils sont bien au-dessus de ça, confortablement assis, gracieusement rémunérés ! Ils sont la loi, oh si, ils le sont ! Et avec la notice, s’il vous plaît ! C’est eux la raison. C’est eux !
Et si, une autre fois, un type, un qui parle comme il parle, tu vois, un salarié, ou celui qui les défendrait, comme ce Xavier Mathieu - tu te souviens ? Alors là, c’est d’abord la gêne sur le plateau, parce qu’il parle comme il parle justement, parce que oui, il peut être grossier, mais la vie, elle est grossière ! La vie, il l’éprouve, lui, et c’est pour ça qu’il n’a pas d’autres mots pour la décrire ; et alors tu sais quoi ? Alors, le mépris ! Oui, le mépris, je t’assure, il se lit, il transpire chez ces gens-là, et lui, le salarié, le Xavier Mathieu, il le sent, ce mépris, alors il hausse le ton ! Normal, vu comme on le traite ! Il se révolte, oralement se révolte, et là, c’est la curée, ils disent que c’est insupportable, qu’il est violent ! Ah mais si, vous êtes violent ! Enfin, écoutez-vous ! Et ça, la violence, c’est inacceptable ! I-nac-ce-pta-ble ! N’est-ce pas, Benoît Hamon ? N’êtes-vous pas d’accord ? Il est d’accord, Benoît, mais .. Mais non ! Trop tard. Il l’a dit. C’est inacceptable. Voilà, c’est fini. Sujet suivant ! … Et merde ! Pour une fois qu’un type parlait comme nous, tentait avec ses mots de décrire ce que l’on souffre, comme on en bave, on lui coupe la chique ; pire, on l’humilie. Il n’est pas assez bien, le salarié ; pas assez propre, le syndicaliste. Il n’est pas "éthiquement" ou "correctement" représentatif.
Alors ils reviennent, Bonnaud, re-Duhamel, re-Barbier et re-TOUS les autres, et à nouveau, ils parlent de nous .. Non !

Non, c’est plus possible !

Je (me) dis que ce n’est plus possible. Il faut arrêter ça. Les gens qui parlent à notre place, faut arrêter ! Ces gens qui ne savent rien de rien de notre quotidien comme de nos rêves, ça suffit ! C’est à nous, désormais, de parler. A nous !

Quoi ?

Du populisme, dis-tu ?
C’est ça ?


Eh bien soit, si tu le dis, allez, noyé que je suis dans les flux, les flots, je basculerais donc, puisque ça te fait tant plaisir, dans un populisme de mauvais aloi en faisant part de ce que je pourrais appeler mon exaspération, sauf que, c’est bien au-delà, de l’exaspération. Très au-delà !
De toutes les façons, quoi qu’on dise, ou écrive, nous les sans-noms, on se fera mal traiter de "populistes", de "bobos", de "démagos", de "poujadistes", voire même, plus salement encore !
Quoi qu’on dise, ou écrive, l’étiquette, une infâme de préférence, est prête, prête dans le seul but de nous discréditer, nous faire passer pour ce que jamais nous fûmes, nous renvoyer, gueux, manants, d’où l’on vient.
Alors, puisque c’est ainsi, ainsi qu’ils nous voient, décrivent et maltraitent, autant y aller : reprenons la parole, cette parole que chaque jour et depuis trop longtemps, ils nous volent et travestissent ! Gueulons, scandons, manifestons, faisons-nous entendre, tout de suite ! Maintenant ! Sinon …

Sinon, c’est Patrick Sébastien qui le fera.

 
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