La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

25 octobre 2008

La Crise En Un Paradoxe

Un Film Dont Le Titre Devient, Aujourd'hui, Réalité !

Tu te souviens, les années 60 ?

Ah ben non, c'est vrai, j'suis con, t'étais pas né(e).

Eh bien vois-tu, dans les années 60, l'Amérique c'était comme le paradis.
Je veux dire que si tu demandais au citoyen lambda quel pays il aimerait visiter, quelle ville il rêverait de découvrir, dans sa grande majorité, il répondait et les États-Unis et New-York.
Sans compter que Kennedy et Jackie, premier couple people de la politique, en faisait fantasmer (ou en irritait) plus d'un.
Et même si la musique dominante venait plutôt des cousins britanniques avec les Beatles et les Stones, on ne crachait pas - et l'on avait bien raison - sur les Beach Boys, groupe bien plus complexe et imaginatif - à l'image de son leader, Brian Wilson - que le fun apparent se dégageant de leurs mélodies.

Et puis, ça a commencé à sérieusement déconner.

Kennedy abattu.
Le Vietnam se profilant.
De Gaulle voulant sortir de l'Otan.
Et voilà qu'on en pince plutôt pour des contestataires, de génie, des opposants à l'ordre établi, tel l'américain Bob Zimmerman alias Bob Dylan :
"The Times They Are a-Changin'"

Oui, l'avait raison Bob, les temps changeaient.

On commence à les regarder bizarre, de travers, nos sauveurs d'Omaha Beach.
Nixon ne nous dit rien.
De bon surtout.

Le Vietnam est un cauchemar.
On manifeste contre cette guerre, ce merdier.

Nos héros américains ne ressemblent pas à ceux, policés, d'hier : désormais, ils s'appellent Marthin Luther King (pour les modérés) ou Malcolm X (pour les plus radicaux).
On applaudirait presque les poings levés gantés de noirs, à la Black Panther, des athlètes vainqueurs du 200 mètres aux JO de 1968.

Oui, nos héros américains sont différents, ils sont déjà morts ou vont bientôt mourir, tels Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morrison.
On les aime, les vénère, ils vaudront toujours mieux, se dit-on, que ce réac à la noix de Michel Sardou, jeune à l'époque, mais déjà vieux dans sa tête, avec sa ridicule, et moralisatrice chanson de 1966, intitulée : "Les Ricains".

Elle reviendrait pourtant presque en grâce, cette Amérique, au milieu des années 70, avec le transparent et éphémère
Gerald Ford puis le planteur de cacahuètes, Jimmy Carter.
Mais c'est illusion.
Le désamour est bien en marche.
Rien ne semble pouvoir l'arrêter.

Paradoxalement, c'est maintenant l'Angleterre qui nous sied.
Alors qu'elle est, cette Angleterre, l'amie indéfectible, la courroie de transmission, le caniche du grand frère d'Outre-Atlantique.
Mais nous ne voyons, entendons que sa musique sans nous demander pourquoi, je veux dire quelles sont les raisons profondes de son existence.
A ton avis, pourquoi le Punk ? - qui fut plus un mouvement qu'une musique ...
Le mouvement Punk était avant tout l'expression d'un malaise sociétal, particulièrement du peuple anglais, un mouvement dont le slogan était sans équivoque : No Future.

Et si l'Amérique tenta de nous distraire par le Disco, Travolta en icône gominée, ce ne fut qu'un intermède, un noyage de poisson, de la boule à facettes pour cons ; Reagan-le-cowboy se radinait, on n'allait pas rigoler.
D'autant plus que dans le même temps l'Angleterre accouchait de Madame Thatcher.
Des Malouines.
La musique, comme toujours, fut le témoin angoissant de cette période, où s'envola le libéralisme, libérant les traders et sacralisant les yuppies, avec la Coldwave (The Cure, Joy Division, Bahaus, Dead Can Dance ...) ou la New-Wave (Echo & The Bunnymen, Cocteau Twins, The Stranglers, Killing Joke) dont l'habit était commun : noir.

Oui, c'est bien dans ces années 80 que se profile la crise d'aujourd'hui, ce tsunami financier comme le dit Attali.
Car c'est durant cette décennie que la dérégulation des marchés commencent.
Et tombe le Mur de Berlin.

Souviens-toi de ces années 80, c'est le début de l'individualisme.
Ce sont les années fric.
La victoire, le triomphe, d'une idéologie économique : celle du Capitalisme.

L'Amérique devient le gendarme du monde, arrogante, imprudente, avec Bush père et fils.
On la déteste cette Amérique-là.
Non mais, pour qui se prend-elle ?
Elle ne fait plus rêver.
Pire : elle nous effraie.
En elle, désormais, on voit un monstre.

Et voilà que surgit un terme foireux : celui d'anti-américain primaire.
Terme inventé par les ultra-libéraux, tel Alain Madelin.

Parce que nous n'apprécions pas les Bush, alors nous serions "anti-américain primaire" ?
C'est habile, mais faut pas nous prendre, non plus, pour des cons !
Si j'étais anti-américain primaire, mon pote, je n'achèterais pas ses produits, à commencer par sa boisson, le Coca-Cola.
Entre autre.

La vérité c'est que cette Amérique irrite et déplait, à commencer par son administration, son Pentagone, ses Faucons.
Et quand s'effondrèrent les Tours du World Trade Center, je me souviens, il n'y eut pas de retour d'Amour.
Il faut avoir le courage de le dire !
Quelle infamie, tout de même, ces trois minutes de silence presque imposée au Monde entier !
Et ces radios, les imbéciles, qui jouaient "Imagine" de John Lennon !
Imagine quoi ?
Bande de crétins, va !
Et ce "Nous sommes tous des américains" n'était pas fait pour arranger les choses !

Pourquoi ces trois minutes de silence planétaire, et pourquoi pas pour un tremblement de terre dévastateur en Algérie, en Iran, un attentat meurtrier au Pakistan ou en Indonésie ?
Les morts d'Amérique, ou ceux d'Occident (Londres, Madrid) seraient-ils plus nobles ou dignes d'intérêt que ceux d'Afrique, d'Asie ou de Perse ?
C'est cela qui est haïssable et finit par nous faire détester plus encore le grand frère américain.

Seulement voilà, et c'est le grand paradoxe, voilà oui qu'on se met sérieusement à flipper notre race.
Car cette crise, c'est évident, marque le début du déclin de l'Empire Américain - même s'il a commencé bien avant, ce déclin.
Ce qui veut dire, et quand bien même resterait-elle une superpuissance, que cette Amérique n'est plus maîtresse du Monde - ni d'elle-même.
Elle va perdre son statut de "numéro Un".
Économiquement, mais aussi géo-stratégiquement.
Ça veut dire qu'il va y en avoir un autre ; un nouveau "numéro Un".
Mais qui ?
L'Inde qui commence sa conquête de l'espace ?
La Chine ?
Ou ...

Oui, cette Amérique que nous n'aimions pas, qu'on vouait même aux gémonies, il suffit qu'elle s'écroule, et voilà qu'on s'inquiète, qu'on a peur.
On se dit, c'est con, si l'Europe existait, alors, on connaîtrait le nom du nouveau "numéro Un".
Mais l'Europe n'existe pas.
Et nous en sommes en partie responsables.

Oui, tel est le grand paradoxe de cette crise.
Nous souhaitions secrètement que cette Amérique arrogante, suffisante, triomphante, tombe de son piédestal, ça lui ferait les pieds, tiens ! et maintenant que ça arrive, voilà que nous nourrissons quelques légitimes inquiétudes.
Sans elle, quel sera notre avenir ?
Qui va nous bouffer tout cru ?
Quelles guerres se préparent ?
Au moins - et je le concède c'est d'un cynisme sans égal - avec l'Amérique triomphante d'hier, les guerres étaient lointaines, on s'en foutait bien qu'on s'étripe en Somalie, en Afghanistan ou en Irak !
Mais demain, avec un autre "numéro Un", où se jouera la Guerre ?
Sur quel(s) terrain(s) ?
Sinon, le nôtre.
Du moins, pas très loin.

Ceusses qui se sont sentis humiliés - parfois à raison - par la toute puissante Amérique, ne seront-ils pas tentés, maintenant que le Géant dévoile l'argile de ses pieds, et nous enchaînés à ses pieds-là, de prendre leur revanche ?

Oui, voilà le paradoxe de cette crise :
On en viendrait à espérer que l'Amérique se relevât dès demain, et plus vite que ça, et peu importe le prix - lourd, comme toujours - à payer.

Comme le disait Monsieur Cyclopède :
"Étonnant, non ?"


podcast


20:09 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le déclin de l'empire américain | | |

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu