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02 janvier 2012

Les Vœux De P’tit Vieux Du Candidat Hollande

Mais où est passé François Hollande ? Cet homme plutôt fringuant, pugnace, étonnant même, celui de 2010.
Il est vrai, qu’à l’époque, y’avait du coriace, de l’adversaire. Et de taille. Un rival nommé DSK.
Il avait hâte, on le sentait, le député de Corrèze, d’en découdre avec l’écrasant favori, le grand manitou du FMI. 
Et puis non ; le destin, le sort, que sais-je encore, l’en auront privé.
Depuis c’est une ombre. Qui fait peine à voir. Comme ici, dans ses vœux. De p’tit vieux.





Tout est souffrance dans cette vidéo. L’homme. Le décor. Les gestes. Tout est mécanique. Emprunté. Mollasse. C’est à se suicider... Et puis rien ; rien ne nous emporte, rien ne nous soulève. Ni ne nous transporte, tant c’est statique. Désincarné.

On a envie, la rage nous prenant, de le secouer, fort, cet immobile, de lui crier :
« Mais bouge ! Vis ! Fous-toi en rogne ! Gueule ! Sors de là ! Habite l’espace ! Et le temps... Si tout est crise, injustice, maltraitance, incohérence, alors tape du poing, saisis la caméra, bouffe-là, et entre donc, en nous, plutôt que de rester là, à réciter, ânonner, qu’on dirait un étudiant, déjà trop vieux, déjà refait. ».

L’espérance ça s’incarne. Ça s’habite. C’est un mouvement. Pas un plan fixe.

Et puis ce ton. Forcé. Hésitant… Mais bon sang, il a peur ? C’est elle qui le bouffe, ma parole ! Tétanisé, qu’il est cet homme-là. Vaincu d’avance… Où qu’il est le désir ? Où est la force ? Le caractère, le bien trempé ?...

Ah, ça manque de tout. De souffle. De hargne. De grandeur. Mais c’est quoi ce petit corps malade, à la renverse, ce Mitterrand du pauvre ? C’est quoi cet enfant, ce débutant débitant des platitudes, les yeux rivés sur un prompteur ? Sommes-nous un prompteur ?... Non, nous sommes le peuple, le souverain, et c’est nous, et nous seul, qu’il faut regarder, au fond des yeux, du cœur, des tripes. C’est nous qu’il faut bouleverser, convaincre, et transfigurer.

Il faut se salir, mecton, y aller, se mettre à nu ; à poil le candidat normal !... Mais non, regarde-le, dans ses frusques, mal dégauchi, c’est un récitant, c’est une dissertation, indigente, sans relief, sans couilles même. Il faudrait être fou, ou vraiment désespéré, pour suivre cet homme-là.

Oh, garçon, c’est la guerre ! Réveille-toi ! Tu dis que tu vois les doutes, que tu entends les colères, mais là, dans cette vidéo, ça ne se voit pas, ça ne s’entend pas. Si vraiment tu voyais, entendais, ça transpirerait, ça crèverait l’écran ! Mais non. Rien. C’est plat. Vide et fadasse. Au ralenti...

On dirait un pantin tenu par des fils. Un ventriloque. Un Tatayé. Ça fait peine. Ce p’tit vieux. Ces vœux formatés, en boîte. C’est du discount, du low-cost, de la bonne année à la petite semaine. Ça ne respire pas la santé. Celle de fer. C’est du poussif, à ce point, que c’en devient repoussant. Tant avec cet Hollande, 2012, ça sent la lose...

Et ça voudrait s’adresser à la jeunesse ? Mais elle va fuir, ta jeunesse, se tirer à perpète ou une balle dans la tête. Parce qu’à te voir, sans vie, sans rien, c’est tout ce qui lui reste. Si la cause, celle de la jeunesse t’intéresse, monte plutôt une assoce, une 1901 ; mais Président, oublie, c’est trop grand pour toi, tu vas crouler sous le poids, te noyer, et nous avec.

Oh, c’est pas que les autres y fassent mieux. Matez donc le Villepin, ça vaut son pesant. De grotesque. Voyez comme il est entouré de momies, respectant scrupuleusement parité, diversité et tout le bataclan ; si c’est pas de la mise en scène, tout aussi statique, j’veux bien être pendu. Mais c’est pas une raison. Pour faire pire encore.

La France en avant, rafraichissez-moi le cassis, c’était bien Hollande ? Eh ben regarde-là, ta France en avant, elle bouge pas. Elle fait du surplace sur un écran. Pas de vie. Pas de fougue. Pas de bras. T’es chocolat, avec ce type-là. Y’a rien. Que le néant.

Ça vous y cause de redressement, et c’est courbé. Plié. Etriqué.
Ça vous invite au changement, et c’est immobile. On a comme envie de foutre le camp. De casser ce foutu écran. Et l’homme qu'est dedans.

Ça, la gauche ? Mais c’est à crever !
A ce point, qu’on en regretterait presque Jospin, c’est dire la misère ! C’est dire le boulet.
Ah ! Mais il passera pas l’hiver, cet homme-là. Il va se faire rétamer. Rectifier. Si la vie le prend pas avant le fameux printemps ; si la fougue, la hargne, et même la colère ne l’empoignent pas ; il va rester là. Figé dans cette vidéo, triste et désolante.

Si rien ne vient l’habiter, le saisir, il va jaunir, déjà que. On dirait un p’tit vieux. Engoncé dans ses vœux. Une France à l’arrêt. Sur le côté. Qui pue le renfermé, la retraite.
Et la gauche morte.



Ajout du 4 janvier
:

Après la vidéo, la lettre.
D'où ce billet ravigotant :
Les 110 Jours Les Plus Longs Du Candidat Hollande

28 juin 2011

Après Le Candidat Normal, La Candidate Minimale...

Bon sang, mais quel ennui ! Cette déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Martine Aubry… De tout, ça manquait de tout : de souffle, de vie, de force. De tout ce qui pourrait vous transporter, vous faire dire que : ah mais quelle audace ! Quel panache ! Monte le son, chérie, c’est énorme ce qui se joue, là, derrière ce pupitre !
Mais non ! Au lieu de ça, une récitation, remplie de termes convenus, éculés, de mots-clés…
Diantre ! Après la bravitude, serait-il donc venu, le temps de la rebarbatitude ?

La-Mollitude.jpgOh bien sûr, nous ne sommes pas en campagne. En plein dans la bataille. Celle d’avant le premier tour... Or donc, il ne fallait point s’attendre à de grandes envolées lyriques, à des : « Ni Washington, ni Bonn, ni personne (…) Ni le grand capital, ni les multinationales (…) Aucune puissance au monde ne me fera dire autre chose que ce que je pense » [1]... Un tantinet théâtral, certes, mais la tribune, madame, c’est aussi du théâââââtre ! Vous qu’en pincez pour la culture, vous devriez le savoir !

Mais enfin, si c’est autant le désordre [2] la bérézina, le déclin, la cata, qu’elle part à vau-l’eau la France [3] un peu de colère eût été la bienvenue ! Celle qui sied au combat. Avec la voix qui porte. Tonnerre laïc ! République des « camarades » nous voilà !
Mais penses-tu !...
Ça ânonne, et pis c’est tout.
Ça dit « Je veux… » [4] et pis voilà.
De la platitude à tirelarigot.
Du basique, du primaire. Qui ne fait de mal à personne. Mais pas plus de bien, non plus.

Rien, ah mais rien dans ses mots, son ton, ses gestes même (plus statique que ça, c’est juste pas possible), rien qui pourrait soulever les foules, le peuple, celui pour qui c’est marre, celui qu’en peut plus.
C’était rien d’autre qu’une petite rédaction mal jouée, mal envoyée, mal dégauchie.
C’était misère !

Mais bon sang de bonsoir, quand on se présente à ses compatriotes pour les informer qu’on aspire à la plus haute fonction de ce pays, on incarne, on porte, on « yes I can » ! Avec force. Et poing levé... On irradie ! Même si l’heure est grave…

Quand on se déclare, au peuple on prend sa colère, son désarroi, sa rage même, et on transcende, on traduit, on exprime, haut et en couleur ; on l’envole, le peuple. On l’emmène avec soi.
On le venge, par les mots. Rien qu’une fois.

Mais là, dans cette ancienne gare de Saint-Sauveur, il reste à quai, le peuple. Comme abasourdi.
Hébété.
Assommé de mots-clés, toujours les mêmes, mille fois esgourdés, comme :
« changer/changement », « rassembler/rassemblement », « injuste/juste/justice » et tutti.
De phrases toutes faites, qu’engagent à rien, juste là pour meubler, telle que :
« Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent et permettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Les parents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants. ». [… consternitude…]

Oh, bien sûr, se déclarer, ce n’est pas énoncer un programme, des propositions ; c’est de l’esquisse, du survolage, un exercice de style ; sauf que, le style, je le cherche, et ne le trouve point.
Quant à l’espoir, pas un gramme... Et la gauche, nada, absente. Comme si c’était devenu un gros mot… Alors vous pensez, le socialisme, là, c’est même plus en rêve, c’est banni. Interdit. On oublie.

Or donc, mais quel ennui ! De l’ankylose au carré. De l’anesthésiant. De la mollitude. Rien d’habité. Rébarbatif comme rarement. Sidération à l’envers. Non-évènement terrifiant. De vacuité... Même pas le minimum syndical... Vous avez dit : anormal ?
Mais que faudrait-il alors, autre qu’une crise « sans précédent », pour que ça sorte ?
Une guerre atomique ?
Que faudrait-il pour que ça se présente devant le peuple, magnifique, scotchant, tellement renversant ?
Une apocalypse ?

Alors qui ?... Quel candidat pour le Parti prétendu socialiste ?... Après s’être fadé ce discours sans relief, sans aspérité, insuffisant au regard de la colère, du désarroi, du dégoût ?
Si ce n’est pas Aubry, alors, ce ne peut être que Hollande ! Au moins, y’a du tribun, dans cet homme-là. Comme une flamme. Pas lerche. Mais ça suffira... Un Bayrou déguisé en socialiste, mais qu’a du verbe, de la répartie, voire de la taquinerie et de l’éclat ; ma foi, pourquoi pas ?...

… Ah oui, messire, l’Arnaud, le Montebourg. Le démondialisateur... Ce serait, oui, audacieux. Et, entre nous, quitte à perdre, mieux vaudrait que ce soye avec la « nouvelle » génération. C’aurait plus de gueule. Qu’avec des connus, des qu’on a trop vus... Ah oui, c’aurait, pour l’occase, du panache.
Mais faut pas rêver. Même avec des idées.
Cette primaire se jouera entre anciens de la rue Solferino.
Entre le François et la Martine.
Et la clé, de ce match, qui la détient ?... Le militant ?... Le sympathisant encharté ?... Que nenni !... C’est la Royal, la Ségolène. C’est elle qui donnera le « la »... Après le 9 octobre… Quand elle appellera à voter pour Martine (... ou François).

Alors son fan-club, les ségolénistes ad vitam, sorte de secte la prenant pour Sītā, obtempèrera. Et bonsoir Clara !
C’est aussi simple que ça.

Aussi simple, plat et minimal qu’une déclaration de Martine Aubry.



[1] François Mitterrand, meeting de Toulouse, 25 avril 1981.

[2] « Désordre(s) » est avec :
« changer/changement », « pouvoir », « juste/injuste//justice », « rassembler/rassemblement » ainsi que : « aujourd’hui », le mot-clé de cette déclaration.
Il fut prononcé cinq fois.

[3] « France » a été le terme le plus employé par Martine Aubry : pas moins de treize fois.
Contre six pour le mot : « Europe ».
Les mots « gauche » et « socialiste » n’ont été prononcés qu’une seule fois chacun.
En revanche, trois fois Martine Aubry évoqua l’ « écologie ».
A noter que « vie » fut utilisé par quatre fois. Pourtant, c’est pas vraiment ce qui ressortait de cette déclaration ; la vie. Tellement on s’ennuyait à mourir…

[4] Martine Aubry aura dit huit fois : « Je veux… ».
Incantatoire, donc.


 
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