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15 avril 2009

Quand Druon Défendait Papon

Le Vieil Homme Et L'Amer

Finalement, c’est pas si mal de mourir. On ne retient de toi que tes éclats. Ta "grandeur d’âme" soudainement isocèle à ta "plume" et ton "courage". Tu fais dans l’éloge l’unanimité, quand bien même, serait-il empesé, polycopié, boursouflé d’académisme, cet éloge.
Mort, tu deviens irréprochable.
Comme une République promise.

Ah oui, comme il est doux de mourir sous la mitraille !
Celle des louanges.

Ah surtout se taire, ne pas le saloper ce tonnerre, ce dithyrambique concert !
Ne pas verser dans l’ombre ou le pamphlet.
Juste glorifier.
Ta "disparition", pleurer.

Ami, entends-tu cependant, du tréfonds, de quelques néants, le fardeau resurgir.
Un procès.
Un témoignage.
Un naufrage.

Il était vieux, il était laid, à la barre, il se tenait.
Et jurait.
Il jurait comme tant d’autres avant lui, après lui, qu’il ne savait pas, ajoutant que : "Si on avait su, il n'y aurait pas eu de secrétaire général de préfecture pour signer des ordres de déportation, il y aurait eu moins de juifs passifs attendant comme des brebis offertes au sacrificateur .."

Ce vieil homme qui, à cette barre girondine, parlait de juifs attendant passivement leur sort, c’était lui, c’était Maurice Druon.
Et, comme tant d’autres avant lui, après lui, il le trouvait “intelligent”, “vif” et “patriote”, Maurice Papon.
”Intelligent”, “vif”, “patriote”, mais également, “efficace” et “froid”.
Faut-il l’être, froid et diablement efficace, pour deux décennies plus tard, le 17 octobre 1961, réprimer dans la fureur et le sang, une manifestation “pacifiste”.
Même si, en ce mois d'octobre 1997, là n’était pas la question.

Maurice Druon défendant Maurice Papon !
C’est beau, non, la solidarité "mauricienne" ?

Ah mais non, surtout ne pas le rappeler en ce jour de ta "disparition", avant tout se taire, se joindre au concert, symphonie achevée de l’éloge, l’académique et bien-pensante.

Comme, ami, nous n’entendrons plus cette saillie dont tu te fendis [“Je préfère que l’aide de l’État aille à ceux qui travaillent plutôt qu’aux parasites qui ne travaillent pas !” – Jeudi 1er Mars 2007, Bordeaux] lors de cette réunion à la gloire de ton “descendant”, le petit Nicolas, le Sarkozy.

Ah, comme il est doux de mourir sous la mitraille !
Celle des louanges.
De toi, soudainement, on ne retient que la surface.
Ta "plume" et ton "courage".

Jamais l'effroyable.
Ton naufrage.


[“La vieillesse est un naufrage.” – Le Général De Gaulle]



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