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04 août 2011

Personne Pour 2012

Le souffle.
Voilà ce qu’il manque.
Un élan.
Eux qui n’ont que ce mot à la bouche, celui de « rassemblement », y’en a pas un qui l’incarne.
De Sarkozy à Poutou en passant par Mélenchon, Joly, Aubry et tutti, pas un.
Oh, je sais, les projets, on ne les connaît pas, pas encore, mais à vue de nez, ça sent déjà le réchauffé, les rustines, quand c’est pas le suicide collectif.
On me dira itou, patience ! nous ne sommes qu’en août, tu vas voir, dès septembre, ça va se décanter, même qu’y en a qui vont sortir du bois, ou les griffes, aiguisées ; va y’avoir du sport !
Vraiment ?

A-par-Bansky.jpgNon, bien sûr que non, ça va pas se décanter.
Pas besoin d’être grand clerc ou Duhamel pour le deviner. Tout ce qu’on nous donnera à becqueter ce seront des petites phrases, de celles qui font la joie des quotidiens, et des chaînes d’informations en boucle. De la polémique à balles deux. Mais qu’a son intérêt : faire diversion. Contourner l’os. Gaffe surtout, à ne pas aborder les vrais sujets.
La vérité.

Pourtant, ils seront légions sur la ligne de départ : dix, peut-être douze, voire plus.
Mais y’en aura pas un qu’aura le feu sacré. Qu’apparaîtra comme une évidence.
Le temps des grands hommes est révolu. Comme révolues sont, les révolutions. Et peu me chaut que t’occupes je ne sais quelle place, l’indigné… Indigné, mon cul ! T’en as pas assez chié pour être crédible. Ton indignation – je parle de l’occidentale – elle est bien paresseuse. Elle se numérise, et pis voilà. Sujet suivant...
J’t’en foutrais !
Quand on est indigné, vraiment, on reste pas le cul assis par terre, non ! on montre les dents. Quitte à tout foutre en l’air... Non mais c’est quoi, ces rassemblements, pépères, à qui ça fait peur, qui ça impressionne ?... Mais personne ! Et surtout pas les politiques.
Alors, ne t’étonne pas, si rien ne bouge, que tout continue, comme avant, entourloupes, vaseline et tout le bataclan.

Après tout, pourquoi donc iraient-ils se crever la couenne, les candidats, pourquoi prendraient-ils des risques, se fendraient-ils de projets ébouriffants, quand tu vois l’étrange apathie du peuple...
Le peuple !
Ça râle, ça rouspète, ça se plaint, et puis ça rentre chez soi.
Ça veut tout casser, au coin d’un zinc, ou sur un forum à la noix du Net, nouveau défouloir de ceusses qu’ont-que-de-la-gueule, anonymes, planqués, mais dans la vie, la réelle, y’a plus personne. Que des échines courbées. Des « Oui, Monsieur ! » et des « Oui, Madame ! »… Parce que, faut le savoir, les furieux qui vous promettent le chaos sur le Net, à grands coups d’insultes (quand ils donnent pas dans le diffamatoire) dans la « vraie vie », c’est des petzouilles.
Ils valent pas chers, les loquedus.

Quant aux blogs classés politiques, voire militants, c’est de la rigolade ! Y’en a pas un sur cent qui tienne la distance. Et encore, je suis large...
Alors quand on m’affirme que cette présidentielle passera par Internet, je me marre. Pour que ce fût possible, faudrait qu’Internet soit une alternative, pas un copié/collé... Faudrait plus de chair, de profondeur, de rage aussi. Mais penses-tu !... Ça ne pense qu’à ses stats, ses followers et ses RT ; bref, qu’à engraisser son foutu réseau ; un réseau qui sert à rien, quand t’as l’honnêteté de te pencher sur son utilité supposée.

Or donc, pourquoi qu’ils se feraient beaux, nos candidats, pour 2012 ?
Pour qui ?
Pour un peuple qui, depuis lustres, avale toutes les couleuvres ?
Et, qui plus est, se jalouse, s’envie, se mesquine, pour des peccadilles ?
Qui, dès que tu lui tends un os à ronger, se jette dessus, sans même réfléchir ? Abruti qu’il est de télévision, d’idées reçues, d’a priori, de préjugés.
Hostile à tout ce qui ressemble à de l’intelligence, ou au minimum, à de la raison.
Vomissant ses élites et ses surdiplômés.
Crois-tu que pour ce peuple, le candidat de 2012 va se mettre minable ?
Mais bien sûr que non !
Aux cochons, on ne donne pas à bâfrer de la confiture.

Au fond – et c’est le cas de le dire – on a les politiques (et les candidats) qu’on mérite.
Falots, fadasses, timorés.
Avec quelques trublions pour faire le show : Mélenchon, Le Pen, et … Et ce sera tout ; vu que Sarkozy a rangé son barda bling-bling.

Oh, ne vous méprenez pas, je ne les range pas dans la même catégorie, Mélenchon et Le Pen.
Je laisse ça aux éditocrates dont la malhonnêteté intellectuelle est sans limite (car il faut l’être, malhonnête, pour nous faire croire que Mélenchon et Le Pen, c’est pareil), soit à ceux qui fricotent avec les dominants (politiques, patrons, etc.), et nous vendent, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il merde, un bon vieil affrontement droite/gauche ; comprendre : UMP/PS... Paraît que c’est le seul duel compatible avec les marchés, le CAC, les agences de notation, soit avec toute cette saloperie qu’est le capitalisme décomplexé… C’est vous dire si PS et UMP, c’est du kif… La seule différence, c’est que l’un est brut de décoffrage, quand l’autre vous fait croire qu’il est humain... Mais dans les deux cas, c’est le pragmatisme libéral qui l’emporte… Y’a vraiment que des attardés (ou des encartés) qu'ont pas encore pigé que cet affrontement-là, qu’on nous présente comme un affrontement entre la droite et la gauche, c’est une fumisterie... Non pas que la droite ne soit pas à droite, non ! C’est juste le PS qu’est plus à gauche (depuis lurette)... Le PS c’est un centre du genre mollasson... Et d’ailleurs, à en croire les sondages, Hollande en est la tête. Comme quoi, y’a pas de hasard… Oh, il a bien des talents, ce François, au demeurant, mais qu’il nous fasse pas son Jaurès ou son Blum. Qu’il s’en tienne à mimer François Mitterrand… Oui, pour ceux qui l’auraient pas encore remarqué, c’est pourtant flagrant, ce mimétisme. Et j’ajoute que c’est fait exprès. Mais ça risque d’être en pure perte. Parce que ce François-là, il passera pas la primaire… J’y reviendrai. Une autre fois.

Passés ceux-là, les François, les Martine, les Nicolas (qu’est bien parti pour redoubler) qui n’ont donc pour seule ambition QUE de gérer le pays (c’est vous dire si ça donne envie), qu’est-ce qu’on a ?

Eh bien un suicide collectif avec Marine Le Pen.
Icelle nous proposant, ni plus, ni moins, de revenir aux francs.
Elle a dû se tromper de nation... L’Allemagne, c’est un peu plus loin… Parce que s’il y a un pays, un seul en Europe, qui pourrait se permettre de sortir de l’euro, c’est l’Allemagne.
Nous, étant donné notre dette et notre déficit, on est bon comme la romaine… A moins que Madame Le Pen veuille estourbir d’autant plus les classes moyennes et populaires… Vas-y, sors-nous de l’euro, poulette, et tu vas voir combien tu vas le raquer, ton pétrole ! Et le reste. Tout ce dont la France, pays désindustrialisé, a cruellement besoin...
Exporter avec une monnaie, le franc, qui vaut que dalle, ça j’dis pas, mais pour l’import, on va souffrir. Et quand je dis « on », j’pense pas aux fortunés ; eux, c’est de la roupie de sansonnet. Qu’on soie à l’euro, au franc ou au rouble, la différence, ils la voyent pas. Mais le laborieux, lui, il va calencher.
Sinon, rien de nouveau sous le paquebot du FN, c’est toujours la patrie, la préférence nationale, l’identité, enfin-bon-bref, des concepts puant la naphtaline. L’hospice. L'agonie.

Qui d’autre alors ?

Mélenchon. Le tribun. Qui va nous faire croire que la gauche-ceci, la gauche-cela. Que la gauche, elle est vivante, quoi…
Que : nos vies valent mieux que leurs profits
Oui, parce que faut pas se leurrer, Mélenchon, il ne fait que prendre la place laissée vacante par Besancenot. Il reprend le flambeau, Méluche. Vu que la LCR s’est autodétruite… Non mais quelle connerie, ce NPA ! J’te jure... Nouveau Parti Anticapitaliste ! Grotesque !... Ligue Communiste Révolutionnaire, ç’avait un peu plus de gueule... C’était sans ambigüité possible… T’as voulu changer l’intitulé, t’as coulé, c’est bien fait… Du coup, c’est Mélenchon qu’est en pôle-position de la gauche. Parce que Poutou et Arthaud, dans le genre on n’est pas là (alors que pourtant, on est tout mité par la crise, que les banquiers se goinfrent comme avant, que le chômage est explosif) ils sont assez remarquables… On peut pas toujours dire c’est la faute des médias. A un moment, le cul, faut se le bouger... Internet, c’est pas fait QUE pour les cons. Ça peut être aussi un outil de combat. Et qui coûte pas bézef en artiches… Mais va expliquer ça à Poutou et Arthaud ! Plus résignés que ces deux-là, ça existe pas.

Or donc, Mélenchon. Qui va pousser ses petites gueulantes, brandir le poing, se prendre pour Voltaire ; les médias déjà s’en délectent, s’en pourlèchent ; ça nous promet de belles vidéos sur Dailymotion, du fight en veux-tu, en voilà, mais quant au projet, et quand bien même me dirait-on qu’il existe, je le trouve, pour ma part, un peu court... Pas très révolutionnaire, quoi…
Les mecs, les grands capitalistes, ceux qui s’en mettent plein les fouilles sur notre dos, faut vouloir les saigner. Sinon, c’est pas la peine. De se présenter. Pour quoi faire ?... Pour appeler à voter Aubry au second tour ?... T’es gentil, mais j’ai pas vocation à mettre un bulletin relou dans une urne prétendue démocratique.

Quant aux restes, Borloo, Bayrou, Boutin, Dupont-Aignan, Nihous et consorts, c’est du supplétif. Ça n’est là que pour négocier. Avec le vainqueur. Bref, ça vaut rien. En d’autres termes : ça ne nous concerne pas.
Maintenant qu’il s’en trouve pour leur filer des voix, ma foi, ça les regarde. Le vide, que voulez-vous, ça attire.

Donc non, vraiment, y’a personne.
Pour 2012, y’a rien.
Pas un grand homme.
Pas un vrai et beau projet.
Pas d’élan.
Rien qui donne envie. De voter.
Rien qui ressemble à de l’espoir. A de la vie, même.
Alors que la crise nous a plombés, ratatinés, essorés ; c’est incroyable !
Y’a même pas de colère ! Ni de rage. Chez ces prétendants-là. Aucun, vraiment, n’incarne le peuple. Aucun, réellement, n’a l’étoffe. Le souffle. C’est fini, tout ça…
C’est un gestionnaire qu’on va élire. Un comptable. Et dans ce domaine-là, perdu pour perdu, Sarkozy a une longueur d’avance. Quoi qu’ils en disent. Quoi qu’ils prédisent.
Peu importe, au fond, qu’il rempile, ou qu’il se fasse giscarder, étant donné que le choix est pauvre. Sans envergure.

Vraiment, faut être un militant, un encarté, ou un imbécile, pour trouver quelconque intérêt à cette future présidentielle. Tant les prétendants ne sont pas à la hauteur. Des enjeux. Des souffrances. Tant ils n’ont rien à nous proposer de neuf. De grand. De fort !
Ou de renversant.
Mais, encore une fois, on a les candidats qu’on mérite. Nous les culs assis. Les indignés confortables. Lorgnant sur le dernier joujou technologique. Et croyant que la révolution passera par les réseaux sociaux ! C’est vous dire à quel point on est devenus vraiment des cons. Et qu’on mérite amplement, d’être traités comme tel.

29 novembre 2010

Petit Rappel Des Fondamentaux Du Sarkozysme à M. François « Oui-Oui » Baroin

« J’ai toujours pensé qu'une société transparente, c'était une société totalitaire. »
(François Baroin à propos des dernières révélations de WikileaksEurope 1 – 29 novembre 2010)

Totalitarisme.jpg


« Je veux remplacer l'opacité par la transparence. »
(Nicolas Sarkozy - 20 mars 2007)

« Notre démocratie n'a pas besoin d'une nouvelle révolution constitutionnelle. (…) nous devons changer radicalement nos comportements pour aller vers davantage d'impartialité, d'équité, d'honnêteté, de responsabilité, de transparence. »
(Nicolas Sarkozy - 14 janvier 2007)

« Nous devrons également rendre les relations entre les États plus transparentes. Il nous faut les débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes. »
(Nicolas Sarkozy - 28 février 2007)

« Je veux (..) changer les pratiques, les mentalités, et gouverner autrement autour de trois principes : la transparence, la culture du résultat, la concertation. »
(Nicolas Sarkozy - 2 avril 2007)

« La première conquête d'Internet, c'est l'ouverture de citadelles jusque là bien gardées. Chacun peut faire du journalisme à la place des journalistes. Chacun peut diffuser ses films à la place des majors d'Hollywood. Chacun peut mettre ses biens aux enchères, exposer ses travaux, afficher ses idées. Un nouvel espace de liberté d'expression s'est ouvert, avec la suppression de la barrière économique à la diffusion de masse des images, des textes ou des sons. Je ne le conçois pas comme une menace pour la démocratie, mais comme un avantage. »
(Nicolas Sarkozy - 12 décembre 2006)

« Cela étant dit, Internet est un extraordinaire instrument de démocratisation culturelle. »
(Nicolas Sarkozy - 4 avril 2007)


NB : nonobstant, je vous le concède, toute analyse profonde (comme une « gorge ») des notions fondamentales (dont une) de transparence ou de totalitarisme et desdites révélations de Wikileaks, révélations qui, outre leur aspect pathétiquement terrifiant, n’étonneront pas plus que ça le citoyen lambda qu’il fût du Nord, du Sud, d’Orient ou d’Occident.
Mais dois-je vous rappeler la signature de cet espace troufignollant :
L'actualité commentée
(ou pas) avec subjectivité, dérision ET mauvaise foi.

 

 

11 octobre 2010

Internet, « Le dixième cercle de l’Enfer »

Le Dxième Cercle De L'Enfer.jpgÇa a commencé par une page blanche. Ou presque. On me disait de « taper » mais je ne savais pas quoi. Et comme je ne savais pas, on s’en étonnait ; j’étais pitoyable d’impuissance, de désarroi, décevant une nouvelle fois … Si ! j’avais bien des trucs qui me passaient par le ciboulot, mais là, devant tout le monde, ça me faisait à la fois honte et chier. Au fond, j’avais pigé, dès le début. Parce que, justement, les premiers mots qui me venaient, ceux que je me refusais de « taper », là, devant témoins, gênants ; les mots.
Or donc, c’était couru d’avance, cette affaire. Devant moi, en réalité, j’avais une bombe. Tu la files au tout-venant, et boum !

Tu vois ce film de Lars Von Trier, Dogville ? Pas facile … De ceux qui rebutent. Parce que radical. L’histoire, on s’en fout. Ou quasiment. C’est un prétexte. Je crois … Ce qu’il faut voir, c’est ce qu’il n’y a plus. Autrement dit ce qui permettait l’intimité. Le secret. La nécessité. Dans Dogville, en effet, plus de cloisons, de murs. Le monde est comme une marelle. Ce qui nous sépare, c’est plus que de la craie. Il suffit de pousser plus loin l’expérience Lars Von Trier, et voilà, nous y sommes. Passées les limites, comme dirait l’autre, y’a plus de frontières. « Night And Day ». Plus de craie :
« Et ça tape, ça tape, ça tape/Ça crie, ça crie, ça crie/Ça tape, ça crie, ça gueule/Et puis ça rotative ! ». [1]

Ça n’est pas, non, « la plus grande saloperie » que l'homme ait créée, c’est l’homme qui ne change pas et ne changera jamais. Celui-ci n’est pas destiné à s’améliorer. Regarde ce qu’il fit des révolutions, ce cochon ! Pas même de la confiture. Or, je persiste et signe : il n’y a rien de plus beau, de plus grand, de plus fort que la révolution et ceux qui la font ! Et les raisons qui le poussent à la faire. Après quoi, la raison, celle des autres, reprend le dessus, le pragmatisme, la morale, tout ce qui nous encombre, ce dont on refuse de se défaire, peur du vide, de l’inconnu, d'un nouveau monde. Je veux dire que tout finit par rentrer dans l’ordre, c’est ainsi. Toute révolution est vouée à l’échec, de par la nature même de l’homme. Parce qu’il ne peut vivre sans adorer, haïr et suivre ... Détruire, le fascine. Un instant, un instant seulement. Le sang, les décombres, au minimum les barricades, ça lui explose le cerveau. Il préfère le « tranquille », le « foutez-y moi la paix », le pérenne illusoire, quitte à y perdre sa dignité ... Construire, alors. Un foyer, une société, un « vivre ensemble ». Mais cette construction est une tombe. Une autre destruction. Mais tellement plus acceptable, n’est-ce pas ? D’autant plus que tout le monde est d’accord. Tant il vaut mieux une mort organisée, lente si possible, et si tout du long, tu l’as dans le cul, et bien profond, ça vaut mieux que d’y laisser sa peau avant l’autre.
Or donc, puisque les dés sont jetés, qu’il n’y a plus que des fous, des lâches ou des terroristes, aucune révolution n’est possible, seul le chaos est désormais envisageable. Internet en est le moteur (de recherche).
Cette page blanche, ou presque, cette barre d’adresse à l’origine.

Comme toute révolution ou supposée telle, Internet promettait beaucoup. Le grand, le beau, le fort. Un nouveau monde. Mais quel nouveau monde pouvait être bâti puisque son maçon nous le connaissons et savons qu’il n’est pas destiné à s’améliorer ?
Une barre d’adresse à l’origine, un moteur de recherche, un réseau. Un tentacule. Oui, un et un seul, car la prolifération est une illusion, un leurre. On pourrait croire, effectivement, que la multiplication des pages, quasi à l’infini, aboutirait à une prolifération des idées, à une explosion de la connaissance, de l’imagination, de la jouissance ... Oh ! certes, Internet n’en est pas exempt, et tant mieux ! mais plus le tentacule prend de l’ampleur, plus le grand, le beau, le fort est balayé, relégué, noyé. Le militaire l’a emporté sur le libertaire. Car oui, il y a quelque chose de militaire. Avec pour clairon, le « buzz ». Taratata-taratata et tout le monde rapplique ! Garde-à-vous devant l’immédiateté ! Fixe devant le propagateur ! Et le réseau qu’il constitue (blogroll, followers, « amis », etc.) est en réalité, un escadron de suiveurs, un bataillon de lèche-bottes, des recruteurs, avec pour but de grimper les échelons, prendre du galon. C’est de l’ordre de « l’embrigadement » !

« La pensée mise en commun est une pensée commune ». [2]

Alors que, Internet aurait pu conduire l’homme à s’émanciper, notamment des autres et de leurs pensées, c’est au contraire auquel nous assistons. C’est assez remarquable, tant, à la réflexion, cet outil, Internet, pourrait - pouvait - nous permettre de nous passer de presque tout, des autres en particulier, de tout ce qui nous encombre. De nous extraire. De la société. De ce merdier quotidien. Tant les possibilités offertes sont immenses. Couper avec le monde tout en l’observant - ce monde qui jamais ne changera puisque fait et refait par l’homme - l’observer quand on veut, et où on veut. Depuis un écran. Se créer, se recréer, s’inventer, s’avater, s’explorer, se démultiplier. C’était ça, le virtuel. Une marelle.
Mais le réel, l’homme, a tout effacé. La craie délimitant les espaces - Dogville. Le réel a bouffé le virtuel supposé. Et tout s’est normalisé, ordonné, hiérarchisé ... Internet, désormais, c’est UNE société. Celle que nous connaissons si bien, que parfois nous combattons, à la seule différence, que les murs, les cloisons, tout ce qui nous sépare ou nous préserve, tout cela est tombé. Et nous l’avons accepté. Au nom, paraît-il, de la liberté. A commencer par celle d’expression.
En réalité, ce que nous avons accepté, c’est de transposer sur Internet les mêmes règles, le même ordre, la même chienlit, les mêmes inégalités et la médiocrité qui l’accompagne, nous l’avons vérolé, et ce qu’il y a de plus extraordinaire ou de plus monstrueux, c’est que dans ce paquet, nous avons consenti à être cookielisés, tracés, fliqués, fichés, comme si ça ne suffisait pas de l’être déjà, dans nos vies terre-à-terre, et de s’en plaindre, pourtant.
Certes, il reste ici ou là, des pirates, des hackers, des fouteurs de merde magnifiques, paraît qu’on les achète à prix d’or, qu’on leur fait les yeux doux, pour qu’ils viennent à leur tour, sécuriser, traquer, fliquer, ficher. Et s’il en reste encore des récalcitrants, ou alors des libertaires, des hors-blogroll, des révolutionnaires, qu’utilisent la toile non pour se branler, mais pour des idées, argumentées, ils sont balayés, relégués, noyés. Tout comme DANS la société. Marginalisés.
Quant au pouvoir, qu’il soit politique, économique ou militaire, celui qu’a dans l’idée de contrôler, museler, ce merdier, ce brouhaha, ça n’est point parce qu’il y trouve un autre pouvoir susceptible de déranger ou d’abattre le sien, c’est juste pour achever la normalisation que nous avons entamée. En clair, il souhaite juste finir le boulot. Et ceusses qui croient encore que l’Internet est un contre-pouvoir n’ont en réalité rien compris. C’est juste un exutoire, du moins c’est ce qu’il est devenu. Rien d’autre qu’un exutoire. Avec ses idoles, ses adorateurs, ses suiveurs.

Tout chaos est précédé d’un infâme et insupportable brouhaha. Certains appellent donc cela, ce brouhaha : la liberté d’expression. Ceux qui se prononceront contre, ou la remettront en question, seront traités au mieux de réactionnaires, au pire de fascistes. Pourtant, Internet n’est pas la voix du peuple. Mais du peuple d’Internet. Une aristocratie. Qui ne pense jamais contre elle-même. C’est un tissu de commentaires. Et si l’on y distingue, parfois, rarement, fulgurances ou folies, beautés ou cadavres exquis, ce sont déjà des vestiges.
La liberté d’expression, cela fait bien longtemps que plus personne ne sait ce que ça veut dire. C’est un totem que l’on brandit désormais pour vomir, éructer, insulter, dénigrer, tout est bon pourvu que ce soit au nom de la « liberté d’expression ». Et plus encore, si elle est anonyme, pourquoi se gêner, n’est-ce pas, puisque l’on peut en faire n’importe quoi ! Mais c’est bien ainsi que commence tout chaos. Tu la files au tout-venant, et boum !

« Mais il y avait eu Internet. Aujourd’hui, il devait faire un effort constant, pour ne pas passer ses journées à tourner en rond sur la toile, hagard et accablé. Les commentaires. Cet anonymat crapuleux, litanie d’insultes obstinées, délivrées par des incompétents. Dès qu’il les avait découverts, il avait compris qu’il pénétrait dans le dixième cercle de l’enfer. Petits discours parallèles, sourds les uns aux autres, tous mis sur le même plan, lapidaires, hostiles jusqu’à l’écœurement. La médiocrité avait une voix. Les commentaires sur la toile. » [3]

Internet n’est pas une démocratie. C’est devenu une bombe. A retardement.

« Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A. Je suis la merde dans tes yeux, petite salope radioactive, mon cœur ne comprend que le vice. Transuraniens, humains poubelles, contaminant universel. » [4]


[1] « Night & Day » [Léo Ferré]
[2] « Préface » [Léo Ferré]
[3] « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]
[4] Valentine, personnage de « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]

21 septembre 2008

Les Gentils Opposants Au Fichier Edvige Me Font Doucement Rigoler

La Vie Des Autres

Le 2 juillet dernier, le Syndicat de la Magistrature, par un communiqué, nous informait d'un décret publié la veille au Journal Officiel, décret en date du 27 juin instituant un nouveau fichier, le fameux fichier EDVIGE.

Ce communiqué suscita bien peu de réaction, à peine fut-il relayé par la presse, un peu plus, tout de même, par cet Internet que Nadine Morano et tant d'autres imbéciles vouent aux gémonies.

Je me souviens, le 2 ou 3 juillet, j'avais dans l'idée d'en faire un billet, très simple, juste mettre la Bande-Annonce de "Minority Report" et puis j'ai renoncé.
Aucun intérêt, me suis-je dit.

Cela dit, à l'époque, le 2 juillet dernier, QUI est monté au créneau pour dénoncer ce fichage généralisé de tout citoyen "susceptible de troubler l'ordre public dès l'âge de 13 ans" ?

Les socialistes ?
Non.

François Bayrou ?
Non plus.

Les communistes, les Verts, les altermondialistes, Lutte Ouvrière ou la LCR ?
Penses-tu !

Non, ils n'ont pas moufté, ces malfrins !
Z'étaient sûrement trop occupés à préparer leurs vacances d'été, ces Jean-Foutre !
Et, de fait, le décret est passé comme une lettre à la poste.

Et c'est MAINTENANT, soit plus de deux mois après, qu'ils font leur boulot d'opposants et poussent des cris d'orfraies ?
Non mais, laissez-moi rire !
Et même, j'ajouterai :
Eh les mecs, Bayrou en tête, vous nous prendriez pas, un peu, beaucoup, pour des cons de catégorie une, par hasard ?

En plus, l'avantage du Fichier Edvige par rapport au Traité de la Constitution Européenne, c'est qu'il se lit très bien, très vite, que tu comprends tout, même si, pénalement c'est le flou le plus total.
Ainsi, il n'est aucunement question de faire mention des "orientations sexuelles" ou de la "santé" du citoyen.
Juste, ça se devine entre les lignes.
Tellement c'est vague dans les termes, tellement c'est VOLONTAIREMENT imprécis.
Bref, c'était du pain béni pour l'opposition et les associations geignardes.

Mais peu importe.
En fait, j'ai envie de dire :
Et alors ?

Connais-tu le fichier Cristina ?
Non ?
Ben tu devrais t'y pencher.
Edvige à côté c'est de la roupie de sansonnet.
Et QUI s'y est opposé ?
Personne.

Et pis, oh ! 
Tu crois que tu ne l'es pas DEJA fiché dans ce beau pays vidéo-surveillé ?

Tu as une Carte Bleue et tu payes avec ?
Eh bien alors, sache que l'on sait par où tu es passé, dans quel supermarché, quel hôtel, quelle boutique de charme, quel établissement orienté sexuellement.

Tu as une Carte Vitale ?
Alors on sait quel traitement tu prends, de quelle affection tu souffres, bref ta santé est déjà connue.

Tu as un téléphone portable ?
Alors on sait qui tu appelles, qui t'appelle, les numéros, les adresses même.

Tu as contracté un abonnement à un fournisseur d'accès Internet ?
Super !
Là, c'est totalement "open bar" !
Avec le Net, tout, on sait tout de toi, et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle ceusses qui prennent un pseudo pensant préserver leur anonymat me font hurler de rire.
Comme si un pseudo allait te protéger de Big Brother, crétin(e) !

Tout, tout est déjà consultable, ta vie n'offre aucun secret, t'es suivi à la micro-trace !

Et voilà que tu t'insurgerais d'un seul coup, comme ça, que tu ferais ta mijorée de compétition pour un fichier à la noix qui ... EXISTE DEJA ?

Tu sais quoi ?
Tu es retard.
Très en retard.

Ou alors tu es con.
Très con.

Tu regardes trop la télé, surtout.

Tu ferais mieux, opposant comme citoyen, de te mobiliser pour ton (notre) pouvoir d'achat.
Et fissa.
Ce fameux pouvoir d'achat dont on te distrait avec des fichiers Edvige, une boulette de Darcos datant de juillet (ressortie exprès par son camp) ou une fausse cacophonie (organisée, cela va sans dire) sur les écotaxes.

On Est Tous Des Consrsp !.jpg

 

 

30 juillet 2008

Quand La Chine S'Éveille, Internet S'Éteint

Page D'Accueil De Dailymotion En Chine

Or donc, et à la surprise béate et quasi générale des occidentaux - faussement aveugles et volontairement complaisants - le régime Chinois vient d'annoncer qu'il fournira un accès à Internet "suffisant" pour les journalistes couvrant les JO.

Tout est dans le "suffisant", en somme.
On reconnaît bien là, la suprême délicatesse chinoise ...

Mais que signifie-t-il, ce "suffisant" ?

Eh bien ça signifie, camarade journaliste, que si tu vas en Chine sans être accompagné par un Jérome Kerviel lambda ou un "hacker" 5 épis de catégorie une, tu peux te brosser Martine pour surfer en toute liberté sur la toile, qui pour le coup, méritera bien son nom de toile tant elle sera habitée par des Spidermen invisibles et Chinois transformés pour l'occase en Firewall méga-géant !

Mais c'est pas tout ..

.. Comme dit ma copine Sophie quand son Patrick de mari rentre du turbin :
"Mais c'est Patou !"
Elle s'exclame.


Oui, disais-je, c'est pas tout, camarade journaliste !

Je serais toi - mais je suis bien content de ne pas l'être vu le bon petit séjour de derrière les fagots qui t'attend dans le "Main Press Center", un bunker bâti spécialement pour toi par nos "amis" Chinois - je vérifierais de fond en comble la chambre d'hôtel qui t'est destinée, m'est avis qu'elle est déjà giga-truffée de micros.

De toutes les façons tu t'en rendras vite compte quand tu voudras passer un coup de fil avec ton portable made in Japan, ne serait-ce qu'à l'horrible friture qui t'écorchera les tympans et pourrira ta ligne, t'empêchant ainsi de communiquer sereinement avec ton pays démocratique.

Bien évidemment, le militaire pékinois déguisé en groom d'hôtel t'expliquera que cette friture est dûe au séisme qui toucha son pays il y a quelques semaines de cela, non sans omettre d'ajouter que notre tramontane-à-nous ayant naguère repoussé le nuage de Tchernobyl, ce dernier, furieux, comme touché dans son orgueil, avait alors, et inexplicablement, décidé de porter sa grosse méchante radioactivité sur la Chine, ce qui mit un bordel sans nom et pérenne au niveau des liaisons téléphoniques et, vous le comprendrez aisément cher Monsieur, déstabilisa durablement l'accès au Web ; sur ce, puis-je vous proposer une tasse de thé, c'est offert par la maison ?

Au fait, je n'ai pas entendu une quelconque déclaration outrée de François Bayrou quant à cette censure Chinoise !
Pourquoi Bayrou ?
Ben c'est quand même le Président du Modem, non ? - oh non, ne ris pas ...

Que veux-tu que j'te dise ?

Que ça me fait marrer et me dégoûte tout à la fois, les cris de vierges effarouchées du CIO - qui fait mine de tomber des nues, non mais je rêve ! Prends-nous pour des cons, le CIO ! - et de nos politiques occidentaux, qu'ils se nomment Bush, Merkel ou Sarkozy ?
Et j'te passe la pénible comédie qu'ils nous jouent à tour de rôle, genre :

"Je n'irai pas à la cérémonie d'ouverture ne serait-ce que pour marquer le coup ! - ce dont le régime Chinois se fout mais à un point, si tu savais, que tu viennes ou pas .."

Ou :

"Ne pas aller à la cérémonie d'ouverture c'est pénaliser un peu plus le peuple Chinois - gâcher la fête quoi .."

Tu crois que Junior quand avec ses faucons - oui le vrai con, c'est Bush, les autres, c'est juste des faucons, mais valent pas mieux que lui - il a décidé de faire la peau à Saddam, sous le fallacieux prétexte de la fictive présence d'armes de destruction massive, il s'est demandé si son opération militaire d'envergure allait pénaliser d'autant plus le citoyen Irakien ?
Tu crois qu'il les a mesurés les dommages collatéraux, le Junior ?
Tu crois qu'il les a (pré)évalués les innombrables morts civils ?

S'en foutait comme de l'an 40, oui ...

Ah comme c'est cocasse et pitoyable à la fois de les voir comme mollement gênés aux entournures nos politiques occidentaux, hérauts de la démocratie, tellement soucieux des droits de l'homme !

Comme c'est drôlement triste leurs atermoiements de crocodiles, tant nous savons que derrière tout ça, ce grand raout sportif, il n'y a qu'un enjeu et un seul :
Il est strictement économique, et c'est du lourd chéri(e), avec des contrats juteux en veux-tu, en voilà, et peu importe que l'opposant au régime populaire et dictatorial Chinois crève la gueule ouverte à quelques kilomètres d'un record mondial du 100 mètres !

De toutes les façons, il est trop tard pour s'insurger de quoi que ce soit.
C'était quand le CIO accorda les Jeux à la Chine qu'il fallait monter au créneau.
Sauf qu'à l'époque, ils n'étaient pas bézef, les outrés !

Alors nous la jouer contrits et mielleux aujourd'hui, pardonnez-moi, mais c'est même pas se moquer du monde, c'est nous prendre ouvertement pour des cons.

Oui, il est trop tard.
La Chine a déjà gagné.
Et j'te parle même pas de ses athlètes qui comme par hasard vont rafler un max de médailles, tant ils sont chargés comme des mulets, et bien entendu, tu penses bien, totalement indétectables aux contrôles antidopage.

Tout est prêt !
Ficelé !
Fliqué !
La fête peut commencer.

Eh ben sans moi.

Ca changera rien, je sais ... Me sentirais même coupable tant mon absence devant l'écran de télévision va, je présume, pénaliser d'autant plus le peuple Chinois, celui qui souffre et dont tout le monde se fout !
Non ça ne changera rien, que je sois devant mon écran ou pas, mais j'imagine, je rêve éveillé, me disant que, si tout le monde faisait de même, ne les regardait pas ces JO à la télé, audimat zéro, ben mine de rien, ça leur foutrait quand même un peu la honte, non ?
Pas aux dirigeants Chinois.
Non !
Non à ceusses de nos pays occidentaux et démocratiques, ceusses qui ne se posent qu'une seule question :

"J'y vais en Prada ou en Dolce & Gabbana à cette cérémonie d'ouverture ?"



Je Sens Qu'On Va Battre De Tristes Records


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22:17 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jo, chine, internet, censure, sarkozy, bush, merkel | | |

 
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