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11 février 2011

Nicolas Sarkozy ? Un « Ignorant », Un « Incompétent »

Avant de se plonger dans ce court (mais intense) extrait-vidéo, il faut le replacer impérativement dans son contexte.
Impérativement car – et c’est, souvent là, le travers épouvantable du Net, mais aussi de la télévision – si cet extrait-vidéo était « balancé » tel quel, sans que l’on ne prenne soin de relater, détailler, ce qui a conduit l’avocat Thierry Levy à employer, évoquant Nicolas Sarkozy, les termes d’ « ignorant » et d’ « incompétent », alors ce serait (dans le cas où l’on aurait une aversion caractérisée pour le Président de la République) juste se faire plaisir, ou alors, donner dans le buzz vulgaire (ce qui constitue, au demeurant, un pléonasme).
Qui plus est, ce serait affaiblir les propos tenus, voire les dénaturer.

Thierry-Levy.jpgOr donc, nous sommes jeudi soir (10 février 2011) sur France 3, dans l’émission Ce Soir Ou Jamais, présentée par Frédéric Taddeï.
Auparavant, pendant plus de deux heures (particulièrement éprouvantes), Nicolas Sarkozy aura, sur TF1, répondu (?!?) aux questions de neuf français.
Cette prestation du Chef de l’Etat sera évoquée et commentée par les invités de Taddeï.
Bref.
Après un sujet sur les « vacances de M. Alliot-Marie et de F. Fillon », voilà qu’est abordée la « colère des magistrats ». Pour en parler, Frédéric Taddeï invite le juge Marc Trévidic à rejoindre le plateau pour expliquer « la première grève des magistrats ».
Après un « petit rappel des faits » par le biais d’extraits « du 20 heures et du 13 heures de France 2 », où l’on revoit Nicolas Sarkozy demander que « ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute » (relâcher le « présumé coupable » – comprendre : Tony Meilhon) soient « sanctionnés » et François Fillon jugeant la réaction (donc : le mouvement de grève) des magistrats « excessive », Frédéric Taddeï se tourne vers le « juge antiterroriste » :
« (…) Marc Trévidic qu’est-ce que vous répondez au Premier ministre et à tous ceux, qui en ce moment-même, ont des dossiers qui attendent d’être jugés ? »

Marc Trévidic : bon premièrement, c’qui a choqué tout le monde, c’est la présentation des choses .. La personne en question, Tony Meilhon, n’a pas été libérée .. Par personne ! .. Elle avait fini sa peine, après onze ans de prison .. Elle avait purgé toutes ses peines .. Y’avait pas de libération conditionnelle, y’avait rien … Il se trouve que, par ailleurs, y’avait un sursis de mise à l’épreuve pour outrage à magistrat … Donc, la présentation qui en a été faite est caricaturale, et pas exacte .. Aucun juge n’a mis en liberté qui que ce soit .. C’est le premier point, et c’est le plus important, parce que tout le monde reprend ça, comme si c’était une vérité … Après, qu’est-ce que ça veut dire être suivi en sursis de mise à l’épreuve ? … Ça veut dire, pour les dossiers les plus urgents – aujourd’hui en France – une convocation tous les deux mois ; mais aussi, pour les moins urgents, une convocation tous les six mois … On vient voir un agent de probation, on donne un certificat médical – si on a un suivi médical – une attestation d’embauche (..) voilà ce que c’est .. Est-ce que vous croyez vraiment que ça peut empêcher une quelconque récidive, même quand le dossier est suivi ? .. Ce qui a révolté tout le monde, c’est une certaine hypocrisie dans les discours, dans la présentation des choses ; voilà … La vérité elle est .. Elle est comme elle est ! .. Il y a énormément de personnes en sursis de mise à l’épreuve, nous ne sommes pas des devins ! … On n’est pas là pour essayer de deviner que cette personne part en tuer une autre ! … C’est très compliqué pour arriver à évaluer totalement une personne, et être certain qu’elle va pas commettre un crime … On parle de récidive .. Il avait jamais tué personne, avant ! Faut quand même pas l’oublier ! … Ben ça, ça demande des moyens extraordinairement développés. Et on est dans une justice qui, effectivement, d’une manière générale, fonctionne mal, parce qu’elle a très peu de moyens par rapport à d’autres pays qui ont, à peu près, le même niveau …

Taddeï : C’était pas la première fois que les juges étaient critiqués par Nicolas Sarkozy, mais aussi par d’autres présidents de la République (…) Or, c’est la première fois qu’il y a un tel mouvement .. Comment l’expliquez-vous ? est-ce que le cas, là, est plus grave (..) ?

Trevidic : Le cas n’est pas plus grave ; c’est le fait que, pendant des années, on vous dit toujours la même chose ! Que tous les deux, trois ans, systématiquement, quand y’a un drame, on accuse le juge d’être responsable du drame … Vous croyez que ça fait plaisir, aux gens qui travaillent au quotidien, qui sont confrontés à la misère, aux victimes, aux auteurs d’infractions, qu’on dise : vous êtes responsables de cet assassinat, de ce crime parfaitement odieux ? (…) Les juges, c’est pas eux qui tuent quand même ! (...) Alors, c’est pas plus grave que d’habitude, mais ça fait trop .. Et au bout d’un moment, c’est spontané (…) Parce que, tout le monde en a ras-le-bol, sinon y’aurait pas 95% des magistrats qui se sont mis à arrêter de bosser (...) Alors évidemment ça surprend ... c’est pas une profession qu’a l’habitude de faire grève, elle a même pas le droit de faire grève, d’ailleurs ! Mais derrière, y’a plein de gens ! Y’a des avocats, y’a des policiers, tous ceux qui savent qu’au quotidien c’est pas facile de rendre la justice

Taddeï : Thierry Levy vous (…) …

Thierry Levy : (…)  Ce que vient de dire Marc Trévidic est absolument exact … enfin .. Indiscutable ! … Y’a quelque chose de pire en ce qui concerne Nicolas Sarkozy … C’est que : il fait de la question sécuritaire son fond de commerce ; et, il le fait, à partir d’affirmations erronées, et surtout, d’une totale incompétence ! … Il faut se rappeler, qu’il y a six ans maintenant, au moment de l’affaire de la malheureuse Nelly Cremel, il avait tenu exactement les mêmes propos ! Il avait accusé les juges d’êtres responsables de la mort de cette femme qui avait été agressée, alors qu’elle faisait son jogging, par un homme qui sortait de prison et qui avait commis un crime beaucoup plus grave – d’ailleurs – que celui de Tony Meilhon … Et il avait dit exactement la même chose : y’a des fautes, elles seront sanctionnéesOr, à l’époque, comme aujourd’hui, il n’y avait aucune faute ! Et quelles que soient les lois qu’on empile depuis – et on en a empilées cinq ou six – ces gens, qui sont au gouvernement, n’ont pas réussi à régler la question de la récidive (…) .. Aujourd’hui, fait similaire – avec, comme l’a rappelé Marc Trévidic – un garçon qui n’a jamais été condamné pour meurtre, ni pour assassinat, et même pas pour des faits sexuels ordinaires, puisqu’il a été condamné pour un crime commis en prison ! Et là, alors, c’est à mon avis la chose la plus grave … [Début de l’extrait vidéo : On a à faire, à un monsieur, le Président de la République …]



Mais ce n’est pas fini.
La suite vaut son pesant de monstruosité, et cette monstruosité nous viendra du journaliste et éditorialiste du Figaro : Yvan Rioufol.

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08 avril 2009

Dieudonné, Homme Blacklisté

Je sais. Mais t’en fais pas, j’ai pris mes dispositions. D’abord j’ai appelé ma mère pour lui dire, enfin, combien je l’aimais, mais tout en précisant, tellement je suis un sale con, que c’était surtout parce qu’elle était avant tout ma mère.
J’ai “texté” quelques potes, les avertissant que j’allais tout me suicider mais en y foutant des tas de “lol” et de “mouhaha”, histoire de pas les affoler, qu’ils “croyent” à une blague, à un putain de canular.
Je t’ai dit que quoi qu’il arrive, je prendrais le train comme prévu, mais que si ça s’trouve nous devrions quitter le pays, et plus vite que ça. Le Cameroun, ça t’irait, chérie ?
Ensuite, je suis sorti prendre l’air, une bière, j’ai regardé les gens, longtemps, j’étais triste, un sentiment approchant, la mélancolie peut-être, au sens Ferré du terme. Ferré ! ... C’est bien lui, n’est-ce pas, qui disait : “Il n’y a plus rien ! Plus, plus rien !”.
Il avait raison.
Alors, qu’est-ce que ça peut foutre ?
Autant y aller.


J'Irai Là Où Vous Ne Pouvez Plus Aller ...

C’est pas facile de parler de Dieudonné. Déjà, rien que d’écrire son nom, tu t’dis que tu vas choper tout un tas d’emmerdes. Et des gratinées. Peut-être même une sale de vache de maladie.
C’est vrai, aussi, que des conneries, il en a proférées, Dieudonné. Et pas des plus jolies. Alors on n’sait plus. Où elle se situe ; la provocation. La vérité. On s’dit merde, si j’cause de ce mec, j’prends un risque, celui d’être associé à ses conneries. Et uniquement à elles.
Alors quoi ?
Ne pas en parler ?
Se taire, sortir, à nouveau prendre une bière ?

Non.

Non, car je ne crois pas, je n’ai jamais cru qu’en mettant un homme sous l’éteignoir, en l’interdisant petit à petit de s’exprimer, jusque dans les salles de spectacles, demain sur le trottoir, on réglait le problème, si tant est qu’il y en ait un, de problème, ou, du moins, si tant est qu’il fut clairement identifié – mais l’est-il ?
Cela n’a rien à voir avec la liberté d’expression. Et puis d’abord, quelle liberté d’expression ?
Celle du plus grand nombre ?
Celle policée, mesurée, formatée ?
Celle de bois ?
Qu’est-ce, au juste, que la liberté d’expression, aujourd’hui ?
Moi je réponds que je ne sais pas. Je ne sais plus. Tellement, on lui prête et toutes les vertus, et à la fois, tous les vices. Tellement chacun pense savoir ce qu’est la liberté d’expression, il en brandit même sa personnelle et intime définition, définition qui a moins à voir avec le rigorisme qu’avec la Morale, la sienne propre ; enfin, qu’il pense, propre.
Or, comme le chantait Ferré : “N’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la Morale, c’est que c’est toujours la Morale des autres !” [Préface]

Qu’est-ce, au juste, que la liberté d’expression, aujourd’hui ?

A sa manière, Frédéric Taddeï donne non pas la réponse, mais un élément de réponse. En invitant Dieudonné sur son plateau. Mais aussi, un autre soir, Nabe puis Soral. Et ce qu’il y a d’intéressant chez Taddeï, nonobstant qu’il fait là, juste son métier et qui plus est, sans quelconque esprit partisan (ce qui fait sa force) c’est qu’il ne convie pas ces êtres controversés, et pour la plupart bannis du monde médiatique, pour les confondre (comme Ardisson avec Dieudonné, le 12 décembre 2004) mais pour leur laisser la parole.
C’est en laissant s’exprimer l’autre, il me semble, que l’on peut se faire une opinion. Pas en le taisant.
C’est en laissant l’autre s’exprimer qu’on pourra alors, le cas échéant, le combattre. Le mettre face à ses contradictions. Ou pire, s’il y a lieu. Mais calmement. Sereinement. Sans se draper dans des frusques trop grandes pour soi, celles de la Justice. Ou du justicier. Voire du procureur.

C’est pas facile, non, de parler de Dieudonné. T’as bien savonné la planche, mon salaud ! Et y’a comme un doute. Alors quoi ? Le laisser planer, ce doute ? S’il est si difficile de le dissiper, tenter. Au moins, tenter de comprendre.
La provocation ?
D’accord.
Mais jusqu’où ?
Et qui peut comprendre ?
Oui, comment l’accepter, la comprendre, la saisir cette provocation, puisque tu ne lui donnes pas de limites ?
Le Pen, parrain d’un de tes enfants ?
Pure provocation, tu réponds.
Faurisson montant sur la scène de ton spectacle ?
Itou. Provocation. Niveau supérieur.
Insupportable, ils disent les autres.
Tous les autres.

Si l’on entend Dieudonné, si l’on accepte de l’entendre, il se situe dans ce registre-là : celui de la provocation. Et il précise que chez lui, elle n’a pas de limites.
C’est là que se situe, ce que j’appelle le nœud.
Et il est emmerdant.
Car, à mon sens, si tu fais ce choix, celui de la provocation, effectivement, tu ne peux lui attribuer de limites, sinon, il n’y a pas, de fait, provocation.
Mais, l'emmerdant n'est pas là.
L’emmerdant, c’est la nature de la provocation. Son contenu.
Et dans le cas de Dieudonné, elle, la nature, et lui, le contenu, soulèvent bien des questions, la première, il me semble, étant la suivante :
Qui est réellement Dieudonné ?
Au-delà de ce qu’il pense, qui est-il ?

Qui est-il car ce qu’il veut, il le dit : la révolution. Il souhaite un soulèvement général. Il estime que nous sommes, aujourd’hui, dans cette société, ce monde même, non pas des salariés, mais des esclaves.
Débrouille-toi avec ça, camarade.

La révolution, au minimum un soulèvement, mais – et c’est là l’autre nœud et nid d’emmerdes - sous une bannière : celle de l’anti-communautarisme et de l’anti-sionisme.
Quand il évoque l’anti-communautarisme, il n’en exclue aucun. Le CRAN, par exemple. Pour lui, c’est une aberration. Ça ne devrait pas exister. Tout comme le CRIF. Ainsi que toutes les autres "associations" qu’il identifie comme telles.
Il dit que le communautarisme met en danger la République.

Je me demande si je ne devrais pas rappeler ma mère, pour lui dire, que non, je l’aime, et pas parce qu’elle est ma mère.
Peut-être devrais-je “texter” à nouveau mes potes, et leur dire que les “lol” et les “mouhaha”, je regrette. C’était pas vrai.
Te dire de faire tes valises. On s’casse à Bamako. Où le dimanche, on s’marie.
Je devrais le faire tellement je n'ai plus confiance en mon prochain. Que de toutes les façons, on ne verra dans ce billet qu’un défenseur de Dieudonné, et pourquoi pas, mais tiens donc, son premier supporteur. Tellement ce qu’on appelle désormais – y compris le politique - “les gens” n’entendent que ce qu’ils veulent entendre. Soit eux-mêmes. Jamais les autres. Et pourquoi ?
La peur, tu connais ?
C’est à cela que nous marchons et que l’on nous fait marcher :
A la peur.

Dieudonné ne me fait pas peur. Ce qui m’effraie, ce que je ne supporte pas, c’est qu’on le taise. C’est qu’il y ait, exception faite de Taddeï, unanimité chez les médias, pour le taire. Chez le politique, pour l’interdire, sous le prétexte que j’estime fallacieux, d’éventuels troubles à l’ordre public.
Alors moi, grain de poussière, moins que rien, bientôt en marge de ce monde médiatique (car uniforme et bienpensant) je ne tais pas Dieudonné.

Quant à l’accusation maintes fois réitérée, celle d’antisémitisme, autre nœud d’emmerdes, je suis comme beaucoup, je sais pas, je sais plus, alors j’écoute, et retiens ceci :

”C’est en combattant le sionisme qu’on lutte contre l’antisémitisme.” [Dieudonné21 mars 2009]

Mais tant qu’il ne sera pas répondu à la question : Qui est Dieudonné ? .. Il subsistera toujours un doute.

La seule façon de le dissiper, c’est de ne pas le taire.

J’irai là où vous ne pouvez plus aller !” a-t-il dit.

Laissons-le y aller.

 
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