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24 septembre 2010

Frédéric Lefebvre Te Dit En Substance Qu’On Ne Saurait Accepter La Pauvreté Et T’Invite A L’Expulser Manu Militari




On dirait comme un poisson dans son aquarium tant il est plein cadre, de la poiscaille cravatée à grosses lunettes qui ferait ses ablutions, ses glouglous.
On ne sait trop d’où qu’il nous cause, cet orectolobiforme à front suant, on mate, on scrute, on se torticolise, le décor, on le détaille, ça nous y fait penser, tout bien pesé, à des toilettes d’établissements, de ceusses qu’organisent des colloques, tables rondes à l’eau d’Evian si ce n’est de Vichy, des chiots pour hommes d’affaires, consultants et tout le bataclan. Bref, en un mot comme en cent, d’emblée ça y donne pas envie, ce fond vert caca, cet éclairage falot, on éprouve comme de la répugnance, du dégoût, d’autant plus que la prose du vertébré, c’est pas du vers aquatique mais de la paramécie verbeuse, de la diarrhée d’aselles, ça schlingue du gammares et copieux.

Pis, tiens, voilà qu’on l’identifie le merlan, mais bon sang, c’est le père Frédo ! La ventouse de son altesse, monseigneur Lefebvre en personne ! … Mais qui donc brouhahate dans son dos ? … Ces empaffés de la commission européenne ? … D’où le ton mezzo, de peur qu’on l’entende déblatérer, je présume ..

… Faut dire que c’est pas joli-joli c’qu’il nous raconte là, notre raie manta. Ça nous invite à pétitionner, à « soutenir » ce qu’il nomme « le démantèlement de tous les camps illicites » … Ah oui, j’suis bien d’accord, ça mégote pas sur les termes, et pas des moins violents, rendez-vous compte : démantèlement ! C’est du choisi, ça, et pas au hasard. Tu comprends, faut que ça marque, que ça enclume les esprits … Mais qui, jusqu’ici, s’est penché sur la signification première de ce mot pour le moins guerrier ? … Ah je sais, oui, je sais, en cette époque d’immédiateté, de buzz et d’émotivité gluante, on s’en fout comme de l’an 40 du sens des mots, c’est un tort, car s’en cogner, c’est sombrer, perdre son identité.
Or donc, démantèlement, mot signifiant à l’origine : « ôter le manteau ».
En quelque sorte, déshabiller l’autrui, vider la truite.
Voilà à quoi il nous convie, Lefebvre : à déloquer le pauvre, le miséreux, le sans-rien, car c’est bien d’eux, n’est-ce pas, dont il cause, le porte-parole ? qui d’autre, dites-moi, vit dans « de véritables bidonvilles » sinon le pauvre ?
Oui, j’avoue, c’est assez cocasse quand on sait que, dans le même temps, à des milliers de kilomètres de là, son maître, Napoléon-le-Petiot, ce grand moralisateur du capitalisme, devant un parterre chic et somnolent, exhortait chefs d’états opulents à ne pas « s’abriter derrière la crise économique pour faire moins » proposant de taxer les transactions financières pour … lutter contre la pauvreté dans le monde.
Ah oui, comme c’est d’une cocassitude à toute épreuve ! D’un côté, généreux, mais loin d’ici, on s’engage à éradiquer la pauvreté, de l’autre, chez nous, la Gaule, on éradique le pauvre, on le démantèle jusqu’au trognon, et c’est Lefebvre, lui-même, qui de son aquarium, ose fustiger le « double-langage » de ceusses qui « donnent des leçons (…) à l’intérieur du pays ou à l’extérieur » !
J’avoue, c’est croustillant de cynisme véritable.

Mais vous savez, c’est pas fait nouveau. Ah non ! Le pauvre, qu’il soit Rom ou pas, c’est pas d’aujourd’hui qu’on le chasse « des centres-villes ». Là encore, « double-langage » ! … L’hiver on pleure sur son sort, on alerte la populace, c’est que dis, ça fait désordre un gueux qui meurt de froid dans nos cités, mais l’été, en loucedé, on pond de l’arrêté pour l’expulser des mêmes cités, faudrait pas que ça fasse tort aux braves commerçants dès fois que ça rebuterait l’estivant cette misère croupissant au pied de leurs échoppes ! … Y’en a même, de gauche, qui y foutent du répulsif pour mieux les chasser ! … Et l’autre, celui de Burdigala, oui, le Juppé, qu’appelle à plus de mesure, l’a oublié qu’au début de ce millénaire l’a signé de sa belle main, sous la pression de la gente commerçante et des riverains (aka : « les braves gens ») un arrêté anti-bivouac. C’est-y pas beau, ça, un arrêté anti-bivouac ! On salue, et comment, la fertile imagination de celui qui logea, naguère, son fils au frais du contribuable parisien ! … Mais faut comprendre, il pouvait pas intituler son arrêté, anti-SDF, ça est pas très Républicain et compatible avec la « France (est) généreuse, la France (qui) a du cœur » dont parle le porte-parole du Mouvement Populaire.

Or donc, le poisson, il te demande de « soutenir le démantèlement de tous les camps » de pauvres. Car la pauvreté, comprends-le « on ne peut (l’)accepter ».
D’autant plus dans un pays riche ..

En fin de compte, la moralisation du capitalisme, comprends-le, consiste avant tout à expulser « de notre territoire » les pauvres, « sans aucune distinction d’origine et de culture » tant le pauvre « viole » de par sa condition pouilleuse « les lois » du capitalisme.
La « France (est) généreuse, la France (qui) a du cœur » donc.


NB : Quant au sens actuel du terme démantèlement, il renvoie à la « démolition de murailles, de fortifications d’une ville » soit d’une « place forte » ou d’une « place de guerre ».
Où l’on apprend, ébaubis, que les Roms ou autres pauvres campant dans des « bidonvilles » constituent une « place de guerre ».
D’ici à c’qu’on les traite de terroristes, y’a pas loin ..

Agoravox Sélection.jpg

01 septembre 2010

Août Sécuritaire En 140 Caractères

Twitter Août 2010.jpg« J’avoue/J’en ai/Bavé/Pas vous/Mon amour »

Va savoir pourquoi, j’ai c’te strophe du Gainsbourg dans le cassis. Putain de mois d’août ! C’qu’on en a bavé ! Sans amour … Ah c’que ça a cogné, désigné, expulsé, tant et tant que, me semble-t-il « De l’été c’est la fin/Les fleurs ont perdu leurs parfums » et la France son a-Rom ..

J’avoue, j’ai pas eu le cœur à … Souvent, je fis banquette, regardant pendant des heures entières, hébété, le vent caresser ou fouetter les feuillages, ceusses qui peuplent cette fenêtre, au premier, ma tanière. J’aurais bien fait la grève, de quoi, je ne sais pas, de tout ; m’extraire tant le dégoût me submergeait … Sale temps ! Et peu nous chaut, visiblement, qu’à des années d’ici, ils se traînent et meurent, au Pakistan. T’es pas bien né, faut croire, le pakistanais, t’aurais dû te faire haïtien en loucedé ou touriste friqué, indonésien, là, tu l’aurais eu ton pognon, ta médecine, de quoi survivre jusqu’au prochain carnage maritime.

Eté moisi jusqu’au trognon, chasse aux Roms, à l’étranger, déchu de sa nationalité, taïaut, taïaut, ça y fait la Une des journaux, sans plus que ça révulser le populo ; quant aux jeunots, balle-peau ! Jeunesse de merde, va ! Qu’est-ce que tu fous, où t’es ? Ah bordel à chien, je connus d’autres temps où ladite jeunesse t’aurait investi la rue en moins de deux et pour moins que ça ! Mais je l’ai dit et le redis : nous ne sommes plus rien, pas même des français … Que faire avec ce merdier ? En rire devient presque déplorable. Et pourtant … Le rire, vois-tu, cette cicatrice, rend la vie plus supportable. Ça vous y met une grimace, triste, sur votre discours haineux, sécuritaire, celui avec lequel vous faites front (national) et promettez, demain, de nouveaux boucs-émissaires.

Or donc, les voici, les grimaces, celles d’août. Les bavantes. Que des tâches sur notre drapeau. Et quelques babioles ..

Rentre Chez Toi 18 08 2010.jpg
Les Déchus 02 08 2010.jpg
Boulets 24 08 2010.jpg

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