23 mars 2009
Le Retour Des Meilleurs D’Entre Eux
Or donc, on me gausse, on me moque, des pierres on me lance, mais peu me chaut, je maintiens le cap et d’avis ne varie pas, ce que j’écrivais le 27 mai 2008, je le maintiens, mieux, à nouveau je le couche sur ce blog :
Alain Juppé et Laurent Fabius pourraient bien être les deux acteurs principaux de l’élection présidentielle de 2012.
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Sauf que, le 27 mai 2008, la Crise n’avait pas encore montré le bout de son sale nez (quand bien même lors de l'été 2007, elle avait prévenu de son arrivée par ce que j’appelle sa bande-annonce : la crise des Subprimes).
Je veux dire que cette Crise, qui est loin d’avoir dit, hurlé ses derniers maux, renforce cette (folle) hypothèse dans la mesure où les dégâts seront tels qu’elle va, c'est certain, redistribuer les cartes et les rôles politiques.
Alors j’entends, ici ou là que Besancenot pourrait, bien involontairement, en tirer “profit” – c’est d’ailleurs ce qu’escompte l’actuel locataire de l’Élysée dans sa stratégie mitterrandienne de Droite, celle visant à réduire le Parti Socialiste, tout comme le gisant de Jarnac atrophia le RPR avec l’épouvantail Le Pen – ou que le béarnais Bayrou pourrait apparaître comme le recours le plus crédible, la “chienlit” économique lui donnant à rebours raison dans l’argumentaire prévisionnel qu’il développa lors de sa campagne présidentielle de 2007, oui, Bayrou enfin, tant il fait figure d’homme raisonnable, sensé, la parfaite incarnation du bon père de famille, et, par extension, celui de la Nation, ce fantasme bien français.
Mais il en est un autre, bien plus tenace, bien plus ancré, qui, en période de durables tourmentes et de perte(s) totale(s) des repères sociaux-économiques, conduit l’électeur à se tourner vers des valeurs sûres, des hommes à poigne, droits dans leurs bottes, forts en tribune, des hommes comme Alain Juppé et Laurent Fabius.
Oh bien sûr, il est long et imprévisible, le chemin qui mène à 2012, et rien ne dit, aujourd’hui, qu’ils parviendront, ces deux ex "Premier ministre", à déjouer les pronostics, à éviter les pièges, à s’imposer comme une évidence au sein de leurs Partis respectifs – surtout Fabius.
Il est, cependant, un fait non acquis, mais fort probable : en 2012, les principaux objectifs fixés par Nicolas Sarkozy ne seront pas atteints.
Soit :
- Le plein emploi.
- Le retour du pouvoir d’achat.
- Une France de propriétaires.
Il pourra, c’est vrai, désigner la Crise comme première responsable de son “échec”, arguant, si et seulement si la reprise économique se fait sentir, que les mesures qu’il a prises pour la combattre, l’endiguer, nous protéger, étaient les bonnes.
Ce que je crois, c’est que ce seront les sondages d’opinion qui seront déterminants. S’ils sont catastrophiques, pourquoi prendrait-il le risque de quitter la scène politique sur une humiliation ?
Juppé, Fabius, omniprésents, comme par hasard (qui n’existe pas) ces derniers temps dans nos médias, cela paraît incroyable, et pourtant, ce ne serait, à mon sens, qu’un juste retour des choses. Une évidence qui surviendrait avec, simplement, quelques années de retard.
Car enfin, n’était-ce pas ces deux-là qui devaient en découdre un jour, une fois leurs “pères” disparus (Mitterrand) ou rangés des voitures (Chirac) ?
Ce sont les circonstances, les aléas de la vie politique qui auront contrarié leur destin. Certains parleront de justice. Elle est, en effet, leur point fatal et commun.
En 1995, ce n’est ni Delors, encore moins Jospin, qui auraient dû représenter le PS à la présidentielle.
Mais Fabius.
Seulement voilà, quatre ans auparavant, en avril 1991, éclate le scandale, celui du “sang contaminé”. Fabius est en première ligne. Dès lors (sans jeu de mots ..) il lui est impossible de se lancer, comme prévu, dans la course élyséenne. Il doit attendre que la justice rende son verdict. L’innocente.
Ce sera chose faite le 9 mars 1999. Ce jour-là, la Cour de Justice de la République le relaxe.
Mais ça ne suffit pas.
Pour le peuple, du moins une partie non négligeable, il reste indissociable de cette “affaire”. Il reste "coupable". C’est injuste, mais c’est ainsi. Le peuple pensant, à tort, et au mépris de toute justice, qu’il n’y a pas de fumée sans feu.
Or, et combien de fois faudra-t-il le rappeler, Laurent Fabius, dans cette “affaire”, a été re-la-xé !
C’est une décision souveraine, une décision importante, elle devrait être respectée par le peuple. Le peuple, celui que De Gaulle traitait de veau, serait pourtant le premier à exprimer son soulagement et sa gratitude si une Cour venait à rendre la dignité de son fils ou de sa fille. Pour son fils ou sa fille, oui, mais pour l’autre, non ! D’autant plus, si c’est un puissant à ses yeux. Pour le peuple, la justice est suspecte quand elle disculpe un puissant. C’est non pas du poujadisme, c’est de la crasse bêtise.
Quoi qu’il en soit, Fabius a vu le train des présidentielles (1995, 2002, 2007) lui passer sous le nez. Mais jamais, il ne renoncera.
Il sera là, en 2012.
En 2007, ce n’est pas Sarkozy qui doit représenter la Droite aux présidentielles.
Mais Juppé.
Car c’est bien le maire de Bordeaux qui fonde en 2002, cette machine de guerre électorale, l’UMP. Il en devient le Président. Sauf que, et il le sait, la justice l’attend. Depuis 1998. Les emplois fictifs.
La sanction tombe, en janvier 2004.
Un an d’inéligibilité, 14 mois de prison avec sursis, après appel. C’est fini. C’est râpé. Il ne peut plus être l’homme de 2007. Il rend tous ses mandats, s’exile au Québec. Et QUI prend, à la hussarde, les rênes de l’UMP ?
Nicolas Sarkozy !
Et justement !
Oui, justement, comme elle est intéressante, comme elle fait écho, la trajectoire de Nicolas Sarkozy. C’est même un cas d’école. Mieux, elle renforce l’hypothèse d’un (éventuel) retour de Juppé, comme de Fabius. Quand bien même les chemins ne seraient pas les mêmes, je veux dire que – pour le moment – ce n’est pas la justice qui freina l’actuel chef de l’Etat dans ses ambitions, mais des défaites électorales majeures.
En 1993, il devient Ministre du Budget et porte-parole du gouvernement Balladur. Le voilà sur orbite. En 1995, il choisit son camp : ce ne sera pas Chirac. Il préfère son “ami de trente ans", Edouard, qui en fait son porte-parole de campagne. Son nom circule quand on évoque celui du futur Premier ministre.
On connaît la suite.
Balladur ne passe pas le premier tour. Sarkozy endosse, à son corps défendant, l’image du traître. Il est presque mort politiquement. A lui, la traversée du désert.
Et comment en sortira-t-il, de ce désert ?
Par un un miracle : la dissolution de l’Assemblée Nationale, en 1997 ! C’est elle, dans sa débâcle, qui va lui permettre de revenir. A croire que ce type a le cul bordé de nouilles ! Lui, le pestiféré, devient Secrétaire National du RPR, puis, Président par intérim de ce même Parti. Quel incroyable retour, non ?
Mais il sera de courte durée.
En juin 1999, la liste qu’il conduit avec Alain Madelin aux Européennes se classe troisième, très loin derrière celle de Francois Hollande et à un poil de pourcent de celle emmenée par le tandem Pasqua/De Villiers. Ce n’est pas une défaite, c’est une déroute. A ce point, que le 14 juin 1999 – que je propose comme date de joie nationale et jour férié – Nicolas Sarkozy démissionne de son mandat de Président du RPR, de toutes responsabilités au sein du Parti “présumé” Gaulliste et .. se retire de la vie politique ! Pendant près de trois ans, il exercera son métier d’avocat.
C’est le 21 avril 2002, ce que l’on nomma un séisme politique, Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002, qui va favoriser l’impensable : son retour en politique. Et il sera tonitruant.
Il devient le "Monsieur sécurité" du gouvernement Raffarin. Puis celui de son pire ennemi : Dominique De Villepin.
On connaît la suite : Chute de Juppé, prise de l’UMP, l’affaire est pliée.
Oui, elle est particulièrement intéressante la destinée de Nicolas Sarkozy. Un homme politiquement mort deux fois, et qui, en définitive, bénéficiant de circonstances abracadabrantesques en tire le maximum possible : l’Élysée.
Sa trajectoire démontre qu’en politique rien n’est jamais perdu, rien n’est jamais fini, démontre que oui, tout est possible, y compris l’improbable.
Et Laurent Fabius comme Alain Juppé ne l’ignorent pas.
Pourquoi voudrais-tu que ces deux hommes renoncent à leur destin ?
Rien, ni personne, ne les fera renoncer tant qu’il ne sera pas avéré qu’ils n’ont pas une chance de le réaliser.
Et cette chance, fut-elle ironie, c’est la Crise.
Ils sauront, tant ils sont brillants, intelligents, naturellement doués, non pas en profiter, mais patiemment, s’imposer comme deux évidences. Deux repères. Deux recours.
Car ils sont à ce jour, de leurs Partis respectifs, de (très) loin, les meilleurs.
Ils le savent.
Et sauront le faire savoir.
20:11 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent fabius, alain juppé, crise financière, perspectives 2012, emplois fictifs, sang contaminé, destin politique |
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