04 septembre 2011
Pauvres De Nous !
Passionnant, non, la chamaillerie entre Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy à propos de cette taxe sur les parcs à thème ? Et bienvenue, surtout. Tant ladite taxe était un sujet majeur. Sur lequel, il convenait de débattre « sans tabou, ni a priori ».
Comment ne pas remercier chaleureusement Jean-Pierre Raffarin d’être monté au créneau, d’avoir bravé avec verve, pugnacité, courage, et son propre camp, et l’autorité présidentielle ?
D’autant qu’il aurait triomphé, et avec quel talent !
L’Histoire se souviendra-t-elle de ce moment-là, de ce jour où un seigneur déchu du Poitou fit plier le suzerain impopulaire de l’Elysée qui, sous prétexte d’austérité, s’apprêtait à taxer les maigres loisirs des vilains que nous sommes ?
Ou, retiendra-t-elle la ficelle, celle qui dans nos souvenirs immémoriaux, se doit d’être la plus grosse possible afin que plus facilement ça passe ?
Parions sur le bon sens, celui de nous autres, celui qu’on vante en haut lieu, pour de suite affirmer, que c’est la ficelle qui l’emportera.
Car de toutes les gabelles, celle sur les parcs à thème n’était assurément pas la plus douloureuse. La dénoncer, commedia dell’arte, c’était pour, en vérité, mieux cacher la forêt, or donc l’essentiel.
Il faut reprendre la liste des taxes pour bien mesurer la gabegie, l’entourloupe, dont nous venons d’être les premières victimes.
Ainsi, celle sur les sodas.
L’éminent « collaborateur » du suzerain nous expliqua, paternaliste, que c’est pour des raisons de santé publique, qu’il décidait d’instaurer une telle taxe. Il est vrai que ces boissons, hautement chargées en sucre, affectent, avec le temps, notre petit métabolisme. En consommer immodérément provoquerait, dit-on, des dysfonctionnements ô combien désagréables (diabète, obésité, problèmes cardio-vasculaires, etc.). Or, qui prend en charge les dysfonctionnés, sinon notre régime d’assurance maladie, ce système solidaire devenu, lui aussi, déficitaire ?
Or donc, voyez, tout se tient.
En apparences.
On taxe ce qui fait du mal à notre corps, autrement dit : on ne nous taxe pas, on nous protège ! Et, en même temps, on épargne notre sacro-sainte Sécurité Sociale d’un éventuel trou supplémentaire !
Comment ne pas applaudir à tant de sollicitudes, de prévoyance ?
Comment ne pas saluer cette gestion de bon père de famille ?
Ce serait oublier la gabelle touchant les complémentaires de santé.
Une taxe autrement plus rémunératrice que celle sur les sodas et les boissons sucrées (gains : 120 millions d’euros en 2012), ou celles sur les alcools forts (340 millions) le tabac (600 millions) et les fameux parcs à thème (90 millions) puisqu’elle devrait rapporter à l’Etat la coquette somme de 1,1 milliard d’euros en 2012, soit près de la moitié du total estimé des taxes devant peser sur la consommation des ménages (dans le cadre de ce plan d'austérité).
Ainsi, on nous annonce que c’est pour notre santé que l’on gabellise ici et là, mais dans le même temps, on taxe, et copieusement, les mutuelles.
Belle incohérence ! Fantastique fumisterie !
Croyez-vous que les classes moyennes, les plus modestes d'entre nous, aient les moyens de supporter ce coût supplémentaire ? Nonobstant, quand on sait pertinemment que bon nombre d’entre eux n’a déjà pas les moyens financiers d’en contracter une ? Or, si vous n’avez pas de mutuelle, vous renoncez à quelques soins primordiaux, comme les dents, par exemple. Ou la vue. Et je ne vous parle pas des divers frais d’hôpitaux.
Comment peut-on, dès lors, avancer un argument de santé publique pour justifier de taxes, quand parallèlement, vous éloignez une partie de la population, celle-là même que vous prétendez vouloir protéger, de l’accès aux soins ?
Etonnant, n’est-ce pas, qu’aucun Raffarin n’ait pensé à monter au créneau, à braver l’autorité présidentielle, sur ce sujet, cette incohérence. Que ça n’ait pas provoqué un débat, voire une chamaillerie. Que ça n’ait pas fait les gros titres, non plus.
Pourtant, quelqu’un s’est indigné.
A demandé (le 29 août dernier) « solennellement » au président de la République d'abandonner cette idée d’alourdir la taxation des complémentaires de santé, en développant l’argument suivant : « Cet alourdissement (…) contraindra les familles modestes à renoncer, pour des raisons financières, à une couverture complémentaire-santé ou, comme nous le constatons déjà, à choisir des garanties beaucoup moins protectrices » [*].
Cet homme, c’est Etienne Caniard, le président de la Mutualité française.
Il aura eu moins de succès que Jean-Pierre Raffarin.
Et surtout, on aura donné que peu d’écho à son appel « solennel ».
Or donc, nous voyons mieux, désormais, comment se danse cette histoire.
On met en avant une taxounette, celle touchant les parcs à thème. On en fait un sujet de dispute ; en réalité, une mise en scène. De fait, on occupe l’espace médiatiquement. Ah mon dieu, on se déchire dans le parti majoritaire ! C’est bon ça, coco, pour le buzz.
Et puis, finalement, tout s’arrange. Bon comme le pain, le président finit par céder à celui qui fut son Premier ministre. Et l’on a l’impression que le gouvernement a lâché du lest, mieux : qu’il nous a fait une faveur. Soyez heureux, les gueux, vos attractions restent au même tarif ! Dans ce déluge de mauvaises nouvelles, forcément, ça ne passe pas inaperçu. Mais c’est fait pour…
… Pour cacher la forêt. La vraie taxe. Celle qui fait mal. Qu'est injuste. Celle qui nous touche vraiment.
Voilà pourquoi Raffarin a faussement titillé Sarkozy sur une taxe dont, franchement, nous nous foutions comme de notre première chemise : pour mieux en taire une autre ; la douloureuse.
Pauvres de nous !
NB : Plutôt que d’accabler les ménages moyens et populaires de ce pays, sous prétexte de crise, d’austérité, d’unité nationale et tout le merdier habituel, le gouvernement aurait pu mettre à contribution les plus riches. Qui, eux, n’ont aucun problème pour s’équiper sport en matière de mutuelles.
D’aucuns me diront que c’est le cas ! Enfin, messire ! Une taxe de 3% concernant les revenus supérieurs à 500 000 euros annuels (gains estimés : 200 millions d’euros en 2012) c’est pas grand-chose, mais ce n’est peut-être qu’un début !
Le début de la fin, plutôt.
Etant donné que la voix de son maître, le dénommé Serge Dassault, a claironné ce week-end, lors du Campus UMP, que taxer les riches « ça ne sert à rien, ce n’est pas comme ça que l’on va régler le problème du déficit. C’est idiot et c’est nul ! »
Gageons qu’il sera plus entendu qu’Etienne Caniard.
C’est que, voyez-vous, la 89ème fortune du monde, qui plus est propriétaire du journal censé assurer la réélection du suzerain, ça a quand même autrement plus de poids qu’un petit président de mutuelle.
[*] Le Monde – mercredi 31 août 2011
18:04 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde ! | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : taxe sur les sodas, taxe sur les parcs à thème, taxe sur les mutuelles, sarkozy vs raffarin, plan d'austérité, consommation des ménages, accès aux soins, inégalités en matière de santé, serge dassault, taxer les riches, c'est idiot et c'est nul, etienne caniard, santé publique, toujours les mêmes qui trinquent, entourloupe, fumisterie, classes moyennes, riches épargnés |
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05 août 2008
Ce S'ront Donc Toujours Les Salauds Qui Nous Boufferont L'Caviar Sur L'Dos [*]
[*] Coluche dans "Misère"
Alors voilà, a y est, ils ont fini par le dire, les constructeurs automobiles :
Fabriquer une voiture hybride, celle qui préserve l'environnement - ce qui reste à démontrer - ça coûte de la thune.
Beaucoup (trop).
Et donc - je fais vite - elle seront, quoi qu'on en dise et quoi qu'on fasse, plus chères à l'achat que les voitures traditionnelles.
Conclusion :
Seuls les fortunés, les aisés, pourront s'offrir ce genre de véhicule.
Mais qui pourrait encore s'en étonner ?
Ne vois-tu pas que petit à petit, on renonce, ou plutôt on se fait à l'idée que dans un futur (très) proche, il y aura clairement deux offres (et demi) de consommation :
L'une pour les riches - et les vaguement aisés.
L'autre pour les pauvres - et les classes très moyennes.
Et le demi ?
C'est pour les classes moyennes "surnageantes" qui de temps en temps pourront s'offrir un produit - car tout est produit désormais, même ce qui s'écoule dans l'hideux gobelet de la machine à café, celle de ton entreprise qui te paye au lance-pierre - s'offrir, disais-je, un produit destiné aux riches (et aux vaguement aisés) TOUT en sacrifiant un de leur budget, par exemple celui des sorties et/ou des loisirs.
Mais au train d'enfer où vont les choses, il n'est pas déraisonnable ni même pessimiste - et que l'on me traite de déclinologue, sache que ça m'en touche une, sans faire bouger l'autre ! - de se demander combien de temps encore nous aurons des classes moyennes aussi éloignées des pauvres que des riches ?
Or donc oui, petit à petit, et sans que les peuples ne s'en émeuvent ni ne mouftent, un monde "bipolaire" se dessine, celui des pauvres et celui des riches.
Et ce n'est plus une question géographique, genre le Sud versus le Nord.
Non !
C'est une question mondiale.
Mondiale, comme mondialisation.
Il est déjà là, ce monde.
Il se dessine jour après jour.
Le low-cost pour le pauvre.
Le high-tech pour le riche.
Le riche roulera en voiture préservant l'environnement, résidera dans une maison à panneaux solaires, continuera à se rendre au théâtre, au cinéma, aux spectacles.
Ce sont dans les meilleures écoles (privées de préférence) qu'il enverra ses enfants étudier.
Il pourra se soigner, manger bio, manger bien.
Mais il ne sera pas nombreux.
Pas même un dixième de la Planète.
Le pauvre roulera en Logan ou équivalent, résidera dans un pavillon, le même exactement que son voisin, un logement social déguisé ; il regardera la télévision, cette chère télé qui lui vendra, par de terrifiantes "Confessions Intimes", une misère plus grande que la sienne afin qu'il ne se révolte point.
Il priera pour que l'école publique dans laquelle il inscrira son enfant soit la moins pire possible.
Il fera l'impasse sur certains soins essentiels (les dents, par exemple) faute de ne pouvoir s'offrir une mutuelle.
Il mangera de l'eau, il mangera mal, s'étonnant de se voir grossir à vue d'oeil, d'augmenter son taux de cholestérol ; mais que pouvait-il espérer d'autre(s) en faisant ses courses dans un Hard-Discount ?
Il sera nombreux.
Plus de la moitié de la Planète.
Quant aux classes moyennes, elles courent, tant elles savent que leur temps est compté : soit elles gagnent - et vite, avant deux ans - le camp des aisés, et par n'importe quel moyen quitte à arnaquer son prochain en se lançant dans un commerce plus que douteux, soit elles tombent dans le camp des pauvres, et adieu Berthe !
Tu vas me dire que ce(t) (im)monde existe déjà.
Oui.
Mais demain, ce sera pire.
Lors de mon passage à Marseille, je rencontrai celles et ceux qu'on appellent - à tort - des marginaux.
S'ils arrivent à s'en tirer, mais bien chichement, c'est parce qu'ils savent tout faire :
Le ciment, le béton, l'électricité, la peinture.
Ils te démontent un ordi, une machine à laver, un moteur, et te le remonte nickel, en état de marche.
Ils ne regardent pas la télé.
Ils préfèrent la Médiathèque pour continuer à apprendre, découvrir, s'instruire.
Ce sont les rois, les reines du système D.
Mais ils en bavent.
Ils en bavent sans se plaindre.
Sans jalouser qui que ce soit.
Pour celles et ceux qu'ont des enfants, c'est encore plus dur - quelle évidence ! - pourtant ils et elles se démerdent admirablement bien.
Ils sont riches à l'intérieur.
C'est totalement un choix de vie.
Et il est beau, il est infiniment respectable.
Ce que j'ai retenu à leurs contacts, outre leur lucidité, c'est que si tu n'es pas un touche-à-tout, si tu ne sais pas tout faire, même un peu, alors t'es mort !
Ils sont sauvages et fiers de l'être.
Et ils ont sacrément les pieds sur Terre.
Ce sont les derniers des Mohicans.
Ce que je veux dire, c'est que dans ce monde qui se dessine, avec clairement d'un côté les pauvres et de l'autre les riches, il te reste une troisième voie :
Être le dernier des Mohicans.
Dont le but n'est pas d'avoir mais d'être.
Juste Être.
Et être Juste.
Bonne chance ...
18:38 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coluche, mondialisation, riches, pauvres, classes moyennes, low-cost, high-tech |
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