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14 juillet 2010

Léo Ferré, Mort Un 14 Juillet

[Réédition de ce billet publié le 5 mai dernier sur Refais Le Monde et Eldoradio, ce 14 juillet étant celui de la prise de la Bastille, pas d'un défilé militaire, et celui de la disparition de Léo. Ferré ... Des titres, trois, sont cachés dans quelques-uns des liens. Profite !]


"Moi, j'suis de la terre  ... Mais, qui j'suis ? .. Ça, j'sais pas .. C'est vous qui allez me l'dire !" ... Ainsi parle Ferré. Au "docteur". Celui de Campus. Sur Europe n°1. Pas loin, Michel Lancelot. Nous sommes en 1969. Et la suite, c'est un grand moment de radio. Une autre radio. Une autre époque. Epique ..


Léo.jpgTu sais, c'était un samedi, je crois. Il faisait très beau. J'allais vers le kiosque à journaux. Celui de cette drôle de place. D'Aix-en-Provence.
Vraiment, il faisait très beau.
Et puis, tu sais quoi, de loin, comme ça, j'aperçois Libération, pleine page, Une qui crevait l'oeil. En noir et blanc. J'me dis, mais c'est quoi ? On dirait - j'te jure, c'est vrai, j'ai pensé ça - une statue grecque. Alors, je m'approche, je veux voir, de près, et là, je le reconnais, d'un coup ; c'était pas une statue grecque, vois-tu, non ! C'était Léo. La gueule de Ferré. Il était mort. C'est pour ça. Qu'il faisait la Une.
Après je sais plus.
J'ai pris l'antenne.
Je voulais pas être là.
Je voulais foutre le camp, tu comprends ?
Voir la mer. Son "balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure".
Je voulais être seul.
Tout seul.
Comme dans cette voiture.
Une R12 TL.
Blanche.
A droite, ma soeur. Devant, au volant, mon père. Et, à la place du mort, ma mère.
Et la radio, France Inter, qui crachait les dernières nouvelles.
Et tout d'un coup, tu sais quoi ?
Les nouvelles se sont tues, et un mec a chanté. Et c'était lui. C'était Léo. Et moi, je m'envole. Je m'en vais. J'suis plus là.  Je regarde les nuages, ils courent, et j'trouve ça beau, moi, petit garçon, de quoi ? 8 ou 9 ans. Cette chanson-là, elle m'emmenait si loin, loin de cette Renault, de ce dimanche un peu triste, elle m'émerveillait, tu comprends, cette chanson. Et puis, soudain, mon père, ma mère, je sais plus, l'un deux a dit :
"Oh, mais il est pénible, lui, à répéter tout le temps, c'est extra, c'est extra, c'est extra .."
Et hop, zou, fini, plus de radio. Plus de Léo. Plus de nuages. Plus rien. La solitude ...

Comme lui, Léo, le Ferré, tu vois, je pensais que "tout le monde, il était musicien". Vraiment, je l'ai pensé. C'est beau, n'est-ce pas, la musique ? Et les mots, qu'on y fout d'ssus. Des mots d'indiens. Des Mohicans. J'aime ça, moi.
Alors tu sais quoi ?
Un jour, demain, me suis-je dit, je l'aurai rien que pour moi, tout en entier, oui, du début, jusqu'à la fin, Ferré, personne pour le couper, personne pour arrêter la course des nuages, et basta ! Quand j'serai grand. Libre. Seul.
Et puis, Aix-en-Provence, un samedi, vlan ! Merde ! J'l'ai raté ! Maudit blues .. A croire qu'on "prend l'bonheur toujours en retard". Et alors, là, sur cette place, la Renault 12 TL blanche, la radio, c'est extra, tout m'est revenu dans la gueule. L'enfance. La solitude. Et tu vois, c'est marrant, j'suis pas de la vierge, j'suis du lion. Ascendant balance. "Qu'on soit de la balance ou du lion/On s'en balance, on est des lions" n'est-ce pas  ? ... Pourquoi j'te dis tout ça ? J'sais pas. Moi aussi, tu vois, j'ai vingt ans. Dans quelques jours. Hier ...

Or donc Léo Ferré. 1969. Campus, émission mythique d'Europe n°1 (4 avril 1968/8 septembre 1972). Version psy. Avec, bien sûr, Michel Lancelot. C'est une rediffusion Europe 2. Et c'est reparti. Les nuages. La mer. Paris. Les filles. Et cette télé, cette putain, que tu dois éteindre, si tu veux être libre, si tu veux penser, tanguer, night and day, avec cette fille qu'a vraiment du chien "de la musique au bas des reins" ...


podcast


Léo Ferré (1916/1993), poète, est né le jour anniversaire d'un massacre (24 août) et mort le jour d'une fête nationale (14 juillet). Pas mal, non, pour un anartiste ?


NB : Pour ceusses qui s'intéressent à l'histoire de la radio, alors je vous invite, à découvrir ce site, où donc, quotidiennement, je chronique, un site nommé : Eldoradio. L'inscription est gratuite [Ici].
Le son, ci-joint, proposé n'est qu'un extrait. Il est beaucoup plus riche et dense sur le site-mère.

Eldoradio c'est aussi une application, une page Facebook, un fil Twitter.

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31 mai 2010

Hopper Tranquille [Eldoradio/Refais Le Monde]

Pour ceusses qui s'intéressent à l'histoire de la radio, je vous invite, à découvrir ce site, où quotidiennement, je chronique : Eldoradio.
L'inscription est gratuite [Ici].

Eldoradio c'est aussi une application, une page Facebook, un fil Twitter.

Voici la "chronique" de ce lundi 31 mai 2010 consacré à Dennis Hopper




Dennis Hopper.jpgLe titre pourra sembler facile, seulement voilà, il ne l'a jamais été, tranquille, Hopper. Je ne sais s'il aspirait à cela. Peut-être.
Pour moi, cet homme est - enfin : était - un survivant. Vivre soixante et quatorze années avec tout ce qu'il s'est infligé ... La question serait certainement : pourquoi ?
Je me dis qu'en regardant ses films, attentivement - je veux dire ceux  (rares) qu'il a réalisés - et ses expositions (de peintures, de photographies) il n'est pas impossible de trouver un début de réponse. En tous les cas, on ne trouvera pas ce début dans ces titres-là, que j'ai pu lire dans nos quotidiens au lendemain de la mort de Dennis Hopper :
"L'enfant terrible" [Le Figaro"] L'icône de la contre-culture américaine" [Libération] "Le rebelle d'Hollywood" [Le Parisien] ..
Tant tout ceci est convenu, stéréotypé, quand ce n'est pas incroyablement (ou scandaleusement) fainéant.
Hopper est complexe. Voilà tout. La belle affaire, me direz-vous, car, qui ne l'est pas ? Oui, mais Hopper est un artiste. Un vrai. Mais d'un autre rivage ..
Car il n'est pas démocrate, comme Woody Allen et, au fond, tout Hollywood, mais républicain. Jusqu'à Obama .. Pour qui, il a voté.
Sûrement parce que John McCain, pour lui, c'était juste pas possible. Pas possible, car cet homme est un amoureux de l'Amérique. Vraiment. Et ça, nous, français, on ne peut pas comprendre.
Oui, Hopper, aime l'Amérique. Son pays. Et il ne l'épargne pas. Parce qu'il l'aime.

C'est marrant, je trouve, de voir tous ces intellectuels (ou pas) français (de gauche) vénérer Hopper, le républicain, l'homme de droite, pure, qu'a voté pour Bush père, et deux fois pour Bush fils.. C'est intéressant, non ?
Oui, ça rappelle (un peu) Clint Eastwood. Mais en France, ce genre de type, serait honni. Oh si ! .. Soyons honnête  .. On adore Clint et Dennis, mais qu'il y ait un équivalent chez nous, et c'est non. En même temps, y a-t-il l'équivalent ?
Je ne crois pas ..

Or donc, Dennis Hopper est mort. Je ne vous ferais pas sa bio, non merci, d'autres l'on fait, puis-je, cependant, vous indiquer celle-ci.
Dennis Hopper est mort, et je suis triste, je l'aimais bien. Peut-être que ma gauche est étriquée, et sa droite tourmentée. Ma gauche est illusoire (ou morte) et sa droite terrible (mais si réelle). Peut-être qu'il aimait plus son pays que j'aime le mien.
Hopper, ce n'est pas la "contre-culture". Ni un "rebelle". C'est un homme qui est resté fidèle à son pays, à ses racines, et ce, quoi qu'il lui en coûte. Oui, un peu comme Clint. A la seule différence, que Clint Eastwood enfile les films (et ils sont beaux, pour la plupart) ce qui n'a pas été le cas de Hopper.

Dans cette interview en date du 11 avril 1981, réalisée par Antoine de Caunes pour l'émission "Chorus" (Antenne 2) Hopper vient présenter son troisième long-métrage. Seulement. Je dis seulement, car ses deux précédents ("Easy Rider" et "The Last Movie") remontent à 11 et 10 ans.
Hopper aura eu toujours du mal à réaliser des films. Il n'est pas comme Clint. Sa réputation est (trop) sulfureuse : drogue, alcool. Clint, lui, est clean.
Cela dit, si un jour, vous avez la chance de tomber sur "Colors" (1988), un conseil d'ami, ne ratez pas ça. C'est - à mon sens - bien plus fort que "Easy Rider". Déjà, dans "Colors" deux acteurs phénoménaux : Sean Penn (un Hopper de "gauche") et Robert Duvall (l'Hopper tranquille - mort aussi). Je crois, véritablement, que c'est LE film de Dennis Hopper.

Ce troisième long-métrage ("Out Of The Blue" référence à Neil Young ? - "La Garçonne" dans sa version française) est un film noir.
Une fille, perdue, avec un père alcoolique, une mère toxico, et comme de bien entendu, ça va mal finir.
Encore une fois, c'est une vision (une métaphore) de l'Amérique. Son côté obscur contre lequel, toute sa vie, aura lutté Hopper.
Pourquoi s'inflige-t-elle, ça, cette Amérique ?
Pourquoi Hopper l'aime-t-il tant ? (d'autant plus si "personne n'en réchappe" ..)

"Si la famille (américaine) s'effondre, le pays tombe avec elle" dit Hopper.

En France, une phrase pareille ferait presque horreur. On préfère Allen et ses mots d'esprit. C'est plus confortable. Hopper ne l'était pas. Confortable. Qu'il soit remercié de cela ..


podcast


Dennis Hopper "born to be wild" un 17 mai 1936 à Dodge City (Kansas) est mort samedi 29 mai 2010, chez lui, à Venice, en Californie. Il n'a jamais reçu le moindre Oscar, ni même un Golden Globes. Juste son "étoile" sur un boulevard d'Hollywood ...

 
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