26 mai 2011
Le Pays Joyeux Des Blogueurs De « Gauche »
Vingt et quatre blogueurs ont publié une lettre [1] à destination des responsables de la gauche…
Considérant que Nicolas Sarkozy est « un redoutable adversaire en campagne électorale » et que Marine Le Pen « sera vraisemblablement au second tour », ils invitent les partis de gauche à « dépasser [leurs] clivages et les rivalités d’appareils » afin « de travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche »… Initiative qu’on pourrait saluer, qualifier un peu hâtivement de sympathique – voire de : naïve – mais qui, surtout, à la réflexion, fait fi d’une réalité électorale, structurelle, propre à la présidentielle.
Or donc : « un programme, un candidat… et la victoire en 2012 » !
C’est fantastique ! Je signe tout de suite. Pour cette victoire virtuelle. Ce conte de fées. Ce scénario angélique. Et comme ce serait chouette, non ? De voir, unis, bras dessus, bras dessous, le PS, le Front de Gauche, les Verts, le NPA, Lutte Ouvrière et le Schivardi de l’année, s'en aller défier le Sarkozy et la frontiste, scandant à tue-tête :
« Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais ! ».
Mais, allez savoir pourquoi, le refrain qui me vient direct au ciboulot, serait plutôt :
« Voici venu le temps des rires et des chants/Dans l'île aux enfants/C'est tous les jours le printemps/C'est le pays joyeux des enfants heureux... ».
Nonobstant le fait que cet appel sent la pétoche à plein nez, celle de voir le candidat du PS se ramasser dans les grandes largeurs dès le premier tour (se « jospiner » en quelque sorte), un traczir semblant trouver sa source dans le fait que Marine Le Pen « sera vraisemblablement au second tour » - mais j’y reviendrai – il pose tout de même un énorme problème qu’est celui du second tour.
En effet, si nous avons un candidat unique représentant TOUTE la gauche pour cette présidentielle 2012, où va-t-il, ce malheureux, trouver d’autres voix pour l’emporter au second ?
Sont-ce les électeurs pénistes qui par haine délirante de Sarkozy, vont d’un seul homme, reporter leurs suffrages du premier tour sur sa brave personne unifiée ? Sont-ce les falots Centristes ? Les chasseurs et autres pêcheurs ? Les souverainistes de sieur Dupont-Aignan ? Croyez-vous ?
Alors on me dit les Centristes. A priori... Ne furent-ils pas 40% à se tourner vers Ségolène Royal au second tour de la 2007 (et autant vers Sarkozy : match nul, donc) ?
Certes. Mais :
1 – Ce ne fut pas suffisant.
2 – Le candidat de TOUTE la gauche rassemblera beaucoup moins de voix centristes que Ségolène Royal au second tour, car justement, il représentera TOUTE la gauche : Verts, mais surtout Front de Gauche (avec des communistes dedans), NPA, LO, notre Schivardi de l’année, soit des sensibilités qui rebutent notre centriste de base, tant on ne lui connaît pas des affinités trotskistes, pas même marxistes.
Bref, en un mot, comme en cent, où sont les réserves de voix, pour faire la différence au second tour ?
Car, voyez-vous, et quand bien même une présidentielle à seize candidats tiendrait plus du folklore que de la démocratie, la multiplication des candidatures, aussi bien à droite, qu’à gauche, permet aux deux qualifiés pour le second tour, d’aller « puiser » dans les voix des éliminés du premier. C’est d’ailleurs une des raisons poussant certains observateurs – et comme ils sont nombreux, itou – à nous assurer que la frontiste ne peut pas gagner la présidentielle, vu qu’elle est toute seule. Quelque part, elle représenterait une sorte de candidature unique (en son genre).
Alors, à moins que notre Casimir, alias le candidat unique de TOUTE la gauche, ne l’emporte dès le premier tour, je ne vois pas COMMENT sans réserve de voix, il peut battre Sarkozy au second.
A moins que, TADAAAAAM ! nous vivions un « 21-avril à l’envers », soit un duel Gauche/FN, et là, nous sommes d’accord, peu nous chaut alors les réserves de voix.
Sacré pari, cependant (Patrick Buisson, conseiller de sa Majesté sarkozoïde, ferait – dit-on – le même, mais dans l’autre sens...) !
Sacré pari, car rappelons que nos blogueurs rappellent – à juste titre – que Nicolas Sarkozy est « un redoutable adversaire en campagne électorale ». Ce qui est vrai. Et un « futur papa » qui le fera savoir, fort habilement, de surcroît. Sans oublier cette « affaire DSK » qu’il n’omettra pas de remettre au premier plan… De fait, le « 21-avril à l’envers », je n’y compterais pas trop.
Alors quoi ? Marine Le Pen. C’est elle qui (leur) ferait peur ?
C’est elle, oui, puisque nos aimables blogueurs nous disent, qu’elle « sera vraisemblablement au second tour ». Alors éliminons cette vraisemblablitude par une candidature unique ! Génial, non ?
Mais, qui nous dit qu’elle « sera vraisemblablement au second tour », sinon... certains sondages ? Ces sondages que nos mêmes blogueurs, dans la même lettre, qualifient de « volatiles » et de « pas fiables ». Ou quasi. Faudrait savoir !
La peur est bien mauvaise conseillère, tout comme les sondages quand on a trop les yeux rivés dessus.
Je passe, bien évidemment, sur l’invraisemblablitude d’une telle union. Juste dire, tout de même, que si elle n’est pas possible, ce n’est pas (seulement) en raison des « clivages » ou des « rivalités d’appareils » c’est aussi parce que nous avons (pour faire très court) d’un côté une sorte de libéralisme de gauche, une inscription assumée dans le « système », et de l’autre, un socialisme véritable. Et il est primordial que ces deux logiques, ces deux programmes, soient proposés aux électeurs de ce pays.
On peut espérer, bien sûr, je le comprends, qu’il n’y ait pas, comme en 2002, trop de candidats à gauche. Ceci étant, Jospin avait considérablement raté sa campagne et il est, en grande partie, responsable de son échec. Ce n’est pas Chevènement, Taubira, Laguiller, Mamère, Besancenot, Hue et Gluckstein qui ont directement « éliminé » Jospin. Ce sont les électeurs.
En démocratie, la moindre des choses, c’est que l’électeur puisse s’exprimer. Faire un choix. D’autant plus lors d’une présidentielle à deux tours et au scrutin majoritaire... Priver l’électeur de ce choix, l’amputer d’une certaine façon, aux prétextes que les autres compétiteurs sont « redoutables » ou seront « vraisemblablement au second tour » n’est pas anti-démocratique, non, c’est juste la manifestation d’une peur, et aussi, d’une envie de gagner à tout prix… A tout prix !
Cela relève de l'aveuglement. Et d’une méconnaissance des mécaniques d’une telle élection. Qui fonctionne sur deux tours. Et non pas sur un.
Le dernier qui pensait qu’une candidature unique serait extraordinaire, un formidable signal envoyé au français, à ce point que ledit candidat unique, disait-il, pourrait être élu dès le premier tour, c’était : Nicolas Sarkozy... Son candidat : Balladur. Qui sera balayé au premier tour... Certes, il ne fut pas « unique ». Mais il n’en reste pas moins que, quand on connaît le paysage politique (plutôt droitier) de notre pays, parier sur une candidature unique de TOUTE la gauche, c’est assurément perdre en 2012. Car sans réserve de voix, tu t’arrêtes là... Ah, t’auras fait un super premier tour, mais le vainqueur dans cette configuration, c’est : Nicolas Sarkozy. Cinq ans de plus, et les doigts dans le nez ! Ah, comme on est loin du « pays joyeux » des blogueurs de « gauche »…
18:27 Écrit par Philippe Sage dans Amusons-Nous !, Libéralisme De Gauche, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (56) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : candidature unique de la gauche, appel des blogueurs, leftblogs, présidentielle 2012, scrutin majoritaire à deux tours, nicolas sarkozy, marine le pen, blogosphère, gauchosphère, libéralisme de gauche, l'île aux enfants, 21 avril à l'envers, 21 avril à l'endroit |
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02 novembre 2010
Octobre Désespère En 140 Caractères
Oui, parfaitement : Désespère.
Parce qu’avec tes défilés tous les cinq ou six jours, tes grèves reconductibles mais pas trop, tes atermoiements et tout le bataclan, tu t’es fait enfler et comment ! Allez hop ! Deux ans dans les dents, à trimer, marner, larbiner pour des nèfles.
Nous sommes tous des laquais ! Voilà qui nous sommes ! Des mauviettes. Des subordonnés.
Et je dis que ces défilés à la petite semaine, ces blocages de timorés, ces grèves reconductibles qui l’étaient pas, c’était une vaste fumisterie. Le big carnaval.
Va falloir, sérieux, me revoir tout ce merdier. Réformer les manifestations, repenser la grève, s’adapter, sinon, demain, c’est sur ton assurance-maladie que tu vas pleurer de crocodile ta mère. Note-le bien ! C’est la prochaine étape. Celle de 2012. Ils vont te la saquer, ta Sécu. Te la ventiler.
Si dans pas longtemps, nos gosses nous crachent à la gueule, on l’aura pas volé !
Pour le reste, des broutilles.
5 milliards et trois ans ferme !
Un remaniement dont on n’a que foutre !
Des mineurs et des casseurs !
Ah, tiens ! A propos desdits casseurs ! Vieille rengaine ... Moi je veux bien qu’on leur fasse la fête aux journalistes, les mettre face à leurs contradictions, leurs sales connivences, mais si c’est pour buzzer des conneries, sans prendre le temps de vérifier et sur-vérifier c’qu’on balance sur cet Internet, au nom de quoi, demain, nous aurions quelques leçons à leur donner ?
La moindre des choses quand on vilipende le prétendu quatrième pouvoir, c’est de se montrer soi-même, au minimum, exemplaire.
A défaut d’être « irréprochable ».
Or donc, je persiste et signe : Internet est une foire, pas si loin du déversoir, et il serait de bon ton, avant que commencent les festivités de 2012, de s’acheter une conduite, de foutre aux ronces ce cancer qu’est le buzz, ces deux saloperies que sont l’immédiateté et l’hyperprésence ! Parce que des hyperprésents qui cassent un omniprésident, ça finit par devenir risible. Ça confine au grotesque.
Sur ce, voilà la triste fournée d’octobre.

16:03 Écrit par Philippe Sage dans Entracte | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : twitter, octobre 2010, manifestations, blocages, casseurs, buzz, immédiateté, hyperprésence, blogosphère, réforme des retraites, grèves reconductibles, nous sommes tous des laquais, selon la police |
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11 octobre 2010
Internet, « Le dixième cercle de l’Enfer »
Ça a commencé par une page blanche. Ou presque. On me disait de « taper » mais je ne savais pas quoi. Et comme je ne savais pas, on s’en étonnait ; j’étais pitoyable d’impuissance, de désarroi, décevant une nouvelle fois … Si ! j’avais bien des trucs qui me passaient par le ciboulot, mais là, devant tout le monde, ça me faisait à la fois honte et chier. Au fond, j’avais pigé, dès le début. Parce que, justement, les premiers mots qui me venaient, ceux que je me refusais de « taper », là, devant témoins, gênants ; les mots.
Or donc, c’était couru d’avance, cette affaire. Devant moi, en réalité, j’avais une bombe. Tu la files au tout-venant, et boum !
Tu vois ce film de Lars Von Trier, Dogville ? Pas facile … De ceux qui rebutent. Parce que radical. L’histoire, on s’en fout. Ou quasiment. C’est un prétexte. Je crois … Ce qu’il faut voir, c’est ce qu’il n’y a plus. Autrement dit ce qui permettait l’intimité. Le secret. La nécessité. Dans Dogville, en effet, plus de cloisons, de murs. Le monde est comme une marelle. Ce qui nous sépare, c’est plus que de la craie. Il suffit de pousser plus loin l’expérience Lars Von Trier, et voilà, nous y sommes. Passées les limites, comme dirait l’autre, y’a plus de frontières. « Night And Day ». Plus de craie :
« Et ça tape, ça tape, ça tape/Ça crie, ça crie, ça crie/Ça tape, ça crie, ça gueule/Et puis ça rotative ! ». [1]
Ça n’est pas, non, « la plus grande saloperie » que l'homme ait créée, c’est l’homme qui ne change pas et ne changera jamais. Celui-ci n’est pas destiné à s’améliorer. Regarde ce qu’il fit des révolutions, ce cochon ! Pas même de la confiture. Or, je persiste et signe : il n’y a rien de plus beau, de plus grand, de plus fort que la révolution et ceux qui la font ! Et les raisons qui le poussent à la faire. Après quoi, la raison, celle des autres, reprend le dessus, le pragmatisme, la morale, tout ce qui nous encombre, ce dont on refuse de se défaire, peur du vide, de l’inconnu, d'un nouveau monde. Je veux dire que tout finit par rentrer dans l’ordre, c’est ainsi. Toute révolution est vouée à l’échec, de par la nature même de l’homme. Parce qu’il ne peut vivre sans adorer, haïr et suivre ... Détruire, le fascine. Un instant, un instant seulement. Le sang, les décombres, au minimum les barricades, ça lui explose le cerveau. Il préfère le « tranquille », le « foutez-y moi la paix », le pérenne illusoire, quitte à y perdre sa dignité ... Construire, alors. Un foyer, une société, un « vivre ensemble ». Mais cette construction est une tombe. Une autre destruction. Mais tellement plus acceptable, n’est-ce pas ? D’autant plus que tout le monde est d’accord. Tant il vaut mieux une mort organisée, lente si possible, et si tout du long, tu l’as dans le cul, et bien profond, ça vaut mieux que d’y laisser sa peau avant l’autre.
Or donc, puisque les dés sont jetés, qu’il n’y a plus que des fous, des lâches ou des terroristes, aucune révolution n’est possible, seul le chaos est désormais envisageable. Internet en est le moteur (de recherche).
Cette page blanche, ou presque, cette barre d’adresse à l’origine.
Comme toute révolution ou supposée telle, Internet promettait beaucoup. Le grand, le beau, le fort. Un nouveau monde. Mais quel nouveau monde pouvait être bâti puisque son maçon nous le connaissons et savons qu’il n’est pas destiné à s’améliorer ?
Une barre d’adresse à l’origine, un moteur de recherche, un réseau. Un tentacule. Oui, un et un seul, car la prolifération est une illusion, un leurre. On pourrait croire, effectivement, que la multiplication des pages, quasi à l’infini, aboutirait à une prolifération des idées, à une explosion de la connaissance, de l’imagination, de la jouissance ... Oh ! certes, Internet n’en est pas exempt, et tant mieux ! mais plus le tentacule prend de l’ampleur, plus le grand, le beau, le fort est balayé, relégué, noyé. Le militaire l’a emporté sur le libertaire. Car oui, il y a quelque chose de militaire. Avec pour clairon, le « buzz ». Taratata-taratata et tout le monde rapplique ! Garde-à-vous devant l’immédiateté ! Fixe devant le propagateur ! Et le réseau qu’il constitue (blogroll, followers, « amis », etc.) est en réalité, un escadron de suiveurs, un bataillon de lèche-bottes, des recruteurs, avec pour but de grimper les échelons, prendre du galon. C’est de l’ordre de « l’embrigadement » !
« La pensée mise en commun est une pensée commune ». [2]
Alors que, Internet aurait pu conduire l’homme à s’émanciper, notamment des autres et de leurs pensées, c’est au contraire auquel nous assistons. C’est assez remarquable, tant, à la réflexion, cet outil, Internet, pourrait - pouvait - nous permettre de nous passer de presque tout, des autres en particulier, de tout ce qui nous encombre. De nous extraire. De la société. De ce merdier quotidien. Tant les possibilités offertes sont immenses. Couper avec le monde tout en l’observant - ce monde qui jamais ne changera puisque fait et refait par l’homme - l’observer quand on veut, et où on veut. Depuis un écran. Se créer, se recréer, s’inventer, s’avater, s’explorer, se démultiplier. C’était ça, le virtuel. Une marelle.
Mais le réel, l’homme, a tout effacé. La craie délimitant les espaces - Dogville. Le réel a bouffé le virtuel supposé. Et tout s’est normalisé, ordonné, hiérarchisé ... Internet, désormais, c’est UNE société. Celle que nous connaissons si bien, que parfois nous combattons, à la seule différence, que les murs, les cloisons, tout ce qui nous sépare ou nous préserve, tout cela est tombé. Et nous l’avons accepté. Au nom, paraît-il, de la liberté. A commencer par celle d’expression.
En réalité, ce que nous avons accepté, c’est de transposer sur Internet les mêmes règles, le même ordre, la même chienlit, les mêmes inégalités et la médiocrité qui l’accompagne, nous l’avons vérolé, et ce qu’il y a de plus extraordinaire ou de plus monstrueux, c’est que dans ce paquet, nous avons consenti à être cookielisés, tracés, fliqués, fichés, comme si ça ne suffisait pas de l’être déjà, dans nos vies terre-à-terre, et de s’en plaindre, pourtant.
Certes, il reste ici ou là, des pirates, des hackers, des fouteurs de merde magnifiques, paraît qu’on les achète à prix d’or, qu’on leur fait les yeux doux, pour qu’ils viennent à leur tour, sécuriser, traquer, fliquer, ficher. Et s’il en reste encore des récalcitrants, ou alors des libertaires, des hors-blogroll, des révolutionnaires, qu’utilisent la toile non pour se branler, mais pour des idées, argumentées, ils sont balayés, relégués, noyés. Tout comme DANS la société. Marginalisés.
Quant au pouvoir, qu’il soit politique, économique ou militaire, celui qu’a dans l’idée de contrôler, museler, ce merdier, ce brouhaha, ça n’est point parce qu’il y trouve un autre pouvoir susceptible de déranger ou d’abattre le sien, c’est juste pour achever la normalisation que nous avons entamée. En clair, il souhaite juste finir le boulot. Et ceusses qui croient encore que l’Internet est un contre-pouvoir n’ont en réalité rien compris. C’est juste un exutoire, du moins c’est ce qu’il est devenu. Rien d’autre qu’un exutoire. Avec ses idoles, ses adorateurs, ses suiveurs.
Tout chaos est précédé d’un infâme et insupportable brouhaha. Certains appellent donc cela, ce brouhaha : la liberté d’expression. Ceux qui se prononceront contre, ou la remettront en question, seront traités au mieux de réactionnaires, au pire de fascistes. Pourtant, Internet n’est pas la voix du peuple. Mais du peuple d’Internet. Une aristocratie. Qui ne pense jamais contre elle-même. C’est un tissu de commentaires. Et si l’on y distingue, parfois, rarement, fulgurances ou folies, beautés ou cadavres exquis, ce sont déjà des vestiges.
La liberté d’expression, cela fait bien longtemps que plus personne ne sait ce que ça veut dire. C’est un totem que l’on brandit désormais pour vomir, éructer, insulter, dénigrer, tout est bon pourvu que ce soit au nom de la « liberté d’expression ». Et plus encore, si elle est anonyme, pourquoi se gêner, n’est-ce pas, puisque l’on peut en faire n’importe quoi ! Mais c’est bien ainsi que commence tout chaos. Tu la files au tout-venant, et boum !
« Mais il y avait eu Internet. Aujourd’hui, il devait faire un effort constant, pour ne pas passer ses journées à tourner en rond sur la toile, hagard et accablé. Les commentaires. Cet anonymat crapuleux, litanie d’insultes obstinées, délivrées par des incompétents. Dès qu’il les avait découverts, il avait compris qu’il pénétrait dans le dixième cercle de l’enfer. Petits discours parallèles, sourds les uns aux autres, tous mis sur le même plan, lapidaires, hostiles jusqu’à l’écœurement. La médiocrité avait une voix. Les commentaires sur la toile. » [3]
Internet n’est pas une démocratie. C’est devenu une bombe. A retardement.
« Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A. Je suis la merde dans tes yeux, petite salope radioactive, mon cœur ne comprend que le vice. Transuraniens, humains poubelles, contaminant universel. » [4]
[1] « Night & Day » [Léo Ferré]
[2] « Préface » [Léo Ferré]
[3] « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]
[4] Valentine, personnage de « Apocalypse Bébé » [Virginie Despentes – Grasset]
16:32 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : internet, web, dogville, blogosphère, liberté d'expression, la plus grande saloperie, révolution, chaos, fichage mondial, orwell, délation, apocalypse bébé, virginie despentes |
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