11 juin 2009
Non, Bayrou N’Est Pas Mort (Quoique …)
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Il y a une dizaine de jours, l’on me faisait remarquer je ne parlais jamais de François Bayrou. Je répondais qu’en effet, non, et ajoutais : “Pour quoi faire ?”
Comme sujet, Bayrou, c’est d’une “chiantitude” sans nom ! Oh, je ne dis pas que, un jour de pluie, ça ne m’a pas caressé l’esprit, que je ne me suis pas dit, allez hop, fendons-nous d’un joli petit billet sur le Béarnais, mais à peine avais-je écrit “Bayrou” que je sombrais dans une dépression de niveau 4, et même si, tenace, je me branlotais l’esprit, les mots que j’éjaculais avaient comme un goût de sang triste.
Et puis, voilà que cet éternel troisième homme dérapa copieux un jeudi soir chez Mâhâme Chabot et vit fondre ce qu’il considérait comme acquis, soit, à son égard un sentiment de molle sympathie assorti d'un matelas de 6 820 119 voix potentielles.
Encore que, je ne crois pas que ce fils de Calixte ait pu espérer une seule seconde rééditer pour ces européennes son score de la présidentielle 2007, tant ce démocrate sait que les suffrages sont volatiles et que ceux portés sur son nom, il y a deux ans, tenaient moins de l’adhésion à un programme, le sien, qu’à un vote par défaut, un vote de rejet, je veux dire que ceusses qui votèrent Bayrou en 2007 le firent parce qu’ils ne pouvaient souffrir un Nicolas Sarkozy ou envisager une Marie-Ségolène Royal.
Or donc, cet homme qui par une gifle conquit la ménagère de moins de cinquante ans aurait perdu, via un coup de boule imagé, grand crédit auprès de l’opinion.
Et alors ?
Eh bien alors, il paraîtrait que notre homme est, depuis, politiquement mort. Comprendre que ses ambitions présidentielles, il peut à Bordères, les enterrer.
Vraiment ?
N’est-ce pas aller un peu vite en besogne ?
Car, honnêtement, qui peut dire, aujourd’hui, ce qui va se passer (de très désagréable) dans les trois années qui viennent ?
D’autant que la crise n’a pas dit son dernier mot. Elle n’a même pas délivré, au peuple, il me semble, ses premiers véritables maux.
Oui, qui peut dire dans quel état sera notre pays en décembre 2011 ?
Personne.
Et puis, c’est faire fi et bien peu de cas de l’homme Bayrou, de cette quasi-certitude qui l’habite, celle d’être un jour notre futur Président de la République.
On peut s’en moquer (comme les Guignols de l’Info).
Comme on peut aussi, un autre jour de pluie, s’y pencher. Considérer cette étrange chose qui fait défaut à tant d’êtres humains mais caractérise l’homme Bayrou : la volonté.
François Mitterrand disait : “On ne peut rien contre la volonté d’un homme !”
On ne peut rien contre celle de cet autre François. Comme, de toutes les façons, on ne peut rien pour lui.
Mais justement, tiens, Mitterrand ! Combien de fois est-il mort, ce Tonton Flingueur, avant de prendre, finalement, par la voix du suffrage universel, le Graal français, l’Elysée ?
Il est mort plus souvent qu’à son tour électoral ! L’Observatoire, la Guerre d’Algérie et tutti quanti, et chaque fois, c’est avec délectation que ses ennemis, nombreux, l’enterrèrent.
Et puis, un soir de décembre 1965, à la surprise générale, le charentais a balloté le Général.
Il mourra encore cependant, après cette élection présidentielle de 1974, dont il était pourtant le grand favori, seulement voilà, il aura suffi d’une phrase assassine (“Vous n’avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur !”) pour que, boum-patatras, on l’autopsia, et l’on en tira hâtivement conclusion, ainsi Rocard tentant de le doubler dans la dernière ligne droite, sauf que, Tonton, tu le grilles pas comme ça, surtout quand la ligne est .. Droite !
Et le voilà enfin (con)sacré, un 10 mai 1981.
Non, vraiment, on ne peut rien contre la volonté d’un seul homme.
Comme ils ne purent rien, les Balladuriens contre celle de Chirac, celui qu’ils estimaient, à tort, fini, terminé, à dégager. T’es mort, Chichi, alors fais pas chier l’Edouard et son petit Nicolas. Ne vois-tu pas qu’au fond du trou, tu es ?
Même Mâhâme Chabot, de fausse pitié prise, lui demandera, à mots ouverts, si par hasard, ou par autre chose, il n’aurait pas comme l’idée de renoncer.
Quatre mois plus tard, il était à l’Elysée.
Oui, combien de fois on a hurlé sa mort politique au parisien de Corrèze ! Eh bien vois-tu, il les aura vaincus, tous, les uns après les autres.
Quant à notre Président actuel, il me semble bien qu’en mai 1995, il était "bouillu", foutu. Même que, passant pour le traître de service, on lui promettait l’enfer, le désert. Et puis, une dissolution, celle de 1997, et coucou, le "revoilou", intérimaire de la présidence du feu RPR, jusqu’à le conduire, ce Parti, avec Alain (Madelin, pas Juppé) aux joutes européennes. Celles de 1999.
C’est un Waterloo retentissant.
Cette fois, c’est sûr, il est mort, Nicolas. Il ne reviendra pas. Jamais ! Et d’ailleurs, il se retire de la vie politique. A l’avocature, se consacre.
Et puis … Survint le 21 avril 2002 et plus tard, par la justice, la mise à l’écart du prétendant, le fils spirituel du Président : Alain (Juppé, pas Madelin) .. Tu connais la suite !
Mitterrand, Chirac, Sarkozy, trois curieux et fantastiques destins, trois hommes que bien imprudemment l’on décréta morts, et qui pourtant, parce qu’ils en avaient la volonté, ont déjoué les pronostics, ceux des oracles de l’audiovisuel comme ceux de leurs pairs.
Alors, pourquoi pas lui, aussi, le Bayrou ?
Lui qui, comme eux, est habité par la même et incroyable volonté !
Or donc, non, François Bayrou n’est pas mort.
Quoique.
Il peut aussi se "Barriser".
Se "Rocardiser".
Ou se "Jospiniser".
Entrer dans la funeste légende des grands "losers" de l’Histoire.
Sauf que, ces trois-là, Lionel, Michel et Raymond furent, un jour, oh malédiction, nommés à Matignon.
Bayrou, pas encore.
Donc Bayrou pas mort.
L’enterrer est un tort.
Et d’ailleurs, plus tu l’enterres, et plus rusé, il mord.
06:34 Écrit par Philippe Sage dans Opinion | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bayrou est-il mort politiquement ?, quel avenir politique pour françois bayrou, bayrou a-t-il une chance d'être élu président la république, on ne peut rien contre la volonté d'un homme |
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