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10 mars 2012

N’Alimentons Pas Le Sacre Annoncé De François Hollande !

Cela fait désormais deux ans que dans tous les sondages, OpinionWay compris, Nicolas Sarkozy est battu, écrasé même, par le candidat du PS, dans les intentions de vote de second tour.
Il le fut, tour à tour, comme dans le même temps, par Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et François Hollande. C’est du jamais vu pour un président sortant. Même le Chirac de 2002, avec toutes ses casseroles, son statut Guignol de « supermenteur », n’aura pas connu de telles projections, et sur un temps aussi lourd.

Alors on peut bien nous assurer, ici où là, que non, grand Dieu, tout n’est pas fini, que les jeux ne sont pas faits, à d’autres ! Evidemment que si, elle est pliée l’affaire ; évidemment qu’il est cuit, le Sarkozy. Il n’en reste pas moins qu’il serait fort dommageable que François Hollande remportât cette élection trop facilement, soit avec un écart trop grand.

Enfariné.jpgOh, j’entends ceux qui, déjà, protestent. Je connais leur refrain ô combien lassant : les sondages se trompent toujours !... Faux, je réponds ! Comment voulez-vous qu’ils se trompent étant donné qu’ils ne sont pas prédictifs ? Ils ne nous donnent pas le résultat d’une élection, en aucun cas ! Seulement le reflet de l’opinion à un "instant T". Rien de plus.
C’est du brut. Mais quid du net ?

Eh bien parlons-en !

Le net c’est la tendance, et c’est le temps qui la détermine. Plus elle s’inscrit dans le temps, plus elle dure, sans jamais mollir, faillir ou racornir, et plus elle indique un choix. Qui n’est pas forcément celui d’un président, pas même d’un futur, mais de ce qu’on ne veut plus. Or, quand durant deux années, et d’autant plus quel que soit l’adversaire lui étant soumis, aussi différent soit-il de profil comme de face ou de sexe, le président est systématiquement laminé, ça relève moins d’un désir (de l’autre) que d’un rejet (du président).

Et d’ailleurs, il suffit d’y regarder de plus près. Ce que peu font, et comme ils ont grand tort ! Tant c’est intéressant. Ainsi dans la dernière livraison Ifop, que découvre-t-on ? Eh bien que dans le cas d’un second tour opposant François Hollande à Nicolas Sarkozy, parmi les 56,5% affirmant qu'ils voteraient pour le candidat du PS, seuls 39% le feraient parce qu’ils souhaitent vraiment que François Hollande devienne "leur" prochain président de la République ; les autres, donc l’immense majorité (61%), pour empêcher une réélection de Nicolas Sarkozy. Et vous pouvez prendre tous les instituts, à quelques pourcents près, c’est la même chose.
Il n’y a donc pas de désir d’Hollande [1]. Juste un rejet de Sarkozy. L’envie, tenace, de s’en débarrasser.

De fait, ce n’est pas une présidentielle que nous vivons. Non : c’est un référendum. Grossier et primaire. Alors je comprends que certains, fort nombreux se réjouissent à l’idée de voir, enfin, Nicolas Sarkozy mordre la poussière ; pis : qu’il disparaisse à tout jamais de nos écrans. Bref, qu’il soit zappé de la vie politique française... Oui, je comprends, après toutes ces années, où rien ne nous fut épargné, du « Kärcher » à la « racaille », du Guilvinec au Salon de l’Agriculture 2008, du Fouquet’s à l’Epad, du discours de Dakar à celui de Grenoble, de Kadhafi à Bachar al-Assad ; et tous ces mensonges, et tous ces sophismes, et toute cette vulgarité. Cette façon détestable de parler au peuple français, de lui faire gober couleuvres sur couleuvres ; et cette Droite populaire, et cette Nadine Morano, sans oublier le fin du fin : Claude Guéant... Oui, y’a matière. Même que, si on pouvait, bordel ! on les effacerait de l’Histoire ces dix années-là, cette période "post-21 avril". Tant tout est là, dans cette date-là : le 21 avril 2002. Ah, l’inconséquence de nos responsables politiques, de l’UMP comme du PS d’ailleurs ! Ah, la sale course à l’échalote frontiste… Oui, je sais, ça a commencé bien avant, mais avouez que depuis 2002, on bat des records ! On a beau dire des Autrichiens, des Hongrois, mais entre nous, on ferait mieux de ne pas trop l’ouvrir.
Des leçons, on en a plus à donner. A personne.

Or donc, il va être élu, Hollande. Et ça ne me plaît guère. Je ne m’en réjouis pas, pour être clair.
Je ne l’étais pas plus quand François Mitterrand conquit le château un 10 mai 1981. Nonobstant, je reconnais que l’homme, Mitterrand, aura su, lui, susciter le désir, l’espoir, une force, vraiment.
Je m’en souviens très bien de tous ces gens, ceux du 10 mai, comme ils y croyaient. Persuadés, qu’ils étaient, que leurs vies allaient changer. Qu’enfin, justice leur serait rendue. Justice, c’est bien un mot de gauche, non ?... Je reconnais, oui, qu’il y avait, là, une vraie joie, palpable, presque tactile, ce 10 mai. Et puis, tout de même, les 39 heures, la cinquième semaine de congés payés (1982), la retraite à 60 ans (1983), toutes ces réformes votées alors que la France venait de connaître « la crise la plus grave que le monde ait connue depuis 50 ans » (Valéry Giscard D’Estaing – 2 mars 1981 – extrait de sa déclaration de candidature) ç’avait de la gueule. Ça ressemblait à une politique de gauche. Mais là…

Là, nous allons porter aux responsabilités des revanchards, des morts de faim. De ceux qui ne visent qu’une chose et une seule : le pouvoir. C’est juste un parti qui va prendre la place d’un autre. Lui régler son compte par la voie des urnes. C’est juste un clan qui fera la nique à l’autre.
Et d’ailleurs, regardez-les, lisez-les, observez-les ! Cette arrogance, comme ils ont du mal à la cacher. Ils ont tellement hâte d’y être. Enfin, ils vont pouvoir laver l’affront, pensent-ils, celui du 21 avril 2002.
Et que dire de leurs militants ou de leurs soutiens, notamment sur Internet, dans la jungle des réseaux sociaux et celle de l’agonisante et désolante blogosphère ! Comme ça relaie, moutons, sans se poser la moindre question, le dernier communiqué, la prochaine action, la plus petite vidéo. Comme ça s’acharne, telles des hyènes, sur la dépouille sarkozienne. Ah, je les vois déjà hurler, vociférer, brailler, le soir du 6 mai. Ils vous le diront, retenez bien, que voilà un nouveau 10 mai ! Vous verrez ! Rien que d’y penser, j’en ai la gerbe. Ce ne sera pas un nouveau 10 mai. Mais un mensonge grand format.

Cependant, il reste une quarantaine de jours. C’est suffisant. Pour enrayer cette mécanique. Oh, pas pour l’empêcher, je l’ai dit, c’est râpé, il a gagné le rouennais de Corrèze ! Non, mais pour faire en sorte, et de toutes nos forces, que cette victoire ne soit pas un triomphe. Car imaginez, qu’elle l’emporte, cette équipe-là, par 58 à 42, mais je vous le dis : dans ce cas, ils ne vont plus se sentir, les mecs. Ils vont se croire autorisés à tout, jusqu’à son exact contraire... L’arrogance qu’ils masquent à grand peine, présentement, pour le coup, avec un tel score, un plébiscite, elle va (nous) exploser (à la gueule)…

... Moscovici
, et tous les anciens strauss-kahniens, vous allez apprendre à les connaître, quand plus aucun frein ne les retient... Et Montebourg. Ah, Montebourg ! Le nouveau Jack Lang ! Tout à fait le profil à vous sortir, grandiloquent, qu’il « est né socialiste et qu’il mourra socialiste » ! Quand je pense que des pauvres gens lui ont refilé 17 et quelques pourcents de suffrages lors de la "primaire citoyenne", c’est à pleurer ! Ils se sont fait berner, et dans les grandes largeurs ! Montebourg, l’aile gauche du PS, mais comment ? Comment on a pu en arriver là ?... Mais c’est une imposture, vous savez !... Qui s’en souvient de cet été 2006, où il trahit ses camarades du courant "Rénover Maintenant" [2] en soutenant, par pur opportunisme, la candidate des sondages, Ségolène Royal ? Et Hollande et Aubry, qui étaient soi-disant « les deux faces d’une même pièce », ô combien responsables de l’échec, celui du 21 avril. Et cette lettre ridicule adressée aux deux impétrants. Rien ne l’arrête(ra).

Oui, il reste quarante jours pour endiguer la vague. Celle qui va prendre l’Elysée, puis l’Assemblée. Après le Sénat. Les pleins pouvoirs... On parlait, naguère, d’un « Etat RPR » ? Eh bien, nous allons droit vers un « Etat PS » ! Ils étaient insupportables, les types de droite ? Soyez assurés que ceux-là, qui se prétendent de gauche, et usurpent depuis des décennies le terme de "socialiste", le seront tout autant !... Quoi, la justice sociale ? Vous rêvez ! Où est-elle dans le programme de M. Hollande ? Suffit-il, aujourd’hui, de déclarer que l’ennemi c’est la finance, pour être considéré derechef comme l’allié objectif des classes moyennes et populaires ?... Allons, ce sont des mots, ou des bons mots, qui ne valent pas bien chers en terre de Traders ; la City, par exemple…

Sarkozy défait, je suis pour ! Mais ric-rac. Histoire de leur rabattre, avant qu’il ne soit trop tard, leurs caquets. Une victoire raisonnable, et même, soyons fou ! difficile, avec pour commencer un premier tour serré. Ainsi, ils seraient au moins contraints et forcés de composer. De prendre en compte les diverses sensibilités ou aspirations exprimées par le peuple.
Parce que si c’est un sacre, alors, Adieu Berthe ! N’oubliez jamais que ce n’est pas un homme que vous portez au pouvoir, mais un appareil. Un parti. Une aberration. Avec, au perchoir, Ségolène Royal. Ça promet !

Ah, si encore ils étaient de gauche. Si y’avait dans leurs gènes, un peu de Jaurès, et même de Mendès, nous pourrions leur faire triomphe. Mais ces gens-là sont des libéraux, un peu moins brutaux, certes, que les droitards, mais des libéraux quand même, qui acceptent, et sans barguigner les lois du capitalisme, le diktat des marchés. Ceux qui s’en sortiront, on les connaît. Ce ne sont pas les travailleurs précaires, ni même les travailleurs tout-court, les besogneux j’entends. Mais ceusses de la classe assimilée supérieure. La génération des iPhone et des Ipad. Bref, celle qui ne manque de rien. Mais qui s’indigne de tout.

Alors éparpillez-vous, dispersez-vous, votez Mélenchon, Poutou, Arthaud, et même Bayrou si ça vous chante (Bayrou n’étant rien d’autre qu’un Hollande du Béarn) n’ayez pas peur, puisque de toutes les façons, c’est inscrit, dans les tendances et le temps, Sarkozy, ils n’en veulent plus, et c’est tant mieux.
Oui, parce que c’est fait, parce qu’on sait que la victoire ne peut plus leur échapper, vous qui pensiez, par peur de je ne sais quel 21 avril, par prudence ou discipline, voter comme ils disent, "utile", n’en faites rien. Faites vivre la démocratie, la diversité, la liberté d’opinion et de conscience. Ne concourrez pas au sacre annoncé. Déjouez-le ! Réduisez-le ! Humanisez-le !


[1] Comme il n’y avait pas plus un désir d’Aubry.
En revanche, c’était un tantinet différent avec DSK. Lui seul pouvait réunir sur son nom un vote d’adhésion. A tort ou à raison, une partie des citoyens le considérait comme un économiste solide, une valeur sûre. Et d’ailleurs, quand en juillet 2011, l’affaire du Sofitel présentant de plus en plus (comme il fut dit) des « zones d’ombres », à ce point que d’aucuns parlèrent de « complot » visant à écarter cet homme de la présidentielle, et qu’on évoqua alors, non sa réhabilitation, mais la possibilité d’un retour, comment alors réagit l’opinion ? Eh bien lui qui écrasait Sarkozy depuis des mois dans toutes les projections de second tour, le battait encore par 54 à 46 ! [Sondage BVA publié le 12 juillet 2011] ! Oui, malgré le Sofitel, en dépit des circonstances, deux mois après ce fameux 14 mai 2011, il était encore donné vainqueur ! 

[2] "Rénover Maintenant" était un courant créé par Arnaud de Montebourg. Courant issu du NPS. Lorsque le député de Saône-et-Loire annonça, en août 2006, qu’il soutenait la candidature de Ségolène Royal, plusieurs responsables locaux, adhérents de "Rénover Maintenant", s’en émurent.
Par voie de presse, ils dénoncèrent cet accord passé entre leur leader et la présidente de la région Poitou-Charentes :
« Nous n’acceptons pas que notre désir de Rénover Maintenant soit sacrifié au baromètre des sondages ou des arrangements entre amis ».
Et de réclamer, comme il était prévu, une candidature Montebourg (à la "primaire" des 9 et 16 novembre 2006) afin de porter leurs idées et valeurs.
Ils ne furent pas entendus. Montebourg, trop soucieux du sens du vent, n’en eut cure.
 

13 octobre 2011

Le Retour Du 29 Mai 2005

Finalement, cette primaire aura été une réussite. Elle aura permis de clarifier certains points. Et désormais, nous savons. Quel que soit le candidat du PS choisi dimanche, nous savons, oui, qu’il ne sera pas (ou : peut-être pas) du côté du peuple.
Peu importe les concepts de « gauche molle » ou de « gauche dure », ils ne sont que postures médiatiques.
La vérité, c’est que le PS ne portera pas les valeurs du socialisme. Mais celles du Triple A, de la finance et des marchés qu’ils espèrent, les « impétrants », corriger à la marge.
Autant le dire de suite : c’est hautement insuffisant.

Mélenbourg-et-Montechon.jpgC’est insuffisant, car voué à l’échec. L’heure n’est plus à la gestion. Au Bayrouisme. Au raisonnable [*]. Mais à la contre-attaque.
Le temps est venu d’entendre les Todd, les Lordon. Et même, d’une certaine façon, les Montebourg, les Mélenchon. Avec toute la prudence qui, nonobstant, s’impose. Car ces derniers sont avant tout des politiques, non des idéologues purs et durs.
Bref, tout nous invite à la radicalité. Et cette radicalité, elle ne fut que trop peu portée, lors de la « primaire citoyenne ».

Cependant, et quelle divine surprise ! Ce que cette primaire a révélé, ressuscité, c’est une ligne de fracture, celle du 29 mai 2005. Tant mieux ! Merci la crise ! Merci la finance ! Vous avez réveillé un essentiel. Et cet essentiel, c’est un « non » retentissant : non à ce système, non à la mondialisation ! Non, itou, à la moralisation du capitalisme, tant nous le savons, c’est mission  impossible. Un attrape-couillons.

Alors bien sûr, d’aucuns rétorqueront que c’est pur fantasme. Quoi Montebourg ? Quoi Mélenchon ? Ça pèse combien ? 400 000 personnes pour l’un, potentiellement près d’un million pour l’autre. Mais vous êtes minoritaires ! Vous prenez vos rêves pour réalité, ma parole !

Et la dynamique, vous en faites quoi ? La force, le souffle, la ténacité.
Le combat n’a pas encore commencé, si je ne m’abuse ! Or qui sait, de ce qu’il accouchera.
D’un éléphant, vous croyez ?
« D’une souris lepéniste ! » hurlent déjà certains !
Arrêtons-nous, sur ladite souris. Puisque vous insistez.

Car oui, il faut en causer. Tant elle nous ramène, aussi, au 29 mai 2005. A la fameuse ligne de fracture. Les deux France. Du moins, c’est ce que voudraient nous faire croire les journalistes, et autres éditocrates. Ces « laquais », ces « valets » du système.

Le Pen défend la démondialisation ?
Donc, Montebourg, Mélenchon, Le Pen, c’est pareil (et Nicolas Dupont-Aignan, itou) !

C’est extraordinaire, non ? Mais c’est aussi ce qu’ils nous bavaient en 2005. Ah, les charlatans ! Todd a beau s’esbigner à dire, haut et fort, que non, c’est pas pareil, ils n’en ont cure. Normal ! Ils roulent pour le système. Pour que rien ne change.

La vérité, c’est que non, ce n’est pas pareil.
D’un côté nous avons le socialisme, et de l’autre, l’ultra-nationalisme.
D’un côté nous avons des adversaires du néolibéralisme, de l’autre des girouettes. Oui, parfaitement, des girouettes ! Car, pour qui s’en souvient, le Front national est avant toute chose, un parti qui, toujours, a défendu le système capitaliste ; ultra-libéral il est, ultra-libéral il demeure. Sa conversion à la souffrance du peuple, son intérêt soudain pour les classes populaires, n’est que pur opportunisme, dicté par une logique électorale. Et s’il combattit le système ce n’était point l’économique, mais le politique. En d’autres termes : les institutions, la Ve République.
Jamais le Front national n’a été du côté de ceux qui triment, qu’en bavent, qui désespèrent. En revanche, c’est bien le désespoir qui conduisit une partie de l’électorat (de gauche, souvent) à se tourner vers le FN. Il serait désolant, préjudiciable, que cette tendance lourde, enrayée temporairement en 2007, par un matamore, un fanfaron, se poursuivit en 2012.

Mais revenons à notre futur candidat du PS. Soit, il porte les thèmes de Todd, de Lordon, etc., un tant soit peu, soit il reste dans un trip social-démocrate, et Adieu Berthe !
Soit il incarne les valeurs du socialisme, aussi la colère du peuple, l’espoir, l’imagination, le combat contre le néolibéralisme, soit il se contente d’être une alternative au sarkozysme, ce dont on se fout royalement. Car quel intérêt, pour nous, d’avoir demain à l’Elysée, un Sarkozy vaguement social ? Or donc, un Hollande (sorte de Bayrou du PS) ou une Aubry (un delorisme pépère).

Il semble, malheureusement que le candidat du PS ne bougera pas d’un iota ; il restera social-démocrate, pauvre substitut au sarkozysme. Tant pis pour lui, dans ce cas… mais qu’il sache ceci :
Sarkozy, c’est (déjà) fini. Il se peut qu’il ne passe même pas le 1er tour de la future présidentielle ! Et cette obsession à vouloir le battre, cette invitation permanente à nous en débarrasser, notamment par le foutu « vote utile », c’est une diversion. C’est pour éviter de parler de socialisme, du peuple, et du « non » qui gronde,  ce « non » que les médias complices contiennent, en rappelant, par exemple, combien le peuple est résigné.
Non, il n’est pas résigné.
En revanche, si la radicalité n’est pas dans le bon camp, il pourrait très bien voter FN, en masse.
Le FN, c’est lui, l’Adversaire. Oublier ça, c’est se tromper de combat. Todd et Lordon, l’ont compris. Quand est-ce que la « gauche », ou supposée telle, va le comprendre ?

Je m’en tape, moi, d’avoir le PS au pouvoir. Je m’en fous comme de l’an 40 de prendre une revanche sur (la droite, le sarkozysme, etc.). S’il n’est pas socialiste, l’élu, ça ne vaut rien. Ça ne changera pas mon quotidien. Je ne vivrai pas mieux. Je ne serai pas plus heureux. Mais peu importe…

Peu importe, car ce qui compte c’est qu’aujourd’hui nous avons un boulevard devant nous. Et c’est la crise qui l’a ouvert, ce boulevard. Il serait insensé de ne pas le prendre. De ne pas faire savoir, haut et fort, que nous ne voulons plus subir. Nous ne voulons plus être des variables d’ajustement. Des Kleenex. Des Molex.

Tout bien considéré, nous avons l’occasion de prendre non pas notre revanche, mais de poursuivre, reprendre, ce qui fut gagné, éphémèrement, le 29 mai 2005.
Cette date-là n’aura pas été inutile. Soit nous saisissons cette chance, soit nous remettons à demain. Mais rien ne dit, cette fois, qu’il y aura un « demain ».

En définitive, jamais une élection présidentielle, n’aura été, à ce point, importante. Cruciale.
- Sarkozy/Hollande/Aubry/Bayrou/Morin/Etc., c’est le choix de la résignation.
- Marine Le Pen, c’est le choix du repli (sur soi). Or, on ne lutte pas contre le néolibéralisme, la finance, les marchés, en se repliant. Mais en combattant. En affrontant, directement, ce qui nous broie.
Qui plus est, mais je l’ai dit, le FN-du-côté-du-peuple, c’est une énorme arnaque. Mais plus c’est gros, mieux ça passe, n’est-ce pas ?
- Or donc : le seul vrai choix, c’est Todd, c’est Lordon. Pour le moment, il n’y a qu’un candidat qui défend cette ligne : Mélenchon (avec toutes les réticences qu’il suscite, et que je comprends, d’autant que je les partage). Il conviendrait, pour que ce soit plus grand, plus fort, que Montebourg le rejoigne. Et Poutou. Et Arthaud.
Bref, tous nos étendards du 29 mai 2005.
Pour faire de ce jour, en 2012, une victoire, enfin pérenne.


[*] « Nous sommes des gens raisonnables au Parti socialiste ! » a rappelé Martine Aubry, lors du débat dit : décisif.
Eh bien, tant pis pour vous, alors…


NB : A lire d’urgence, si ce n’est pas encore fait :

« Le commencement de la fin », ainsi que : « La démondialisation et ses ennemis » par Frédéric Lordon.
« Le Front national est un front antinational » et « Face au FN, il faut rompre avec deux concepts zombies : le libre-échange et l’euro » par Emmanuel Todd.

 

06 octobre 2011

Ce Qui Plombe Le Parti Socialiste

Passons sur la forme, debout derrière un pupitre, par le temps de parole limité, deux éléments qui concoururent à faire de ces débats quelque chose de passablement guindé. Six candidats dans un carcan. Avec pour s’en échapper, le recours au tutoiement, aux prénoms (« Je suis d’accord avec Martine », « Est-ce que François peut nous expliquer… », « Pas de coups tordus, Arnaud »…).
La forme importe peu. C’est le fond qui compte. Ce qui s’est dit. Et ce que l’on en tire. Un aveu collectif. Celui d’impuissance. Bref : plombant.

Les-Bras-Croisés.gifCe qui plombe le Parti socialiste, ce n’est pas DSK. Mais ceux qui l’ont soutenu. Avant de comprendre, un peu tard, qu’ils étaient dans l’erreur, le déni. Mais, jamais, ils ne feront amende honorable, reconnaîtront qu’ils eurent tort. Tant ils sont pétris de certitudes, d’arrogance, voire de mépris. Pour eux, toujours, « Les jeux sont faits ». Ce ne sont pas des socialistes, mais des croupiers.

Ce qui plombe le Parti socialiste, ce sont ses girouettes, ses opportunistes. Fabius, par exemple. Héraut du « non » au Traité pour une Constitution Européenne, avant, le misérable, de tourner casaque. J’appelle cela : « Trahir la confiance du peuple souverain (de gauche) ».
Plus encore, Jack Lang. Toujours prompt à se ranger dans le camp du vainqueur potentiel. Avant-hier, Royal, hier Aubry, aujourd’hui Hollande. Lang c’est le Séguélisme. L’anti-gauche. Le bobo dans toute son horreur. Langue de bois. Toujours là. Qu’on se demande comment c’est possible. Tant il est grotesque et creux. Petite sangsue. Sans envergure. Faussaire. Et fossoyeur. Une honte totale, insupportable.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est son renoncement. Aux valeurs de la gauche. C’est sa conversion au libéralisme.
Bertrand Delanoë, ce commercial, aura – et comme on l’en remercie ! – eu l’impudeur de l’affirmer, clairement : « Oui, je suis libéral ET socialiste ». Ce qui ne peut être possible. C’est l’un ou l’autre.
En vérité, cet « outing » renvoyait à icelle jospinerie : « Mon programme n’est pas socialiste ».
En bon protestant, rigoureux, austère, sincère, Jospin convenait, entre les lignes, à mots couverts, que son programme était libéral. Donc, non-socialiste.
Delanoë, sous prétexte d’audace, aura voulu réconcilier l’inconciliable. Ce n’était pas de l’audace, mais un abandon. Et les classes populaires, moyennes, ont bien entendu le message. Elles ne reviendront pas. Terra Nova a gagné le combat. En loucedé. Travail de sape.
C’est aux cadres, désormais, que ce parti s’adresse. Aux notables, et autres petits bourgeois.

S’il était honnête, ce parti changerait son nom.
Il n’a plus rien de socialiste.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est une date : le 21 avril 2002. C’est ici, qu’il s’est figé. A tout jamais.
Cette date est primordiale. Elle a tout changé. C’est à partir de là, que tout finit. C’est ici, que commence le renoncement. Que le droit d’inventer succombe au droit d’inventaire. Paradoxalement. Car, on eut pu espérer le contraire. Que justement le 21 avril 2002 réveillât le cadavre. Momifié dans son mitterrandisme. Qu’il retrouvât, alors, ce qu’il avait égaré : sa gauche. Ce souffle formidable, d’espoir, d’imagination.
Mais non. Tétanisé, il n’aura pas compris ce que signifiaient les victoires locales, s’enchaînant, régionales, municipales, européennes. Plus encore le « Non » du 29 mai 2005. Autre date. Autre échec. Dernier sursaut. Balayé par une présidentielle dictée par les seuls sondages. Et la trouille.

Terminées les convictions, les idéologies.

Ce qui plombe le Parti socialiste, c’est la peur de revivre le 21 avril 2002. Ça l’obsède.
Il ne sait pas comment s’en défaire. Il n’a toujours pas compris pourquoi les classes moyennes et populaires l’ont déserté. Alors que la réponse est évidente. Elle crève les yeux. Les urnes, aussi.
Hollande est le représentant de cette obsession, de cette peur. Voilà qui mériterait une analyse. Psychiatrique. Tant il est complexe et paradoxal, le soi-disant « candidat normal ».
La norme pour conjurer le sort, mais quelle est-elle ? Qu’est-ce qui fait norme ? Qu’est-ce que le normal au pays du Front national ? Entre 18 et 20% dans les intentions de vote, du jamais vu, mais qui fait sens : cela dit combien le peuple souffre (de l’absence de gauche).

La réponse n’est pas une conversion au libéralisme, au centrisme, mais à la radicalité.

Ce qui plombe le Parti socialiste c’est l’absence de radicalité. La crise, pourtant, aurait dû le conduire à se radicaliser, justement.
A la colère, pas à l’indignation. Aux idées révolutionnaires, pas à la mollesse.
Mais non, ils, les candidats, ont opté pour la compétence, la crédibilité. Le PS s’est Obama-isé. C’est la droite sociale. Ni plus, ni moins.

Quant à Montebourg, comme hier Hamon, c’est l’alibi. Mais rien en lui, ne transpire la gauche. C’est un jeu. De dupes. Hier soutien de Royal, aujourd’hui démondialiste. C’est (que) de l’image. Montebourg n’a rien de Bové, moins encore de Mélenchon. C’est du côté de Valls qu’il faut plutôt chercher. La « gauche moderne ». Celle de la TVA sociale. Des quotas d’immigration. Une gauche de droite. Et ça n’est point caricature. C’est une réalité. Car c’est la logique même, la poursuite de la conversion au libéralisme du PS. Avec Hollande en synthétiseur. Comme toujours.
 
Et tant pis si Ségolène Royal, lasse, usée, désolée, finit par lâcher cette vérité, la seule entendue lors des trois débats : « Alors nous ne sommes plus socialistes ».
C’est fini. Elle le sait. Et d’ailleurs, elle soutiendra le vainqueur. Les jeux sont faits. Comme dit le croupier.

Pour tout cela, entre autres, ces débats auront été utiles. Ils auront permis une clarification. Une mise au point. Même Fillon salue la performance. C’est dire …

Nous savons, désormais, qu’il n’y a plus de gauche dans ce parti. Il (y) a renoncé.
Il aura refusé, toujours, encore, de prendre la mesure du 21 avril 2002. D’entendre les souffrances, le désarroi. La solitude.
Même la crise n’aura rien changé. C’en est terrifiant.

On aurait pu espérer une rébellion, un combat à mener contre le système régit par le marché et la finance, un combat pour la liberté, mais non ; enfermés dans leur carcan, nos six représentants à grands coups de mots-clés, d’éléments de langage, de formules, statiques, sans colère aucune, sans souffle, sans révolte, auront enterré, publiquement, Jaurès, Blum et même, Mendès-France.
En se tutoyant.

Alors je conçois que beaucoup aient hâte de voir Sarkozy partir. J’entends même que c’est une question de fierté à retrouver. Ce 21 avril 2002 qu’il faut effacer. Aussi.

Mais qu’est-ce que ça veut dire de gagner quand rien n’est grand, beau et fort ?

Qu’est-ce que ça veut dire de gagner pour gagner ? Qu’est-ce que ça va nous apporter ? Si c’est pour vivre dans le même système, les mêmes règles, si rien n’est remis en question. Si Lang est toujours là. Et Fabius. Et tous les autres.

Qu’est-ce que ça va changer au quotidien de ceux qu'en bavent, qu’on humilie chaque jour, à ceux qui espèrent, demain, avoir leur petit coin, rien qu’à eux, enfin se poser, après tant d'années de travail, de servitude ?

Qu’est-ce que ça va changer de porter au pouvoir des hommes et des femmes qui s’accommodent, peu ou prou, d’un monde où le profit, la compétition, le chiffre, passent avant toute chose, avant la vie, avant nous ?

Qu’est-ce que ça va nous apporter, à nous, les laborieux, qu’on écoute pas, des ajustements à la marge ? Sommes-nous donc que cela : une variable ? Qu’on corrige. Qu’on trimballe. Et nous devrions nous en satisfaire ? En être heureux ?

Mais non. Non, il ne faut pas. Il faut résister. Se révolter. Pousser au cul. Il faut les secouer, ces gens-là, ces notables, ces raisonnables. Si tant est que ce soit encore possible. Ou juste envisageable.

Mais quand on regarde le peuple, les bras croisés, ainsi qu’on le voit, sur l’image illustrant cet article, image strauss-kahnienne, à certains égards, avec le terme de "gauche" comme argument de vente, mensonger, que peut-on espérer, tant cette image (qui se voudrait rappel d’une force tranquille, mais qui n’est celle, en vérité, que d’une faiblesse assumée) semble nous dire : « Les jeux sont faits ». Or donc : rien ne va plus.

De ce jeu, de dupes, nous sommes les billes. Les roulés. Les refaits.
Les éternels plombés.

22 août 2011

La Primaire Des Livres

Alors qu’un monde s’écroule, et que pour toute réponse, on s’apprête en haut lieu à nous raboter, et sans anesthésie, nos derniers deniers, que font nos candidats socialistes à la primaire ?
Eh bien, ♫ tous ensemble, tous ensemble, ouais ♫  ils publient (chacun de leur côté) un livre.
Indispensable, cela va de soi.

A-Se-Flinguer.jpgOn imagine déjà la ruée – que dis-je ! Le rush ! - des citoyens-électeurs de ce pays vers la librairie la plus proche, impatients de dévorer ces ouvrages passionnants, tant c’est bien connu, les politiques savent mieux que quiconque nous gratifier de bouquins renversants, éclairés et sincères... De livres évitant consciencieusement clichés, formules éculées et autres lieux communs... La bonne preuve : personne, ou quasiment, ne les achète. Pas même des collectionneurs. Ce sont d’authentiques bides certifiés.
Avant même qu’ils ne soient sortis, on baille à s’en péter les mâchoires.
J’ajoute que, les malheureux qu’ont commis la bêtise de faire l’emplette d’un de ces recueils remplis de phrases mille fois lues, invariablement plates, formatées à la virgule près, n’arrivent même pas à les refourguer ensuite sur eBay.
Et pourtant, Dieu sait dans un pays laïc, ce qu’on parvient à vendre comme breloques immondes sur ce site !
Mais les ouvrages politiques, non. Personne n’en veut. Même d’occase, bradés à 0,5€.
C’est dire ! Si ça ennuie sévèrement – et à juste titre – le citoyen, ce genre de pensum.

C’est vous dire, aussi, si nos éditeurs français ont comme la fâcheuse propension à foutre l’argent par les fenêtres (mais comme ce sont les leurs, de fenêtres, et itou leur pognon, après tout, ça les regarde – mais qu’ils ne viennent pas geindre, ensuite, comme ils le font assez régulièrement).

Nonobstant et à décharge, comment pouvez-vous refuser d’éditer les pompeuses et pompantes éculeries d’une Ségolène Royal, d’un François Hollande, d’un Jean-Michel Baylet ou d’un Manuel Valls quand, d’un autre côté, vous publiez les mémoires d’une starlette locale de 30 ans, Laëtitia Milot, les introspections pathétiques d’un Jean-Marc Morandini ou les textes radiophoniques d’un Stéphane Guillon ou d’un Guy Carlier ?
Il faut s’être rendu, au moins deux fois, dans un salon du Livre (sorte de foire aux bestiaux où l’on bâfre et médit), quel qu’il soit, pour mesurer l’ampleur du désastre. Et d’ailleurs, c’est bien simple, plus aucun auteur digne de ce nom ne s’y rend. Vous n’y trouverez, dans ces salons, que des Aznavour, des Zemmour, des Pietri et des Bogdanov. Et donc, aussi, des politiques. Qui se font damer le pion par la starlette de Plus Belle Le Vie.

Mais ce qu’il y a de plus incroyable, c’est que le politique puisse encore penser que, par ce biais, celui du livre, il va convaincre l’opinion.
Susciter – comme il dit – un élan.
Pour que cela fût possible, encore faudrait-il qu’il y ait à becqueter dans lesdits livres. Or, dans l’immense majorité des cas, il n’y a rien. Rien de lui ou d'elle. Rien qui suscite le désir. Rien qui donne envie de se lever, de se battre. Pas plus qu’on y trouve une âme. Ni même des clés pour sortir du merdier où nous sommes. 
En réalité, ces ouvrages rébarbatifs ne sont édités que dans un seul but : occuper l’espace médiatique, promouvoir le candidat-auteur (si tant est qu’ils aient, pour certains, écrit plus de trois paragraphes ou chapitres).

Non mais, honnêtement, qui a envie de se fader les discours prononcés par François Hollande entre 2009 et 2011, puisque tel est  – en partie – le contenu de son ouvrage intitulé Le Rêve Français ? [1]
N’aurait-il pas été plus judicieux, adéquat, de le proposer en téléchargement sur le Net plutôt que d’encombrer les rayons déjà surbookés de livres inutiles ?

Qui brûle d’impatience de faire l’acquisition de L’Audace A Gauche. 30 Propositions Pour La France signé par l’inamovible président du PRG, Jean-Michel Baylet ?
Baylet qui, rappelons-le, n’est candidat à la primaire que pour une seule raison : nous faire grossièrement oublier que cette primaire qui devait être celle de toute la gauche n’est, à l’arrivée, qu’une compétition entre socialistes dévorés par leurs égos et leurs haines respectives.

Qui va goulûment se précipiter sur L’Energie Du Changement vite expédié par Manuel Valls ?

Au passage, vous noterez que, déjà, rien que les titres nous donnent fissa l’envie de fuir tant on devine l’ennui considérable qui nous attend... C’est quand même extraordinaire d’arriver à dégoûter le lecteur dès le titre ! Tellement il est convenu, pauvre assortiment de mots-clés, éculés, comme :
« Energie », « Audace », « Changement », « Rêve » ou « Propositions ».

Mais je vous ai réservé le meilleur (du pire) pour la fin.
Et sans aucune surprise, c’est encore Marie-Ségolène Royal qui bat tous les records.
Visez un peu :
Lettres A Tous Les Résignés Et Indignés Qui Veulent Des Solutions.
Si tu voulais jouer au titre-le-plus-long, ô combien grandiloquent, bravo Madame, tu as gagné cette manche, haut la main et les doigts dans le nez !
Ah ! Et puis, cette double référence à François Mitterrand (Lettre A Tous Les Français) et Stéphane Hessel (Indignez-Vous !) c’est assez pertinent, non ?... Pensez !... D’un côté Mitterrand, l’homme qu’a flingué la gauche en la caviardisant, boboïsant, dévoyant (« Entre ici ! Bernard Tapie ! ») la vidant totalement de sa substance jaurésienne pour la convertir à un libéralisme irréfléchi ; et de l’autre, Papy Hessel qui, via un fascicule paresseux (qui pourtant connut un succès effarant ; preuve en est que décidément ce monde va très mal) a néanmoins titillé la jeunesse de cette planète, jeunesse qui, depuis, squatte mollement quelques places urbaines, seul signe ostensible de son indignation, avant de rentrer sagement chez elle, poster quelques photos impérissables de sa colère assise sur un réseau social lambda. [2]
Comme références, nous voilà terrifiquement édifiés.
Le seul point vaguement ségoléniste dans ce titre, c’est le terme pluriel de « Solutions », nouvelle marotte de la Royal, déjà piètre oratrice, ânonnant jusqu’à plus soif des formules creuses comme  « ordre (social) juste » ou donnant dans l’incantatoire avec, donc, ce : « Je serai la présidente des solutions ».
Alors vous imaginez, des pages entières sur ce mode-là, mais c’est à se flinguer ! Et d’ailleurs, c’est édité chez Plon.

Reste deux autres candidats : Arnaud Montebourg et Martine Aubry.
Que nous allons remercier chaleureusement.
Surtout le premier.

En effet, Montebourg ayant déjà publié, il y a peu, deux sommets d’ennui mêlant naïveté feinte, et – là encore – grandiloquence au cube (Des Idées Et Des Rêves puis Votez Pour La Démondialisation) il passe heureusement son tour, préférant mettre en ligne sur le Net un document humblement intitulé : Mon Projet Pour L’Ecole.
Effectivement, le Net est le meilleur vecteur pour ce genre de prose. Or donc, bravo mon démondialiste, et surtout merci de ne point polluer nos librairies, et autres supermarchés de la littérature low-cost.

Quant à Martine Aubry, ayant déjà été cirée par Isabelle Giordano, elle zappe également cette rentrée plus primaire que littéraire ; de fait, je serais tenté de lui filer, derechef, 1500 points S'Miles, sauf que…
Sauf que, mon petit doigt me dit qu’elle a bien un ouvrage sous le coude, comme de bien sûr profondément barbant et sans grand intérêt, mais qu’elle nous le réserve pour la fin de cette triste année. Soit après qu’elle ait été désignée candidate du PS à la présidentielle 2012.

En guise de primaire, nous allons donc avoir droit à l’indigeste promotion de ces livres-repoussoirs, à la télé, à la radio et dans la presse. [3]
Alors que, franchement, des documents pdf. auraient aussi bien fait l'affaire (surtout vu le contenu).
Parce que, vous comprenez bien que publier un livre stéréotypé, formaté, sans âme ni souffle, c’est une chose, mais ensuite, il faut le vendre !
Et ça passe par la promo.
Voilà ce qui va donc occuper nos candidats, et le terrain médiatique, pendant quelques semaines.
Ce qui éloigne d’autant plus, la tenue de débats, de confrontations et autres joutes entre nos écrivains du dimanche... Tout portant à croire, en effet, vu comme c'est barré, qu’il y en aura pas bezef.
C’est vous dire si cette primaire présentée, d’une part comme étant celle de toute la gauche, d’autre part comme un modèle démocratique, s’annonce plutôt comme étant une aimable fumisterie.
Manquerait plus que DSK, revenu du diable vauvert, nous sorte son bouquin made in Sofitel, pour que la fête soit complète.


[1] A noter que c’est l’ouvrage de François Hollande qui bénéficie du plus gros tirage :
50 000 exemplaires !
C’est pas un tantinet présomptueux, 50 000 exemplaires d’emblée, pour un candidat dit « normal » ?
S’il en vend ne serait-ce que le cinquième, ce ne sera pas si mal. D’autant – rappelons-le – qu’il ne s’agit que d’une compilation de ses « meilleurs » discours. Un DVD aurait suffi, cher monsieur...

[2] Oui, parce que, voyez-vous, cette jeunesse pense – ne riez pas ! – que la révolution (ou au minimum le changement, voire la mutation) passe par les réseaux sociaux.
Elle n’a pas compris, cette jeunesse, que c’est toujours Jean-Pierre Pernaut qui fait la loi, la pluie et le beau temps dans ce pays. Qu’elle est plutôt là, la puissance de feu.
Voyez, comme on n’est pas sorti de cette putain d’auberge gangrénée par la seule loi des Marchés.

[3] Y compris la presse people. Et peut-être même : elle, avant toutes les autres.
Car, ne sont-ce point, à la réflexion, des ouvrages moins politiques que people ?

28 juin 2011

Après Le Candidat Normal, La Candidate Minimale...

Bon sang, mais quel ennui ! Cette déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Martine Aubry… De tout, ça manquait de tout : de souffle, de vie, de force. De tout ce qui pourrait vous transporter, vous faire dire que : ah mais quelle audace ! Quel panache ! Monte le son, chérie, c’est énorme ce qui se joue, là, derrière ce pupitre !
Mais non ! Au lieu de ça, une récitation, remplie de termes convenus, éculés, de mots-clés…
Diantre ! Après la bravitude, serait-il donc venu, le temps de la rebarbatitude ?

La-Mollitude.jpgOh bien sûr, nous ne sommes pas en campagne. En plein dans la bataille. Celle d’avant le premier tour... Or donc, il ne fallait point s’attendre à de grandes envolées lyriques, à des : « Ni Washington, ni Bonn, ni personne (…) Ni le grand capital, ni les multinationales (…) Aucune puissance au monde ne me fera dire autre chose que ce que je pense » [1]... Un tantinet théâtral, certes, mais la tribune, madame, c’est aussi du théâââââtre ! Vous qu’en pincez pour la culture, vous devriez le savoir !

Mais enfin, si c’est autant le désordre [2] la bérézina, le déclin, la cata, qu’elle part à vau-l’eau la France [3] un peu de colère eût été la bienvenue ! Celle qui sied au combat. Avec la voix qui porte. Tonnerre laïc ! République des « camarades » nous voilà !
Mais penses-tu !...
Ça ânonne, et pis c’est tout.
Ça dit « Je veux… » [4] et pis voilà.
De la platitude à tirelarigot.
Du basique, du primaire. Qui ne fait de mal à personne. Mais pas plus de bien, non plus.

Rien, ah mais rien dans ses mots, son ton, ses gestes même (plus statique que ça, c’est juste pas possible), rien qui pourrait soulever les foules, le peuple, celui pour qui c’est marre, celui qu’en peut plus.
C’était rien d’autre qu’une petite rédaction mal jouée, mal envoyée, mal dégauchie.
C’était misère !

Mais bon sang de bonsoir, quand on se présente à ses compatriotes pour les informer qu’on aspire à la plus haute fonction de ce pays, on incarne, on porte, on « yes I can » ! Avec force. Et poing levé... On irradie ! Même si l’heure est grave…

Quand on se déclare, au peuple on prend sa colère, son désarroi, sa rage même, et on transcende, on traduit, on exprime, haut et en couleur ; on l’envole, le peuple. On l’emmène avec soi.
On le venge, par les mots. Rien qu’une fois.

Mais là, dans cette ancienne gare de Saint-Sauveur, il reste à quai, le peuple. Comme abasourdi.
Hébété.
Assommé de mots-clés, toujours les mêmes, mille fois esgourdés, comme :
« changer/changement », « rassembler/rassemblement », « injuste/juste/justice » et tutti.
De phrases toutes faites, qu’engagent à rien, juste là pour meubler, telle que :
« Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent et permettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Les parents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants. ». [… consternitude…]

Oh, bien sûr, se déclarer, ce n’est pas énoncer un programme, des propositions ; c’est de l’esquisse, du survolage, un exercice de style ; sauf que, le style, je le cherche, et ne le trouve point.
Quant à l’espoir, pas un gramme... Et la gauche, nada, absente. Comme si c’était devenu un gros mot… Alors vous pensez, le socialisme, là, c’est même plus en rêve, c’est banni. Interdit. On oublie.

Or donc, mais quel ennui ! De l’ankylose au carré. De l’anesthésiant. De la mollitude. Rien d’habité. Rébarbatif comme rarement. Sidération à l’envers. Non-évènement terrifiant. De vacuité... Même pas le minimum syndical... Vous avez dit : anormal ?
Mais que faudrait-il alors, autre qu’une crise « sans précédent », pour que ça sorte ?
Une guerre atomique ?
Que faudrait-il pour que ça se présente devant le peuple, magnifique, scotchant, tellement renversant ?
Une apocalypse ?

Alors qui ?... Quel candidat pour le Parti prétendu socialiste ?... Après s’être fadé ce discours sans relief, sans aspérité, insuffisant au regard de la colère, du désarroi, du dégoût ?
Si ce n’est pas Aubry, alors, ce ne peut être que Hollande ! Au moins, y’a du tribun, dans cet homme-là. Comme une flamme. Pas lerche. Mais ça suffira... Un Bayrou déguisé en socialiste, mais qu’a du verbe, de la répartie, voire de la taquinerie et de l’éclat ; ma foi, pourquoi pas ?...

… Ah oui, messire, l’Arnaud, le Montebourg. Le démondialisateur... Ce serait, oui, audacieux. Et, entre nous, quitte à perdre, mieux vaudrait que ce soye avec la « nouvelle » génération. C’aurait plus de gueule. Qu’avec des connus, des qu’on a trop vus... Ah oui, c’aurait, pour l’occase, du panache.
Mais faut pas rêver. Même avec des idées.
Cette primaire se jouera entre anciens de la rue Solferino.
Entre le François et la Martine.
Et la clé, de ce match, qui la détient ?... Le militant ?... Le sympathisant encharté ?... Que nenni !... C’est la Royal, la Ségolène. C’est elle qui donnera le « la »... Après le 9 octobre… Quand elle appellera à voter pour Martine (... ou François).

Alors son fan-club, les ségolénistes ad vitam, sorte de secte la prenant pour Sītā, obtempèrera. Et bonsoir Clara !
C’est aussi simple que ça.

Aussi simple, plat et minimal qu’une déclaration de Martine Aubry.



[1] François Mitterrand, meeting de Toulouse, 25 avril 1981.

[2] « Désordre(s) » est avec :
« changer/changement », « pouvoir », « juste/injuste//justice », « rassembler/rassemblement » ainsi que : « aujourd’hui », le mot-clé de cette déclaration.
Il fut prononcé cinq fois.

[3] « France » a été le terme le plus employé par Martine Aubry : pas moins de treize fois.
Contre six pour le mot : « Europe ».
Les mots « gauche » et « socialiste » n’ont été prononcés qu’une seule fois chacun.
En revanche, trois fois Martine Aubry évoqua l’ « écologie ».
A noter que « vie » fut utilisé par quatre fois. Pourtant, c’est pas vraiment ce qui ressortait de cette déclaration ; la vie. Tellement on s’ennuyait à mourir…

[4] Martine Aubry aura dit huit fois : « Je veux… ».
Incantatoire, donc.


13 juin 2011

Supprimons L’Election Du Président De La République Au Suffrage Universel

Quelle est l’élection qui, en France, mobilise le plus d’électeurs ?
La présidentielle.
Hormis le second tour de 1969 (qu’opposait Alain-blanc bonnet-Poher à Georges-bonnet blanc-Pompidou) le taux de participation a toujours été supérieur à 70% [1], dépassant même, dix fois sur seize, les 80%.
On pourrait s’en réjouir, y voir, là, un signe de bonne santé de notre démocratie.
Or, ce n’est pas le cas.

La-VIe-République.jpgCar pendant que la présidentielle capte l’électorat (et les médias), les autres élections (municipales, cantonales, régionales, législatives et européennes) perdent, scrutin après scrutin, des électeurs.
Ils n’étaient que 46,33% à s’exprimer lors du premier tour des régionales 2010 (77,93% en 1986) 44,32% au premier tour des cantonales 2011 (69,95% en 1992) tout de même encore, et c'est heureux, 66,64% au premier tour des municipales 2008 (78,80% en 1978).

Quant aux législatives, la dernière fois que le taux de participation fut supérieur à 70%, c’était lors du second tour de 1997 (70,97%).
Depuis que cette législative suit la présidentielle, elle ne mobilise plus (autant) ; or donc sur la période 2002/2007, que 62,42% au premier tour, et 60,14% au second, contre respectivement 78,5% et 78,76% pour la période 1958/1978, et 70,18% et 70,85% pour la période 1981/1997 [2].
Nous observons une baisse flagrante et constante de la participation pour cette élection, pourtant majeure qu’est la législative. Majeure, car qui, hormis le maire, est le plus proche d’un citoyen, sinon son député (qui, au passage, est souvent maire de sa commune) ?

Reste les européennes, qui n’ont jamais connu un grand succès, où nous sommes passés d’un taux de participation de 60,71% (1979) à 40,63% (2009). Etrangeté, bizarritude totale, quand on sait que c’est au Parlement européen que tout se décide
En effet, est-ce le président de la République qui peut influer en quoi que ce soit sur les directives de Bruxelles, voire les caprices de l’Allemagne, ou, un tant soit peu, les députés européens ?...
Le citoyen-électeur français est assez curieux. Sa faculté à se mobiliser en masse sur une seule élection – la présidentielle – semblerait accréditer la thèse qu’il croit en « l’homme providentiel », à celui qui va le sauver (ou le protéger).
Ce qui est un leurre total. Il n’y a pas plus éloigné du peuple, et de fait, que l’homme de l’Elysée…

L’abstention (progressive) aux diverses élections intermédiaires est moins due à un désintérêt du citoyen pour la chose publique et politique qu’à une polarisation exagérée sur un seul scrutin, cette présidentielle que le média nous présente comme capitale pour la nation... La rencontre entre un homme et le peuple, nous assure-t-on... Mais quel romantisme, dites-moi ! Ce doit en être, sinon, on n’aurait pas fait de François Mitterrand, un personnage de roman... De Sarkozy (mais aussi de Chirac, Villepin, Dati, etc.), un héros de cinéma.
Mais enfin, si véritablement le citoyen se désintéressait de la politique, comment expliquer qu’il se rue sur les urnes, la présidentielle venue ? D’aucuns – et ils n’auraient sûrement pas tort – objecteront que ça n’a, au fond, pas grand-chose à voir avec la politique. Nous sommes, en effet, tout bien pesé, et de plus en plus, dans une sorte de compétition sportive, un duel de supporteurs, voire un jeu qu’aurait moins à voir avec « Que Le Meilleur Gagne » que « Le Moins Pire L’Emporte », avec comme animateurs-commentateurs, les journalistes (qui donc, de fait, ne sont plus véritablement des journalistes). Pas très loin d'une vulgaire émission de télé-réalité. Un show. Un cirque. O combien médiatique (business is business) !
C’est ainsi qu’à ce jeu du « Moins Pire » on atteignit des sommets en 2002, avec un Jacques Chirac réunissant 82,21% des suffrages exprimés alors qu’il n’en avait récolté que 19,88% au premier tour (13,75% des inscrits).
Dans un autre style, on pourrait avancer l’idée qu’une partie non négligeable des électeurs ayant voté Ségolène Royal au second tour de la présidentielle 2007, l’ont moins fait par adhésion à ses idées, que pour barrer la route à Nicolas Sarkozy.

En réalité, la dernière élection où nous eûmes à faire un choix politique clair, je veux dire à choisir véritablement entre deux projets de société, et non deux personnes, c’est l’élection présidentielle de 1974. Et non celle de 1981, où, quoi qu’on en dise, une envie d’en finir avec Giscard a été déterminante.
1981 n’a été que le début de la fin. A commencer par la disparition progressive du clivage droite/gauche (entériné par la chute du communisme, puis par la construction européenne où les différences entre PS et UMP sont faibles et... par trois cohabitations). [3]
Ce n’est pas le fait du hasard si, aujourd’hui, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et quelques autres, causent d’UMPS.
Bref, en trente ans, nous serions passés de « la bande des quatre » (RPR, PS, PCF, UDF) au (pseudo) bipartisme ; (pseudo) bipartisme que le média distrait par l’introduction d’un concept dit du troisième homme.
Mais surtout, et avant tout, nous sommes désormais dans la personnalisation
.
Nous votons plus pour (ou contre) un homme que pour un projet de société. Plus pour (ou contre) un homme que pour un programme (ou un choix) politique. Et quand il se représente devant les électeurs, qu’il remet son titre en jeu, ce n’est pas son bilan qui primera. C’est lui. Veut-on encore de lui ou pas ?
Voilà à quoi nous sommes réduits. C’est maigre. C’est rien. Rien d’autre qu’une entourloupe.

Eh bien c’est avec ce « lui » qu’il faut en finir. Or donc, en terminer avec l’élection du président de la République au suffrage universel. Ainsi que le préconisait Michel Rocard en août 2006 [4]. C’est le seul moyen de rendre le pouvoir (ou, un tant soit peu de pouvoir) au citoyen, donc de redonner du sens à notre démocratie.
Le président – ou : chef du Parlement – doit être désigné par l’Assemblée nationale. Ce qui signifie que les élections législatives deviendront un des rendez-vous majeurs de notre vie politique. Avec un mode de scrutin revu et corrigé, permettant de prendre en compte la diversité d’opinions, d’idées et d’aspirations de nos concitoyens. C’est cette Chambre (enfin !) représentative du peuple français qui, suivant la majorité qui s’en dégagera, nommera, par un vote, le Cameron ou la Merkel, chargé de constituer un gouvernement.

Il ne s’agit aucunement de revenir en arrière, à un système bancal, comme celui de la IVe République. Mais de tirer les leçons de la Ve.
Et ces leçons tirées, de proclamer une nouvelle ère, moderne, adulte, responsable, respectueuse des citoyens, plus proches d’eux, qui n’a rien à voir avec la fausse-bonne idée dite de « démocratie participative » prônée par Ségolène Royal (qui n’est, en réalité, qu’une démocratie d’opinion – laissons cela à RMC Info) ni même avec un système référendaire (très prisé par le FN), mais avec une VIe République, qu’un temps, le « socialiste » Arnaud Montebourg défendait avec un peu plus d’ardeur que présentement.
Il conviendrait, d’ailleurs, que le candidat PS issu des primaires, fasse sienne cette proposition du député de Saône-et-Loire, et la porte durant la campagne présidentielle 2012. Plus qu’il ne conviendrait, c’est une exigence.

Posons-nous les bonnes questions.
Que nous apporte, concrètement, aujourd’hui, l’élection d’un président de la République au suffrage universel ?
Est-ce par ce mode de fonctionnement que notre société peut évoluer, progresser ? Et, plus directement, à quoi sert-il ? Et qui sert-il ?
En donnant plus de pouvoir au Parlement, donc aux citoyens, nous revivifierons notre démocratie. Les enjeux seront plus clairs. Evidents. Nous redonnerons, en outre, plus de poids aux élections intermédiaires et locales, comme les régionales, les cantonales et les municipales. Nous redonnerons à la politique, sa force, son sens, et ses lettres de noblesse.
Ce faisant, ce pouvoir accordé au Parlement, déterminant, pourrait contribuer, à terme, à rendre les élections européennes plus attractives, car le citoyen aurait plus conscience que c’est là que tout se joue.

Comment peut-on croire, en 2011, que c’est un homme, un seul, qui va régler nos problèmes ?
Comment peut-on croire, en 2011, en un système monarchique, aristocratique, oligarchique, qui n’a de républicain que le nom ?


[1] Excepté le second tour opposant Alain Poher à Georges Pompidou (68,85%) les autres « tours » de présidentielle ayant le moins mobilisé d’électeurs, sont le premier tour de 2002 (71,60% de participation) le premier tour de 1969 (77,59%) le premier tour de 1995 (78,38%) et les seconds tours de 1995 (79,66%) et de 2002 (79,71%).
Concernant la présidentielle de 2007, le premier tour est le 3ème meilleur premier tour de l’histoire de la Ve République avec 83,77% de participation, le second n’étant que le 5ème (83.97%) derrière ceux de 1974 (87,33%), 1981 (85,85%), 1965 (84,32%) et 1988 (84,06%).

[2] Depuis l’inversion du calendrier décidée par le Premier ministre Lionel Jospin, jamais les législatives n’ont aussi peu mobilisé : 64,42% au 1er tour de 2002, et 60,31% au second.
C’est pire en 2007, avec 60,42% au 1er, et 59,98% (un record sous la Ve !) au second.

On aura observé, itou, un taux de participation plus faible qu’à l’accoutumée après les élections présidentielles de 1981 et de 1988, où le président – François Mitterrand dans les deux cas – fraîchement élu, décidera d’une dissolution dans le seul but de demander au peuple de lui octroyer une majorité au Parlement ; ce qui tend à démontrer que le couplage présidentielle/législatives tue les législatives, et d’une certaine façon, la « démocratie réelle »

Le dernier scrutin tutoyant les 80% de participation est celui de 1986 (78%), le seul de l’histoire de la Ve République à un tour et à la proportionnelle.

[3] Le (pathétique) : "Je voterai François Hollande" d'un Chirac très affaibli physiquement (entre autres...) n'est que la confirmation de cette disparition du clivage droite/gauche.
Clairement, ça se joue désormais ailleurs...

[4] Extraits d’un entretien accordé par Michel Rocard (ancien candidat à l'élection présidentielle, celle de 1969) au site internet LCI.fr, le 31 août 2006 :

Rocard : Il faut supprimer l'élection du président au suffrage universel. Ce scrutin est aujourd'hui dévoyé. Il n'est plus le choix du patron de la France. Il sert à mesurer l'importance de tout courant d'idée pesant plus de 2% dans l'opinion, à droite comme à gauche. Du coup, la présence au second tour ne sera permise que pour un candidat dont le camp est le moins éclaté. C'est effrayant car ça revient à réduire le choix du chef de l'Etat à un jeu de dés. Un nouveau 21 avril est possible, disent les sondages. On verra bien le résultat, je fais part ici de mon inquiétude.

LCI.fr : Quelle est votre solution ?

Rocard : Limitons les pouvoirs du chef de l'Etat à la continuité de l'Etat et la garantie des valeurs suprêmes et faisons-le élire par le Parlement. Le débordement médiatique actuel autour de l'élection d'un homme aux pleins pouvoirs fausse le jeu. Sans tout ce sacré et cette gravité accompagnant le scrutin présidentiel, les acteurs du débat seraient des professionnels expérimentés. Tous ces métiers sont difficiles. Il vaut mieux avoir quelqu'un connu pour ses fortes capacités. Or dans le système médiatique actuel, les personnalités émergent très vite. Nicolas Sarkozy n'est pas tellement plus expérimenté que Ségolène Royal. Ce n'est pas une critique mais un constat, il apprend le métier. Il n'a ainsi jamais eu de responsabilités internationales...


30 novembre 2010

L’Emmerdeuse

 

Ségolène Royal Présente ....jpg



Martine : Il dit quoi, Pignon ?
Dominique : Je sais pas ... On dirait qu’il se nettoie les doigts ..
François : Je ne me nettoie pas les doigts, je réfléchis.. Et arrêtez de m’appeler : Pignon !

[L’Emmerdeuse – Un film de Ségolène Royal, depuis hier sur vos écrans – A suivre : Le Dîner De Cons, sortie prévue : automne 2011]



"C'est toujours sympa d'avoir des petits candidats un peu farfelus qui concourent à la fonction suprême" [Ben - France Inter - 30 novembre 2010]



 

02 septembre 2008

Moscoveni, Moscovedi, Moscopasvici

Ah !
Pierre Moscovici !

Et Un De Moins !

Tu sais à qui tu me fais penser, Pierre ?

A Lionel Jospin !

[Je sais, Pierre, c'est terrible ..]

Ce bon vieux Lionel qui, du bout du bout de ses lèvres, se demandait s'il n'avait pas fait preuve de "naïveté" lors de sa campagne présidentielle de 2002 en n'allant pas chatouiller son Chirac de renard sur le thème de la "sécurité".

Et c'est bien cela, la naïveté, qui a emporté les dernières chances de Pierre Moscovici, celles d'accéder, en novembre prochain, au poste de premier secrétaire du Parti présumé Socialiste.

Tant il faut être bien naïf, ou pire encore, pour n'avoir rien vu venir.

Non mais que croyais-tu, Pierre ?

Que les Fabius, les amis de DSK ou cette belle girouette de Montebourg (le Jack Lang du 21ème siècle) allaient fidèlement te soutenir, amicalement te porter, fraternellement te sacrer, comme ils te l'avaient promis ?
C'était bien mal les connaître !

M'enfin, ne te souviens-tu pas des énormes peaux de banane qu'ils parsemèrent sur le chemin présidentiel - des primaires jusqu'au premier tour - de Marie-Ségolène ?

Car ce n'était point le camp adverse qui sortait quelques vidéos ou quelques déclarations d'antan décrédibilisant la dame de Melle, mais bien tes propres camarades, en premier lieu les Fabiusiens et les Strauss-Kahniens !
Ils ne sont pas comme toi, désintéressés, ces gens-là.
Ce sont des "combinards" de catégorie une, des "tambouilleurs" d'élite, des "ourdisseurs" de première !

Ils t'ont laissé croire, pauvre poire, à leur soutien pour mieux t'endormir, pour mieux te trahir.
Ils t'ont laissé occuper l'espace médiatique durant ces derniers mois, se disant que, enfin exposé, dans la lumière, tu t'emballerais, jusqu'à en devenir quasiment aveugle, jusqu'à ne pas voir l'impensable :
Une alliance de tes "nouveaux amis" avec la Dame de Lille.
La Martine.
L'Aubry.
Ce que tu constatas, amer et claqué, le week-end dernier, aux Universités d'été de La Rochelle !


La Chèvre De Fabius & DSK

Pourquoi elle, tu te demandes ?

Parce que, quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise, elle ne sera jamais "présidentiable".
Donc pour "eux", en aucun cas un obstacle.

Oh, bien sûr, elle espère l'inverse, elle s'imagine un destin royal, un avenir qui vaudrait de l'or.
Mais son manque de charisme, le poids de ses 35 heures et l'antipathie qu'elle suscite, ne la mettront jamais en position de vainqueur potentiel.
Mais bon, si elle pense qu'elle a ses chances, se sont-ils dit, autant le lui laisser croire en lui filant un os à ronger :

Le poste tant envié de premier secrétaire.

Avant de la renvoyer dans sa niche quand s'engagera la fratricide bataille qui, fin 2011, opposera François Hollande, DSK, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, et, peut-être, mais ça m'étonnerait fort, Marie-Ségolène Royal.
Ça m'étonnerait, oui, car je te fais le pari qu'elle perdra la présidence de la région Poitou-Charentes aux Régionales de 2010, et cette défaite scellera définitivement ses ambitions présidentielles.

Choisir Martine Aubry, c'était à vrai dire, géostratégiquement, leur seule option, bien qu'un choix par défaut.

Passons sur le cas Marie-Ségolène, ils la détestent.
Et pis d'abord, ils pensent, et à raison, qu'elle n'a aucune chance de décrocher le poste de premier secrétaire.
Ils se réjouissent déjà de sa mort politique.
Alors à quoi bon s'en soucier.

Restait Bertrand Delanoë.
Comment l'empêcher au vu de sa côte de popularité d'emporter le morceau ?
Eh bien, c'est simple !
Ils t'ont dit que les militants ne referaient pas deux fois la même connerie, sacrer un homme sur sa côte de popularité, comme ils le firent en novembre 2007 en portant leurs suffrages sur Marie-Ségolène, par les sondages convaincus de ses réelles chances de battre Nicolas Sarkozy dans la course à l'Elysée.
Qu'il valait mieux, dans l'intérêt du Parti ne point sacrer un champion des sondages (en réalité un "présidentiable" redoutable pour "eux") mais un homme raisonnable - toi, en l'occurrence - désintéressé, juste soucieux de remettre un peu d'ordre dans la "famille", d'être un arbitre, mais un arbitre n'ayant pas oublié l'année venue (2012) qui l'a aidé (Fabius, DSK) à conquérir le leadership du Parti.

Et tu les as crus ?

Tu es effrayant de naïveté, Pierre ..

Et ils l'ont TRES bien saisi.

A tel point qu'ils continuent en t'envoyant Montebourg pour - c'est son job - arrondir les angles, comme par exemple, j'en mettrais mes deux mains à couper, te proposer une place pour le moins enviable au sein du prochain bureau politique dont Martine Aubry sera la Thatcher en chef.

Et, comme de bien entendu, grand naïf que tu es, tu ne sauras refuser.

Bonne nuit, Pierre ...

... Et, Adieu, les socialistes !

 
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