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24 avril 2009

Que Savez-Vous De La Souffrance, Arlette Chabot ?

C’est en regardant “A Vous De Juger” hier soir sur France 2, que subitement j’eus envie de séquestrer quelqu’un.

Tellement c’était insupportable.


Une Emission De Sévices Publics

Deux sujets y étaient traités. :

- Le second “Sarkozy, Deux Ans Après” était, comme son titre l’indique, grotesque. C’est le genre de thème qui n’intéresse que le microcosme journalistique. Mais nous, vulgairement, on s’en branle.

- Le premier était en revanche - sur le papier - fort intéressant, puisqu’il était censé aborder le “où en est le dialogue social ?” à une semaine des cortèges de la Fête du Travail, dresser un état des lieux des propositions gouvernementales et syndicales alors que ici et là, encore et toujours, des usines ferment envoyant vers un Pôle Emploi fonctionnant de guingois, voire "dysfonctionnant" totalement, des milliers de salariés.

La logique, du moins la mienne, voudrait que lorsqu’on parle de dialogue social, on en fasse la démonstration. Je veux dire que l’on mette en présence et face à face (un ou) des membres du gouvernement et (un ou) des représentants syndicaux.
Mais cette logique, voire cette évidence, est totalement étrangère au média dominant qu’est l’outil télévisuel, car soucieux de rester dominant.

Or donc, Arlette Chabot reçut d’abord et ensembles Jean-Claude Mailly (Secrétaire général de FO) Bernard Thibault (Secrétaire général de la CGT) et François Chérèque (Secrétaire général de la CFDT) PUIS, donc sans les représentants pré-cités, le seul Brice Hortefeux, Ministre du Travail, des Relations Sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville (rien que ça, oui ..).
Nous étions là dans ce que j’appelle une configuration blog. A savoir que les représentants syndicaux postaient un billet, ensuite de quoi, Brice Hortefeux venait le commenter mais sans que ses auteurs puissent répondre ou sur-commenter, vu qu’ils étaient dépossédés de la modération de leur billet au profit de Brice Hortefeux et .. Arlette Chabot.

Quelle étrange conception du dialogue, non ?

Dans cette configuration, Arlette Chabot était moins une journaliste (mais l’est-elle encore ?) qu’une médiatrice. Encore que, quand on endosse ce rôle-là, celui de médiateur, on se doit d’être relativement neutre, rappeler objectivement, autant que faire se peut, à l’un les arguments des autres, j’entends par objectivement, le souci de ne point travestir, même légèrement, le moindre de leurs mots, ce qui, hélas, ne fut pas le cas.
Il sautait aux yeux que le ministre n’était pas traité par le "média dominant" de la même manière que les représentants syndicaux. Et d’ailleurs, et de façon très calme, mais sûrement bouillonnant à l’intérieur, Jean-Claude Mailly précisa à Madame Chabot qu’ils n’étaient pas, les syndicats, des “zozos”.

Que s’était-il passé pour que le secrétaire général de FO crut devoir préciser à cette dame qu’il n’était un “zozo”, mais un “homme responsable” ?

Il s’est passé que, alors que les trois représentants syndicaux dans un calme qui les honorait exposaient, et propositions, et arguments, Madame Chabot n’avait de cesse de leur demander si, oui ou non, ils cautionnaient les actes de “violences” auxquels s’étaient livrés certains salariés de Continental. Si, oui ou non, ils cautionnaient les séquestrations. Quand bien même, l’on pouvait comprendre, disait-elle, la colère de “ces gens-là”.
On voit bien, le but (putassier) recherché par la présumée journaliste.
Qui, en l’occurrence reprend le “on peut comprendre la colère, mais …” présidentiel.
Ce que recherche Arlette Chabot c’est l’aveu, le cautionnement, même à demi-mot, non pas d’une violence exprimée, mais de la violence. Donc, de disqualifier le représentant syndical. Et peu lui chaut, à Madame Chabot, que ce représentant soit, comme hier soir, une force de proposition et même d’apaisement. Elle ne l’entend pas. Ça ne l’intéresse même pas. Et sans cesse, elle pose SA question : “Oui, mais les violences, vous les cautionnez ?” et varie pour mieux y revenir : “Est-ce que vous les trouvez légitimes, ces violences ?”.

C’est là, devant cet acharnement, cette obscène insistance, que j’eus subitement envie de séquestrer quelqu’un.
Et ce quelqu’un porte un nom.
Il s’agit de Madame Chabot.

Que savez-vous de la souffrance, Arlette Chabot ? Celle des autres ?
Avez-vous souffert, une seule fois dans votre vie confortable, la moitié du quart de ce qu’ils souffrent ?
Ces gens-là” comme vous dites, ont été floués, trahis, abandonnés. Ils ont même, pour certains, accepté de travailler plus pour sauver leur usine, et malgré ça, on vient leur dire aujourd’hui, et il faut voir comment, avec quelle violence, Madame Chabot, que c’est fini, c’est terminé, circulez, y’a rien à voir, rien à négocier !
Que voulez-vous qu’ils fassent ?
Qu’ils se taisent ?
Qu’ils tendent l’autre joue ?
Qu’après s’être fait mettre et bien profond, ils disent : “Oh oui, encore !” ?
Et la dignité, qu’en faites-vous Madame Chabot ?
Savez-vous au moins ce que signifie ce mot-là : dignité ?
Voulez-vous en plus qu’on la leur vole, eux à qui on a déjà tout volé, ou presque ?

Vous dites qu’on (vous ?) peut les comprendre, mais vous ne les comprenez pas.
Car vous ne savez pas.
Vous ne savez rien.
Ni de la violence, ni de la souffrance.
Ni du désespoir, ni de l'humiliation.

En revanche, l’obscénité, la déférence, la connivence, ça oui, vous en connaissez un rayon, et un sacré, Madame Chabot !


 
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