16 avril 2012
L’Etonnante Inquiétude Du Citoyen Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie est «inquiet»... Et si il l’est, écrit-il le 13 de ce mois d’avril 2012, c’est parce que «cette campagne ne sert pas à grand-chose». Les grands sujets, les périls, immédiats ou lointains, qui nous menacent, les errements de nos dirigeants successifs, etc., aucun de ces points n’est sérieusement abordé, disséqué, débattu.
Quoi que l’on pense, a priori, de M. Aphatie, il me semble difficile, sur ce constat, de lui donner tort. A moins, bien sûr, d’être un partisan, un militant, un supporteur, bref un aveugle et sourd, un embrigadé jusqu’au cul. Ceci étant, il n’est pas inopportun de se demander, après lecture de cette prose lucide, à quoi il sert, Aphatie ! Et avec lui, un certain journalisme français.
Car après tout, dans cette campagne de premier tour, les candidats, grands ou petits, seront venus exposer leurs programmes, leurs idées, leurs projets ; partout. Je veux dire : dans tous les médias. N’était-ce pas l’occasion rêvée pour les placer face à leurs contradictions, leurs insuffisances, parfois même leurs mensonges ? N’était-ce pas le moment, enfin, de leur poser les bonnes questions, et de s’y tenir ? J’entends par "s’y tenir", faire fi des diversions, des sourires connivents, de la petite phrase qui noie le poisson, de ces figures de style qui ravissent les imbéciles. "S’y tenir" signifiant : faire son métier. Celui de journaliste. Vaille que vaille. Et quoi qu’il en coûte.
Seulement voilà, nonobstant le fait que cela impliquerait que ledit journaliste oubliât, le cas échéant, l’annonceur, l’actionnaire, ou l’industriel qui l’emploie, il conviendrait itou qu’il traitât d’égale façon chaque candidat. Or, et très manifestement, d’Aphatie à Elkabbach en passant par Cohen, on se complaît à être dur avec les présumés faibles, beaucoup moins avec les supposés forts. Ce qui n’est pas (bien qu’outrés, ils le nient) chose nouvelle. Au contraire ! C’est une triste constante.
Le problème, voyez-vous, c’est que, cette complaisance ça prend de la place, pour ne pas dire trop de place. De fait, il n’en reste pas lerche pour aborder l’essentiel. Comme l’avenir d’un pays. En déclin.
Alors après, venir s’étonner, comme Aphatie, que, dans cette campagne présidentielle, «les grandes choses n’y prennent pas une grande place» c’est l’hôpital qui se fout ouvertement de la charité.
Oh j’entends bien que tous ces journalistes et autres éditocrates (Duhamel, Joffrin, Barbier, etc.), pour beaucoup starifiés, militent pour une présidentielle à l’américaine. Soit : deux candidats principaux (UMP, PS) et un troisième (Modéré) pour tenir la chandelle. Pour eux, ne devraient pouvoir se présenter à ce scrutin, dit majeur, que ceux qu’ont véritablement une chance d’être élus.
Qui ne l’a pas encore compris ?
Mais dix candidats, non ; ça les emmerde. Pis : ça désacralise la présidentielle. Ca la folklorise, qu’ils disent... Doit-on comprendre que si effectivement, nous n’avions à choisir qu’entre trois candidats (et non : trois options) ces journalistes feraient alors leur métier ?
Permettez-moi d’en douter.
Oui, j’en doute, car rien, absolument rien, pas même ce temps de parole, il est vrai contraignant, ne les empêche, aujourd’hui, de mettre sur la table, les vrais enjeux, les grands périls. Avec ceux qui, demain, auront (eu) à gérer le pays. En l’occurrence, Sarkozy et Hollande. Or, ils ne le font pas. Ils pratiquent l’interview sans douleur. Prenant grand soin de ne point parler de sujets qui inquiètent, fâchent, ou tout simplement interrogent. Ils préfèrent causer de petites choses sans importance. Comme le nom du futur Premier ministre. Des conséquences éventuelles de tel fait divers sur la campagne. D’un « off », d’une rumeur, d’un ragot. Parfois, aussi, de gestuelle ou de col roulé.
Mais de la dette, des déficits, comment les résoudre, très concrètement, allez-y, expliquez-nous ! Et le chômage ? Inverser la courbe ! Fort bien ! Mais comment ? Vos mesures, quelles sont-elles ? Jamais ! Ou en survol.
A aucun moment, ils ne rebondissent. Quand bien même le candidat proférerait le plus gros mensonge, la mesure la plus irréalisable, la promesse la plus démagogique. Alors que, quand c’est Mélenchon, Le Pen, Dupont-Aignan, Poutou, Arthaud, Cheminade, et même Joly, alors là, c’est la curée ! Le grand jeu ! Là, ça relance, ça rebondit, et même parfois, ça fait « son » journaliste... J’en veux pour preuve Anne-Sophie Lapix. Que ne s’est-on pas ébaubi, notamment sur le Net, de la pâtée qu’elle a mise à Le Pen, en matière économique. Certes… Mais elle n’a fait, là, que son métier de journaliste. S’en ébaubir, c’est très étrange, et, à la fois, symptomatique. Cela me fait penser à ces passagers applaudissant, allez savoir pourquoi, le pilote au seul motif qu’il ait réussi à poser sur la piste, l’Airbus dans lequel ils sont sanglés... Ben là, c’est pareil ! On applaudit une journaliste qui n’a fait que son travail... Le problème, c’est qu’elle ne le fait pas avec tout le monde. Tout comme Aphatie. Et tous les autres. Ces mêmes qui se plaignent, aujourd’hui, que cette campagne n’aura pas servi à grand-chose.
Mais si elle n’a pas servi à grand-chose, c’est aussi parce que les journalistes n’ont pas fait leur boulot. Ils n’ont pas posé les bonnes questions. Ils n’ont pas abordé les vrais sujets. Ils sont restés à la surface des choses. Ils l’ont joué facile, peinard, paresseux. Car oui, c’est facile de mettre un "petit", un Poutou, en défaut, ou de le maltraiter. Mais un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, non, ils s’y refusent ! Et il y a une raison à cela. A cette évidente différence de traitement.
Imaginez un journaliste – que dis-je ! TOUS les journalistes ! – reprenant Sarkozy sur tel sujet, Hollande sur tel point (et ce ne sont pas les sujets et les points qui manquent) comme ils le font pour les autres, insistant jusqu’à obtenir une réponse, mais une vraie, ou, dans le pire des cas, un terrible embarras, un abracadabrant bafouillage, voire un silence qu’en dirait bien long ; mais alors, vers qui l’électeur se tournerait-il ? Mettre en défaut un Sarkozy, un Hollande, et même un Bayrou, allez savoir si ça ne profiterait pas au Front de Gauche, au Front national, ou à ces "petits" qu’ils méprisent au point qu’avant l’égalité totale des temps de parole, ils ne daignaient les recevoir (Ainsi Joly, scandaleusement recalée par "Des Paroles Et Des Actes").
Voyez comme tout Concorde, jusqu’à Vincennes. Parce qu’ils militent pour une cause, le bipartisme, alors ils le protègent. Jamais ne le bousculent. Alors que tout, absolument tout est disponible, notamment sur Internet : les contradictions, les mensonges, les errances, les flous, les outrances. Les programmes y sont passés au tamis, en matière de dette, de déficit, de croissance, de chômage. Sans la moindre concession. Sans l’once d’une partisanerie. Et ce ne sont pas des hurluberlus qui en font état, mais des économistes, par exemple, des philosophes, des scientifiques, et même, des journalistes ! Des journalistes, un peu moins médiatiques que M. Aphatie, c’est vrai. Beaucoup moins stars. Et moins tenus par quelques actionnaires, annonceurs ou autres richissimes industriels. Ils ne font pas le "kéké" dans une émission de divertissement ["Le Grand Journal de Canal+"] où depuis toujours, le politique est tourné en dérision, où la futilité est la règle d’or.
Le jour, M. Aphatie, où vous ferez votre métier, où, quel que soit le responsable politique qui viendra sur votre plateau, ou dans votre studio, vous poserez les bonnes questions, aborderez les vrais sujets, à l’impartialité, à la déontologie, plutôt que de les laisser roupiller dans un blog qui ne fait de mal à personne, alors, peut-être, votre inquiétude sera recevable.
Si cette campagne, comme vous l’écrivez, se situe «assez loin de la vérité», c’est aussi parce que vous vous situez délibérément, et avec une constance qui, ô combien, vous discrédite, très loin de ce que l’on nomme : le journalisme.
NB : Le billet «inquiet» de M. Aphatie
19:43 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons !, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (91) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-michel aphatie, aphatie est inquiet, aphatie se moque du monde, la défaite du journalisme français, jean-pierre elkabbach, christophe barbier, patrick cohen, anne-sophie lapix, laurent joffrin, jean daniel, nicolas demorand, alain duhamel, franz-olivier giesbert, les éditocrates, présidentielle 2012, les nouveaux chiens de garde, de qui le journalisme français est-il le nom?, ce qui est absent c'est le journalisme |
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20 octobre 2008
Et La Crise S'Abattit Sur Cette Pov' Madame Lagarde [Billet Déconseillé Aux Âmes Sensibles]
Hier, dimanche, je regardais cette splendide émission de divertissement politique qui se nomme : Dimanche+
Pourquoi ce "+" ajouté au dimanche ?
Parce qu'on en sait plus ?
Eh non !
Perdu !
Non, c'est tout benoîtement parce que cette aimable plaisanterie est diffusée sur Canal+, autrefois chaîne de l'impertinence - mais je vous parle d'un temps que les moins de dix ans et demi ne peuvent pas connaître ...
Or donc, disais-je, hier dimanche, je regardais "Dimanche+", émission de variétés vaguement politique autrefois présentée par le mannequin Laurence Ferrari et depuis la rentrée par le mannequin Anne-Sophie Lapix.
Je n'allais pas être déçu du voyage.
Comment l'être quand l'invité s'appelle Xavier Bertrand ?
Xavier qui dispute à Patrick Devedjian les deux titres les plus convoités de la majorité, soit celui de "meilleur lèche-cul de sa majesté" et en sus, "plus beau faux-cul de Droite de ses cinq dernières années".
L'avantage de Xavier sur Patrick (Xavier qui illustre à merveille ce dicton populaire : "Fais du bien à Bertrand, il te le rend, le dimanche, en caguant !") c'est le ton qu'il emploie pour s'adresser à toi, le gueux !
Un ton doucereux, limite mielleux, rempli de "transparence" et de "vérité".
Un ton qui fout les j'tons en réalité, tant il est trop poli et policé pour être honnête.
Bertrand, en fait, c'est notre nouveau Iznogood, celui qui veut être François à la place de Fillon dans un premier temps, puis Nicolas à la place de Sarkozy dans un second.
C'est le genre de type qui n'est candidat à rien, donc à tout.
Bref, un type redoutable qui suinte l'avidité, les coups tordus, la trahison.
Un pur enfant de la Sarkozie.
Une merveille, quoi !
Inutile de préciser que les questions d'Anne-Sophie Lapix sont volontairement inoffensives et que Xavier se régale.
D'autant plus qu'il est là pour nous vendre les bienfaits de son "travaillez le dimanche les pauvres et peu importe si ça vous nique votre vie de famille !"
Oui, moi Xavier, c'est un dimanche que je viens vous inviter à travailler le .. dimanche !
Je t'avais prévénu : ce type n'a peur de rien, il est redoutable.
Et puis, soudain, voilà que la Miss Météo de la politique, Mâhâme Lapix donc, nous propose à nous autres ainsi qu'à ce bon Xavier de regarder un reportage sur la crise, ou plus précisément comment cette crise est gérée au quotidien par Christine "Le gros de la crise est derrière nous" Lagarde.
Et là, l'insoupçonnable se produit, à tel point insoupçonnable que cela échappa aux petits gars en charge du Zapping.
Car qu'apprend-on dans ce reportage ?
Eh bien qu'avant la crise, Madame Lagarde s'offrait une 1/2 heure de yoga au réveil, mais que depuis cette fichue crise, par manque de temps, débordée, elle n'en fait plus qu'un quart d'heure !
Non mais tu te rends compte ?
La misère comme c'est terrible quand elle s'abat sur tes amis les nantis ?
La crise a réduit de moitié les séances de yoga matinales de Madame Lagarde !
Eh bien tu sais quoi ?
J'en ai pas dormi de la nuit dernière, dis-donc !
Mais c'est pas fini !
Eh non !
Car tu penses bien que Xavier, cet homme dominicalement bon, n'a pas manqué d'apporter son petit commentaire à cette effrayante nouvelle.
Xavier a dit :
"Faut être solide, faut être fort, c'est le cas de Christine Lagarde !"
Là, c'est même plus lèche-cul, ni faux-cul !
Là, ça n'a même plus de nom !
Ce mec repousse les limites, pour reprendre une joyeuse expression du "Dîner De Cons" - D'ailleurs, je le soupçonne fortement d'en organiser ... Le dimanche, en particulier !
Bref, il ira loin.
Très loin !
Tant il me rappelle un certain Nicolas, du temps où il était ministre de M'sieur Balladur [1993/95] ..
Ah !
Une dernière chose avant de prendre congé !
Aujourd'hui, lundi 20 octobre 2008, nous avons appris le décès de Soeur Emmanuelle - t'as vu comme ces malfrins de politiques se précipitent pour lui rendre hommage à la pauvre femme ? Si c'est pas scandaleux !
Avant-hier, c'était la journée du refus de la misère.
Ces deux événements surviennent après krach et débandade boursière, après débauche écoeurante de milliards, orgie de titrisation, après cette enculade planètaire dont nous sommes, nous futurs travailleurs du dimanche, les premiers pigeons.
Je ne sais pas ce que cela veut dire, si y'aurait pas des signes extra-terrestres destinés à nous démontrer combien ce monde est absurde et qu'il serait grand temps d'arrêter de jouer aux cons, y compris le dimanche.
Mais je ne pense pas que ce soit l'avis de Monsieur Bertrand.
Monsieur Bertrand, lui, il doit estimer en toute transparence, sans tabou et sans a priori que la journée du refus de la misère c'est bien, que ça alimente le débat, qu'il n'est pas homme à refuser le dialogue ; que Soeur Emmanuelle était une femme exceptionnelle, forte, solide, mais que sa mort, qu'il regrette sincèrement, ne doit pas pour autant freiner les réformes ultra-libérales que le peuple français attend.
Je sais, il ne l'a pas dit.
Et pourtant, c'est étrange, mais ça me crève les oreilles.
Ajout du 27 Octobre 2008 : "Xavier Bertrand ? Un Traître Sans Couilles !"
23:27 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : christine lagarde, xavier bertrand, yoga, anne-sophie lapix, dimanche+, soeur emmanuelle, refus de la misère |
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