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19 septembre 2011

Martine Aubry Disqualifiée

L’émotion que je ressentis, à quelques moments, ce dimanche soir, je ne la comprenais pas, elle m’encombrait ; alors je luttais, n’en voulant pas ; et puis, je compris qu’elle n’était pas compassion, mais colère.
Sourde.

Il faudrait pouvoir l’oublier, cet homme, Dominique Strauss-Kahn.  Cette arrogance, cette suffisance.
Je peux le dire, maintenant : je n’aime pas ce qu’il représente, politiquement. Je ne l’ai jamais aimé. Cependant, je répugnais à me joindre à la meute. Que je n’aime pas, non plus. Cette vomissante, ce tribunal populaire, summum de la bêtise ; je l’exècre.

Martine-Strauss-Kahn.jpgMaintenant que c’est fini, ou du moins l’espère-t-on, tout comme l'on voudrait que d’aucuns se taisent, à jamais (Lang, Séguéla, etc.) et considérant ce qu’il s’est dit, dimanche soir, sur TF1, il ressort assez nettement que des six candidats à la primaire, une en particulier est discréditée, si ce n’est disqualifiée.

Durant cet entretien formaté, casté et bourgeois, entretien qui, tout bien pesé, ne nous concernait pas, quand bien même nous fûmes, je le rappelle, sidérés, et ce, quelle que fût l’opinion que nous ayons, a priori comme a postériori, de cet homme, il aura été question, brièvement, de la primaire.
Et plus précisément d’un pacte.
Nié (peu ou prou) par la candidate Martine Aubry.

Dominique Strauss-Kahn n’était nullement obligé de reconnaître l’existence de ce pacte. Il aurait pu, sans aucun problème, le taire. Passer outre.
Mais il ne l’a pas fait.
Ne le faisant pas, il a torpillé la candidature de son « amie » (les guillemets s’imposant largement). Confirmant ce que moult éditorialistes – Barbier compris – claironnaient, à savoir que Martine Aubry n’était qu’une candidate par défaut, de substitution.

Dès lors, comment la maire de Lille va-t-elle désormais pouvoir convaincre, emporter la décision, les suffrages ?
Comment croire en sa volonté, son désir, sa détermination ?
Puisqu’elle n’est là que par un très fâcheux concours de circonstances.
Puisqu’elle ne devait pas y aller.

Se pose alors une question, bien embarrassante : quelles peuvent être les vraies raisons de la candidature de Martine Aubry ? Qu’est-ce qui la motive ?
Sinon, l’inimitié.
L’aversion pour celui-ci ou celle-là. Ah non, pas lui ! Ah non, pas elle ! Sus ! Sus ! Il faut leur barrer la route ! Comme ce fut le cas, n’est-ce pas, lorsque vint le moment de désigner un nouveau premier secrétaire !
On s’en souvient de ces urnes, suspectes. De cette tambouille, cuisine de barons, petits arrangements entre notables. Triste image d’un parti, infoutu de se rénover, de laisser la main à la génération suivante, or donc, vas-y que je te convoque les flingueurs, Fabius, Bartolone et consorts, ligne directe branchée sur Washington, à la manœuvre, ourdissant, et te voilà, camarade Martine, propulsée nouvelle gardienne du Temple.

Le pacte, il ne date point de Marrakech. Il fut entériné bien avant. A l’automne 2008. Lors de la désignation du premier secrétaire. Sa mission : préparer le retour de DSK. Sa récompense : un poste de Premier ministre. Voilà l’histoire.
Tout était acté, verrouillé.

Et la primaire ? Du bidon ! Elle ne pouvait échapper à DSK.

Ah, c’était du beau travail ! Et ça partait plutôt bien. Les sondages, si précoces, étaient écrasants. Le Figaro, aux anges ! Pensez, un duel DSK/Sarko, ça ne pouvait que lui seoir.
Et puis, boum, patatras, survint le « coup de tonnerre » du 14 mai 2011.

Finalement, on en viendrait presque à remercier Dominique Strauss-Kahn.
En confirmant, dimanche soir, sur une chaîne privée, qu’il y avait bien un pacte, il nous a fait pénétrer dans les coulisses, peu ragoûtantes, d’un certain Parti socialiste. Celui qu’on n’aime pas. Celui qui en 2006 et 2007, à tort ou à raison, a torpillé la campagne de Ségolène Royal. Parce que ce n’était pas la candidate que l’appareil souhaitait. Ce ne pouvait pas être elle. Et jamais, elle ne serait, un jour, leur premièr(e) secrétaire.

Fabius, DSK, Aubry, Lang, et j’en passe, toute cette clique, ces vieux machins, les mêmes qui tardent ou renâclent à exclure un Frêche, un Guérini, c’est de ceux-là dont il faut se débarrasser.
Ces ceux-là qu’il faut sanctionner. Les 9 et 16 octobre prochains.

Au bout du compte, nous avons, contre toute attente (puisque ce n’était pas prévu) une primaire ouverte. Certes imparfaite, parfois décevante, mais cela vaudra toujours mieux que le simulacre qui nous était promis. Cela vaudra toujours mieux que le sacre annoncé d’un homme dont ses « amis » persistent à mettre en avant les compétences, jamais ses inconséquences qui ne relèvent en aucune façon d’une prétendue légèreté, mais de tout autre chose, de plus grave, de plus lourd.

Quoi qu’il en soit, on ne peut être candidat à la présidence de la République par défaut.
Il serait totalement irresponsable d’envoyer à la bataille, dans la lessiveuse, quelqu’un qui n’est pas prêt. Dont les motivations posent problèmes.
De fait, cette primaire est relancée, grâce – c’est énorme ! – à Dominique Strauss-Kahn, qui mal supportant de ne plus en être le principal acteur, aura flingué la candidature de son « amie ».

Ah ! Comme ce serait drôle, tellement croustillant, que dans trois semaines, des urnes de cette primaire, sortît le second tour suivant : François Hollande et Ségolène Royal.
Si second tour, il y a...

02 juillet 2011

Marine Le Pen Ment

Dans un entretien publié sur le site de France-Soir, le 1er juillet 2011, Marine Le Pen revient sur l’affaire DSK suite aux révélations du New York Times quant à la crédibilité des accusations portées contre l’ex-Directeur Général du FMI.
Entretien qui commence très fort, puisque par un mensonge :
« Je ne me suis jamais prononcée sur le fond de cette affaire parce que je suis avocate et que je sais combien ces dossiers sont complexes. » Affirme la Présidente du Front National.
Faut-il lui rappeler les propos qu’elle tint, le jour même de l’arrestation de DSK, sur RMC, BFMTV, RTL, etc., et plus encore dans une vidéo postée sur le site du Front National ?
Une vidéo en date du 23 mai dernier, où Marine Le Pen bafoue allégrement la présomption d’innocence (à laquelle elle se dit pourtant « profondément attachée ») et dont voici les extraits les plus remarquables.

Marine-La-Menteuse.jpg« La stupeur non encore dissipée, le système s’est remis immédiatement en marche pour gérer le cataclysme, pour orienter l’opinion publique vers le déni de réalité avec une absurde théorie du complot (…) Durant cette semaine, jamais les français ne furent publiquement invités à s’interroger sur la gravité de l’acte supposé, sur ce que cette affaire disait de nos pratiques politiques et les déficiences de notre démocratie. »

Si Marine Le Pen prend soin de préciser « supposé » quand elle évoque « l’acte », une ligne en amont elle fait mention d’un « déni de réalité » (mais de quelle « réalité » parle-t-elle ? Qui la connaît, ce 23 mai ?) puis, une virgule plus loin, la voilà suggérant que « cette affaire » est révélatrice (?) de « nos pratiques politiques » et « des déficiences de notre démocratie ».
Outre qu’elle n’est pas, là, dans le conditionnel, mais dans l’affirmation, en quoi, « cette affaire » dit quoi que ce soit sur « les déficiences de notre démocratie » ?
Quel est le rapport avec la choucroute ?... Patience, ça arrive…
… Mais avant d’y venir, notons ébaubis qu’elle réfute toute « théorie du complot », la qualifiant même « d’absurde ».
Or que dit-elle, plus aval dans cette vidéo ? Ceci :

« Nicolas Sarkozy, de son côté, malgré la parfaite connaissance de la situation, a promu une personne vraisemblablement perturbée à la tête du FMI, peut-être par machiavélisme, dans l’espoir de faire tomber un adversaire, peut-être simplement par intérêt personnel, pour éloigner Dominique Strauss-Kahn de la présidentielle. Dans tous les cas, Nicolas Sarkozy est gravement coupable d’avoir joué avec l’image de la France en prenant le risque de nommer, à la tête d’une institution qui engage l’image de notre pays, un personnage pareil. »

Diantre ! A la lecture de cette prose, on entend quoi ? Sinon que Sarkozy est un fieffé comploteur. Ou, au minimum, un diabolique calculateur. Mais n’est-ce pas idem ?
Ainsi donc, Marine Le Pen ne croit pas au complot, mais nous en décrit un, totalement « machiavélique », tout droit sorti de son esprit, étayé par rien, ne reposant sur aucun fait avéré, aucune preuve.
Marine Le Pen (qui, là encore, n’est pas dans la supposition, mais dans l’affirmation) va même jusqu’à l’accusation. Non seulement elle accuse le Président de la République d’avoir ourdi afin de se débarrasser d’un adversaire politique, mais qui plus est, elle affirme qu’il savait que Dominique Strauss-Kahn était « une personne vraisemblablement perturbée » (Ce qui, en creux, signifie qu’elle le pense, DSK, « vraisemblablement » coupable des faits qui lui sont reprochés).

Mais au fait, qu’est-ce qui permet à Marine Le Pen de penser que DSK est « une personne vraisemblablement perturbée » ?
Il faut revenir à ces différentes déclarations du 15 mai dernier, pour le savoir.
Ainsi, celle-ci, sur RTL :

« La vérité c’est que, et vous le savez pertinemment bien, tout Paris – le Paris journalistique, le Paris politique – bruisse depuis des mois des rapports légèrement pathologiques que Monsieur Strauss-Kahn semble entretenir à l’égard des femmes ! ».

« La vérité », dit-elle… Et elle repose sur quoi cette « vérité » ?
Des « bruissements ».
Or donc, des rumeurs.
Depuis quand des « rumeurs » font-elles une « vérité » ?
Luc Ferry n’est qu’un enfant de chœur, à côté de Madame Le Pen…

Ces rumeurs, elle nous les ressert copieusement dans cette vidéo du 23 mai :

« Beaucoup savaient pertinemment que Strauss-Kahn n’était pas, comme on le présentait, un séducteur, mais un harceleur ; non pas un homme qui aime les femmes, mais un homme qui en fait l’objet de pulsions qu’il ne peut apparemment contenir. »

On sent foutrement dans cette phrase, combien Marine Le Pen est « très attachée » à la présomption d’innocence (« … pulsions qu’il ne peut apparemment contenir. »). Mais passons…
« Beaucoup savaient » qu’elle nous bonnit…
Nicolas Sarkozy donc, le « Tout Paris », mais qui d’autres ?...
Madame la procureure Le Pen, n’hésite pas à gravement nous éclairer :

« Ses proches, comme ses amis politiques socialistes, n’en ignoraient rien, mais n’ont rien dit. Et surtout, beaucoup plus grave, ils n’ont rien fait. Par ambitions personnelles, ils s’apprêtaient, au contraire, à tout faire pour qu’il soit le Président de la République Française, et donner ainsi à cet homme des pouvoirs exorbitants, et l’honneur de représenter notre pays dans le monde, mais quelle folie ! ».

« Quelle folie ! » de « donner » à un « personnage pareil » ne sachant contenir « ses pulsions » les clés du pays ; un homme qui n’est pas « un séducteur mais un harceleur »... La présomption d’innocence en reprend un (sale) coup…
Rappelons, au passage, que ce sont les électeurs qui décident du choix du Président de la République via une élection. Pas « les amis politiques socialistes » de Monsieur Strauss-Kahn... Madame Le Pen a, « vraisemblablement », quelques « déficiences » concernant le fonctionnement de notre démocratie.

« Ils n’ont rien dit » ?... Mais « rien dit » à propos de quoi ? Que DSK pouvait être un présumé violeur, par exemple ?... Je n’entends que cette insinuation dans ce : « Ils n’ont rien dit ». Quoi d’autre(s), sinon ?
Et donc ?
Et donc pour « n’avoir rien dit » et « rien fait » ils sont… (tadam !) « Complices ». Soit : les « amis de DSK », ses « proches », Nicolas Sarkozy, etc., mais itou, les médias :

« J’ai, dès les premières minutes de l’affaire, tenu à dénoncer l’omerta de la classe politique et médiatique qui préservaient un silence complice autour des penchants, peut-être pathologiques, de Dominique Strauss-Kahn ».

On résume : selon Madame Le Pen, ce qui s’est passé dans la chambre 2806 (et dont on ne sait toujours rien) le « Tout Paris », les médias, Nicolas Sarkozy, les « amis » et les « proches de DSK » en sont, peu ou prou, responsables.

Mais au fait, quid de cette « simple femme du peuple, certainement brisée, et aujourd’hui terrée » qu’est Madame Diallo ?
Voilà ce qu’en disait Marine Le Pen, le 23 mai :

« Ce qui m’a profondément choquée, ce qui a profondément choqué les nombreuses personnes qui me l’ont dit, c’est qu’il n’y a pas eu un mot pour la victime, pas un mot pour la jeune femme ».

« La victime »… C’est clair, non ?
D’un côté le « harceleur », de l’autre la « victime ».
Madame Le Pen qui se targue d’être avocate devrait savoir que tant que la justice n’a pas établi la vérité, il n’y a pas de victime, mais : une plaignante.
Tant que le verdict n’est pas tombé, on ne peut dire qui est la « victime ».
En qualifiant Madame Diallo de « victime », Marine Le Pen désigne, encore une fois, et en creux, « le milliardaire Strauss-Kahn » comme potentiellement coupable.
Certes, elle y adjoint de l’« apparemment » mais annulé par du « vraisemblablement ».

Emportée par son élan, elle ne s’arrête évidemment pas là… Et voilà qu’on revient à notre invraisemblable choucroute.

« Ce scandale mérite à l’évidence, un complet décryptage. Parce que cette affaire a mis à nu le système, a mis en lumière ses mensonges, a dévoilé ses connivences profondes. Cette affaire qui nous saute à la figure, nous invite, plus que jamais, à ouvrir les yeux sur nos prétendues élites, sur leurs insupportables privilèges. »
Puis d’asséner :
« En France, l’affaire DSK n’aurait probablement jamais été portée à notre connaissance. »

Vraiment ? Dresser la liste des « puissants » traduits en justice, celle de notre pays, serait pour le moins fastidieux, mais rappelons juste à Madame Le Pen, qu’un sénateur socialiste, Monsieur Jacques Mahéas n’y a pas échappé.

Mais, puisqu’elle évoque un « décryptage », eh bien décryptons…
Au vu de ses propos, or donc la concernant, c’est du limpide. Tant cette vidéo du 23 mai « met à nu » Madame Le Pen…
Ce « qui nous saute à la figure » c’est que, en vérité, Marine Le Pen est une menteuse. Car, bien sûr que si, et contrairement à ce qu’elle affirme dans France-Soir, et ainsi que cette vidéo le démontre, elle s’est (bien mal) « prononcée sur le fond de l’affaire ».
Bafouant, plus d’une fois, la « présomption d’innocence » au soi-disant bénéfice de « la présomption de sincérité ».
De surcroît, elle aura accusé : Nicolas Sarkozy, le « Tout Paris », les médias, la classe politique dans son ensemble, etc., de « complicité » (de viol, en l’occurrence, et entre autres...).
Bref, avec Marine Le Pen, on aura surtout touché le fond.
Celui qui remugle.


NB – Pour rappel : « Affaire DSK : La Grande Poubelle Médiatique ».


24 mai 2011

Passée La Sidération…

Nous sommes perdus. Nous ne savons plus. Déjà, qu’on doutait… Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Les évènements, majeurs ou pas, s’accélèrent. Il faudrait se pencher, revoir, les autres années, a-t-on déjà vu et subi autant en si peu de temps ? La sidération, ça n’est pas uniquement DSK, c’est un enchaînement d’évènements. Et nous voici spectateurs, impuissants, comme rarement nous l’avons été.

No-Future-par-Banlsy.jpgEst-il besoin de dresser la liste ? De tout ce qui s’est produit depuis – disons – ces dix dernières années – mettons depuis le 11-septembre – avec cette sensation étrange, désagréable, d’un inéluctable. Que ça va mal. Qu’on y va tout droit.
Est-ce la prolifération des moyens, ceux de s’informer, qui fait que, nous avons cette sensation-là, je veux dire est-ce seulement un « sentiment que » ou est-ce la « réalité » ?
Faut-il décrocher, moins consommer de – ce que l’on nomme – hardnews. Se tenir un peu plus à l’écart. Est-il possible, aujourd’hui, de penser sereinement et de recevoir des informations tout aussi sereinement. S’en donner le temps.

Ce terme « sidérant » que l’on a entendu à propos de « l’affaire DSK » est sans doute le plus signifiant, entendu jusqu’ici. Tant il pourrait s’appliquer à bien d’autres évènements, comme ceux, déjà lointains du 11-septembre, du 21-avril, des « émeutes en banlieues », et plus proches de nous, aux divers tremblements de terre ou tsunamis, à Gaza, à Fukushima, aux printemps arabes, à cette « justice [qui] est faite », à DSK, etc.
Il décrit un état, le nôtre... Nous sommes, effectivement, sidérés... On voudrait, aimerait, souhaiterait que ça cesse… En l’occurrence, l’incroyable couverture médiatique d’un mariage princier (couverture justifiée par le fait que « 2 milliards d’êtres humains » étaient censés le suivre, notamment via l’outil télévisuel) constitue une tentative par le média moins de nous divertir (encore que, il y a manifestement, ici, un but : « faire diversion ») que de nous soulager. Nous offrir un répit. Alors que, objectivement, nous n’en avons pas grand-chose à faire, ni à en tirer. C’est juste une image. Mais tout, désormais, est image…
Un mariage, une béatification, et boum ! une exécution (Ben Laden). Et tout reprend. Recommence. Machine infernale. En flux tendu. Images en boucle. Sidération again.

Alors, comme le titrait Libé, on se demande, non pas : « A qui le tour ? » mais : « quelle est la sidération suivante ? ».
Soit : qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus, même à des milliers de kilomètres, peu importe, c’est bien sur nous que ça tombe. Et ça finit, par accumulation, de nous broyer. Littéralement.

L’autre terme qui surgit, en creux, c’est « dévasté ».
Nous sommes dévastés, avec cette sensation que tout s’écroule et que nous n’y pouvons rien. J’entends par « tout s’écroule », nos illusions, nos rêves, nos espoirs.
Pour certains, ces illusions, rêves et espoirs, s’étaient portés sur un homme. A tort ou à raison, là n’est pas la question… Il est à ce propos, intéressant de noter, qu’une bonne partie de ceux qui ne l’appréciaient pas, pour diverses raisons, principalement politiques, idéologiques, ceux-là aussi ont été sidérés, sont même « tombés en empathie ». Justement, parce qu’il représentait un espoir pour les autres (et les médias).
Quoi qu’ait fait cet homme, ou pas fait, innocent ou coupable, peu importe au fond, nous voilà perdus. Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Comment « sortir de là » ?

Les éditocrates, les journalistes, les observateurs, nous disent que « les cartes sont rebattues ». Mais de quelles cartes parlent-ils ? Qui dit cartes, dit jeu (ou stratégie). Jeu politique, en vérité. Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Ce que nous attendons, ce sont des perspectives, des idées, des projets. Un espoir. Qui les porte ? Est-ce les Espagnols, Puerta Del Sol ? Est-ce eux qui, par leur volonté, leur détermination, vont nous sortir de cet état, celui de sidération ?

Parce que, si en France (qui, comme la plupart des pays du monde, connaît une crise sans précédent) on n’observe aucun mouvement, pas la moindre manifestation d’envergure (comme celles de 1995), c’est aussi parce que nous sommes, depuis lustres, sidérés.
Bien sûr, il y a d’autres explications : le fait que « la crise » n’ait pas touché la majorité des Français. Sinon, et principalement, les plus vulnérables. D’autres aussi ont été touchés, mais pas en assez grande quantité pour déclencher un vaste mouvement ; ces autres qui, de surcroît, bon an, mal an, parviennent, péniblement, à s’en tirer (et n’ont d’autres soucis que de protéger le peu qui leur reste : emploi, toit, etc.). Et s’ils s’en tirent, c’est notamment grâce à notre système de protection sociale, sans lequel, nous vivrions aujourd’hui, ce que vivent les Espagnols, les Grecs, les Irlandais, les Portugais, etc.

Mais on ne peut faire fi de l’état de sidération. C’est une clé importante. Elle prend sa source le 11-septembre (évènement mondial) se poursuit le 21-avril (évènement local) et depuis, c’est non-stop ; ou du moins, avons-nous cette impression.
Et « la chute de DSK », avec cette avalanche d’images, images d’un français, un des « nôtres » (nous sommes donc, quoi qu’on en dise, touchés dans notre chair, humiliés, terrassés) et puissant de par sa fonction, valorisante (quoi qu’on en dise, là encore) pour la France, pour « nous », nous enfonce un peu plus dans cet état de sidération. La paralysie. C’en est trop !

Cet état-là, de sidération (quasi) permanente, nous a amené à croire en « l’homme providentiel ». D’autant plus que les médias, dans leur grande majorité, ont contribué à nous le présenter comme tel. Une évidence.
Nous n’avons pas mis, plus que cela, en question cette évidence. Parce que, justement, elle nous apparaissait comme une « porte de sortie » (et non, Del Sol). Je veux dire par là, qu’avec cette porte, nous pensions que nous sortirions de cet état de sidération. Nous irions mieux. Et n’avait que peu d’importance, au fond, le projet que cet homme portait.

Cette « chute » incroyable, cet évènement que, donc, on a qualifié de « sidérant », est en réalité plus que cela. Nous sommes passés au-delà de la sidération. Etant donné que nous étions déjà en cet état. C’est en ce sens que je dis que nous sommes perdus. Complètement paumés. Dévastés. Car, passée la sidération, que peut-on espérer ? Qu’y a-t-il après ? Une Puerta Del Sol française ? La résignation par les urnes ?
Ou alors, le déclin.
Oui, n’est-ce pas plutôt le déclin qui nous guette et que nous sentons venir ? Passée la sidération


20 mai 2011

Affaire DSK : La Grande Poubelle Médiatique

Un naufrage. Voire : pire que ça. Car, oui, c’est bien le fond du fond que nous avons touché. A tous les niveaux. Presse, radio, télé, Internet, etc. Rien, ne nous aura été épargné. Un déluge de commentaires délirants, quand ils n’étaient pas graveleux, à vomir. Ils sont peu ceux qui ont su se tenir. Ils sont rares ceux qui ne se sont pas mêlés à la meute. Mais qu’à cela ne tienne, la « page tournée », ils remettront ça, à la prochaine « affaire » tant la mesure, la distance, l’éthique, la dignité, bref, tout ce qui fait qu’un être soit un tant soit peu civilisé, sont des notions qui leur sont étrangères.

A-Gerber.jpgLa décence, savez-vous ce que ça signifie ? Ou avez-vous tout oublié ?
Comment peut-on se « vautrer » de la sorte en élucubrations, sous-entendus, accepter de se ruer, en masse, comme des chiens, vers le premier micro tendu ?
De Joffrin à Rioufol, de Schneidermann à Plenel, de Domenach à Franz-Olivier Giesbert en passant par le "troussage" de Jean-François Kahn, la liste serait longue, quasi interminable si l’on y ajoute les pauvres déclarations de nos hommes politiques de tout bord. Tous se sont compromis. Dans des propos parfois obscènes, déplacés, insupportables.

Que l’homme de la rue y aille de son commentaire indigent ne relevant que d’un ressentiment personnel, particulièrement étriqué, nauséabond, ainsi que l’internaute (qui n’est pas si différent de l’homme de la rue) éjaculant, confortablement planqué derrière son pseudonyme, lui qui prend comme un malin plaisir à faire de l’Internet une véritable poubelle, un terrible déversoir, c’est pas qu’on finit par s’y faire – comment le pourrait-on ? – on le déplore, et comment ! Mais que des responsables politiques, journalistiques et tutti viennent sur des plateaux de télévision nous tenir des propos ineptes, débattre ( ?) dans un brouhaha dégueulasse, au mépris de tout, parce qu’ils « savaient », se « doutaient de », c’est abject… Mais ils « savaient » quoi, ces gens-là ? Allez-y, déballez, donc ! Mettez tout sur la table ! Les mails, les coups de fil, faites-vous les échotiers des égouts. C’est vrai que c’est le bon moment. C’est précisément maintenant qu’il convient de le faire, n’est-ce pas ?

Non mais, entendez-les, les chiffonniers, rappeler la « présomption d’innocence », et, dans la seconde suivante, la bafouer. Entendez-les, ces misérables, parfois les mêmes, avoir un mot pour la « victime », cette « femme de ménage de 32 ans », puis gloser à l’envi, s’étripant, s’interpellant, alors qu’il faudrait faire silence.
Mais ce sont eux, savez-vous, qui demain, viendront nous faire la leçon, toujours, encore, désignant Internet comme le mal absolu, cet espace où tout est permis, même l’innommable, alors que par leurs élucubrations, leurs scoops à balle deux, puant le rance et la rancœur, ils nous auront offert un équivalent télévisé, radiodiffusé, écrit... Un spectacle pitoyable, où l’intelligence est bannie, où seuls les instincts primaires ont droit de cité.

On eût pu espérer – allez savoir pourquoi ! – que les femmes soient plus mesurées, mais même pas ! C’est à pleurer, Clémentine Autain ! Véritablement à pleurer. Car, encore une fois, ce n’est pas le moment. Ayez au moins, les un(e)s, les autres, la stricte décence d’attendre le verdict. Avant de vous précipiter sur la « bête ».
Le verdict !
En d’autres termes que la « justice fasse son travail ». Est-ce trop demander ? De savoir se tenir. D’être responsable.

Vous n’êtes pas dans vos salons, vous n’êtes pas à table en train de bâfrer, vous tenez des propos publics. Vous n’étiez pas dans cette chambre 2806. Vous ne savez rien. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il y a sept chefs d’accusation d’un côté, et de l’autre un homme qui les réfute. Point barre. Quand le verdict tombera, alors, peut-être, il sera possible d’en parler, voire d’en débattre, calmement. D’en tirer, le cas échéant, des « leçons ». Mais avant, c’est obscène. C’est flatter, quoi que vous en disiez, les instincts les plus vils. Les pensées les plus primaires.

Ne venez plus nous parler de populisme, s’il vous plaît ! Vous vous en êtes fait, ces derniers jours, les hérauts.
Ne venez pas nous parler de Baudis, de Bérégovoy. Tant à l’époque, là non plus, vous n’aviez pas fait silence. Elucubrant, pensant que, et si, sait-on jamais, etc.
Oui, vous êtes des « chiens ». La caravane du malheur passe, mais vous, vous restez. Aboyant, plus que jappant. Course à l’audience aidant. Et vos livres, qu’il faut vendre !

Et s’il est un verbe que je retiens, c’est « vautrer ».
Vous vous vautrez et vautrerez encore demain. Car vous n’avez aucune éthique. Plus rien de digne. Vous ne retenez rien, du passé, vous êtes fats, suffisants, croyant détenir la vérité, mais cette vérité, c’est la vôtre, elle n’a aucun intérêt, sinon celui de vous servir. Car ça, c’est votre taf. Vous servir ! De tout. Même du malheur. Rien ne vous arrête.

Sept chefs d’accusation, un homme qui les réfute, et... « et vous comprendrez donc, aisément, que nous n'irons pas plus loin dans le commentaire de cette affaire ». Voilà la phrase la plus appropriée que j’ai entendue jusqu’à présent. La seule. C’est le porte-parole du gouvernement, François Baroin, qui l’a prononcée... Je note que le président de la République aura – pour une fois – su garder le silence. Qu’à ce jour, il ne se sera pas mêlé à la « meute ». Et peu importe ce qu’il en dit, en privé. Il est question de « parole publique ». Il est question de ce que vous donnez à voir, à lire, et entendre.

Je disais, en liminaire, que c’était un naufrage. C’est au-delà.
Véritablement innommable.

 
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