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23 juin 2011

Pour Aphatie, 15 Candidats, C’est : « Inadmissible ! »

Furibard, qu’il est Aphatie. Hors de lui… Pour de vrai ? On sait pas trop. Tant ce Grand Journal de Canal+ [1] est moins une émission politique qu’un divertissement. Du show, avec un gentil public qu’applaudit… [Passons]… Mais qu’est-ce donc qui le met dans cet état, Aphatie ? Qu’est-ce qui suscite son ire, le fait considérablement grimper dans les aigus ?... Eh bien, c’est une nouvelle candidature à l’élection présidentielle. Celle de Christine Boutin.

Inadmissible.jpgSi Christine Boutin est candidate à la présidence de la République c’est parce que – dixit – « la situation de la France [l]’oblige ».
« Très fort ! » Ironise Aphatie (rires du public)
Puis il enchaîne : « Quelles sont les chances de Christine Boutin d’être élue présidente de la République ?... Nulles ! Zéro !... En 2002, elle a fait 1,9% des voix [2] ! Zéro chance d’être élue présidente de la République !... Mais elle s’en moque ! Parce que Christine Boutin, elle ne veut pas être présidente de la République, elle veut être candidate à la présidence de la République… C’est pas la même chose. On voit la différence ».

On voit la suite, surtout.
Et elle ne tarde pas.

Dans un festival de gestes, le voilà qui dresse la liste des candidats potentiels pour la présidentielle 2012.
Frédéric NihousIl s’en fout lui, d’être président de la République ! C’est pas son problème ! »), Philippe PoutouJe connais son score à lui : 0,0005% »), Jean Pierre ChevènementEt voilà ! Un de plus »), Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Dominique de Villepin, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie ArthaudÇa va pas peser lourd, ça non plus ! Mais on s’en fout ! ») etc., etc.
Au total, Jean-Michel Aphatie dénombre quinze candidats pour la prochaine présidentielle.
Et ça l’énerve copieux :
« Vous savez ce que c’est ça ? Demande-t-il. C’est n’importe quoi !... N’importe quoi !... Une grande élection dont dépend le destin du pays (…) c’est inadmissible !... Ne devrait être candidat que ceux qui ont envie d’être président (…) Ceux qui ont la possibilité de l’être ».

Ce qui, d’après lui, réduirait le nombre à cinq postulants [3].

Bien.

On pourrait saluer cette colère. Après tout, il y a comme du « bon sens paysan » dans ce qu’il dit.
Une présidentielle, ce n’est pas une législative.
Sauf que… si le mode de scrutin des législatives était différent, je veux dire si elles n’étaient pas, comme les présidentielles, au scrutin majoritaire à deux tours, mais à la proportionnelle, alors – peut-être – n’aurions-nous pas pour les présidentielles, pléthore de candidats.
Qui, effectivement, ne sont là QUE pour faire exister leurs courants, leurs clubs ou leurs partis.

Oui, on pourrait saluer cette colère, sauf que… Elle n’avait qu’un objectif : nous recauser du 21 avril 2002.

« Le 21 avril 2002, nous dit Aphatie, il y avait seize candidats ! C’est le 1er tour de l’histoire de l’élection présidentielle, depuis que cette élection existe, où il y a eu le plus de candidats : seize ! (…) On se dit que : puisqu’il y a seize candidats, chaque citoyen va trouver quelqu’un qui lui plaît ! Et donc que la participation va être formidable !... Eh bien c’est aussi le 1er tour (…) où il y a eu le plus d’abstention : 28,4 % d’abstention ! 11 698 000 français n’ont pas été aux urnes le 21 avril 2002… Pourquoi ?... Parce qu’ils se sont dit c’est le bordel ! C’est la cacophonie ! (…) Du coup à vingt heures, on a eu ceci... »

Et de nous remontrer Pujadas annonçant un second tour opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen.

« Ça c’était inutile ! Assène Aphatie. Ça ne représentait pas la société française. Ça ne voulait rien dire… Le 1er tour de l’élection présidentielle par sa masse de candidats a été faussé, et ça fausse, du coup, le second tour. »

On comprend dès lors ce qui motive la colère de Jean-Michel Aphatie.
C’est moins le nombre de candidats que ses conséquences : un taux abstention « inadmissible » pour une telle élection et… le Front National au second tour.
Et, ce qu’il veut nous faire comprendre, en réalité, c’est que nous courons droit à un second 21-avril avec autant de candidats. 
Et de préconiser, à l’avenir, de passer de 500 parrainages à « 1000 » voire « 2000 ».

Mais a-t-il raison ?
Dans les faits.
Observe-t-on une abstention plus grande dès lors que le nombre de candidats est élevé ?
Et inversement, un taux de participation plus fort avec un nombre de candidats réduit ?

Eh bien, pas vraiment.

Si l’on fait exception de la première, celle de 1965 [4] parce que justement c’était la première, effet de nouveauté, donc enthousiasme, curiosité et tutti, les deux élections qui – outre 1965 – ont mobilisé le plus d’électeurs sont celles de 1974 et de 2007.
Or, dans les deux cas, il y avait 12 candidats (on est donc, selon Jean-Michel Aphatie, pas loin de la « cacophonie » et du « bordel ») au premier tour.
Soit, le plus grand nombre de participants après celle de 2002.

Or donc, malgré le nombre, et des candidats qu’Aphatie jugerait certainement inutiles ou farfelus (comme Guy Héraud, Jean-Claude Sebag, Bertrand Renouvin, Emile Muller ou Alain Krivine en 1974 ; Frédéric Nihous, Gérard Schivardi, voire José Bové et Arlette Laguiller en 2007) les électeurs se sont rués vers les urnes.
Pourquoi ?
Eh bien parce qu’en 1974, comme en 2007, nous avions à choisir un nouveau président.
Contrairement à 2002 où Chirac remettait son titre en jeu, et où, de surcroît, son adversaire principal était son Premier ministre (Lionel Jospin).

Voilà pour les chiffres bruts.
Ils infirment les propos tenus par Aphatie…

Et d’autant plus, si on y ajoute le 1er tour de 1969, où le nombre de candidats n’était pas « cacophonique » mais riquiqui (7, le plus petit nombre après 1965) et où, pourtant, nous avons enregistré le deuxième plus grand taux d’abstention (22,41%).
C’est quoi ce « bordel » à l’envers, Jean-Michel ?
N’oublions pas le troisième plus mauvais 1er tour en matière de participation, celui de 1995, où il n’y avait que... 9 candidats (21,62% d’abstention).
Dans ces deux cas, là itou, nous avions à choisir un nouveau président. Ce qui pourrait être en contradiction avec ce que j’avançais concernant 1974 et 2007. Sauf que… Cela tient aussi à la personnalité desdits candidats.
En 1969, l’offre n’était pas très alléchante (Pompidou, Poher, Duclos, ça fait pas rêver).
Et en 1995, après le renoncement de Delors, et les divisions de la droite (Chirac/Balladur) nous n’avions pas un choix de grande qualité, ni d’une clarté évidente.

Nonobstant, et à la décharge d’Aphatie, nous sommes, concernant 2012, effectivement dans un cas de figure, peu ou prou, similaire à celui de 2002 ; c’est-à-dire avec un président qui va remettre son titre en jeu.
Donc oui, avec 15 candidats, le risque d’un taux d’abstention supérieur à la moyenne est possible. Et, il favoriserait, sans nul doute, Marine Le Pen.
Mais c’est bien parce que nous sommes dans ce cas de figure, que la théorie d’Aphatie tient la route.
Etant donné qu’en 1974 et 2007, un nombre de candidats élevé (douze c’est quand même beaucoup, voire certainement trop) n’a pas impacté le taux de participation. Au contraire !
C’est donc moins le nombre de candidats, que la configuration (et les enjeux) qui prime.
Car dès qu’il s’agit de choisir un nouveau président, soit quand l’actuel ne se représente pas (ni le Premier ministre), et que de surcroît les personnalités sont fortes ou attractives (Sarkozy/Royal en 2007, Mitterrand/VGE en 1974) le nombre n’est, apparemment, pas un problème.

En conclusion, Aphatie a tort sur les chiffres bruts.
Mais il raison sur la configuration.
Oui, pour 2012, un nombre élevé de candidats peut nous conduire à un nouveau 21-avril [5].

Pour le reste, est-il « inadmissible » que quinze candidats concourent à l’élection présidentielle ?

Il est vrai qu’il y a dans ce nombre quelque chose de ridicule, de grotesque, tant évidemment Nihous n’a aucune envie d’être président, ni même Boutin, pas plus que Poutou ou Arthaud.
Il est exact, oui, de dire que leurs chances sont « nulles ».
Qu’ils ne sont candidats que pour être candidat. Rien de plus.
Et que ce nombre porte atteinte à la présidentielle. En la désacralisant, d’une certaine façon.
Mais encore une fois, tant que les législatives n’offriront pas une dose de proportionnelle permettant à tous les courants d’idées (ou, du moins, une grande partie) d’être représentés à l’Assemblée nationale, nous aurons un nombre exagéré de candidats à la présidentielle. Tant pour eux, c'est une vitrine.



[1] Il s’agit de l’émission en date du mercredi 22 juin 2011.
Avec comme invité, Jean-Louis Borloo.

[2] En réalité, 1,19% des suffrages exprimés (et non 1,9% comme dit dans cette émission). Soit 339 112 suffrages. Il y eut bien plus faible que Boutin, cela dit.
Daniel Gluckstein, lors du même scrutin, ne fit que 132 686 voix.
Mais le recordman, c’est Guy Héraud qui, en 1974, ne mobilisa sur son nom que 19 255 bulletins soit 0,08% des suffrages exprimés.

[3] « Cinq candidats, ça, ça a un sens ! dira Aphatie. Et puis après, y’en a deux. Au 1er tour, on choisit. Et au second, on élimine. Mais un 1er tour à quinze candidats, ça n’a aucun sens ».
Cela pose tout de même une question : quelles seraient les étiquettes politiques de ces candidats ?
On le devine : un UMP, un PS, un Centriste. Mais quid des deux autres, Monsieur Aphatie ? Etant donné qu’on a très bien compris que vous n’êtes pas favorable à ce que l’extrême-gauche et l’extrême-droite se portent candidats à une élection « dont dépend le destin du pays ».

[4] C’est en 1965 qu’il y eût le plus petit nombre de candidats : six.
C’est aussi, le 1er tour qui a mobilisé le plus d’électeurs : seulement 15,25% d’abstention (4 410 465 français inscrits sur les listes électorales auront préféré aller « à la pêche »).
Mais encore une fois, c’était la première de l’Histoire.

[5] L’autre particularité du 21-avril c’est que pour la seule fois dans l’histoire des présidentielles, le candidat arrivé en tête du 1er tour, Chirac, était battu… par les abstentionnistes.
Ils étaient 11 698 956, alors que Chirac n’a mobilisé que 5 665 855 suffrages.
Pis : en additionnant le nombre de voix des deux qualifiés pour le second tour (Chirac/Le Pen) ce sont encore les abstentionnistes qui sortent vainqueurs. Du jamais vu ! Mais à qui la faute ?


20 juin 2011

Pourquoi Marine Le Pen Ne Sera Pas Au Second Tour De La Présidentielle…

Instinctivement, je me suis dit : « Mais qu’est-ce qu’il raconte ? »... Lui qui, d’habitude, est réputé pour son flair. Politique… Flanqué de son conseiller à qui on ne la fait pas, le redoutable Buisson... Oui, je me suis dit, épidermique, Nicolas Sarkozy, sur ce coup-là, il est à côté. De la plaque… C’est à se demander à quoi ça (lui) sert d’avoir « cinq ou six cerveaux parfaitement irrigués »... Ou alors, c’est de la méthode Coué de compétition. De l’auto-persuasion…
Et puis, non.
Il se pourrait bien qu’il ait raison…

Théorème-de-Sarkozy.jpgMais entrons dans le vif...
Dans le quotidien Le Monde en date du jeudi 31 mars 2011, les journalistes Raphaëlle Bacqué et Arnaud Leparmentier nous rapportent une réflexion présidentielle qui, a priori donc (et comme je le supputais en liminaire), semble déconnectée de la réalité. L’actuelle.
La voici :

Malgré les sondages, le président refuse de croire à la présence de la présidente du Front National au second tour : « le 21 avril 2002 a vacciné les français » a-t-il récemment assuré à l’un de ses visiteurs.

« Le 21 avril 2002 a vacciné les français »…
Mais comment peut-on affirmer une chose pareille ?... Enfin, depuis 2002, bien de l’eau et une crise (« sans précédent ») ont coulé sous les ponts… Des élections intermédiaires (qui sont autrement plus significatives que n’importe quel sondage) ont démontré que le Front National s’était considérablement remplumé... Qui plus est, partout en Europe, on observe, dans les scrutins, une percée de l’extrême-droite… Nonobstant, la zone euro semble partir à vau-l’eau. Y’a comme du roulis. Et pas des riquiquis… Sans compter le slogan "UMPS" qui fait flores et… Les « déçus du sarkozysme ». Or qui sont-ils ? Je veux dire, quels sont ceux qui pourraient être déçus de la politique menée par Sarkozy sinon ceux qui, en 2007, lui ont apporté moult suffrages ? Et dans ceux-là, les « siphonnés ». Ces électeurs ayant voté Le Pen père en 2002. Séduits en 2007 par un ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, et quelques saillies comme : « La France, on l’aime ou on la quitte ».

Bref, en un mot comme en cent, il y aurait tant et tant de raisons de croire, oui, à la présence du Front National au second tour de la présidentielle de l’an prochain. Un nouveau 21-avril.
Alors, qu’est-ce qui peut bien conduire Nicolas Sarkozy à ne pas y croire ? A cette piqûre de rappel…

La réponse est simple : ce sont les sondages.

Ce sont eux, les sondages et leurs instituts qui, paradoxalement, pourraient « éliminer » Marine Le Pen.
Et pourquoi ?
Eh bien, parce que le 21-avril, pardi !
Ce n’est pas un fantasme le 21-avril, vu que c’est déjà arrivé.
« Un coup de tonnerre » même que c’était.
Et toute la théorie de Sarkozy est construite là-dessus : parce que les français l’ont vécu, ils feront en sorte de ne pas le revivre.
Et QUI peut les aider à ne pas le revivre ?
Les sondages, messire !

Imaginons…
Nous sommes à une semaine du 1er tour. Et plusieurs instituts de sondage nous affirment que Marine Le Pen pourrait être au second tour. Ce qui signifie qu’un des deux partis dominants, PS ou UMP, n’y serait pas.
Que croyez-vous qu’un électeur de droite ou de gauche fasse dans cette éventualité ?

Eh bien, il va voter « utile ».

Plutôt que de donner sa voix à Borloo, Villepin ou Boutin, d'aucun va reporter son suffrage sur Sarkozy (quand bien même, en serait-il un « déçu »). Et de l’autre côté, quelques-uns s’apprêtant à donner du bulletin à Mélenchon, au NPA ou à LO, se rabattront in-extrémis sur le candidat du PS.
Et la raison est évidente : aucun des deux camps n’acceptera que son champion soit éliminé dès le 1er tour… Qui voudrait (re)vivre cette humiliation ?

Si en 2002, les sondeurs nous avaient placé Jean-Marie Le Pen au second tour, vous pensez vraiment que Jospin aurait été « éliminé » dès le 1er tour ?... Allons ! Bien sûr que non ! Il y aurait eu une mobilisation pavlovienne de l’électorat de gauche en faveur du Premier ministre ! Des électeurs pensant voter Taubira ou Chevènement (voire : Mamère, Hue, Besancenot, Laguiller), auraient tourné casaque. Et sans états d’âme.

D’autre part, et même si, à un an de l’échéance, les sondages ne valent pas tripette, quand en mars dernier, une enquête en ligne effectuée par l’institut Harris Interactive donnait – et pour la première fois – Marine Le Pen présente au second tour dans tous les cas de figure, qu’a-t-on observé les semaines suivantes ?
Eh bien, ce qu’on peut considérer comme un « vote utile virtuel ». Et vlan ! Dans les enquêtes qui suivirent, Marine Le Pen rétrogradait. Pour se retrouver en position de « troisième homme ».

Alors bien sûr rien ne dit que cet effet de « vote utile » jouera l’an prochain.
Et puis, l’électeur est libre de son choix, non (Ah ! Ironie quand tu me tiens !) ?
Il fait ce qu’il veut avec son bulletin, une fois dans l’isoloir.
Il s’en moque bien des sondages, le citoyen… N’est-ce pas ?...

… J’entends, c’est curieux et marrant à la fois, d’aucuns qui en doutent… C’est intéressant... Les sondages, grand dieu dans un pays laïc, feraient-ils une élection ?
Telle est la question.

Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy, lui, le croit.
Et pour une fois – comme quoi tout devient (mais un peu tard) effectivement possible – je serais tenté de lui donner raison.


08 juin 2011

Marine Le Pen Pour Les Nuls

Quand bien même ne connaîtrions-nous pas la liste officielle des candidats pour la présidentielle 2012 [1] que les spéculations vont bon train. D’ores et déjà, on nous prédit un match à trois :
FN, PS et UMP.
Ce qui nous conduirait, pour le second tour, à trois cas de figure :
Marine Le Pen/PS, Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy ou PS/Nicolas Sarkozy.
S’il va sans dire que le média préférerait la troisième hypothèse, il disserte cependant, et abondamment, sur les deux premières à grands coups de « 21 avril à l’endroit » et de « 21 avril à l’envers ».
A l’endroit, à l’envers, qu’est-ce que ça peut faire ? Puisque Marine Le Pen ne gagnera pas la présidentielle…

Fille-de.jpgOn nous tartine que l’une des grandes différences entre Marine Le Pen et son président d’honneur de père, c’est que la fille, elle, veut le pouvoir. D’où la dédiabolisation du FN qu’elle mène, peu ou prou, depuis 2007…
Mais, d’une part, comment l’obtenir avec un tel mode de scrutin, et d’autre part, quand on est seul ?
Bref, comment espérer rassembler, au second tour d’un scrutin majoritaire, 50% des suffrages exprimés + 1 voix quand on se refuse à toute alliance avec quelque parti que ce soit ? Et ce, quand bien même la colère, la déception, le ras-le-bol seraient grands. Et que fleurirait le sigle/slogan – redoutablement efficace – de : UMPS (également utilisé par Dupont-Aignan).

S’il ne fait nul doute que Marine Le Pen vise le pouvoir, elle n’ignore pas le chemin qu’il lui faudra parcourir. Et il dépendra de moult facteurs.

Le véritable objectif de Marine Le Pen, celui à court terme, ce n’est pas la présidentielle 2012, ce sont les législatives qui suivront. C’est ça, le début du chemin. Encore faut-il qu’elle réalise un score à ladite présidentielle. Plus important que celui de son père en 2002. D’autant qu’il en va de sa survie à la tête du FN. Où elle n’a pas que des amis.
Nombreux, en effet, sont ceux qui n’ont pas digéré son élection, présumée démocratique, de janvier dernier. Présumée, car le père aura bien verrouillé l’affaire. Appliquant son adage : « Je préfère ma fille [ou ma famille] à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes, mes compatriotes aux Européens.» [2].
Or donc, sa fille plutôt que Bruno Mégret, Carl Lang ou, plus récemment, Bruno Gollnisch. Les deux premiers auront compris qu’ils n’avaient aucune chance de lui succéder et seront partis ; quant au troisième, il suffisait d’attendre que Marine Le Pen conquière l’opinion publique au point de se rendre incontournable aux yeux des militants. La succession, filiale, étant alors assurée, le père pouvait se retirer. Voilà pourquoi : « présumée démocratique ».

Toujours est-il qu’au sein d’une partie du FN dite « historique », et jusque dans la quasi-totalité de la presse d’extrême-droite, on ne serait pas chagriné de voir Marine Le Pen se ramasser en 2012, afin de (lui) reprendre la « boutique ». D’où l’impérieuse nécessité pour elle d’y faire un score. C’est la condition sine qua non de son avenir à la tête du FN.
Ceci étant, elle peut faire un score (autour de 20%) et ne pas être au second tour... Si ce cas de figure ne la mettrait pas (trop) en danger dans son parti ce ne serait pas le meilleur des scénarios. Car Marine Le Pen compte bien y être ; au second tour. Elle sait qu’elle ne gagnera pas la présidentielle, tout comme elle sait que le différentiel sera moins large qu’en 2002 (plutôt qu’un 82/18, il y a fort à parier que nous serons aux alentours d’un 65/35) mais peu importe ! Car là, continue le chemin. Celui qui, pense-t-elle, peut la conduire à la victoire en 2017. Objectif à moyen terme.

Tout dépend de son adversaire du second tour. Si c’est le candidat du PS, c’est tout bénef. Et c’est bien ce qu’elle espère. Car il provoquerait un éclatement de l’UMP.
Pour le coup, là oui, nous aurions droit à un véritable séisme politique.
La consigne « pas d’alliance avec le FN » (promesse faite à Chirac) volera en éclat. Dès les législatives. Toute la Droite Populaire (celle des Vanneste, Raoult, Mariani, Barèges, Luca et consorts) est prête à basculer. Soit une quarantaine de députés de l’UMP.
Dans la défaite – qui là, aurait plutôt des allures de Waterloo pour notre bonapartiste Sarkozy – tout devient possible ! Quand on veut conserver son siège à l’Assemblée…
Nous assisterions alors à la naissance, non pas d’un nouveau parti, mais d’une « vaste coalition » (un peu sur le monde italien avec Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord).
Une « vaste coalition » (ou « grand rassemblement patriotique ») que le FN appelle déjà de ses vœux [3] et dont le but serait de prendre le leadership à droite. Un bloc néoconservateur populiste. Un Tea-Party à la française. Qui se régale déjà d’une présidence « socialiste » qui, elle en fait le pari, ne pourra que la renforcer et la rendre incontournable en 2017.

Voilà le plan de Marine Le Pen : faire exploser la droite dite traditionnelle… La ventiler copieux. Elle n’aura donc pas besoin, comme elle ne cesse de le répéter, de faire alliance avec l’UMP, ni avec aucun autre parti : ce sont quelques pégreleux de l’UMP (entre autres...) qui localement feront alliance avec le FN, puis « transfugeront » sans complexe, vers son parti.

Reste une dernière hypothèse dite « moyenne » : un second tour opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy. Ce qui rendrait plus compliqué la « vaste coalition » pour les législatives. Mais il n’est pas exclu, suivant les rapports de force, qu’il n’y ait pas quelques alliances locales, lors de ces législatives, entre des membres de la Droite Populaire et le FN. Ce qui constituerait un premier coup de canif. Une brèche dans laquelle Marine Le Pen compte bien s’engouffrer. D’autant plus si ça lui donne quelques (sièges de) députés « sympathisants » à l’Assemblée nationale. Après, tout dépendra du second quinquennat de Nicolas Sarkozy…

Pour contrer cette stratégie de Marine Le Pen, redoutable, élaborée, qui la conduit d’ailleurs à déclarer que « la victoire du FN est structurelle » il revient aux partis traditionnels, républicains, de hausser le niveau. Redonner à la politique ses lettres de noblesse. Ne pas se vautrer dans le populisme ou la démagogie. Arrêter de nous envaper. Parler correct. Comme à des gens qu'entravent ce qu'on leur baragouine. S'il n'est pas trop tard...
Il conviendrait, surtout, que l’UMP ne courût plus après le FN. Tant c’est bien cette course (ce suicide, plutôt) qui favorise la stratégie de Marine Le Pen [4]... Et rendrait si elle se poursuit, effectivement, et à terme, la victoire du Front National aussi « structurelle » qu’inéluctable.


[1] A ce jour, les seuls candidats déclarés ET adoubés par leurs partis respectifs sont : Marine Le Pen, Nathalie Arthaud (LO) et, très probablement, Myriam Martin (NPA), Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Nicolas Sarkozy.
Et pourtant, on nous abreuve de sondages truffés de Borloo, de Morin, de Dominique de Villepin, de candidats socialistes (mais jamais Montebourg, alors qu’il est candidat aux Primaires) ; qui plus est, on nous annonce déjà un match à trois (FN/UMP/PS). C’est dire le peu de cas qu’il est fait (dans les médias) de la plupart des candidats (et de leurs projets). Et de la démocratie, en général…
Ceci étant, quels sont les médias qui nous présentent TOUS les candidats aux primaires d’Europe-Ecologie-Les Verts (ils sont quatre et non deux) ou à celles du PS (dites : « de toute la gauche ») ?

[2] Adage péniste que certains attribuent à Montesquieu, alors que non.
Montesquieu, lui, avait écrit :

« Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime »

S’il est clair que Jean-Marie Le Pen s’en est inspiré, il n’en a aucunement respecté l’esprit. Il est même en total contre-sens avec ce que voulait signifier Montesquieu.

[3] Comme l’atteste ce communiqué du Bureau Politique du FN en date du 16 mai 2011 :

« Le Bureau politique réuni ce jour à Nanterre a décidé de réserver 1/3 des circonscriptions à des personnalités qui rejoindraient le grand rassemblement patriotique qu’il appelle de ses vœux pour les législatives.
Cette vaste coalition est destinée à soutenir la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle et à créer un bloc patriotique et républicain, qui constituera la majorité de demain.

La campagne législative du Front National sera dirigée par Steeve Briois, Secrétaire général du FN.
»

[4] En 2007, Sarkozy avait siphonné les voix du FN. Stratégie électoralement payante, mais ô combien risquée. Tant cela l’engageait politiquement auprès de certains électeurs qui attendaient de lui des actes concrets et une « obligation de résultats ».
Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris c’est que le vote FN n’est plus totalement un vote de rejet, mais de plus en plus un vote d’adhésion, ancré. De fait, on ne peut siphonner cet électorat sans en payer le prix.
Nonobstant, le 21 avril 2002 n’était pas un « accident » ou un « détail de l’histoire ». C’était un avertissement. Une bande-annonce. Un coup de semonce.
C’est une erreur de croire, comme Sarkozy le confie, que « le 21 avril 2002 a vacciné les français » [Le Monde – jeudi 31 mars 2011].
Et c’est encore plus une erreur d’avoir cru qu’en siphonnant cet électorat, il aurait peu ou prou disparu. Au contraire ! Et nous nous acheminons vers le concept de l’arroseur arrosé. Car ce que Sarkozy a fait au FN en 2007, Marine Le Pen compte bien le faire (au carré) à l’UMP, trop heureuse de vanter l’original valant mieux que la copie.
En d’autres termes, on pourrait dire que le siphonage des voix du FN opéré par Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 a contribué d’une certaine façon, à la stratégie de Marine Le Pen, et à rendre, à terme, la victoire du FN « structurelle ». Bravo l'artiste !


24 mai 2011

Passée La Sidération…

Nous sommes perdus. Nous ne savons plus. Déjà, qu’on doutait… Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Les évènements, majeurs ou pas, s’accélèrent. Il faudrait se pencher, revoir, les autres années, a-t-on déjà vu et subi autant en si peu de temps ? La sidération, ça n’est pas uniquement DSK, c’est un enchaînement d’évènements. Et nous voici spectateurs, impuissants, comme rarement nous l’avons été.

No-Future-par-Banlsy.jpgEst-il besoin de dresser la liste ? De tout ce qui s’est produit depuis – disons – ces dix dernières années – mettons depuis le 11-septembre – avec cette sensation étrange, désagréable, d’un inéluctable. Que ça va mal. Qu’on y va tout droit.
Est-ce la prolifération des moyens, ceux de s’informer, qui fait que, nous avons cette sensation-là, je veux dire est-ce seulement un « sentiment que » ou est-ce la « réalité » ?
Faut-il décrocher, moins consommer de – ce que l’on nomme – hardnews. Se tenir un peu plus à l’écart. Est-il possible, aujourd’hui, de penser sereinement et de recevoir des informations tout aussi sereinement. S’en donner le temps.

Ce terme « sidérant » que l’on a entendu à propos de « l’affaire DSK » est sans doute le plus signifiant, entendu jusqu’ici. Tant il pourrait s’appliquer à bien d’autres évènements, comme ceux, déjà lointains du 11-septembre, du 21-avril, des « émeutes en banlieues », et plus proches de nous, aux divers tremblements de terre ou tsunamis, à Gaza, à Fukushima, aux printemps arabes, à cette « justice [qui] est faite », à DSK, etc.
Il décrit un état, le nôtre... Nous sommes, effectivement, sidérés... On voudrait, aimerait, souhaiterait que ça cesse… En l’occurrence, l’incroyable couverture médiatique d’un mariage princier (couverture justifiée par le fait que « 2 milliards d’êtres humains » étaient censés le suivre, notamment via l’outil télévisuel) constitue une tentative par le média moins de nous divertir (encore que, il y a manifestement, ici, un but : « faire diversion ») que de nous soulager. Nous offrir un répit. Alors que, objectivement, nous n’en avons pas grand-chose à faire, ni à en tirer. C’est juste une image. Mais tout, désormais, est image…
Un mariage, une béatification, et boum ! une exécution (Ben Laden). Et tout reprend. Recommence. Machine infernale. En flux tendu. Images en boucle. Sidération again.

Alors, comme le titrait Libé, on se demande, non pas : « A qui le tour ? » mais : « quelle est la sidération suivante ? ».
Soit : qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus, même à des milliers de kilomètres, peu importe, c’est bien sur nous que ça tombe. Et ça finit, par accumulation, de nous broyer. Littéralement.

L’autre terme qui surgit, en creux, c’est « dévasté ».
Nous sommes dévastés, avec cette sensation que tout s’écroule et que nous n’y pouvons rien. J’entends par « tout s’écroule », nos illusions, nos rêves, nos espoirs.
Pour certains, ces illusions, rêves et espoirs, s’étaient portés sur un homme. A tort ou à raison, là n’est pas la question… Il est à ce propos, intéressant de noter, qu’une bonne partie de ceux qui ne l’appréciaient pas, pour diverses raisons, principalement politiques, idéologiques, ceux-là aussi ont été sidérés, sont même « tombés en empathie ». Justement, parce qu’il représentait un espoir pour les autres (et les médias).
Quoi qu’ait fait cet homme, ou pas fait, innocent ou coupable, peu importe au fond, nous voilà perdus. Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Comment « sortir de là » ?

Les éditocrates, les journalistes, les observateurs, nous disent que « les cartes sont rebattues ». Mais de quelles cartes parlent-ils ? Qui dit cartes, dit jeu (ou stratégie). Jeu politique, en vérité. Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Ce que nous attendons, ce sont des perspectives, des idées, des projets. Un espoir. Qui les porte ? Est-ce les Espagnols, Puerta Del Sol ? Est-ce eux qui, par leur volonté, leur détermination, vont nous sortir de cet état, celui de sidération ?

Parce que, si en France (qui, comme la plupart des pays du monde, connaît une crise sans précédent) on n’observe aucun mouvement, pas la moindre manifestation d’envergure (comme celles de 1995), c’est aussi parce que nous sommes, depuis lustres, sidérés.
Bien sûr, il y a d’autres explications : le fait que « la crise » n’ait pas touché la majorité des Français. Sinon, et principalement, les plus vulnérables. D’autres aussi ont été touchés, mais pas en assez grande quantité pour déclencher un vaste mouvement ; ces autres qui, de surcroît, bon an, mal an, parviennent, péniblement, à s’en tirer (et n’ont d’autres soucis que de protéger le peu qui leur reste : emploi, toit, etc.). Et s’ils s’en tirent, c’est notamment grâce à notre système de protection sociale, sans lequel, nous vivrions aujourd’hui, ce que vivent les Espagnols, les Grecs, les Irlandais, les Portugais, etc.

Mais on ne peut faire fi de l’état de sidération. C’est une clé importante. Elle prend sa source le 11-septembre (évènement mondial) se poursuit le 21-avril (évènement local) et depuis, c’est non-stop ; ou du moins, avons-nous cette impression.
Et « la chute de DSK », avec cette avalanche d’images, images d’un français, un des « nôtres » (nous sommes donc, quoi qu’on en dise, touchés dans notre chair, humiliés, terrassés) et puissant de par sa fonction, valorisante (quoi qu’on en dise, là encore) pour la France, pour « nous », nous enfonce un peu plus dans cet état de sidération. La paralysie. C’en est trop !

Cet état-là, de sidération (quasi) permanente, nous a amené à croire en « l’homme providentiel ». D’autant plus que les médias, dans leur grande majorité, ont contribué à nous le présenter comme tel. Une évidence.
Nous n’avons pas mis, plus que cela, en question cette évidence. Parce que, justement, elle nous apparaissait comme une « porte de sortie » (et non, Del Sol). Je veux dire par là, qu’avec cette porte, nous pensions que nous sortirions de cet état de sidération. Nous irions mieux. Et n’avait que peu d’importance, au fond, le projet que cet homme portait.

Cette « chute » incroyable, cet évènement que, donc, on a qualifié de « sidérant », est en réalité plus que cela. Nous sommes passés au-delà de la sidération. Etant donné que nous étions déjà en cet état. C’est en ce sens que je dis que nous sommes perdus. Complètement paumés. Dévastés. Car, passée la sidération, que peut-on espérer ? Qu’y a-t-il après ? Une Puerta Del Sol française ? La résignation par les urnes ?
Ou alors, le déclin.
Oui, n’est-ce pas plutôt le déclin qui nous guette et que nous sentons venir ? Passée la sidération


09 mars 2011

La Peur Du « 21 Avril » Ou L’Impuissance Révélée De Notre Classe Politique

Et voilà ! Ça vacille, cède à la panique, déjà que ça n’allait pas fort dans les états-majors. Il aura suffi de quelques sondages et bam ! On appelle au « rassemblement » à gauche, au « vote utile » ; on petit-déjeune à droite avec le honni d’hier, on dragouille le centriste, et allez donc ! … La raison de toute cette agitation : la peur. Celle d’un « 21 avril » à l’envers, à l’endroit, total, définitif.
La peur, cette mauvaise conseillère.

CharlieHebdo-28mars2007.jpgIl est, à ce propos, intéressant, ô combien édifiant, de constater que cet argument, ce chiffon qu’on agite, la peur, est utilisé pour tout, ou à peu près tout. C’est assez révélateur de la société dans laquelle nous vivons. Cette peur est tellement présente, quotidienne, que désormais le seul projet politique qui nous est proposé c’est : nous protéger.
Nous protéger des « flux migratoires », nous protéger de la « mondialisation » , nous protéger de la « violence », nous protéger du « chômage », nous protéger de tout en fait ...
Fut un temps, l’on nous proposait plutôt un avenir, des perspectives, un chemin, des solutions. Bref, de quoi s’enthousiasmer, se projeter. Et même si ces promesses (de lendemains qui chantent) n’étaient pas honorées, pas toujours, qu’elles se heurtaient à une réalité économique, à l’imprévisible, à la guerre, elles donnèrent force, espoir, volonté. Elles libéraient les énergies, comme on dit. Celles vives du pays.
En renonçant à cette voie, celle d’un projet d’avenir, véritable, pour nous proposer un programme, et un seul, consistant à nous assurer « protection », le politique nous incite à l’apathie, nous ankylose, nous enferme, mais aussi, nous infantilise.
Nonobstant, en assurant qu’il (le politique) va « nous protéger », il confirme, au fond, que nos peurs sont fondées. Et s’il nous dit : « N’ayez pas peur ! » c’est parce qu’il n'a pour seule ambition que de se présenter comme notre protecteur.
En vérité, cette attitude, démontre l’impuissance de notre classe politique. Si elle en est réduite à nous assurer « protection » et rien d’autre, c’est bien là, oui, une preuve (de plus) de son impuissance.
Ce premier constat est déjà bien inquiétant, mais si en plus, cette même classe politique cède à la peur, alors nous courons droit vers le séisme annoncé.

Or donc, cette peur qui saisit la classe politique, c’est celle d’un nouveau « 21 avril ». Peu importe dans quel sens, endroit, envers, il faut « se protéger » de cette éventualité. Non pas « nous protéger », nous le peuple, d’un « 21 avril », mais « s’en protéger elle », ne pas en être l’une des victimes. Ne pas être le cocu, le Jospin de 2012.
On aurait pu espérer que la vague sondagière (contestable ou pas dans la méthodologie, peu importe) incitât les différents partis, notamment les deux dominants, PS et UMP, à répliquer sur le plan des idées, des projets. Mais là encore, il n’en fut rien. Autre preuve de leur impuissance. Nous eûmes droit à des « petites phrases », des accusations, c’est de la faute à Sarkozy, c’est en grande partie de la responsabilité des socialistes, bref, nous eûmes droit à des gamineries. C’est à la fois indigne et désespérant. Et ça fait « peur » surtout. Cercle vicieux. Dont, bien évidemment, profitera une nouvelle fois, Marine Le Pen.

Mais comment se traduit-elle, cette peur d’un « 21 avril » ?
Par la réduction de candidats à droite comme à gauche. En « simplifiant » l’offre politique.
A droite, on prie M. de Villepin de ne pas se présenter. On appelle les centristes (Morin, Borloo) à la raison. L’argument ? Moins il y aura de candidats à droite, et plus Nicolas Sarkozy fera le plein de voix au premier tour. C’est beau, non, les mathématiques modernes ? [1]
Mais c’est exactement la même chose à gauche. François Hollande, visiblement paniqué, appelle tous les jours au rassemblement de la gauche, dès le premier tour. Il milite pour une candidature unique. Souvenez-vous, 2002, martèle-t-il, Taubira, Chevènement, et pour quel résultat ? Ne rééditons pas cette erreur. Sauf que, ce n’était pas une erreur. C’est juste que Lionel Jospin a raté sa campagne. Mais allez expliquer cela à quelqu’un qui a peur ! A ce point, qu’il en oublie les électeurs. Tout comme la droite les oublie, aussi.

Ce n’est pas en réduisant le nombre de candidats, que l’UMP et le PS, contreront le Front National. Je serais même tenté de dire : au contraire !

Certes, pléthore de candidats ne signifie pas grand-chose. Ce serait même une plaie pour la démocratie. En effet, 16 candidats pour une présidentielle, ça n’est pas sérieux. Il ne s’agit pas d’élire un député ou un maire, bon sang ! mais celui va présider le pays pendant cinq ans. 16 postulants pour une telle fonction, ça n'est pas crédible. Tout comme, au passage, il ne peut y avoir pléthore de candidats pour une Primaire, fut-elle socialiste ! Deux (voire trois) me semble être le maximum. Au-delà, ça relève plus du cirque, de la téléréalité qu’autre chose [2].

S’agissant d’une présidentielle, il est normal, me semble-t-il, que les différentes sensibilités politiques fassent entendre leurs voix. Ainsi, les centristes, les souverainistes, les écologistes, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, le PCF, le PS, l’UMP ... L’on me dira que certains sont compatibles, solubles, certes, mais ça, c’est l’étape suivante, celle du second tour.
M. Hollande et M. Sarkozy souhaiteraient-ils que nous fassions l’économie d’un premier tour, ou d’en réduire drastiquement l’offre, au seul motif que, mon dieu ! Marine Le Pen pourrait les devancer ? Est-ce ça, la démocratie ? N’est-ce pas plutôt une façon de la confisquer au peuple ? Et d’ailleurs, cette façon d’agir, que révèle-t-elle, sinon, outre la peur, une méfiance envers le peuple ? Un mépris, d’une certaine façon.
Là encore, c’est Marine Le Pen qui en tirera gros bénéfice.

Ce n’est pas par la peur qu’on vainc, c’est par le courage. C’est en proposant un avenir, un projet, un chemin. Fussent-ils difficiles.
Ce n’est pas en faisant peur, qu’on gagne le cœur du peuple, c’est en démontrant sa puissance, sa volonté.
Ce n’est pas en infantilisant « les gens » qu’on conquiert leur confiance, mais en les élevant, ou – comme ce fut dit trivialement – « en les tirant vers le haut ».
Le peuple ne veut pas d’un protecteur, il ne veut pas être protégé, il veut qu’on l’entende et qu’on le respecte.
Le peuple ne demande pas mieux qu’adhérer à un projet. La peur, n’en est pas un. A fortiori, « les peurs ». Et à trop jouer avec, il est évident, voire inéluctable, que la sanction sera terrible.

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