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13 février 2012

Vie & Vicissitudes D’Un Chômeur

Peu importe, me semble-t-il, la profession que j’exerce. Peu importe, car nous sommes (désormais) soumis, peu ou prou, aux mêmes règles, celles qui, petit à petit, se sont imposées, celles inhérentes à un monde que l’on nous vend et vante à longueur de journées, un monde qui ne connaît plus qu’un seul mot : compétitivité. Ce mot est d’une extrême importance car il aura bouleversé totalement les conditions de travail des salariés (conditions, dont on ne parle quasiment jamais) quand ce n’est pas la « valeur travail » elle-même. Et ça ne vaut pas que pour le secteur privé. Ainsi, en matière de Police – par exemple – il est moins demandé de « protéger et servir » que de « faire du chiffre ». Il en va des bonnes statistiques de la délinquance.

Impayable.jpgPeu importe donc mon métier (quand bien même y serais-je profondément attaché), en vingt-sept années de CDD [1] je connus trois fois le chômage.
Les raisons ?
Elles sont toutes différentes.
Un changement de direction (et donc, comme souvent dans ma profession, d’équipes), la cessation d’activité d’une entreprise, et enfin, un « choix de vie » [2].

Il est primordial, à ce stade, de dire noir sur blanc que, au-delà des raisons, l’entrée dans le monde du chômage est particulièrement déprimante, pour ne pas dire brutale. Vous pouvez être le plus motivé de la terre, le plus enthousiaste, le plus volontaire, il n’y a rien à faire, quelque chose finit par vous rattraper... Vous pouvez faire le fier, fanfaronner, en pariant à qui veut bien l’entendre que d’ici un mois, allez peut-être deux, vous aurez réintégré le monde du travail, assez vite, vous comprenez que votre nouveau statut, celui de demandeur d’emploi, est une entrave. Vous n’êtes plus vu, entendu, perçu comme vous l’étiez quand vous aviez un emploi... Pourtant, vous avez un parcours, des compétences, une expérience à faire valoir... Oui mais voilà, il y a eu un « accident » dans ce parcours. Et c’est bien pour cela que je précisais : « au-delà des raisons », parce qu’une fois chômeur, elles n’entrent pas en ligne de compte. Ou très rarement.

En d’autres termes, aux yeux de l’autre (l'employeur potentiel notamment) vous devenez, d’une certaine façon, en partie responsable de cet état.
Si vous êtes au chômage, c’est que vous avez « fauté » ou « mal anticipé »
.
Et donc, qui sait, et malgré votre CV, peut-être êtes-vous un élément sujet à poser des problèmes dans une entreprise. Peut-être n’êtes-vous pas malléable, pour ne pas dire corvéable à souhait. Peut-être avez-vous « trop de caractère ». Peut-être même, portez-vous malheur ! Etc.
Bref, vous auriez manqué à quelques règles bien néolibérales, et en particulier à la première de toutes : la sacro-sainte compétitivité. Au nom de laquelle, tout doit être sacrifié. Le salarié, en premier.

Ce que je veux dire c’est que, après la blessure (quand ce n’est pas l’humiliation), qui existe, qui est bien réelle (qui n’a pas reçu, un jour, une lettre de licenciement ne peut en connaître la juste mesure) qui a certes à voir avec quelque chose qui nous est personnel, mais aussi commun à tous (l’amour-propre, par exemple) vont se succéder des moments éprouvants, des moments où vous allez devoir prendre énormément sur vous, et, le temps passant, finissez par saisir, très concrètement, ce que signifie l’expression : « faire profil bas ».
Vous pouvez être armé d’une volonté de fer, être un bonhomme, j’en connais peu qui échappe à cette spirale. Bref, à ce qui, inexorablement, vous tire par le bas... Six mois de chômage et vous n’êtes plus la même personne : vous doutez de vous-même, de votre parcours, de vos compétences, de votre expérience. Et si, en fait, vous ne valiez rien ?...

Chacun comprendra, alors, que parvenu , il vous est d’autant plus difficile de retrouver un emploi. D’où le terme de : « spirale ».

Je tenais à préciser tout cela, car j'ai noté que, bien souvent, ceux qui parlent de chômage, plus particulièrement ceux qui prétendent que « du travail, y’en a ! », ou alors que « quand on n’a pas de travail, il ne faut pas faire le difficile, et prendre ce qui vient ! », ceux-là n’ont jamais connu le chômage. Ils ne savent pas ce que c’est… J’en ai même rencontrés me confirmant que, eux ? Mais jamais ils n’y avaient été ! Ajoutant illico que, jamais ! Ils n’y seraient un jour ; comme si, on pouvait l’éviter... Comme si nous l’avions cherché.  Et moi, le premier.
Ce sont les mêmes qui estiment que le chômeur est un « assisté ». Parce qu’ils l’imaginent vautré dans un canapé, indemnisé. Ils pensent que si on l’indemnisait moins, voire plus du tout, il se bougerait le cul, le chômeur. Ignorant, ou faisant mine d’ignorer, que : l’indemnisation est sujette à moult paramètres et qu’elle n’est pas éternelle.

Je vais vous faire un aveu : j’ai secrètement rêvé, qu’un jour, ils fussent à leur tour, chômeurs, et qu’ils en goûtent tous les désagréments, toutes les humiliations, et aussi, tous les renoncements. Peut-être comprendraient-ils, enfin, comment il se fait qu’il pût y avoir des chômeurs de longue durée (comme je le fus)…

Bref, lorsque vous perdez votre travail, et quelle qu’en fût la raison, vous changez de statut. En d’autres termes, vous changez de division. Vous rétrogradez. Et pas de Ligue 1 à Ligue 2 ! Non ! Vous descendez directement en CFA2. C’est un fait.
C’était vrai en 1990, ça l’était en 1998, et tout autant en 2009. Nous en venons à mes trois périodes de chômage... Si la perception du chômeur n’aura quasiment pas varié, en revanche, sa prise en charge, elle, est différente. Et c’est là, un des points.

En 1990, comme en 1998, assez rapidement, on me proposa de suivre une formation. Comme de surcroît, j’étais demandeur, je les abordais avec enthousiasme, et aussi, plein d’espoirs... Est-il utile de préciser que ce n’est pas le chômeur qui s’en acquitte (je parle du coût - ou alors dans certains cas, et dans des proportions plus ou moins raisonnables) mais l’Etat.
Il me semble, ne serait-ce que pour l’avoir vécu, qu’une grande partie des demandeurs d’emploi, pour ne pas dire une belle majorité, ne demande pas mieux que de suivre une formation. Et c’est d’autant plus logique que, suite à une perte de travail mal vécue (sentiment d’injustice, amour-propre qui en a pris un sale coup, humiliation personnelle également, etc.) se former pour en découvrir un autre, de travail, et donc d’univers, c’est une façon de tourner la page. Se laver. Repartir à zéro.

Seulement voilà, alors qu’en 1990 comme en 1998, c’était envisageable pour la plupart, figurez-vous que ça ne l’est plus aujourd’hui. Et ce n’est pas tant dû à la fusion ANPE/ASSEDIC (qui n’est pas une mauvaise idée – sur le papier) qu’à une affaire de pognon.

J’ai pu l’éprouver, puisque cette fois (2009/2011), c’est moi qu'insistais pour suivre une formation, indiquant même celles qui me paraissaient les plus adéquates ; mais il me fut (très aimablement) répondu que lesdites formations étaient attribuées au compte-goutte. Que de surcroît (vu mon profil) je n’étais pas prioritaire. Même après plus d’un an de chômage. Et même si, à mon âge, il était particulièrement difficile de réintégrer le monde du travail.

Dès lors, quand François Fillon nous apprend qu’actuellement « seuls 10% » des demandeurs d’emploi sont en formation, ça ne me surprend pas. Mais ce qu’il omet de préciser – or, c’est le plus important – c’est que si ce chiffre est ridiculement bas, ce n’est pas parce que les chômeurs ne veulent pas suivre une formation, mais parce qu’il n’y a pas de budget « alloué à » !
Il est très important de le dire, car encore une fois, celui qui pense déjà que les chômeurs-ceci, les chômeurs-cela, pourrait être trivialement conforté dans son opinion pour le moins primaire, celle qui consiste à affirmer, bêtement, que non seulement le chômeur est un « assisté » mais qu’en plus, c’est une feignasse.

Si vous y ajoutez la proposition du candidat Sarkozy, consistant à consulter le peuple quant aux droits des chômeurs, ça commence à faire beaucoup. 
Beaucoup trop.
Car, que l’on prenne le peuple, ou une partie de celui-ci, pour un veau sans cerveau, c’est pas nouveau ; mais qu’on le consultât (et par temps de « crise sans précédent » en plus !) en alimentant l’idée que le chômeur est un « assisté », un « feignant », voire même un « fraudeur », et qu’en plus, le salopard, il refuserait de se former, c’est sans nom !

Quand on veut combattre le chômage, on met le paquet. Et le paquet : c’est du pognon.
Proposer au demandeur d'emploi, une formation ? Je suis d’accord. Mais alors qu’ils y mettent les moyens ! Au lieu de désigner le chômeur comme un « cancer » de notre société.

L’autre vérité, c’est que : comme y’a pas de formation, ou si peu, les demandeurs d’emploi travaillent à perte. Ce que j’ai fait. Quelques heures par mois. A des taux horaires incroyablement bas. Parfois, via des contrats que je n’avais jamais vus jusqu’ici : « à la journée » (Nos « amis allemands » connaissent bien ce phénomène …). Mais on prend. Et sans barguigner.
Ça ne suffit certes pas pour « sortir » de Pôle Emploi. Mais ça permet de maintenir un taux de chômage inférieur à 10% (en période électorale, c'est pas de refus...). En réalité, nous sommes bien au-dessus.

Le paquet, ça veut aussi dire du personnel qualifié, et en nombre, à Pôle Emploi.
Moi, j’ai eu de la chance. Je suis tombé sur une petite structure, habitée par une équipe compréhensive, humaine et compétente. Mais j’ai vu, aussi, ces moments où ils étaient débordés. Complètement. Parce que pas assez nombreux, et aucune solution à offrir. Déjà que, en temps normal, y’en avait pas…

Je ne dis pas qu’en 1990 ou 1998, je n’ai pas été témoin des mêmes symptômes. D’autant qu’en février 1998, nous étions au-delà des 10% de chômeurs. Mais il me semble, j’en suis même certain, que concernant la question de la formation, c’était sans comparaison.

J’ajoute, cependant, que la formation n’est pas une fin en soi, ou la solution-miracle.
Car après, il y a l’employeur et son bon vouloir. Et, je me souviens qu’en 1990, comme en 1998, il préféra, cet employeur, recruter un profil ayant un cursus plus solide, ou ayant déjà une expérience en la matière, que ma pomme sortant de formation certifiée conforme. Sans doute considérait-il qu’icelle n’était pas suffisante, incomplète, ou que j’étais encore trop vert.
Donc la formation oui, mais il faut qu’elle soit béton, reconnue et valorisée. Sinon, c’est de l’argent foutu en l’air (mais payant électoralement, car ça permet de réduire le taux officiel de chômage en France).
En d’autres termes former pour former, non ! Former efficacement, oui !

Vous comprendrez alors, l’absurdité de consulter le peuple sur une telle question.
Vous comprendrez que c’est d’un cynisme rarement atteint, et que, ce dont nous avons besoin, avant tout, c’est de pédagogie, d’explications, d’informations.
Et que, plutôt que de dresser « ceux qui se lèvent tôt » contre « ceux qui ont perdu leur boulot » (et qu’on désigne, ignominieusement comme des « assistés ») il convient, quand on est un républicain, un démocrate, un homme de bonne volonté, de rassembler son peuple, et d’en appeler à la solidarité.

Dans un monde ou prime la compétitivité, avant tout ; avant le travail, sa nature ; avant les compétences, avant le mérite, avant les salariés eux-mêmes ; dans un monde où seul compte le chiffre, il convient de ne point en rajouter, mais bien au contraire, d’apaiser les tensions comme les souffrances ; à moins que

… A moins que le but, soit de déchirer, et à desseins (électoraux), la société française, de tuer à moyen terme ce modèle social qui nous a sauvés de bien des maux (combien compterions-nous de pauvres aujourd’hui, sans notre modèle social ?) et de faire de ce pays, anciennement des Lumières, une ombre.


[1] Un seul CDI. Pour près d’une centaine de CDD. Et parmi ces derniers, un avatar qui pullule, de plus en plus, et fort malheureusement : Le Contrat à Durée Déterminée d’Usage.

[2] « Choix de vie », oui. Parce qu’il n’y a pas QUE le travail dans… la vie. Ou plutôt, que vaut-il, le travail, si parallèlement vous foirez votre vie privée, ou passez à côté ?
Or donc, il peut arriver, oui, que vous privilégiiez votre vie. Ce n’est pas une décision difficile. C’est une évidence qui s’impose. Et c’est heureux.

NB : J’ajoute que, très souvent, lorsque vous retrouvez un travail, après tant de mois à en chercher, vous acceptez un salaire moindre que celui que vous touchiez avant votre période de chômage.
Dans le cas où vous connaissez plusieurs périodes de chômage, comme ce fut mon cas, vous devinerez que la perte est plus importante encore… C’est, faut-il le croire, le prix à payer.
Eh oui, même la précarité, ça vous coûte
Alors quand j’entends d’aucuns, des ignorants, des perroquets, baver sur les chômeurs, oui, il me prend à souhaiter qu’ils endurent le même parcours...

 

30 avril 2011

Entrée Dans La Précarité

Ce qui marque, durement, ce sont les visages. Cette fatigue, et tant d’autres choses, comme le poids, celui du temps qui passe et passe, et rien qui vient... Je me demande s’il en est de même pour moi. Je veux dire : est-ce qu’elle est pareille qu’eux, ma gueule ; aussi ravagée. Au bout de dix-huit mois… Comment savoir ?... Je la connais ma sale tronche, je me la fade tous les jours…

Dessin-de-Charb.jpgJe pourrais, je crois, décrire le parcours de ceux qui m’entourent. A l’œil nu, ça se devine, ces choses-là. Comme cette femme d’un âge certain, juste devant moi, par exemple. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. C’est – c’était, plutôt – une professionnelle. De l’édition... Qu’est-ce qu’elle fout ici ? Dans cette sélection…
J’en vois deux ou trois autres qu’ont le même profil ou approchant… Ce qui les unit et les trahit ce sont leurs regards. Y’a de la résignation. Entre autres… Sinon, un peu de tout : jeunes, moins jeunes, égarés, silencieux, anxieux ; la routine, quoi.
En face de nous, un trio. Un tableau. Et des marqueurs de toutes les couleurs.
On s’enquiert du fait de savoir si tout le monde est là. Apparemment, il manque quelqu’un… Il ne viendra pas. Tant pis… L’exposé commence.

Ce qui est assez désagréable, pour dire franchement les choses, c’est le ton sur lequel on s’adresse à nous. Oh, il n’est pas méprisant, non, du tout même, mais pourquoi nous parler comme si nous étions alités, malades ou je-ne-sais-quoi ? C’est peut-être nos gueules, me dis-je, cette lassitude qui se lit, trop bien.
Bref…
On nous explique en quoi ça consiste, ce « travail ». On nous le vend. Puis, on nous demande s’il y a des questions.
Il y en a.

- Est-il possible de faire plus de 20 heures par semaine ?

La réponse est non… Les visages se ferment. Déjà qu’ils n’étaient pas brillants…
La femme, celle qu’a dû marner dans l’édition pendant des années, elle insiste. Vu le tarif (entre 11 et 13€ de l’heure, et c’est du brut !) je comprends. Suffit de multiplier par vingt et les comptes sont vite faits. Le quotidien, avec ça, tu l’assures pas. D’autant plus que rien ne dit que tu les feras, les vingt heures. Vu que c'est un plafond.
C’est typiquement ce qu’on appelle un « job d’appoint ». Mais qui te prend du temps, ça, je peux en témoigner… L’heure, c’est juste un repère. C’est pour entrer dans les critères. De Pôle Emploi. En vérité, t’es payé au contrat [1]. Et c’est le contrat qui vaut entre 11 et 13€ [2]. Ce qui signifie que tu peux en décrocher - maximum - 80 au mois (mais ça n'arrive jamais), plus de 800 sur une année. C’est légal, paraît-il...

On a tous accepté. Pas le choix. Quand faut croûter…

Des sélections, comme celle-ci, j’en ai fait d’autres. Et c’était le même type de contrats. Les mêmes tarifs. Les mêmes candidats. Demandeurs d’emploi depuis lustres. Qu’acceptent le « job ».
Qui s’assoient surtout. Sur leurs expériences, leurs compétences, leurs acquis, et bien sûr, sur toute prétention salariale.
Tous, nous savons que ça ne nous mènera nulle part. Mais c’est tout ce qu’il y a.
Oh ! bien sûr, si Pôle Emploi proposait des formations, de celles qui permettent, ciblées, de vous diversifier, vous améliorer en tel domaine, compléter un parcours, l’enrichir, ça se passerait différemment. Du moins, faut-il l’espérer… Mais Pôle Emploi n’en propose pas. Pourtant sur les dépliants, très chouettes, en couleur, il est bien écrit que Pôle Emploi mobilisera « tous les moyens nécessaires pour faciliter votre insertion professionnelle (formations, aides à la mobilité..) ».
Mais peut-être que c’est réservé aux plus jeunes. Ceux qu’ont un avenir.
Passés quarante ans, tu « poses problème ». Visiblement... Même pour un simple bilan de compétences.

C’est pas pour verser dans le « c’était mieux avant ! » mais du temps de l’ANPE, des formations, on vous en proposait. Assez rapidement. C’est vrai, aussi, que l’âge n’était pas le même. Le parcours moins lourd. Le visage plus avenant. Plus avenant parce que, quand tu perds ton travail à 25 ou 30 ans, même 35, tu te dis que tu peux rebondir. Vu le temps. Celui qui reste. Mais après quarante ou cinquante ans, le temps qui reste devient comme un handicap. Voire : un inaccessible.

Or donc : et alors ?

Alors, quand je lis dans le Figaro, Xavier Bertrand asséner qu’il « préfère qu’un demandeur d’emploi reprenne une activité réduite que pas d’activité du tout » parce que, ajoute-t-il, « à la fin du mois, une fiche de paie vaut toujours mieux qu’une allocation » je me demande dans quel monde vit-il.
Vous voulez les voir, mes fiches de paie, M. Bertrand ?

2.75€, 13.75€, 27.50€, 56€, 72€, 102€, 129.25€ – et, tadaaaaam ! – 657.25€.

Faut-il préciser que, lorsque vous reprenez « une activité réduite », comme le dit si joliment M. Bertrand, vous sortez des chiffres du chômage (tout en restant inscrit). Plus précisément vous ne faites plus partie de la fameuse catégorie A… Bref, vous contribuez à faire baisser le taux de chômage en France (à ce compte-là, vous pouvez annoncer, fiérot, qu’il sera de 9%, en Métropole, à la fin de l’année).
On comprend mieux, dès lors, que M. Bertrand nous pousse à « l’activité réduite », même si elle ne vaut – pour ce mois-ci – que 56€ bruts.
Nonobstant, je ne suis pas certain que cela constitue un progrès social. Ni humain... Une bonne nouvelle, quoi !

Je précise, en outre, que je ne suis pas attentiste ; je veux dire que, comme au temps de l’ANPE, je ne me repose pas sur Pôle Emploi. Quand bien même M. Sarkozy et Mme Lagarde nous auraient vanté que ce serait, Pôle Emploi, une véritable révolution. Qu’on allait voir ce qu’on allait voir !
Moi ce que j’ai vu, et assez vite, c’est que les conseillers Pôle Emploi n’étaient pas assez nombreux pour remplir leur mission. Et, sans doute, que le budget alloué n’était pas à la hauteur du « projet » (sinon, des formations, on nous en proposerait).

J’ajoute que, quand j’entends parler à tire-larigot de « sortie de crise », je me demande qui ça concerne, hormis les entreprises du CAC et la Bourse en général... Pour nous, les demandeurs d’emploi, la « sortie de crise » c’est l’ « entrée dans la précarité ». Ce sont des petits contrats à la journée, à la semaine, payés une misère. La crise est passée par là, doit y avoir un rapport, je présume...

Bien évidemment, je passerai sous silence les récentes saillies de M. Sarkozy sur les « chômeurs ». Si ça n’est pas de l’indécence, je ne sais pas ce que c’est. Mais tout de même, faudrait songer à arrêter de nous traiter comme des « assistés », des « profiteurs » ou – comme décrit plus haut – comme des « alités ». Et, si ça existe, je veux dire « les profiteurs », ils ne feront JAMAIS une majorité. Parce que l’immense majorité, elle se bat. Elle accepte tout. Déclassement compris. Et TTC.
Notre fierté, notre dignité, nos prétentions diverses et variées, on les oublie. Pas sûr que ceux qui nous emploient en soient bien conscients. Encore moins ceux qui nous gouvernent. Eux, qui jamais n’ont connu la précarité. Pas plus que la crise... Mais ce qui est sûr, c’est que leur rutilant : « Nous sortirons de la crise plus forts que nous y sommes entrés » c’était des conneries ! Un slogan (publicitaire) de plus.
La vérité est autre. Et elle se voit à l’œil nu. Mais qui s’en soucie, puisque le chômage baisse pour le troisième mois consécutif ?
Au moins, ayez l’élégance de nous remercier, parce que sans nous, les précaires, il ne baisserait sûrement pas.


[1] Les contrats en question sont des Contrats à Durée Déterminée d’Usage. Le pire du CDD !

[2] Encore que !... Vous signez pour un contrat de 11€. Mais il dépend du temps estimé par l’employeur pour le réaliser.
Si le temps estimé est d’une heure, vous touchez effectivement 11€ bruts.
Mais si – et c’est du vécu ! – le temps est estimé à un ¼ d’heure, vous ne palperez que 2.75€ bruts.
Cependant – ô joie ! – si vous devez vous déplacer pour exécuter ledit contrat, vos frais de transport vous seront remboursés. Encore heureux ! Sinon, vous perdriez de l’argent (vu le prix d’un ticket de métro ou de RER aller-retour, c’est vite vu !).

24 novembre 2010

Lettre D’Un Demandeur D’Emploi Aux Employeurs

Lettre d'un demandeur d'emploi aux employeurs.jpgJ’imagine bien, ah ça oui, alors que ça « Karachi des bulles » au sommet de la République dite Irréprochable, en « In » comme en « Off », que le parcours du combattant d’un demandeur d’emploi (autrefois : un chômeur) peut paraître insignifiant.
Crise ou pas crise, ça ne fera pas le buzz, la Une, à croire que tout le monde s’en tape le coquillard.
A commencer par les employeurs.

Peu importe que vous soyez, à l’origine, licencié économique, victime d’un plan dit de restructuration, non-reconduit suite à un CDD (ou le fin du fin : un CDDU) démissionnaire ou viré pour faute, le résultat est le même : vous voilà sur le carreau, exclu, en dehors, out !
Peu importe, itou, ce que l’on pense d’un chômeur, on l’a assez entendu, ça va de feignasse à profiteur, quand ce n’est pas fraudeur, même qu’on se demande s’il l’aurait pas un peu cherché, dites, sans oublier le sempiternel : « Du travail, y’en a ! » … Oh ! certes, crise aidant, ce dernier argument bat comme de l’aile, encore que, je puis vous assurer que dans certains Cafés du Commerce, il conserve une meilleure cote que le pire canasson dans la troisième à Chantilly.
Il est à noter, cependant, que ceusses qui bavent sur les chômeurs n’ont jamais connu L’ANPE et les ASSEDIC ni son présumé rutilant successeur, Pôle Emploi.
Ils ne savent pas de quoi ils parlent.
Mais là n’est pas mon propos. Tout comme je ne tenterai pas d’établir un profil-type du chômeur, tant, c’est vrai, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Ni même de vous décrire ce qu’il endure, par où il passe, et ce qu’il accepte. Mais quand bien même : le parcours, lui, sans donner dans Le Couperet de Costa-Gavras, se ressemble, qu’on fût cadre ou simple employé, jeune ou proche de la retraite, homme ou femme.

Or donc, entrons dans le vif.

Oui, et comme ça va en étonner plus d’un, le but premier d’un chômeur n’est pas de se la couler douce en se gavant de programmes télévisuels lobotomisant, pas même de miser une partie de ses indemnités (auxquelles il a droit, rappelons-le ; et pourquoi ? Parce qu’en trimant, il a cotisé pour !) sur le tocard de la fameuse troisième course à Chantilly pour les dilapider ensuite dans un Rapido, non ! Le but de ce « parasite » est de retrouver, et fissa, le monde du travail ; un monde joyeux, gratifiant, épanouissant, il va sans dire, mais peu importe, c’est ainsi, il veut le retrouver, ce monde-là … Et que fait-il pour ? ... Il envoie des candidatures assorties d’un CV. Mais attention ! Pas des candidatures torchées à la va-vite avec un CV dégueulasse ! Non ! … Le chômeur, il a bien étudié le dossier, à savoir ce qu’il faut y mettre dans une lettre de motivation, soignant les termes et la présentation, grammaire et orthographe comprises ; aux petits oignons, la lettre. Quant au CV, idem, il te l’a mitonné impeccable, d’une lisibilité à toute épreuve, du velours. Et il est enthousiaste, le chômeur. Il y croit. Ça va finir par payer.
Mais le temps passe, et rien.
Quand je dis rien, j’exagère à peine, car voilà, c’est le point, c’est donc là où je voulais en venir : un employeur sur quatre (et encore, j’arrondis généreusement) prend la peine de (lui) répondre.
Un sur quatre.

Alors, on pourrait se dire – j’ironise – que par temps de crise, ma foi, un timbre c’est du luxe, pour nos entreprises françaises ! Elles vont pas grever leur budget chancelant pour un chômeur multiplié par X au carré ! Sans blagues ! Ça leur reviendrait bonbon en timbres, n’est-ce pas ? … Mais même pas ! Car aujourd’hui, on ne passe quasiment plus par le courrier postal, mais par le mail. Or donc, ça ne leur coûterait pas un rouble de prendre la peine de répondre à la candidature spontanée (ou pas) d’un demandeur d’emploi. Simplement un peu de temps, et j’oserai dire : un minimum de correction.

On me rétorquera, peut-être : et alors ?
Eh bien alors, quand vous cherchez du taf, que vous y mettez les formes, que, de surcroît, vous acceptez, sans barguigner, de candidater à des postes où, croyez-le, vous vous asseyez sur toute prétention salariale, tout diplôme, toute expérience, bref, que sans faire de simagrées, vous consentez à vous déclassifier – à vous brader, diraient d’aucuns – mais, nonobstant, en exprimant votre désir, votre envie, un volontarisme affiché, haut et fort, et que pour toute réponse, c’est le néant, vient le moment où : merde ! … Parfaitement : merde !
Parce que ne pas répondre, même en deux phrases, même de façon lapidaire, peu importe ! c’est bien considérer le chômeur comme de la merde, non ? Ou comme quantité moins qu’insignifiante.

C’est du sale mépris, en vérité.

Alors même qu’on nous bassine avec le « vivre ensemble », le « respect de l’autre » et tout le toutim ! Que le saint-MEDEF jure, ô grand dieu, que nos employeurs français ne sont pas (tous) des cochons, des « c’qu’on croit » et tout le tralala.
« Vivre ensemble » mon cul, oui !
« Le respect de l’autre » balle-peau ! Y’a pas !
Un sur quatre qui prend la peine de répondre, en temps de crise, alors même que ça leur coûte nib', c’est même pas misère, c’est scandaleux ! Et l’on voudrait quoi ? Que le chômeur, il prenne sur lui, et continue sans moufter ce parcours devenu humiliant ?

Il faut savoir que lors des rendez-vous mensuels à Pôle Emploi, on vous demande de fournir des preuves de votre bonne volonté, à savoir du concret, des recherches effectives d’emploi, mais qu’est-ce qui pourrait empêcher un conseiller plus zélé qu’un autre, de vous signifier que vos belles lettres et vos CV à peine trafiqués, c’est bien joli, mais qui dit que vous les avez réellement envoyés ?
La seule preuve, indubitable et incontestable, de vos recherches ce sont les réponses des entreprises à vos candidatures. Or, comme elles ne répondent pas, eh bien, comment pouvez-vous, auprès de Pôle Emploi, prouver votre bonne foi ? Sur votre bonne gueule ?
Passent les premiers mois, où ça se montre compréhensif, mais le temps filant, la fin de droits s’approchant, et – surtout – la courbe du chômage augmentant, on aurait comme tendance à jouer du ciseau, voyez-vous, à donner dans la radiation temporaire ou définitive ! Ça n’y fera pas des chômeurs de moins, ah ça non, simplement des malheureux en plus. Comme une double-peine. Et vas-y que je t’enfonce, hein, encore et toujours. Mais qui s’en soucie ?
Ah oui, pardonnez-moi, y’a plus important : Karachi, les Primaires socialistes, DSK qu’écrase Sarkozy, bref, du spectacle, du show, du buzz.

Mais tant pis, allez, même si cette bafouille, elle aussi, je le crains, restera lettre morte, je voudrais simplement dire aux employeurs qui reçoivent des milliers de candidatures de demandeurs d’emploi, que de leur répondre, ce n’est pas une obligation, non ! c’est un devoir.
Le minimum.
Ou plus précisément : le service minimum.
Ça vous parle, ça non ? Le service minimum !
Il serait juste qu’il fonctionnât dans les deux sens.

Veuillez agréer, comme de bien entendu, les politesses d’usage.

10 septembre 2010

Il N’Y A Pas Que Les Conseillers De Pôle Emploi Qui Sont Submergés

Une agence Pôle Emploi des Hauts-de-Seine, un jeudi 9 septembre 2010.

Sur les 8 bornes Internet sur lesquelles les inscrits actualisent ou consultent leur dossier, font des recherches d’emploi, pas une seule ne fonctionne.

Hors_service.jpg



Nicolas Sarkozy avait promis des renforts humains, peut-être faudrait-il songer à renouveler, itou, le matériel informatique, quand on sait le nombre d’offres qui transite sur le Net.

07 septembre 2009

Le Pôle Emploi, Ca N’Existe Pas

pole-emploi.jpgEnfin m’y voilà. Au Pôle Emploi. Celui de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. Pas facile à trouver. D’ailleurs, j’arrive en retard.
Je m’excuse, précisant que je ne suis pas d’ici et que Mappy.fr, c’est du grand n’importe quoi.
La fille me sourit. Elle doit avoir l’habitude.
Elle prend ma convocation et j’hérite d’un numéro. Le 33.
Je vais m’asseoir, sagement, avec mon petit cartable noir, sur un siège bleu en plastique, et j’attends. Qu’on m’appelle. Je me dis que ça devrait aller vite. Ils en sont au n°30, bureau 10, et il y en a 17, des bureaux. Mais ça traîne. Alors je promène mon regard, à droite, à gauche.
C’est tout bleu et blanc. Un peu comme le logo de la radio France Bleu.

C’est impersonnel, triste et propre.

Un moniteur diffuse des images (que personne ne regarde) et du son.
En boucle.
“… Vous devez répondre à toutes les convocations qui vous sont demandées …” ça dit.
“… Tout au long de vos recherches d’emploi, un conseiller vous accompagne …” et sur un drôle de ton. Neutre. Voire absent. Infantilisant, à certains moments. C’est peut-être cela qui énerve, doucement, une dame. Il est 15h16 et elle avait rendez-vous à 14h20. La jeune fille explique qu’elle est seule (à nous accueillir) et que nous sommes “énormément” nombreux.
Elle se calme, la dame. Retourne à sa place. Et le ballet des convocations reprend.
… Certains d’entre vous ont droit à une allocation chômage” dit le moniteur.
- 42 euros par jour, monsieur ..
- Net ?
- Oui. Net …
Ça fait pas bezef. Ça m’en fiche un coup. 56% de mon salaire, à vol d’oiseau. Les temps ont "énormément" changé. Je me demande comment un (ex) smicard peut bien s’en sortir.

Ce que je prends pour ma “conseillère” n’est pas désagréable. Loin de là. Juste, elle me semble lasse. Elle tape sur son clavier et moi je remplis les feuillets qu’elle me tend. Je coche des “OUI” des “NON”, je soussigne et je signe. Peu de mots sont échangés. Mais je me dis qu’une fois cette paperasse expédiée, nous entrerons dans le vif, qu’elle me demandera ce que je recherche, comme emploi, si j’ai des pistes, des envies, afin d’établir “ensemble”, comme le disait le moniteur, un “projet personnalisé”. Mais pas du tout. Elle me demande si je suis libre mercredi en fin de matinée. Je réponds que oui. Et me voila cochant, soussignant et signant de plus belle.
- Voici votre dossier, me dit-elle. Il contient vos identifiants, votre avis de prise en charge, le montant journalier de votre indemnisation, toutes les informations dont vous avez besoin et votre convocation pour mercredi, 13h30, à l’ANPE de Saint-Maur-des-Fossés ..
- Ah parce que je .. Je ne reviens pas ici ?
- Eh non, Monsieur. Désormais c’est l’ANPE de Saint-Maur-des-Fossés qui s’occupera de vous ..
- Mais je ne comprends pas .. Ici, c’est ..
- C’est le service indemnisation, Monsieur ..
- Ah .. Comme les Assédic. Enfin, je veux dire, avant, ce sont les Assédic qui ..

Elle sourit. Et je comprends.

- Alors en fait, je poursuis, y’a marqué Pôle Emploi, mais je suis aux … aux Assédic ?

Elle me dit que oui. Elle va même plus loin, me confiant que ce logo Pôle Emploi c’est “juste politique”. Qu’en fait, cela fait des mois qu’ils auraient dû déménager. Mais ils sont toujours là. Voilà. Les Assédic existent toujours. L’ANPE aussi. Rien n’a changé. La fusion ANPE/Assédic n’a pas eu lieu. Le Pôle Emploi, c’est juste un logo qu’a coûté bonbon. Rien de plus.
Je suis sur le cul …

Alors comme ça, ce Pôle Emploi qui devait être un outil “réactif”, “efficace”, bénéficiant de “moyens considérables”, un exemple de réforme du gouvernement Sarkozy, ce Pôle Emploi, il n’existe pas !


PS : Tout de même, juste par curiosité, sortant de cette Assédic maquillée en Pôle Emploi, je me rendais à cette fameuse ANPE de Saint-Maur-des-Fossés. Indiquée comme telle, je veux dire sous le sigle ANPE, sur les panneaux de la commune.
Comme les Assédic de Saint-Maurice, elle porte le nom de “Pôle Emploi”. Mais en réalité, c’est une ANPE classique. La réforme n’a pas eu lieu.
Cela fait maintenant un an, que sur ce sujet-là, précisément, ce gouvernement nous ment ..

28 août 2009

Branle-Pas-Bas De Combat Au Pôle Emploi !

Fermé Du Vendredi Midi Au Lundi, 9 Heures

Je me suis dit, crise n'aidant pas, qu’il ne fallait pas perdre de temps. Allez zou, devançons l’appel, hardi mon garçon, n’attends pas la fin de ton contrat (dimanche 30 août, minuit) prends ton téléphone et dans la joie, appelle cette “machine de guerre” mise en place par ton roi, celle qui te permettra de retrouver en deux temps, trois mouvements, du taff et de l’oseille, oui, volontaire et pugnace, appelle donc le Pôle Emploi !

Or donc, me voila, ce vendredi 28 août, 14 heures et quelques, composant frénétiquement le sésame, le 39 49.

C’est sur fond de musique guillerette qu’une voix standard et féminine m’annonce que le Pôle Emploi est à mon service, que ce numéro, le 39 49, est un numéro unique (waouh !) qu’il est réservé aux demandeurs d’emploi mais également aux employeurs. Sauf que, l’employeur on l’invite à se rendre illico-presto sur le site internet du Pôle Emploi. Bref, le 39 49 c’est uniquement réservé aux demandeurs d’emploi ..

”Veuillez appuyer sur la touche * de votre clavier téléphonique !”

Ce que je ne fais pas.
Par esprit de contradiction.

”Nous sommes désolés, votre poste ne nous permet pas de dialoguer avec vous !” m’informe la voix. Déconfite.

Je m’en veux. J’ai raté un truc. Énorme : dialoguer ! Moi, qu’aime tant ça, le dialogue. La preuve, je suis blogueur [… rires à gorge toute déployée ...] !

Tout en me traitant de tous les noms d’oiseaux migrateurs, je compose à nouveau le 39 49.
Re-musique guillerette, re-voix féminine (plus vagale que vaginale) et même invitation.
Cette fois, conscient de l’enjeu, j’appuie sur la fameuse touche *.

Elle (la voix ..) me remercie, puis me demande de taper le numéro de mon département.
Je m’exécute.

”Val-de-Marne !” fait un robot.
”Putain de robot, me dis-je en moi-même, un jour, ils nous boufferont l’caviar sur le dos ..”

Une nouvelle voix féminine prend le relais. Une du Val-de-Marne. C’est comme si j’étais passé de France 3 National à France 3 Régions. Profondes.
Bref, c’est du brutal.

“Bonjour, dit la dame sur un ton triste et fatigué. Nous vous informons qu’à compter du lundi 3 août (elle prend une grande respiration ..) il y a de nouveaux horaires. Tous les Pôles Emploi de l’Ile-de-France (nouvelle respiration lasse ..) et les services téléphoniques seront ouverts du lundi au jeudi de 9h à 17h et le vendredi de 9h à midi. Bonne journée !”

[ … Un ange désœuvré passe …]

Ai-je bien entendu ?
Se foutrait-on comme de l’an 40 et de la crue de 1910, que l’on puisse chômer en août ?

Je veux dire, dois-je comprendre que cette “machine de guerre” mise en place par notre gouvernement afin d’aider le gueux à retrouver fissa du travail (et à ne pas refuser plus de deux offres raisonnables d’emploi sous peine d’être radié ..) serait complètement fermée depuis ce vendredi midi et jusqu’à lundi, 9 heures ?
Dois-je comprendre qu’au bout du fil, il y a votre voix, Madame, mais aucun interlocuteur vivant, disponible, à mon service, 69 heures de rang ? EN PLEINE CRISE ? La pire qui nous “soye” tombée sur le paletot depuis un siècle ? Alors qu’on nous annonce 600 000 (voire 800 000) chômeurs de plus pour l’année 2009, que plus de 30 000 dossiers de demandes d’indemnisation sont déposés chaque jour, ce Pôle Emploi qu’on nous a vanté, vendu, présenté comme un outil qui – je cite Nicolas Sarkozy – devra s’adapter “aux besoins des demandeurs d’emploi et non pas l’inverse”, cet outil qui devait être “réactif”, “efficace” et bénéficier d’une mobilisation de “moyens considérables”, serait inaccessible, du vendredi midi au lundi, 9 heures ? C’est ça, leur “machine de guerre” ?

Dois-je nonobstant comprendre que, pendant ce gros laps de temps, ce long long week-end, je peux randonner, faire un tennis-ballon ou me gaver, sous le soleil, alangui, de mojitos sans risquer de me faire traiter de parasite ou de grosse feignasse ? 
Dois-je comprendre que le vendredi après-midi, j’ai piscine ?

Et quand je pense que dans le même temps, l’on demande à de pauvres gens, des précaires de la paie, de sacrifier leur dimanche.
Leur famille.
Ce qui s’appelle, sans doute, avoir le sens des priorités et de la mobilisation générale ….



PS : “Je n’ai pas été élu pour qu’on attende vingt ans de plus !” pérorait ce fanfaron de Nicolas Sarkozy, le 8 octobre 2007 à la Maison de l’Emploi de Mâcon, justifiant ainsi de l’urgence à fusionner ANPE et ASSEDIC.
Eh bien, moi, M. le Président, je n’ai pas 69 heures à perdre ...


 
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