09 février 2012
France Lepénisée
Quand je me mis, mercredi, à la rédaction du billet linké en queue de ce cliché rendu noir & blanc, je ne pouvais décemment pas imaginer que le lendemain, le site d’un quotidien en ligne allait, dans le seul souci de faire le buzz – buzz uniquement destiné à écouler le maximum, si ce n’est la totalité de son édition-papier version magazine – allait disais-je, lever le voile sur deux immondes saloperies, deux propositions d’un « personnage » que, le 6 mai 2007, le peuple français eût grand tort de désigner, par la voie du suffrage universel, président de notre République.
Je répugne tant à citer son nom que oui, je m’empare du mot gaullien de « personnage ». C’est en effet par ce terme, afin de ne jamais le nommer, que, six jours avant le second tour de la présidentielle 1965, le Général de Gaulle qualifiait celui que les électeurs de ce pays avaient choisi de lui opposer, via le scrutin du 5 décembre.
Bref.
Jamais donc, je n’aurais pu imaginer que cet autre « personnage » irait jusqu’à braconner sur des terres si peu républicaines, ô combien extrêmes, de natures à mettre en péril la paix sociale, voire même la paix civile, en proposant aux citoyens de ce pays, en cas de réélection, un premier référendum sur les chômeurs et un second sur le droit des étrangers.
Cependant, une fois passé le choc et sa nausée, je dois en convenir : ces deux propositions ne sont, en définitive, qu’une suite affreusement logique, au billet que je rédigeais hier.
En fait, c’est juste une épouvantable accélération. Due à un phénomène électoral.
C’est en quelque sorte une validation complète, assumée, revendiquée, de la lepénisation.
La lepénisation, ce n’est ni un mythe, ni une chimère. C’est une réalité. Ou, pour reprendre le terme exact employé par la candidate de ce parti d’extrême-droite qu’est le Front national, c’est :
« structurel ».
De fait, puisque c'est devenu structurel, et que de surcroît tout le démontre, le temps n’a plus vraiment d’importance. 2012, 2017 ?
A moins que…
Ce « à moins que » sur lequel je m’attelais mercredi.
Je vous en soumets la lecture, tout en y ajoutant deux commentaires qui me sont venus en découvrant les malodorantes propositions référendaires dudit « personnage » :
1 – Le 22 mars 1988, quand François Mitterrand annonça que « Oui ! », il était candidat à sa propre succession, il justifia, en ces termes, sa décision :
« J’aperçois un risque pour le pays ».
Vingt et quatre années plus tard, ce risque est monstrueusement de retour. Et vous en connaissez parfaitement le nom.
2 – Je ne suis pas sûr que chacun se rende bien compte vers quelle effrayante campagne nous nous dirigeons désormais.
Sur ce, le billet en question est, comme je l’indiquais en liminaire, en lien sous ce noir & blanc.
22:31 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : front national, lepénisation, france lepénisée, claude guéant, nadine morano, brice hortefeux, christian vanneste, andré valentin, chantal brunel, brigitte barèges, droite populaire, jean-marie le pen, marine le pen, extrême droite française, 28 ans du fn, petites phrases, dérapages, racisme ordinaire, propos de comptoir, qui va se lever ?, référendum sur les chômeurs, référendum sur le droit des étrangers |
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15 décembre 2011
Pourquoi Nous Nous Dirigeons Vers Une Présidentielle Indigente Et Vulgaire
Il serait salvateur, de première urgence, considérant le contexte, les enjeux, que cette neuvième campagne présidentielle fût riche, haute et en couleur. Qu’elle nous instruise. Qu’elle nous éclaire.
Malheureusement, tout porte à croire qu’il n’en sera rien. Que nous en sortirons plus amers, et plus embrumés encore.
Cela tient au fait que ce que l’on nomme notre « classe politique », et quand bien même serait-elle, par endroits, composée d’hommes et de femmes, brillants, inspirés, ou talentueux (et de quelques bords que ce soit), nous assomment, et à dessein, de mots, de virgules, de slogans, toujours les mêmes. Mauvaise foi et déni HT.
Cela tient au fait, surtout, que jamais vous n’entendrez aucun d’entre eux saluer son adversaire, son concurrent, pour avoir proposé telle idée, soumis tel sujet.
Non, en France, nous sommes dans une autre logique, celle du dénigrement systématique, et cette logique tue dans l’œuf tout débat, tout progrès.
Le citoyen (et donc, le débat) est la première victime de cette logique meurtrière.
Mais l’atterrant, c’est qu’au bout du compte, il y participe. Il abonde. Il n’est d’ailleurs plus un citoyen, au sens noble du terme, mais un vulgaire supporteur, vociférant, braillant. Il n’y a qu’à fureter sur le Net, pour en avoir une triste illustration. Dans le corps comme dans les commentaires. C’est affligeant !
Rendez-vous compte ! Internet ! Un espace ouvert qui est devenu, à certains égards, le royaume des gens fermés. Celui des obtus, des bornés, des mesquins. Oui, même sur Internet, le débat est impossible. L'intelligence est bannie. Quand ce n'est pas : exclue.
Voyez ne serait-ce que la blogosphère, qu’elle soit de droite, de gauche, du centre, des extrêmes, ce n’est, pour bonne partie, qu’un ramassis d’aficionados, délibérément aveugles, et qui, vaille que vaille, et peu importe ce qu’il en coûte, soutient mordicus son champion, même si ledit champion vient de commettre, ou de proférer, la plus stupide des idées.
Or donc, pas de réflexion, pas d’analyse, pas de raison, et je dirais même : pas le moindre gramme d’honnêteté. Au contraire ! Moins y’en a, et plus ils jouissent.
La médiocrité est devenue LA règle. Pis : elle est désormais récompensée. Followée.
Ainsi va le débat en France. Ou plus précisément : le simulacre de débat.
Notre classe politique en est pleinement responsable.
Tant elle corrode, depuis lustres, la « chose » politique.
La suite et le développement sont à lire : ICI
19:08 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle 2012, que sera la présidentielle 2012 ?, sommes-nous des citoyens ?, comment les politiques confisquent le débat, y'aura-t-il des débats dignes de ce nom en 2012, sommes-nous de vulgaires supporteurs ?, qu'est-ce que le débat ?, à quoi sert une élection ?, les raisons de l'abstention, la classe politique française coupable de médiocrité volontaire |
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28 novembre 2011
Non Monsieur Hollande, Vous Ne Serez Pas Le Prochain
Et voilà. C’est reparti comme en 1995. Ou comme en 2007. Et allez savoir si ça ne finira pas comme en 2002 ; mal. Oh bien sûr, pour le moment, il ne semble pas y avoir péril en la demeure. François plane encore dans les sondages. Mais je crains que ça ne dure point. Que le soufflé retombe. Lentement. Mais sûrement. Et là : adieu Berthe. Terminus pour le PS.
Pourtant ça se présentait bien, voyez. Mais ça, c’était du temps où DSK était le champion du PS. Qu’il écrasait tout. Et la primaire. Et la présidentielle. Dans cette configuration, le député de Corrèze, il était à son aise. Dans la peau qui lui sied : celle du challenger. Il était, ce brave homme, téméraire, loser magnifique, qu’allait s’opposer au Big Boss, le grand manitou du FMI, DSK et toute sa clique. Je m’en pourléchais d’avance… Ah, me disais-je, c’est une chance ! Enfin (peut-être) nous allons y avoir droit, au socialisme. Enfin, oui, nous aurions le choix.
Hollande représentait, alors, une alternative. Une possibilité. Une île.
Oh bien sûr, je n’étais pas dupe, j’ai de la mémoire, je n’ai pas oublié que François, il a tout voté, et des deux mains, s’il vous plaît : Maastricht et tutti. Et, concernant le fameux Traité pour une Constitution Européenne, comme Jospin, comme Royal, il fut un fervent défenseur du « Oui ». Alors que Mélenchon, non... Mais, le temps passant, les alliances allant, venant, et puis aussi, la solitude, tant de paramètres, la crise notamment, la mondiale, bref, je pensais que cet homme, Hollande, avait pris la mesure. Qu’il l’avait fait, pour de vrai, cette fois, l’inventaire.
J’avoue, je me suis trompé. Et dans les grandes largeurs.
Nonobstant, qu’on ne s’y trompe pas. L’homme est brillant. Si loin de cette image que d’aucuns lui collent. Des ignorants pour la plupart. Des paresseux, il va de soi. De ceux qui gobent les images médiatiques, sans jamais en vomir. Des perroquets. Des inutiles.
Oui, je l’affirme et le maintiens, François Hollande est un homme politique de qualité. Ni Flanby. Ni transparent. Redoutable, assurément... Mais peu importe. Ce serait une perte de temps que de le démontrer par A+B. Et puis, désormais, ça ne sert plus à rien. L’affaire étant entendue. Hollande a rompu. Le socialisme, vous n’en verrez pas la queue. Rien. Zéro...
Autant le dire, c’est un gâchis. Et il est, ce gâchis, impardonnable et scandaleux.
Ce DSK, mazette ! Il nous aura bien pourri la vie. Et, si ça se trouve, c’est loin d’être fini. J'vous le dis, on n’est pas à l’abri d’une révélation bien embarrassante. Pour le PS, exclusivement. Mais n’anticipons pas. Laissons le temps, cet acide, faire son œuvre…
Toujours est-il que, tant qu’il était là, DSK, il y avait un espoir. Et cet espoir, c’était François. Car il était l’opposant. Il était l’anti-DSK déclaré... Et puis, boum, patatras, le grand argentier se fait salement serrer... Comme disent les journalistes, ces gens qu’ont tellement d’imagination qu’ils emploient toujours les mêmes mots, toujours les mêmes expressions, « les cartes sont rebattues ».
D’une certaine façon, oui. Mais pas pour le meilleur. Non : pour le pire. Car, brutalement délesté de son adversaire, François, alors, se perd. Il erre comme une âme en peine... Que dire ? Que faire ? Qui affronter, désormais, sur le terrain des idées ?... Aubry ? Laissez-moi rire !...
C’est plus une primaire, le grand beau match pour la présidentielle, non, c’est un congrès du PS qui se dessine. Une histoire de motions. Ni plus, ni moins. Il ne reste plus qu’à habiller cette affaire, la maquiller, pour que ça ne se voie pas trop, que l’illusion soit parfaite.
DSK, ou plutôt la chute de DSK, a tué Hollande. Net. C’est à partir de ce point, mai/juin 2011, que tout part en vrille. Que l’homme se rétracte. Retrouve ses mauvais réflexes de premier secrétaire. Qu’il remise par devers lui son socialisme. Non pas qu’il était flamboyant, son socialisme, faut pas pousser non plus ; le PS, on le sait, le socialisme, c’est plus sa tasse de thé depuis lurette. C’est d’ailleurs la raison essentielle, principale, de ses échecs successifs aux dernières présidentielles. Dix-sept ans que ça dure. A croire qu’ils sont aveugles et sourds. Ou pétris de trouille.
Orphelin de l’homme qu’il rêvait d’affronter, Hollande se délite. D’une certaine façon, Aubry, n’a pas eu tort, en employant cette expression, vacharde, mais qui fit mouche, celle de « gauche molle ». Certes, c’était comme qui dirait l’hôpital qui se foutait de la charité, tant, tout bien pesé, à quelques détails insignifiants près, Aubry, c’est la même crémerie, les mêmes ficelles, la même politique : c’est du fade. Et si peu de gauche.
Or donc, voilà Hollande qui nous la joue raisonnable, crédible, et surtout : prudent. Moins je me mouille, mieux ça sera. D’autant que l’industrie sondagière est avec lui... Ah, ces sondages, mais quel cancer ! On ne dira jamais assez, à quel point, ils sont les ennemis du débat politique, des idées, de la démocratie. Mais passons… Et entrons dans le vif. C’est-à-dire, à ce qui, inéluctablement, va conduire, cet homme, François Hollande, à la défaite. Une de plus.
Pour quelle(s) raison(s), dites-moi, le peuple français, accorderait, dans sa majorité, suffrages au candidat du PS ?
Si c’est pour se débarrasser de Sarkozy, c’est trop court. Je veux dire : c’est insuffisant. Et d’ailleurs, ça ne suffira pas.
Pourquoi (pour être plus clair) le peuple enverrait-il à l’Elysée un homme qui ne représente pas une alternative, mais juste : l’alternance ?
Mais le peuple s’en moque de l’alternance, Monsieur ! Lui, ce qu’il veut, c’est une autre politique.
Ce que veut le peuple, c’est une alternative, vraie, réelle. C’est un homme, une équipe, qui se lèvent, fièrement, et disent « non » ! Non à la finance et son diktat, non aux banquiers, non à ce système injuste qui nous broie, qui fait de nous des numéros, des moins que rien.
Ce que veut le peuple, c’est le changement, et en profondeur.
Nous ne voulons pas un Zapatero, un Papandréou, de ces socialistes de pacotille qui ont plié sous la loi des marchés, ont fait subir à leurs peuples des plans d’austérité, que même un Reagan, que même une Thatcher, n’auraient jamais osé appliquer !
Nous voulons que la France soit le fer de lance du « Non » et de la Résistance !
Nous voulons que la France soit le premier pays d’Europe à proposer une autre réponse. Pour une autre vie.
Et parce que vous n’êtes pas cette réponse, Monsieur Hollande, parce que, tout comme vos camarades Zapatero, Papandréou, vous n’êtes pas socialiste, Monsieur Hollande, vous ne serez pas le prochain Président de la République Française.
Pourtant, vous aviez un boulevard devant vous. Une chance même. Elle porte un nom : la crise. Car oui, c’est une chance. C’était l’occasion, ou jamais, de porter sur le devant de la scène, haut et fort, de nouvelles idées, de nouveaux projets, une alternative.
Mais non, vous restez engoncé dans votre centre. Etriqué. Mimant Mitterrand ; François malheureusement, pas Danielle !
Mais si vous l’aviez fait, l’inventaire, alors vous sauriez !
Si vous aviez pris la mesure, alors, vous sauriez !
Mais non, vous n’avez rien travaillé, rien compris. Rien entendu.
Mais Monsieur, si Jospin a perdu en 1995, puis en 2002, ce n’est pas à cause de Chevènement, de Taubira, c’est juste que les Français n’en voulaient pas. Et vous savez pourquoi ? Parce que la politique qu’il portait, le projet qu’il défendait, n’étaient pas socialiste. Parce que, comme vous, il a joué au centre. Et Royal, c’est pareil. Dix-sept ans que ça dure. Avec une gifle, une monumentale, le fameux 21 avril... Jamais, n’est-ce pas, vous n’avez compris, véritablement, ce qu’il s’était passé cette année-là ? Le pourquoi. Or, c’est du limpide. C’était un cri. Un appel. Vous nous avez abandonnés, que ça disait…
Vous savez, les types de droite (Sarkozy, par exemple) ils sont vraiment de droite ! Et c’est pour ça qu’ils gagnent les présidentielles.
Mais vous, les socialistes, le peuple le voit bien, que vous n’êtes pas vraiment de gauche. Il sait, le peuple, du moins il a une idée, de ce que c’est le socialisme. C’est précis comme terme. Comme doctrine. Comme concept. Politiquement, économiquement, socialement, ça fait sens. Le peuple, c’est peut-être une masse, la plèbe infâme, n’est-ce pas, mais faut pas lui raconter des salades. Il préfèrera toujours voter pour un type qui est vraiment de droite que pour un type qui se dit de gauche, mais qui ne l’est pas vraiment. Logique, non ?... Eh si !... Parce que : un type de gauche qui n’est pas vraiment de gauche, c’est quand même, un peu, un type de droite, non ?
Alors autant voter pour l’original, vous ne trouvez pas ?
Non Monsieur Hollande, vous ne serez pas le prochain. Comme Jospin, comme Royal, vous ne passerez pas. Et pour les mêmes raisons. Ou quasiment... Elle est pliée, l’affaire. Il reste trop peu de temps, pour tourner casaque, se faire socialiste. Mais ce sera votre faute. Pas la nôtre. Ah, ne venez surtout pas, au printemps prochain, nous faire la leçon, la morale, ou je ne sais quoi. Ce serait bien malvenu…
C’est le petit, le Nicolas, qui va rempiler. Cinq ans de plus, et allez donc !... Que voulez-vous que j’vous dise ?... Que ça me fait plaisir ? Du tout ! J'vous prie de me croire… Ceci dit, cette nouvelle défaite sera peut-être, et enfin, la bonne. Celle qui mettra un terme à ce parti qui se dit socialiste. Ce qui est, convenez-en, une imposture grand format… Ah, si seulement vous aviez eu ce courage, ou cette honnêteté, de débaptiser votre parti, de virer ce terme que vous usurpez depuis tant d’années, celui de socialiste, alors oui, ce serait différent. Qui sait, même, si vous n’auriez pas trouvé une majorité ! Mais là, vus le contexte, les enjeux, les souffrances, le dépit, le ras-le-bol, et surtout, considérant l’imposture, Zapatero, Papandréou, cette Internationale socialiste qui n’a de socialiste que le nom, non, vous ne passerez pas ! Parce que vous n’êtes pas une alternative. Or, c’est d’une alternative que le peuple français a cruellement besoin. Et l’Europe aussi.
Vous savez, Monsieur Hollande, pour moi, la politique, ce n’est pas une affaire de supporteurs. Je n’en ai cure de crier, bêtement, le 6 mai prochain « On a gagné ! » sous prétexte que je suis de gauche. Moi, ce que je veux, c’est gagner véritablement. Avec une politique de gauche. Pas un truc à la petite semaine, qui ajuste à la marge. Autant voter Bayrou, dans ces conditions, non ? Du reste, c’est bien ce que le PS est devenu, en réalité : un MoDem bis. Une petite chose sans envergure, sans moelle, sans fierté.
Qu’est-ce qui vous distingue, au demeurant, de Sarkozy ? Hormis la personnalité, et deux ou trois détails sans grande importance ; sans grande importance parce que ça ne changera rien à notre quotidien. Nous vivrons toujours aussi chichement, voire aussi mal.
Et puis, aussi, je voulais vous dire : ce peuple, celui du bas, vous l’avez définitivement abandonné, Monsieur. Il n’est pas venu voter, d’ailleurs, pour la primaire citoyenne. Y’avait pas lerche d’ouvriers, d’employés, n’est-ce pas ? Ce sont les cadres supérieurs qui votent pour vous, désormais. Les urbains. C’est ça la gauche ? C’est ça notre avenir ? C’est Jack Lang, encore ?... Ah non ! Non Monsieur, vous ne passerez pas. Vous ne serez pas le prochain. Profitez bien de cet instant, où les sondages vous font roi. Profitez, ça ne durera pas. Vous savez, les printemps sont parfois, souvent, meurtriers…
Allez donc vous faire cuire un œuf chez Terra Nova. Chez Fouks. Chez qui vous voudrez. On s’en moque. Mais vous ne passerez pas. Vous ne serez pas le prochain. Juste le suivant. Après Jospin et Royal. Quelle tristesse… Vous aviez, crise aidant, un boulevard pour qu’enfin, le socialisme naisse. Gâcher une chance pareille, une telle opportunité, c’est vraiment impardonnable, Monsieur.
Vraiment impardonnable.
16:01 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (145) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : françois hollande, le projet de françois hollande n'est pas socialiste, hollande comme jospin, hollande comme royal, chronique d'une défaite annoncée, dsk a tué hollande, le parti socialiste n'est pas socialiste, nicolas sarkozy, martine aubry, jack lang, hollande n'est pas une alternative, hollande c'est juste l'alternance, et le peuple monsieur hollande ?, le ps a abandonné le peuple, le ps est un modem bis, le ps est un parti centriste, ne votez pas hollande votez à gauche, résistance |
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13 novembre 2011
Le Terreau, Ou Comment Il Grandit, Le National-Populisme
Tout est là, en fait. Réuni... Le terreau, les conditions, la conjoncture. Une crise qualifiée de « sans précédent »... « Sans précédent » parce que, tous autant que nous sommes, celle de 29, je veux dire la crise de 1929, on l’a pas connue, éprouvée, on ne sait pas ce que c’est, ce que ça fait, comment ça vous détruit.
Mais quand bien même, il y a l’Histoire. Elle parle l’Histoire. D’aucuns disent qu’elle se répète. Et que, si elle se répète, c’est parce que l’homme est ainsi fait. Et qu’il n’a pas de mémoire. Ou ne veut pas y faire appel. Parce que, voyez, la mémoire c’est plombant, fort encombrant. C’est fait de guerres et de ruines, d’holocaustes et de génocides, de misère et d’abandon. Ça emmerde le monde, la mémoire.
Le monde et les gens.
Les gens, vous comprenez, ils veulent vivre tranquilles. Ils veulent pas d’histoires, les gens. Ils veulent se divertir. Et si possible, rester en bonne santé. Le reste, c’est pas leurs affaires. Ils veulent pas savoir. Ou alors, ils disent que : « C’est comme ça, on peut rien y faire ».
C’est un cancer, cette phrase-là, qu’aurait dépassé le stade terminal. C’est pire encore que de toujours remettre à demain. Parce que dans cette phrase-là, y’en a pas, de demain. Y’a même pas de présent. Y’a rien. Même pas de la vie. Quand on est en vie, qu’on désire, on ne dit pas :
« C’est comme ça, on peut rien y faire ».
Quand on dit cela c’est qu’on est déjà mort. Ça veut dire qu’on a lâché la rampe. Et donc, qu’on peut tout vous faire, comme, par exemple, rogner votre salaire, diminuer votre pension, vous demander de travailler jusqu’à plus soif.
Si on (politiques, économistes, médias, etc.) vous fait comprendre que « C’est comme ça ! », qu’il n’y a pas d’autres solutions, aucune véritablement, sinon des farfelues, des utopistes, des frontdegauchistes, pas adaptées au monde « ouvert » dans lequel, tous, nous évoluons, alors c’est possible d’en arriver là : rogner, diminuer, raboter, détricoter ce que d’autres avant nous avaient, de haute lutte, conquis.
Or donc, oui, ensemble, tout devient possible, à la condition qu’ensemble, tous, nous convenons que: « C’est comme ça, on peut rien y faire ».
Si les gens, ils avaient vécu celle de 29, ou, au moins, y avaient porté quelque intérêt, ne serait-ce qu’en se plongeant dans l’Histoire, celle qu’est là pour témoigner, rappeler, alerter ; oui, s’ils avaient un tantinet visité cette Mémoire, alors ce serait différent.
Peut-être…
Je dis « peut-être » parce que rien ne permet de l’affirmer. D’autant que l’Histoire se répète. Pas toujours par méconnaissance ou désintérêt, mais – comme je l’ai dit, si banalement – parce que l’homme est ainsi fait. Et ni le progrès, ni la science, ni la beauté, ne sont parvenus à le changer. Il n’a pas bougé, d’un iota… Il croit en l’homme providentiel. C’est un fait certain. Et c’est logique de surcroît. Quand on admet que « C’est comme ça, on peut rien y faire » alors, on est prêt à confier son destin à n’importe qui… Un sauveur…
Oui, les gens pensent, véritablement, que quelqu’un va venir les sauver. L’Histoire est remplie de sauveurs, n’est-ce pas ? Qui, pour certains, se sont révélés être des sanguinaires, des tortionnaires, des salopards de première, des monstres sans pareil et non « sans précédent » puisqu’après eux, d’autres encore, toujours, sont venus, et portés, dans la plupart des cas, par le peuple lui-même. Le peuple sans Mémoire. Celui qui ne veut pas d’histoires.
Mais reprenons.
14:18 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard, Politiquement Très Incorrect | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : extrême droite européenne, poussée de l'extreme droite, la crise favorise la montée des extrêmes, repli sur soi, national populisme, front national, marine le pen, présidentielle 2012, le terreau, crise mondiale, paupérisation des peuples européens, le renoncement au socialisme, la victoire des marchés, le triomphe du néolibéralisme, du rôle des médias, guerre en iran, la guerre comme moyen de sortir de la crise, crise de 1929, quand l'histoire se répète |
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07 novembre 2011
Le Peuple, Cette Mauvaise Graisse
Hier encore, il n’en était pas question. Vous pensez ! Si la Grèce sortait de l’euro, mais c’est toute l’Europe qu’en pâtirait. Pis : on en crèverait. Tous ! Comme dans un film de Steven Soderbergh, nous assisterions, impuissants, à la « contagion ». L’effet domino. Après la Grèce, ce serait l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et rien, ni personne, alors, ne pourrait l’endiguer. Jusqu’à ce que…
Jusqu’à ce que cet homme, Papandréou [1] sans, dit-on, en avertir ses partenaires européens, émit une idée : consulter son peuple, les Grecs... A propos de quoi ? Personne ne le savait, mais d’emblée ce fut une levée de boucliers. D'irresponsable, de traître même, on le rebaptisa. Et, ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il le fût et par les politiques, et par les médias-laquais !
Non mais rendez-vous compte ! A son pays souffreteux, étranglé, à la dérive, « on » (Europe, FMI et tutti) venait au secours, en échange, faut-il le préciser, de réformes et autres mesures que même un Reagan, une Thatcher, jadis, n’auraient jamais osé mettre en place, tant ils se seraient attirés noises, courroux (une révolution sans doute, du genre grand format), et ce Grec, fade, si ce n’est insignifiant, nous chiait dans les bottes en voulant s’enquérir du fait si, par hasard, son peuple, aurait un avis sur la question ! Mais quel ingrat ! Mais quel salaud !
Alors, d’un coup, net, les discours changèrent.
La Grèce ? Mais on peut s’en passer ! Et je vous dirais même mieux : si elle sortait de la zone euro, ce serait pas plus mal. Tellement c’est un boulet…
Non mais, vous savez combien ça pèse, la Grèce, Madame ? 2% du PIB de la zone euro !
Ah, ce 2% du PIB, il fit le tour des plateaux de TV, de radio, « ils » s’étaient refilé le mot. Politiques, économistes, éditorialistes, s’en donnaient à cœur joie. Cette Grèce qui, hier encore, était essentielle, cruciale, devint en une journée, un misérable petit pays de merde, un pays de tricheurs, de fraudeurs, de truqueurs, de fainéants même.
Les Grecs veulent la jouer solo, quitter la zone euro, revenir à leur monnaie ridicule ? Eh bien, soit ! Qu’ils crèvent, entendait-on ! D’autant que nos peuples n’y seraient pas opposés. Vous les avez entendus, n’est-ce pas, les Français, les Allemands, rouspéter, c’est chose connue, ils le disent, et tous les jours : « Pourquoi devrions-nous payer pour sauver la Grèce ? ». Et comme ce sont, les Grecs – je vous l’ai dit, à desseins – des tricheurs, des truqueurs, des fainéants, pensez ! Là, pas besoin d’avoir recours à quelconque référendum, la cause est entendue.
Ah, les malfrats ! Les gros dégueulasses. Certes, on les sentait un tantinet gênés aux entournures. C’est que, voyez, consulter le peuple, ça à voir avec ce qu’on nomme : démocratie. C’est embêtant, tout de même... Cette outrée levée de boucliers pourrait faire passer l’idée que cette entité, l’Europe, serait comme qui dirait l’ennemie des peuples, soit : antidémocratique. Confère ce qu’il advint du 29 mai 2005. Comme on te l’a gravement niqué le peuple français.
Comment faire pour contrecarrer cette idée, la noyer ? Faire vite, très vite oublier, que consulter le peuple, « c’est irrationnel et dangereux » !
Facile ! On va te refourguer la même rhétorique que l’on déverse en temps de grèves syndicales. Même que c’est de la rhétorique qui fonctionne très bien auprès de la masse. Y’a qu’à voir chez Pernaut (en fait, chez tout le monde)
Or donc :
« 11 millions de Grecs qui prennent en otage 320 millions d’européens, vous trouvez ça démocratique ? » [2].
Et les journalistes, ces valets, d’acquiescer, bien sûr. En boucle, qu’il est passé cet argument. Une merveille ! Du bel ouvrage, vraiment. Bravo messieurs !
Oh bien sûr, un homme sensé, sage, posé, bref celui qu’on n’invite surtout pas dans les médias (dont le métier est de dramatiser un fait jusqu’à l’excès, non de faire preuve de pédagogie) aurait eu vite fait d’expliquer que de référendum Grec, il n’y aurait pas. Jamais. Qu’il s’agissait, là, de politique intérieure grecque. Mais qui se soucie de ce qui se passe, réellement, en Grèce ?
Personne !
Ces journaux français qui se croient malin, ils titrent « le chaos », mais le chaos, en Grèce, bande de rigolos, ça fait belle lurette qu’il existe pour de vrai. C’est un bordel sans nom, la Grèce. Et nous n’y sommes pas pour rien. Ah ça non !
Nous subirions le même traitement, nous, les Français, salaires abaissés, retraites divisées, tout bradé, sacrifices toujours, mais je donnerais cher pour voir, alors, dans quel état, il serait notre pays. Et dans les rues, et à l’Assemblée ! Si nous ne crierions pas à l’injustice !
Et si, par-dessus le marché, on nous traitait de tricheurs, de fraudeurs, de fainéants, ah oui, je voudrais bien voir, tiens, si nous laisserions dire et faire. Peut-être que oui, finalement, tellement nous ne sommes plus rien. Que des loquedus. Des sans-couilles. Avec, nonobstant, 8 millions de pauvres, dont, pour bonne partie, des travailleurs. Mais là itou (comme quoi, y’a pas de hasard) tout le monde s’en fout. Chacun pour sa gueule. Y’a pas que les Grecs qui peuvent crever, nos pauvres aussi. C’est pareil. Ça participe du même esprit. Lamentable. C’est pas nous, c’est les autres. Toujours les autres.
Mais quelle mascarade, quand on y pense ! Un jour la Grèce, essentielle à la zone euro, le lendemain, une chiure. Du balai ! On peut s’en passer. Alors que, ce sont les mêmes, exactement les mêmes qui nous assuraient que, mon Dieu, si la Grèce tombait, alors ce serait horrible, grosse catastrophe, car ensuite, oyez, oyez, patatras l’Italie, puis l’Espagne, le Portugal, et donc, un jour, inévitablement, argh ! La France. Comme pour le H1N1, nous allions tous mourir.
D’un sens, on comprend mieux. Ce qui nous permet de survivre par temps de crise mondiale « sans précédent », de nous en tirer (pour l’instant), ce sont ces petits pays, n’est-ce pas, sur lesquels on se fait la cerise, via prêts assortis de taux d’intérêts aux pourcentages cetelemisés. On les revolvent à crédit. Ils font rempart en quelque sorte, bouclier, contribuent à nous épargner. Or donc, ils doivent, c’est un ordre, une injonction, se sacrifier, pour nous. Coûte que coûte. Pour pas qu’on vive, un jour, ce qu’ils subissent.
C’est ça, mon pote, la solidarité européenne.
C’est comme une guerre, en fait. Les pauvres, au front. Les riches, non.
Organise-t-on un référendum pour demander aux pauvres s’ils veulent y rester, au front ? Non, bien sûr que non !...
Eh bien voilà, t’as compris pourquoi, ça leur faisait si peur, cette histoire de référendum. A « eux », et (paraît-il)… aux Marchés. Qu’il ne faudrait surtout pas oublier. Mais comment le pourrait-on, puisqu’on nous le dit, répète : « Désormais l’Italie est dans le collimateur des spéculateurs » ?
Les spéculateurs, ceux qu'ont contribué, très activement, à couler la Grèce. Certes, elle était bien endettée, et donc vulnérable, cette Grèce. Mais quel pays (de la zone euro, en l’occurrence) ne l’est pas ?
Reste à savoir quel est l’intérêt – c’est le cas de le dire – de s’attaquer ainsi, et violemment (c’est une guerre, je le redis) aux pays endettés. Quel est le but recherché ? Et pourquoi il ne faut surtout pas que les peuples s’en mêlassent… Hormis pour payer la facture, il va sans dire.
Le peuple, ce coupable idéal, cette mauvaise graisse, qu'il convient de tondre, et plus encore, au mépris de tout, y compris de la démocratie.
Or donc, aujourd'hui les Grecs, et demain, bientôt, tous les européens. Tous !
[1] Doit-on rappeler que, comme Zapatero, Papandréou est ... socialiste. Et que, comme TOUS les socialistes européens, il aura, sans moufter, mis en place des réformes d'une dureté rarement égalée, et dictées, avant tout, par les Marchés et pour la gloire des Marchés.
Nous assistons donc, aussi, à une déroute (et une trahison, surtout) totale des différents partis socialistes européens (le PS français, y compris) qui courbent l'échine, comme des lâches, devant le diktat néolibéral.
[2] Pitoyable diatribe entendue lors d'une édition de C Dans L'Air, et tenue par un dénommé Christian Saint-Étienne. Cet ennemi du peuple, et grand adorateur d'un néolibéralisme plus qu'effréné, est professeur titulaire de la Chaire d'Economie industrielle au Conservatoire National des Arts & Métiers.
11:32 Écrit par Philippe Sage dans Crise Financière, Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (29) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grèce, papandréou, zone euro, sortie de l'euro, référendum grec, effet domino, contagion, europe, fmi, bce, merkozy, moteur franco-allemand, les marchés ont gagné, austérité, rigueur, récession, crise européenne, crise mondiale, 29 mai 2005, la capitulation des socialistes européens, peuple grec, peuple européen, le peuple va payer, l'europe n'est pas une démocratie |
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17 juin 2011
Désert De Gauche
Elle viendra pas. La gauche. C’est pas qu’elle a lâché l’affaire ; c’est le temps. Celui qui passe et vous broie. C’est l’Histoire, aussi. Qu’on ne refait pas…
Les marchés ont gagné, voilà la vérité. Et ça fait lurette. Même une crise « sans précédent » n’aura pas changé la donne. Au contraire ! C’en en même fascinant. A certains égards.
Et pourtant, il y aurait, je l’ai lu, entendu, un peuple de gauche. Admettons… Mais où est-il ? Sont-ce les Indignés ?... Faudrait les passer au scanner. Pour vérification. En être sûr... Que veulent-ils, quelle société ? Que pensent-ils, quelles idées ?
Notez que j’aurais plutôt de la sympathie pour ceux-ci... Seulement voilà, s’indigner, est-ce suffisant ? Et puis, s’indigner contre qui, contre quoi ?...
Tout mouvement, quel qu’il soit, doit avoir un but. Précis…
Revendiquer, d’accord ; slogans, cris, protestations, sitting, occupation des lieux, oui ; mais ensuite ?... Force est de constater, qu’après quelques semaines, cette histoire, elle fait comme du surplace, s’ankylose, pour finalement « partir en Schweppes ». Comme disait Besancenot. Le facteur, qu’a renoncé. Pour l’être anonyme. Ou tout comme… Oh, elle va peut-être se faire un (pré)nom, durant la campagne, cette Myriam Martin… Mais n’est-ce pas trop tard ? Puisque le profit est devenu la règle. Absolue. A tous les niveaux. Et que, nonobstant, le salarié s’y plie. Non sans souffrances, c’est vrai, mais il s’y plie. Petit à petit.
Entre les Indignés et les Résignés, ce sont les seconds les plus nombreux. C’est là qu’est l’os. Entre autres… La crise aurait mérité une autre réponse que la seule indignation.
Elle aurait pu, la crise, réveiller un désir de gauche. Mais pas la gauche qui fait mine. Qui louvoie. Celle qui se prétend socialiste, celle du PS, dont Sarkozy, disait – à juste titre – qu’elle n’avait « plus rien de commun avec la gauche de Jaurès et de Blum » [Discours de Toulouse – 12 avril 2007]. Il se paya même le luxe d’ajouter : « Laissez dormir Jaurès et Blum, ils sont trop grands pour vous ».
Quatre années et une énorme crise plus tard, c’est encore désespérément vrai. Ni Hollande, ni Aubry, Ni Royal, ni quiconque de la rue Solferino, ne sont « socialistes ». Justes des libéraux. Convertis aux marchés et sa loi, à l’image de sa pensée : unique.
Des libéraux un peu moins brutaux, un peu moins thatchériens, certes, mais assurément pas jaurésiens.
Un centre-gauche mou du genou.
Oui, la crise aurait pu réveiller un désir de gauche. De l’ouvrière. De la communiste révolutionnaire. Une envie de lutter. A la dure. Ah ! ça ira, ça ira ! On va pas se laisser faire comme ça… Bonus, stock-options, retraites-chapeau, parachutes dorés, et ces écarts de salaires, indécents, ça suffit !... Et moi, qu’on sacrifie, à qui on demande de trimarder, un peu plus, toujours, pour éponger la dette, pour que Moody’s, et les autres, y nous virent pas un « A » ; moi qu’on déclasse à l’aise, pour des nèfles, pendant que là-haut ça se goinfre, que même la considération, j’y ai pas droit ; que des devoirs.
Ben non… Nib. Zéro. Balle-peau.
Pourtant, y’avait un boulevard. Enorme… Vu ce qu’elle nous a révélé, cette crise.
Mais non, rien à faire ; NPA, LO et tous les autres, anéantis. Rincés... Ils ont raté le coche... Et c’est fini, j'vous le dis, on les reverra plus.
C’est comme si cette crise les avait tués. Eux qu’étaient déjà presque morts. Depuis la chute du communisme. 1989, adieu Berthe et fais tes valises, Liliane !
Comme si la loi du marché, ce rouleau-compresseur, les avait momifiés. Et avec eux, les salariés. Plus résignés que jamais. Orphelins de porte-parole…
Je sais, d’aucuns vont crier un nom : Mélenchon ! Que ce serait lui, la gauche, qu’il va nous défendre, le tribun, le verbeux, qu’il va nous venger. L’homme qu’a dit : Qu’ils s’en Aillent Tous ! Et comme nous sommes d’accord. Tu penses !...
Mélenchon, donc.
La gauche.
Fût un temps, je dis pas. Mais y’a lustres… Le gars, c’est vrai, l’a fait ses classes chez les trotskistes. Comme jadis, Cambadélis. Ou Jospin… Et pis ensuite, l’a rejoint le PS. Celui de 1977. Qu’était pas le même qu’aujourd’hui... Le PS de 1977, peu ou prou, c’était quoi ?
Le NPA de 2009.
Ou quasi.
Trente et une années, qu’il y a pointé, dans ce PS, Mélenchon. C’est dire si des couleuvres, il en aura bouffées. Et des copieuses. Jusqu’à celle de Maastricht.
Certes, en 2005, y’a comme un truc qui lui revient. Bouffées de jeunesse... Avec Fabius, Emmanuelli, le voilà qui dit « Non ! » au Traité pour une Constitution Européenne… Bon garçon… Et comme c’est le « Non » qui l’emporte, bingo ! on va peut-être la faire, cette rénovation, celle du PS... Il serait temps, après la raclée, l’humiliation du 21 avril 2002. De tirer les leçons. Redevenir un parti de gauche qui cause au peuple.
Mais penses-tu !
La présidentielle venue, tout rentre dans l’ordre… L’ordre juste, paraît-il… C’est Royal qui décroche la timbale… Pas content, Mélenchon… Y’a de quoi. C’est pas vraiment le « Non » du 29-mai qu’est en première ligne avec cette Ségolène.
Mais il y reste, dans cet étrange PS... Avant de jeter (enfin !) l’éponge, en novembre 2008, quand la même Royal arrive, par motion interposée, en tête des suffrages des militants… Il n’est jamais trop tard pour prendre la bonne décision, n’est-ce pas ? Oui, mais faudrait tout de même pas nous prendre pour des benêts de compète, Jean-Luc…
…Car Mélenchon, candidat de gauche, adoubé par le Parti Communiste Français, c’est du grand art, mon cochon… Ce Parti Communiste honni par Mitterrand ! Même qu’il a tout fait, Tonton, et plus encore, pour l’estourbir. Même que ça a drôlement bien marché.
Au profit, n’est-ce pas, du Front National…
On l’a pas trop entendu, à cette époque, Mélenchon, s’indigner qu’on ratiboisât le PCF... A croire qu’il était d’accord. Ou résigné.
Alors vous comprendrez que de le voir faire une OPA sur un cadavre, et de surcroît, porter ses couleurs, celles d’un Front de Gauche, même avec le verbe haut, y’a de quoi tordre du nez. Et pas que du nez…
On pourra bien me bonnir qu’y a que les imbéciles qui changent pas d’avis, oui, sauf que, il aura mis du temps… C’est une donnée importante, le temps. Et plus t’en mets pour changer d’avis (et 31 ans, c’est pas rien) plus tu ressembles à un opportuniste qui prendrait, un tantinet, le peuple (de gauche) pour… un imbécile.
Or donc, elle viendra pas. La gauche. En lieu et place, nous aurons un bateleur. Un illusionniste. Un showman. Qui ravit les Ruquier, les Drucker et les Ardisson. De la bombe audimatoire qui va siphonner ce qui restait de voix au NPA, à LO… Finir le travail, en quelque sorte. A l’image du Tonton flingueur.
La gauche, elle est calenchée, chérie. Y’a qu’à reluquer partout, ailleurs. Laminée qu’elle est. Tellement les marchés ont gagné. Que les salariés sont résignés.
Y’a plus qu’à porter l’estocade.
C’est dommage… Tant le boulevard était immense. De quoi réveiller un désir de gauche. Et pis non. Rien. Un désert.
Et de ce désert (ou de cette désertion), profita Mélenchon…
… Et ressurgit, le Front National.
Comme toujours, quand il y a un désert à gauche.
20:04 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (74) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-luc mélenchon, front de gauche, parti de gauche, parti communiste, ligue communiste révolutionnaire, nouveau parti anticapitaliste, lutte ouvrière, gauche française, jaurès, blum, mitterrrand |
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08 juin 2011
Marine Le Pen Pour Les Nuls
Quand bien même ne connaîtrions-nous pas la liste officielle des candidats pour la présidentielle 2012 [1] que les spéculations vont bon train. D’ores et déjà, on nous prédit un match à trois :
FN, PS et UMP.
Ce qui nous conduirait, pour le second tour, à trois cas de figure :
Marine Le Pen/PS, Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy ou PS/Nicolas Sarkozy.
S’il va sans dire que le média préférerait la troisième hypothèse, il disserte cependant, et abondamment, sur les deux premières à grands coups de « 21 avril à l’endroit » et de « 21 avril à l’envers ».
A l’endroit, à l’envers, qu’est-ce que ça peut faire ? Puisque Marine Le Pen ne gagnera pas la présidentielle…
On nous tartine que l’une des grandes différences entre Marine Le Pen et son président d’honneur de père, c’est que la fille, elle, veut le pouvoir. D’où la dédiabolisation du FN qu’elle mène, peu ou prou, depuis 2007…
Mais, d’une part, comment l’obtenir avec un tel mode de scrutin, et d’autre part, quand on est seul ?
Bref, comment espérer rassembler, au second tour d’un scrutin majoritaire, 50% des suffrages exprimés + 1 voix quand on se refuse à toute alliance avec quelque parti que ce soit ? Et ce, quand bien même la colère, la déception, le ras-le-bol seraient grands. Et que fleurirait le sigle/slogan – redoutablement efficace – de : UMPS (également utilisé par Dupont-Aignan).
S’il ne fait nul doute que Marine Le Pen vise le pouvoir, elle n’ignore pas le chemin qu’il lui faudra parcourir. Et il dépendra de moult facteurs.
Le véritable objectif de Marine Le Pen, celui à court terme, ce n’est pas la présidentielle 2012, ce sont les législatives qui suivront. C’est ça, le début du chemin. Encore faut-il qu’elle réalise un score à ladite présidentielle. Plus important que celui de son père en 2002. D’autant qu’il en va de sa survie à la tête du FN. Où elle n’a pas que des amis.
Nombreux, en effet, sont ceux qui n’ont pas digéré son élection, présumée démocratique, de janvier dernier. Présumée, car le père aura bien verrouillé l’affaire. Appliquant son adage : « Je préfère ma fille [ou ma famille] à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes, mes compatriotes aux Européens.» [2].
Or donc, sa fille plutôt que Bruno Mégret, Carl Lang ou, plus récemment, Bruno Gollnisch. Les deux premiers auront compris qu’ils n’avaient aucune chance de lui succéder et seront partis ; quant au troisième, il suffisait d’attendre que Marine Le Pen conquière l’opinion publique au point de se rendre incontournable aux yeux des militants. La succession, filiale, étant alors assurée, le père pouvait se retirer. Voilà pourquoi : « présumée démocratique ».
Toujours est-il qu’au sein d’une partie du FN dite « historique », et jusque dans la quasi-totalité de la presse d’extrême-droite, on ne serait pas chagriné de voir Marine Le Pen se ramasser en 2012, afin de (lui) reprendre la « boutique ». D’où l’impérieuse nécessité pour elle d’y faire un score. C’est la condition sine qua non de son avenir à la tête du FN.
Ceci étant, elle peut faire un score (autour de 20%) et ne pas être au second tour... Si ce cas de figure ne la mettrait pas (trop) en danger dans son parti ce ne serait pas le meilleur des scénarios. Car Marine Le Pen compte bien y être ; au second tour. Elle sait qu’elle ne gagnera pas la présidentielle, tout comme elle sait que le différentiel sera moins large qu’en 2002 (plutôt qu’un 82/18, il y a fort à parier que nous serons aux alentours d’un 65/35) mais peu importe ! Car là, continue le chemin. Celui qui, pense-t-elle, peut la conduire à la victoire en 2017. Objectif à moyen terme.
Tout dépend de son adversaire du second tour. Si c’est le candidat du PS, c’est tout bénef. Et c’est bien ce qu’elle espère. Car il provoquerait un éclatement de l’UMP.
Pour le coup, là oui, nous aurions droit à un véritable séisme politique.
La consigne « pas d’alliance avec le FN » (promesse faite à Chirac) volera en éclat. Dès les législatives. Toute la Droite Populaire (celle des Vanneste, Raoult, Mariani, Barèges, Luca et consorts) est prête à basculer. Soit une quarantaine de députés de l’UMP.
Dans la défaite – qui là, aurait plutôt des allures de Waterloo pour notre bonapartiste Sarkozy – tout devient possible ! Quand on veut conserver son siège à l’Assemblée…
Nous assisterions alors à la naissance, non pas d’un nouveau parti, mais d’une « vaste coalition » (un peu sur le monde italien avec Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord).
Une « vaste coalition » (ou « grand rassemblement patriotique ») que le FN appelle déjà de ses vœux [3] et dont le but serait de prendre le leadership à droite. Un bloc néoconservateur populiste. Un Tea-Party à la française. Qui se régale déjà d’une présidence « socialiste » qui, elle en fait le pari, ne pourra que la renforcer et la rendre incontournable en 2017.
Voilà le plan de Marine Le Pen : faire exploser la droite dite traditionnelle… La ventiler copieux. Elle n’aura donc pas besoin, comme elle ne cesse de le répéter, de faire alliance avec l’UMP, ni avec aucun autre parti : ce sont quelques pégreleux de l’UMP (entre autres...) qui localement feront alliance avec le FN, puis « transfugeront » sans complexe, vers son parti.
Reste une dernière hypothèse dite « moyenne » : un second tour opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy. Ce qui rendrait plus compliqué la « vaste coalition » pour les législatives. Mais il n’est pas exclu, suivant les rapports de force, qu’il n’y ait pas quelques alliances locales, lors de ces législatives, entre des membres de la Droite Populaire et le FN. Ce qui constituerait un premier coup de canif. Une brèche dans laquelle Marine Le Pen compte bien s’engouffrer. D’autant plus si ça lui donne quelques (sièges de) députés « sympathisants » à l’Assemblée nationale. Après, tout dépendra du second quinquennat de Nicolas Sarkozy…
Pour contrer cette stratégie de Marine Le Pen, redoutable, élaborée, qui la conduit d’ailleurs à déclarer que « la victoire du FN est structurelle » il revient aux partis traditionnels, républicains, de hausser le niveau. Redonner à la politique ses lettres de noblesse. Ne pas se vautrer dans le populisme ou la démagogie. Arrêter de nous envaper. Parler correct. Comme à des gens qu'entravent ce qu'on leur baragouine. S'il n'est pas trop tard...
Il conviendrait, surtout, que l’UMP ne courût plus après le FN. Tant c’est bien cette course (ce suicide, plutôt) qui favorise la stratégie de Marine Le Pen [4]... Et rendrait si elle se poursuit, effectivement, et à terme, la victoire du Front National aussi « structurelle » qu’inéluctable.
[1] A ce jour, les seuls candidats déclarés ET adoubés par leurs partis respectifs sont : Marine Le Pen, Nathalie Arthaud (LO) et, très probablement, Myriam Martin (NPA), Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Nicolas Sarkozy.
Et pourtant, on nous abreuve de sondages truffés de Borloo, de Morin, de Dominique de Villepin, de candidats socialistes (mais jamais Montebourg, alors qu’il est candidat aux Primaires) ; qui plus est, on nous annonce déjà un match à trois (FN/UMP/PS). C’est dire le peu de cas qu’il est fait (dans les médias) de la plupart des candidats (et de leurs projets). Et de la démocratie, en général…
Ceci étant, quels sont les médias qui nous présentent TOUS les candidats aux primaires d’Europe-Ecologie-Les Verts (ils sont quatre et non deux) ou à celles du PS (dites : « de toute la gauche ») ?
[2] Adage péniste que certains attribuent à Montesquieu, alors que non.
Montesquieu, lui, avait écrit :
« Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime »
S’il est clair que Jean-Marie Le Pen s’en est inspiré, il n’en a aucunement respecté l’esprit. Il est même en total contre-sens avec ce que voulait signifier Montesquieu.
[3] Comme l’atteste ce communiqué du Bureau Politique du FN en date du 16 mai 2011 :
« Le Bureau politique réuni ce jour à Nanterre a décidé de réserver 1/3 des circonscriptions à des personnalités qui rejoindraient le grand rassemblement patriotique qu’il appelle de ses vœux pour les législatives.
Cette vaste coalition est destinée à soutenir la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle et à créer un bloc patriotique et républicain, qui constituera la majorité de demain.
La campagne législative du Front National sera dirigée par Steeve Briois, Secrétaire général du FN. »
[4] En 2007, Sarkozy avait siphonné les voix du FN. Stratégie électoralement payante, mais ô combien risquée. Tant cela l’engageait politiquement auprès de certains électeurs qui attendaient de lui des actes concrets et une « obligation de résultats ».
Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris c’est que le vote FN n’est plus totalement un vote de rejet, mais de plus en plus un vote d’adhésion, ancré. De fait, on ne peut siphonner cet électorat sans en payer le prix.
Nonobstant, le 21 avril 2002 n’était pas un « accident » ou un « détail de l’histoire ». C’était un avertissement. Une bande-annonce. Un coup de semonce.
C’est une erreur de croire, comme Sarkozy le confie, que « le 21 avril 2002 a vacciné les français » [Le Monde – jeudi 31 mars 2011].
Et c’est encore plus une erreur d’avoir cru qu’en siphonnant cet électorat, il aurait peu ou prou disparu. Au contraire ! Et nous nous acheminons vers le concept de l’arroseur arrosé. Car ce que Sarkozy a fait au FN en 2007, Marine Le Pen compte bien le faire (au carré) à l’UMP, trop heureuse de vanter l’original valant mieux que la copie.
En d’autres termes, on pourrait dire que le siphonage des voix du FN opéré par Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 a contribué d’une certaine façon, à la stratégie de Marine Le Pen, et à rendre, à terme, la victoire du FN « structurelle ». Bravo l'artiste !
16:16 Écrit par Philippe Sage dans Anticipation, Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (59) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, vaste coalition, grand rassemblement patriotique, front national, droite populaire, législatives 2012, présidentielle 2012, présidentielle 2017, siphonner les voix du fn, 21 avril, extrême-droite, la victoire du fn est structurelle, explosion de l'ump |
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21 mars 2011
Nous Ne Venons Ni Protéger, Ni Porter Assistance Au Peuple Libyen
Un homme qui massacre son peuple ? Ça n’est pas supportable.
Du moins, la communauté internationale ne peut (plus) le tolérer. Or donc, il convient d’intervenir. Pour protéger la population de cette brute sanguinaire. C’est un devoir. Mieux : un honneur. Une fierté.
On aimerait y croire, n’est-ce pas ?
On aimerait.
Que Kadhafi soit un tyran, un dictateur, un fou, « un fils de pute » [1], ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais il fut « notre » tyran, « notre » dictateur », « notre » fou, « notre fils de pute ». Comme jadis Saddam Hussein. Qui, lui aussi, massacra son peuple, en 1988, à l’arme chimique. On dut s’en émouvoir, je suppose, à Paris, à Washington, peut-être même à Moscou, mais je ne me souviens pas que l’émotion fut telle qu’elle conduisit la communauté internationale à intervenir. Non, je ne me souviens pas qu’à l’époque quiconque ait songé à venir en aide, ou porter assistance, aux Kurdes que le pouvoir baasiste extermina copieusement.
La liste serait longue, celle des dictateurs soutenus, armés, financés par les occidentaux, ces dictateurs emprisonnant, torturant, mais aussi s’enrichissant sur le dos de leurs peuples, de Zine el-Abidine Ben Ali à Hosni Moubarak en passant par Laurent Gbagbo... Gbagbo, tiens, en voici un autre qui, en ce moment même, dézingue son peuple. En page 14 de nos quotidiens. Vingt-trois secondes dans les journaux de 20 heures (quand ils y pensent). Circulez, y’a rien à voir ! Démerde-toi Ouattara, l’Alassane adoubé par la communauté internationale. La Côte d’Ivoire, vois-tu, c’est ni le Koweït, ni l’Irak, ni la Libye. C’est pas très pétrolier, en somme. Ça compte pour nib. Même pas pour du cacao. La Côte d’Ivoire, c’est comme le Rwanda, le Darfour, l’Ouganda. On s’en cague, et comment, que l’Afrique noire soit dirigée par des salauds. Qu’elle crève à petit feu. Qu’elle agonise sous nos yeux.
Mieux encore : on s’en fout qu’elle s’islamise, y compris radicalement. Ça, c’est un point diablement intéressant, non ? Oh que si !... Car que ne nous a-t-on pas dit, n’est-ce pas, à propos des Moubarak et Ben Ali, et même Kadhafi et Hussein ? Que oui, c’est vrai, c’était des horribles dictateurs, mais que bon, c’était eux ou le fondamentalisme religieux de très mauvais aloi. Ils étaient comme un rempart. NOS remparts.
Tu veux que je te dise ? Ils nous coûtent cher, très cher, tes foutus remparts à la noix ! Mais bon, si enfin on peut refourguer nos Rafale, on n’aura pas fait le voyage pour rien. Parce que là, ils sont en démonstration les coucous au Dassault, c’est le Salon de l’Aviation comme qui dirait. Ah ça, on les voit à l’œuvre. Si demain le Brésil ne nous en achète pas toute une pétée, c’est à désespérer de tout.
Or donc, la communauté internationale fait dans l’humanitaire. Oyez ! Oyez ! Il s’agirait de porter assistance à la population civile libyenne. Tant c’est insupportable.
Plus insupportable que les bombes au phosphore balarguées sur les civils Gazaouis par l’aviation israélienne en janvier/février 2009 ? … Comment ?… Vous dites ?… Israël, c’est pas pareil ? Parce que c’est une... démocratie ?… Ils sont des nôtres ?… Pardon, j’avais oublié ce détail. Effectivement, ça change tout. C’est pas noté de la même façon.
La Russie, non plus … Quand elle intervient en Géorgie, la communauté internationale estime qu’il s’agit là, de la part des Russes, d’une « réaction disproportionnée ». L’inénarrable George W Bush Jr (à qui Sarkozy ressemble de plus en plus) avait même parlé d'une « violence inacceptable ». Mais il ne pipa mot, pas plus qu’Obama, quand le phosphore brûla Gaza moins de cinq mois plus tard. Là non, ce n’était pas « disproportionné », ni « inacceptable ». C’était de la légitime défense, donc.
Oui, disais-je en liminaire, on aimerait y croire. Mais faut pas nous prendre, non plus, pour des benêts de compète. Allons ! Qui peut croire que cette opération doucettement nommée Aube de l’Odyssée a pour but premier de protéger le peuple libyen ? Depuis quand la communauté internationale se soucie-t-elle de la souffrance d’autrui, qui plus est, arabe ? Oui, je sais, il y en a dans cette opération. Faut bien une caution. Mais à y regarder de près, ça se réduit à qui ?... Au Qatar. C’est-y pas ce pays qui, coup sur coup, vient de se voir attribuer la Coupe du Monde de Football 2022 et les Mondiaux de Handball 2015 à l’immense surprise générale ?... Ils sont bien occidentaux, dites-moi, ces arabes … Quant aux autres, il me semble qu’ils commencent à froncer méchamment des sourcils. Se demandant s’ils ne se sont pas fait rouler et sévère.
Ce qui est le cas.
Car les français, les britanniques, les américains, bref les occidentaux, n’en ont absolument rien à faire du peuple libyen et de ses insurgés de Benghazi. Il s’agit juste de reprendre le contrôle. Les occidentaux ont décidé d’intervenir non pour aider le peuple libyen, mais pour défendre leurs intérêts. Comme en 2004. En Haïti. Une leçon. Pour qui s’en souvient.
Jean-Bertrand Aristide, ça vous dit quelque chose ?... Début 2004, la communauté internationale décide qu’il doit partir [2]. Et pour bien le lui faire comprendre on envoya sur le sol haïtien (entre autres) des troupes françaises et américaines.
C’était drôlement magnifique. Très émouvant.
Il faut rappeler qu’américains et français étaient alors « fâchés ».
Nous avions décidé, un an plus tôt, par la voix de M. Chirac, suivie d’un discours mémorable de M. de Villepin au Conseil de Sécurité de l'ONU, de ne point intervenir en Irak. Nous conseillions même aux américains de ne pas le faire. Ce qu’ils firent pourtant, dès le 19 mars 2003. Avec le grand succès que l’on sait (combien d’attentats, quasi quotidiens, actuellement, sur le sol irakien ?).
En réaction, les américains boudèrent nos produits – comme on dit – on déversait nos vins dans les caniveaux, on boycottait notre foie gras, souillait notre drapeau. Et puis, voilà donc qu’un an plus tard, nous nous retrouvions dans un des pays les plus pauvres de la planète, Haïti, afin d’en chasser l’horrible Aristide, stabiliser le périmètre...
Je me souviens que l’on parla de « réconciliation franco-américaine » et d’avoir pensé tout haut :
« Ah, ben voilà ! Je sais désormais à quoi ça sert un pays pauvre : à réconcilier les pays riches ».
Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.
Naïf comme trois Jospin, je pensais que nos soldats intervenaient en Haïti pour libérer les haïtiens, puisque les débarrassant de leur tyran. Que nenni ! Aux journalistes les questionnant sur leur présence en Haïti, les généraux américains et français eurent la même réponse.
L’américain déclara qu’il était là « pour défendre les intérêts des Etats-Unis d’Amérique » et le français « pour défendre les intérêts de la France ». Jamais ils n’eurent le moindre mot de compassion pour le peuple haïtien. Jamais il ne fut cité.
Eh bien, voyez-vous, il en va de même pour la Libye.
Il ne s’agit pas de défendre les intérêts du peuple libyen, mais ceux des américains, des britanniques, des français, etc.
Je ne sais où nous conduira cette guerre, encore une, mais je crois (j’espère) vraiment que nous le payerons cher. Très cher. Et ce sera amplement mérité. Au moins pour une raison : le cynisme épouvantable qui nous a conduit à soutenir des années durant des dictateurs sans jamais nous soucier de la souffrance des peuples.
Et l’on viendrait nous affirmer, aujourd’hui, qu’on s’en préoccuperait ?
Désolé, mais je n’y crois pas une seule seconde.
[1] C’est ainsi que le président Franklin D. Roosevelt qualifiait le dictateur nicaraguayen, Anastasio Somoza :
« Somoza est un fils de pute, mais c’est NOTRE fils de pute ».
[2] Ils sont nombreux, ceux à qui, la communauté internationale a demandé de « partir ». Tenez, Robert Mugabe, par exemple, triste tyran du Zimbabwe. C’était le 8 décembre 2008.
Il est toujours en place.
Vous me direz, depuis le début de l’année, il apparaît que certains peuples aient décidé de prendre eux-mêmes les choses en main en sommant leurs dictateurs de « dégager ! ». Pas sûr que la communauté internationale s’en réjouisse. Du moins, il ne me semble pas l’avoir entendue, ni vue, sauter de joie après les départs de Ben Ali et Moubarak. Au contraire… Quand vous pensez que Fillon a même été jusqu’à saluer la « décision courageuse » de Moubarak, on peut légitimement se poser quelques questions.
NB : une musique peut-être. Ne serait-ce pour adoucir ce merdier .... Allez, mets le son à fond !

18:05 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard, La Tristesse, Prenez-Nous Pour Des Cons ! | Lien permanent | Commentaires (56) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : libye, colonel kadhafi, aube de l'odyssée, résolution 1973, forces de la coalition, le pétrole libyen, communauté internationale, plomb durci, ligue arabe, intérêts des occidentaux en libye, fils de pute, prenez-nous pour des cons !, deux poids deux mesures |
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09 mars 2011
La Peur Du « 21 Avril » Ou L’Impuissance Révélée De Notre Classe Politique
Et voilà ! Ça vacille, cède à la panique, déjà que ça n’allait pas fort dans les états-majors. Il aura suffi de quelques sondages et bam ! On appelle au « rassemblement » à gauche, au « vote utile » ; on petit-déjeune à droite avec le honni d’hier, on dragouille le centriste, et allez donc ! … La raison de toute cette agitation : la peur. Celle d’un « 21 avril » à l’envers, à l’endroit, total, définitif.
La peur, cette mauvaise conseillère.
Il est, à ce propos, intéressant, ô combien édifiant, de constater que cet argument, ce chiffon qu’on agite, la peur, est utilisé pour tout, ou à peu près tout. C’est assez révélateur de la société dans laquelle nous vivons. Cette peur est tellement présente, quotidienne, que désormais le seul projet politique qui nous est proposé c’est : nous protéger.
Nous protéger des « flux migratoires », nous protéger de la « mondialisation » , nous protéger de la « violence », nous protéger du « chômage », nous protéger de tout en fait ...
Fut un temps, l’on nous proposait plutôt un avenir, des perspectives, un chemin, des solutions. Bref, de quoi s’enthousiasmer, se projeter. Et même si ces promesses (de lendemains qui chantent) n’étaient pas honorées, pas toujours, qu’elles se heurtaient à une réalité économique, à l’imprévisible, à la guerre, elles donnèrent force, espoir, volonté. Elles libéraient les énergies, comme on dit. Celles vives du pays.
En renonçant à cette voie, celle d’un projet d’avenir, véritable, pour nous proposer un programme, et un seul, consistant à nous assurer « protection », le politique nous incite à l’apathie, nous ankylose, nous enferme, mais aussi, nous infantilise.
Nonobstant, en assurant qu’il (le politique) va « nous protéger », il confirme, au fond, que nos peurs sont fondées. Et s’il nous dit : « N’ayez pas peur ! » c’est parce qu’il n'a pour seule ambition que de se présenter comme notre protecteur.
En vérité, cette attitude, démontre l’impuissance de notre classe politique. Si elle en est réduite à nous assurer « protection » et rien d’autre, c’est bien là, oui, une preuve (de plus) de son impuissance.
Ce premier constat est déjà bien inquiétant, mais si en plus, cette même classe politique cède à la peur, alors nous courons droit vers le séisme annoncé.
Or donc, cette peur qui saisit la classe politique, c’est celle d’un nouveau « 21 avril ». Peu importe dans quel sens, endroit, envers, il faut « se protéger » de cette éventualité. Non pas « nous protéger », nous le peuple, d’un « 21 avril », mais « s’en protéger elle », ne pas en être l’une des victimes. Ne pas être le cocu, le Jospin de 2012.
On aurait pu espérer que la vague sondagière (contestable ou pas dans la méthodologie, peu importe) incitât les différents partis, notamment les deux dominants, PS et UMP, à répliquer sur le plan des idées, des projets. Mais là encore, il n’en fut rien. Autre preuve de leur impuissance. Nous eûmes droit à des « petites phrases », des accusations, c’est de la faute à Sarkozy, c’est en grande partie de la responsabilité des socialistes, bref, nous eûmes droit à des gamineries. C’est à la fois indigne et désespérant. Et ça fait « peur » surtout. Cercle vicieux. Dont, bien évidemment, profitera une nouvelle fois, Marine Le Pen.
Mais comment se traduit-elle, cette peur d’un « 21 avril » ?
Par la réduction de candidats à droite comme à gauche. En « simplifiant » l’offre politique.
A droite, on prie M. de Villepin de ne pas se présenter. On appelle les centristes (Morin, Borloo) à la raison. L’argument ? Moins il y aura de candidats à droite, et plus Nicolas Sarkozy fera le plein de voix au premier tour. C’est beau, non, les mathématiques modernes ? [1]
Mais c’est exactement la même chose à gauche. François Hollande, visiblement paniqué, appelle tous les jours au rassemblement de la gauche, dès le premier tour. Il milite pour une candidature unique. Souvenez-vous, 2002, martèle-t-il, Taubira, Chevènement, et pour quel résultat ? Ne rééditons pas cette erreur. Sauf que, ce n’était pas une erreur. C’est juste que Lionel Jospin a raté sa campagne. Mais allez expliquer cela à quelqu’un qui a peur ! A ce point, qu’il en oublie les électeurs. Tout comme la droite les oublie, aussi.
Ce n’est pas en réduisant le nombre de candidats, que l’UMP et le PS, contreront le Front National. Je serais même tenté de dire : au contraire !
Certes, pléthore de candidats ne signifie pas grand-chose. Ce serait même une plaie pour la démocratie. En effet, 16 candidats pour une présidentielle, ça n’est pas sérieux. Il ne s’agit pas d’élire un député ou un maire, bon sang ! mais celui va présider le pays pendant cinq ans. 16 postulants pour une telle fonction, ça n'est pas crédible. Tout comme, au passage, il ne peut y avoir pléthore de candidats pour une Primaire, fut-elle socialiste ! Deux (voire trois) me semble être le maximum. Au-delà, ça relève plus du cirque, de la téléréalité qu’autre chose [2].
S’agissant d’une présidentielle, il est normal, me semble-t-il, que les différentes sensibilités politiques fassent entendre leurs voix. Ainsi, les centristes, les souverainistes, les écologistes, l’extrême-gauche, l’extrême-droite, le PCF, le PS, l’UMP ... L’on me dira que certains sont compatibles, solubles, certes, mais ça, c’est l’étape suivante, celle du second tour.
M. Hollande et M. Sarkozy souhaiteraient-ils que nous fassions l’économie d’un premier tour, ou d’en réduire drastiquement l’offre, au seul motif que, mon dieu ! Marine Le Pen pourrait les devancer ? Est-ce ça, la démocratie ? N’est-ce pas plutôt une façon de la confisquer au peuple ? Et d’ailleurs, cette façon d’agir, que révèle-t-elle, sinon, outre la peur, une méfiance envers le peuple ? Un mépris, d’une certaine façon.
Là encore, c’est Marine Le Pen qui en tirera gros bénéfice.
Ce n’est pas par la peur qu’on vainc, c’est par le courage. C’est en proposant un avenir, un projet, un chemin. Fussent-ils difficiles.
Ce n’est pas en faisant peur, qu’on gagne le cœur du peuple, c’est en démontrant sa puissance, sa volonté.
Ce n’est pas en infantilisant « les gens » qu’on conquiert leur confiance, mais en les élevant, ou – comme ce fut dit trivialement – « en les tirant vers le haut ».
Le peuple ne veut pas d’un protecteur, il ne veut pas être protégé, il veut qu’on l’entende et qu’on le respecte.
Le peuple ne demande pas mieux qu’adhérer à un projet. La peur, n’en est pas un. A fortiori, « les peurs ». Et à trop jouer avec, il est évident, voire inéluctable, que la sanction sera terrible.
17:14 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard, Opinion | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 21 avril, 21 avril à l'envers, la peur d'un nouveau 21 avril, vote utile, candidature unique, déni de démocratie, impuissance des politiques, la peur moteur de la société, gouverner par la peur, présidentielles 2012, primaires 2011, nous protéger |
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26 janvier 2011
Du Chiffre ! [De L’Indignation Et Du Nouvel Ordre Mondial]
[1ère Partie] … A l’ancienne ! Voilà comment j’ai été élevé : à l’ancienne. Travaille, mon petit. Travaille ! ... Ah, j’en ai entendu, ça oui, que ça me tomberait pas tout cuit dans l’auge. Qu’il fallait trimarder. Et pas qu’un peu. Au mérite qu’on serait reconnu, au mérite et rien d’autre … A les entendre, le travail, le labeur, c’était la panacée, le sésame, mais gaffe ! Pas du littéraire, ah non ! Du matheux ! Assurance pour la vie … J’avais pas le choix, comme qui dirait. Mais qu’importe … Le travail ! C’est de ça dont je voulais vous entretenir. Il est barré. Y’a plus. Défiguré. On s’est fait mettre sévère. Pis : on n’a rien dit.
Que je passe pour réac, j’en ai cure. Je n’écris ni pour l’audience, ni pour me faire plaisir. La subjectivité, je veux bien, mais la vulgarité, je m’y refuse …
Or donc, y'a lurette, le travail, il avait un sens, même si c’était chagrin, ce qu’il a toujours été, peu ou prou. Mais on savait pour quoi, comment et où. Affirmatif ! Même à Boulogne-Billancourt, chez Renault. Y’avait de l’humain, nom de Dieu, un minimum ! On prenait compte, quoi qu’on dise ... Mais aujourd’hui, pauvret, t’es rien. Un numéro. Un matricule. Comme à l’armée. De la chair à canon du Nouvel Ordre Mondial. Une variable ajustable …
… Quelqu’un sait-y pour quoi il taffe, de nos jours ? Et pour qui ?
Répondre tout de go pour le Grand Capital, les actionnaires, ça n’est pas suffisant. Et pis c’est pas nouveau.
Las, faut que j’entre dans le vif …
On ne travaille plus, on « fait » du chiffre ! Partout ! Dans tous les secteurs. Public comme Privé ... Oui, Public itou ! renseignez-vous, des hôpitaux à la police en passant par l’Education Nationale ; non-sens absolu, dérive, saloperie … Je pourrais contremultiplier les exemples précis et concrets, mais à quoi bon .. Vous les trouverez vous-mêmes… Penchez-vous donc sur votre condition de laborieux, votre propre expérience, vous verrez, c’est l’évidence.
Et alors, me direz-vous ? Où qu’il est le problème ? N’est-ce pas ...
Mais c’est LE problème, justement … Quand il s’agissait de travailler, bon an mal an, on vous reconnaissait une compétence, un savoir-faire, mais dès lors qu’il s’agit de « faire » du chiffre, de l’audience (car c’est bien ce que l’on nous demande, au fond) y’a plus de compétences, plus de savoir-faire qu’entrent en ligne de compte. Abolis ! Y’a plus que de la roublardise, de la biaiserie, de la tricherie en veux-tu, en voilà, voire de l’escroquerie à la Tapie, à la Séguéla, à la Messier. Des consultants, des conseillers, des commerciaux, partout. Payés rubis sur l’ongle … Bref, c’est la prime à l’incompétence, le fameux Principe de Peter. En plein dedans, nous sommes. Et depuis lustres.
Ceusses qui, aujourd’hui, sont « récompensés » pour grande majorité, sont des imposteurs.
Pour pas dire : des voleurs.
Comment pouvons-nous défendre un pouvoir d’achat, un salaire, des conditions de travail, une compétence, un savoir-faire, revendiquer quoi que ce soit, si nous sommes réduits à produire du chiffre ? Tant d’automobiles, tant de procès-verbaux, tant d’auditeurs, tant de bacheliers. C’est impossible ! Car c’est le chiffre qui commande. Toujours. Nous en sommes dépendants, totalement esclaves. C’est l’arbitraire-roi.
Vous pourrez arguer que vous avez sué sang et eau, justifier, démontrer, que tout, vous avez tout fait comme il était prévu, ordonné, planifié, vous serez perdants. Il est là, LE problème ... Bon sang, mais c’est pourtant (et, encore une fois) l’évidence ! …
Le mérite, celui qu’on nous vend et vante, c’est de l’attrape-couillons ! Car dans une affaire où SEUL le chiffre compte, le mérite véritable n’a plus sa place …
Ne nous étonnons point qu’on cause désormais d’un salarié, quel qu’il soit, comme d’une « variable d’ajustement » car c’est réellement ce qu’il est devenu, et ainsi qu’on le considère. Or donc, plus comme un humain. Juste un matricule.
Où avez-vous vu qu’un matricule était « récompensé » au « mérite » ?
Qui avons-nous cru pour que cela devienne possible ?
Quelle indignation, M. Hessel, est désormais envisageable, puisque nous avons accepté de n’être plus des salariés, mais des matricules ? Une variable …
Ce qui, de fait, rend obsolète ou risible tout syndicat, de la CGT à FO, en passant par SUD (oui, même eux) et la CFDT. Du folklore, voilà ce que c’est, le syndicalisme de maintenant. Que peuvent-ils donc défendre en ces conditions, sinon gérer, comme de vulgaires comptables ? C’est bien ce qu’ils sont, non, au demeurant : des comptables ? .. Voyez l’histoire des retraites, c’est parlant. Prenez un cégétiste de l’an mil neuf cent dix, mais aujourd’hui, on le traiterait de « terroriste ». Sûr ! ..
Il faut comprendre cette chose simple : dès lors qu’il n’y a plus que des matricules, producteurs de chiffres, il n’y a plus de travail. Ni de droit du travail. C’est là, le grand ouvrage patiemment élaboré par le Nouvel Ordre Mondial : supprimer le salarié. Le réduire à une variable. Un numéro. De la chair à camemberts PowerPoint. De la matière à statistiques. Ainsi, plus d’obstacle à la marchandisation à outrance, à la robotisation, plus de résistance, plus rien. Que du rentable ... J’avoue, c’est du grand art ! … Nous n’existons plus QUE quantifiés dans et par les instituts de sondages. Des chiffres bruts. Tant de ceci, tant de cela ... Va pleurer des droits, de la considération, du salaire dans cette configuration saloparde ! Allez donc crier aux injustices, on ne vous entendra point. Ni Aubry, ni Mélenchon, ni personne. Faut-il être embrigadé du cerveau pour ne pas le comprendre … Au moins, le tunisien, lui, il l’a pigée, l’entourloupe. Mais pour combien de temps ? Qui le vendra comme on nous a vendus (avec, nous concernant, notre lâche consentement) ? …
De fait, chacun saisira, aisément, que le premier camelot promettant de « réhabiliter le travail » sera élu. Et d’ailleurs, il l’a été à 53,06% des suffrages exprimés ! Mais sur méprise … Le salarié, qu’avait-il entendu ? Qu’enfin, le travail, le vrai, celui reconnaissant compétences, savoir-faire, je dirais même honnêteté, serait avec ce matamore, de retour. Et, cerise sur le gâteau, il lui était de surcroît annoncé que s’il « travaillait plus, il gagnerait plus » ! ... Comment vouliez-vous qu’il refusât cette « offre » ? Sauf que ..
… Il n’était nullement question de réhabiliter « compétences », « savoir-faire », ni même « honnêteté », mais …. de (continuer à) « faire » du chiffre. Plus encore qu’avant. Toujours plus. Et d’en être « récompensé » … Foutaises ! C’est impossible ! Seuls les roublards, les avides, les tricheurs, dans ce schéma, sont vainqueurs. Pis : ils nous sont désignés comme des modèles de « réussite ». Des exemples à suivre … En réalité, ils préservent le haut de la pyramide. Ils sont les arbres cachant la forêt. Celle d’injustices. Ecarts obscènes de salaires. Avantages fiscaux démentiels. Prospérité assurée. Des Servier, récompensés, médaillés. Sur le dos des matricules que nous sommes.
Le seul programme politique acceptable, demain, viendra de celui qui affirmera clairement qu’il mettra fin à cette abjection, ce non-sens, cette dictature du chiffre.
J’ai beau chercher, éplucher, écouter, lire, je ne vois toujours pas cet homme ET ce programme. Ils n’existent pas.
M'assurer du contraire, serait mentir. Ou pire encore.
.../...
21:49 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (27) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le travail, la politique du chiffre, réhabilitation du travail, mérite, récompense, on fait du chiffre, nouvel ordre mondial, droit du travail, un monde de commerciaux, la mort du syndicalisme, variable d'ajustement, prime à l'incompétence, révoltez-vous ! |
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