22 février 2012
2012 : Les Jeux Sont Faits Et Tout Le Monde Le Sait !
T’en souvient-il, de ce discours rouleau-compresseur, celui du 14 janvier 2007, au Parc des Expositions de Paris ? Celui où l’impétrant osa, par onze fois, nous dire : « J’ai changé » !
Tu le revois, le film, calibré à l’image-seconde près, vendu clé en mains à des médias dociles, et ce décorum quasi obscène, cette démesure qui, fallait-il être aveugle pour ne point le voir, annonçait haut et fort, le quinquennat d’une oligarchie, et pas la moins vulgaire, soi-dit en passant.
C’est bien là que, ledit 14 janvier 2007, celui qui voulait « tous les niquer » a tué le match.
Tout observateur à qui on ne la fait pas le savait pertinemment [1]. Et pourtant ! On tenta, et comment, de nous faire croire que non, allons, cette présidentielle n’était pas jouée. Et d’ailleurs regardez, comme il grappille et engrange dans les sondages, le béarnais ; François Bayrou. A tel point qu’un hebdomadaire ne reculant devant rien claironna en Une grasse de caractères :
Et Si C’était Lui ?...
Ben voyons !
Et quand, comme prévu, le centriste plafonna, englué dans une mare à 18 et quelques pourcents, que diantre nous agitèrent-ils sous le tarin ?... Mais la menace d’un autre 21 avril, bien sûr ! Je peux en témoigner, de l’effet, garanti, car trois jours avant le premier tour (19 avril 2007) c’est un Hollande inquiet qui, marinant dans le studio radiophonique, saisit l’occasion d’une pause, un écran publicitaire, pour s’enquérir du fait de savoir si nous pensions qu’il n’y aurait pas, par hasard, péril en la demeure Royal. Ce à quoi, coquins et farceurs, nous lui répondîmes : « Méfiance ! Car effectivement, on l’estime entre 13 et 15, mais qui sait s’il ne serait pas plutôt à 17, voire 18, le Jean-Marie ! ». Et devinez quoi ? C’est aussi ce que redoutait notre corrézien. [2]
Ah, ce qu’on ne ferait pas, n’est-ce pas, pour garder le citoyen en haleine, quand ce n’est pas lui faire peur. Ce qu’on ne ferait pas, en vérité, pour vendre du papier, meubler l’antenne avec de faux débatteurs estampillés « experts » [3]. Mais comprenez une chose, simple : si vous le dites, que c’est fini, que l’affaire est pliée, que le vainqueur on le connaît, et là dès janvier, mais vous salopez votre business ! Vous faites quoi pendant les trois mois qui restent ? Du canevas ? Vous mettez l’écharpe du Barbier aux enchères sur e-Bay ?
Or donc, il n’y avait pas la moindre raison qu’ils ne nous refassent pas la même et en couleur.
Passe encore le match à quatre, qui, convenons-en, était, vu le contexte, la conjoncture, le merdier quoi, assez crédible, il y a encore un gros mois. Et puis, c’était une figure inédite. Donc passionnante. Je veux dire : éminemment bankable ! Rendez-vous compte ! Qui, de François Bayrou, Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy, sera choisi pour affronter François Hollande au second tour ? Mazette, mais quel suspens ! Et surtout, quel audimat ! Quel tirage ! On s’acheminait vers du « sans précédent » à tous les niveaux ! Avec du 21 avril à l’endroit comme à l’envers, n’en jetez plus, c’est trop bonnard !
Manque de bol, cette hypothèse s’éloigne. A en croire les sondages. Bayrou racornit, Le Pen rame [4] et de fait, il reste quoi, à se mettre sous la dent ? Un bon vieux match droite/"gauche". Et hop, vendu ! C’est parti, mon Kiki ! Du Hollande/Sarkozy en veux-tu, en voilà ! En suppositoire, matin, midi et soir... Et v’là qu’on les re-convoque, les fameux experts... Et si Sarkozy-ceci, et si Sarkozy-cela ! C’est que, dites, il est redoutable, cet homme-là. En campagne, c’est un guerrier ! Dieu sait, dans un pays laïc, ce dont il pourrait être capable pour, à l’arrivée, faire la nique au favori ; sur le poteau, le coiffer...
... Vous croyez que je déconne ! Du tout ! Même Attali, il le dit que, ouh-là, gaffe M’sieur Elkabbach, avec Sarkozy, on ne sait jamais, ajoutant, sans rire, qu’il a, ce candidat sortant, « de grandes chances d’être réélu » ! Oui, vous avez bien lu : « de grandes chances » !
C’est bien mon petit Attali, tu joues le jeu. Mes amitiés à toute la bande. Celle du Siècle !
Peu leur chaut que le Sarkozy qu’ils évoquent n’est plus que l’ombre de lui-même.
Peu leur importe que cet homme a, depuis lurette, intégré l’idée de la défaite et que son seul but soit, présentement, de sauver les meubles. Comprendre : éviter une explosion de l’UMP. En assurant sa place au second tour.[5]
Ils ont pourtant, comme beaucoup, noté qu’à Annecy, puis Marseille, l’homme ne parlait plus comme ce 14 janvier 2007, au futur ou au présent, mais à l’imparfait ou au passé composé... Oh non, ce n’est pas un détail, ne croyez pas cela, c’est au contraire d’importance première. Certes, l’homme n’est plus vierge d’Elysée, en la matière il a un passé, lourd et signifiant, mais de là à employer l’imparfait ! Quelle faute !... Allons ! Le peuple, aussi "sot" (le mot favori de Sarkozy) fut-il, n’accordera jamais, en majorité, suffrages à celui qui conjugue la France au passé, quand bien même en irait-il de son bilan ! C’est le futur, c’est le présent, les deux temps majoritaires d’une présidentielle. Même la référence suprême de Sarkozy, le modèle, or donc François Mitterrand, en 1988, c’est encore vers l’avenir qu’il se tournait, c’est au futur qu’il nous causait.
Mais il faut vendre du papier. Il faut maintenir l’audimat. Coûte que coûte. Deux mois encore. Deux mois à nous vendre un match, et, je vous en fais le pari, un « troisième homme » reprenant, comme par magie, du poil de la bête, et, je le suppute, dans la dernière ligne droite, la menace d’un second 21 avril. Tout faire pour ne pas tuer l’intérêt du citoyen. Le tenir. Jusqu’au bout. Avec des hypothèses à n’en plus finir. Y compris, les plus farfelues.
Pourtant qui ne le sait pas ! Qu’elle est jouée cette présidentielle. Depuis deux ans. Au bas mot. Un président sortant battu successivement par Martine Aubry, puis DSK (écrasé, je devrais dire) puis par François Hollande (laminé, serait le terme plus adéquat), un président abordant une telle échéance avec de surcroit une cote de popularité aussi faible, mais enfin, il n’a pas l’ombre de l’ombre d’une chance de gagner ce combat. Tout le monde le sait. Sarkozy compris.... Pour paraphraser Copé : on va pas se mentir, les mecs ! Et la comparaison avec Giscard ne vaut même pas. Giscard, au moins, il eut, un temps, les sondages pour lui.
A moins d’un évènement fâcheux dont la nature m’effraie d’emblée, comme un attentat, une guerre, ou une pandémie planétaire, rien, mais vraiment rien, ne peut changer la donne. Cette présidentielle est morte. Tout ce qui (nous) reste, c’est du verbe. Pas celui convenu, obséquieux, des « experts », non ! Celui de Mélenchon. Il l’aura animée, et de belle façon, cette campagne. Il mérite bien son score à deux chiffres. Il nous aura, le temps de quelques meetings, rendu fierté et dignité. Il nous aura réconciliés avec la chose politique. C’est déjà pas mal. Tant on en aura connues, des présidentielles à l’esbroufe, à la roublardise, à la « je vais tous les niquer ». Lui, au moins, Mélenchon, il ne nous aura pas trop pris pour des cons.
Enfin bref, Sarkozy c’est fini. Et tout le monde le sait.
Le reste, c’est du show, rien qu’un petit spectacle médiatique.
Sans grand intérêt.
[1] La bonne preuve c’est que, aujourd’hui, tous autant qu’ils sont, en conviennent que c’est le 14 janvier 2007 qu'elle s’est jouée, la présidentielle précédente. Mais se sont bien gardés de le hurler sur les toits, il y a cinq ans. Pour les raisons que vous devinez.
[2] Ah les sondages à la con qui circulent sur le Net à quelques encablures d’un premier tour, à commencer par ceux des RG ou autres, ils ont beau être bidons, ils trouveront toujours preneurs. Politiques, comme citoyens-moutons.
[3] C’est-à-dire ceux, toujours les mêmes, qui élucubrent, sur les plateaux de C Dans L’Air, Mots Croisés, sur les chaînes d’infos en boucle telles i>télé, BFMTV, LCI, ou, comme de bien entendu, à la radio, de France Inter à RTL, en passant pas Europe 1 et RMC.
Pour certains, ça fait trente ans que ça dure. Si ce n’est pas quarante ! Et autant de livres inutiles.
[4] Et si elle rame, Le Pen, c’est avant tout de sa faute. Quand on pointe à 24% en mars 2011, et qu’on n’en fait rien, c’est qu’on est mauvais.
Déjà, quand on prétend représenter les « invisibles » ou les « oubliés » on parle sur un autre ton. On ne fait pas des sketches (en chanson, ou en brandissant un ridicule carton rouge) à la télévision. N’importe quel candidat à la présidentielle, même le plus petit, le comprendrait.
Un exemple : souvenez-vous du Sarkozy d’avant l’automne 2006 ! C’était un aboyeur. Il parlait fort. Et puis, tiens donc, la présidentielle approchant, il change de ton. Il s’est mis à parler doucement... Je vous cause de ses prestations médiatiques. Pas de ses meetings. Ah, là c’est différent ! Là, on peut invectiver, hausser le ton ; mais pas à la télévision.
C’est ce que n’a toujours pas compris Marine Le Pen... C’était aussi un travers de Mélenchon, jusqu’à peu. Mais vous avez noté le changement. Désormais, lui aussi, réserve ses outrances pour les meetings. Mais à la TV, il est dorénavant plus posé... Parce qu’un type qui gueule tout le temps, qui parle fort, ça épuise les gens. Et surtout : ça le discrédite. Ce n'est pas parce que le gens en ont marre qu’il faut parler comme eux. Ce n’est pas ça, les représenter. Au contraire !
[5] Lire : C’est Cuit Pour Sarkozy Et Il Le Sait
18:58 Écrit par Philippe Sage dans Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy c'est fini, les jeux sont faits, le cirque médiatique, présidentielle 2012, la fin du sarkozysme, l'ump menacée d'un séisme en 2012, sarkozy tente de sauver les meubles, chronique d'une défaite annoncée, 2012 est terminé depuis 2010, le jeu médiatique, les éditocrates, storytelling 2012 |
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18 février 2012
Sarkozy : Plutôt Mitterrand Que Giscard
A peine le slogan du « candidat sortant » était-il dévoilé que d’aucuns, des morts de faim, se précipitaient dans les archives et, fiers comme Artaban, nous en extirpaient, avec grande gourmandise, une breloque issue de la campagne présidentielle 1981 sur laquelle trônait un certain Giscard, et la signature suivante :
« Il faut une France forte ».
Ah, mais ça par exemple ! Ne trouvez-vous point que ce slogan ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de notre désormais président-candidat : « Une France forte » ?
Sauf que, on peut aisément trouver moult autres prétendants qui, dans un passé plus ou moins récent, firent appel à cette image de la « France forte ».
Ainsi Ségolène Royal (« Plus juste, la France sera plus forte ») et François Bayrou en 2007 (« La France de toutes nos forces ») ; Jean-Marie Le Pen en 2002 (« Une force pour la France ») ; ou encore… François Mitterrand en 1981 avec dans un premier temps « La Force tranquille » puis dans un second : « De toutes les forces de la France ».
Alors pourquoi Giscard ?
Sans doute, par paresse. Car, ma foi, quoi de moins fatiguant que d’établir un parallèle entre Sarkozy et Giscard ? Et se saisir avec hâte et obstination de tout élément tendant à le valider d’autant. Comme si d’aucuns voulaient inscrire, mordicus, Sarkozy dans un destin giscardien. Cela voulant signifier que, comme Giscard, il sera défait, et deviendra donc, Sarkozy, le second président de la Ve République à échouer dans la sollicitation d’un second mandat.
Il est vrai que, sur le papier, c’est assez jouissif.
Seulement voilà, je doute fort que Sarkozy s’inscrive dans ce schéma. Tant c’est pas le genre à (re)partir en campagne avec l’idée (saugrenue) de la perdre.
En d’autres termes, je ne crois pas, mais alors pas du tout, que son slogan fasse directement, ou même indirectement, écho à celui de l’infortuné Giscard.
Non, encore une fois, c’est du côté de Mitterrand qu’il faut chercher.
Encore une fois, car t’en souvient-il, en 2007, l’affiche de campagne du candidat Sarkozy ci-dessous...
... Avait comme des airs de … « Force tranquille » :
Certes, dans la version sarkozyste, le petit village avait disparu, ainsi que son clocher ; en lieu et place, une sorte de vallée verdoyante où virevoltait, dans sa partie droite, un oiseau bienveillant.
Mais c’eut été assez grossier, avouez, de donner dans le copié-collé. Et puis, la France de 2007 n’est pas la même que la France de 1981. Il fallait que ce soit visible.
Nonobstant, vous imaginez, dans un même plan, Sarkozy et un clocher ? Ah j’en connais qu’aurait sacrément jasé. Tant l’homme n’a pas son pareil pour exalter, dès que possible, les valeurs chrétiennes de la France.
Non, c’est le format, l’ambiance, ce qui se dégage de ces deux affiches. Il y a manifestement des similitudes. Et c’est habilement fait. Car ça joue sur le subliminal.
Regardez bien les visages, les expressions. Visez-moi un peu les regards, les sourires. La place que l’homme occupe dans ces deux affiches. Sarkozy y étant – mais c’est logique – un peu plus à droite.
Et la pose ! Matez-le bien, ce Sarkozy ! Ne se dégage-t-il pas de lui comme une… « Force tranquille » ? N’est-ce pas cela qu’il était, avant tout, donné à voir ?
Toujours est-il qu’en 2007, et comme je m’en rappelle ! ils furent bien nombreux à les noter, ces similitudes.
Eh bien, il en va de même avec « La France Forte » que voici :

Qui renvoie, selon les mêmes principes, subliminaux, à cette affiche de 1988 :
Ce qui frappe, d’emblée, ce sont les slogans.
Tous les deux sont composés d’un article, d’un nom propre et d’un adjectif.
Avec en commun, les deux premiers (« La France »).
Seul l’adjectif diffère.
En apparence.
Car qu’est-ce qui fait la force, sinon : l’union ?
Alors bien sûr, nous avons un Mitterrand totalement de profil. Alors que Sarkozy, lui, est de trois-quarts.
Pourquoi ?
Eh bien parce qu’en 1988, Mitterrand est archi-favori. Il plane dans les sondages. Tout le monde sait qu’il va être réélu. Il peut donc se permettre ce que personne, à ma connaissance, n’a osé faire, ni avant, ni après lui : poser de profil ! En vainqueur, quoi !
Sarkozy n’est pas dans la même position. Depuis fin 2010, tous les sondages le donnent perdant. Ecrasé par DSK, désormais par François Hollande, et même battu (55/45) par Martine Aubry. Du jamais vu dans la Ve pour un président en exercice.
Il ne peut donc prendre la même pose que Mitterrand, celle de la statue du Commandeur.
Mais il ne peut pas non plus réitérer celle de 2007, soit se présenter de face. On pose de face quand on est candidat, pour se faire reconnaître. Mais pas quand on est président (ce que, au passage, Giscard, en 1981, n’a pas compris).
Alors, très habilement, il choisit l’intermédiaire : de trois-quarts. De fait, il ne nous regarde pas. Comme Mitterrand en 1988, il scrute. Un horizon. Avec la même sérénité ; avec confiance et assurance.
Peut-être, oui, y a-t-il quelque chose de plus dans le regard de Mitterrand. Mais c’est dû au fait qu’il était le vainqueur certain. Et il le montrait fort bien !
Vous noterez itou, et encore une fois, des similitudes dans les expressions : à commencer par le même sourire. Pas trop marqué. Juste ce qu’il faut… Les mêmes petites rides aux coins des yeux, fortement mis en évidence. C’est le signe de l’homme qui a bien vécu, sachant apprécier les plaisirs de l’existence, un jouisseur ; un homme qui n’est point hanté par quelques tourments ou regrets ; un homme rassurant ; bref : un protecteur.
Reste le fond. Qui là encore, comme pour les deux affiches précédentes (le village qu’a laissé place à une vallée) ne peut être identique, et pour la même raison : la France de 2012 n’est pas la même que celle de 1988. Celle de 2012 traverse une crise…
Alors, d’un côté, on fait simple, juste une couleur unie. Qui va comme un gant avec le slogan (« La France unie »).
De l’autre, la mer. Bleue, de toutes les façons. La mer, parce qu’il l’a dit, le soir où il s’est déclaré : il est le capitaine qui n’abandonne pas le navire en pleine tempête. Et ce qu’on voit, c’est le résultat, si nous reconduisons cet homme à la barre du navire France : plus de tempête, mais en lieu et place, une mer calme et tranquille. Et hop, ni une, ni deux, on en revient à … « La Force tranquille » !
Oui, c’est bien du côté de Mitterrand qu’il fallait chercher. Les mêmes codes. La même symbolique.
Mitterrand encore et toujours, comme en 2007, parce que c’est le seul président qui fût réélu sans la moindre discussion (ce qui n’a pas été le cas de Chirac en 2002, victoire entachée, ou biaisée, par le « coup de tonnerre » du 21 avril 2002).
C’est donc LE modèle. LA référence. Il n’y en a pas d’autre !
Pourquoi voulez-donc que ce fût Giscard ? Pourquoi voulez-vous qu’un homme tel que Sarkozy, si ambitieux, prenne pour référence ou modèle le seul président à avoir échoué dans la sollicitation d’un second mandat ?
Quand bien même irait-il, tout l'indiquant, vers ce destin-là...
01:39 Écrit par Philippe Sage | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, françois mitterrand, valéry giscard d'estaing, la france forte, la france unie, la force tranquille, il faut une france forte, de toutes les forces de la france, slogans de campagne, présidentielle 2012 |
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16 février 2012
Adieu, Monsieur Sarkozy !
Et encore, je me suis retenu. J’aurais pu charger la barque, quitte à donner dans l’outrance. Ça n’aurait pas été, ceci étant, immérité. Tant c’est bien lui et lui seul, l’homme, Nicolas Sarkozy qui suscite, est en cause. Rien que d’autre que lui. Une attitude, un style, une dérive.
Peu importe son bilan, l’économique, on s’en moque. Depuis quand est-ce un marqueur ? Allons ! Ne soyons mesquins, ni même hypocrites. Remisez donc vos chiffres, vos courbes, vos comptes d’apothicaires, c’est grotesque ! Voulez-vous que je vous ressorte, et avec grande jouissance s’il vous plaît, les bilans de Giscard, de Mitterrand ou de Chirac ?
Oh je sais bien, chacun selon son camp, chacun avec ses œillères, sa petite mentalité de supporteur, trouvera matière à s’enorgueillir. Mais c’est foutaises, et c’est marre ! La vérité c’est que depuis quarante ans nous sommes écrasés, saignés, sacrifiés. Je vous cause des classes populaires et moyennes. Pas de ceux qui, se disant de gauche, n’ont pour seul souci de posséder, comme le voisin, le dernier gadget de feu Steve Jobs. Ne vous étonnez point que ceux-là en pincent pour un candidat qui s’en va rassurer les pleins aux as de la City.
Or donc le bilan, quand bien même serait-il atterrant, n’est pas le point déterminant. Non, c’est l’homme, Nicolas Sarkozy, qui pose problème.
Et ça n’a pas été « une mince affaire » que de l’expliquer en un seul billet limité en nombre de signes et caractères.
Avant de vous le soumettre, j’aimerais y ajouter ceci : les publicitaires, les vendeurs d’espaces, et comme de bien sûr les éditocrates, durant les pauvres semaines qui nous séparent du scrutin, vont tenter de nous faire croire que l’affaire n’est pas pliée. C’est leur métier que de maintenir un semblant de suspens, que de tenir le citoyen en haleine, voire de l’inquiéter. Mais, la vérité, c’est que c’est fini. On sait qui va gagner. Faut pas nous raconter d’histoires, nous prendre pour des benêts. En nous ressortant le Balladur, le Jospin, etc.
Ceci étant, j’ajoute et affirme qu’il n’y a pas de désir d’Hollande. C’est juste une question de contexte. Et qu’il l’emporte de 15 ou 10 points le 6 mai prochain n’a, au fond, que peu d’importance. L’ampleur ne signifiera, en aucun cas, désir.
Tout comme il n’y aura pas de nouveau « 10 mai ». Comme on ne manquera pas de vous le dire. Juste nous retrouverons, espérons-le, un peu de hauteur. Dans la fonction. Un peu de culture, aussi.
Mais pour le reste, oubliez ! Le 6 mai, ce n’est pas la gauche qui arrive au pouvoir. C’est juste un camp qui en déloge un autre. Rien d’autre que cela... Bref, ça n’a pas grand intérêt. Sinon, pour des supporteurs qui n’ont de la chose politique, qu’une vision étriquée, pour ne pas dire égoïste et vulgaire. Et se foutent comme de leur dernier smarphone du sort des classes moyennes et populaires.
Sur ce, voilà le billet en question : CLIC !
17:21 Écrit par Philippe Sage dans Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, sarkozysme, 10 ans de sarkozysme, 2012 ou le rejet du sarkozysme, il n'y a pas de désir d'hollande, le 6 mai ne sera pas le 10 mai, présidentielle 2012, la fin du sarkozysme |
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13 février 2012
Vie & Vicissitudes D’Un Chômeur
Peu importe, me semble-t-il, la profession que j’exerce. Peu importe, car nous sommes (désormais) soumis, peu ou prou, aux mêmes règles, celles qui, petit à petit, se sont imposées, celles inhérentes à un monde que l’on nous vend et vante à longueur de journées, un monde qui ne connaît plus qu’un seul mot : compétitivité. Ce mot est d’une extrême importance car il aura bouleversé totalement les conditions de travail des salariés (conditions, dont on ne parle quasiment jamais) quand ce n’est pas la « valeur travail » elle-même. Et ça ne vaut pas que pour le secteur privé. Ainsi, en matière de Police – par exemple – il est moins demandé de « protéger et servir » que de « faire du chiffre ». Il en va des bonnes statistiques de la délinquance.
Peu importe donc mon métier (quand bien même y serais-je profondément attaché), en vingt-sept années de CDD [1] je connus trois fois le chômage.
Les raisons ?
Elles sont toutes différentes.
Un changement de direction (et donc, comme souvent dans ma profession, d’équipes), la cessation d’activité d’une entreprise, et enfin, un « choix de vie » [2].
Il est primordial, à ce stade, de dire noir sur blanc que, au-delà des raisons, l’entrée dans le monde du chômage est particulièrement déprimante, pour ne pas dire brutale. Vous pouvez être le plus motivé de la terre, le plus enthousiaste, le plus volontaire, il n’y a rien à faire, quelque chose finit par vous rattraper... Vous pouvez faire le fier, fanfaronner, en pariant à qui veut bien l’entendre que d’ici un mois, allez peut-être deux, vous aurez réintégré le monde du travail, assez vite, vous comprenez que votre nouveau statut, celui de demandeur d’emploi, est une entrave. Vous n’êtes plus vu, entendu, perçu comme vous l’étiez quand vous aviez un emploi... Pourtant, vous avez un parcours, des compétences, une expérience à faire valoir... Oui mais voilà, il y a eu un « accident » dans ce parcours. Et c’est bien pour cela que je précisais : « au-delà des raisons », parce qu’une fois chômeur, elles n’entrent pas en ligne de compte. Ou très rarement.
En d’autres termes, aux yeux de l’autre (l'employeur potentiel notamment) vous devenez, d’une certaine façon, en partie responsable de cet état.
Si vous êtes au chômage, c’est que vous avez « fauté » ou « mal anticipé ».
Et donc, qui sait, et malgré votre CV, peut-être êtes-vous un élément sujet à poser des problèmes dans une entreprise. Peut-être n’êtes-vous pas malléable, pour ne pas dire corvéable à souhait. Peut-être avez-vous « trop de caractère ». Peut-être même, portez-vous malheur ! Etc.
Bref, vous auriez manqué à quelques règles bien néolibérales, et en particulier à la première de toutes : la sacro-sainte compétitivité. Au nom de laquelle, tout doit être sacrifié. Le salarié, en premier.
Ce que je veux dire c’est que, après la blessure (quand ce n’est pas l’humiliation), qui existe, qui est bien réelle (qui n’a pas reçu, un jour, une lettre de licenciement ne peut en connaître la juste mesure) qui a certes à voir avec quelque chose qui nous est personnel, mais aussi commun à tous (l’amour-propre, par exemple) vont se succéder des moments éprouvants, des moments où vous allez devoir prendre énormément sur vous, et, le temps passant, finissez par saisir, très concrètement, ce que signifie l’expression : « faire profil bas ».
Vous pouvez être armé d’une volonté de fer, être un bonhomme, j’en connais peu qui échappe à cette spirale. Bref, à ce qui, inexorablement, vous tire par le bas... Six mois de chômage et vous n’êtes plus la même personne : vous doutez de vous-même, de votre parcours, de vos compétences, de votre expérience. Et si, en fait, vous ne valiez rien ?...
Chacun comprendra, alors, que parvenu là, il vous est d’autant plus difficile de retrouver un emploi. D’où le terme de : « spirale ».
Je tenais à préciser tout cela, car j'ai noté que, bien souvent, ceux qui parlent de chômage, plus particulièrement ceux qui prétendent que « du travail, y’en a ! », ou alors que « quand on n’a pas de travail, il ne faut pas faire le difficile, et prendre ce qui vient ! », ceux-là n’ont jamais connu le chômage. Ils ne savent pas ce que c’est… J’en ai même rencontrés me confirmant que, eux ? Mais jamais ils n’y avaient été ! Ajoutant illico que, jamais ! Ils n’y seraient un jour ; comme si, on pouvait l’éviter... Comme si nous l’avions cherché. Et moi, le premier.
Ce sont les mêmes qui estiment que le chômeur est un « assisté ». Parce qu’ils l’imaginent vautré dans un canapé, indemnisé. Ils pensent que si on l’indemnisait moins, voire plus du tout, il se bougerait le cul, le chômeur. Ignorant, ou faisant mine d’ignorer, que : l’indemnisation est sujette à moult paramètres et qu’elle n’est pas éternelle.
Je vais vous faire un aveu : j’ai secrètement rêvé, qu’un jour, ils fussent à leur tour, chômeurs, et qu’ils en goûtent tous les désagréments, toutes les humiliations, et aussi, tous les renoncements. Peut-être comprendraient-ils, enfin, comment il se fait qu’il pût y avoir des chômeurs de longue durée (comme je le fus)…
Bref, lorsque vous perdez votre travail, et quelle qu’en fût la raison, vous changez de statut. En d’autres termes, vous changez de division. Vous rétrogradez. Et pas de Ligue 1 à Ligue 2 ! Non ! Vous descendez directement en CFA2. C’est un fait.
C’était vrai en 1990, ça l’était en 1998, et tout autant en 2009. Nous en venons à mes trois périodes de chômage... Si la perception du chômeur n’aura quasiment pas varié, en revanche, sa prise en charge, elle, est différente. Et c’est là, un des points.
En 1990, comme en 1998, assez rapidement, on me proposa de suivre une formation. Comme de surcroît, j’étais demandeur, je les abordais avec enthousiasme, et aussi, plein d’espoirs... Est-il utile de préciser que ce n’est pas le chômeur qui s’en acquitte (je parle du coût - ou alors dans certains cas, et dans des proportions plus ou moins raisonnables) mais l’Etat.
Il me semble, ne serait-ce que pour l’avoir vécu, qu’une grande partie des demandeurs d’emploi, pour ne pas dire une belle majorité, ne demande pas mieux que de suivre une formation. Et c’est d’autant plus logique que, suite à une perte de travail mal vécue (sentiment d’injustice, amour-propre qui en a pris un sale coup, humiliation personnelle également, etc.) se former pour en découvrir un autre, de travail, et donc d’univers, c’est une façon de tourner la page. Se laver. Repartir à zéro.
Seulement voilà, alors qu’en 1990 comme en 1998, c’était envisageable pour la plupart, figurez-vous que ça ne l’est plus aujourd’hui. Et ce n’est pas tant dû à la fusion ANPE/ASSEDIC (qui n’est pas une mauvaise idée – sur le papier) qu’à une affaire de pognon.
J’ai pu l’éprouver, puisque cette fois (2009/2011), c’est moi qu'insistais pour suivre une formation, indiquant même celles qui me paraissaient les plus adéquates ; mais il me fut (très aimablement) répondu que lesdites formations étaient attribuées au compte-goutte. Que de surcroît (vu mon profil) je n’étais pas prioritaire. Même après plus d’un an de chômage. Et même si, à mon âge, il était particulièrement difficile de réintégrer le monde du travail.
Dès lors, quand François Fillon nous apprend qu’actuellement « seuls 10% » des demandeurs d’emploi sont en formation, ça ne me surprend pas. Mais ce qu’il omet de préciser – or, c’est le plus important – c’est que si ce chiffre est ridiculement bas, ce n’est pas parce que les chômeurs ne veulent pas suivre une formation, mais parce qu’il n’y a pas de budget « alloué à » !
Il est très important de le dire, car encore une fois, celui qui pense déjà que les chômeurs-ceci, les chômeurs-cela, pourrait être trivialement conforté dans son opinion pour le moins primaire, celle qui consiste à affirmer, bêtement, que non seulement le chômeur est un « assisté » mais qu’en plus, c’est une feignasse.
Si vous y ajoutez la proposition du candidat Sarkozy, consistant à consulter le peuple quant aux droits des chômeurs, ça commence à faire beaucoup.
Beaucoup trop.
Car, que l’on prenne le peuple, ou une partie de celui-ci, pour un veau sans cerveau, c’est pas nouveau ; mais qu’on le consultât (et par temps de « crise sans précédent » en plus !) en alimentant l’idée que le chômeur est un « assisté », un « feignant », voire même un « fraudeur », et qu’en plus, le salopard, il refuserait de se former, c’est sans nom !
Quand on veut combattre le chômage, on met le paquet. Et le paquet : c’est du pognon.
Proposer au demandeur d'emploi, une formation ? Je suis d’accord. Mais alors qu’ils y mettent les moyens ! Au lieu de désigner le chômeur comme un « cancer » de notre société.
L’autre vérité, c’est que : comme y’a pas de formation, ou si peu, les demandeurs d’emploi travaillent à perte. Ce que j’ai fait. Quelques heures par mois. A des taux horaires incroyablement bas. Parfois, via des contrats que je n’avais jamais vus jusqu’ici : « à la journée » (Nos « amis allemands » connaissent bien ce phénomène …). Mais on prend. Et sans barguigner.
Ça ne suffit certes pas pour « sortir » de Pôle Emploi. Mais ça permet de maintenir un taux de chômage inférieur à 10% (en période électorale, c'est pas de refus...). En réalité, nous sommes bien au-dessus.
Le paquet, ça veut aussi dire du personnel qualifié, et en nombre, à Pôle Emploi.
Moi, j’ai eu de la chance. Je suis tombé sur une petite structure, habitée par une équipe compréhensive, humaine et compétente. Mais j’ai vu, aussi, ces moments où ils étaient débordés. Complètement. Parce que pas assez nombreux, et aucune solution à offrir. Déjà que, en temps normal, y’en avait pas…
Je ne dis pas qu’en 1990 ou 1998, je n’ai pas été témoin des mêmes symptômes. D’autant qu’en février 1998, nous étions au-delà des 10% de chômeurs. Mais il me semble, j’en suis même certain, que concernant la question de la formation, c’était sans comparaison.
J’ajoute, cependant, que la formation n’est pas une fin en soi, ou la solution-miracle.
Car après, il y a l’employeur et son bon vouloir. Et, je me souviens qu’en 1990, comme en 1998, il préféra, cet employeur, recruter un profil ayant un cursus plus solide, ou ayant déjà une expérience en la matière, que ma pomme sortant de formation certifiée conforme. Sans doute considérait-il qu’icelle n’était pas suffisante, incomplète, ou que j’étais encore trop vert.
Donc la formation oui, mais il faut qu’elle soit béton, reconnue et valorisée. Sinon, c’est de l’argent foutu en l’air (mais payant électoralement, car ça permet de réduire le taux officiel de chômage en France).
En d’autres termes former pour former, non ! Former efficacement, oui !
Vous comprendrez alors, l’absurdité de consulter le peuple sur une telle question.
Vous comprendrez que c’est d’un cynisme rarement atteint, et que, ce dont nous avons besoin, avant tout, c’est de pédagogie, d’explications, d’informations.
Et que, plutôt que de dresser « ceux qui se lèvent tôt » contre « ceux qui ont perdu leur boulot » (et qu’on désigne, ignominieusement comme des « assistés ») il convient, quand on est un républicain, un démocrate, un homme de bonne volonté, de rassembler son peuple, et d’en appeler à la solidarité.
Dans un monde ou prime la compétitivité, avant tout ; avant le travail, sa nature ; avant les compétences, avant le mérite, avant les salariés eux-mêmes ; dans un monde où seul compte le chiffre, il convient de ne point en rajouter, mais bien au contraire, d’apaiser les tensions comme les souffrances ; à moins que…
… A moins que le but, soit de déchirer, et à desseins (électoraux), la société française, de tuer à moyen terme ce modèle social qui nous a sauvés de bien des maux (combien compterions-nous de pauvres aujourd’hui, sans notre modèle social ?) et de faire de ce pays, anciennement des Lumières, une ombre.
[1] Un seul CDI. Pour près d’une centaine de CDD. Et parmi ces derniers, un avatar qui pullule, de plus en plus, et fort malheureusement : Le Contrat à Durée Déterminée d’Usage.
[2] « Choix de vie », oui. Parce qu’il n’y a pas QUE le travail dans… la vie. Ou plutôt, que vaut-il, le travail, si parallèlement vous foirez votre vie privée, ou passez à côté ?
Or donc, il peut arriver, oui, que vous privilégiiez votre vie. Ce n’est pas une décision difficile. C’est une évidence qui s’impose. Et c’est heureux.
NB : J’ajoute que, très souvent, lorsque vous retrouvez un travail, après tant de mois à en chercher, vous acceptez un salaire moindre que celui que vous touchiez avant votre période de chômage.
Dans le cas où vous connaissez plusieurs périodes de chômage, comme ce fut mon cas, vous devinerez que la perte est plus importante encore… C’est, faut-il le croire, le prix à payer.
Eh oui, même la précarité, ça vous coûte …
Alors quand j’entends d’aucuns, des ignorants, des perroquets, baver sur les chômeurs, oui, il me prend à souhaiter qu’ils endurent le même parcours...
20:36 Écrit par Philippe Sage dans Ma Vie Au Pôle Emploi | Lien permanent | Commentaires (65) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chômage, chômeurs, assistanat, le chômeur n'est pas un assisté, référendum sur les chômeurs, quelques vérités sur le chômage, anpe, assedic, pôle emploi, taux de chômage en france, précarité en france, formation des chômeurs, 10% de chômeurs en formation, contrats précaires, le cynisme de sarkozy |
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09 février 2012
France Lepénisée
Quand je me mis, mercredi, à la rédaction du billet linké en queue de ce cliché rendu noir & blanc, je ne pouvais décemment pas imaginer que le lendemain, le site d’un quotidien en ligne allait, dans le seul souci de faire le buzz – buzz uniquement destiné à écouler le maximum, si ce n’est la totalité de son édition-papier version magazine – allait disais-je, lever le voile sur deux immondes saloperies, deux propositions d’un « personnage » que, le 6 mai 2007, le peuple français eût grand tort de désigner, par la voie du suffrage universel, président de notre République.
Je répugne tant à citer son nom que oui, je m’empare du mot gaullien de « personnage ». C’est en effet par ce terme, afin de ne jamais le nommer, que, six jours avant le second tour de la présidentielle 1965, le Général de Gaulle qualifiait celui que les électeurs de ce pays avaient choisi de lui opposer, via le scrutin du 5 décembre.
Bref.
Jamais donc, je n’aurais pu imaginer que cet autre « personnage » irait jusqu’à braconner sur des terres si peu républicaines, ô combien extrêmes, de natures à mettre en péril la paix sociale, voire même la paix civile, en proposant aux citoyens de ce pays, en cas de réélection, un premier référendum sur les chômeurs et un second sur le droit des étrangers.
Cependant, une fois passé le choc et sa nausée, je dois en convenir : ces deux propositions ne sont, en définitive, qu’une suite affreusement logique, au billet que je rédigeais hier.
En fait, c’est juste une épouvantable accélération. Due à un phénomène électoral.
C’est en quelque sorte une validation complète, assumée, revendiquée, de la lepénisation.
La lepénisation, ce n’est ni un mythe, ni une chimère. C’est une réalité. Ou, pour reprendre le terme exact employé par la candidate de ce parti d’extrême-droite qu’est le Front national, c’est :
« structurel ».
De fait, puisque c'est devenu structurel, et que de surcroît tout le démontre, le temps n’a plus vraiment d’importance. 2012, 2017 ?
A moins que…
Ce « à moins que » sur lequel je m’attelais mercredi.
Je vous en soumets la lecture, tout en y ajoutant deux commentaires qui me sont venus en découvrant les malodorantes propositions référendaires dudit « personnage » :
1 – Le 22 mars 1988, quand François Mitterrand annonça que « Oui ! », il était candidat à sa propre succession, il justifia, en ces termes, sa décision :
« J’aperçois un risque pour le pays ».
Vingt et quatre années plus tard, ce risque est monstrueusement de retour. Et vous en connaissez parfaitement le nom.
2 – Je ne suis pas sûr que chacun se rende bien compte vers quelle effrayante campagne nous nous dirigeons désormais.
Sur ce, le billet en question est, comme je l’indiquais en liminaire, en lien sous ce noir & blanc.
22:31 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : front national, lepénisation, france lepénisée, claude guéant, nadine morano, brice hortefeux, christian vanneste, andré valentin, chantal brunel, brigitte barèges, droite populaire, jean-marie le pen, marine le pen, extrême droite française, 28 ans du fn, petites phrases, dérapages, racisme ordinaire, propos de comptoir, qui va se lever ?, référendum sur les chômeurs, référendum sur le droit des étrangers |
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06 février 2012
Guéant, L’Ifop & Le Pen : Plus C’est Gros Et Mieux Ça Passe
C’est une histoire qui se déroule en trois temps. Elle commence, l’air de rien (pourtant, c'est une sorte de bande-annonce involontaire) samedi soir (4 février). Sur i>télé. Dans une émission hebdomadaire intitulée : Le Match De L’Opinion.
Comme tous les samedis, le journaliste Olivier Galzi reçoit Guillaume Peltier (UMP – transfuge du FN via De Villiers) et François Kalfon (PS) pour débattre des enquêtes d’opinion publiées durant la semaine [1]. En entrée, un sondage BVA censé mesurer « la force de conviction de N. Sarkozy lors de l’émission (du dimanche 29 janvier) selon la proximité partisane ».
Une donnée de cette enquête retient toute l’attention et du journaliste, et de Guillaume Peltier : « 50% des sympathisants du Front national et 40% des électeurs de François Bayrou » ont été convaincus par la prestation de Nicolas Sarkozy, ce que Peltier trouve « très intéressant ». Plus encore que de « capter ses noyaux durs de 2007 » (soit, d’après lui : « les sympathisants de l’UMP et les sympathisants de la droite » – or donc, il a oublié le « siphonage »).
Ce qui est surtout « très intéressant », c’est que ce sont uniquement ces 50% de sympathisants FN qui vont alors se retrouver au centre du débat. De quelle façon ? Eh bien en sortant de l’enquête BVA. Donc du sujet. Et c’est Galzi qui s’y colle, évoquant la possibilité – sous prétexte d’actualité – que Marine Le Pen ne puisse être candidate faute d’avoir réuni les 500 signatures ; et le voilà qui s’enquiert, auprès de ce qu’il nomme ses « deux leaders d’opinion », de savoir s’ils auraient testé la possibilité qu’elle ne soit pas candidate !
François Kalfon saute alors sur l’occasion (ou : la perche tendue) parlant de « bruits » courant dans Paris comme quoi « à l’Elysée, à l’UMP, on teste cette possibilité, et que d’aucuns apprentis-sorciers souhaiteraient même que Marine Le Pen n’ait pas ses signatures ».
Galzi reprend la barre, désirant savoir si, effectivement, « à l’Elysée, à l’UMP », on testerait cette hypothèse. Il lui faudra insister par deux fois avant que Guillaume Peltier réponde ceci :
« Si elle n’y était pas, il est probable qu’une grande partie au 1er tour de son électorat (sic) pourrait rejoindre Nicolas Sarkozy » (alors que dans la minute précédente il avait affirmé que ce serait « très compliqué à estimer »).
Réaction immédiate de Kalfon : « Donc, soit Guillaume Peltier lit dans le marc de café, soit une étude qualitative de premier tour, dans cette hypothèse, a été faite par l’UMP ».
Et tiens donc, que se passe-t-il le lendemain ? L’Ifop, via le JDD, publie « une étude qualitative de premier tour » dans l’hypothèse où « Marine Le Pen ne parvenait pas à réunir les 500 parrainages ». Deuxième temps de notre histoire ? Non ! Car dans l’espace, un certain Claude Guéant a déclenché une polémique en déclarant que « toutes les civilisations ne se valent pas ». Où et quand a-t-il proféré de tels propos ? Samedi 4 février lors du congrès annuel de l’Uni. Dont on nous dit qu’il s’est tenu à huis-clos.
Comme tout ceci s’agence parfaitement bien, n’est-ce pas ?
Mais reconstituons le puzzle.
Peltier ne lit évidemment pas dans le marc de café. Simplement, orgueilleux, il ne sait pas tenir sa langue... Effectivement, à l’Elysée on étudie (et Peltier en premier), très sérieusement, la possibilité d’un 1er tour sans Marine Le Pen. Qui en profiterait ? Et quelle stratégie adopter dans ce cas (plus que probable) ? Voilà l’équation à résoudre.
Qui en profiterait, on le sait : Peltier nous l’a dit, et l’Ifop l’aura confirmé : c’est bien Nicolas Sarkozy. On peut légitimement, et au passage, se demander si le JDD est seul commanditaire de cette enquête...
Quelle stratégie ? Eh bien, je crois que Guéant nous en a donné un aperçu, non ? Et comme ça tombe super pile ! Quasiment dans le même temps que ce sondage estampillé Ifop ! Et ça ne peut pas être le fruit du hasard. Car, encore une fois, le congrès de l’Uni se tenait à huis-clos. Donc et par conséquent, quelqu’un a eu grand intérêt à rendre publics les propos de Claude Guéant. Ou plutôt, des extraits soigneusement choisis (par qui ?). Et propres à déclencher une polémique (Le PS, faut dire, étant tellement prévisible !). Guéant avait ensuite beau jeu de se défendre en arguant que lesdits propos avaient été « sortis de leur contexte ». Rhétorique classique, usée jusqu’à la corde, mais qui trouve toujours preneurs.
La vérité, c’est qu’ils ont été « sortis » à desseins afin de créer un buzz, buzz destiné à faire passer au second plan le sondage Ifop excluant Le Pen [2].
A desseins, car cette enquête (inédite) est tellement énorme, pour ne pas dire scandaleuse, qu’il convenait de l’étouffer par une polémique ; à desseins, car oui, les propos de Guéant n’ont qu'un but et un seul : séduire l’électorat frontiste. Le reconquérir. En vue du second tour … Et quel meilleur moment pour le faire ! Rendez-vous compte ! Le jour même (ou quasiment) où on rend publique une projection de premier tour dans laquelle les électeurs du FN sont orphelins de leur candidate, donc disponibles [3] ! Comme disait l’Autre : plus c’est gros, et mieux ça passe !
Quant à savoir pourquoi cela passe (de plus en plus souvent) par Guéant ? La réponse est simple : parce que c'est la VOIX de Sarkozy...
Guéant n'est pas un ami de 30 ans comme Hortefeux. C'est un professionnel. Froid. Zélé. Méthodique. En clair : c'est un Grognard.
Or, de par sa fonction, celle de Président de la République, et d'autant dans la perspective de sollicitation d'un second mandat, Sarkozy ne peut plus tenir des propos comme "La France, on l'aime ou on la quitte", il ne peut plus parler de Kärcher, ni refaire le discours de Grenoble. Un Président-candidat se devant de rassembler, de protéger. Il lui faut donc un homme (de confiance) qui puisse faire le sale boulot à sa place. Et cet homme, c'est (donc) Guéant.
Par ailleurs, le désavoue-t-il ? Non. Jamais ! Même là, sur cette phrase sortie de son contexte, il lui donne raison. C'est clair, non ?
Nonobstant, comment se fait-il que personne n'ait relié les propos de Claude Guéant avec la feue politique de cvilisation présentée, début 2008, par Nicolas Sarkozy ? Pourtant, tout s'éclaire. D'un coup. Et pas vraiment dans le sens que l'aurait souhaité Edgar Morin...
Ce qui est intéressant dans cette « séquence », hormis l’enchaînement et le fait qu’elle soit parfaitement huilée, préparée, pensée, c’est que du côté du président-candidat, on se projette clairement dans une présidentielle sans le FN. Et l’affaire est à prendre avec le plus grand sérieux. Dans une campagne de cette importance, on n’a pas le temps de perdre du temps. Si le cas est étudié, c’est qu’il est plus qu’envisageable. Ce qui veut dire que non, bien sûr que non, Marine Le Pen ne bluffe pas. Il y a vraiment une réelle possibilité qu’elle ne parvienne pas à réunir les 500 parrainages.
Lors des présidentielles précédentes, son père y est (sauf en 1981) arrivé, mais toujours ric-rac. Rappelons qu’en 2007, il aura fallu que Nicolas Sarkozy s’en mêle [4] ! Mais cette fois, il ne bougera pas le petit doigt (« Vous ne voulez pas que je m’occupe d’elle ! » a-t-il dit, lors de son show du 29 janvier). Car ce n’est pas dans son intérêt. Les données ne sont plus les mêmes… Il sait que ce qu’il a jadis siphonné est devenu boomerang. Qui peut l’empêcher de se qualifier pour le second tour. Il est là, le point... Le FN n’a jamais été aussi haut dans les sondages. Et personne ne sait ce que ça donnera, dans l’isoloir, le 22 avril prochain. En d’autres termes, un 21 avril à l’envers est tout à fait possible.
Pour l’éviter, une seule option : que le FN ne puisse pas concourir à cette élection. Avec tous les risques que ça comporte… Apparemment, le 1er tour serait sauvé (Sarkozy "fait" jeu égal avec Hollande, et Bayrou est largué). Reste, le second tour... Comment le gagner sans que les électeurs du FN se vengent (en votant « contre » Sarkozy) ? Guéant vient de donner un début de réponse. Un début qui ne laisse rien augurer de bon. Et je crains fort que la campagne qui s’annonce soit de nature à moins susciter l’espoir que la nausée.
[1] Ce sont, a priori, Peltier et Kalfon qui choisissent les enquêtes d’opinion dont ils veulent débattre.
[2] Très habilement, Ifop n’a testé que les candidats étant sûrs et certains d’avoir les 500 parrainages. Ce n’est donc pas seulement Le Pen qui se retrouvait exclue de ce sondage, mais aussi : Villepin, Boutin, Morin, Lepage, Nihous … Sauf que, il y a une différence de taille entre Le Pen et les autres. Elle navigue entre 16 et 20% d’intentions de vote depuis un an (avec un pic à 24) alors que ses concurrents en mal de parrainages ne dépassent pas les 2%... C’est un peu la même histoire que la crucifixion. Pour faire passer la pilule auprès de l’opinion, au crucifié, tu lui adjoins du menu fretin.
Il convient, itou, de préciser que c’est la première fois dans l’histoire des sondages, qu’un institut nous gratifie d’une enquête n’incluant que les candidats étant sûrs d’avoir leurs signatures. C’est gros, quand même…
[3] Car oui, l’enquête s’arrête au 1er tour. C’est assez inhabituel et pour le moins curieux, vous ne trouvez pas ? Pourquoi ne nous dit-on pas ce que donnerait un second tour Hollande/Sarkozy dans ce cas de figure ? Qu’est-ce que ça cache ?
[4] Le 5 mars 2007, sur France 3, Nicolas Sarkozy déclarait qu’il « se battrait » pour que Jean-Marie Le Pen et Olivier Besancenot aient leurs parrainages (habile, le gars .. Il met Besancenot ET Le Pen dans le même bateau … Il n’allait pas parler juste de Le Pen ; tu piges ?).
Ajoutant même (attention, c’est énorme !) que « La démocratie ne doit pas être confisquée par un petit nombre de gens ». Tiens donc ! C’est-y pas, grosso-merdo, l’argument avancé par … Marine Le Pen, présentement ?
A ce propos, 2007, il faut relire très attentivement cet entretien en date du 12 avril, accordé au quotitien Libération par le candidat Nicolas Sarkozy : Au nom de quoi récupérer les électeurs du FN, c'est mal ?
NB : Voici, en plus large, les propos tenus par Claude Guéant, le samedi 4 février :
" (...) Or, il y a des comportements, qui n’ont pas leur place dans notre pays, non pas parce qu’ils sont étrangers, mais parce que nous ne les jugeons pas conformes à notre vision du monde, à celle, en particulier de la dignité de la femme et de l’homme. Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas. Celles qui défendent l’humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient. Celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique."
23:11 Écrit par Philippe Sage dans Prenez-Nous Pour Des Cons !, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (41) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : claude guéant, guéant la voix de son maître, une présidentielle sans le fn, quand l'ifop publie une commande de l'elysée, marine le pen ne bluffe pas, la stratégie risquée de sarkozy, olivier galzi, guillaume peltier, françois kalfon, le match de l'opinion, hollande et sarkozy font jeu égal, le retour de la politique de civilisation, les 500 parrainages, congrès de l'uni, électorat du front national, récupération de l'électorat fn, marine le pen n'aura pas ses 500 signatures, présidentielle 2012 |
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