28 juin 2011
Après Le Candidat Normal, La Candidate Minimale...
Bon sang, mais quel ennui ! Cette déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Martine Aubry… De tout, ça manquait de tout : de souffle, de vie, de force. De tout ce qui pourrait vous transporter, vous faire dire que : ah mais quelle audace ! Quel panache ! Monte le son, chérie, c’est énorme ce qui se joue, là, derrière ce pupitre !
Mais non ! Au lieu de ça, une récitation, remplie de termes convenus, éculés, de mots-clés…
Diantre ! Après la bravitude, serait-il donc venu, le temps de la rebarbatitude ?
Oh bien sûr, nous ne sommes pas en campagne. En plein dans la bataille. Celle d’avant le premier tour... Or donc, il ne fallait point s’attendre à de grandes envolées lyriques, à des : « Ni Washington, ni Bonn, ni personne (…) Ni le grand capital, ni les multinationales (…) Aucune puissance au monde ne me fera dire autre chose que ce que je pense » [1]... Un tantinet théâtral, certes, mais la tribune, madame, c’est aussi du théâââââtre ! Vous qu’en pincez pour la culture, vous devriez le savoir !
Mais enfin, si c’est autant le désordre [2] la bérézina, le déclin, la cata, qu’elle part à vau-l’eau la France [3] un peu de colère eût été la bienvenue ! Celle qui sied au combat. Avec la voix qui porte. Tonnerre laïc ! République des « camarades » nous voilà !
Mais penses-tu !...
Ça ânonne, et pis c’est tout.
Ça dit « Je veux… » [4] et pis voilà.
De la platitude à tirelarigot.
Du basique, du primaire. Qui ne fait de mal à personne. Mais pas plus de bien, non plus.
Rien, ah mais rien dans ses mots, son ton, ses gestes même (plus statique que ça, c’est juste pas possible), rien qui pourrait soulever les foules, le peuple, celui pour qui c’est marre, celui qu’en peut plus.
C’était rien d’autre qu’une petite rédaction mal jouée, mal envoyée, mal dégauchie.
C’était misère !
Mais bon sang de bonsoir, quand on se présente à ses compatriotes pour les informer qu’on aspire à la plus haute fonction de ce pays, on incarne, on porte, on « yes I can » ! Avec force. Et poing levé... On irradie ! Même si l’heure est grave…
Quand on se déclare, au peuple on prend sa colère, son désarroi, sa rage même, et on transcende, on traduit, on exprime, haut et en couleur ; on l’envole, le peuple. On l’emmène avec soi.
On le venge, par les mots. Rien qu’une fois.
Mais là, dans cette ancienne gare de Saint-Sauveur, il reste à quai, le peuple. Comme abasourdi.
Hébété.
Assommé de mots-clés, toujours les mêmes, mille fois esgourdés, comme :
« changer/changement », « rassembler/rassemblement », « injuste/juste/justice » et tutti.
De phrases toutes faites, qu’engagent à rien, juste là pour meubler, telle que :
« Les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, avec des emplois qui valorisent et permettent de progresser. Les jeunes doivent pouvoir faire des projets de vie et de travail. Les parents doivent pouvoir éduquer et protéger leurs enfants. ». [… consternitude…]
Oh, bien sûr, se déclarer, ce n’est pas énoncer un programme, des propositions ; c’est de l’esquisse, du survolage, un exercice de style ; sauf que, le style, je le cherche, et ne le trouve point.
Quant à l’espoir, pas un gramme... Et la gauche, nada, absente. Comme si c’était devenu un gros mot… Alors vous pensez, le socialisme, là, c’est même plus en rêve, c’est banni. Interdit. On oublie.
Or donc, mais quel ennui ! De l’ankylose au carré. De l’anesthésiant. De la mollitude. Rien d’habité. Rébarbatif comme rarement. Sidération à l’envers. Non-évènement terrifiant. De vacuité... Même pas le minimum syndical... Vous avez dit : anormal ?
Mais que faudrait-il alors, autre qu’une crise « sans précédent », pour que ça sorte ?
Une guerre atomique ?
Que faudrait-il pour que ça se présente devant le peuple, magnifique, scotchant, tellement renversant ?
Une apocalypse ?
Alors qui ?... Quel candidat pour le Parti prétendu socialiste ?... Après s’être fadé ce discours sans relief, sans aspérité, insuffisant au regard de la colère, du désarroi, du dégoût ?
Si ce n’est pas Aubry, alors, ce ne peut être que Hollande ! Au moins, y’a du tribun, dans cet homme-là. Comme une flamme. Pas lerche. Mais ça suffira... Un Bayrou déguisé en socialiste, mais qu’a du verbe, de la répartie, voire de la taquinerie et de l’éclat ; ma foi, pourquoi pas ?...
… Ah oui, messire, l’Arnaud, le Montebourg. Le démondialisateur... Ce serait, oui, audacieux. Et, entre nous, quitte à perdre, mieux vaudrait que ce soye avec la « nouvelle » génération. C’aurait plus de gueule. Qu’avec des connus, des qu’on a trop vus... Ah oui, c’aurait, pour l’occase, du panache.
Mais faut pas rêver. Même avec des idées.
Cette primaire se jouera entre anciens de la rue Solferino.
Entre le François et la Martine.
Et la clé, de ce match, qui la détient ?... Le militant ?... Le sympathisant encharté ?... Que nenni !... C’est la Royal, la Ségolène. C’est elle qui donnera le « la »... Après le 9 octobre… Quand elle appellera à voter pour Martine (... ou François).
Alors son fan-club, les ségolénistes ad vitam, sorte de secte la prenant pour Sītā, obtempèrera. Et bonsoir Clara !
C’est aussi simple que ça.
Aussi simple, plat et minimal qu’une déclaration de Martine Aubry.
[1] François Mitterrand, meeting de Toulouse, 25 avril 1981.
[2] « Désordre(s) » est avec :
« changer/changement », « pouvoir », « juste/injuste//justice », « rassembler/rassemblement » ainsi que : « aujourd’hui », le mot-clé de cette déclaration.
Il fut prononcé cinq fois.
[3] « France » a été le terme le plus employé par Martine Aubry : pas moins de treize fois.
Contre six pour le mot : « Europe ».
Les mots « gauche » et « socialiste » n’ont été prononcés qu’une seule fois chacun.
En revanche, trois fois Martine Aubry évoqua l’ « écologie ».
A noter que « vie » fut utilisé par quatre fois. Pourtant, c’est pas vraiment ce qui ressortait de cette déclaration ; la vie. Tellement on s’ennuyait à mourir…
[4] Martine Aubry aura dit huit fois : « Je veux… ».
Incantatoire, donc.
17:28 Écrit par Philippe Sage dans Libéralisme De Gauche, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (27) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : martine aubry, aubry candidate, primaires socialistes, françois hollande, ségolène royal, arnaud montebourg, manuel valls, présidentielle 2012, saint-sauveur, lille, parti socialiste, le candidat normal |
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25 juin 2011
Lettre Ouverte A Toutes Les Fourest Et Tous Les Joffrin
Il a raison le député UMP qu’est tout déboussolé. Le dénommé Yannick Favennec. Il conviendrait qu’ils « sortent un peu de leur bureau ». Certes, il causait d’Henri Guaino et de Luc Ferry, mais ça vaut itou pour Monsieur Joffrin et Mademoiselle Fourest. Tant m’est avis que ça fait lurette que ces deux-là, n’ont pas été humer l’air du dehors. Celui du populo. Même que c’est ça qui les perd.
Voire pis.
Un journaliste qui n’y va plus, sur le terrain, c’est plus un journaliste. Et c’est pas parce que ses confrères-subordonnés y vont, qu’il en sera plus instruit.
On ne peut pas parler de ce qu’on ne connaît plus.
La souffrance, les fins de mois difficiles qui, comme Coluche disait, le sont surtout les trente derniers jours, les brimades et autres humiliations, la colère avant tout, n’en ont pas idée, les Joffrin, les Fourest.
Ça théorise, ça élucubre, ça pond des livres, mais la réalité, la vraie, ils en sont gravement déconnectés.
La crise, Joffrin, Fourest, vous l’avez pas vécue... Vous ne savez pas ce que c’est. Comment ça dévaste. Tout qui s’écroule. Jusqu’à la plus petite illusion. Plus un quignon d’espoir. La solitude… Vous n’avez pas idée, pas la moindre, de ce qu’il endure, le peuple, par où il passe. Ce qu’il sacrifie…
Vous êtes des privilégiés.
Le passage du Franc à l’Euro, vous l’avez pas senti. Indolore. Incolore. Pour vous, avant, après, c’est du kif…
Vous êtes des épargnés.
Y’aurait tant à dire, n’est-ce pas. Tant à dire... Tout ce que vous avez raté, à côté, dépassé. Enfermés dans vos certitudes. Votre suffisance. Vos dîners au Siècle. Vos congratulations mutuelles, renvois d’ascenseur, cooptations et tutti [1]... On en a soupé. Ça vous disqualifie…
Vous n’êtes pas des interlocuteurs.
Il en a marre, le peuple. Il en peut plus. Tellement qu’on l’a trimballé, cocufié. Et c’est pas Florence Aubenas qui va le consoler. Le guérir de ses plaies.
On peut bien le traiter de tous les noms, le peuple, qu’est-ce que ça peut faire, qu’est-ce que ça change ?
A son quotidien.
On peut asséner qu’il n’entrave que pouic, qu’il ne voit pas plus loin que le bout de son nez, que c’est un inculte même, qu’il vote avec ses pieds, déraisonné, épidermique, et alors ?
A qui la faute ?
Tout de même, pour des gens censés être à gauche, vous êtes pour le moins curieux. Moi qui croyais que la gauche, elle s’interrogeait sur les causes, pas sur les conséquences. Qu’elle était du côté du peuple... Vous me la copierez !
Or donc, si vous n’êtes pas de son côté, que vous ne le comprenez pas, c’est que vous ne le connaissez pas. Vous ne le vivez pas. Vous en êtes à des milles et des milles.
Des années-lumière.
Lâchez votre bureau, et venez donc marner avec nous. Vous cogner notre quotidien. Vous allez voir comme c’est du gratiné. Du copieux. Du velu. Pas de la tarte… S’il vous reste quelque chose, dans le ventre, dans le cœur, ça va vous défriser... Tous ces jours à courir. Pour rien... Et le lendemain, rebelote. Et tous les autres jours... Et les discours, ceusses des politiques, ces rengaines, toujours les mêmes, depuis des années et des années, boniments sur boniments, peut-être alors, que vous en aurez comme des haut-le-cœur. Une envie de tout faire péter. De tout envoyer valser. Jusqu’à la République.
Vos théories, vos clichés, vos idées toutes faites, bien formatées, à la Minc, à la Attali, à la BHL, ceux qui comme vous ne vivent pas, ne sortent pas, n’hument pas, sinon depuis leur chez eux, confortables, aisés, faciles, elles vont s’écrouler, et recta.
Oui, alors, peut-être, vous comprendrez… Je dis bien, peut-être, tant c’est même pas sûr. Tellement vous avez du retard. Des lacunes ça comme.
Je vous entends Joffrin, Fourest, vous allez me dire : « Je ne vous permets de dire ça ».
Ainsi que vous l’avez balancé à Marine Le Pen.
Celle pour qui le peuple, celui pour qui c’est marre, va voter, ou est tenté de le faire. Et d’autant plus après vous avoir vus la travailler, et si mal, jeudi soir, le 23 de ce mois, sur France Télévisions...
... Comme vous avez été pitoyables. A côté... Et même – c’est un comble, pour qui veut dénoncer la haine – haineux !
Mais c’était couru quand on vit comme vous, loin de tout, loin du peuple, et de toute réalité.
Quand la souffrance, la solitude, le désespoir, on n’a pas un gramme d’idée de ce que c’est, de ce que ça fait.
Il a raison, et comment, Pascal Boniface ; vos arguments, Madame Fourest, étaient « mal construits », « anecdotiques », « calomnieux », « inefficaces ».
C’était déjà le cas face à Tariq Ramadam, où – pardonnez-moi – vous ne faisiez pas le poids. Tellement scolaire, vous êtes. Limitée, pour être clair.
Il avait raison, Paul Villach ; vous n’avez, Monsieur Joffrin, en bout de course, que l’injure à la bouche, aveu d’impuissance…
Héritière, Marine Le Pen ? Sans doute.
Mais vous, de qui êtes-vous les héritiers ?
Sinon de la condescendance et de la suffisance.
Elle vit dans un château, Madame Le Pen ? Assurément.
Et vous ? Dans quelle forteresse paressez-vous ? Dans quelle tour d’ivoire ?
Auriez-vous, au passage, posé la même question à François Mitterrand, Jacques Chirac et consorts, vous qui saviez, paraît-il, et n’en avez rien dit. Jamais.
Une dynastie, les Le Pen ? Certes.
Et vous ? Quelle est la votre ? Si ce n’est celle du déni. De la connivence... Nouveaux Chiens De Garde. De l’oligarchie. De l’ordre établi. D’une élite qui méprise le peuple.
Ah ! Vous n’êtes ni des Camus, ni des Foucault, pas même des Sartre ! Ah, ça non. Bourdieu s’est crevé la couenne pour des nèfles. Badiou itou. Et Halimi. Et tant d’autres. Vous n’êtes pas ce de côté-là... C’est un choix. Il ressemble à une erreur. Grossière. Considérable… Mais c’est votre choix. Votre erreur.
Or l’heure, celle des comptes, va bientôt tintinnabuler. Vous y serez pour beaucoup. Vous y aurez tant contribué, faut dire. A creuser le fossé, un abîme désormais, entre vous et le peuple.
Vous et vos amis du Siècle, des Prix qu’on se refile (il faut vous voir, dans les Salons du Livre, cul et chemise, à bâfrer avec les politiques, et ne dites pas non, je vous y ai vus !), des services qu’on se rend, et allez donc !
La déontologie, c’est pas ce qui vous étouffe.
Non plus.
Ne vous méprenez pas. Je suis têtu. Obstiné. Je reste à gauche de la gauche. Malgré la colère, celle qui m’habite, cette envie de tout envoyer valdinguer, Marine Le Pen n’aura pas ma voix. Jamais... Malgré le cocufiage grand format. Permanent. Tout ce qu’on nous a fait... Et ce PS de notables, de barons. Ce PS qui nous a trahis, abandonnés. Et qui continue, comme si de rien n’était... Ce PS, Joffrin, dont vous vous vantez de l’avoir converti au capitalisme via Libération [2]... Ne vous étonnez donc pas que Marine Le Pen, alors, occupât le terrain. Que vous avez laissé. Ou vendu.
Oh, bien sûr, Marine Le Pen prenant le parti des ouvriers, des fonctionnaires, des chômeurs, des laissés-pour-compte, de tous ceux qui trimardent et en bavent, et depuis lustres, de tous ceux qu’on a blousés, c’est de l’entourloupe au carré, un coup de bonneteau, énorme ; je vous l’accorde.
Mais à qui la faute ? Je vous le demande…
Alors poursuivez, sur ce terrain ! Celui du mépris, de la méconnaissance.
Ne travaillez surtout pas, bien calfeutrés dans vos bureaux.
Pondez des livres sur la Marine qui sont aussi profonds qu’un ouvrage d’Isabelle Giordano sur la Martine, aussi vide politiquement, et vous l’aurez, Marine Le Pen au second tour.
Voire plus que ça.
Continuez à ne rien comprendre, à vivre hors de nous, à théoriser, clichés, formatés que vous êtes, héritiers des Minc, Attali, BHL et tutti.
Et vous l’aurez, oui, l’héritière, au second tour.
Et après ? Hein ? Vous ferez quoi ?
Vous bannirez le peuple ?
Vous lui ferez la leçon, la morale ?
Mais : à quel titre ? Au nom de qui ?
De quoi ?
Vous qui préférez tutoyer le puissant, et mépriser le peuple, vous n’avez aucune leçon à nous donner.
Tant ce qui pourrait survenir l’an prochain (ou dans cinq ans) vous en serez en grande partie, responsables.
Et comment !
19:56 Écrit par Philippe Sage dans Je M'Excuse Mais Merde !, Prenez-Nous Pour Des Cons !, Télévision, Piège à Cons | Lien permanent | Commentaires (101) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : caroline fourest, laurent joffrin, les éditocrates, marine le pen, front national, des paroles et des actes, les nouveaux chiens de garde, le siècle, pascal boniface, journalisme de salon, journalisme connivent, mépris du peuple, la trahison des élites |
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23 juin 2011
Pour Aphatie, 15 Candidats, C’est : « Inadmissible ! »
Furibard, qu’il est Aphatie. Hors de lui… Pour de vrai ? On sait pas trop. Tant ce Grand Journal de Canal+ [1] est moins une émission politique qu’un divertissement. Du show, avec un gentil public qu’applaudit… [Passons]… Mais qu’est-ce donc qui le met dans cet état, Aphatie ? Qu’est-ce qui suscite son ire, le fait considérablement grimper dans les aigus ?... Eh bien, c’est une nouvelle candidature à l’élection présidentielle. Celle de Christine Boutin.
Si Christine Boutin est candidate à la présidence de la République c’est parce que – dixit – « la situation de la France [l]’oblige ».
« Très fort ! » Ironise Aphatie (rires du public)
Puis il enchaîne : « Quelles sont les chances de Christine Boutin d’être élue présidente de la République ?... Nulles ! Zéro !... En 2002, elle a fait 1,9% des voix [2] ! Zéro chance d’être élue présidente de la République !... Mais elle s’en moque ! Parce que Christine Boutin, elle ne veut pas être présidente de la République, elle veut être candidate à la présidence de la République… C’est pas la même chose. On voit la différence ».
On voit la suite, surtout.
Et elle ne tarde pas.
Dans un festival de gestes, le voilà qui dresse la liste des candidats potentiels pour la présidentielle 2012.
Frédéric Nihous (« Il s’en fout lui, d’être président de la République ! C’est pas son problème ! »), Philippe Poutou (« Je connais son score à lui : 0,0005% »), Jean Pierre Chevènement (« Et voilà ! Un de plus »), Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Dominique de Villepin, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Nathalie Arthaud (« Ça va pas peser lourd, ça non plus ! Mais on s’en fout ! ») etc., etc.
Au total, Jean-Michel Aphatie dénombre quinze candidats pour la prochaine présidentielle.
Et ça l’énerve copieux :
« Vous savez ce que c’est ça ? Demande-t-il. C’est n’importe quoi !... N’importe quoi !... Une grande élection dont dépend le destin du pays (…) c’est inadmissible !... Ne devrait être candidat que ceux qui ont envie d’être président (…) Ceux qui ont la possibilité de l’être ».
Ce qui, d’après lui, réduirait le nombre à cinq postulants [3].
Bien.
On pourrait saluer cette colère. Après tout, il y a comme du « bon sens paysan » dans ce qu’il dit.
Une présidentielle, ce n’est pas une législative.
Sauf que… si le mode de scrutin des législatives était différent, je veux dire si elles n’étaient pas, comme les présidentielles, au scrutin majoritaire à deux tours, mais à la proportionnelle, alors – peut-être – n’aurions-nous pas pour les présidentielles, pléthore de candidats.
Qui, effectivement, ne sont là QUE pour faire exister leurs courants, leurs clubs ou leurs partis.
Oui, on pourrait saluer cette colère, sauf que… Elle n’avait qu’un objectif : nous recauser du 21 avril 2002.
« Le 21 avril 2002, nous dit Aphatie, il y avait seize candidats ! C’est le 1er tour de l’histoire de l’élection présidentielle, depuis que cette élection existe, où il y a eu le plus de candidats : seize ! (…) On se dit que : puisqu’il y a seize candidats, chaque citoyen va trouver quelqu’un qui lui plaît ! Et donc que la participation va être formidable !... Eh bien c’est aussi le 1er tour (…) où il y a eu le plus d’abstention : 28,4 % d’abstention ! 11 698 000 français n’ont pas été aux urnes le 21 avril 2002… Pourquoi ?... Parce qu’ils se sont dit c’est le bordel ! C’est la cacophonie ! (…) Du coup à vingt heures, on a eu ceci... »
Et de nous remontrer Pujadas annonçant un second tour opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen.
« Ça c’était inutile ! Assène Aphatie. Ça ne représentait pas la société française. Ça ne voulait rien dire… Le 1er tour de l’élection présidentielle par sa masse de candidats a été faussé, et ça fausse, du coup, le second tour. »
On comprend dès lors ce qui motive la colère de Jean-Michel Aphatie.
C’est moins le nombre de candidats que ses conséquences : un taux abstention « inadmissible » pour une telle élection et… le Front National au second tour.
Et, ce qu’il veut nous faire comprendre, en réalité, c’est que nous courons droit à un second 21-avril avec autant de candidats.
Et de préconiser, à l’avenir, de passer de 500 parrainages à « 1000 » voire « 2000 ».
Mais a-t-il raison ?
Dans les faits.
Observe-t-on une abstention plus grande dès lors que le nombre de candidats est élevé ?
Et inversement, un taux de participation plus fort avec un nombre de candidats réduit ?
Eh bien, pas vraiment.
Si l’on fait exception de la première, celle de 1965 [4] parce que justement c’était la première, effet de nouveauté, donc enthousiasme, curiosité et tutti, les deux élections qui – outre 1965 – ont mobilisé le plus d’électeurs sont celles de 1974 et de 2007.
Or, dans les deux cas, il y avait 12 candidats (on est donc, selon Jean-Michel Aphatie, pas loin de la « cacophonie » et du « bordel ») au premier tour.
Soit, le plus grand nombre de participants après celle de 2002.
Or donc, malgré le nombre, et des candidats qu’Aphatie jugerait certainement inutiles ou farfelus (comme Guy Héraud, Jean-Claude Sebag, Bertrand Renouvin, Emile Muller ou Alain Krivine en 1974 ; Frédéric Nihous, Gérard Schivardi, voire José Bové et Arlette Laguiller en 2007) les électeurs se sont rués vers les urnes.
Pourquoi ?
Eh bien parce qu’en 1974, comme en 2007, nous avions à choisir un nouveau président.
Contrairement à 2002 où Chirac remettait son titre en jeu, et où, de surcroît, son adversaire principal était son Premier ministre (Lionel Jospin).
Voilà pour les chiffres bruts.
Ils infirment les propos tenus par Aphatie…
Et d’autant plus, si on y ajoute le 1er tour de 1969, où le nombre de candidats n’était pas « cacophonique » mais riquiqui (7, le plus petit nombre après 1965) et où, pourtant, nous avons enregistré le deuxième plus grand taux d’abstention (22,41%).
C’est quoi ce « bordel » à l’envers, Jean-Michel ?
N’oublions pas le troisième plus mauvais 1er tour en matière de participation, celui de 1995, où il n’y avait que... 9 candidats (21,62% d’abstention).
Dans ces deux cas, là itou, nous avions à choisir un nouveau président. Ce qui pourrait être en contradiction avec ce que j’avançais concernant 1974 et 2007. Sauf que… Cela tient aussi à la personnalité desdits candidats.
En 1969, l’offre n’était pas très alléchante (Pompidou, Poher, Duclos, ça fait pas rêver).
Et en 1995, après le renoncement de Delors, et les divisions de la droite (Chirac/Balladur) nous n’avions pas un choix de grande qualité, ni d’une clarté évidente.
Nonobstant, et à la décharge d’Aphatie, nous sommes, concernant 2012, effectivement dans un cas de figure, peu ou prou, similaire à celui de 2002 ; c’est-à-dire avec un président qui va remettre son titre en jeu.
Donc oui, avec 15 candidats, le risque d’un taux d’abstention supérieur à la moyenne est possible. Et, il favoriserait, sans nul doute, Marine Le Pen.
Mais c’est bien parce que nous sommes dans ce cas de figure, que la théorie d’Aphatie tient la route.
Etant donné qu’en 1974 et 2007, un nombre de candidats élevé (douze c’est quand même beaucoup, voire certainement trop) n’a pas impacté le taux de participation. Au contraire !
C’est donc moins le nombre de candidats, que la configuration (et les enjeux) qui prime.
Car dès qu’il s’agit de choisir un nouveau président, soit quand l’actuel ne se représente pas (ni le Premier ministre), et que de surcroît les personnalités sont fortes ou attractives (Sarkozy/Royal en 2007, Mitterrand/VGE en 1974) le nombre n’est, apparemment, pas un problème.
En conclusion, Aphatie a tort sur les chiffres bruts.
Mais il raison sur la configuration.
Oui, pour 2012, un nombre élevé de candidats peut nous conduire à un nouveau 21-avril [5].
Pour le reste, est-il « inadmissible » que quinze candidats concourent à l’élection présidentielle ?
Il est vrai qu’il y a dans ce nombre quelque chose de ridicule, de grotesque, tant évidemment Nihous n’a aucune envie d’être président, ni même Boutin, pas plus que Poutou ou Arthaud.
Il est exact, oui, de dire que leurs chances sont « nulles ».
Qu’ils ne sont candidats que pour être candidat. Rien de plus.
Et que ce nombre porte atteinte à la présidentielle. En la désacralisant, d’une certaine façon.
Mais encore une fois, tant que les législatives n’offriront pas une dose de proportionnelle permettant à tous les courants d’idées (ou, du moins, une grande partie) d’être représentés à l’Assemblée nationale, nous aurons un nombre exagéré de candidats à la présidentielle. Tant pour eux, c'est une vitrine.
[1] Il s’agit de l’émission en date du mercredi 22 juin 2011.
Avec comme invité, Jean-Louis Borloo.
[2] En réalité, 1,19% des suffrages exprimés (et non 1,9% comme dit dans cette émission). Soit 339 112 suffrages. Il y eut bien plus faible que Boutin, cela dit.
Daniel Gluckstein, lors du même scrutin, ne fit que 132 686 voix.
Mais le recordman, c’est Guy Héraud qui, en 1974, ne mobilisa sur son nom que 19 255 bulletins soit 0,08% des suffrages exprimés.
[3] « Cinq candidats, ça, ça a un sens ! dira Aphatie. Et puis après, y’en a deux. Au 1er tour, on choisit. Et au second, on élimine. Mais un 1er tour à quinze candidats, ça n’a aucun sens ».
Cela pose tout de même une question : quelles seraient les étiquettes politiques de ces candidats ?
On le devine : un UMP, un PS, un Centriste. Mais quid des deux autres, Monsieur Aphatie ? Etant donné qu’on a très bien compris que vous n’êtes pas favorable à ce que l’extrême-gauche et l’extrême-droite se portent candidats à une élection « dont dépend le destin du pays ».
[4] C’est en 1965 qu’il y eût le plus petit nombre de candidats : six.
C’est aussi, le 1er tour qui a mobilisé le plus d’électeurs : seulement 15,25% d’abstention (4 410 465 français inscrits sur les listes électorales auront préféré aller « à la pêche »).
Mais encore une fois, c’était la première de l’Histoire.
[5] L’autre particularité du 21-avril c’est que pour la seule fois dans l’histoire des présidentielles, le candidat arrivé en tête du 1er tour, Chirac, était battu… par les abstentionnistes.
Ils étaient 11 698 956, alors que Chirac n’a mobilisé que 5 665 855 suffrages.
Pis : en additionnant le nombre de voix des deux qualifiés pour le second tour (Chirac/Le Pen) ce sont encore les abstentionnistes qui sortent vainqueurs. Du jamais vu ! Mais à qui la faute ?
19:02 Écrit par Philippe Sage dans Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (50) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-michel aphatie, le grand journal, christine boutin, philippe poutou, frédéric nihous, petits candidats, présidentielle 2012, 21 avril, taux de participation, taux d'abstention, trop de candidats, les élections présidentielles, le show aphatie |
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20 juin 2011
Pourquoi Marine Le Pen Ne Sera Pas Au Second Tour De La Présidentielle…
Instinctivement, je me suis dit : « Mais qu’est-ce qu’il raconte ? »... Lui qui, d’habitude, est réputé pour son flair. Politique… Flanqué de son conseiller à qui on ne la fait pas, le redoutable Buisson... Oui, je me suis dit, épidermique, Nicolas Sarkozy, sur ce coup-là, il est à côté. De la plaque… C’est à se demander à quoi ça (lui) sert d’avoir « cinq ou six cerveaux parfaitement irrigués »... Ou alors, c’est de la méthode Coué de compétition. De l’auto-persuasion…
Et puis, non.
Il se pourrait bien qu’il ait raison…
Mais entrons dans le vif...
Dans le quotidien Le Monde en date du jeudi 31 mars 2011, les journalistes Raphaëlle Bacqué et Arnaud Leparmentier nous rapportent une réflexion présidentielle qui, a priori donc (et comme je le supputais en liminaire), semble déconnectée de la réalité. L’actuelle.
La voici :
Malgré les sondages, le président refuse de croire à la présence de la présidente du Front National au second tour : « le 21 avril 2002 a vacciné les français » a-t-il récemment assuré à l’un de ses visiteurs.
« Le 21 avril 2002 a vacciné les français »…
Mais comment peut-on affirmer une chose pareille ?... Enfin, depuis 2002, bien de l’eau et une crise (« sans précédent ») ont coulé sous les ponts… Des élections intermédiaires (qui sont autrement plus significatives que n’importe quel sondage) ont démontré que le Front National s’était considérablement remplumé... Qui plus est, partout en Europe, on observe, dans les scrutins, une percée de l’extrême-droite… Nonobstant, la zone euro semble partir à vau-l’eau. Y’a comme du roulis. Et pas des riquiquis… Sans compter le slogan "UMPS" qui fait flores et… Les « déçus du sarkozysme ». Or qui sont-ils ? Je veux dire, quels sont ceux qui pourraient être déçus de la politique menée par Sarkozy sinon ceux qui, en 2007, lui ont apporté moult suffrages ? Et dans ceux-là, les « siphonnés ». Ces électeurs ayant voté Le Pen père en 2002. Séduits en 2007 par un ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, et quelques saillies comme : « La France, on l’aime ou on la quitte ».
Bref, en un mot comme en cent, il y aurait tant et tant de raisons de croire, oui, à la présence du Front National au second tour de la présidentielle de l’an prochain. Un nouveau 21-avril.
Alors, qu’est-ce qui peut bien conduire Nicolas Sarkozy à ne pas y croire ? A cette piqûre de rappel…
La réponse est simple : ce sont les sondages.
Ce sont eux, les sondages et leurs instituts qui, paradoxalement, pourraient « éliminer » Marine Le Pen.
Et pourquoi ?
Eh bien, parce que le 21-avril, pardi !
Ce n’est pas un fantasme le 21-avril, vu que c’est déjà arrivé.
« Un coup de tonnerre » même que c’était.
Et toute la théorie de Sarkozy est construite là-dessus : parce que les français l’ont vécu, ils feront en sorte de ne pas le revivre.
Et QUI peut les aider à ne pas le revivre ?
Les sondages, messire !
Imaginons…
Nous sommes à une semaine du 1er tour. Et plusieurs instituts de sondage nous affirment que Marine Le Pen pourrait être au second tour. Ce qui signifie qu’un des deux partis dominants, PS ou UMP, n’y serait pas.
Que croyez-vous qu’un électeur de droite ou de gauche fasse dans cette éventualité ?
Eh bien, il va voter « utile ».
Plutôt que de donner sa voix à Borloo, Villepin ou Boutin, d'aucun va reporter son suffrage sur Sarkozy (quand bien même, en serait-il un « déçu »). Et de l’autre côté, quelques-uns s’apprêtant à donner du bulletin à Mélenchon, au NPA ou à LO, se rabattront in-extrémis sur le candidat du PS.
Et la raison est évidente : aucun des deux camps n’acceptera que son champion soit éliminé dès le 1er tour… Qui voudrait (re)vivre cette humiliation ?
Si en 2002, les sondeurs nous avaient placé Jean-Marie Le Pen au second tour, vous pensez vraiment que Jospin aurait été « éliminé » dès le 1er tour ?... Allons ! Bien sûr que non ! Il y aurait eu une mobilisation pavlovienne de l’électorat de gauche en faveur du Premier ministre ! Des électeurs pensant voter Taubira ou Chevènement (voire : Mamère, Hue, Besancenot, Laguiller), auraient tourné casaque. Et sans états d’âme.
D’autre part, et même si, à un an de l’échéance, les sondages ne valent pas tripette, quand en mars dernier, une enquête en ligne effectuée par l’institut Harris Interactive donnait – et pour la première fois – Marine Le Pen présente au second tour dans tous les cas de figure, qu’a-t-on observé les semaines suivantes ?
Eh bien, ce qu’on peut considérer comme un « vote utile virtuel ». Et vlan ! Dans les enquêtes qui suivirent, Marine Le Pen rétrogradait. Pour se retrouver en position de « troisième homme ».
Alors bien sûr rien ne dit que cet effet de « vote utile » jouera l’an prochain.
Et puis, l’électeur est libre de son choix, non (Ah ! Ironie quand tu me tiens !) ?
Il fait ce qu’il veut avec son bulletin, une fois dans l’isoloir.
Il s’en moque bien des sondages, le citoyen… N’est-ce pas ?...
… J’entends, c’est curieux et marrant à la fois, d’aucuns qui en doutent… C’est intéressant... Les sondages, grand dieu dans un pays laïc, feraient-ils une élection ?
Telle est la question.
Quoi qu’il en soit, Nicolas Sarkozy, lui, le croit.
Et pour une fois – comme quoi tout devient (mais un peu tard) effectivement possible – je serais tenté de lui donner raison.
18:02 Écrit par Philippe Sage dans Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (100) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sondages 2012, vote utile, 21 avril, le 21 avril a vacciné les français, le théorème de sarkozy, marine le pen au second tour, de l'importance des sondages, les sondages changent la donne, 21 avril à l'endroit, 21 avril à l'envers, la peur du 21 avril |
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17 juin 2011
Désert De Gauche
Elle viendra pas. La gauche. C’est pas qu’elle a lâché l’affaire ; c’est le temps. Celui qui passe et vous broie. C’est l’Histoire, aussi. Qu’on ne refait pas…
Les marchés ont gagné, voilà la vérité. Et ça fait lurette. Même une crise « sans précédent » n’aura pas changé la donne. Au contraire ! C’en en même fascinant. A certains égards.
Et pourtant, il y aurait, je l’ai lu, entendu, un peuple de gauche. Admettons… Mais où est-il ? Sont-ce les Indignés ?... Faudrait les passer au scanner. Pour vérification. En être sûr... Que veulent-ils, quelle société ? Que pensent-ils, quelles idées ?
Notez que j’aurais plutôt de la sympathie pour ceux-ci... Seulement voilà, s’indigner, est-ce suffisant ? Et puis, s’indigner contre qui, contre quoi ?...
Tout mouvement, quel qu’il soit, doit avoir un but. Précis…
Revendiquer, d’accord ; slogans, cris, protestations, sitting, occupation des lieux, oui ; mais ensuite ?... Force est de constater, qu’après quelques semaines, cette histoire, elle fait comme du surplace, s’ankylose, pour finalement « partir en Schweppes ». Comme disait Besancenot. Le facteur, qu’a renoncé. Pour l’être anonyme. Ou tout comme… Oh, elle va peut-être se faire un (pré)nom, durant la campagne, cette Myriam Martin… Mais n’est-ce pas trop tard ? Puisque le profit est devenu la règle. Absolue. A tous les niveaux. Et que, nonobstant, le salarié s’y plie. Non sans souffrances, c’est vrai, mais il s’y plie. Petit à petit.
Entre les Indignés et les Résignés, ce sont les seconds les plus nombreux. C’est là qu’est l’os. Entre autres… La crise aurait mérité une autre réponse que la seule indignation.
Elle aurait pu, la crise, réveiller un désir de gauche. Mais pas la gauche qui fait mine. Qui louvoie. Celle qui se prétend socialiste, celle du PS, dont Sarkozy, disait – à juste titre – qu’elle n’avait « plus rien de commun avec la gauche de Jaurès et de Blum » [Discours de Toulouse – 12 avril 2007]. Il se paya même le luxe d’ajouter : « Laissez dormir Jaurès et Blum, ils sont trop grands pour vous ».
Quatre années et une énorme crise plus tard, c’est encore désespérément vrai. Ni Hollande, ni Aubry, Ni Royal, ni quiconque de la rue Solferino, ne sont « socialistes ». Justes des libéraux. Convertis aux marchés et sa loi, à l’image de sa pensée : unique.
Des libéraux un peu moins brutaux, un peu moins thatchériens, certes, mais assurément pas jaurésiens.
Un centre-gauche mou du genou.
Oui, la crise aurait pu réveiller un désir de gauche. De l’ouvrière. De la communiste révolutionnaire. Une envie de lutter. A la dure. Ah ! ça ira, ça ira ! On va pas se laisser faire comme ça… Bonus, stock-options, retraites-chapeau, parachutes dorés, et ces écarts de salaires, indécents, ça suffit !... Et moi, qu’on sacrifie, à qui on demande de trimarder, un peu plus, toujours, pour éponger la dette, pour que Moody’s, et les autres, y nous virent pas un « A » ; moi qu’on déclasse à l’aise, pour des nèfles, pendant que là-haut ça se goinfre, que même la considération, j’y ai pas droit ; que des devoirs.
Ben non… Nib. Zéro. Balle-peau.
Pourtant, y’avait un boulevard. Enorme… Vu ce qu’elle nous a révélé, cette crise.
Mais non, rien à faire ; NPA, LO et tous les autres, anéantis. Rincés... Ils ont raté le coche... Et c’est fini, j'vous le dis, on les reverra plus.
C’est comme si cette crise les avait tués. Eux qu’étaient déjà presque morts. Depuis la chute du communisme. 1989, adieu Berthe et fais tes valises, Liliane !
Comme si la loi du marché, ce rouleau-compresseur, les avait momifiés. Et avec eux, les salariés. Plus résignés que jamais. Orphelins de porte-parole…
Je sais, d’aucuns vont crier un nom : Mélenchon ! Que ce serait lui, la gauche, qu’il va nous défendre, le tribun, le verbeux, qu’il va nous venger. L’homme qu’a dit : Qu’ils s’en Aillent Tous ! Et comme nous sommes d’accord. Tu penses !...
Mélenchon, donc.
La gauche.
Fût un temps, je dis pas. Mais y’a lustres… Le gars, c’est vrai, l’a fait ses classes chez les trotskistes. Comme jadis, Cambadélis. Ou Jospin… Et pis ensuite, l’a rejoint le PS. Celui de 1977. Qu’était pas le même qu’aujourd’hui... Le PS de 1977, peu ou prou, c’était quoi ?
Le NPA de 2009.
Ou quasi.
Trente et une années, qu’il y a pointé, dans ce PS, Mélenchon. C’est dire si des couleuvres, il en aura bouffées. Et des copieuses. Jusqu’à celle de Maastricht.
Certes, en 2005, y’a comme un truc qui lui revient. Bouffées de jeunesse... Avec Fabius, Emmanuelli, le voilà qui dit « Non ! » au Traité pour une Constitution Européenne… Bon garçon… Et comme c’est le « Non » qui l’emporte, bingo ! on va peut-être la faire, cette rénovation, celle du PS... Il serait temps, après la raclée, l’humiliation du 21 avril 2002. De tirer les leçons. Redevenir un parti de gauche qui cause au peuple.
Mais penses-tu !
La présidentielle venue, tout rentre dans l’ordre… L’ordre juste, paraît-il… C’est Royal qui décroche la timbale… Pas content, Mélenchon… Y’a de quoi. C’est pas vraiment le « Non » du 29-mai qu’est en première ligne avec cette Ségolène.
Mais il y reste, dans cet étrange PS... Avant de jeter (enfin !) l’éponge, en novembre 2008, quand la même Royal arrive, par motion interposée, en tête des suffrages des militants… Il n’est jamais trop tard pour prendre la bonne décision, n’est-ce pas ? Oui, mais faudrait tout de même pas nous prendre pour des benêts de compète, Jean-Luc…
…Car Mélenchon, candidat de gauche, adoubé par le Parti Communiste Français, c’est du grand art, mon cochon… Ce Parti Communiste honni par Mitterrand ! Même qu’il a tout fait, Tonton, et plus encore, pour l’estourbir. Même que ça a drôlement bien marché.
Au profit, n’est-ce pas, du Front National…
On l’a pas trop entendu, à cette époque, Mélenchon, s’indigner qu’on ratiboisât le PCF... A croire qu’il était d’accord. Ou résigné.
Alors vous comprendrez que de le voir faire une OPA sur un cadavre, et de surcroît, porter ses couleurs, celles d’un Front de Gauche, même avec le verbe haut, y’a de quoi tordre du nez. Et pas que du nez…
On pourra bien me bonnir qu’y a que les imbéciles qui changent pas d’avis, oui, sauf que, il aura mis du temps… C’est une donnée importante, le temps. Et plus t’en mets pour changer d’avis (et 31 ans, c’est pas rien) plus tu ressembles à un opportuniste qui prendrait, un tantinet, le peuple (de gauche) pour… un imbécile.
Or donc, elle viendra pas. La gauche. En lieu et place, nous aurons un bateleur. Un illusionniste. Un showman. Qui ravit les Ruquier, les Drucker et les Ardisson. De la bombe audimatoire qui va siphonner ce qui restait de voix au NPA, à LO… Finir le travail, en quelque sorte. A l’image du Tonton flingueur.
La gauche, elle est calenchée, chérie. Y’a qu’à reluquer partout, ailleurs. Laminée qu’elle est. Tellement les marchés ont gagné. Que les salariés sont résignés.
Y’a plus qu’à porter l’estocade.
C’est dommage… Tant le boulevard était immense. De quoi réveiller un désir de gauche. Et pis non. Rien. Un désert.
Et de ce désert (ou de cette désertion), profita Mélenchon…
… Et ressurgit, le Front National.
Comme toujours, quand il y a un désert à gauche.
20:04 Écrit par Philippe Sage dans Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (74) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jean-luc mélenchon, front de gauche, parti de gauche, parti communiste, ligue communiste révolutionnaire, nouveau parti anticapitaliste, lutte ouvrière, gauche française, jaurès, blum, mitterrrand |
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15 juin 2011
Cinq Bonnes Raisons De Ne Pas Réélire Nicolas Sarkozy En 2012
S’il n’était pas candidat à sa propre succession, nous aurions alors une vraie bonne raison de ne pas réélire Nicolas Sarkozy en 2012.
Certes, à l’image de Martine Aubry, il maintient un semblant de suspense. Mais il est formidablement trahi par ses amis.
Ainsi Xavier Bertrand, qui affirme croire « à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2012 ».
Or donc, puisqu’il sera candidat, il nous faut trouver d’autres raisons de ne pas le reconduire dans sa fonction. Et des excellentes, s’il vous plaît, tant l’homme mérite le meilleur.
Alors, en voici cinq. Cinq, comme le nombre d’années que Nicolas ne doit pas dépasser à la tête de notre beau pays dont on a coutume de vanter ses fleuves, sa gastronomie, et son humour corrézien.
L’immobilisme – Voilà la hantise de Nicolas, ce contre quoi il aura combattu durant toute sa vie politique : l’immobilisme... Combien de fois l’a-t-on entendu nous assurer qu’il ne « céderait pas à l’immobilisme », allant même jusqu’à dire, devant des élus subjugués, que « l’immobilisme, c’est la mort »... Or, s’il était réélu, c’est bien ce terrible fléau – y’a pas d’autre mot – qui, sournoisement, guetterait Nicolas Sarkozy.
N’est-ce pas l’immobilisme qui, outre une chimiothérapie, gangréna le second septennat de François Mitterrand ?... Itou, celui de Jacques Chirac [1] ?
Pourtant, t’en souvient-il, comme nous fûmes joyeux de reconduire ces deux-là. Surtout le second ! Car enfin, quelles autres raisons, que la joie et l’enthousiasme, auraient pu motiver 82,21% de nos compatriotes à réélire triomphalement le chantre de l’humour corrézien ?
Or, et personne ne peut le contester, pas même Alain Duhamel – c’est dire ! – ces seconds mandats furent ô combien décevants ; nous avions la désagréable impression que notre pays n’était plus gouverné... Et d’ailleurs, n’est-ce pas Nicolas lui-même, qui employa, à propos de ses prédécesseurs réélus, l’expression de : « Rois Fainéants ». Voulons-nous véritablement que Nicolas connaisse le même destin ? Qu’il sombrât dans ce qu’il redoute le plus : l’immobilisme ?
Comment pourrait-il éviter cet écueil, puisqu’il ne pourra, selon l’article 6 de la Constitution, se représenter en 2017, or donc, comment pourrait-il n’avoir pas la sombre tentation de se reposer sur ses lauriers ?
Croyez-vous que la perspective de siéger au Conseil Constitutionnel puisse le motiver ? Croyez-vous que l’ambition démesurée de Jean-François Copé pour 2017 soit de nature à le galvaniser [2] ? N’aurait-il pas plutôt le désir, et farouche, que ce dernier restât ad vitam aeternam député-maire de sa bonne vieille ville de Meaux, où chacun s’accorde à reconnaître, à commencer par lui-même, qu’il y fait du « très bon travail » ?
Non, à la réflexion, tout bien pesé, et de surcroît au regard de l’Histoire, tout nous démontre que l’immobilisme est la mamelle présidentielle en cas de réélection.
Epargnons ce fléau à Nicolas en élisant un homme neuf.
Son salaire – Une misère, comparé à celui de nos grands patrons, ceusses qui font vivre nos entreprises françaises (dans les pays de l’Est, principalement… Ah ! magie du libéralisme effréné, de la défiscalisation et de la mondialisation).
Pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir revalorisé. Et dès son arrivée au pouvoir. 172% d’un coup ! Que c’en était beau comme du Proglio !
Mais las ! Avec ses 19 508 euros mensuels, Nicolas fait figure de nain comparé aux émoluments d’un Carlos Ghosn (qu’il a pourtant sauvé de la crise) ou d’un Bernard Arnault !... En effet, que valent 234 096 euros face à, respectivement, 9,2 et 9,7 millions annuels ? Allons-nous tolérer, longtemps encore, ces écarts de salaires ?... Est-il normal, nonobstant, que Franck Ribéry gagnât, au mois, quarante et deux fois plus que Nicolas ? Lui qui, durant son quinquennat, se sera levé tôt – Pentecôte comprise – pour faire gagner la France ?
Eh bien justement, parce qu’il aura travaillé plus, pour notre pays, cet homme mérite de gagner plus ! Or, force est de constater que ce n’est pas en restant, par le truchement de nos suffrages, Président de la République qu’il le pourra.
Seul le privé peut lui offrir un salaire à la hauteur de son ambition... Que dis-je !... De son mérite. Et d’ailleurs, n’est-ce pas son rêve : « aller dans le privé » pour « faire de l’argent » ? Ne l’avait-il pas confié, en novembre 2006, à une vingtaine de privilégiés ébaubis ?
L’an prochain, Nicolas Sarkozy aura 57 ans. L’âge idéal – l’âge ou jamais – pour commencer une nouvelle vie, loin de la politique. Mais cela passe par un couac à la présidentielle 2012, pour pouvoir, enfin, aspirer à un salaire digne des patrons du CAC.
Offrons-lui cette formidable opportunité en ne le réélisant pas l’an prochain.
Sa famille – Qui ne le sait pas ? A nouveau – et nous nous en réjouissons ! – Nicolas va être papa. Il n’est pas dans mon habitude d’aborder la vie privée de nos hommes politiques, à vrai dire j’y répugne, mais l’évènement est tel, unique [3] que pour une fois, je déroge à la règle.
Je n’oublie pas – mais qui le pourrait ? – ce que Nicolas a traversé, notamment durant la campagne présidentielle précédente. Cette épreuve que lui a infligé Cécilia et qui fût, par étrange ricochet, fatale au journaliste people, Alain Genestar. Mais ne l’avait-il pas mérité ? Quel besoin avait-il de torturer, par le biais d’une Une racoleuse, un homme qui souffrait plus que de raison dans sa chair ?
Je n’oublie pas, non plus, le divorce qui suivit, et la fantastique détresse qui s’empara de Nicolas, fraîchement élu. Et combien de temps il aura fallu pour qu’il trouvât une nouvelle « première dame » qui fît honneur à notre pays…
Aujourd’hui, c’est comme un aboutissement. Un enfant va naître...
Mais quelle vie aura-t-il si son père doit résoudre les problèmes de notre pays ? Quelle vie aura-t-il si Nicolas doit aller, une nouvelle fois « chercher la croissance avec [ses] dents » ?
Nous savons, et d’ailleurs, lui-même, Nicolas, l’a dit : « Président de la République c’est un métier très difficile, Madame Ferrari ! ». Un métier tellement « difficile » qu'il n’offre que peu de temps, voire aucun, pour se consacrer à l’éducation d’un enfant... Un enfant, et d’autant plus un Sarkozy, a besoin de la présence de son papa. Et de sa maman.
En ne reconduisant pas Nicolas à l’Elysée l’an prochain, nous lui permettrons de vivre pleinement son bonheur.
Parce qu’il « croit au travail et à la famille », offrons-lui une vie de famille !
La Reconquête – Giscard pensait le faire. Quand il fût battu, en mai 1981, par François Mitterrand... Oui, il pensait bien revenir, Valéry. Sinon, intelligent comme il est, il ne nous aurait pas dit :
« Au revoooooir ! ».
Et puis, la vie, les circonstances, un Traité pour une Constitution Européenne, en auront décidé autrement... Giscard ne se sera jamais représenté devant les Français.
Mais ce que Giscard n’a pu faire, Sarkozy, lui, peut le faire. Car avec Nicolas, c’est bien connu, tout est possible !
Or donc, donnons-lui la possibilité de le démontrer… En 2037. L’année de La Reconquête (les frères Rotman planchent déjà sur le scénario).
En effet, en 2037 – à moins que le réchauffement climatique ou/et une centrale nucléaire ne nous aient pas estourbis d’ici là – nous élirons un nouveau Président de la République. Et quel formidable défi, ce serait, pour Nicolas ! Revenir tels De Gaulle ou Napoléon, pour sauver la France ! Après avoir fait fortune dans le privé, élevé un enfant et l’avoir conduit au sommet de l’EPAD à seize ans révolus, il reviendrait pour un nouveau combat. Le dernier... Un combat dans lequel il aurait toutes les chances de l’emporter. D’abord parce que, par son âge et son parcours, il imposerait le respect. Ensuite, parce que nous serions vieux, nous aussi. Or, nous le savons, 67% des plus de 65 ans votent pour un Sarkozy lors d’une présidentielle (d’après le fameux théorème de 2007).
Si nous voulons vivre cette épopée – qui serait une première dans notre belle République – alors nous devons barrer la route à Nicolas en 2012. Sinon, 2037 n’existera pas. Or, qui voudrait rater un truc pareil ? [4]
La rupture – En ne reconduisant pas Nicolas Sarkozy à l’Elysée en 2012, nous manifesterions une envie, qu’est celle de rupture.
Rupture avec un homme : Nicolas.
Mais pas que.
Et c’est là que ça devient bigrement intéressant. Car rompre avec Nicolas, c’est aussi rompre (liste non exhaustive) avec :
Henri Guaino, Claude Guéant, Brice Hortefeux, Gérard Longuet, Alain Juppé, Patrick Buisson, Nadine Morano, Xavier Bertrand, Luc Chatel, Roselyne Bachelot-Arquin, Frédéric Lefebvre, Eric Besson, Thierry Mariani ; mais aussi, ce serait stopper net, les ardeurs inconsidérées de Laurent Wauquiez, Jean-François Copé, Christian Jacob, j’en passe et des plus coriaces.
Bref, nous ferions d’une pierre des tas de coups. Un strike monumental.
Qui ne signerait pas pour un tel résultat ?
Ainsi donc, en ne votant pas Sarkozy en 2012, nous romprions, itou, avec toute une équipe. Et sans elle, avouez, nous serions tout de même un peu plus tranquilles.
C’est ce que j’appelle fort modestement et très originalement : la Rupture Tranquille.
On nous l’avait promise en 2007, nous l’obtiendrons par nos suffrages en 2012 !
Vive la République ! Vive la France ! Adieu Nicolas !
[1] En fait, Chirac aura mis douze ans pour faire… UN septennat.
En effet, emporté par son humour corrézien, celui-ci aura dissous sa majorité (pourtant écrasante) un 21 avril 1997.
Conséquence : c’est le « socialiste » (dont le programme ne l’était pas – c’est lui-même qui l’a dit) Jospin qui dirigera le pays à sa place pendant cinq ans.
Ceci étant, on peut y voir là une manœuvre habile de Chirac. Qui n’est pas le dernier, quand il s’y met.
En propulsant Jospin à Matignon, il aura contribué à le faire perdre en 2002 (un 21 avril, là encore - magie des chiffres ! La marque du Chirac). Jacques sachant mieux que quiconque que jamais Premier ministre en exercice n’emporta la présidentielle qui suivit (ainsi lui-même en 1988, et son « ami de trente ans », Edouard Balladur, en 1995).
D’autre part, permettre à Jospin de gagner Matignon, c’était le contraindre à quitter son poste de premier secrétaire du PS. Poste qui échut à… François Hollande. Dont on connaît, désormais, la proximité avec Chirac... Hollande aura pu, ainsi, pendant 11 ans, développer ses réseaux au sein du PS.
On comprend dès lors la vision à long terme de ce fieffé Jacques : favoriser Jospin en 1997 pour mieux l’éliminer en 2002, et faire élire François Hollande en 2012. De fait, on pige mieux son récent et truculent : « Je voterai François Hollande ». Chapeau l’artiste !
[2] Aucunement. Il n’en a cure. C’est du moins ce que nous apprend Le Canard Enchaîné n° 4729 en date du 15 juin 2011 et en page 2 :
« Si je suis réélu, je ne m’occuperai pas de ma succession » a dit Sarkozy à « ses amis ».
Preuve éclatante qu’il ne se battra pas pour Copé. Ni pour quiconque de l’UMP.
[3] Unique à double-titre !
Non seulement c’est la première fois qu’un Président de la République « accouche » durant l’exercice de sa fonction, mais itou, c’est le premier à divorcer et se remarier pendant son mandat.
Or donc, lui qu’aime tant ce qui est unique, offrons-lui un unique mandat en ne le reconduisant pas en 2012.
[4] Sauf que, en 2037, Nicolas Sarkozy pourrait trouver sur sa route, celle de La Reconquête, un adversaire redoutable : le président de la Droite Populaire, également président de la région Ile-de-France – entre autres… – un dénommé : Jean Sarkozy.
Mais raison de plus ! Le fils contre le père ! C’est quand même autre chose, avouez, que des primaires socialistes. Non ?
19:03 Écrit par Philippe Sage dans Amusons-Nous ! | Lien permanent | Commentaires (60) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, rions avec sarkozy, rions avec les présidentielles, immobilisme, salaire du président, sarkozy papa, la reconquête, la rupture tranquille, sarkozy battu en 2012, la fin du sarkozysme, humour corrézien |
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13 juin 2011
Supprimons L’Election Du Président De La République Au Suffrage Universel
Quelle est l’élection qui, en France, mobilise le plus d’électeurs ?
La présidentielle.
Hormis le second tour de 1969 (qu’opposait Alain-blanc bonnet-Poher à Georges-bonnet blanc-Pompidou) le taux de participation a toujours été supérieur à 70% [1], dépassant même, dix fois sur seize, les 80%.
On pourrait s’en réjouir, y voir, là, un signe de bonne santé de notre démocratie.
Or, ce n’est pas le cas.
Car pendant que la présidentielle capte l’électorat (et les médias), les autres élections (municipales, cantonales, régionales, législatives et européennes) perdent, scrutin après scrutin, des électeurs.
Ils n’étaient que 46,33% à s’exprimer lors du premier tour des régionales 2010 (77,93% en 1986) 44,32% au premier tour des cantonales 2011 (69,95% en 1992) tout de même encore, et c'est heureux, 66,64% au premier tour des municipales 2008 (78,80% en 1978).
Quant aux législatives, la dernière fois que le taux de participation fut supérieur à 70%, c’était lors du second tour de 1997 (70,97%).
Depuis que cette législative suit la présidentielle, elle ne mobilise plus (autant) ; or donc sur la période 2002/2007, que 62,42% au premier tour, et 60,14% au second, contre respectivement 78,5% et 78,76% pour la période 1958/1978, et 70,18% et 70,85% pour la période 1981/1997 [2].
Nous observons une baisse flagrante et constante de la participation pour cette élection, pourtant majeure qu’est la législative. Majeure, car qui, hormis le maire, est le plus proche d’un citoyen, sinon son député (qui, au passage, est souvent maire de sa commune) ?
Reste les européennes, qui n’ont jamais connu un grand succès, où nous sommes passés d’un taux de participation de 60,71% (1979) à 40,63% (2009). Etrangeté, bizarritude totale, quand on sait que c’est au Parlement européen que tout se décide…
En effet, est-ce le président de la République qui peut influer en quoi que ce soit sur les directives de Bruxelles, voire les caprices de l’Allemagne, ou, un tant soit peu, les députés européens ?...
Le citoyen-électeur français est assez curieux. Sa faculté à se mobiliser en masse sur une seule élection – la présidentielle – semblerait accréditer la thèse qu’il croit en « l’homme providentiel », à celui qui va le sauver (ou le protéger).
Ce qui est un leurre total. Il n’y a pas plus éloigné du peuple, et de fait, que l’homme de l’Elysée…
L’abstention (progressive) aux diverses élections intermédiaires est moins due à un désintérêt du citoyen pour la chose publique et politique qu’à une polarisation exagérée sur un seul scrutin, cette présidentielle que le média nous présente comme capitale pour la nation... La rencontre entre un homme et le peuple, nous assure-t-on... Mais quel romantisme, dites-moi ! Ce doit en être, sinon, on n’aurait pas fait de François Mitterrand, un personnage de roman... De Sarkozy (mais aussi de Chirac, Villepin, Dati, etc.), un héros de cinéma.
Mais enfin, si véritablement le citoyen se désintéressait de la politique, comment expliquer qu’il se rue sur les urnes, la présidentielle venue ? D’aucuns – et ils n’auraient sûrement pas tort – objecteront que ça n’a, au fond, pas grand-chose à voir avec la politique. Nous sommes, en effet, tout bien pesé, et de plus en plus, dans une sorte de compétition sportive, un duel de supporteurs, voire un jeu qu’aurait moins à voir avec « Que Le Meilleur Gagne » que « Le Moins Pire L’Emporte », avec comme animateurs-commentateurs, les journalistes (qui donc, de fait, ne sont plus véritablement des journalistes). Pas très loin d'une vulgaire émission de télé-réalité. Un show. Un cirque. O combien médiatique (business is business) !
C’est ainsi qu’à ce jeu du « Moins Pire » on atteignit des sommets en 2002, avec un Jacques Chirac réunissant 82,21% des suffrages exprimés alors qu’il n’en avait récolté que 19,88% au premier tour (13,75% des inscrits).
Dans un autre style, on pourrait avancer l’idée qu’une partie non négligeable des électeurs ayant voté Ségolène Royal au second tour de la présidentielle 2007, l’ont moins fait par adhésion à ses idées, que pour barrer la route à Nicolas Sarkozy.
En réalité, la dernière élection où nous eûmes à faire un choix politique clair, je veux dire à choisir véritablement entre deux projets de société, et non deux personnes, c’est l’élection présidentielle de 1974. Et non celle de 1981, où, quoi qu’on en dise, une envie d’en finir avec Giscard a été déterminante.
1981 n’a été que le début de la fin. A commencer par la disparition progressive du clivage droite/gauche (entériné par la chute du communisme, puis par la construction européenne où les différences entre PS et UMP sont faibles et... par trois cohabitations). [3]
Ce n’est pas le fait du hasard si, aujourd’hui, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et quelques autres, causent d’UMPS.
Bref, en trente ans, nous serions passés de « la bande des quatre » (RPR, PS, PCF, UDF) au (pseudo) bipartisme ; (pseudo) bipartisme que le média distrait par l’introduction d’un concept dit du troisième homme.
Mais surtout, et avant tout, nous sommes désormais dans la personnalisation.
Nous votons plus pour (ou contre) un homme que pour un projet de société. Plus pour (ou contre) un homme que pour un programme (ou un choix) politique. Et quand il se représente devant les électeurs, qu’il remet son titre en jeu, ce n’est pas son bilan qui primera. C’est lui. Veut-on encore de lui ou pas ?
Voilà à quoi nous sommes réduits. C’est maigre. C’est rien. Rien d’autre qu’une entourloupe.
Eh bien c’est avec ce « lui » qu’il faut en finir. Or donc, en terminer avec l’élection du président de la République au suffrage universel. Ainsi que le préconisait Michel Rocard en août 2006 [4]. C’est le seul moyen de rendre le pouvoir (ou, un tant soit peu de pouvoir) au citoyen, donc de redonner du sens à notre démocratie.
Le président – ou : chef du Parlement – doit être désigné par l’Assemblée nationale. Ce qui signifie que les élections législatives deviendront un des rendez-vous majeurs de notre vie politique. Avec un mode de scrutin revu et corrigé, permettant de prendre en compte la diversité d’opinions, d’idées et d’aspirations de nos concitoyens. C’est cette Chambre (enfin !) représentative du peuple français qui, suivant la majorité qui s’en dégagera, nommera, par un vote, le Cameron ou la Merkel, chargé de constituer un gouvernement.
Il ne s’agit aucunement de revenir en arrière, à un système bancal, comme celui de la IVe République. Mais de tirer les leçons de la Ve.
Et ces leçons tirées, de proclamer une nouvelle ère, moderne, adulte, responsable, respectueuse des citoyens, plus proches d’eux, qui n’a rien à voir avec la fausse-bonne idée dite de « démocratie participative » prônée par Ségolène Royal (qui n’est, en réalité, qu’une démocratie d’opinion – laissons cela à RMC Info) ni même avec un système référendaire (très prisé par le FN), mais avec une VIe République, qu’un temps, le « socialiste » Arnaud Montebourg défendait avec un peu plus d’ardeur que présentement.
Il conviendrait, d’ailleurs, que le candidat PS issu des primaires, fasse sienne cette proposition du député de Saône-et-Loire, et la porte durant la campagne présidentielle 2012. Plus qu’il ne conviendrait, c’est une exigence.
Posons-nous les bonnes questions.
Que nous apporte, concrètement, aujourd’hui, l’élection d’un président de la République au suffrage universel ?
Est-ce par ce mode de fonctionnement que notre société peut évoluer, progresser ? Et, plus directement, à quoi sert-il ? Et qui sert-il ?
En donnant plus de pouvoir au Parlement, donc aux citoyens, nous revivifierons notre démocratie. Les enjeux seront plus clairs. Evidents. Nous redonnerons, en outre, plus de poids aux élections intermédiaires et locales, comme les régionales, les cantonales et les municipales. Nous redonnerons à la politique, sa force, son sens, et ses lettres de noblesse.
Ce faisant, ce pouvoir accordé au Parlement, déterminant, pourrait contribuer, à terme, à rendre les élections européennes plus attractives, car le citoyen aurait plus conscience que c’est là que tout se joue.
Comment peut-on croire, en 2011, que c’est un homme, un seul, qui va régler nos problèmes ?
Comment peut-on croire, en 2011, en un système monarchique, aristocratique, oligarchique, qui n’a de républicain que le nom ?
[1] Excepté le second tour opposant Alain Poher à Georges Pompidou (68,85%) les autres « tours » de présidentielle ayant le moins mobilisé d’électeurs, sont le premier tour de 2002 (71,60% de participation) le premier tour de 1969 (77,59%) le premier tour de 1995 (78,38%) et les seconds tours de 1995 (79,66%) et de 2002 (79,71%).
Concernant la présidentielle de 2007, le premier tour est le 3ème meilleur premier tour de l’histoire de la Ve République avec 83,77% de participation, le second n’étant que le 5ème (83.97%) derrière ceux de 1974 (87,33%), 1981 (85,85%), 1965 (84,32%) et 1988 (84,06%).
[2] Depuis l’inversion du calendrier décidée par le Premier ministre Lionel Jospin, jamais les législatives n’ont aussi peu mobilisé : 64,42% au 1er tour de 2002, et 60,31% au second.
C’est pire en 2007, avec 60,42% au 1er, et 59,98% (un record sous la Ve !) au second.
On aura observé, itou, un taux de participation plus faible qu’à l’accoutumée après les élections présidentielles de 1981 et de 1988, où le président – François Mitterrand dans les deux cas – fraîchement élu, décidera d’une dissolution dans le seul but de demander au peuple de lui octroyer une majorité au Parlement ; ce qui tend à démontrer que le couplage présidentielle/législatives tue les législatives, et d’une certaine façon, la « démocratie réelle »
Le dernier scrutin tutoyant les 80% de participation est celui de 1986 (78%), le seul de l’histoire de la Ve République à un tour et à la proportionnelle.
[3] Le (pathétique) : "Je voterai François Hollande" d'un Chirac très affaibli physiquement (entre autres...) n'est que la confirmation de cette disparition du clivage droite/gauche.
Clairement, ça se joue désormais ailleurs...
[4] Extraits d’un entretien accordé par Michel Rocard (ancien candidat à l'élection présidentielle, celle de 1969) au site internet LCI.fr, le 31 août 2006 :
Rocard : Il faut supprimer l'élection du président au suffrage universel. Ce scrutin est aujourd'hui dévoyé. Il n'est plus le choix du patron de la France. Il sert à mesurer l'importance de tout courant d'idée pesant plus de 2% dans l'opinion, à droite comme à gauche. Du coup, la présence au second tour ne sera permise que pour un candidat dont le camp est le moins éclaté. C'est effrayant car ça revient à réduire le choix du chef de l'Etat à un jeu de dés. Un nouveau 21 avril est possible, disent les sondages. On verra bien le résultat, je fais part ici de mon inquiétude.
LCI.fr : Quelle est votre solution ?
Rocard : Limitons les pouvoirs du chef de l'Etat à la continuité de l'Etat et la garantie des valeurs suprêmes et faisons-le élire par le Parlement. Le débordement médiatique actuel autour de l'élection d'un homme aux pleins pouvoirs fausse le jeu. Sans tout ce sacré et cette gravité accompagnant le scrutin présidentiel, les acteurs du débat seraient des professionnels expérimentés. Tous ces métiers sont difficiles. Il vaut mieux avoir quelqu'un connu pour ses fortes capacités. Or dans le système médiatique actuel, les personnalités émergent très vite. Nicolas Sarkozy n'est pas tellement plus expérimenté que Ségolène Royal. Ce n'est pas une critique mais un constat, il apprend le métier. Il n'a ainsi jamais eu de responsabilités internationales...
00:04 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Présidentielle 2012 | Lien permanent | Commentaires (72) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suffrage universel, président de la république, cinquième république, sixième république, président élu par le parlement, démocratie, en finir avec l'oligarchie, arnaud montebourg, michel rocard, une nouvelle république, le pouvoir et les citoyens, liberte égalité fraternité, république française |
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08 juin 2011
Marine Le Pen Pour Les Nuls
Quand bien même ne connaîtrions-nous pas la liste officielle des candidats pour la présidentielle 2012 [1] que les spéculations vont bon train. D’ores et déjà, on nous prédit un match à trois :
FN, PS et UMP.
Ce qui nous conduirait, pour le second tour, à trois cas de figure :
Marine Le Pen/PS, Marine Le Pen/Nicolas Sarkozy ou PS/Nicolas Sarkozy.
S’il va sans dire que le média préférerait la troisième hypothèse, il disserte cependant, et abondamment, sur les deux premières à grands coups de « 21 avril à l’endroit » et de « 21 avril à l’envers ».
A l’endroit, à l’envers, qu’est-ce que ça peut faire ? Puisque Marine Le Pen ne gagnera pas la présidentielle…
On nous tartine que l’une des grandes différences entre Marine Le Pen et son président d’honneur de père, c’est que la fille, elle, veut le pouvoir. D’où la dédiabolisation du FN qu’elle mène, peu ou prou, depuis 2007…
Mais, d’une part, comment l’obtenir avec un tel mode de scrutin, et d’autre part, quand on est seul ?
Bref, comment espérer rassembler, au second tour d’un scrutin majoritaire, 50% des suffrages exprimés + 1 voix quand on se refuse à toute alliance avec quelque parti que ce soit ? Et ce, quand bien même la colère, la déception, le ras-le-bol seraient grands. Et que fleurirait le sigle/slogan – redoutablement efficace – de : UMPS (également utilisé par Dupont-Aignan).
S’il ne fait nul doute que Marine Le Pen vise le pouvoir, elle n’ignore pas le chemin qu’il lui faudra parcourir. Et il dépendra de moult facteurs.
Le véritable objectif de Marine Le Pen, celui à court terme, ce n’est pas la présidentielle 2012, ce sont les législatives qui suivront. C’est ça, le début du chemin. Encore faut-il qu’elle réalise un score à ladite présidentielle. Plus important que celui de son père en 2002. D’autant qu’il en va de sa survie à la tête du FN. Où elle n’a pas que des amis.
Nombreux, en effet, sont ceux qui n’ont pas digéré son élection, présumée démocratique, de janvier dernier. Présumée, car le père aura bien verrouillé l’affaire. Appliquant son adage : « Je préfère ma fille [ou ma famille] à mes amis, mes amis à mes voisins, mes voisins à mes compatriotes, mes compatriotes aux Européens.» [2].
Or donc, sa fille plutôt que Bruno Mégret, Carl Lang ou, plus récemment, Bruno Gollnisch. Les deux premiers auront compris qu’ils n’avaient aucune chance de lui succéder et seront partis ; quant au troisième, il suffisait d’attendre que Marine Le Pen conquière l’opinion publique au point de se rendre incontournable aux yeux des militants. La succession, filiale, étant alors assurée, le père pouvait se retirer. Voilà pourquoi : « présumée démocratique ».
Toujours est-il qu’au sein d’une partie du FN dite « historique », et jusque dans la quasi-totalité de la presse d’extrême-droite, on ne serait pas chagriné de voir Marine Le Pen se ramasser en 2012, afin de (lui) reprendre la « boutique ». D’où l’impérieuse nécessité pour elle d’y faire un score. C’est la condition sine qua non de son avenir à la tête du FN.
Ceci étant, elle peut faire un score (autour de 20%) et ne pas être au second tour... Si ce cas de figure ne la mettrait pas (trop) en danger dans son parti ce ne serait pas le meilleur des scénarios. Car Marine Le Pen compte bien y être ; au second tour. Elle sait qu’elle ne gagnera pas la présidentielle, tout comme elle sait que le différentiel sera moins large qu’en 2002 (plutôt qu’un 82/18, il y a fort à parier que nous serons aux alentours d’un 65/35) mais peu importe ! Car là, continue le chemin. Celui qui, pense-t-elle, peut la conduire à la victoire en 2017. Objectif à moyen terme.
Tout dépend de son adversaire du second tour. Si c’est le candidat du PS, c’est tout bénef. Et c’est bien ce qu’elle espère. Car il provoquerait un éclatement de l’UMP.
Pour le coup, là oui, nous aurions droit à un véritable séisme politique.
La consigne « pas d’alliance avec le FN » (promesse faite à Chirac) volera en éclat. Dès les législatives. Toute la Droite Populaire (celle des Vanneste, Raoult, Mariani, Barèges, Luca et consorts) est prête à basculer. Soit une quarantaine de députés de l’UMP.
Dans la défaite – qui là, aurait plutôt des allures de Waterloo pour notre bonapartiste Sarkozy – tout devient possible ! Quand on veut conserver son siège à l’Assemblée…
Nous assisterions alors à la naissance, non pas d’un nouveau parti, mais d’une « vaste coalition » (un peu sur le monde italien avec Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord).
Une « vaste coalition » (ou « grand rassemblement patriotique ») que le FN appelle déjà de ses vœux [3] et dont le but serait de prendre le leadership à droite. Un bloc néoconservateur populiste. Un Tea-Party à la française. Qui se régale déjà d’une présidence « socialiste » qui, elle en fait le pari, ne pourra que la renforcer et la rendre incontournable en 2017.
Voilà le plan de Marine Le Pen : faire exploser la droite dite traditionnelle… La ventiler copieux. Elle n’aura donc pas besoin, comme elle ne cesse de le répéter, de faire alliance avec l’UMP, ni avec aucun autre parti : ce sont quelques pégreleux de l’UMP (entre autres...) qui localement feront alliance avec le FN, puis « transfugeront » sans complexe, vers son parti.
Reste une dernière hypothèse dite « moyenne » : un second tour opposant Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy. Ce qui rendrait plus compliqué la « vaste coalition » pour les législatives. Mais il n’est pas exclu, suivant les rapports de force, qu’il n’y ait pas quelques alliances locales, lors de ces législatives, entre des membres de la Droite Populaire et le FN. Ce qui constituerait un premier coup de canif. Une brèche dans laquelle Marine Le Pen compte bien s’engouffrer. D’autant plus si ça lui donne quelques (sièges de) députés « sympathisants » à l’Assemblée nationale. Après, tout dépendra du second quinquennat de Nicolas Sarkozy…
Pour contrer cette stratégie de Marine Le Pen, redoutable, élaborée, qui la conduit d’ailleurs à déclarer que « la victoire du FN est structurelle » il revient aux partis traditionnels, républicains, de hausser le niveau. Redonner à la politique ses lettres de noblesse. Ne pas se vautrer dans le populisme ou la démagogie. Arrêter de nous envaper. Parler correct. Comme à des gens qu'entravent ce qu'on leur baragouine. S'il n'est pas trop tard...
Il conviendrait, surtout, que l’UMP ne courût plus après le FN. Tant c’est bien cette course (ce suicide, plutôt) qui favorise la stratégie de Marine Le Pen [4]... Et rendrait si elle se poursuit, effectivement, et à terme, la victoire du Front National aussi « structurelle » qu’inéluctable.
[1] A ce jour, les seuls candidats déclarés ET adoubés par leurs partis respectifs sont : Marine Le Pen, Nathalie Arthaud (LO) et, très probablement, Myriam Martin (NPA), Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou, Nicolas Dupont-Aignan et Nicolas Sarkozy.
Et pourtant, on nous abreuve de sondages truffés de Borloo, de Morin, de Dominique de Villepin, de candidats socialistes (mais jamais Montebourg, alors qu’il est candidat aux Primaires) ; qui plus est, on nous annonce déjà un match à trois (FN/UMP/PS). C’est dire le peu de cas qu’il est fait (dans les médias) de la plupart des candidats (et de leurs projets). Et de la démocratie, en général…
Ceci étant, quels sont les médias qui nous présentent TOUS les candidats aux primaires d’Europe-Ecologie-Les Verts (ils sont quatre et non deux) ou à celles du PS (dites : « de toute la gauche ») ?
[2] Adage péniste que certains attribuent à Montesquieu, alors que non.
Montesquieu, lui, avait écrit :
« Si je savais quelque chose qui me fût utile et qui fût préjudiciable à ma famille, je le rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose qui fût utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable au genre humain, je le regarderais comme un crime »
S’il est clair que Jean-Marie Le Pen s’en est inspiré, il n’en a aucunement respecté l’esprit. Il est même en total contre-sens avec ce que voulait signifier Montesquieu.
[3] Comme l’atteste ce communiqué du Bureau Politique du FN en date du 16 mai 2011 :
« Le Bureau politique réuni ce jour à Nanterre a décidé de réserver 1/3 des circonscriptions à des personnalités qui rejoindraient le grand rassemblement patriotique qu’il appelle de ses vœux pour les législatives.
Cette vaste coalition est destinée à soutenir la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle et à créer un bloc patriotique et républicain, qui constituera la majorité de demain.
La campagne législative du Front National sera dirigée par Steeve Briois, Secrétaire général du FN. »
[4] En 2007, Sarkozy avait siphonné les voix du FN. Stratégie électoralement payante, mais ô combien risquée. Tant cela l’engageait politiquement auprès de certains électeurs qui attendaient de lui des actes concrets et une « obligation de résultats ».
Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas compris c’est que le vote FN n’est plus totalement un vote de rejet, mais de plus en plus un vote d’adhésion, ancré. De fait, on ne peut siphonner cet électorat sans en payer le prix.
Nonobstant, le 21 avril 2002 n’était pas un « accident » ou un « détail de l’histoire ». C’était un avertissement. Une bande-annonce. Un coup de semonce.
C’est une erreur de croire, comme Sarkozy le confie, que « le 21 avril 2002 a vacciné les français » [Le Monde – jeudi 31 mars 2011].
Et c’est encore plus une erreur d’avoir cru qu’en siphonnant cet électorat, il aurait peu ou prou disparu. Au contraire ! Et nous nous acheminons vers le concept de l’arroseur arrosé. Car ce que Sarkozy a fait au FN en 2007, Marine Le Pen compte bien le faire (au carré) à l’UMP, trop heureuse de vanter l’original valant mieux que la copie.
En d’autres termes, on pourrait dire que le siphonage des voix du FN opéré par Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007 a contribué d’une certaine façon, à la stratégie de Marine Le Pen, et à rendre, à terme, la victoire du FN « structurelle ». Bravo l'artiste !
16:16 Écrit par Philippe Sage dans Anticipation, Il Est Trop Tard | Lien permanent | Commentaires (59) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, vaste coalition, grand rassemblement patriotique, front national, droite populaire, législatives 2012, présidentielle 2012, présidentielle 2017, siphonner les voix du fn, 21 avril, extrême-droite, la victoire du fn est structurelle, explosion de l'ump |
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03 juin 2011
Sevran, Seine-Saint-Denis, Symbole De L’Echec Du Sarkozysme
Or donc, Sevran, commune en ruine de Seine-Saint-Denis, administrée depuis dix années par le dénommé Stéphane Gatignon. Qui n’en peut plus, et depuis lustres, de réclamer de l’aide. Présentement des « casques bleus »… Faut dire que dorénavant, à Sevran, ça se canarde à l’Uzi. En plein jour. Pour des histoires de came. C’est à croire que le Plan Marshall promis par le candidat Sarkozy en mars 2007 [1] a échoué, et dans les grandes largeurs. A moins que…
A moins que, de Plan Marshall [2], il n’y a pas eu. Jamais.
Ou alors, des clopinettes. Une misère d’euros.
Et, sporadiquement, pour faire genre, épater la galerie médiatique, l’envoi d’escadrons armés jusqu’aux dents, méchamment sapés à l’américaine, le toutime survolé par un hélico – qui, va savoir, diffuse du Wagner – bref, déploiement copieux des forces dites de sécurité, coucou v’là la République, qui, comme de bien sûr, rentre au bercail une fois les caméras de télévision éteintes.
En guise de Plan Marshall, t’as donc un plan com’.
Et pis, c’est tout.
Ah bien sûr, si en 2002, le ministre de l’Intérieur, un certain Nicolas Sarkozy, n’avait pas supprimé la police de proximité [3] peut-être – c’est pas sûr, mais tout de même : peut-être – que nous n’en serions pas là. En Seine-Saint-Denis.
Oui, si de façon permanente, des ilotiers avaient pu continuer à patrouiller dans le périmètre, mais pas que (la police c’est aussi un lien social, quand c’est bien fait) et de surcroît pas des bambins sortis de l’école, des types solides, avec une expérience du terrain, allez savoir si Sevran serait à ce point insecure.
Certes, un Plan Marshall, digne de ce nom, ne se limite pas (qu’)à une présence policière.
C’est, avant toute chose, une volonté politique, d’ordre économique ET social, dont le but est de réduire drastiquement (à défaut d’éradiquer) les inégalités (de toute nature) ; inégalités et injustices qui sont sources de tous les maux : chômage, alcoolisme, suicide, violence, délinquance, etc.
Autrement dit, c’est de l’ambitieux. Et de l’ambitieux qui coûte cher. Visiblement : trop... Que voulez-vous ! On ne peut à la fois sauver les banques, l’industrie automobile ET les banlieues. Faut bien comprendre que les retraites-chapeau, les stock-options, les parachutes dorés, les paradis fiscaux, le bouclier fiscal, c’est autrement plus rémunérateur, voyez-vous, que le devenir des gueux de tous les Sevran de l’hexagone. Que les quartiers populaires, qui ne le sont pas vraiment, populaires, dans l’opinion publique. Ceci expliquant cela.
Sauf que, le candidat Sarkozy nous avait promis la rupture.
Même qu’on allait voir ce qu’on allait voir ! Ah, ça ne se danserait pas comme lors des trente dernières années, où en matière de politique de la ville, on a fait n’importe quoi – ce qui est vrai, nonobstant ! On va t’y remettre de la République et des services publics. Des écoles, fussent-elles de la « deuxième chance ». Emplois et « formation pour tous les jeunes de nos quartiers » afin que personne « ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance ».
Sur le papier, ç’avait de l’allure. Et puis, ça répondait, d’une certaine façon, aux « évènements » de l’automne 2005.
On se disait que le gars Sarkozy avait pris la mesure.
Eh bien non. Du tout.
Mais qui ça pourrait étonner ?
Quand bien même avait-il seriné « J’ai changé... » et par onze fois lors de son discours du 14 janvier 2007.
Sarkozy n’a pas changé.
C’est toujours celui qui nous dit, fanfaron, dans une forêt de micros et de caméras :
« Vous en avez assez, hein ? Vous avez assez (sic) de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser ! ».
Non seulement il ne « les » en a pas « débarrassés » mais il a copieusement augmenté le problème par son « immobilisme ». Soit, en continuant une politique absurde et vaine. Qui ne s’attaque pas, concrètement, aux sources de la délinquance et tutti.
Qui plus est, il poursuit (via Alliot-Marie, Hortefeux puis Guéant) ce qu’il entreprit quand il était ministre de l’Intérieur, une politique bêtement répressive, ponctuelle, ô combien médiatique, de celle qu’épate les gogos, mais qui ne résout rien, bien au contraire.
Il n’y a pas de répression sans prévention. D’économique sans social. De fermeté sans générosité.
Le PS et la gauche en général seraient bien inspirés de se saisir de ce dossier. De faire la démonstration de l’inefficacité de Nicolas Sarkozy en la matière. Ce que Ségolène Royal n’avait malheureusement pas fait lors de la campagne présidentielle 2007, alors que déjà, le bilan de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur était un échec camouflé par des coups médiatiques et des chiffres Bauerisés.
Cette fois, il conviendrait que la gauche appuie là où ça fait mal. Tant c’est un boulevard. Qu’il ne faudrait pas laisser au Front National [4]
Il est urgent que la gauche, outre la critique, le constat, fasse des propositions concrètes, chiffrées. Qu’elle nous décrive ce que sera sa politique de la ville, en formant le vœu qu’elle saura se montrer ambitieuse, ferme et généreuse.
Or donc, en s’attaquant prioritairement aux sources des maux, et non uniquement à leurs conséquences.
[1] « Si je suis élu je mettrai en œuvre un grand plan Marshall de la formation pour tous les jeunes de nos quartiers, pour qu'aucun ne soit laissé de côté, pour que chacun puisse tenter sa chance, pour que chacun ait un emploi. » [Nicolas Sarkozy – 18 mars 2007 – Discours du Zénith]
La candidat Sarkozy promettra à nouveau un Plan Marshall pour les banlieues, le 2 avril 2007, à l’occasion d’une conférence de presse sur son projet présidentiel, puis le 13 avril 2007, à Meaux, où il interpellait Yves Jégo :
« Cher Yves Jégo, je ne veux plus une politique de la ville, je veux un plan Marshall pour les banlieues. Un plan Marshall qui s'adresse à tous ceux qui veulent créer de la richesse et des emplois, à tous ceux qui veulent bénéficier d'une formation pour trouver du travail. Parce que le plan Marshall que je propose ne concernera pas seulement les immeubles et les murs, mais aussi et surtout les hommes et les femmes de bonne volonté. »
[2] En réalité, le Plan Marshall promis fut soldé en février 2008. Soit : avant la crise.
[3] « Plus que jamais, la police de proximité fait défaut. Contrairement à ce qui est plaidé, préconisé, annoncé, vidéosurveillance, drones (!), etc, plus la situation s’envenime et plus une police de proximité serait nécessaire. Ou plus exactement l’état d’esprit qui animait cette orientation. La police, c’est par définition de la proximité. Dès lors qu’on fait une partition des missions policières, c’est de la politique.
Et c’est en partie pour cela que les relations police/population n’ont cessé de se dégrader.
La police se trouve au cœur de la réalité des effets de la férocité sociale, économique, et la délinquance. Même s’il se trouve aujourd’hui des idéologues pour affirmer qu’il n’y a pas de lien entre la délinquance et la précarité… » [Bénédicte Desforges – 13 décembre 2010]
[4] Lors des dernières cantonales (mars 2011) on a pu observer une poussée du FN dans les banlieues.
Concernant Sevran, le candidat frontiste se classa second au premier tour avec 22,92% des suffrages exprimés (abstention : 70,19%).
Il devançait les candidats du PCF (22,15%) et de l'UMP (12,38%).
20:08 Écrit par Philippe Sage dans Opinion, Sarkozysme | Lien permanent | Commentaires (47) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sevran, stéphane gatignon, seine-saint-denis, banlieues, quartiers populaires, police de proximité, bilan de nicolas sarkozy, plan marshall, politique de la ville, précarité, délinquance, front national |
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