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31 mai 2011

A Ce Jour, Le PS Ne Mérite Pas D’Etre Au Second Tour

On peut espérer, comme Pierre Marcelle (dernier des Mohicans au quotidien Libération) que « tout ça [soit] plutôt bon pour la (vraie) gauche ? ». Comprendre par « tout ça », la « chute de DSK ». Sauf que, la réalité est autre. Elle est impitoyable. Dévastatrice. Désespérante. Tant DSK était ô combien utile ; un arbre immense destiné à cacher une bien triste forêt.

En-Colère.jpgOui, il était bien pratique ce DSK. Le candidat idéal. Au CV impeccable. C’était LE professeur. Celui-là même qui faisait la leçon à Sarkozy en mars 2002… Qu’allait le ventiler façon puzzle en mai 2012.

DSK ! L’homme qui plaisait à la droite, au centre, un peu (moins) à gauche, aux banquiers, au MEDEF, aux économistes, enfin, à tous ceux qui veulent préserver, bec et ongle, le « système ». Soit, les mêmes qui, en 2005, et chaque jour que les descendants de Miss Thatcher faisaient, enclumaient sur tous les médias que nous devions voter « Oui » au Traité pour une Constitution Européenne.

DSK ! Un représentant de la sociale-démocratie finissante, mais, également, le « tout-puissant » Directeur Général du FMI, l’homme qui, à en croire les ceusses précités, aurait « sauvé la zone euro ». Un gestionnaire hors-pair. Or donc, une destinée toute tracée. Après tout, François Mitterrand n’a-t-il pas dit :
« Après moi, il n’y aura plus que des comptables ! ».
Comptable du « système », gestionnaire de la « crise », elle est pas belle, la vie ?

Avec un tel homme, le PS, n’avait pas besoin d’un programme ou d’un projet.
C’était lui, DSK, le programme, le projet.
C’est aussi cela que sa « chute » révèle.
Sans lui, le PS est comme mis à nu, pris en flagrant délit de vacuité.

La rénovation ? Ils l’ont zappée ! Pourquoi vouliez-vous qu’ils se rénovent « en profondeur » étant donné qu’ils avaient – dès 2007 – trouvé leur vainqueur potentiel ? L’homme, le providentiel, qu’allait les laver, enfin, et définitivement, de l’affront, celui du 21 avril 2002. Car, ce ne sont pas quelques victoriettes aux régionales, aux cantonales et autres municipales qui pouvaient effacer un tant soit peu cette humiliation, oh non ! Tant on ne soustrait pas des navets à des carottes.

Non mais regardez-les, à présent, ces zozocialistes, comme ils rament ! Leur baobab est tombé, salement, et voilà que nous la voyons, la forêt ; un terrain vague, en vérité.
Un désert d’avenir.
De fait, et d’une certaine façon, il a raison Pierre Marcelle, oui, ce « tout ça » est « plutôt » une bonne chose. Au moins, nous voici affranchis, au parfum. Sans DSK, plus rien ne tient. Ça sent la rustine, ça pue la paresse. Aucune pensée, ni idées nouvelles. Aucun socialisme. Pas la moindre réponse à la crise actuelle. Pas de souffle, pas de beauté, pas de vie.

Pourtant, ici et là, et pas n’importe où, ça se révolte, ça s’indigne, ça bouge, y’aurait de quoi en tirer des leçons, s’exalter, quitte même à surfer sur. Tirer son épingle. Se laisser porter par…
Pensez-vous !
C’est comme si le monde n’existait pas, passée (la rue de) Solferino… Peu leur chaut, Fukushima, les printemps arabes, les grecs encolérés et tutti.
Quant à la mondialisation, alors là, c’est le néant. Et qui s’en empare ? Mélenchon, Dupont-Aignan et… Marine Le Pen, même que c’est à cette dernière que ça rapporte, nous dit-on ; sur la mondialisation, elle capitalise, la souris ! Et après, ça viendrait chouiner, lansquiner, ah mon dieu, mais courons-nous vers un autre 21-avril ?
Mais dans le cas où cela se produira, qui en sera responsable ?
Qui n’aura pas entendu les souffrances du peuple ?
Qui n’en aura pas tiré les leçons ? Où sont les réponses, les idées, le projet ?
Où est l’alternative ?


A ce jour, le PS ne nous propose rien. Sinon : gagner en 2012. La belle affaire ! Mais gagner pour faire quoi ? Pour aller où ?
Pour continuer ainsi, bon an, mal an, sans aucune remise en question du « système », avec de pauvres ajustements à la marge, un peu plus de policiers par ici, de magistrats par là, quelques emplois (précaires) pour les jeunes, une égalité salariale homme/femme qu’on nous promet depuis lustres sans jamais s’y coller, une réforme fiscale faite de bric et de broc, et ainsi de suite… C’est-y pas, un tantinet de trop, nous prendre pour des beribonos de compétition ?

Quant à la cohérence, alors là, vous repasserez. Quand je vois Fabius et ses amis préparer le prochain quinquennat « socialiste », autrement dit les mêmes qui, en 2005, défendaient le « Non » au Traité pour une Constitution Européenne, ça vaut une peignée. Une belle déculottée en 2012.
On ne peut pas, ainsi, et impunément, retourner sa veste, suivant les échéances.
On ne peut pas, ainsi, se moquer constamment du monde, et du peuple de gauche, en particulier.

Or donc, à ce jour, le PS ne mérite pas d’être au second tour. A quoi et à qui cela servirait ?
Le PS n’a pas travaillé, il n’a pas pensé, il ne s’est pas rénové. Il s’est laissé vivre. C’est une coquille vide, un bateau clairement libéral sans envergure, un cimetière.
Pour quelles raisons objectives les ouvriers, les classes moyennes, les précaires, les chômeurs, les exclus de toute nature, donneraient leurs suffrages au futur candidat du PS en 2012 ?... Pour éviter cinq ans de plus avec Sarkozy ?... C’est assez maigre comme raison. C’est même très insuffisant. Le peuple réclame plus. L’exigence. 
Et ce n’est pas dix mois qu’il reste, quand on sait ce que c’est qu’une campagne présidentielle. C’est à peine six. Six mois pour proposer un véritable projet de société tenant compte des souffrances, des sacrifices. Six mois pour tirer les leçons de la « crise », des « révolutions », des « indignations ».
Six petits mois pour que « la chute de DSK » s’avère « plutôt une bonne chose pour la (vraie) gauche ».


26 mai 2011

Le Pays Joyeux Des Blogueurs De « Gauche »

Vingt et quatre blogueurs ont publié une lettre [1] à destination des responsables de la gauche…
Considérant que Nicolas Sarkozy est « un redoutable adversaire en campagne électorale » et que Marine Le Pen « sera vraisemblablement au second tour », ils invitent les partis de gauche à « dépasser [leurs] clivages et les rivalités d’appareils » afin « de travailler ensemble à une plateforme commune et à la désignation d’un candidat unique pour toute la gauche »… Initiative qu’on pourrait saluer, qualifier un peu hâtivement de sympathique – voire de : naïve – mais qui, surtout, à la réflexion, fait fi d’une réalité électorale, structurelle, propre à la présidentielle.

Candidat-Unique-de-la-Gauche.jpgOr donc : « un programme, un candidat… et la victoire en 2012 » !
C’est fantastique ! Je signe tout de suite. Pour cette victoire virtuelle. Ce conte de fées. Ce scénario angélique. Et comme ce serait chouette, non ? De voir, unis, bras dessus, bras dessous, le PS, le Front de Gauche, les Verts, le NPA, Lutte Ouvrière et le Schivardi de l’année, s'en aller défier le Sarkozy et la frontiste, scandant à tue-tête :
« Tous ensemble ! Tous ensemble ! Ouais ! ».

Mais, allez savoir pourquoi, le refrain qui me vient direct au ciboulot, serait plutôt :

« Voici venu le temps des rires et des chants/Dans l'île aux enfants/C'est tous les jours le printemps/C'est le pays joyeux des enfants heureux... ».

Nonobstant le fait que cet appel sent la pétoche à plein nez, celle de voir le candidat du PS se ramasser dans les grandes largeurs dès le premier tour (se « jospiner » en quelque sorte), un traczir semblant trouver sa source dans le fait que Marine Le Pen « sera vraisemblablement au second tour » - mais j’y reviendrai – il pose tout de même un énorme problème qu’est celui du second tour.

En effet, si nous avons un candidat unique représentant TOUTE la gauche pour cette présidentielle 2012, où va-t-il, ce malheureux, trouver d’autres voix pour l’emporter au second ?
Sont-ce les électeurs pénistes qui par haine délirante de Sarkozy, vont d’un seul homme, reporter leurs suffrages du premier tour sur sa brave personne unifiée ? Sont-ce les falots Centristes ? Les chasseurs et autres pêcheurs ? Les souverainistes de sieur Dupont-Aignan ? Croyez-vous ?

Alors on me dit les Centristes. A priori... Ne furent-ils pas 40% à se tourner vers Ségolène Royal au second tour de la 2007 (et autant vers Sarkozy : match nul, donc) ?
Certes. Mais :

1 – Ce ne fut pas suffisant.
2 – Le candidat de TOUTE la gauche rassemblera beaucoup moins de voix centristes que Ségolène Royal au second tour, car justement, il représentera TOUTE la gauche : Verts, mais surtout Front de Gauche (avec des communistes dedans), NPA, LO, notre Schivardi de l’année, soit des sensibilités qui rebutent notre centriste de base, tant on ne lui connaît pas des affinités trotskistes, pas même marxistes.

Bref, en un mot, comme en cent, où sont les réserves de voix, pour faire la différence au second tour ?

Car, voyez-vous, et quand bien même une présidentielle à seize candidats tiendrait plus du folklore que de la démocratie, la multiplication des candidatures, aussi bien à droite, qu’à gauche, permet aux deux qualifiés pour le second tour, d’aller « puiser » dans les voix des éliminés du premier. C’est d’ailleurs une des raisons poussant certains observateurs – et comme ils sont nombreux, itou – à nous assurer que la frontiste ne peut pas gagner la présidentielle, vu qu’elle est toute seule. Quelque part, elle représenterait une sorte de candidature unique (en son genre).

Alors, à moins que notre Casimir, alias le candidat unique de TOUTE la gauche, ne l’emporte dès le premier tour, je ne vois pas COMMENT sans réserve de voix, il peut battre Sarkozy au second.
A moins que, TADAAAAAM ! nous vivions un « 21-avril à l’envers », soit un duel Gauche/FN, et là, nous sommes d’accord, peu nous chaut alors les réserves de voix.
Sacré pari, cependant (Patrick Buisson, conseiller de sa Majesté sarkozoïde, ferait – dit-on – le même, mais dans l’autre sens...) !
Sacré pari, car rappelons que nos blogueurs rappellent – à juste titre – que Nicolas Sarkozy est « un redoutable adversaire en campagne électorale ». Ce qui est vrai. Et un « futur papa » qui le fera savoir, fort habilement, de surcroît. Sans oublier cette « affaire DSK » qu’il n’omettra pas de remettre au premier plan… De fait, le « 21-avril à l’envers », je n’y compterais pas trop.

Alors quoi ? Marine Le Pen. C’est elle qui (leur) ferait peur ?
C’est elle, oui, puisque nos aimables blogueurs nous disent, qu’elle « sera vraisemblablement au second tour ». Alors éliminons cette vraisemblablitude par une candidature unique ! Génial, non ?
Mais, qui nous dit qu’elle « sera vraisemblablement au second tour », sinon... certains sondages ? Ces sondages que nos mêmes blogueurs, dans la même lettre, qualifient de « volatiles » et de « pas fiables ». Ou quasi. Faudrait savoir !
La peur est bien mauvaise conseillère, tout comme les sondages quand on a trop les yeux rivés dessus.

Je passe, bien évidemment, sur l’invraisemblablitude d’une telle union. Juste dire, tout de même, que si elle n’est pas possible, ce n’est pas (seulement) en raison des « clivages » ou des « rivalités d’appareils » c’est aussi parce que nous avons (pour faire très court) d’un côté une sorte de libéralisme de gauche, une inscription assumée dans le « système », et de l’autre, un socialisme véritable. Et il est primordial que ces deux logiques, ces deux programmes, soient proposés aux électeurs de ce pays.
On peut espérer, bien sûr, je le comprends, qu’il n’y ait pas, comme en 2002, trop de candidats à gauche. Ceci étant, Jospin avait considérablement raté sa campagne et il est, en grande partie, responsable de son échec. Ce n’est pas Chevènement, Taubira, Laguiller, Mamère, Besancenot, Hue et Gluckstein qui ont directement « éliminé » Jospin. Ce sont les électeurs.

En démocratie, la moindre des choses, c’est que l’électeur puisse s’exprimer. Faire un choix. D’autant plus lors d’une présidentielle à deux tours et au scrutin majoritaire... Priver l’électeur de ce choix, l’amputer d’une certaine façon, aux prétextes que les autres compétiteurs sont « redoutables » ou seront « vraisemblablement au second tour » n’est pas anti-démocratique, non, c’est juste la manifestation d’une peur, et aussi, d’une envie de gagner à tout prix… A tout prix !
Cela relève de l'aveuglement. Et d’une méconnaissance des mécaniques d’une telle élection. Qui fonctionne sur deux tours. Et non pas sur un.

Le dernier qui pensait qu’une candidature unique serait extraordinaire, un formidable signal envoyé au français, à ce point que ledit candidat unique, disait-il, pourrait être élu dès le premier tour, c’était : Nicolas Sarkozy... Son candidat : Balladur. Qui sera balayé au premier tour... Certes, il ne fut pas « unique ». Mais il n’en reste pas moins que, quand on connaît le paysage politique (plutôt droitier) de notre pays, parier sur une candidature unique de TOUTE la gauche, c’est assurément perdre en 2012. Car sans réserve de voix, tu t’arrêtes là... Ah, t’auras fait un super premier tour, mais le vainqueur dans cette configuration, c’est : Nicolas Sarkozy. Cinq ans de plus, et les doigts dans le nez ! Ah, comme on est loin du « pays joyeux » des blogueurs de « gauche »…

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24 mai 2011

Passée La Sidération…

Nous sommes perdus. Nous ne savons plus. Déjà, qu’on doutait… Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Les évènements, majeurs ou pas, s’accélèrent. Il faudrait se pencher, revoir, les autres années, a-t-on déjà vu et subi autant en si peu de temps ? La sidération, ça n’est pas uniquement DSK, c’est un enchaînement d’évènements. Et nous voici spectateurs, impuissants, comme rarement nous l’avons été.

No-Future-par-Banlsy.jpgEst-il besoin de dresser la liste ? De tout ce qui s’est produit depuis – disons – ces dix dernières années – mettons depuis le 11-septembre – avec cette sensation étrange, désagréable, d’un inéluctable. Que ça va mal. Qu’on y va tout droit.
Est-ce la prolifération des moyens, ceux de s’informer, qui fait que, nous avons cette sensation-là, je veux dire est-ce seulement un « sentiment que » ou est-ce la « réalité » ?
Faut-il décrocher, moins consommer de – ce que l’on nomme – hardnews. Se tenir un peu plus à l’écart. Est-il possible, aujourd’hui, de penser sereinement et de recevoir des informations tout aussi sereinement. S’en donner le temps.

Ce terme « sidérant » que l’on a entendu à propos de « l’affaire DSK » est sans doute le plus signifiant, entendu jusqu’ici. Tant il pourrait s’appliquer à bien d’autres évènements, comme ceux, déjà lointains du 11-septembre, du 21-avril, des « émeutes en banlieues », et plus proches de nous, aux divers tremblements de terre ou tsunamis, à Gaza, à Fukushima, aux printemps arabes, à cette « justice [qui] est faite », à DSK, etc.
Il décrit un état, le nôtre... Nous sommes, effectivement, sidérés... On voudrait, aimerait, souhaiterait que ça cesse… En l’occurrence, l’incroyable couverture médiatique d’un mariage princier (couverture justifiée par le fait que « 2 milliards d’êtres humains » étaient censés le suivre, notamment via l’outil télévisuel) constitue une tentative par le média moins de nous divertir (encore que, il y a manifestement, ici, un but : « faire diversion ») que de nous soulager. Nous offrir un répit. Alors que, objectivement, nous n’en avons pas grand-chose à faire, ni à en tirer. C’est juste une image. Mais tout, désormais, est image…
Un mariage, une béatification, et boum ! une exécution (Ben Laden). Et tout reprend. Recommence. Machine infernale. En flux tendu. Images en boucle. Sidération again.

Alors, comme le titrait Libé, on se demande, non pas : « A qui le tour ? » mais : « quelle est la sidération suivante ? ».
Soit : qu’est-ce qui va encore nous tomber dessus, même à des milliers de kilomètres, peu importe, c’est bien sur nous que ça tombe. Et ça finit, par accumulation, de nous broyer. Littéralement.

L’autre terme qui surgit, en creux, c’est « dévasté ».
Nous sommes dévastés, avec cette sensation que tout s’écroule et que nous n’y pouvons rien. J’entends par « tout s’écroule », nos illusions, nos rêves, nos espoirs.
Pour certains, ces illusions, rêves et espoirs, s’étaient portés sur un homme. A tort ou à raison, là n’est pas la question… Il est à ce propos, intéressant de noter, qu’une bonne partie de ceux qui ne l’appréciaient pas, pour diverses raisons, principalement politiques, idéologiques, ceux-là aussi ont été sidérés, sont même « tombés en empathie ». Justement, parce qu’il représentait un espoir pour les autres (et les médias).
Quoi qu’ait fait cet homme, ou pas fait, innocent ou coupable, peu importe au fond, nous voilà perdus. Vers qui se tourner ? Que faire ? Et pour quoi ? Comment « sortir de là » ?

Les éditocrates, les journalistes, les observateurs, nous disent que « les cartes sont rebattues ». Mais de quelles cartes parlent-ils ? Qui dit cartes, dit jeu (ou stratégie). Jeu politique, en vérité. Mais en quoi cela nous concerne-t-il ? Ce que nous attendons, ce sont des perspectives, des idées, des projets. Un espoir. Qui les porte ? Est-ce les Espagnols, Puerta Del Sol ? Est-ce eux qui, par leur volonté, leur détermination, vont nous sortir de cet état, celui de sidération ?

Parce que, si en France (qui, comme la plupart des pays du monde, connaît une crise sans précédent) on n’observe aucun mouvement, pas la moindre manifestation d’envergure (comme celles de 1995), c’est aussi parce que nous sommes, depuis lustres, sidérés.
Bien sûr, il y a d’autres explications : le fait que « la crise » n’ait pas touché la majorité des Français. Sinon, et principalement, les plus vulnérables. D’autres aussi ont été touchés, mais pas en assez grande quantité pour déclencher un vaste mouvement ; ces autres qui, de surcroît, bon an, mal an, parviennent, péniblement, à s’en tirer (et n’ont d’autres soucis que de protéger le peu qui leur reste : emploi, toit, etc.). Et s’ils s’en tirent, c’est notamment grâce à notre système de protection sociale, sans lequel, nous vivrions aujourd’hui, ce que vivent les Espagnols, les Grecs, les Irlandais, les Portugais, etc.

Mais on ne peut faire fi de l’état de sidération. C’est une clé importante. Elle prend sa source le 11-septembre (évènement mondial) se poursuit le 21-avril (évènement local) et depuis, c’est non-stop ; ou du moins, avons-nous cette impression.
Et « la chute de DSK », avec cette avalanche d’images, images d’un français, un des « nôtres » (nous sommes donc, quoi qu’on en dise, touchés dans notre chair, humiliés, terrassés) et puissant de par sa fonction, valorisante (quoi qu’on en dise, là encore) pour la France, pour « nous », nous enfonce un peu plus dans cet état de sidération. La paralysie. C’en est trop !

Cet état-là, de sidération (quasi) permanente, nous a amené à croire en « l’homme providentiel ». D’autant plus que les médias, dans leur grande majorité, ont contribué à nous le présenter comme tel. Une évidence.
Nous n’avons pas mis, plus que cela, en question cette évidence. Parce que, justement, elle nous apparaissait comme une « porte de sortie » (et non, Del Sol). Je veux dire par là, qu’avec cette porte, nous pensions que nous sortirions de cet état de sidération. Nous irions mieux. Et n’avait que peu d’importance, au fond, le projet que cet homme portait.

Cette « chute » incroyable, cet évènement que, donc, on a qualifié de « sidérant », est en réalité plus que cela. Nous sommes passés au-delà de la sidération. Etant donné que nous étions déjà en cet état. C’est en ce sens que je dis que nous sommes perdus. Complètement paumés. Dévastés. Car, passée la sidération, que peut-on espérer ? Qu’y a-t-il après ? Une Puerta Del Sol française ? La résignation par les urnes ?
Ou alors, le déclin.
Oui, n’est-ce pas plutôt le déclin qui nous guette et que nous sentons venir ? Passée la sidération


21 mai 2011

Primaires Socialistes : La Grande Entourloupe

Parfois, on prend sur soi. Et on achète Marianne. Pourquoi ? Parce que l’hebdomadaire (n°735 - semaine du 21 au 27 mai 2011) claironne en Une qu’il a rencontré Dominique Strauss-Kahn. Une conversation « off » en date du 29 avril 2011 [1]. Mazette ! Si ça se trouve, il y a dans ces « offs » des éléments, enfin quelque chose qui pourrait nous aider à comprendre ce qui s’est passé trois semaines plus tard…. Du tout. Pourtant, c’est loin d’être inintéressant.

Ce-Que-DSK-Nous-A-Dit.jpgOh, je vous avoue que sur trois pages entières, l’intéressant prend en tout et pour tout, un petit paragraphe... Où il est question de « Martine » de « François » et de « Ségolène » .
Il va sans dire que DSK tresse (et non : trousse) des lauriers à la première secrétaire du PS.
Ségolène Royal ? Ce n'est « plus un obstacle »…
Quant à « François », alors là, c’est du velu.
Il « reconnaît les qualités d’Hollande » mais… « s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet » DSK confie que : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ». Ce qui signifie ?… Pour comprendre, il faut revenir à la présidentielle 2007.

En 2004, le PS – à l’en croire – « lave l’affront » du 21 avril 2002 en triomphant aux Régionales. Dans ce triomphe, un emblème, un symbole : Ségolène Royal. Elle a bouté hors de la présidence de la région Poitou-Charentes, Jean-Pierre Raffarin alors… Premier ministre. Personne alors, au Parti Socialiste, ne peut se douter que la « dame de Melle » va faire de cette victoire un incroyable tremplin. Véritablement, personne, dans ce qu’on appelle « l’appareil » du Parti ne l’a vue venir. Et pour cause : elle ne bénéficie d’aucun réseau. Elle n’incarne aucun courant.

Pourtant, elle va réussir l’impensable (même Duhamel ne l'avait pas envisagé, c'est dire !j'ironise, bien sûr).

On peut ne pas apprécier, pour diverses raisons, Ségolène Royal – ce n’est pas ma tasse de thé, non plus – mais ce qu’elle a fait entre 2004 et 2007, est un vrai tour de force. Elle est parvenue à rendre sa candidature à la présidentielle incontournable. Or, l’appareil du PS n’en voulait pas... Qui ne le sait pas, aujourd’hui ? Ce n’était pas leur candidate. Le « Tout Sauf Ségolène » n’était pas une invention, un fantasme, c’était réel.
Seulement voilà, les sondages (en 2006) étaient avec elle. Ils disaient que c’était la seule qui pouvait battre Sarkozy. De fait, pourquoi vouliez-vous que les militants fassent un autre choix ?... Pour avoir assisté à la dernière réunion des Primaires 2006 (le 9 novembre à Toulouse-Labège), et quand bien même étions-nous dans un fief plutôt « fabiusien », je peux vous certifier que lorsqu’elle prît la parole, les quolibets fusaient. Mais, quand j’interrogeais les rieurs, ils m’avouaient qu’ils voteraient pour elle. Parce que les sondages... Ce n’était vraiment pas leur choix de cœur.
Je ne vais pas refaire ici la liste de toutes les peaux de banane que l’appareil a glissées sur le parcours de Royal. Mais rien, rien ne lui a été épargné. Et, durant sa campagne, celle de 2007, l’appareil ne l’a pas soutenue. Pas d’enthousiasme, frilosité à la défendre quand elle s’est retrouvée en difficulté, etc. ; bref, le strict minimum.
Certes, si elle avait gagné, « ils » se seraient rangés derrière elle, mais « ils » n’y croyaient pas. Pis : « ils » espéraient qu’elle se ramasse, et pourquoi pas, dès le premier tour [2].
On connaît l’issue, c’est une défaite.

C’est là, que débute ce que l’appareil appelle « la rénovation », mais qui en réalité, est une « reprise en main » du Parti en vue de 2012.
Elle commence(ra) avec l’élection du premier secrétaire (novembre 2008).
DSK est alors Washington. Mais ses lieutenants (Cambadelis, Moscovici, etc.) sont « aux ordres », et donc, à la manœuvre. Le nom du premier secrétaire est validé, ce sera Martine Aubry. Point barre. Seulement voilà, Ségolène Royal ne l’entend pas de cette oreille. Encore une fois, elle étonne son monde. Sa motion est majoritaire. Vous connaissez la suite… Tricherie ou pas ? Bourrage des urnes ou pas ? Quoi qu’il en soit, comme prévu, c’est Martine Aubry qu’est élue.
Fin du premier acte.

A partir de là, une stratégie se met en place. Elle est simple : « on » va verrouiller les Primaires. Pas question de se faire « doubler » comme en 2006. C’est le fameux « pacte de Marrakech ». Un pacte, qui, on le voit bien, a été conclu bien avant !... Mais bon, restons sur ledit pacte de Marrakech... Il se contracte entre quels protagonistes ? Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Intéressant, non ? Oh que si ! Car dans ce pacte on retrouve les deux vaincus de la Primaire 2006 : DSK et Fabius. Que le monde du PS est petit, n’est-ce pas ?...
On connaît la nature du pacte. DSK sera le candidat du Parti, l’appareil, pour 2012, mais, si jamais, pour une raison X, il ne pouvait se présenter, alors « tout le monde se rangera derrière Martine »... Mais qu’est-ce qui pourrait empêcher DSK « d’y aller » ? Vu que tout est borduré. N’est-ce pas le tout-puissant Directeur Général du FMI, qui pendant la « crise » aura fait « un excellent travail » ? Un homme dont la stature est clairement « internationale » !

Certes, il y aura une « alerte » en octobre 2008. La fameuse « affaire Piroska Nagy ».
Il ne faut, à ce propos, jamais oublier que concernant cette « affaire » les médias américains ont été particulièrement sévères et virulents avec DSK. Bien plus que nos « complaisants» médias français… Mais qu’en disaient les socialistes à l’époque ? Eh bien ils étaient tous derrière DSK. Y compris, à droite... Il faut relire les déclarations, elles sont éloquentes. En voici une d’un strauss-kahnien :
« S’il est blanchi, on se dira juste qu’il est incorrigible. S’il est contraint de quitter le FMI (…) c’est un gâchis » [Libération20 octobre 2008].
« Incorrigible »... Que voilà un terme qui résonne particulièrement aujourd’hui !
Tout comme celui de « gâchis »…
Un autre de ses proches (toujours dans le quotidien Libération du 20 octobre 2008) déclarait que :
« Son seul schéma pour 2012, c’est sa réussite au FMI. Une démission lui fermerait les portes »...
Et que dire de cette phrase :
« Il est important qu’il sorte du FMI proprement »…
Mais l’affaire se tasse puis se résout, DSK reste en place, tout le monde oublie, le voilà intronisé « sauveur de l’Europe » et, cerise sur le gâteau, coucou, voilà les sondages. Ils ne le donnent pas vainqueur pour 2012, mais triomphateur. DSK « écrase » Sarkozy.
Fin du deuxième acte.

Le troisième acte, on le connaît, il est « sidérant ».

Mais que ce troisième acte ne nous fasse pas oublier les deux premiers. Tant ils en disent long sur les Primaires 2011. Un simulacre, en vérité.
Reprenons ce que dit en « off » DSK dans Marianne :
« s’il [Hollande] maintient sa candidature dans la course élyséenne au-delà du 13 juillet (…) sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ».
Que nous dit cette phrase (qui sonne comme une menace et qui est, de surcroît, particulièrement violente : « sa vie politique s’arrêtera et il n’aura rien ») ?... Sinon que DSK est persuadé de remporter les Primaires !... Tout est fait, organisé, planifié, pour qu’il soit le vainqueur (et les sondages sont avec lui, comme ils l’étaient en 2006 avec Ségolène Royal). Il ne peut pas y en avoir d’autre(s).
Et quand il dit : « il n’aura rien », il est déjà Président de la République ! « Rien » ça veut dire : aucun ministère. Pas même un poste de sous-secrétaire d’Etat !
Or donc, ce sera « la fin de sa vie politique » (vu son âge). Ainsi, en a décidé « l’appareil » du PS : si François Hollande se « maintient », il sera châtié...
Mais quel aveu ! La preuve (en creux) que ces Primaires ne sont qu’une vaste entourloupe.
Oh oui, il y aurait eu un vote, mais l’affaire, vous le voyez bien, était pliée... Ce n’est pas tricher, nous sommes d’accord, c’est juste de la politique politicienne, ou comment rendre évident un choix (ou : forcer un scrutin). Aussi évident que celui (contraint) de 2006.
J’en suis fort marri, mais je dois reconnaître que sur ce coup-là, c’est le triste Zemmour qu’avait vu juste quand il assénait que « ces Primaires n’étaient que du pipeau ». Tu m’étonnes ! Elles sont (étaient, plutôt) « verrouillées ».

Mais voici le quatrième acte. DSK est « out ». François Hollande (tiens donc !) devient le nouveau favori... des sondages. Or, l'appareil n'en veut pas. C'était « Dominique » ou « Martine ». Personne d'autre(s)...
Et l’on voit bien ce qui est train de se passer.
Et qui ne fait que confirmer la thèse des Primaires « bidons ».

Bartolone, lieutenant de Fabius (un des trois du pacte) demande à ce qu’on annule les Primaires et que les socialistes se rangent derrière la première secrétaire. Il n’est pas le seul. Même si tous ne parlent pas de liquider les Primaires. Mais on voit, et très clairement, que les uns, les autres, activent les courants, les réseaux, font pression sur, pour qu’au final, il y ait un vaste mouvement, quasiment une vague, en faveur de Martine Aubry. Parce qu’elle est est LA « candidate (par défaut ou de substitution) » de l’appareil. Et qu’il est hors de question que des « urnes » sorte un autre nom que celui validé par le Parti. Il n’est pas question de revivre 2007.
CQFD.

Mine de rien, cette « petite phrase » de DSK, dans ce numéro de Marianne, est un autre « (petit) coup de tonnerre ».
Décidément, cet homme a(vait) bien des « failles ». Bien trop de certitudes. Péché de vanité. D’orgueil.
Mais par lui, et à travers lui, on parvient à tout démêler. Petit à petit. Et ce n’est pas fini…

Quant aux Primaires, « sympathisants de gauche » vous savez désormais ce qu’elles valent. C’est à vous de jouer.
Si, bien sûr, elles ont lieu…


[1] L’entretien s'est tenu le vendredi 29 avril 2011, dès 13 heures, dans un salon particulier d’un restaurant du XVIIème arrondissement parisien. Etaient présents, outre DSK, les journalistes Maurice Szafran, Jacques Julliard, Nicolas Domenach, Denis Jeambar, et Anne Hommel, chargée des relations de DSK avec la presse française.

[2] A quelques jours du premier tour de la présidentielle 2007, le 19 avril, nous (Sud Radio) recevions François Hollande. Et là encore, ce fut ce qu’il nous confia en « off » (pendant les coupures pub) qui nous intrigua... Plusieurs fois, il nous demanda si nous pensions que Ségolène Royal pouvait passer le premier tour. Insistant sur le score « sondagier » de Jean-Marie Le Pen, peut-être « sous-évalué » d’après lui.
Bref, il craignait, manifestement, un autre « 21-avril ».

20 mai 2011

Affaire DSK : La Grande Poubelle Médiatique

Un naufrage. Voire : pire que ça. Car, oui, c’est bien le fond du fond que nous avons touché. A tous les niveaux. Presse, radio, télé, Internet, etc. Rien, ne nous aura été épargné. Un déluge de commentaires délirants, quand ils n’étaient pas graveleux, à vomir. Ils sont peu ceux qui ont su se tenir. Ils sont rares ceux qui ne se sont pas mêlés à la meute. Mais qu’à cela ne tienne, la « page tournée », ils remettront ça, à la prochaine « affaire » tant la mesure, la distance, l’éthique, la dignité, bref, tout ce qui fait qu’un être soit un tant soit peu civilisé, sont des notions qui leur sont étrangères.

A-Gerber.jpgLa décence, savez-vous ce que ça signifie ? Ou avez-vous tout oublié ?
Comment peut-on se « vautrer » de la sorte en élucubrations, sous-entendus, accepter de se ruer, en masse, comme des chiens, vers le premier micro tendu ?
De Joffrin à Rioufol, de Schneidermann à Plenel, de Domenach à Franz-Olivier Giesbert en passant par le "troussage" de Jean-François Kahn, la liste serait longue, quasi interminable si l’on y ajoute les pauvres déclarations de nos hommes politiques de tout bord. Tous se sont compromis. Dans des propos parfois obscènes, déplacés, insupportables.

Que l’homme de la rue y aille de son commentaire indigent ne relevant que d’un ressentiment personnel, particulièrement étriqué, nauséabond, ainsi que l’internaute (qui n’est pas si différent de l’homme de la rue) éjaculant, confortablement planqué derrière son pseudonyme, lui qui prend comme un malin plaisir à faire de l’Internet une véritable poubelle, un terrible déversoir, c’est pas qu’on finit par s’y faire – comment le pourrait-on ? – on le déplore, et comment ! Mais que des responsables politiques, journalistiques et tutti viennent sur des plateaux de télévision nous tenir des propos ineptes, débattre ( ?) dans un brouhaha dégueulasse, au mépris de tout, parce qu’ils « savaient », se « doutaient de », c’est abject… Mais ils « savaient » quoi, ces gens-là ? Allez-y, déballez, donc ! Mettez tout sur la table ! Les mails, les coups de fil, faites-vous les échotiers des égouts. C’est vrai que c’est le bon moment. C’est précisément maintenant qu’il convient de le faire, n’est-ce pas ?

Non mais, entendez-les, les chiffonniers, rappeler la « présomption d’innocence », et, dans la seconde suivante, la bafouer. Entendez-les, ces misérables, parfois les mêmes, avoir un mot pour la « victime », cette « femme de ménage de 32 ans », puis gloser à l’envi, s’étripant, s’interpellant, alors qu’il faudrait faire silence.
Mais ce sont eux, savez-vous, qui demain, viendront nous faire la leçon, toujours, encore, désignant Internet comme le mal absolu, cet espace où tout est permis, même l’innommable, alors que par leurs élucubrations, leurs scoops à balle deux, puant le rance et la rancœur, ils nous auront offert un équivalent télévisé, radiodiffusé, écrit... Un spectacle pitoyable, où l’intelligence est bannie, où seuls les instincts primaires ont droit de cité.

On eût pu espérer – allez savoir pourquoi ! – que les femmes soient plus mesurées, mais même pas ! C’est à pleurer, Clémentine Autain ! Véritablement à pleurer. Car, encore une fois, ce n’est pas le moment. Ayez au moins, les un(e)s, les autres, la stricte décence d’attendre le verdict. Avant de vous précipiter sur la « bête ».
Le verdict !
En d’autres termes que la « justice fasse son travail ». Est-ce trop demander ? De savoir se tenir. D’être responsable.

Vous n’êtes pas dans vos salons, vous n’êtes pas à table en train de bâfrer, vous tenez des propos publics. Vous n’étiez pas dans cette chambre 2806. Vous ne savez rien. Tout ce que l’on sait, c’est qu’il y a sept chefs d’accusation d’un côté, et de l’autre un homme qui les réfute. Point barre. Quand le verdict tombera, alors, peut-être, il sera possible d’en parler, voire d’en débattre, calmement. D’en tirer, le cas échéant, des « leçons ». Mais avant, c’est obscène. C’est flatter, quoi que vous en disiez, les instincts les plus vils. Les pensées les plus primaires.

Ne venez plus nous parler de populisme, s’il vous plaît ! Vous vous en êtes fait, ces derniers jours, les hérauts.
Ne venez pas nous parler de Baudis, de Bérégovoy. Tant à l’époque, là non plus, vous n’aviez pas fait silence. Elucubrant, pensant que, et si, sait-on jamais, etc.
Oui, vous êtes des « chiens ». La caravane du malheur passe, mais vous, vous restez. Aboyant, plus que jappant. Course à l’audience aidant. Et vos livres, qu’il faut vendre !

Et s’il est un verbe que je retiens, c’est « vautrer ».
Vous vous vautrez et vautrerez encore demain. Car vous n’avez aucune éthique. Plus rien de digne. Vous ne retenez rien, du passé, vous êtes fats, suffisants, croyant détenir la vérité, mais cette vérité, c’est la vôtre, elle n’a aucun intérêt, sinon celui de vous servir. Car ça, c’est votre taf. Vous servir ! De tout. Même du malheur. Rien ne vous arrête.

Sept chefs d’accusation, un homme qui les réfute, et... « et vous comprendrez donc, aisément, que nous n'irons pas plus loin dans le commentaire de cette affaire ». Voilà la phrase la plus appropriée que j’ai entendue jusqu’à présent. La seule. C’est le porte-parole du gouvernement, François Baroin, qui l’a prononcée... Je note que le président de la République aura – pour une fois – su garder le silence. Qu’à ce jour, il ne se sera pas mêlé à la « meute ». Et peu importe ce qu’il en dit, en privé. Il est question de « parole publique ». Il est question de ce que vous donnez à voir, à lire, et entendre.

Je disais, en liminaire, que c’était un naufrage. C’est au-delà.
Véritablement innommable.

19 mai 2011

Où L’on Comprend Mieux Ce Que Voulait Signifier François Hollande

Ah ! Comme ça a intrigué. Ou fait rire. Rire, plutôt… Mais qu’est-ce qu’il raconte, encore, ce François Hollande ! C’est quoi cette histoire de « candidat normal » ? C’est assez ridicule, non, comme axe, voire : comme slogan. Allons, se présenter comme un « candidat normal » pour être, demain, « un président normal », c’est une boutade, que sais-je ? Une farce (tranquille) ! Eh bien non. C’en était pas.

Un-Mec-Normal.jpgCar ce qu’il faut savoir – et ce n’est pas faute de l’avoir écrit – c’est que François Hollande n’est ni un Flanby, ni un rigolo. Chaque terme qu’il emploie est mesuré, pesé. Rien n’est gratuit. Tout fait sens... Certes, c’est à tiroir, peut-être trop fin (il va falloir travailler ce point, d’ailleurs) mais derrière ce « candidat normal », il y avait quelque chose à entendre.
Alors, beaucoup ont pensé à Sarkozy ; qu’il était visé par ce « normal ». Pour des tas de raisons...
N’est-ce pas l’hebdomadaire Marianne (et surtout, Jean-François Kahn) qui, une semaine avant le premier tour de la présidentielle de 2007, s’était fendu de moult pages nous expliquant que oh-là-là, réfléchissez bien, car cet homme, Nicolas Sarkozy, n’est pas « fou » mais tout de même, il est curieux (et « brutal »). Ceci étant, le terme « fou » avait été mentionné.
Ce numéro de Marianne portait un titre qui promettait bien des révélations : « Le Vrai Sarkozy ». Un vrai « Pschiiiitt » en réalité. Qui n’aura aucune incidence sur le scrutin. L’affaire étant pliée depuis le 14 janvier 2007, jour d’intronisation du candidat Nicolas Sarkozy avec son fameux et répété « J’ai changé ». A partir de cette date, plus aucun sondage ne donnera Ségolène Royal vainqueur…

Or donc, dans ce « candidat normal » ayant vocation à être un « président normal », tout aussi étrange que cela paraisse de se présenter ainsi aux électeurs, on aura pu voir, entendre, comprendre, une allusion à un « style », un comportement, celui de Sarkozy. Et, comme durant son quinquennat, il aura, par quelques saillies (« Casse-toi pauvre con ! » « Descends un peu le dire si t’es un homme... », etc.) bien inhabituelles chez un président de la République, et autres fantaisies (Fouquet’s, yacht, Rolex, pipolisation…) qu’effectivement, d’une certaine façon, il n’y avait pas là une « anormalité » mais quelque chose qui dénotait... Qui n'était pas dans la "norme"... Bref, ce n’était l’image d’un président ("on" a même dit qu’il n’habitait pas la fonction)... Et si l’on ajoute d’autres considérations, comme « c’est le président des riches » (alors que théoriquement, ce doit être le président de TOUS les français) oui, on pouvait penser que Hollande se présentait comme étant l’antithèse de Nicolas Sarkozy.

Mais c’était oublier qu’avant de pouvoir affronter Nicolas Sarkozy, François Hollande devrait d’abord en passer par les Primaires et battre le favori des sondages (et des médias) soit : Dominique Strauss-Kahn… Oui, je sais, ça fout le vertige. Mais je l’ai dit, chaque mot, chaque terme de François Hollande est pesé, mesuré.
Cela dit, entendons-nous bien. Ce que voulait signifier, sous-entendre Hollande, c’est que pour une grande partie des français, des électeurs (et n’oublions jamais que ce sont ceux de plus de 65 ans qui ont fait la différence en 2007) le « style de vie » de DSK, franchement libertin, aurait été incompatible avec leurs critères – pardonnez-moi – de « normalité » (pas dans "la norme" tolérée)... Or il était clair, évident, que « ce style de vie » aurait été au cœur, ou du moins abordé, lors de la campagne présidentielle... Ce n’est pas le « train de vie » de DSK qui aurait posé problème. D’autant qu’il paye ce qu’il consomme. Il ne le fait pas « au frais de ». Mais son « style de vie »... Le « style », encore une fois… Que reproche-t-on, souvent, à Sarkozy, sinon son « style » ?

Comprenez que je me place du côté de l’électeur (ce que fait aussi François Hollande, c’est à lui qu’il s’adresse). Importante précision. Et si je la fais, c’est parce que : c’est ce « style de vie » qui est en question, aujourd’hui. Et comme bien des amalgames, assez dégueulasses, je dois dire, sont faits. Comme on en tire, si hâtivement, de sales conclusions. Mais dans un pays, voire un monde, où d’aucuns pensent qu’un homosexuel est un pédophile, je ne m’étonne même pas que certains puissent penser que : parce que DSK est un libertin, alors c’est un harceleur, ou pis : un violeur. Il était facile – si je puis me permettre – connaissant ce « talon d’Achille » de DSK, de le « piéger ». Ceci dit, il faudra le démontrer. C’est pas gagné. Mais là n’est pas le sujet.

Le sujet c’est : « Qu’est-ce qu’un président normal ? » pour l’électeur. Autrement dit, ce qu’il considère comme compatible avec la fonction. A tort ou à raison. Dans un pays laïc, mais dont on nous rappelle et rabâche, et pas innocemment, les racines chrétiennes.
Voilà ce que signifie « normal ». Ou du moins, est-ce ainsi que François Hollande l’entendait : la compatibilité (selon l’électeur ; ses critères moraux avant tout) avec la fonction… Soit : ce qui lui apparaît être dans la norme.
Sarkozy, on a vu. Mais DSK ?...
Hollande, comme la grande majorité des socialistes, connaissait le « style de vie » de « Dominique ». Sarkozy, aussi. Il lui promettait d’ailleurs, et s’en réjouissait d’avance, une « lessiveuse médiatique ». Sauf que, pour les socialistes, orphelins de victoire présidentielle depuis François Mitterrand, on s’est fixé QUE sur les sondages (cette démocratie d’opinion qui, en réalité, est une manipulation de l’opinion par les médias). Et comme ils étaient écrasants. Enfin ! Ils avaient une vraie chance de reconquérir l’Elysée.

Leur cador sera tombé avant même le début des Primaires.
Et de la façon la plus terrible, « sidérante »…

Mais, de toutes les façons, comment ont-ils pu penser que « ça passerait », que l’on n’attaquerait pas, à droite (et même à gauche) DSK sur son « style de vie » ? Quand on connaît la violence d’une campagne présidentielle, où tous les coups sont permis (il n’y a que guère qu’un Jospin pour refuser d’enfoncer Chirac, en 2002, sur les « affaires ») !

Alors, voulu ou non, inconscient qui parle ou pas, dans ce « candidat normal » de François Hollande aspirant à devenir un « président normal », il y avait (et il y a toujours) un sens. Il est très spécifiquement destiné à l’électeur. Car c’est lui qui, selon ses critères, encore une fois très souvent moraux, décide de ce qui lui apparaît « normal » (dans la norme) ou pas. Compatible ou pas avec la fonction [*]…
François Hollande connaît DSK, je ne peux pas imaginer « une seule seconde » qu’il ne pensait pas à lui, aussi, quand il a décidé de se présenter aux électeurs comme un « candidat normal » (ne devait-il pas le battre avant de pouvoir en découdre avec Sarkozy ?). Tant cet homme n’a pas pour habitude d’employer des termes (aussi précis dans ce cas, et de surcroît) au hasard, à la légère, pour faire slogan ou amuser la galerie médiatique. Croyez-moi, ce type ne rigole pas. Et sait ce qu’il fait et dit.


[*] Soyons concret : en 2006/2007, Sarkozy (prie) demande à Cécila de rester à ses côtés pour la campagne. Il en va de l'avenir de cet homme. Or, nous savons, désormais, que ce couple était mort.
Et Ségolène Royal ? Lorsqu'elle entre (16 novembre 2006) en campagne (bien avant, en réalité) son couple avec François Hollande n'existe plus. Nous le savons aussi.
Pourquoi agir ainsi, taire la "vérité" ?
Parce qu'ils connaissent les "critères", les "normes" des électeurs. Jamais une majorité ne votera pour un candidat en instance de divorce, de séparation. Vous la voyez ? La "norme" ? En gardant à l'esprit qu'il s'agit d'élire celui qui va être garant des institutions de ce pays... Il dépend alors de son image sociale, familiale, rassurante. Voilà tout. C'est cela la "norme" (le "normal").
A ce propos, le fait que Carla Bruni soit enceinte, aura des conséquences. C'est une évidence. L'homme Sarkozy ne peut pas ne pas en tirer profit. De "normalité". Il le fera. Habilement. Car c'est une "image" rassurante, d'autant plus, en des temps de crise. Une image, qui plus est, de bonheur. Bref, il est en passe d'être possiblement réélu. Cet homme connaît (trop) les "codes"...


NB : Va donc lire ceci : In Bed With DSK

17 mai 2011

De Ben Laden à Strauss-Kahn (Ou : D’une « Situation Room » à Une Autre)

Deux évènements rapprochés dans le temps (1er mai/14 mai 2011). Un pays commun : les Etats-Unis. Dans un cas (Ben Laden), pas d’image. Dans l’autre (DSK), le trop-plein. Mais dans les deux cas, une couverture médiatique hors-norme, puisque ne traitant que d’un sujet et un seul en flux tendu – je pense notamment aux chaînes d’infos telles que LCI, BFMTV et i>télé.
Comprenez bien qu’il ne s’agit nullement de mettre sur le même plan deux hommes, mais (d'interroger) deux traitements de l’information. Et des termes employés, souvent similaires. D’où, la gêne.

DSK-Room-2806-live.jpgJe tiens tout d’abord à dire que je ne veux pas, ici, aborder les « faits » qui ont conduit à l'arrestation puis l’inculpation et l’incarcération du Directeur Général du FMI. Ce n’est pas le sujet (pas même sous-jacent) de cet article... J’observe, comme vous, je lis aussi, tout ce qui se dit, s’élucubre, et c’est, avant tout, la nausée qui me saisit. Notamment quand je découvre les commentaires des internautes sur les différents sites en ligne contribuant à alimenter l’idée, qu’effectivement, Internet serait une « poubelle », voire : une « saloperie » [1]… Ceci étant, les saillies, et autres remarques, d’un Yvan Rioufol, Olivier Mazerolle, Bernard Debré et consorts ne valent guère mieux. Les internautes n’ont pas le monopole de la dégueulasserie... Oui, je dis « les internautes », et non « certains internautes », car l’attitude de « certains » rejaillit sur « tous les internautes ». Bref…
Je ne m’attacherai donc pas aux « faits », car je ne sais pas ce qu’il s’est passé dans la chambre 2806. Et vous ne le savez pas non plus. Seules, et a priori, deux personnes le savent : Dominique Strauss-Kahn et la « femme de chambre de 32 ans ». Désormais c’est à la justice de trancher. Point barre. En espérant que « justice sera rendue » et non « faite ». Tant nous connaissons, désormais, la différence

Or donc, je ne veux parler que du traitement médiatique.
Hormis le fait qu’il soit – à mon sens – totalement hystérique et disproportionné (aussi bien dans le cas de Ben Laden que de DSK) est-ce le temps si rapproché de ces deux « évènements » qui conduit les journalistes à les traiter de la même façon ou quasi, et surtout – plus gênant – en employant, parfois, les mêmes termes ?

Premier point : à partir du moment où l’information « tombe » toute autre est zappée. Toutes les chaînes d’infos en continu passent en mode « Ben Laden » ou « DSK ». Ce qui peut survenir, ailleurs, dans le monde, n’est pas traité. Au nom de quoi ?... Certes, nous avons là une « information » majeure, mais qu’est-ce qui peut bien motiver une rédaction à décider que seule celle-ci occupera l’antenne pendant quarante-huit heures ?... Nonobstant, quel peut bien être le degré de recul (essentiel, pourtant, dans le métier de journaliste) que les intervenants (y compris, extérieurs) peuvent alors avoir sur ledit « évènement » ; sinon proche de zéro ?... Bref, quelle crédibilité accorder à ce qui se dit et se montre [2] dans une telle configuration ?
En réalité, nous sommes moins dans l’ « information » que dans le « scoop ». Un « scoop » dont on tire le fil jusqu’à plus soif.
De fait, et fort malheureusement, Ben Laden et DSK ne sont plus des sujets d’information qu’il convient de traiter avec toute l’acuité possible et le recul nécessaire, et finissent par se retrouver placés sur un même plan car traités, déroulés, disséqués, pareil.
Or, ils n’appartiennent pas au même champ, ils ne sont pas un même sujet.

Deuxième point : il découle du premier. A partir du moment où vous décidez d’une configuration – et nous avons vu qu’elles étaient identiques dans le déroulé, la forme, etc. – vous êtes amené à employer des termes similaires ou jumeaux (c’est purement mécanique).
Ainsi, par exemple (mais il y en aurait tant à citer !) assez vite les différents journalistes ont évoqué « les zones d’ombres » concernant l’ « assaut » des Navy Seals. Ils emploieront la même rhétorique à propos de DSK.
Dans le « récit » fourni par la police New-Yorkaise (qui, comme celui de l’ « assaut » contre la résidence de Ben Laden, varie dans le temps : Ben Laden était armé, puis ne l’était plus ; l’agression au Sofitel a eu lieu à 13 heures, puis finalement à midi…), il y aurait des « zones d’ombre » tout comme il y en avait dans le « récit » délivré par John Brennan, le conseiller de Barack Obama pour l’antiterrorisme. On pourrait alors espérer que, puisqu’il y a des « zones d’ombre », le journaliste français va se muer en Bob Woodward et mener son enquête, investiguer comme l’on dit, donc aller sur le terrain. Mais pas du tout ! Il se contente, en plateau, d’énumérer les points, émettant des hypothèses, y compris les plus farfelues [3]. Ceci étant, c’est logique. Puisque nous sommes dans le « scoop » et non dans l’ « information » - Seuls, les envoyés spéciaux aux Etats-Unis maintiennent un semblant d’information. C’est peu.

Troisième point : et c’est peut-être le plus important.
Qui fournit les « informations » ? Les « récits » ? Les images ? Les différentes autorisations ?
Dans les deux cas (Ben Laden, DSK), ce sont « les américains ». Il n’y a pas, là, une « identité » journalistique française. Elle est d’une certaine façon assujettie, et devient, dans le moins pire des cas, une petite CNN, dans le pire du pire, une énorme Fox News (je pense là, à BFMTV).
Et c’est ainsi, entre autres, que nous apprîmes que DSK s’était offert une suite à 3000 dollars. Aucun journaliste français n’a cru bon vérifier cette info incroyable, sans doute parce qu’il était resté sur les histoires de Porsche et de costards. Pourtant, un Sofitel qui propose une suite à ce tarif, c’est assez curieux... Un simple coup de fil (ou une vérification par Internet) aurait suffi à se rendre compte que cette information était fausse... La question est double : pourquoi les journalistes français n’ont pas effectué cette vérification ? Pourquoi les « autorités américaines » ont-elles « propagé » cette fausse info ? Dans quel but ?
C’est également ainsi que nous avons pu voir, lundi 16 mai, sur TOUS nos écrans de télévision (et dans la presse) un DSK menotté, suivi, plus tard, de sa comparution (filmée) au tribunal. Ce qui serait impossible en France. La loi l’interdisant (ne serait-ce que pour respecter la présomption d’innocence)... A aucun moment, les journalistes français ne se sont posé la question de savoir s’il était déontologiquement convenable de diffuser ces images. Pis : ils les ont diffusées en boucle. Ce qui nous amène au quatrième point. Qui dépasse le champ journalistique, sans l’exclure.

Quatrième point : les images. Il n’y en a pas eues de Ben Laden. Pourquoi ? Parce que : « Un homme mort n’est pas un trophée » et que, de surcroît, les photos sont « atroces » (Dixit Obama).
Un « homme vivant » (« inculpé » mais « présumé innocent ») arrêté par la police américaine semble, en revanche, en être un, de « trophée ». On l’expose, menotté, aux photographes du monde entier, on autorise les caméras à le filmer (en gros plan constant) au tribunal.
Il est intéressant de noter, en France, les différentes réactions à ces images :
« sidérant », « insoutenable », « violent », etc.
Bref, on n’est pas loin de l’ « atroce » (donc, théoriquement, de ce qui ne peut être montré).
De là à penser que « les américains » font avec DSK ce qu’ils se sont refusés à faire avec Ben Laden, de façon tout à fait assumée, consciente, et dans un but très précis, il n’y a pas loin...
Et je passe sur les Unes des tabloïds sur DSK qui, quelque part, pourraient nous ramener, ou font curieusement écho, aux (indécents) « USA ! USA ! » qu’hurlaient certains américains quand ils apprirent « la mort » de Ben Laden... Il y a là, quelque chose de troublant. De gênant… La symbolique du « trophée » s’applique à DSK, mais pas à Ben Laden... On peut s’interroger, tout de même, sur ce point. Les motivations… Et ce n’est sûrement pas un hasard, au passage, si Harlem Désir, lundi, a déclaré que le PS n’était pas « décapité, ni affaibli ». Est-ce son inconscient qui a parlé ? Car, c’est très exactement les termes qu’avait employés Barack Obama, puis la presse, après l’exécution de Ben Laden.

A vrai dire, nous sommes, ou nous étions, ces dernières quarante-huit heures dans la « situation room »... Nous devions, en regardant toutes ces images de DSK, faire les mêmes têtes qu’Obama, Clinton et leurs divers conseillers visionnant « en direct » l’ « assaut » donné par les Navy Seals. Il y a comme un effet miroir. Une similitude... Et, elle est grandement entretenue par le traitement médiatique (et les « américains »). Voulu ou non, mécanique de toutes les façons. Car il s’agit bien d’une mécanique (médiatique). Infernale. Qui fait que, nous pouvons parfois superposer les deux « évènements » dans leur déroulé, la façon de les présenter au public... Ben Laden et DSK, traités (presque) de la même façon... Et c’est, sans doute, ce qui peut expliquer la gêne que l’on ressent. Le malaise. Parce que Ben Laden et DSK, ce n’est quand même pas la « même chose ».

Enfin, derrière remarque :
Il y a dans les deux cas, Ben Laden et DSK, des « théories du complot » qui fleurissent, et pas seulement sur Internet. Dans la « vraie vie » aussi.
Autre point commun, donc.
Mais ces « théories du complot » ne sont-elles pas consécutives au traitement médiatique ? Je veux dire, par là, que le traitement médiatique de ces deux « évènements », qui relève plus du « scoop » (avec ses « zones d’ombre ») que de l’information, ne conduit-elle pas inéluctablement à la recherche d’une autre « vérité » ?
Les journalistes seraient bien inspirés de se poser la question, si tant est qu’ils s’en posent encore. A vrai dire, cette façon jumelle, cousine, de traiter deux « évènements » (aussi différents de nature) tendraient à démontrer qu’ils ne s’en posent plus beaucoup.



[1] Il est tout de même assez incroyable que des sites comme ceux du Figaro, du Nouvel Observateur, du Parisien, de Libération, etc., etc., n’aient pas une équipe de modérateurs affutés, réactifs, vigilants... Il n’est pas possible de continuer ainsi. A laisser passer des commentaires indignes, indigents, qui relèvent de la haine, du lynchage, de la bêtise la plus crasse, du déversoir. Il est urgent de mettre un terme à cette « poubelle ». Sinon, ne venons pas nous plaindre demain, et bien hypocritement, au nom de la liberté d’expression (en plus !), que des lois viennent museler l’Internet... A vrai dire, nous les aurons bien cherchées.

[2] On se souvient de l’image d’un Ben Laden mort (le fameux fake) diffusée par l’ensemble des chaînes françaises, chaînes qui, le soir, se sont platement excusées. Excuses qui sont à peine recevables, voire : pas du tout recevables. Parce qu’en réalité, en flux tendu, comme je l’ai dit, « ils » ne se posent plus de questions (déontologiques). Ils font la course « entre eux ». C’est au premier qui diffusera telle image, telle déclaration. Et, en boucle, bien sûr. Ce n’est donc pas une simple erreur, mais une erreur répétée à l’envi. Avec des conséquences, parfois, dramatiques. Irréversibles. Notamment dans l’opinion. Entre autres (car, qui peut dire ce que va devenir, ou faire, l’homme DSK, après ce traitement ? qu’il fût innocent ou coupable…).

[3] Il est croustillant de noter que c’est le même journaliste qui, par la suite, se gaussera de toutes « les théories du complot pullulant sur le Net » alors qu’il est quasiment le premier à les alimenter par, justement, des hypothèses farfelues. Et ça vaut autant pour les affaires « Ben Laden » que « DSK ». A vrai dire, il me semble que nous avons eu droit à tout, y compris au pire... Dans ce registre, du pire, je crois qu’Olivier Mazerolle est assez imbattable.

14 mai 2011

Un Politique Doit-Il Dire Tout Haut Ce Que Certains Français Pensent Tout Bas ?

C’est une professionnelle. De l’argent, des placements. Ce monde que je connais mal, elle parvient à m’y faire entrer. C’est extraordinaire, je pige tout. Bref… Et puis, voilà qu’elle évoque la « sortie de crise ». Et je sors du rôle que je devais tenir [1]. En l’occurrence, je lui demande à qui elle pense quand elle parle de « sortie de crise ». Précisant que pour le citoyen de tous les jours, ça n’est pas très concret, cette « sortie de crise ». Elle rebondit. Reconnaît que ladite « sortie » concerne, en premier lieu et avant tout, les grandes entreprises françaises et… les banques. Puis ajoute : « Vous savez, il y a toujours eu de la misère. Et il y aura toujours des gens qui resteront sur le bord de la route. On n’y peut rien ».

Hortefire-Walk-With-Me.jpgOr donc, voilà, j’avais ma réponse. La « sortie de crise » ne concerne, peu ou prou, que les plus fortunés. Et les forces vives de la nation. C’est le re-moment de boursicoter, toi qu’à un peu d’artiches de côté, de pépettes placées sur un PEA. Je t’assure… Pour les autres, la grande majorité, fins de mois ric-rac, revenus à peine médians, ou plus problématique, chômeurs, bénéficiaires du RSA, etc., faut s’accrocher. Mais à qui ?… Sûrement pas à Laurent Wauquiez.

Je sais, il s’est fait recadrer, le député-maire-ministre, à deux doigts de se faire « virer »... Mais, dès le lendemain, jeudi, dans le quotidien Le Progrès, il en remettait une louchée. Se justifiait : « J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ». Phrase faisant écho à celle prononcée par Michèle Alliot-Marie : « Ce que dit Laurent, c’est ce que disent nos électeurs » [Le Canard Enchaîné n° 4724 – 11 mai 2011].
Voilà qu’est fort intéressant. Et, en même temps, assez terrifiant.

Terrifiant, tant ce genre de saillie dévalue le politique. Et sa fonction.
Terrifiant, car Laurent Wauquiez qui est tout, sauf un crétin [2], sait pertinemment que nous – les classes moyennes et en deçà – ne sommes pas sortis de la crise (hormis, donc, les grandes entreprises et les banques, dixit la « professionnelle ») et que si « la France a mieux résisté [à la crise] que ses voisins [Européens] » ainsi qu’on nous l’a seriné, c’est en grande partie dû à notre système de protection sociale. Unique au monde.
Les « Français » et autres « électeurs » conspuant, vilipendant, ou se plaignant « tout bas » de ce « bouclier social » ne se rendent pas compte à quel point il nous a protégés. Que s’il n’existait pas, ce serait des milliers et des milliers (des millions, en fait) de citoyens qui se retrouveraient, aujourd’hui, non pas « au bord de la route » mais carrément « hors de la société », dans la misère la plus totale.
Dois-je rappeler ce que disait Nicolas Sarkozy le jeudi 25 septembre 2008 à Toulon ? [3]
Un discours, nonobstant, salué aussi bien à droite qu’à gauche…

Oh bien sûr, de ce discours, il ne reste plus grand-chose. Dans les faits. La moralisation du capitalisme a échoué – mais était-elle vraiment voulue, je veux dire mue par une volonté véritable ?
Nous savons très bien quels sont ceux qui sont sortis « plus forts » de la crise qu’ils n’y sont entrés. Si tant est qu’ils y sont entrés un jour… Vu que tout a été fait pour les « sauver ».
Seulement voilà, une élection se radine. Une majeure, puisque présidentielle. Pour le « sortant », et son parti, elle s’annonce mal. Les sondages sont mauvais, la côte de popularité est dramatiquement basse et les résultats en matière de pouvoir d’achat, de salaires et d’emplois sont calamiteux. Qui plus est, le Front National est de retour. Il capitalise, lui. Sur la misère. Le désarroi. Comme toujours... Car n’est-ce pas le Front National qui, depuis toujours, se vante de « dire tout haut ce que les français pensent tout bas » ?... « Dire », oui, mais sans jamais rien proposer. Sinon, un suicide économique et social.

D’aucuns diront : « Mais, c’est ça la démocratie ! C’est entendre le peuple ! »
L’entendre oui, mais de là à l’écouter, y’a une marge…
Et c’est justement cette marge qu’est garante et de la démocratie et de la République. A condition que le politique – le garant ultime – la respecte. Scrupuleusement… Vous souvenez-vous, d’avoir jamais entendu un de Gaulle ou un Mitterrand « dire tout haut ce que certains français pensent tout bas ». Non ?... Alors posez-vous la question du pourquoi ?... Ces hommes-là avaient une haute estime de la fonction (du politique), de la démocratie et de la République. Quoiqu’on en dise... Ils savaient les limites, le danger, la chienlit.

La fonction première d’un politique n’est pas de relayer, approuver et/ou réaliser « les fantasmes des citoyens ».
Il ne doit, en aucun cas – puisque l’on parle de devoir – se faire le porte-parole des ressentiments, des rancœurs, des aigreurs, des mesquineries, des étroitesses d’esprits... La seule (mauvaise) raison qui pourrait le pousser à le faire est la peur. De perdre… Un poste ministériel. Un mandat (de député)… De voir, son parti exploser… Oh ! ils ont beau nous dire qu’à un an des élections, les sondages se sont toujours trompés, ils fouettent, c’est évident, et copieux... La question – elle est aigüe, essentielle – est de savoir, avec cette peur chevillée au corps, jusqu’à quel point ils iront. Jusqu’où ils se renieront. Car, et de quelque bord que l’on soit, les œillères toujours il faut ôter, et convenir, être conscient, que cette droite dite traditionnelle, a des valeurs (sociales, économiques, etc.)... Qu’en restera-t-il si elle se laisse, ainsi, de Guéant à Wauquiez, gagner par la peur ?

Dans une démocratie véritable, une République « irréprochable », un homme politique ne peut pas se laisser aller à « dire tout haut ce que ses électeurs pensent tout bas ». Sinon, il liquide la politique. La démocratie. La République.
Il doit au contraire – c’est un impératif – faire preuve de courage, de pédagogie, et oser dire la vérité.
Or la vérité ne sort pas, jamais, de la rancœur, de la jalousie ou de l’aigreur.
La vérité, c’est que la crise a touché, avant tout, les plus « vulnérables » [3]… C’est intéressant, d’ailleurs, de constater que ceusses qu’en causent n’ont jamais connu la précarité. La vraie. La solitude. Totale…
Il faut savoir une chose simple : si vous n’êtes pas bien entouré (famille, amis, etc.) vous sombrez ! Et gravement. Personne ne vous aidera. Sachez-le… Et surtout pas ceux qui « pensent tout bas »… Nous ne vivons pas dans un monde qui prend le temps des autres (pas même sur Internet). Mais dans un monde (ultra) compétitif… L’égalité des chances, c’est de la foutaise. Un slogan. Et ce monde-là, nous l’approuvons ! C’est un fait. Sinon, nous nous révolterions.
Ce que je veux dire, c’est que, si nous l’approuvons – même tacitement – nous devons en accepter le prix... Et quel est ce prix ? Sa nature ? Eh bien, elle est collatérale et humaine... Il est évident que dans un tel monde, ceux qui « resteront sur le bord de la route » seront moult.
Voilà le prix de ce monde. Le prix à payer. Sans barguigner.
Et voilà pourquoi accuser le pauvre, le laissé pour compte, le décroché, de nos maux sociaux-économiques, est une immense saloperie.
Est-ce le pauvre, première victime de la « crise », qui gonfle la dette ?
Est-ce lui qui met en péril notre économie ?
Ou est-ce quelqu’un(s) d’autre(s) que – pour être bien clair – nous n’avons pas le courage de frontalement accuser, jusqu'à terme ?
Est-ce un(e) bénéficiaire du RSA et de quelques minima sociaux qu’est responsable du mal-être d’une société ?
Est-ce lui qui menace notre sécurité ?
Ou celui qui joue avec notre fric et par milliards au carré ?... A ce dernier, on ne s’attaque pas, parce que sans lui, plus de crédit, plus de maison, plus de petit confort, étroit, le confort, mesquin, mais confort quand même, n’est-ce pas ?… Le pauvre, citoyen sous perfusions, lui, il nous encombre, tant il est un témoin gênant de notre lâcheté. Pas vrai ?

Ah, c’est formidable ! Suite à « une crise sans précédent » il était question de moraliser le capitalisme, et puis, élection majeure se profilant, et certains – nombreux, faut croire, pactole électoral – « pensant tout bas », on va, finalement, chasser le gueux. C’est plus simple…
Un paradis fiscal, tu peux toujours t’accrocher, tu l’auras pas comme ça, d’autant plus qu’il t’est utile ; mais un pauvre, ça sert à quoi ? N’est-ce pas plutôt un « cancer » qu’il faudrait éradiquer ?... Et si je disais, moi, qu’un paradis fiscal, un parachute doré, un bonus indécent, c’était de l’ordre de l’Ebola ? La cause de tous les maux. Premiers responsables des laissés sur « le bord de la route »… « On n’y peut rien ! » disait la professionnelle. Mais, « on n’y peut rien » parce qu’on ne fait « rien ». Enfin, si… On chasse le gueux. C’est moins compliqué. Et ça fait jouir les crétins. Les mesquins. Les lâches... Et comme ils sont nombreux, hein, M. Wauquiez ?

Ah c’est pas le courage qui nous étouffe ! Ça non ! C’est la médiocrité. La saloperie. La bassesse. Et de voir des politiques, des élites de la Nation [2], s’en faire l’écho, c’est au-delà de la démission. C’est sans nom.
Non, le peuple qui « pense tout bas » n’est pas une référence. Il n’a aucune compétence. En rien. Il est ignorance.
Il n’est que ressentiments et crasse d’esprit. Un aviné, un parasite, si on l’écoute et le relaie. Un véritable ennemi de la démocratie et de la République. Un sale type. A qui, l’on ne souhaite même pas d’être pauvre, nu, et rongé par la honte... De toutes les façons, c’est impossible. La honte, il ne connaît pas. Puisqu’il ne sait même pas ce que c’est. Ce qu’elle signifie.
Ce qui n’est pas le cas de Wauquiez... Lui, au moins, a idée de ce que c’est. Sinon, il ne se serait jamais justifié ainsi :
« J’ai juste dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas ».
Une phrase qui pue la honte ; itou une phrase terrible, tant elle est la négation du politique, d’un parcours, de valeurs (républicaines et démocratiques), mais aussi le summum du pathétique.

Or donc, voilà !... « Dire tout haut ce que certains français pensent tout bas », nonobstant le fait que c’est une démission du politique, c’est vertigineusement pathétique.


[1] Actuellement au chômage, je prends ce qui vient. Des « petits boulots » à la pelle. Là, pour 13€ TTC je testais une banque. Une de prestige. Avec un scénario très précis, borduré copieux. Bref, je n’étais pas là pour faire la causette, parler crise ou « sortie de crise »…

[2] Beau parcours que celui de Wauquiez. Brillant même. Louis-le-Grand, Henri IV, Ecole Normale Supérieure d’où il sort major (via une agrégation d’histoire), Institut d’Etudes Politiques ensuite, puis Ecole Normale d’Administration dont il sortira premier de sa promotion.
Bref, il représente clairement l’élite de ce pays. Il est donc passablement consternant de l’entendre tenir des propos assez indignes, indigents, carrément populistes. Ça relève de l’insulte à sa propre intelligence (et à la nôtre). Nous ne sommes pas loin de la honte totale et d’un déni, j’entends par déni, celles des valeurs qui l’animaient, et ce en quoi il croit.

[3] « Il faut bien sûr d’abord penser aux plus vulnérables dont la vie devient trop dure et qui souffrent. C’est dans les moments de crise que la solidarité avec ceux qui sont en difficulté doit être la plus forte. C’est la raison pour laquelle, j’ai pris la décision de créer le RSA, d’augmenter le minimum vieillesse, les pensions de réversion les plus modestes et pour les titulaires de minima sociaux (…] J’assume donc la décision de financer le RSA en taxant légèrement les revenus financiers qui depuis des années augmentent plus vite que les revenus du travail. C’est une décision juste et raisonnable » [Nicolas Sarkozy – Discours de Toulon – Jeudi 25 septembre 2008]

10 mai 2011

« C'est curieux, chez les socialos, ce besoin de faire des commémos »

Les-Mitterrand-Flingueurs.jpg


François H. - Tonton, ç'a été un stratège, du genre cador. Moi j'suis objectif, on parlera encore de lui dans cent ans. Seulement faut bien reconnaître qu'il avait décliné, surtout vers la fin.

Martine A.
- C'est vrai qu'sur la fin, il disait un peu n'importe quoi. Il avait comme des vaps, des caprices à l'ortolan.

Ségolène R. - Enfin, toi qui y a causé en dernier, t'as sûrement remarqué ?

Jack L. - Remarqué quoi ?

Arnaud M. - T'as quand même pas pris au sérieux cette histoire de socialisme ?

Jack L. - Pourquoi ? Fallait pas ?... Ben, j'ai eu tort.

Manuel V. - Ah, ah... Et voilà.

Dominique S-K. - Voyez les poteaux, c'était pas la peine de s'énerver, monsieur convient.

09 mai 2011

Selon Que Vous Serez De Droite Ou De Gauche

Qu’un homme de droite s’offre une escapade en yacht ou des vacances dans une résidence cossue, et, comme de bien entendu, aux frais de la princesse, quand bien même fût-elle, ladite princesse, un ponte des médias ou d’une industrie rutilante, certes ça fait jaser ici ou là, c’est vrai, mais dans l’ensemble, bon an mal an, ça passe. Oh que si ! Parce que, ma foi, ça colle, c’est raccord, avec son étiquette de droite. Un système économique. Mondial. Triomphant. Ou tout comme. Mais un homme de gauche…

Confusion (2).jpgÇa n’est pas possible, vous comprenez ! Ça ne va pas. Enfin quoi ! Un homme de gauche qui ferait péter les biftons, allez hop ! Voyez comme je la mène, la belle vie, en automobile de luxe – bien qu’un tantinet vulgaire – et vas-y que je pose, souriant avec une pépée de compétition au bord d’une piscine majestueusement perchée, ou que je m’envoie des ortolans pour enterrer l’année, et vous êtes bon pour la curée ! Les quolibets, les gausseries et tutti. Ah ben il est beau, tiens, l’homme de gauche ! Le partageur, le généreux, celui qui se prétend proche du peuple. Qui veut accueillir toute la misère du monde. Bobo, oui ! Quand ce n’est pas imposteur, menteur et compagnie. Non mais regardez moi ça ! Ça fustige un système, l’argent-roi, et ça parade dans la soie. Vous me la copierez.

Notez que c’est pas nouveau. Depuis toujours je l’entends ce couplet. Il n’a pas varié d’un iota. Qu’un homme de droite fût aisé, c’est dans l’ordre des choses, mais qu’un homme de gauche le soit, c’est suspect. A ce point, qu’on remet en question ses convictions politiques. Je veux dire que s’il est aisé, cet homme ne peut pas être de gauche... Comment comprendre qu’on puisse être socialiste et, à la fois, le fonctionnaire le mieux payé de Washington, n’est-ce pas ? S’il était socialiste, ce monsieur, c’est au RMI qu’il serait. RMI, FMI, même combat ! Ah ça ira, ça ira !

Etre de gauche et gagner son argent, trop d’argent, ça ne va pas ensemble. C’est comme boire ou conduire : faut choisir !... A ce tarif-là, je dis qu’il faudrait publier un décret, et fissa, une loi, l’inscrire dans la constitution, pour que ce soit clair une bonne fois pour toutes, n’est-ce pas, noir sur blanc ; à savoir qu’à partir d’un certain seuil, un patrimoine, tu changes de crémerie ! Du PS tu passes à l’UMP : direct ! Avec effet rétroactif, s’il vous plaît ! Que Bérégovoy ne soit pas mort pour des nèfles. Pauvre petit bonhomme. T’aurais dû rester ajusteur. Toute ta vie. Tu serais crevé d’un cancer. On aurait dit que t’étais brave. Mais là, t’as déconné, Pierre. T’élever comme tu l’as fait, à la force du poignet, étape par étape, c’était, petit à petit, renier tes valeurs. De gauche.

Mais oui ! Je vous assure. C’est comme ça que ça se danse. Dans la tête des gens. Un homme de gauche, faut croire, doit rouler en Logan, crécher dans une HLM, et l’argent qu’il gagne, il doit le donner. Aux pauvres... Sinon, c’est pas un homme de gauche... Mais même là, je vous parie, qu’on y trouverait à redire. Lui chercherait des poux. Genre : il en fait trop, c’est démago, faut quand même pas pousser le bouchon, et les vacances à Palavas-les-Flots !... Arlette, on veut bien. Guichetière en Clio, ça colle. Besancenot, itou. 1100€ le mois, c’est parfait. Encore que… Comment font-ils, ces deux-là, pour concilier la « lutte » et leur boulot ? Doivent avoir des arrangements avec leurs patrons, que nous on a pas. Des privilèges, quoi ! Cochons de gauchistes !... Oui, parce que je vous ai pas dit : y’a les gens de gauche et les « gauchistes ». Dans les deux cas, t’es perdant. Je viens de vous affranchir du pourquoi et du comment. Nonobstant, le terme « gauchiste », c’est péjoratif, éliminatoire, et... c’est fait exprès. C’est considéré comme de la racaille utopiste. Juste bon à faire 6% au premier tour d’une présidentielle. Qu’il y en ait un à concourir, ça va – on tolère, au nom du folklore – mais trois, c’est abuser... Et puis, ces gens-là ne sont pas sérieux. « Nos vies valent plus que leurs profits » c’est bien joli, mais… on veut garder nos iPhone, nos iPad et tout ce qui s’en suit. Nous Le Grand Soir, c’est devant la télé. Et c’est tous les soirs. Venez pas nous emmerder pendant qu’on roupille.

Du coup, reste plus que la gauche, la tradi, la belle bande d’éclopés du mitterrandisme, les handicapés du 10-mai. Eh bien ceux-là, on les discrédite par le patrimoine, la bagnole, la résidence à Mougins et même, la femme qu’est trop belle ou trop journaliste. En vertu du fait qu’un homme de gauche, ça doit pas nager dans le pognon, ça doit pas boire du champagne, et encore moins se gaver de caviar... Que les hommes de droite s’y repaissent, c’est normal, ça fait partie de leurs droits ET de leurs devoirs... Si à 50 ans t’as pas une Rolex, c’est que t’es pas un homme de droite. Ou alors qu’a pas très bien réussi. Un député, quoi. Ad vitam.

Pareil avec la justice. Ah si, faut qu’on en parle !... A droite Balkany, c’est un héros. Alors qu’à gauche, Guérini, c’est un paria.
Juppé, il est ministre. Fabius, il est grillé. L’un a été condamné, l’autre a hérité d’un non-lieu.
Quant à Pasqua, il va très bien, merci... Dray, c’est un peu plus compliqué.
Oh, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ce ne sont pas des enfants de chœur, les uns comme les autres. Mais le fait est. C’est pas noté pareil. L’écho n’est pas le même.

Non vraiment, dans un monde tel que celui-ci, farouchement consumériste, régi par le fric (et l’absence de fric), un monde de droite quoi, il fait pas bon être un homme de gauche... Certes, vous me direz que le terme « socialiste » est peut-être inapproprié. Que c’est chercher le bâton pour se faire battre. Qu’il vaudrait mieux se rebaptiser à l’américaine – où le pognon n’est pas un problème – donc se présenter comme « démocrates », et yes, we can ! Yes, we can drink champagne, eat caviar and ortolans !... Yes we can drive a Porsche. And kill the bastards. Et là, tu seras un homme de « gauche », mon fils. Ben pardi !... Mais quand va-t-on en finir avec cette comédie, cette hypocrisie, cette dictature des esprits étroits ? Où il est écrit qu’un homme de gauche doit se faire Abbé Pierre ? Quand va-t-on comprendre que des signes extérieurs – comme l’on dit – n’ont que peu de rapports avec des convictions, une vision du monde ? Croyez-vous, vraiment, qu’à partir d’une certaine somme, d’un certain standing, on ne puisse plus être de gauche ?

Ce qui est cocasse à pleurer, c’est que celui qui se présenterait comme tel, modeste jusqu’au trognon, un homme du peuple, un qu’aurait même pas fait les grandes écoles, qu’aurait un travail payé médian, un homme tranquille – du terroir, on dit, si j’ai bien compris – je vous fiche mon billet qu’il aurait aucune chance... Les voix, on lui filerait pas. Pas assez, en tous les cas... Oh, ce serait une sorte de héros, sans doute, même qu’on dirait qu’il est brave, ah ça, c’est un vrai homme de gauche ma parole, mais de là à en faire notre président, faut pas pousser. Il est trop comme nous. Et puis qui sait, une fois là-haut, ce qu’il en ferait, du pouvoir ? Va savoir… Ça lui monterait à la tête. Il s’offrirait une escapade en yacht, des vacances dans une résidence cossue, et la Rolex, bon sang, il résisterait pas. Il ferait son gagnant du Loto.

On est des teignes, pas vrai ? Des étriqués de première. Bouffés et bouffis par nos stéréotypes. Nos sales idées reçues. Recues d’un monde de droite. Fait par la droite. Et pour la droite. Car c’est bien elle, la droite, qui pernicieusement, nous fait comprendre, à l’enclume, qu’un homme de gauche qui péterait dans la soie, mais madame, ça n’est pas possible, il ne peut pas être de gauche, voire : il est des nôtres ! Ou tout comme. Et c’est extraordinaire, mais ça marche ! Et depuis lustres.
C’est vous dire la misère d’esprit.

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